
Dans l'armée, deux lettres imposent respect et mystères : « FS ». Ce sont les forces spéciales, des soldats d'élites, chargés des missions les plus risquées et les plus complexes, comme la libération d'otage. Ces hommes sont sélectionnés au terme d...
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A
Dans l'alphabet militaire, deux lettres imposent le silence, le respect et le mystère. F. S. Un FS, c'est un membre des forces spéciales et je passe un quartier libre avec l'un d'entre eux. Guillaume Assina, qui est mon invité, était leur préparateur physique.
B
Quand vous prenez quelqu'un, il ne dort pas de la nuit, il va marcher toute la nuit. Il peut rester trois heures au garde-à-vous, sous la pluie. Il n'a plus la famille, il n'a plus les amis. Quand on fait quelque chose de bien, on ne vous dit pas que c'est bien.
A
Ce sont quoi pour vous? Ce qui les différencie, ceux qui ont réussi à tenir, de ceux qui n'ont pas tenu la pression.
B
Principalement c'est...
A
Qu'est-ce qu'il y a de spécial dans Force Spéciale?
B
Disons que ce sont des unités qui vont travailler en petite équipe très souvent et qui vont intervenir dans des zones où les unités de la conventionnelle ne vont pas forcément intervenir pour réaliser des missions que les unités conventionnelles ne vont pas forcément réaliser.
A
Quand on dit soldat conventionnel versus Force Spéciale, typiquement vous, vous avez appartenu aux Forces Spéciales, moi je suis un soldat de la conventionnelle, qu'est-ce qui nous sépare vous et moi?
B
Je pense que c'est la sélection peut-être, la sélection pour intégrer cet environnement-là.
A
Qu'est-ce qui sépare les missions des FS par rapport aux missions d'un soldat conventionnel?
B
Je pense que c'est le côté intervenir en équipe très restreinte, parfois en binôme en fonction des missions beaucoup plus sensibles. aller libérer un otage, aller chercher du renseignement dans une zone hostile, donc c'est être en première ligne avec le soutien justement et l'appui qui va avec, mais c'est s'exposer peut-être un peu plus, même beaucoup plus, qu'une unité conventionnelle, même si bien évidemment dans certaines missions, les unités conventionnelles vont s'exposer aussi, mais c'est le métier de quelqu'un qui est dans les forces spéciales de s'exposer à un risque peut-être plus présent.
A
Vous avez dit que c'était une formation extrêmement sélective. Sur quoi on sélectionne et qu'est-ce que c'est un haut niveau de sélectivité?
B
On va sélectionner sur plusieurs choses, sur le physique, sur le mental, sur la rusticité, sur la durée. Tout ça c'est très long. Dans les unités FS, la formation est beaucoup plus longue que dans les unités conventionnelles. Au départ c'est la même chose. Donc le jeune qui veut intégrer l'armée déjà passe par les centres de sélection et d'orientation où il va passer des tests physiques et déjà là, on demande pour ceux qui veulent intégrer les forces spéciales d'avoir un niveau un peu plus élevé que les autres. Ensuite, ceux qui veulent intégrer les forces spéciales vont eux passer des entretiens, ce qui n'est pas le cas pour ceux qui veulent intégrer la conventionnelle.
A
Et comment vous faites ça?
B
Il y a plein de méthodes mais ça peut être par exemple Vous prenez quelqu'un, vous lui faites... Il ne dort pas de la nuit, il va marcher toute la nuit. Le matin, il va avoir... Il pense qu'il est arrivé, que c'est terminé, que ça va se calmer un peu, puis il va partir sur un 8 km TAP, par exemple. Donc un 8 km avec un sac à 11 kg en tenue opérationnelle. Ensuite, il peut rester 3 heures au garde-à-vous, sous la pluie, à attendre. En fait, c'est toujours l'inconnu. Il n'y a jamais de répit. Et il y a des méthodes qui fonctionnent très bien. C'est qu'au bout d'un moment, on peut... dire à quelqu'un, vendredi, vous aurez un QL, donc un quartier libre, de 24 heures, d'un week-end, et donc on attend ça. En fait, le soldat attend ce moment-là, et c'est la récompense, et ça c'est quelque chose aussi qui fonctionne, c'est que jusqu'au dernier moment, le soldat va chercher cette récompense et on va lui enlever au dernier moment, c'est-à-dire qu'il va descendre sur la place d'armes, en civil, prêt à partir, et en fait, non. Et donc là, ça brise. Par exemple, ça, c'est des méthodes qui ne sont pas... Il ne faut pas voir ça comme des méthodes, je dirais, de faire subir quelqu'un pour le faire subir. Justement, c'est très intéressant parce que ça permet de confronter les soldats à eux-mêmes. Ça permet de se confronter à soi-même. Et c'est là où se fait le premier tri, parce que ça dure longtemps. Ça dure combien de temps? Ça peut durer 3 mois, 4 mois... Pendant 3 mois?
A
Le candidat, l'équipier, il vit au jour le jour, il ne sait pas ce qui va lui tomber dessus, parfois il a une nuit blanche, le lendemain le week-end TAP des laubes, c'est comme ça que ça se passe pendant trois mois.
B
Alors il y a aussi des phases de répit, c'est pas non plus mais c'est des phases où c'est compliqué et où aussi les soldats encore une fois se posent beaucoup de questions.
A
Et c'est là qu'il y a le plus d'abandon?
B
Oui, parce qu'en fait, il y a un manque de repères déjà. Ça, c'est le premier taux d'abandon, c'est le manque de repères.
A
C'est-à-dire les gens qui ne supportent pas ça?
B
C'est même pas avant même de ne pas supporter ça, c'est les jeunes qui arrivent et ils sont dans leur confort, dans le civil. Ils ont rêvé ça. Mais ils ont vu la finalité. On voit les images aujourd'hui sur les réseaux sociaux, etc. Ça donne envie. Quand on arrive, il n'y a plus la famille, il n'y a plus les amis. Quand on fait quelque chose de bien, on ne nous dit pas que c'est bien. Donc, en fait, on n'a plus de repères.
A
Vous ne dites jamais quand quelque chose est positif?
B
Non, en fait, ce n'est pas le but de l'encadrement de félicité. Voilà, tout ça, ça viendra avec le temps. Le but, encore une fois, c'est de tester les gens sur leur morale, sur leur mental, sur leur résilience.
A
Les pousser dans leur dernier retranchement.
B
Exactement.
A
Et ça, vous dites d'abord les repères, vous avez dit le confort, ça c'est les choses sur lesquelles vous perdez quel effectif sur une promotion?
B
Je pense qu'il y a, ça dépend, mais ça peut être plus de 50% d'entrées.
A
Donc un candidat sur deux, en fait, ne supporte pas le niveau de manque de repères, d'exigences, de réussicité.
B
Oui, parce qu'il y a beaucoup de remises en question. Et en fait, c'est là où on se retrouve face à des obstacles et beaucoup ne les franchissent pas.
A
Vous, vous êtes passé par là, par ces mêmes étapes de formation?
B
Non, moi je suis passé par la formation initiale, après j'ai fait les stages commando, etc. Mais je n'ai pas vécu cette filière qui est réservée vraiment aux équipes.
A
Mais donc vous avez vu au sein de ces filières ceux qui ne tiennent pas et partent, et ceux qui restent. Ce serait quoi pour vous ce qui les différencie, ceux qui ont réussi à tenir, de ceux qui n'ont pas tenu la pression?
B
Principalement, c'est le mental. C'est vraiment le mental. Et après, il y a beaucoup de choses qui sont sous-estimées puisque cette filière se fait encore en d'autres étapes. Il y a des étapes plus spécifiques, plus reposantes, on va dire, qui sont beaucoup plus axées sur le théorique. Et ça aussi, c'est quelque chose souvent qui... Ça, ça écrime aussi. Et oui, beaucoup, parce que là, toutes les semaines, il y a des tests. Ceux qui n'ont pas la moyenne, ils ne partent pas en week-end, quand ils ont des week-end, ce qui n'est pas souvent, ce qui n'est pas très souvent.
A
Là, on a interviewé un instructeur pour les piquets d'hélicoptère. Il y a plein de filières où ça fonctionne comme ça. C'est en fait, on va garder ce qui se garde, d'apprendre vite. Ceux qui sont capables d'assimiler très rapidement, au jour le jour, de plus en plus de données. Donc ça, je veux bien croire que ce soit très sélectif. Je reviens sur la partie vraiment russitée mentale. Vous dites que c'est ça qui fait la différence entre les 50% qui tiennent et les 50% qui doivent renoncer et partir. Est-ce que c'est quelque chose qu'ils ont en eux ou c'est quelque chose qui se construit au fur et à mesure?
B
Alors à l'époque, ça se faisait principalement parce qu'on n'avait pas tous les outils qu'il y a aujourd'hui. Donc c'était ce qu'on appelle la sélection naturelle, ce qui existe toujours aujourd'hui. Il y avait une différence entre le jeune qui qui a eu son éducation, parce que moi je dis qu'on a deux éducations dans la vie, on a celle qu'on a eue par nos parents dans notre environnement familial, social, et l'éducation militaire. Et cette première éducation, quand c'est un fils de paysan, un Vosgien, qui est beaucoup plus rustique, il aura plus de facilité peut-être qu'un autre, mais encore une fois certains se dévoilent sur leur parcours, Et après, c'est purement psychologique, mental, chaque individu a une façon de voir les choses, d'aborder les choses. On a tous un égo, on a tous des facilités, des faiblesses, et certains vont réussir à passer beaucoup plus d'obstacles mentaux que d'autres. la pression psychologique de l'encadrement par exemple, le fait de se retrouver seul, la cohésion de groupe qui peut être bonne comme elle peut être moins bonne, il y a un tas de facteurs. L'envie d'abandonner, elle arrive à tout le monde, elle est systématique et plusieurs fois. Et ça, ça ne dure que quelques secondes. C'est-à-dire que si à ce moment-là on craque, c'est fini. Et donc, pour ne pas craquer, il faut faire face, on va dire, à cette petite voie, je dis tout le temps quand on avance à tête, on a la petite voie qui nous dit, qui nous pousse, et on a la petite voie qui nous pousse à arrêter en fait. Le confort est hors de sa zone de confort. Et en fait, il y a deux futures.
A
Pourquoi on a fait taire cette petite voie?
B
il faut anticiper tout ça. C'est pour ça qu'aujourd'hui, il y a des outils, on peut travailler là-dessus, et donc il faut l'anticiper, il faut se connaître soi-même, c'est très important. On ne peut pas arriver dans l'inconnu en se disant on verra bien comment ça va se passer. Ça, ça peut fonctionner pour certains, mais si on a la possibilité de travailler sur soi, il faut travailler sur soi, et travailler sur soi, c'est... il y a un tas de choses, mais ça peut commencer par déjà sortir de sa zone de confort, savoir le faire au bon moment. Parce que le but, encore une fois, c'est pas d'être toujours dans le dur en se disant plus je me mets dans le dur et mieux c'est. C'est faux parce que sinon on risque d'être en surentraînement. Il faut trouver ce juste milieu. Il faut savoir sortir de sa zone de confort. Sortir de sa zone de confort, c'est pas que physique.
A
Comment sur l'instant, Dans les secondes, on a cette petite voix. Qu'est-ce qu'il faut faire? Il faut penser à autre chose? Il faut aller voir le camarade?
B
La cohésion, déjà, de groupe, quand elle est importante, fait la différence, parce qu'on a toujours quelqu'un qui va nous pousser à apparaître, ça c'est la base. Mais après, il y a d'autres choses. Il faut se donner un objectif à très court terme. Souvent, il ne faut pas se dire, il ne faut pas voir l'objectif final de se dire, c'est trop difficile, je n'y arriverai jamais au bout de cette formation, elle est trop longue. Sinon, on perd espoir tout de suite. Moi, j'ai pas mal d'élèves qui me disent, et c'est le cas, se fixer un objectif à très court terme, ça peut être le repas du soir, le lendemain matin. Il y en a qui ne pensent pas en fait, qui ne le savent pas. Il y en a qui vont le découvrir. Très souvent, ils le découvrent naturellement. Mais ça, c'est quelque chose qui est important. Et puis après, dans les moments vraiment les plus compliqués, je pense qu'il faut se raccrocher à quelque chose de personnel.
A
Et là, c'est quoi?
B
Ça peut être tout n'importe quoi. Et souvent, comme c'est quelque chose que j'évoque justement dans mon livre, c'est souvent ces plus gros poids qu'on va traîner toute sa vie. peuvent se transformer en force. Moi j'ai des exemples, j'ai par exemple un élève qui a terminé sa filière, sa formation, et qui me disait que lui il a eu envie d'abandonner plein de fois, comme tout le monde, mais il y a eu une fois particulièrement où il pensait vraiment qu'il allait laisser tomber, Et en fait, lui, il s'est remis, il a repensé à son petit frère qui était décédé d'un cancer, et ça, ça lui a donné une force. Une force, et il m'a dit, ça m'a vraiment boosté, j'avais vraiment plus rien, plus d'énergie, tant physiquement que mentalement. Et vraiment là j'ai réussi à passer le cap grâce à ça. Donc souvent c'est des blessures qu'on a, qui sont personnelles. On peut avoir l'impression que c'est quelque chose qu'on traîne, mais dans les moments les plus difficiles, souvent c'est des choses qui vont nous pousser à continuer.
A
Vous avez déjà eu ça, c'était quoi votre boulet pour vous?
B
Moi, mon boulet, je pense que c'était plus en lien avec ma famille. Moi, j'ai une histoire comme tout le monde, mais j'ai quitté à 18 ans. J'ai été élevé par ma mère puisque j'ai perdu mon père quand j'avais 9 ans. Donc, j'étais un peu chef de famille. dans une région où il n'y a pas grand-chose, où je n'ai pas fait de grandes études. Donc je suis parti et je n'avais pas envie de décevoir, de rentrer en disant que j'ai abandonné, que j'ai arrêté. J'avais envie de rendre un peu cette fierté. Et donc ça, c'était par exemple quelque chose qui me... Je me disais, tu ne peux pas arrêter. Et je pense que le vécu que j'ai eu, cette carrière assez atypique, tant sur la partie force spéciale que service spécial, m'a apporté beaucoup, m'a appris beaucoup et m'a aidé à surmonter pas mal de choses, notamment cette épreuve-là. Si je n'avais pas eu cette carrière-là, je ne sais pas du tout comment je serais aujourd'hui, comment je vivrais aujourd'hui, comment j'avancerais aujourd'hui.
A
Et c'est ça qui vous a donné l'envie de la transmettre, d'écrire le livre et de partager à des jeunes tous ces leviers qui permettent de renforcer la résilience?
B
Complètement, parce que c'est vrai qu'on pourrait croire que c'est un livre, au départ, de récits de guerre ou autre, mais pas du tout.
A
Oui, ce n'est pas le cas du tout.
B
Non, pas du tout. En fait, c'est plus la transmission.
A
Et dans votre conseil, d'ailleurs, chaque chapitre a un conseil sur giser le stress, les canons conformes, la discipline.
B
Oui voilà, en fait j'essaie de retransmettre, il y a 30 chapitres, donc il y a 30 situations professionnelles que j'ai vécues dans le milieu, alors beaucoup dans le milieu opérationnel et beaucoup dans l'instruction aussi, parce que ça apporte énormément de voir, comme on disait tout à l'heure, cette progression et de voir évoluer ces jeunes. Donc il y a toutes ces étapes-là, mais aussi une part de personnel, bien évidemment, ce que je viens d'évoquer là, et c'est le lien de ces deux choses qui m'ont poussé à écrire. à écrire, à me dire, voilà, je pense que je peux apporter à beaucoup. Parce que finalement, chacun d'entre nous, peu importe, je veux dire, tout le monde, on a tous eu des épreuves, et si ce n'est pas le cas, on en aura demain. Je pense que tout le monde aura un moment, une épreuve à affronter. Et donc, si on peut, si en tout cas, si moi, mon expérience peut servir, ne serait-ce qu'un petit peu, ben voilà, c'est mission accomplie. Et donc, c'était le but.
Podcast Host: Capitaine Nicolas Brault
Guest: Guillaume Assina (Ancien préparateur physique des Forces Spéciales)
Date: June 15, 2026
Dans cet épisode, Capitaine Nicolas Brault reçoit Guillaume Assina, préparateur physique d’unités de Forces Spéciales, pour décortiquer la préparation mentale, la sélection et les ressorts de résilience des soldats d’élite. L’échange s’axe sur ce qui distingue un membre des Forces Spéciales : endurance mentale, rusticité, gestion du stress, cohésion, et sur la transposabilité de ces outils pour tout manager ou individu confronté à l’épreuve.
Cet échange entre le Capitaine Brault et Guillaume Assina expose sans fard la réalité de la préparation mentale des Forces Spéciales : une école de l’épreuve, du ressenti, de l’engagement collectif et individuel, où le plus résilient n’est pas nécessairement le plus fort physiquement, mais celui qui sait traverser le doute et la douleur en mobilisant des racines personnelles profondes et un sens de l’équipe. Des enseignements précieux et transposables bien au-delà de l’armée, pour tout manager ou toute personne confrontée au stress et à l’adversité.