
En Turquie, le 19 mars 2025, après plusieurs mois d’une tension judiciaire grandissante, Ekrem Imamoglu est arrêté. Il est le maire d'Istanbul. La grande métropole turque est sous les projecteurs. Dans une vidéo, il s’adresse à la nation alors que la po…
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Narrator / Reporter
Grand
Recep Tayyip Erdogan
reportage,
Opposition Supporter / Activist
Jacques Alix.
Narrator / Reporter
En Turquie, le 19 mars 2025, après plusieurs mois d'une tension judiciaire grandissante, Ekrem İmamoğlu est arrêté. Il est le maire d'Istanbul, la grande métropole turque sous les projecteurs. Dans une vidéo, il s'adresse à la nation alors que la police est à sa porte. Quelques jours plus tard, alors que le Parti républicain du peuple le désigne comme candidat à l'élection présidentielle, il est placé en détention pour des accusations de corruption. Alors qu'il est considéré comme le principal opposant au président turc Recep Tayyip Erdogan, son arrestation provoque à Istanbul et dans les autres principales villes du pays une vague de contestations jamais connue depuis les manifestations de Gezi en 2013. Depuis, les opposants n'ont pas lâché prise. Turquie, une année amère pour l'opposition. Un grand reportage de Mathilde Varda.
Özgür Özer
Bonjour Nidé. Bonjour ma chère Nidé.
Narrator / Reporter
Dans cette ville du centre de la Turquie, à 600 kilomètres d'Istanbul, Özgür Özer s'adresse à la foule depuis le toit d'un bus. Il est le chef du parti républicain du peuple, le CHP, principal parti d'opposition du pays. Les drapeaux turcs sont nombreux et des fanions du parti flottent. Après quelques minutes de discours, le public appelle à la démission du président turc. Après l'arrestation du maire d'Istanbul, de vastes manifestations ont eu lieu dans les grandes villes du pays. Depuis, le CHP organise deux rassemblements par semaine, l'un à Istanbul, l'autre en dehors. Un moyen de mobiliser dans tout le pays, y compris là où des maires du parti du président sont au pouvoir, comme ce jour-là, à Nîdes. Euskülozel y porte un discours très axé sur l'économie et l'agriculture.
Özgür Özer
Je vais vous donner les chiffres en direct pour que toute la Turquie puisse entendre dans quelle situation nous nous trouvons et comment nous allons en sortir. À Nîdes, le kilo de pommes de terre coûte 4,5 livres. Mais à Istanbul, il coûte 25 livres. Vous vendez à bas prix, vous ne gagnez rien.
Narrator / Reporter
Il s'adresse longuement aux retraités, très présents dans la foule, comme Ismail Ouj, habillé d'un long manteau élégant, orné d'un pin's du drapeau de la Turquie. Je suis à la retraite, mais même
Bedia Bug Gebiz
si je n'étais pas à la retraite, je serais venu pour la cause de la patrie.
Narrator / Reporter
Même s'il neigeait ou s'il gelait, je viendrais quand même.
Ramazan Ataman
Un meeting témoigne du respect du peuple pour la démocratie.
Narrator / Reporter
Özgül Özel parle pendant une heure à s'en casser la voix, énumère des chiffres, fait des promesses de campagne, avant d'évoquer le cas du maire d'Istanbul.
Özgür Özer
Pour qu'Ekrem Imamoglu ne devienne pas président, pour que le parti républicain du peuple n'arrive pas au pouvoir, pour que les retraités ne sourient pas, pour que le salaire minimum ne soit pas augmenté, pour que vous ne receviez pas la totalité de l'aide agricole à laquelle vous avez droit, un coup d'État a été tenté.
Narrator / Reporter
Aux dernières élections municipales, le parti d'opposition a remporté un grand nombre de mairies, et quelques jours avant son arrestation, Ekrem İmamoğlu avait déclaré vouloir se présenter aux prochaines présidentielles.
Opposition Supporter / Activist
Aujourd'hui, pour la liberté, pour la démocratie, pour la libération de la Turquie. Car il ne reste plus rien de la démocratie en Turquie. C'est pourquoi nous disons, il n'y a pas de salut seul, soit tous ensemble, soit aucun de nous.
Narrator / Reporter
Fatma entend ce slogan souvent repris par l'opposition.
Opposition Supporter / Activist
«Imamoglu est en prison uniquement parce qu'il a raison et parce qu'il veut devenir président. Nous n'avions donc qu'un seul candidat. Ils pensent qu'ils l'ont mis en prison, mais Imamoglu est toujours là. Des milliers de personnes soutiennent Imamoglu ici. Et croyez-moi, un jour, ce gouvernement changera. La démocratie arrivera, la liberté arrivera, la Turquie ne renoncera jamais à son indépendance.
Narrator / Reporter
À la fin du discours, la place se vide rapidement.» Pamuk est ravie. Elle a fait 12 heures de trajet pour venir. Depuis plusieurs années, la Turquie fait face à une forte inflation. Elle est officiellement d'environ 30%. J'ai peur pour l'avenir de mes petits-enfants. Quand j'étais enfant, je n'avais pas cette peur. Je ne pensais pas à la pauvreté, par exemple. Je ne me demandais pas ce que j'allais manger. Regardez les enfants d'aujourd'hui. Le meeting se termine, la foule se disperse dans le calme sous les yeux de la police, bien loin de l'atmosphère tendue des manifestations un an plus tôt à Istanbul ou Ankara. Pendant plusieurs soirs, à partir du 19 mars 2025, des centaines de milliers de personnes se rassemblent devant la mairie d'Istanbul. Un peu plus tôt ce jour-là, des étudiants ont manifesté devant l'université d'Istanbul en réaction à l'annulation du diplôme d'Ekrem Imamoglu. C'est là que nous retrouvons Hazal, diplômé de l'université de Garatasaray.
Opposition Supporter / Activist
Nous sommes dans une rue, à l'endroit même où on s'est battus avec la police, simplement parce que nous voulions exercer notre droit constitutionnel de manifester. Nous avons alors essayé de continuer à marcher, mais nous avons entendu des coups de feu. Nous avons compris qu'ils utilisaient des balles en plastique contre les étudiants. Puis nous avons commencé à sentir l'odeur du gaz poivré. À ce moment-là, j'étais un peu en difficulté. Nous étions sur le point de faire demi-tour, mais quelque chose de miraculeux s'est produit. La police a dû battre en retraite au lieu de nous attaquer. Alors nous avons continué à courir et ils n'ont pas pu nous arrêter.
Narrator / Reporter
Cette scène des étudiants qui font reculer les barricades de police a marqué les esprits. Avec Azal, nous empruntons cette même rue, aujourd'hui très calme.
Opposition Supporter / Activist
C'est une rue tellement étroite, mais personne ne s'en souciait et on frappait. ces barrières métalliques.
Narrator / Reporter
Nous continuons à marcher jusqu'à arriver devant la porte principale de l'université. Les étudiants sont arrivés jusqu'ici avant de se disperser. Aujourd'hui, des touristes avec leurs guides observent cette grande porte historique.
Opposition Supporter / Activist
Nous avons vécu sous Erdogan, sous ce gouvernement, toute notre vie. Et nous avons peur d'être arrêtés. Nous avons peur de tout. Nous avons peur de critiquer, nous avons peur de simplement partager notre opinion sur les réseaux sociaux. Si toute votre vie est faite de peur, je pense que c'est ce qui nous a tous réunis ici. Le fait que nous en avions assez d'avoir peur.
Narrator / Reporter
Pendant plusieurs semaines, les étudiants se sont mobilisés dans la rue ou dans leurs universités, mais le mouvement a fini par s'essouffler. Bekir est étudiant à l'université de Garatasaray. Toujours visé par plusieurs procès, nous le rencontrons dans le jardin d'un café près de chez lui.
Bekir
Je suis un petit peu célèbre en Twitter, en social media. Et j'ai commencé à partager les vidéos, les photos, les tweets sur Imamoglu. Après ça, ils m'ont regardé à la vue. J'ai rencontré Imamoglu à la station de police. J'ai seulement dit que à Imamoglu. Le Président, je vous aime beaucoup. Vous nous aimez aussi. C'est pourquoi je suis ici.
Narrator / Reporter
Et ce, même s'il est membre d'un autre parti d'opposition. Entre mars et octobre, Bekir a cumulé les gardes à vue et a passé plusieurs mois en prison. Il a notamment été accusé d'insultes au Président et de propagande terroriste. Il explique ses difficultés à vivre en Turquie.
Bekir
Il prend une longue inspiration. Face au risque de retourner en prison,
Narrator / Reporter
il a désormais fermé ses comptes sur les réseaux sociaux.
Bekir
Quand j'ai été libéré en octobre, presque tous les gens m'ont dit que je n'avais pas d'espoir. C'est fini. On a essayé, mais maintenant, tout est fini.
Narrator / Reporter
Est-ce que toi, tu as de l'espoir?
Bekir
Franchement, non. Parce que la majorité ne veut pas changer quelque chose.
Narrator / Reporter
Comme Bekir, nombreux sont les étudiants à avoir fait des allers-retours entre le poste de police, le palais de justice et la prison. Un cycle aussi suivi par l'une de ses avocats, Eukwil Ginkavlak. Pour bien se souvenir de cette année mouvementée, elle a préparé plusieurs feuilles de notes devant elle.
Opposition Supporter / Activist
Le soir, des personnes étaient violemment arrêtées sur les places publiques, par exemple à Istanbul, à Saracené, à Ankara ou bien encore à Bursa ou à Edirne. Puis vers minuit et jusqu'aux petites heures du matin, des personnes étaient arrêtées à leur domicile lors de descentes. L'objectif de la police, c'était d'identifier les individus dont ils pouvaient reconnaître le visage à partir des enregistrements vidéo pris pendant les manifestations. C'est devenu un cycle. Entre le 19 et 26 mars, selon
Narrator / Reporter
l'Association des droits de l'homme, près de 2000 personnes ont été arrêtées. La plupart ont été rapidement relâchées, mais certains ont passé quelques semaines ou mois en prison.
Opposition Supporter / Activist
Au cours de ce processus, nous avons constaté que toutes les mesures de sécurité, y compris l'arrestation, le contrôle judiciaire et l'assignation à résidence, ont été appliquées à des personnes qui exerçaient leur droit constitutionnel de manifester.
Narrator / Reporter
Pendant plusieurs jours, les rassemblements sont interdits à Istanbul. Mais un tribunal a depuis jugé cette mesure illégale, explique Bedia Bug Gebiz, elle aussi avocate.
Bedia Bug Gebiz
Une interdiction qui dure plusieurs jours et qui touche toute une ville avec autant d'habitants qu'à Istanbul est déjà contraire à la loi. Donc bien sûr, les affaires ont peu à peu abouti à des acquittements. Mais à l'époque, le gouvernement, le gouverneur et de nombreux membres des forces de l'ordre, dont la police, considéraient les manifestations comme illégales. Le problème, c'est que la Turquie est toujours très divisée dans ce genre de situation et qu'un camp ressent beaucoup de colère.
Narrator / Reporter
Ce sont aussi des avocats, y compris l'un des avocats du maire d'Istanbul ou encore des journalistes qui sont arrêtés.
Bedia Bug Gebiz
Pour moi, cette année a été très compliquée. Depuis mars, j'ai mis de côté ma carrière professionnelle et ma vie personnelle.
Opposition Supporter / Activist
Pendant cette période, on disait souvent cette phrase «Ne normalisons pas». Mais j'imagine qu'avec le temps, on a commencé à se dire que c'était normal, que ça s'était stabilisé. Mais rien n'est stabilisé, surtout dans les tribunaux. C'est toujours le cas.
Narrator / Reporter
Un an plus tard, pour Bedia, ces procédures laissent un goût amer.
Bedia Bug Gebiz
Je suis un peu triste. Comme citoyenne, je suis triste. Comme avocate, je suis très triste. Parce que les juristes n'ont plus confiance dans le droit et les citoyens non plus. Nous avons compris à quel point ces procédures sont tragicomiques. Il y a des étudiants qui ont passé 70, 76, 40, 50 jours en prison. Leurs études ont dû être prolongées, ils n'ont pas pu passer leurs examens, certains n'ont pas pu payer leur loyer, les familles étaient dévastées. Même si vous savez que vous allez sortir de prison, c'est un endroit très difficile, très difficile psychologiquement. Nous parlons ici de personnes âgées de 18, 19, 20 ou 21 ans.
Narrator / Reporter
Cette mobilisation, provoquée par l'arrestation du principal opposant au président turc, a traduit la colère généralisée d'une partie de la population contre le pouvoir.
Recep Tayyip Erdogan
Au lieu de répondre aux accusations de corruption, de vol, de détournement de fond, de favoritisme et de peau de vin, ils ont signé pendant cinq jours les déclarations les plus irresponsables, les plus indignes et les plus contraires à l'éthique et aux droits de notre histoire politique.
Narrator / Reporter
Dans un discours prononcé quelques jours après le début de la mobilisation, le président turc Recep Tayyip Erdogan ne mâche pas ses mots face au parti d'opposition.
Recep Tayyip Erdogan
Les policiers blessés lors des attaques des vandales, les commerçants dont les vitrines ont été brisées, les milliards de lire de dommages causés aux biens publics, le seul responsable de tout cela est le leader du principal parti d'opposition et ses acolytes qui ont appelé à descendre dans la rue.
Narrator / Reporter
Au pouvoir depuis 2003, réélu une nouvelle fois en 2023, il reste soutenu par une partie de la population. Sa formation, le Parti de la Justice et du Développement, l'AKP, s'appuie notamment sur des sections jeunesse. Ramazan Ataman, chef de la section jeunesse de l'AKP à Kadiköy, nous reçoit dans son bureau un soir de ramadan après la rupture du jeûne. Il est situé au siège de l'AKP de cet arrondissement. À chaque palier, une affiche du président.
Ramazan Ataman
Je suis moi aussi un admirateur du reis depuis mon enfance. J'aime beaucoup le reis. Comme il correspond à ma vision des choses, comme c'est un leader conservateur, attaché à son pays, à sa patrie et à son peuple, j'ai voulu suivre son chemin. Dieu m'en a donné la chance. Je suis aujourd'hui un représentant ici à Kadikoy.
Narrator / Reporter
Tous les soirs du ramadan, les sections jeunes distribuent de quoi rompre le jeûne aux personnes bloquées dans les embouteillages ou empruntant les transports en commun.
Ramazan Ataman
Nous menons surtout des projets destinés aux jeunes. Nous rencontrons les associations de jeunesse, nous participons aux conseils de jeunesse, nous présentons des projets liés à la jeunesse à nos ministères et à nos députés.
Narrator / Reporter
Kadiköy est un arrondissement acquis à l'opposition. Le siège de l'AKP fait d'ailleurs face à la mairie. Ramazan ne tarie pas de critiques contre celle-ci.
Ramazan Ataman
Cela fait maintenant plus de 30 ans que le CHP gère Kadiköy. Et quand on se promène dans les rues, on voit qu'il y a constamment des ordures, des nids de poules et de la boue. La mairie ne travaille pas.
Narrator / Reporter
Pendant l'interview, les jeunes membres, âgés d'une vingtaine d'années, entrent et sortent du bureau. Certains restent pour écouter. Quant à la question des crèmes Imamoglu, Ramazan défend la justice turque. S'il y a un délit, s'il y
Ramazan Ataman
a une plainte, bien sûr que cela fera l'objet d'une enquête. Les bases de données de la municipalité ont été examinées, les ordinateurs et les sources ont été examinés, et il est actuellement en prison. Nous ne sommes pas dans une république bananière, mais dans la république de Turquie. Il y a ici un système judiciaire. Chacun est libre de se défendre. S'il est coupable, cela sera prouvé. Sinon, il sera libéré dans les plus brefs délais.
Narrator / Reporter
Une position partagée par Oran Kaya, le chef de l'AKP dans cet arrondissement.
Pour lui,
les jeunes qui manifestent sont en partie influencés. Malheureusement, au cours de ce processus, certains
de nos jeunes ont été manipulés par les réseaux sociaux, qui leur ont donné l'impression qu'il n'y avait rien, que la justice était défaillante, qu'elle était mal appliquée, et certains d'entre eux sont malheureusement descendus dans la rue. Mais aujourd'hui, nous constatons que ces jeunes ont repris leurs esprits.
En plus des crèmes Imamoglu, les arrestations d'autres maires et de collaborateurs se sont multipliées pendant l'année. Certains sont toujours en prison, alors pour se soutenir, leur famille se rassemble toutes les semaines en présence de Dilek Imamoglu, la femme du maire. Dans le parc devant la mairie d'Istanbul, une poignée de soutiens s'est rassemblée et la police est présente pour les surveiller. Chebnem Tsheper et membre du parti, elle vient soutenir les familles.
Opposition Supporter / Activist
J'accorde beaucoup d'importance à ce rassemblement parce qu'ici, les familles des détenus se réunissent et se soutiennent mutuellement. Elles s'entraident, elles se soutiennent, elles partagent leurs problèmes, leurs souffrances, leurs blessures. Elles nous racontent les injustices qui leur sont faites. Elles lisent les lettres des détenus. Nous sommes à leurs côtés. Nous pleurons. Nous sommes tristes avec elles.
Narrator / Reporter
Pendant ces rassemblements, Dilek Imamoglu prend la parole devant un pupitre avec les familles autour d'elle. Aujourd'hui, nous ne sommes pas ici comme témoins, mais comme ceux qui élèvent leur voix. Non pas ceux qui s'inclinent, mais ceux qui exigent. Non pas ceux qui attendent, mais ceux qui demandent des comptes au pouvoir. Elle liste ensuite dix demandes. Premièrement, nous demandons que tous les élus, leurs collègues et les membres de leur famille pris en otage soient jugés sans
Opposition Supporter / Activist
être placés en détention.
Narrator / Reporter
Dans l'une des affaires, une centaine de personnes est en prison. Toubatouroun Erdoudou fait partie de ces familles. Son mari a été arrêté le 31 mai.
Touba
Ce besoin est né avant tout de l'injustice que nous avons subie et de la nécessité de nous serrer les coudes. En nous réunissant, nous nous réconfortons mutuellement. Si nécessaire, nous pleurons ensemble. Si nécessaire, nous rions ensemble. Nous célébrons nos anniversaires, nous assistons ensemble aux funérailles. En somme, nous essayons de vivre ensemble tout ce qui est nécessaire dans le cours normal de la vie, tout ce qui se passe. Et pendant ce temps, nous essayons d'exprimer et de faire connaître au grand public les souffrances endurées par les familles en raison des détentions injustifiées.
Narrator / Reporter
Touba est particulièrement touchée par la situation d'autres familles.
Touba
Nous vivons donc sous une pression psychologique extraordinaire. Les enfants sont une blessure à part entière. Il manque beaucoup à leur père, à leur mère. Il y a des enfants en bas âge dont les parents sont emprisonnés. Il y a des malades.
Narrator / Reporter
Puisqu'elle est avocate, elle peut voir son mari plus souvent, mais les autres familles ont des droits de visite limités.
Touba
Une année de notre vie perdue, une douleur impossible à décrire. Et dans nos vies privées, nous avons réellement subi d'innombrables injustices.
Narrator / Reporter
Près d'un an après son arrestation, un procès colossal s'est ouvert en mars avec Ekrem Imamoglu et environ 400 autres accusés. Peu de chance qu'il puisse se présenter aux prochaines élections présidentielles, normalement prévues en 2028. Plusieurs autres procès sont en cours, et notamment celui qui concerne l'annulation de son diplôme, nécessaire pour être candidat. Un an après la mobilisation qui a secoué la Turquie, les rues ont retrouvé leur calme et l'opposition continue d'être mise sous pression.
Turquie, une année amère pour l'opposition. Un grand reportage de Mathilde Varda, réalisation Pauline Leduc.
Date: March 19, 2026
Journalist: Mathilde Varda
Duration covered: Key events from March 2025 to March 2026
This episode offers an in-depth exploration of the turbulent year faced by the Turkish opposition following the arrest of Ekrem İmamoğlu, mayor of Istanbul and leading rival to President Recep Tayyip Erdogan. Through on-the-ground reporting, testimonies from politicians, activists, students, lawyers, and families of detainees, the episode captures a society gripped by political turmoil, mass protests, and the persistent erosion of democratic freedoms.
Context & Timeline: On March 19, 2025, İmamoğlu is arrested on corruption charges shortly after being declared the main opposition presidential candidate ([00:26]-[00:53]).
Opposition Narrative:
"Pour qu'Ekrem Imamoglu ne devienne pas président [...] un coup d'État a été tenté." – Özgür Özer [03:07]
Economic Realities Cited: During rallies, opposition figures point to stark regional price differences and hardship among retirees and farmers ([02:11]).
Sentiment in the Crowd:
“Il n’y a pas de salut seul, soit tous ensemble, soit aucun de nous.” – Opposition Supporter [03:38]
Student Protests: Following the removal of İmamoğlu’s university diploma, students stage demonstrations facing harsh police response ([05:28]).
“Si toute votre vie est faite de peur, je pense que c'est ce qui nous a tous réunis ici. Le fait que nous en avions assez d'avoir peur.” – Opposition Supporter [06:37]
Repression’s Personal Toll:
Crackdown on Protestors:
“Mais rien n'est stabilisé, surtout dans les tribunaux. C'est toujours le cas.” – Opposition Supporter [11:08]
President Erdogan's Justification ([12:19]):
“Le seul responsable de tout cela est le leader du principal parti d'opposition et ses acolytes qui ont appelé à descendre dans la rue.” – Recep Tayyip Erdogan [12:46]
AKP Youth Wing:
“Nous ne sommes pas dans une république bananière, mais dans la république de Turquie. Il y a ici un système judiciaire. Chacun est libre de se défendre.” – Ramazan Ataman [14:57]
Weekly Gatherings for Families:
“Nous ne sommes pas ici comme témoins, mais comme ceux qui élèvent leur voix. [...] Ceux qui demandent des comptes au pouvoir.” – Dilek İmamoğlu (as reported) [16:58]
Emotional Testimonies: spouses and family members speak of psychological strain and daily difficulties, especially the impact on children ([17:39]-[18:40]).
“Une année de notre vie perdue, une douleur impossible à décrire.” – Touba [18:40]
On the Breaking Point:
"Nous avons compris à quel point ces procédures sont tragicomiques... Même si vous savez que vous allez sortir de prison, c'est un endroit très difficile, très difficile psychologiquement." – Bedia Bug Gebiz [11:29]
Student Testimony of Mobilization:
“Nous avons alors essayé de continuer à marcher, mais nous avons entendu des coups de feu... nous avons compris qu'ils utilisaient des balles en plastique contre les étudiants.” – Opposition Supporter [05:28]
Erdogan’s Response to Unrest:
“Les policiers blessés lors des attaques des vandales, les commerçants dont les vitrines ont été brisées, les milliards de lire de dommages causés aux biens publics, le seul responsable de tout cela est le leader du principal parti d'opposition et ses acolytes.” – Recep Tayyip Erdogan [12:46]
Opposition’s Slogan:
“Il n’y a pas de salut seul, soit tous ensemble, soit aucun de nous.” – Opposition Supporter [03:38]
| Timestamp | Segment | |-----------|------------------------------------------------------------------------| | 00:26 | Arrest of Ekrem İmamoğlu and national mobilization | | 02:11 | Özgür Özer addresses economic hardship at opposition rally | | 03:38 | Opposition slogans; defense of İmamoğlu | | 05:28 | Student protest, police violence, and acts of resistance | | 07:24 | Bekir’s testimony: activist's journey through police and courts | | 09:15 | Lawyers describe mass detentions and legal normalization of repression | | 12:19 | Erdogan’s public condemnation of opposition | | 13:43 | AKP youth leaders’ loyalty and criticism of opposition | | 16:58 | Family support gatherings, Dilek İmamoğlu’s speech | | 17:39 | Touba describes daily pain and familial hardships | | 18:50 | Ongoing trials and uncertain future for Turkish opposition |
The reportage adopts a deeply immersive, factual tone that balances emotive testimonies with granular political analysis. The voices of ordinary citizens are prominent, personalizing the collective experience of political repression. Official statements and the perspectives of Erdogan's supporters further illustrate the country’s profound polarization.
"Turquie : une année amère pour l’opposition" delivers a vivid, balanced portrayal of a country at a crossroads. The episode traces the high hopes raised by a charismatic opposition leader, the governmental clampdown that followed, and the resilience and fatigue that now coexist within Turkish society. It ends on a note of uncertainty—calm has returned to the streets, but the divisions and traumas of the past year remain unresolved.