
Ces derniers mois, je reçois tous les jours de nouvelles vidéos filmées sur des champs de bataille, en Ukraine ou au moyen orient. Au milieu des fake, générés par IA, il y a des vraies, et je me suis demandé d'où elles venaient. Qui sont ces caméra...
Loading summary
Interviewer
Chaque jour, je suis submergé d'images de guerre. Je me suis demandé qui portait la caméra. Alors j'ai voulu rencontrer un de ces soldats de l'image. Il est major, il a fait tous les théâtres d'opérations de la France depuis les années 90.
Major (Soldat de l'image)
Et parfois on a un petit peu un caillou dans la chaussure dans leur dispositif.
Interviewer
Moi je vous le disais, quand on me disait tu vas embarquer un photographe avec toi, des communicants, on fait tous la gueule.
Major (Soldat de l'image)
Une photo est une munition de l'arme qu'est la communication.
Interviewer
Est-ce que certains pourraient dire que vous êtes un peu des propagandistes de l'action militaire? capteur d'image, est-ce qu'il faut être factuel ou est-ce que le son de l'image il doit faire en sorte de montrer la meilleure image de la force?
Major (Soldat de l'image)
En fait la meilleure image de la force c'est... Vous allez montrer la réalité. On a tous une sensibilité différente.
Interviewer
Eh oui, parce que dès qu'on fait un cadrage on choisit une image plutôt qu'une autre, on choisit une personne plutôt qu'une autre.
Major (Soldat de l'image)
Donc à partir du moment où vous avez ou pris une décision qui est celle de votre cadre.
Interviewer
Il y a une subjectivité.
Major (Soldat de l'image)
C'est subjectif parce que c'est votre point de vue à vous. Donc forcément, il n'y a même plus de notion de donner une bonne image. Vous allez peut-être chercher une posture esthétique. Vous allez peut-être chercher une posture informationnelle. Qu'est-ce que je vais mettre dans mon image qui va permettre que cette image soit identifiable et permettre de se dire qu'on est à tel endroit et que les forces françaises ont... Est-ce qu'il y a un panneau? Est-ce qu'il y a un insigne de manche? Qu'est-ce qui va faire la différence en fait? Qu'est-ce qu'on veut dire?
Interviewer
Donc il y a un intérêt stratégique. Et vous avez dit aussi une vision esthétique, il faut être artiste quand on est soldat de l'image.
Major (Soldat de l'image)
Je pense, oui, je pense. On parlait de la notion de rusticité pour la partie soldat. La notion image, maintenant, on y vient. Il faut être un technicien. Mais au-delà du technicien, en fait, En fait, un technicien, il va ramener quoi? Il va ramener une carte postale, une image qui fonctionne, qui peut être utilisée.
Interviewer
Il n'y a pas un regard.
Major (Soldat de l'image)
Mais est-ce que derrière, il y a une émotion, en fait? C'est ça, le truc.
Interviewer
C'est ça que vous cherchez, vous, quand vous prenez des images? C'est l'émotion?
Major (Soldat de l'image)
Ce n'est pas systématiquement ce que je cherchais, mais quand je l'avais, parce qu'on ne maîtrise pas tout non plus. Mais quand je l'avais, ou en tout cas que je faisais en sorte de l'avoir, oui, c'est ce que je voulais, c'est cherchais.
Interviewer
ce Dans que je votre bouche, c'est quoi la plus belle image que vous ayez prise?
Major (Soldat de l'image)
Il y a quelques images que j'ai en tête, mais en fait, elles me ramènent toujours malheureusement à des souvenirs qui sont liés à des émotions.
Interviewer
Quelle était pour vous la mission la plus dure en tant que soldat de l'image?
Major (Soldat de l'image)
Tout dépend de ce qu'on entend par dur. Physiquement et intellectuellement, je dirais l'Afghanistan. Psychologiquement, la Centrafrique, ça a été très, très, très difficile. Parce qu'on est confronté à des choses qu'on n'a pas envie de voir, en fait. On est confronté à des... au pire de ce que peut produire l'humanité. Et nous, notre métier à nous, en plus, c'est de le documenter. Donc, en fait, on ne peut pas tourner la tête. On ne peut pas fermer les yeux. Au contraire, il faut qu'on soit là et il faut que nos images soient la preuve de ce qui vient de se passer.
Interviewer
On ne vous a jamais demandé de supprimer une image?
Major (Soldat de l'image)
En vis-à-vis, si, si, on me l'a déjà demandé.
Interviewer
C'était quoi les circonstances?
Major (Soldat de l'image)
Les circonstances, c'était un véhicule qui avait sauté sur un IED. Donc, les gens étaient choqués.
Interviewer
C'est un IED, un engin explosif, improvisé, que des terroristes cachent sur le bord de la route.
Major (Soldat de l'image)
Oui, tout à fait. Donc c'est en Afghanistan. Et bien évidemment, les gens étaient choqués. Heureusement, il n'y avait que des blessés. Mais par contre, le véhicule, il était plié. Il était plié.
Interviewer
Parce que vous étiez où, là, dans ce convoi?
Major (Soldat de l'image)
Moi, j'étais deux VAP derrière le VAP qui a pété. Donc, VAB, véhicule de l'avant blindé. Comment? On était sur une ouverture de piste, en fait. J'étais avec le mec du génie. Et en fait, on était débarqués. Et le VAB a fait une manœuvre. Heureusement, à l'intérieur, il n'y avait personne. Et c'est au moment de sa manœuvre qu'il a pété sur un IED. Donc on n'était pas en convoi. Si on avait été en convoi, les gens qui étaient à l'intérieur, qui normalement auraient dû être à l'intérieur... Donc forcément, moi, je suis débarqué aussi. Donc j'interviens et je m'approche.
Interviewer
À ce moment-là, vous étiez caméra à l'épaule?
Major (Soldat de l'image)
J'avais mon appareil photo. Enfin, deux appareils photo.
Interviewer
Donc vous preniez des photos?
Major (Soldat de l'image)
Tout à fait.
Interviewer
Et qu'est-ce que vous avez fait? Vous avez continué?
Major (Soldat de l'image)
Ouais, ouais, ouais. Et bien évidemment, il y a un mec, enfin bien évidemment, non pas bien évidemment, parce que c'était plutôt rare. Je crois que c'est le chef de groupe ou l'adjoint, je ne sais plus, qui s'approche de moi et qui me dit pourquoi tu fais ça? Tu n'as rien à faire ici, laisse-moi tranquille, etc. Et je vais expliquer, je vais expliquer, écoute. Laisse-moi faire, t'inquiète pas, c'est maîtrisé. La chaîne de communication, c'est moi. Tes mecs avec les GoPro sur les casques, ils sont peut-être plus dangereux que moi parce que moi, les images, je sais où est-ce qu'elles vont aller. Le plus dur, c'est pas ça. Le plus dur, c'est... Moi, ce que j'ai vécu de plus dur, c'est d'avoir à documenter une cérémonie où il y avait un mort qui revenait du terrain, en Afghanistan. Sur le mandat que j'ai fait en Afghanistan, il y a eu quatre morts. Quatre fois, je l'ai fait. Et quatre fois, j'avais envie de faire autre chose, de ne pas être là. J'étais le seul, en fait. Tout le monde était rassemblé, tout le monde était en train de faire le deuil des gens qui étaient partis. Et moi, mon travail, il ne s'arrête pas à ce moment-là. Il faut que je documente ce moment-là aussi parce que les familles, elles ne sont pas là. Donc le cercueil qui avance, la cérémonie militaire, l'hommage qui est fait à ce moment-là pour ces gars-là, il faut le documenter de manière à ce que les familles en France puissent avoir un souvenir de ça aussi. Et vous, à ce moment-là, en fait, vous êtes le seul au milieu du dispositif devoir travailler à réaliser que vous êtes le seul à bouger et vous avez tous ces regards qui sont portés sur vous aussi.
Interviewer
Oui, parce que dans une cérémonie, on est tous au garde à vous et très souvent, je les vois, les photographes, ils se déplacent sur la place d'armes, ils prennent... C'est vrai que vous êtes le seul, quelque part, à ne pas profiter du caractère réparateur d'une cérémonie militaire, parce qu'on rend hommage aux morts, il y a une partie du deuil qui se joue là.
Major (Soldat de l'image)
Et à ce moment-là, en fait, vous vous dites, moi, j'aimerais aussi prendre ma place parmi les gens qui... qui rendent les honneurs et faire le deuil de ce moment-là.
Interviewer
Et après, vous avez encore une fois à traiter les images, quelques jours après, peut-être à revivre ça?
Major (Soldat de l'image)
Dans la foulée, en fait. Il faut que les images arrivent en France avant le corps.
Interviewer
C'est pour vous le moment le plus dur. J'avais pas pensé à vous dans ce dispo, mais j'ai souvent pensé aux généraux, aux hautes autorités, qui eux aussi ne sont pas immobiles comme nous, ne rendent pas les honneurs. avec les armes. Ils sont au milieu du dispositif, ils ont un discours à tenir. J'ai toujours pensé que ça devait être particulièrement dur, surtout quand c'est des frères d'armes, d'être dans cette fonction de représentation, de devoir donner un discours alors qu'on vit aussi une part de ce deuil, une part de cette réparation dans la cérémonie. Je trouve ça hyper fort de raconter ça, Major. Merci beaucoup. À être dans cette position de communicant, j'imagine que ça doit aussi vous projeter à un niveau assez élevé d'informations, parce que vous êtes au contact de grands chefs, vous avez accès à certains plans de mission, non? Ça vous projette assez haut dans la chaîne hiérarchique militaire?
Major (Soldat de l'image)
Alors, on est amené à rencontrer des gens qui ont un haut rang. Est-ce qu'on a les informations? Non, pas nécessairement.
Interviewer
Vous n'avez pas assisté à des conversations auxquelles vous n'auriez pas dû assister?
Major (Soldat de l'image)
Oui, forcément. Forcément, forcément, forcément. Mais en général, quand on suit des autorités, des grandes autorités, arrive le moment où, en fait, arrive la réunion où les choses vont se dire. On fait un tour de table très, très rapide des gens qui sont autour de la table et qui participent à cette réunion, de manière à immortaliser, en fait, la séquence. Mais on n'assiste pas à la réunion.
Interviewer
– Après, on vous dit gentiment, non?
Major (Soldat de l'image)
On n'assiste pas à la réunion. En revanche, effectivement, parfois, nous, on est à l'extérieur de la salle, donc il y a des gens qui sortent, il y a des gens qui communiquent, il y a des gens qui sont au téléphone. On entend des choses, oui, bien évidemment.
Interviewer
Ça a été quoi, peut-être la mission la plus farfelue qu'on vous a donnée?
Major (Soldat de l'image)
En fait, c'est un truc, mais c'est la frustration, en fait. Ce n'est pas la mission qui était farfelue. La mission, elle était incroyable. Sauf que je n'ai rien ramené de cette mission.
Interviewer
C'est du quoi?
Major (Soldat de l'image)
En fait, en Afghanistan, avec le deuxième REP, Et à un moment, le chef de corps a décidé de mener une grosse opération. Je crois que le nom de cette opération, c'était l'opération Altor Incudine. Donc référence au deuxième rep, tout était en Corse.
Interviewer
Et ça veut dire quoi?
Major (Soldat de l'image)
Je ne sais plus. J'ai dû le savoir, je ne sais plus. Par contre, je me souviens particulièrement de la mission. Je ne pourrais pas vous expliquer ce que veut dire Incudine. En fait, il s'agissait d'aller dans un endroit qui était un sanctuaire d'insurgés dans lequel les Français et les Américains n'étaient pas allés depuis des années. Vous vous souvenez du col d'Ousbine? En fait, il s'agissait de franchir le col d'Ousbine, de basculer de l'autre côté et d'aller dans un village chercher un ou deux chefs de guerre et beaucoup de matériel. Et sur cette opération-là, en fait, le chef opération, donc celui qui mène l'opération, me dit, toi, ta position, ce sera avec Rouge. Donc Rouge, c'est une compagnie qui était chargée des appuis. Appuyer l'unité qui va rentrer dans le village pour faire la fouille. Et moi, je le regarde et je lui dis, si j'appuie, je ne vais rien pouvoir faire. Il faut que je sois avec l'unité qui va rentrer Oui, mais en fait, il y a un hélicoptère qui va décoller d'un endroit où toi, tu ne seras pas, qui va amener une équipe image qui vient de Kaboul. Il y avait deux équipes images à ce moment-là. Et moi, j'étais opérateur isolé avec le deuxième REP. Donc, tu ne pourras pas faire cette opération-là. Tu ne pourras pas être dans le village. Tu vas avec rouge, je vais avec rouge. Donc première partie de l'opération, opération de déception. On fait semblant de construire un camp dans une zone où on n'a pas envie de construire un camp. C'est juste pour donner une indication qu'il se passe quelque chose aux insurgés. À la tombée de la nuit, donc pelleteuse, tout est mis en place. À la tombée de la nuit, on embarque, on dégage. On va dans une zone et on commence à grimper le col. L'idée, donc on a commencé à grimper à 21 heures. il fallait qu'on soit de l'autre côté du col et en bas de la vallée, de l'autre côté, avant le lever du jour. Donc en fait, on a commencé à grimper, il était 22h, on est arrivé, on s'est mis en place, on était au-dessus du village, il devait être 4h30, 5h du matin, on a marché toute la nuit en fait. Mais avec un dénivelé, comme ça, je crois que le col 12 mines c'est 1800 mètres, et il fallait qu'on soit en autonomie totale.
Interviewer
Donc les sacs très lourds et votre bateau sans plus.
Major (Soldat de l'image)
Et on marche de nuit dans le silence et bien évidemment de nuit, qu'est-ce que je fais moi? Je ne peux pas photographier, je ne peux rien faire. Donc je marche avec les mecs, j'arrive de l'autre côté. À plusieurs moments, en fait, sur le franchissement du col, il y avait des jalons il y avait des mecs qui ne pouvaient plus avancer, en fait. Donc, soit on enlevait leur matériel, soit on mettait les blessés de côté. Et en fait, comme sur une course de côte, il y avait des étapes qu'il fallait franchir à certains horaires. Ceux qui n'y étaient pas, ils ne continuaient pas. On a fini par basculer de l'autre côté et on s'est mis en place. On se mettait en place au moment où on entendait l'appel à la prière. Je me souviens encore de ça. Il y a le jour qui se lève et il y a l'appel à la prière. Et c'est fantastique, le jour se lève, incroyable. Moi, je suis caisse. Je suis caisse, j'en peux plus. Je suis avec les mecs. Le premier truc qu'on doit faire, c'est creuser un trou de combat, se protéger. Et moi, je suis sur une zone qui doit faire la taille du plateau. Et je vais pas en bouger jusqu'au lendemain.
Interviewer
Vous avez rien ramené?
Major (Soldat de l'image)
J'ai rien ramené.
Interviewer
Et en même temps, ça a dû être une expérience forte quand même et ça a dû tisser des liens avec l'unité dans laquelle vous étiez.
Major (Soldat de l'image)
Oui, alors avec les mecs, c'était super. C'était super. J'ai monté la garde avec eux.
Interviewer
Vous étiez soldat.
Major (Soldat de l'image)
On s'est pris 2-3 chicoms. Je me suis caché derrière eux. On s'est pris quelques tirs indirects. Mais au final, j'ai absolument pas fait mon job. J'ai pas ramené d'images.
Interviewer
Vous avez dit en début d'entretien, vous êtes soldat.
Major (Soldat de l'image)
Là, on parle de frustration. Là, on parle de frustration.
Interviewer
Il y a des récompenses particulières pour les soldats de l'image? Il y a des médailles, peut-être des types de récompenses différents des militaires?
Major (Soldat de l'image)
Non, on est des soldats, c'est pareil. Il n'y a rien de plus et il n'y a rien de moins.
Interviewer
Vous vous êtes déjà considéré comme un poids dans une unité? Quelqu'un vous a déjà fait sentir ça?
Major (Soldat de l'image)
Oui, bien sûr. Parce qu'en fait, Quand j'étais sur ma dernière manip au Mali, en fait, il y avait un truc, c'est qu'on nous appelait les manouches du désert.
Interviewer
Pourquoi?
Major (Soldat de l'image)
Parce qu'en fait, on a de l'équipement, on a du matériel. On a des caisses avec des batteries, des ordinateurs, de quoi vivre parce qu'il faut manger, il faut se laver. Mais on n'a pas de véhicule. On n'a pas de véhicule, on n'est pas autonome. Donc on est toujours obligé d'être transporté par les autres. D'où en fait la pétence qu'on a avec tous les véhicules, tout ce qui vole ou tout ce qui roule. Forcément, on est trimbalé de zone en zone. Et chaque fois qu'on va avec une unité, en fait, il faut que cette unité nous fasse un petit peu de place dans son véhicule pour qu'on mette notre matériel et en plus, nous embarquer nous. Donc forcément, eux, ils perdent un peu en confort.
Interviewer
Et pourquoi Manouche du coup?
Major (Soldat de l'image)
Parce qu'en fait, sur une opération, vous pouvez passer d'un camp à un autre, d'un véhicule à un autre, et chaque fois, vous vous trimballez avec vos valises, vos caisses, vos sacs, et vous basculez dans la nuit d'un point A à un point B. Parfois, c'est un hélicoptère qui vient vous chercher à un endroit bien précis et qui vous dépose à un autre endroit bien précis. Mais vous arrivez toujours au milieu de nulle part.
Interviewer
Est-ce que certains pourraient dire que vous êtes un peu des propagandistes de l'action militaire?
Major (Soldat de l'image)
La communication est une arme. Donc on utilise une autre forme d'armement.
Interviewer
Ça c'est quelque chose que vous assumez?
Major (Soldat de l'image)
Ouais, complètement. Une photo est une munition de l'arme qu'est la communication.
Interviewer
C'est quoi la qualité d'un soldat de l'image pour justement se faire apprivoiser par des soldats sur le terrain?
Major (Soldat de l'image)
Il n'y en a pas qu'une, en fait. Il y en a plusieurs, elle est propre à chacun. Moi, j'aurais tendance à dire qu'il y a un soldat de l'image. Dans un soldat de l'image, il y a un soldat. Donc, il y a la notion de rusticité. Je pense que ça, c'est hyper important. Avant la partie technique, avant la capacité à produire des images, qu'elles soient animées ou fixes, les images, par ailleurs, il y a cette capacité à suivre les gens sur le terrain.
Interviewer
Vous vous êtes déjà retrouvé dans cette situation où vous faites une opération de communication, ça devait être nominal et ça a dérapé et c'est parti en urgence, une crise, quelle qu'elle soit. Par exemple, vous vous dites bon ben on va suivre une patrouille et puis pour une raison ou une autre, il y a un blessé, un contact, un câlin conforme qui se passe.
Major (Soldat de l'image)
En opération extérieure, de toute façon, c'est que des canons conformes, en fait, rien ne peut être prévu. Donc, on ne part jamais en se disant tout va bien se passer. On part en se disant que va-t-il se passer? Donc, en fait, c'est notre quotidien. Et la difficulté, justement, c'est de pouvoir anticiper ces choses-là qui ne s'anticipent pas.
Host: Capitaine Nicolas Brault
Guest: Major (Soldat de l'image, vétéran de l’image opérationnelle)
Date: July 3, 2026
In this episode, Capitaine Brault seeks to demystify the role of the military photographer—the "soldat de l'image"—those who capture the images and videos from war zones. The conversation explores the intersection of artistry, documentation, and strategy in the context of modern military operations. The Major shares deeply personal stories from Afghanistan, the Central African Republic, and Mali, illustrating the emotional toll and professional challenges of documenting conflict.
Initial Resistance & Integration:
Soldiers often view communicators and photographers as outsiders or a "caillou dans la chaussure" (00:11).
"Moi je vous le disais, quand on me disait tu vas embarquer un photographe, des communicants, on fait tous la gueule." — Capitaine Brault (00:14)
Weaponized Communication:
The Major emphasizes the strategic importance of images:
"Une photo est une munition de l'arme qu'est la communication." — Major (00:18, 14:08)
Subjectivity & Ethics:
The act of framing an image is inherently subjective. Even technical choices—what or whom to photograph—shape perception.
"C'est subjectif parce que c'est votre point de vue à vous." — Major (01:02)
Art vs. Technicality:
Military image-makers must be both rugged soldiers and capable artists.
"La notion de rusticité pour la partie soldat. La notion image, maintenant, on y vient... Il faut être un technicien. Mais... est-ce qu'il y a une émotion, en fait?" — Major (01:39–01:58)
Emotion in Imagery:
The goal is often to capture emotion, providing authentic accounts that resonate with viewers and families.
"Ce n'est pas systématiquement ce que je cherchais, mais quand je l'avais... oui, c'est ce que je voulais." — Major (02:05)
Hardest Missions:
Afghanistan posed the greatest physical and intellectual challenges, while the Central African Republic was psychologically grueling due to confronting "le pire de ce que peut produire l'humanité". (02:29)
Bearing Witness in Traumatic Moments:
"...on ne peut pas tourner la tête. On ne peut pas fermer les yeux. Au contraire, il faut qu'on soit là et il faut que nos images soient la preuve de ce qui vient de se passer." — Major (02:52)
Covering ceremonies for fallen soldiers was among the most emotionally difficult tasks, given the loneliness of working while others mourned.
"Tout le monde était rassemblé... Et moi, mon travail, il ne s'arrête pas à ce moment-là... il faut que je documente ce moment-là aussi parce que les familles... puissent avoir un souvenir de ça aussi." — Major (05:19)
"Moi, j'aimerais aussi prendre ma place... et faire le deuil de ce moment-là." — Major (06:05)
Images for families must reach France before the bodies — a logistical and emotional race. (06:25)
Suppression Requests:
The Major recounts being asked to delete images after an IED incident in Afghanistan (03:06), underscoring the tension between transparency and respecting trauma.
Hierarchy & Information Access:
Despite working closely with high command, image-makers rarely access sensitive information, being asked to leave before confidential matters are discussed. (07:23–07:57)
Failed Documentation:
Not every mission results in images; operational necessity can prevent practitioners from fulfilling their photographic role.
"J'ai rien ramené." — Major, Afghanistan mission with 2e REP (11:57)
Shared Hardships:
Despite setbacks, shared hardship builds strong bonds with frontline units:
"J'ai monté la garde avec eux... J'ai absolument pas fait mon job. J'ai pas ramené d'images." — Major (12:04, 12:08)
“Manouches du désert”
Image-makers are sometimes viewed as logistical burdens, needing transport and accommodation but lacking their own vehicles.
"On a de l'équipement... mais on n'a pas de véhicule, on n'est pas autonome... forcément, eux, ils perdent un peu en confort." — Major (12:54–13:34)
Recognition & Rewards:
Soldiers of the image receive the same recognition and medals as other soldiers—no special awards for their unique burdens (12:30).
Assuming Their Role:
The Major fully embraces the communicative and propagandist role:
"La communication est une arme. Donc on utilise une autre forme d'armement." — Major (14:00) "Ouais, complètement. Une photo est une munition de l'arme qu'est la communication." (14:08)
Traits Needed:
Resilience, technical prowess, and the ability to ingratiate oneself with frontline troops are core attributes. (14:23)
Adaptability in Crisis:
Rarely does a mission go as planned; unpredictability is the norm, and readiness is essential.
"On ne part jamais en se disant tout va bien se passer. On part en se disant que va-t-il se passer?" — Major (14:58)
On subjectivity:
"À partir du moment où vous avez ou pris une décision qui est celle de votre cadre ... c'est subjectif parce que c'est votre point de vue à vous." — Major (00:55–01:02)
On communication:
"Une photo est une munition de l'arme qu'est la communication." — Major (00:18, 14:08)
On emotional burden:
"On ne peut pas tourner la tête. On ne peut pas fermer les yeux. Au contraire, il faut qu'on soit là et il faut que nos images soient la preuve de ce qui vient de se passer." — Major (02:52)
On camaraderie and frustration:
"C'était super. J'ai monté la garde avec eux. Mais au final, j'ai absolument pas fait mon job. J'ai pas ramené d'images." — Major (12:04–12:08)
This episode offers a rare, nuanced look into the lived experience of military photographers—illustrating the complex blend of artistry, documentation, ethical question, and emotional resilience demanded in their work. Through vivid anecdotes and reflections, the Major demonstrates how image-makers contribute to both the internal cohesion of the armed forces and the shaping of public perception, all while bearing unique burdens rarely seen by the public.