Transcript
A (0:00)
Je passe un quartier libre avec un colonel de réserve qui est un observateur militaire et expert du conflit russo-ukrainien.
B (0:06)
Ils se sont fait décimer, parce qu'ils se sont fait canaliser, parce que très peu d'initiatives, parce qu'ils sont tombés dans des embuscades. Des grosses vaches attaquées par des loups.
A (0:15)
Il revient d'ailleurs du terrain en Ukraine et je vais lui poser une question simple sur ce qu'il a observé. La guerre en Ukraine est-elle vraiment une révolution tactique ou un «back to basics»? La guerre sera-t-elle des drones contre des drones?
B (0:27)
Non, tout change, rien ne change.
A (0:29)
L'Ukraine peut-elle encore gagner cette guerre? Et maintenant, c'est parti pour ce quartier libre avec le colonel Reicher.
B (0:38)
Vous,
A (0:43)
vous avez eu tous les grades d'officier dans l'armée de terre. Vous avez vécu un certain nombre d'opérations extérieures, intérieures, pendant votre première partie de carrière et la seconde. Qu'est-ce qui, dans votre expérience, qu'est-ce que vous avez retrouvé de votre expérience sur le terrain en Ukraine? Et face à quoi vous vous sentiez peut-être mal formé ou désarmé par rapport à l'expérience qui était la vôtre?
B (1:10)
Alors, ce qui est notable à la fois par rapport à notre expérience, parce que c'est une expérience qui est partagée, par rapport à notre expérience et ce qu'on a observé sur le terrain, notamment au début du conflit, Un des traits caractéristiques, c'est la notion d'initiative. C'est-à-dire qu'une des raisons, c'est pas la seule, mais une des raisons de l'échec des Russes face à Kiev, c'est en fait l'absence d'initiative à tous les niveaux tactiques et en particulier aux plus bas échelons. Le 9 mars 2022, les forces armées de la Fédération de Russie, donc là on est à l'est de Kiev, dans une embuscade, près d'une localité qui s'appelle Brovary, à Skibnin. On a vu ces images, je ne sais pas si vous vous souvenez, vous avez en fait des colonnes de chars qui sont en train de faire demi-tour et qui sont prises à la fois dans une embuscade tir indirect d'artillerie et puis tir direct de missions anti-chars. Et là, ce qui nous, officiers de l'armée française, nous saute aux yeux, c'est l'absence de réaction sous le feu. c'est l'absence d'initiative. Le chef de char, visiblement, il ne sait pas comment faire. Le chef de section, le chef de peloton, soit il est débordé, soit il ne comprend pas, il ne donne pas d'ordre, et c'est comme ça que vous perdez 10, 20, 30, 40 véhicules sur le même axe la même journée. Donc, de notre expérience, c'est ça, c'est la notion d'initiative au plus bas niveau, être capable de faire face. Ça, c'est une chose. La deuxième chose, dans les invariants, eh bien, c'est l'homme sur le terrain. C'est l'homme sur le terrain. C'est-à-dire tout ce qu'on met derrière la rusticité, derrière être et durer, ça n'a jamais été aussi valable. Il faut aussi bien comprendre une chose, c'est que chez les Ukrainiens, le niveau de commandement, c'est très, très décentralisé. Enfin, très, très décentralisé. Je m'explique. Le niveau clé, c'est le niveau brigade. le commandant de brigade, il a toute l'attitude pour recruter, il peut lever des fonds, il a son budget. Et donc ça aussi, si quelqu'un va lui dire «telle pièce, on pourrait la changer» ou «là, je peux en avoir 100 et on l'installe de telle manière », ça va s'effectuer de cette manière.
