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A
Episode 113, le français belge. Salut à toutes et à tous, bienvenue pour ce dernier épisode avant notre traditionnelle pause estivale. Une pause qui sera un peu plus longue que d'habitude puisqu'on reviendra seulement en septembre. On espère que vous aussi vous allez pouvoir prendre des vacances et vous reposer. Mais pour être honnête, nous on va pas vraiment être en vacances, en tout cas pas tout l'été. On va continuer de publier des vidéos sur la chaîne YouTube et d'aider les élèves qui font nos cours. Et on va surtout préparer le nouveau format du podcast. Oui, parce que comme on vous l'a dit avec Ingrid dans le dernier épisode, on veut faire évoluer le podcast. D'ailleurs, je vous rappelle qu'on vous a envoyé un petit sondage, un questionnaire pour partager vos suggestions. Si vous ne l'avez pas reçu, vous pouvez aussi le trouver sur le site. On ne vous en dit pas plus pour le moment, mais vous pouvez vous attendre à quelques surprises pour la rentrée. C'est pour ça qu'on a besoin de faire une pause cet été pour s'organiser et être prêt en septembre. D'ailleurs, si vous voulez profiter de l'été pour faire encore plus de français, les inscriptions pour notre cours avancé sont ouvertes cette semaine. Je vous en ai déjà parlé. C'est un cours qui s'appelle « Raconte ton histoire » et qui est fait pour vous aider à comprendre les conversations à vitesse réelle. Si vous me comprenez bien mais que vous avez plus de difficultés avec les épisodes où je discute avec Ingrid ou d'autres invités, ce cours est fait pour vous. Donc n'hésitez pas à aller faire un tour sur innerfrench.com slash histoire pour trouver toutes les infos. Voilà, maintenant on peut passer à notre sujet du jour. Je vous propose de continuer notre série sur les accents. Après le français québécois, on va s'intéresser au français belge. Et pour ça, j'ai invité Élisabeth Castado, qui est professeure de français à la faculté d'interprétation et de traduction de l'université de Mons en Belgique. Avec Elisabeth, on a discuté de la place du français dans son pays, notamment par rapport aux autres langues officielles. Parce que oui, il y a trois langues officielles en Belgique, mais aussi des différences de prononciation, des belgicismes, les expressions typiquement belges. Elle m'a aussi expliqué pourquoi les Français se trompent complètement quand ils imitent l'accent belge et pourquoi ça peut être intéressant d'apprendre le français en Belgique plutôt qu'en France. Bref, j'ai appris plein de choses passionnantes grâce à Elisabeth. Vous verrez qu'on s'est concentré sur la partie linguistique et qu'il y a certaines références culturelles qu'on n'a pas expliquées. Donc j'ai aussi publié une vidéo sur la chaîne YouTube pour vous aider à mieux comprendre ça, à mieux comprendre comment les Belges sont perçus par les Français et d'où viennent ces stéréotypes. Donc je vous encourage vraiment à regarder cette vidéo avant ou après l'épisode. Voilà, maintenant je vous laisse en compagnie d'Elisabeth Castadeau. Bonne écoute !
B
Bonjour.
A
Elisabeth.
B
Bonjour, bonjour Hugo.
A
Merci d'avoir accepté mon invitation.
B
Avec plaisir.
A
Alors, pour commencer, est-ce que vous pourriez vous présenter en quelques mots ?
B
Je m'appelle Elisabeth Castadeau et je travaille à l'université de Mons, qui est une université en Wallonie, une région francophone de Belgique. et j'enseigne ici le français langue étrangère, donc aux étudiants qui viennent en séjour d'échange, en séjour Erasmus, à la faculté de traduction et d'interprétation. J'enseigne aussi avec grand plaisir la maîtrise du français écrit, orthographe, structure syntaxique, puisque les Belges francophones, comme beaucoup, Deux francophones ont besoin de passer de l'oral à l'écrit soutenu par un certain apprentissage. Il n'y a pas que pour les personnes qui apprennent le français comme langue étrangère que le français représente des bizarreries ou des aspects particuliers.
A
C'est sûr, c'est sûr. Pour les Français aussi, je sais que ça pose pas mal de problèmes.
B
Oui, on a plusieurs étudiants français d'ailleurs qui viennent s'inscrire à la faculté de traduction et d'interprétation de l'Université de Mons, dont la réputation s'étend apparemment jusqu'à Nantes, puisque j'ai eu ce matin une étudiante de là qui présentait son travail de fin d'études.
A
D'accord, ok. Alors, dans notre conversation aujourd'hui, on va se concentrer sur le français belge et ses particularités. Il y a pas mal d'idées préconçues, notamment chez les Français, qui concernent le français belge, donc on va essayer un peu de décerner le vrai du faux. Et pour commencer, je pense que ça pourrait être une bonne idée de faire un petit rappel de la situation linguistique en Belgique, parce que c'est assez différent de la France. Alors, quelles sont les langues qui sont parlées en Belgique ?
B
Dans la région principalement francophone, la région qui s'appelle la Wallonie, le français est la langue officielle. Il existe le dialecte wallon, mais très peu de personnes aujourd'hui le maîtrisent complètement. En tout cas, ce n'est pas la langue de l'enseignement. C'est une langue que parlait la population il y a plutôt 4-5 générations. C'est vrai que je devrais avoir une carte de la Belgique. La Belgique, c'est une sorte de losange comme ceci. La région au-dessus, au nord, s'appelle la Flandre et la langue officielle de cette région, c'est le néerlandais, donc la même langue que pour les Pays-Bas. Ceci dit, il y a des variétés, des particularités. On appelle parfois aussi cette langue le flamand. Et puis, il y a à l'intérieur de la Flandre encore une région-ville qui est Bruxelles. Oui, vous connaissez tous ce nom, cette ville. Et Bruxelles est la seule région officiellement bilingue où tant le néerlandais que le français ont le statut de langue officielle. Donc on a un pays avec, ah oui et j'oubliais, il ne faut pas passer à côté de ça, il y a quelques petites communes dans l'Est qui sont germanophones, donc où la population parle allemand. Ces communes en fait au départ, la création de la Belgique ne faisait pas partie du du pays, du territoire, mais ont été rattachés après la Première Guerre mondiale. Donc on a trois langues officielles, le néerlandais, le français et l'allemand. Mais en fonction de la situation, un Belge peut passer de l'un pour certains belges qui sont bilingues. Et puis, on connaît encore souvent quelques mots de Wallon ou pour les personnes en Flandre, pas mal de mots de variété régionale. Donc c'est un pays avec beaucoup de particularités linguistiques.
A
Et est-ce qu'avec le français, on peut se débrouiller dans le nord de la Belgique ou est-ce que c'est compliqué ?
B
En Flandre ? C'est ça, en Flandre. Non, en fait, la Flandre est une région unilingue néerlandophone, on parle le néerlandais, mais beaucoup de Flamands maîtrisent assez bien le français puisque l'enseignement du français est encore obligatoire et assez poussé en Flandre. Ça peut provoquer des réactions difficiles de certains interlocuteurs qui souhaitent la fin de la Belgique, ce qu'on appelle les nationalistes flamands, qui vont rejeter tout ce qui leur rappelle cette appartenance à un pays bilingue néerlandais-français. Donc vous pouvez, si vous arrivez en Flandre et que vous commencez à vous adresser directement en français, avoir certaines réactions. un peu inconfortables et désagréables de certains interlocuteurs, mais c'est rare, et surtout si c'est pour des personnes qui ne sont pas belges. Mais c'est un reproche souvent entendu que les Belges francophones qui habitent la Wallonie parlent très mal le néerlandais, et c'est vrai puisque le néerlandais n'est pas obligatoire à l'école. Il y a une grande discussion pour l'instant au niveau politique, sur la nécessité de rendre l'apprentissage d'une irlandaise obligatoire aussi en Wallonie.
A
D'accord, ok. Donc, la langue officielle dans l'administration, ça dépend aussi selon si on est en Flandre ou en Wallonie.
B
Eh oui, c'est la langue du sol.
A
Donc, concernant la capacité des Belges à parler plusieurs langues, tous les Belges ne sont pas trilingues, j'imagine.
B
Non, en fait, l'enseignement d'une Irlandaise en Wallonie n'est pas obligatoire et pas nécessairement très poussé. L'anglais est beaucoup plus demandé par les élèves. À Bruxelles, l'enseignement d'une irlandaise est obligatoire, mais de nouveau Bruxelles est une ville cosmopolite, donc pour une grande partie des élèves, beaucoup d'élèves, le français n'est déjà que la deuxième langue à la maison. Ils vont parler, ça peut être le turc, le polonais, comme dans toutes les villes internationales.
A
Alors maintenant on va se concentrer un peu sur la prononciation. En France, on imagine, on croit qu'il y a un accent belge qui a été notamment popularisé par Coluche avec ses sketchs dans les années 80. Alors est-ce que c'est vrai ? Est-ce qu'il existe un accent belge ?
B
Alors, c'est un peu plus spécifique que ça. En fait, ce que Coluche montrait dans ses sketchs ou qu'il caricaturait, dont il se moquait, c'est le Belge populaire qui, assez souvent, avait pour première langue un dialecte qu'on appelle le bruxelaire. qui est un dialecte de la même famille que le flamand, le néerlandais, et pour lequel le français était plutôt une deuxième langue, presque une langue étrangère, même si beaucoup de personnes parlaient français. Décrire les langues en Belgique, c'est aussi parler de rapports politiques, de rapports sociaux, puisque le français, en fait, était la langue de la bourgeoisie, de ceux qui avaient l'argent et le pouvoir et donc seules ces personnes-là apprenaient le français très tôt et le maîtrisaient Les domestiques, les ouvriers avaient plutôt pour langue un dialecte, que ce soit le Wallon ou le bruxellaire à Bruxelles. Ce que Coluche montre, c'est quelqu'un dont le français n'est pas la première langue et dont les particularités de prononciation viennent en fait de... Il y a comme un accent étranger en fait, comme un italien qui parlerait français aurait des particularités. Donc maintenant c'est beaucoup moins le cas, les élèves wallons sont éduqués en français, dont les parents parlent français depuis une, deux, même trois générations, ne vont pas développer, ne vont pas parler avec ces particularités en prononçant de cette manière-là. Mais il reste des traits, des particularités. Par exemple, le O, on va très souvent entendre des Belges francophones prononcer « mon vélo ». Je ne sais pas si vous l'avez entendu, avec un O qu'on aurait par exemple dans port. Dans port, vous avez un O qui est plus ouvert que dans pot. Donc, là où on prononcerait en français de France, en français standard vélo, euro, on va entendre vélo et euro. Donc oui, il y a des particularités qui persistent. Ici, évidemment, je travaille avec des étudiants qui se forment à l'interprétation, à la traduction, donc on va leur faire prendre conscience de ça, comme on le fait avec des étudiants qui apprennent le français langue étrangère. mais dans des situations informelles, il n'y a pas de problème, on s'exprime évidemment. Alors, ce qu'on va dire aussi, et ça c'est très courant, on va prononcer le « an » qui s'écrit « un », différemment que le « in » qui s'écrit « in » ou « ain ». Donc, on va dire un brin d'herbe, mais un ours brin. Évidemment, c'est ténu, c'est difficile à entendre. Quand j'essaye d'expliquer à des étudiants non francophones, c'est différent, ils n'entendent pas vraiment. Mais comme pour le français du Québec, il y a des particularités qui étaient prononcées par les Français, en tout cas, En tout cas, du nord, on ne va pas parler du Midi de la France, c'est encore différent. On prononce pour certains aspects, comme le français d'il y a 100 ou 150 ans.
A
C'est vrai, il me semble que dans le sud de la France, ils ont tendance aussi à prononcer les O de manière plus ouverte, ce qui se rapproche peut-être plus de la prononciation belge, comme vous l'avez dit avec Vélo.
B
Oui, oui.
A
Il me semble que c'est le cas aussi dans le sud de la France.
B
Dans le sud de la France, en fait, tout ce qui est écrit à U suivi d'une consonne, donc par exemple, elle saute, pour elle, elle saute, elle saute en l'air, elle saute en l'air. Il y a quelques particularités, même si c'est beaucoup moins marqué que pour le français québécois. Il n'y a pas tellement de films ou de séries télévisées belges qui passent à la télévision française. Si c'est le cas, ce qui va être demandé aux comédiens, c'est de se « redoubler », par exemple de redire certaines phrases qui contenaient des belgicismes, mais beaucoup moins pour faciliter la compréhension. D'ailleurs, la plupart des étudiants étrangers qui viennent ici me disent « Ah, j'avais peur de rien comprendre en arrivant et pourtant, ce n'est pas tellement différent de ce que j'entendais dans mes cours de français donnés par un Français ».
A
Vous voulez dire qu'on attend des acteurs qui forcent encore leur particularisme, c'est ça ?
B
Ah, pour les séries télévisées ? Non, en fait, pour les séries télévisées belges, produites en Belgique par des acteurs belges, si elles doivent passer à la télévision française, ce qu'on va demander aux comédiens, c'est de redire certaines phrases sans les belgicismes. Par exemple, si dans une phrase, ils ont dit « je vais téléphoner, donne-moi mon GSM », ils vont devoir redire la phrase « je vais téléphoner, passe-moi mon portable ». Évidemment, peut-être pour certaines particularités, mais sous-titrer totalement la série, le film, comme ça pourrait se faire pour des films québécois.
A
D'accord, ok, ok. C'est vrai qu'à ma connaissance, il me semble que sur Netflix, il y a eu quelques séries belges assez populaires qui ont bien marché en France aussi. Mais même de manière plus générale, les acteurs et actrices belges sont très, très populaires en France et très, très demandées. Benoît Poulevoorde, évidemment, François Damiens, Virginie Fira, etc. Et c'est assez intéressant de voir comment ils adaptent leur façon de parler selon les films, selon les rôles qu'ils doivent jouer. Je pense à Poul Vord notamment, qui d'un film à l'autre, sa façon de s'exprimer, les particularismes belges s'entendent plus ou moins.
B
Oui, mais vous ne vous en rendez pas compte, mais ça fait presque partie du programme scolaire de prendre conscience des différences entre le français de Belgique et la variété tant admirée et contemplée du français de France, qui est complètement idéalisée.
A
Le fameux français standard.
B
Pour vous donner une anecdote, dans les années 60 et 70, La télévision publique diffusait des émissions de la quinzaine du bon langage où on expliquait au public qu'il ne fallait pas prononcer tel mot, qu'il ne fallait pas prononcer de telle manière, ce qui n'y aurait pas vraiment, j'imagine mal, sur France 2, une émission… Attention, vous parlez mal français !
A
On a l'Académie française qui s'en charge très bien. Ils n'ont pas d'émission de télé.
B
Mais il y a une conscience, en fait, dans la mentalité belge. Attention, le français n'est pas tout à fait notre langue. On doit toujours mieux prouver qu'on le parle, qu'on le parle mieux, même si c'est notre langue maternelle.
A
J'ai l'impression que c'est en train de changer, justement, grâce à ces acteurs et actrices ou des artistes comme Stromae, Angèle, etc., qui revendiquent au contraire leur « Belgitude », entre guillemets. Et maintenant, en France, c'est un peu en train de devenir cool, justement, et au lieu de se moquer de ces belgicismes, on a tendance à essayer de se les approprier. Donc, c'est intéressant de voir ces évolutions qui sont plus liées finalement à la culture qu'à la linguistique.
B
Oui, c'est un mouvement aussi assez général dans d'autres grandes aires linguistiques, dans les pays anglophones aussi. Mais oui, la francophonie, pas uniquement avec Paris comme centre.
A
On essaie d'être un peu moins franco-centré, j'ai l'impression.
B
En tout cas, en Belgique, il y a un petit retour à une, je ne veux pas dire une fierté, parce que fière d'être belge, c'est très compliqué, mais une acceptation de soi. au lieu d'avoir ce regard totalement admiratif par rapport à la France. Oui, il y a des belgicismes, mais en fait, ce ne serait pas possible d'empêcher, de supprimer tous les belgicismes de la manière dont les Belges parlent français, puisque si on prend, là j'en ai pris un, il y a d'autres versions de dictionnaires des belgicismes, Il y en a, il y en a, il y.
A
En a, il y en a. C'est assez épais.
B
Oui, oui, oui. Donc. On peut commencer à indiquer à un enfant tous les belgicismes qu'il ne devrait pas prononcer s'il veut parler un bon français, mais on s'est finalement rendu compte que ça n'avait pas beaucoup de sens et que c'était peut-être dommage de perdre certains aspects, certaines particularités.
A
D'accord.
B
Mais oui, oui, pour la prononciation. On va prononcer un wagon, un WC, et pas le W comme le V. Vu le contact avec des langues proches de l'anglais, puisque le néerlandais est une langue de la même famille que l'anglais, si vous apprenez le néerlandais, vous allez vous rendre compte que par exemple « eaten » c'est « manger » comme en anglais « to eat », donc il y a beaucoup beaucoup de mots très proches.
A
Ce qui est finalement plus logique parce que nous, on prononce les W comme les Watt, par exemple, mais effectivement, pour certains mots, comme wagon. Donc, on ne dit pas wagon, mais wagon. Et WC, ou double WC, parfois. Alors que vous êtes plus cohérents, finalement, en Belgique.
B
Oh non, non, plus cohérents. Non, non, vu les particularités politiques et les incohérences, ne manque pas.
A
Il me semble que les lettres UI aussi, vous les prononcez de manière un peu différente par rapport à nous. Donc le chiffre, nous on dit huit et vous dites ?
B
Huit. comme un « oui » en fait, comme le mot pour accepter. Donc, on va dire « couille ». Alors, tous les francophones ne le prononcent pas de manière aussi caractéristique, mais « cuisine », comme si on prononçait « couille ». C'est vrai, c'est vrai. Parfois j'essaie de corriger ça, mais si je demande par exemple à mon téléphone de programmer 8 minutes avec la commande vocale, je vais toujours dire 8 minutes et je ne comprends pas. Ça ne s'enclenche pas.
A
Oui, je pense que ça dépend des systèmes d'opération. Parce que parfois, je sais que pour le québécois, par exemple, ils ont une version français-québécois, mais peut-être pas pour le français belge. Et le mot « bruit », par exemple, vous dites « brouille ».
B
Ça peut arriver, ouais. Un bruit.
A
D'Accord ok ok et au niveau de la prononciation le dernier mot qui est assez drôle parce que nous les français on vous corrige sur le nom de votre capitale parce qu'on a tendance à le prononcer Bruxelles alors que c'est Bruxelles C'est Bruxelles.
B
Et quand vous prononcez soixante, vous prononcez soixante ? Non, mais de toute façon, en anglais, la graphie, je ne sais pas très bien d'où vient le X, parce que c'était SC comme dans science, en fait, donc Brosella avec SC. Je ne sais pas quand est apparue l'écriture avec le X. Mais oui, oui, Bruxelles, bien sûr. Brussels.
A
Bruxelles, elles n'ont pas Bruxelles. Ça, c'est pour tous les francophones français qui vont nous regarder.
B
Tous les Français prononcent Bruxelles et les habitants de Bruxelles savent qu'un Français s'adresse à eux quand ils prononcent Bruxelles.
A
On est repéré tout de suite.
B
Les Belges sont repérés tout de suite en France, mais ne croyez pas que le contraire ne soit pas le cas.
A
Donc on va passer peut-être à la partie lexique et on va parler un peu des belgicismes. Et pour commencer, on l'a abordé rapidement, mais est-ce que vous pourriez nous en dire plus sur ce qu'on appelle le parler bruxellois ?
B
En fait, le bruxellaire, c'était un dialecte, c'est toujours, il y a très très peu, mais encore quelques personnes qui parlent assez couramment le bruxellaire. C'est un dialecte, c'est un type de langue de la même famille que le néerlandais. donc la famille des langues, néerlandais, anglais, allemand, on appelle ça des langues germaniques, et ce parler est resté, pour beaucoup de mots, dans la manière dont parlent les personnes dans des situations familières ou les personnes d'origine populaire. Mais disons qu'en fait, ce qui est considéré, ce qui est décrit comme bruxellois, c'est un français qui reprend, qui intègre beaucoup de ces mots d'origine bruxellaire. Donc, beaucoup, beaucoup de mots que les Bruxellois, dans des situations familières, populaires, utilisent sont en fait des mots de cette langue puisque c'est une langue alors il existe des vidéos avec de vieux bruxellois qui vous proposent quelques phrases, d'apprendre quelques phrases en bruxellois alors moi je suis née à Bruxelles Je ne parle pas du tout le bruxellois mais je connais très très bien les mots qui sont couramment repris dans cette espèce de variété de français qui est finalement le bruxellois. La syntaxe c'est du français, la structure des phrases c'est du français, la plupart des mots courants sont du français. Mais effectivement, il y a pas mal de mots. C'est ça qu'on va retrouver dans des films où on vous présente, dans lesquels apparaît un personnage de Bruxellois authentique. Mais c'est une type de personnage, je suis tout autant une Bruxelloise authentique. Je suis née là et j'habite à Bruxelles. Mais si vous avez un extrait d'un film dans lequel il montre bien que le personnage essaie d'apprendre à une femme étrangère à se faire passer pour une Belge, il dit « attention, si tu es plutôt de tel quartier de Bruxelles, tu dois parler comme ça ». Bruxelles est une ville comme Paris avec des quartiers différents, des catégories sociales différentes. Le bruxellois, effectivement, c'est cette image d'une personne bonvivante et populaire qui n'hésite pas à utiliser dans son français beaucoup de mots du dialecte bruxellaire.
A
D'accord. Je pense au film Dick & Neck. Est-ce que Dick & Neck, c'est un mot, justement, du parler bossé ? D'accord.
B
Donc, Dick, c'est gros et Neck, c'est la nuque, en fait, le cou. Donc, oui, ça veut dire gros cou. Ça existe aussi en français, je pense, cette expression, avoir le gros cou, être une personne arrogante, trop sûre d'elle.
A
On dit avoir les chevilles qui enflent. Je ne sais pas si vous avez cette expression aussi. Avoir les chevilles qui enflent, c'est justement quand on a une espèce de fierté un peu excessive. On dit prendre le melon aussi, donc avoir une grosse tête, voilà, prendre le melon, mais un gros cou. Moi, je ne l'ai jamais entendu, mais peut-être dans certaines régions, peut-être dans le Nord, mais c'est possible.
B
C'est peut-être effectivement en fait les particularités du français de Belgique qui sont souvent des transpositions à partir de belgicisme et donc on ne sait plus trop finalement si c'est un belgicisme repris du bruxellaire ou quelque chose qui se dit aussi en France. Oui, oui, donc effectivement, Diconec c'est tel quel, la figure type du bruxellois et de son parler bruxellois.
A
D'accord. Est-ce que vous pouvez nous donner un ou deux exemples d'expressions ou de mots qui sont très populaires et qui appartiennent au bruxellois ?
B
Oui, de nouveau, ça va être utilisé dans certaines situations, pas dans toutes, mais il fait douf, il fait très chaud pour l'instant en Belgique et je pense en France, il fait douf, ça s'écrit D-O-E-F. Alors c'est marrant, les Français ont un peu de mal quand ils voient cette écriture O-E, ils ne savent pas très bien si vous prononcez non en fait ça en néerlandais si vous écrivez oe c'est ce prononce ou comme ou en français donc notez que quand vous allez boire une oogarden c'est pas si vous connaissez cette marque de bière c'est une bière belge bien connue je pouvais pas m'empêcher de parler de bière oui donc.
A
On prononce oogarden D'accord, ok. C'est vrai que je pense que pour les français, ça peut porter à confusion parce que nous on a le mot verlan ouf que vous connaissez peut-être et quand on dit quelque chose de ouf, pas d'ouf mais de ouf, quelque chose qui est fou, qui est incroyable. Donc il fait douf, effectivement ça peut...
B
Il fait douf, il fait très chaud.
A
Ok, moi je l'aurais pas compris sans explication. Il fait douf, ok. Une expression qui va être de plus en plus utile malheureusement dans les années à venir.
B
Il y a aussi le mot « zineke » qui est très lié. C'est un bâtard, une personne dont les origines sont plutôt populaires, indéfinies. Au départ, c'est un chien bâtard. Mais on l'utilise, ce n'est pas nécessairement une insulte, ce n'est pas un méchant pour quelqu'un qui a un parcours de vie particulier, qui a des idées. Mais c'est très affectueux, c'est sympathique.
A
Un zine à cœur.
B
Un zine à cœur, oui. Une zine, en fait, c'est une idée bizarre. Donc quand vous avez « e que », c'est plutôt pour quelque chose d'affectueux.
A
Ok, ok.
B
« Chou que », par exemple « chou que ». Chou, c'est un petit nom sympathique pour une personne qu'on aime. À Bruxelles, on va dire Chouque.
A
C'est Petit Chou.
B
Oui, voilà, tout à fait. D'autres encore, comme je l'ai dit, il y en a plein. Alors, il y a François Damiens qui a fait un film qui s'intitule Mon Quête. Un quête, c'est un petit garçon.
A
D'accord. Là aussi, c'est... OK, OK. Je ne sais pas s'il a dû sortir en France, mais ça ne me dit rien. Il est sorti il y a longtemps ?
B
Non, il y a quelques années, trois, quatre ans.
A
D'accord.
B
Peut-être qu'effectivement, il n'a pas eu la même diffusion parce que là, il utilisait vraiment énormément de belgicisme. C'était un film, en fait, qu'il a réalisé avec des caméras cachées. Donc, toutes les scènes intégraient des personnes qui ne savaient pas qu'elles étaient filmées.
A
Maintenant, je vais partager quelques expressions qui, selon nous, les Français sont Belges. Et vous allez nous dire si oui ou non, elles le sont. Alors, pour commencer… Je ne suis qu'un témoin.
B
Comme je l'ai dit, moi, je suis de Bruxelles, mais après, dans d'autres villes, à Liège, à Namur, à Spa, les gens vont peut-être avoir d'autres manières de le dire.
A
Moi aussi je suis souvent surpris dans mes vidéos justement parce que par exemple dans la vidéo que j'avais faite avec avec Geneviève sur le français québécois par moment je disais ah non ça on le dit pas du tout en france et ensuite dans les commentaires des personnes du nord par exemple disaient ah si si chez nous on dit comme ça etc donc c'est vrai que Nous, on.
B
A très bien compris la carabistouille d'Emmanuel Macron quand il avait le débat avec Marine Le Pen qui lui disait vous dites des carabistouilles. En Belgique, il y a même un jeu qui s'appelait Carabistouille.
A
D'accord, ok. C'est vrai qu'Emmanuel Macron a un talent pour ressortir certaines expressions un peu désuètes, un peu démodées et les remettre sur le devant de la scène.
B
Des mots du nord de la France. Ici, je dis des belgicines, en tout cas de Bruxelles, mais il y a beaucoup de mots que les Belges francophones utilisent, mais qui s'utilisent aussi dans le nord, à Roubaix.
A
Ok alors le premier mot c'est plutôt une expression c'est une fois alors ça ça a été aussi popularisé par coluche et nous on pense en france que les belges terminent toutes leurs phrases par.
B
Une fois voulais-je une fois seulement dit non en fait ça vient d'une caricature Produite par des Belges eux-mêmes, au début du XXe siècle, il y a une pièce de théâtre qui a eu vraiment beaucoup de succès en Belgique et à Paris qui s'appelait Le mariage de Mademoiselle Boe, Le Mans. dans laquelle les auteurs avaient volontairement caricaturé le bruxellois et donc avaient placé des « une fois » dans presque toutes les répliques des personnages. Alors, je ne vais pas du tout vous dire qu'aucun Belge n'utilise jamais ce « une fois », mais on va beaucoup plus l'utiliser maintenant. Je crois que ça a été beaucoup corrigé, donc les jeunes Belges francophones utilisent peut-être plus « un peu », « on vient un peu ici » plutôt que « vient une fois ici ».
A
D'accord, ok.
B
Voilà, ça arrive, mais placer une fois dans toutes les phrases, comme le faisait Coluche, non.
A
D'accord. Ensuite on a, vous l'avez déjà dit, mais 70 et 90, donc ça par contre c'est bien utilisé en Belgique.
B
C'est tellement plus pratique que 70, non ?
A
C'est sûr, c'est sûr. Mais vous avez 80 quand même.
B
Oui oui on est resté à mi-chemin bah 80 voilà c'était une seule multiplication ça mais 70 non non et alors.
A
90 oui ça pour les étudiants pour les apprenants de français langue étrangère c'est vraiment le boss final le 99 ensuite l'expression il drache Eh oui.
B
De nouveau, dans une situation formelle, si je dois m'adresser à mon supérieur hiérarchique et que je ne veux pas lui dire qu'est-ce qu'il drache, mais dans un contexte familier, oui, bien sûr.
A
Et qu'est-ce que ça veut dire ?
B
Il pleut beaucoup. Souvent, lorsqu'il pleut le jour de la fête nationale, le 21 juillet, les médias vont parler de la drache nationale.
A
D'accord, OK.
B
Mais ça se perd un peu effectivement avec le réchauffement climatique. On a eu moins de draches nationales ces dernières années.
A
Parce qu'il fait douf. Et dans le nord de la France, on utilise aussi il drache, il me semble. Donc voilà, les frontières administratives ne correspondent pas aux frontières linguistiques.
B
Non.
A
Ensuite, une chic. Qu'est-ce que c'est une chic ?
B
Si vous regardez un petit film, une petite vidéo produite par les autorités belges francophones, un film parodique, en fait, une chic, ça va dépendre. À Bruxelles, c'est du chewing-gum, si je peux. utiliser un anglicisme, mais à Liège, à Liège, ça va être une sucrerie. Je ne sais pas si vous utilisez en France, vous allez dire bonbec, peut-être un bonbon, un bonbon, un bonbec. On n'utilise pas du tout, du tout ça. Je ne donnerai jamais de bonbec à mes enfants, tout simplement parce que je ne vois pas. Je ne sais pas si je demande dans un magasin en Belgique. On ne va jamais me dire ah oui, c'est par là des bonbons. à Bruxelles et à Liège. Donc Liège, c'est une ville qui se trouve à la frontière des Pays-Bas, près de la frontière des Pays-Bas et de l'Allemagne. Là, il chique, oui, un bon bec. Donc effectivement, dans la vidéo, je ne sais pas si je peux vous mettre des liens après. C'est un Liégeois et un Bruxellois qui discutent. Et en fait, ils n'arrivent pas à se comprendre. Ils se disputent un petit peu, justement, parce que les belgicismes qu'ils utilisent ne sont pas les mêmes.
A
C'est comme avec une poche en France ou dans le Sud-Ouest, une poche, c'est un sac, un sac plastique pour faire les courses, alors que dans le reste de la France, c'est simplement les poches d'un pantalon, par exemple. Ensuite, l'expression « je te dis quoi ». Dans quel contexte vous l'utilisez ?
B
On n'a pas encore de réponse à donner. Par exemple, quand est-ce qu'on pourrait se voir ? Attends, je dois d'abord savoir quand sera fixée cette réunion et puis après je te dis quoi.
A
D'accord.
B
C'est pour dire, pour l'instant, je ne peux pas te donner de réponse, mais bientôt, on va discuter de ça et on aura une réponse.
A
Et vous l'utilisez à la fin de l'interrogative aussi ? Est-ce que vous dites, tu me dis quoi, par exemple ?
B
Oui, bien sûr, c'est tellement pratique. Mais c'est amusant parce que c'est une structure, en fait, pour laquelle je n'avais pas conscience que c'était un belgicisme. En fait, à l'école, on va plutôt corriger des belgicismes lexicaux du type draché ou qu'est-ce qu'on avait d'autre, qu'on corrigeait beaucoup. Oui, Brawl, par exemple, que la chanteuse Angèle a utilisé comme titre de son premier album, mais on ne corrige pas beaucoup les structures syntaxiques ou les expressions. Et donc, c'est un étudiant étranger qui m'a dit, en fait, qu'est-ce que ça veut dire ? Je te dis quoi ? et c'est là que je me suis rendu compte qu'en France, ça ne se disait pas.
A
Parce que c'est plus utilisé à l'oral aussi j'imagine, donc vous le voyez rarement.
B
On va peut-être dans un mail informel je te dis quoi mais non effectivement ça s'emploie pas à l'écrit d'accord bah.
A
C'Est pratique comme très pratique très pratique.
B
Effectivement plutôt que je reviens vers vous.
A
Avec une réponse ouais ouais De manière plus informelle, je pense qu'on dirait « je te dis ça ». Nous, on dirait « je te dis ça ». « Je te dis ça plus tard ». Quand on quitte quelqu'un, qu'on va revoir un peu plus tard, en français, on dit « à tout à l'heure ». Et en Belgique, vous avez une autre expression, il me semble ?
B
« À tantôt ». « À tantôt ». De nouveau, c'est à l'oral, c'est familier, je ne vais pas non plus saluer mon supérieur hiérarchique, je vais lui dire à bientôt, mais pas à tantôt, c'est vraiment dans le contexte amical et familier.
A
D'accord. Et « à tantôt », ça peut être pour « à demain » aussi ? Parce qu'en français, en France, « à tout à l'heure », c'est forcément quand on va revoir la personne le même jour ?
B
Oui. « À tantôt », c'est pour le même jour, oui.
A
D'accord. OK.
B
Pas pour demain.
A
D'accord.
B
C'est vraiment dans quelques heures maximum.
A
OK. Après la pause déjeuner. Et ensuite, il me semble que...
B
Après, l'heure de table en Belgique.
A
L'heure de table pour le déjeuner ?
B
Oui, la pause déjeuner et l'heure de table. Et on a aussi, comme au Québec, le déjeuner pour le premier repas de la journée et puis le dîner pour le repas de midi. Mais de nouveau, c'est un peu plus archaïque. Les jeunes vont plutôt utiliser un anglicisme, le lunch.
A
D'accord.
B
L'Heure de table c'est dans un contexte professionnel en fait en famille on prend pas une heure de table ok ok.
A
Oui c'est vraiment une pause déjeuner c'est vrai et le soir c'est le souper.
B
Du coup d'accord parfois le dîner aussi Pas de différence très stricte.
A
OK. Et le dernier point, j'ai lu que parfois, vous utilisez pouvoir à la place de savoir ou savoir à la place de pouvoir. Est-ce que vous pouvez m'expliquer ça ?
B
Ouais. En fait, en français, on va utiliser savoir pour une maîtrise ou une connaissance qu'on a acquise, pour laquelle il y a eu un apprentissage. et pouvoir quand on a une possibilité, une capacité immédiate. Mais en Belgique, cette distinction parfois, on peut avoir une situation où la porte est fermée à clé et on va dire, on ne sait pas entrer. Il ne faut pas d'apprentissage pour ouvrir une porte. Et donc, la nuance entre les deux verbes, quand ils sont suivis d'un infinitif, donc d'un verbe pas conjugué, n'est pas très nette. Mais bien sûr, on ne va pas utiliser savoir et pouvoir s'ils ne sont pas suivis d'un infinitif en les confondant.
A
Vous n'allez pas dire je ne peux pas à la place de je ne sais pas, par exemple.
B
Non, non, non, non. Donc effectivement, si on me demande quand a lieu tel événement, vous n'allez pas répondre je ne peux pas à la place de je ne sais pas. C'est vraiment quand il y a un verbe pas conjugué derrière. Mais oui, oui, effectivement, moi aussi, c'est tellement courant qu'il faudra vraiment que je réfléchisse pour bien utiliser pouvoir et pas savoir quand il n'y a pas d'apprentissage. Donc c'est vrai que je ne sais pas entrer, la porte est fermée. Et c'est super amusant dans Astérix et Obélix chez les Belges, Les Belges, à la fin, quand ils ont gagné contre les Romains, vont dire, c'est le sauf qui sait. Hourra, nous avons gagné, c'est le sauf qui sait. Alors que dans une expression, en Belgique, on ne va jamais dire, un Belge francophone ne va pas dire dans une expression où il y a le verbe pouvoir, le verbe savoir à la place.
A
C'est un faux belgicisme.
B
Oui, Astérix et Obélix, la série est de toute façon caricaturale pour même les régions de France. Je ne suis pas sûre que les Corses se reconnaissent dans les images d'Astérix et Obélix en Corse, mais c'est super amusant. L'image a donné des Belges comme bons vivants et un peu brouillons.
A
C'est vrai, c'est vrai. Une image qui change, qui est en train de changer, heureusement, après toutes ces années.
B
Oui, oui, savoir, pouvoir, suivi d'un verbe, c'est finalement... Est-ce qu'on a vraiment bien maîtrisé ce qu'on peut faire, ce qu'on ne sait pas faire ? Une vraie question philosophique.
A
Philosophique, finalement, oui. Tout à fait. Alors, pour finir, justement, une autre question un peu plus philosophique peut-être, mais vous, vous êtes également professeur de FLE, donc vous avez des étudiants étrangers qui apprennent le français. et vous avez écrit notamment un article à ce sujet donc j'aimerais savoir selon vous en quoi les spécificités du français belge peuvent être utiles pour les étudiants.
B
Étrangers Les étudiants au KJC sont en Belgique, donc ils ont pas mal besoin de pouvoir connaître ces particularités. S'ils ont vraiment envie d'entrer en contact avec des étudiants belges, c'est toujours tellement plus facile. connaît quelques particularités plutôt qu'un français très lisse qui va paraître plus éloigné. Pour des étudiants qui apprennent le français langue étrangère mais qui n'ont pas l'intention de venir en Belgique, c'est pas le projet immédiat, ça peut toujours, en fait c'est peut-être une manière de découvrir aussi un français qui est très influencé par d'autres langues, donc qui va paraître plus lié à une diversité linguistique avec lequel ce sera peut-être possible de faire des liens aussi pour les étudiants dont la langue est une langue pas comme l'espagnol ou l'italien qui sont très proches du français. Oui. C'est de nouveau une image peut-être un peu clichée, mais quelque chose de très créatif, de très inventif dans les structures, dans les mots utilisés. Découvrir peut-être un autre rapport à la langue française qui, justement, est celui de francophone, qui vivent dans l'idée que le français n'est pas une évidence, ne va pas de soi. Découvrir le français de Belgique, c'est découvrir une espèce d'entre-deux, un milieu entre le français peut-être standard et puis un français plus étranges, plus étrangers.
A
Plus créatifs.
B
Non, je crois que le français du sud de la France, des régions, est très créatif aussi, mais il y a cette conscience que le français reste une espèce de chose un peu étrange qu'on ne maîtrise pas, qui peut se retrouver dans la position. Je ne sais pas comment le vivent les étudiants, les apprenants en Pologne, mais ouais.
A
Oui, je pense qu'effectivement, d'avoir Cette approche un peu plus ouverte finalement sur les autres langues, sur l'influence qu'elles peuvent exercer les unes sur les autres, c'est quelque chose d'assez intéressant. Et je ne sais pas, il n'y a sûrement pas d'études sur ce sujet, mais peut-être que pour des étudiants étrangers, il y a un peu plus de bienveillance en Belgique quand les gens essayent de parler français qu'en France où on a un peu Toujours cet état d'esprit, cette nécessité de parler un français parfait, de corriger les moindres petites erreurs. J'imagine qu'en Belgique, c'est un peu moins le cas.
B
En tout cas, pour les étudiants non francophones, on essaie pour nos étudiants francophones de les amener à une très bonne maîtrise du français écrit, mais oui, étant donné que la Belgique est au carrefour de multiples influences, finalement, Beaucoup de Belges connaissent un peu d'autres langues, des connaissances qui ne sont pas francophones. Il n'y a pas d'entre-soi. C'est impossible. Donc, oui, on ne va pas tout de suite prendre une position impatiente ou arrogante par rapport aux difficultés d'expression des non francophones.
A
Très bien. Pour finir, est-ce que vous pourriez peut-être recommander une ou deux oeuvres ou un ou deux médias pour les apprenants qui justement aimeraient découvrir le français belge ?
B
Il y a plusieurs vidéos qui ont été produites par des humoristes belges. Il y a un humoriste qui s'appelle Guy Homme. Il fait plusieurs vidéos humoristiques. Ils parlent très vite, mais parfois ces vidéos sont sous-titrées. Il y a aussi une série de vidéos qui s'appelle « La Minute Belge », faite par deux humoristes. Au départ, ils ont aussi produit une bande dessinée. Ils expliquent l'origine de plusieurs belgicismes de manière très humoristique et avec des petits dessins, donc la Minute Belge. Ça, c'est pour ce qu'on peut trouver en ligne. Alors, évidemment, c'est un bouquin, mais c'est le guide ultime de la Belgitude. Je devrais inverser parce que là, vous n'allez pas le lire, de Philippe Jeunion. Il commente tous les belgicismes, les plaisirs culinaires, parce que c'est vrai qu'on n'en a pas beaucoup parlé, mais beaucoup de mots de belgicisme sont liés à une spécificité gastronomique, des mots pour désigner des sucreries qui n'existent qu'en Belgique. pour des livres éventuellement, toujours certains livres d'Amélie Noton, grande écrivaine belge francophone. Alors peut-être encore une bande dessinée, Comment devenir belge, vous le restez si vous l'êtes déjà. de Gilles Dalle et Fred Jeannin. Mais oui, des vidéos d'humoristes belges, il y en a pas mal. Ils ont tendance à parler assez vite, mais beaucoup d'humoristes français parlent très, très vite aussi.
A
C'est sûr, c'est sûr. Peut-être qu'avec les bandes dessinées, justement, ça peut être une bonne porte d'entrée. Donc, évidemment, on mettra toutes les références dans la transcription et sur le site Internet. Elisabeth, merci beaucoup pour vos réponses, votre expertise. On a appris beaucoup de choses et je suis sûr que ça va donner envie aux élèves d'en apprendre un peu plus sur le français belge.
B
Merci beaucoup. Si vous êtes étudiant, n'hésitez pas à vous documenter sur les programmes de l'Université de Mons, à proposer à votre université des contacts avec cette université en Belgique francophone.
A
Merci beaucoup !
B
Merci à vous ! Au revoir, bonne fin de journée !
A
Au revoir !
Podcast Summary: InnerFrench Episode 113 — "Le français belge" (July 8, 2022)
In this episode of InnerFrench, Hugo and guest Élisabeth Castadeau, professor at the University of Mons, explore the richness and specificities of Belgian French ("français belge"). They discuss how the French language interacts with other official languages in Belgium, the nuances of "belgicisms" (expressions unique to Belgian French), pronunciation differences, and cultural perceptions. The episode also touches on the value and challenges of learning French in a multilingual context.
"Ce que Coluche montre, c’est quelqu’un dont le français n’est pas la première langue et dont les particularités de prononciation viennent en fait de… Il y a comme un accent étranger." — Élisabeth (11:36)
"Il y a des belgicismes, mais en fait, ce ne serait pas possible de supprimer tous les belgicismes de la manière dont les Belges parlent français." — Élisabeth (20:32)
"La nuance entre les deux verbes, quand ils sont suivis d’un infinitif, n’est pas très nette." — Élisabeth (43:50)
"Il y a un petit retour à une… acceptation de soi, au lieu d’avoir ce regard totalement admiratif par rapport à la France." — Élisabeth (20:32)
"C’est peut-être une manière de découvrir aussi un français qui est très influencé par d’autres langues, donc qui va paraître plus lié à une diversité linguistique..." — Élisabeth (47:33)
This episode was insightful, relaxed, and rich in linguistic anecdotes and cultural reflections. Élisabeth’s expertise and Hugo’s curiosity made for a dynamic, approachable conversation, with plenty of humor—true to the Belgian spirit they discussed.
For the full transcript and further resources, visit: innerfrench.com/podcast/