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A
Une école française sur un autre continent. Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode. Aujourd'hui, on va parler du réseau des écoles françaises à l'étranger et on va le faire à travers l'exemple de l'école franco-sénégalaise à Dakar. Comme vous le savez, il n'y a pas longtemps, j'ai eu l'occasion d'aller au Sénégal et en fait j'y suis allée pour accompagner mon amie Marina qui est institutrice et qui commence une nouvelle année scolaire à Dakar où elle vient de s'installer. Et alors, j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer sa directrice, Cécile, qui m'a accordé une interview et qui nous raconte un peu comment ça se passe, qu'est-ce que c'est exactement une école française à l'étranger, quelles sont les particularités de l'école franco-sénégalaise, quelles peuvent être les difficultés d'adaptation, les particularités. Voilà, vous saurez tout à travers cet exemple sur le réseau des écoles françaises à l'étranger. Et comme je sais que beaucoup d'entre vous vivent en dehors de France mais veulent quand même donner une éducation française à leurs enfants, je pense que ça pourrait vous intéresser. Alors je ne parle pas plus et je vous laisse écouter l'interview.
B
Bonjour Cécile, merci de bien vouloir nous répondre sur le podcast. Alors toi tu es directrice d'une école française au Sénégal. Corrige-moi si je me trompe. Est-ce que tu peux nous dire un petit peu, voilà, quel est ton parcours et ce que tu fais exactement ?
A
Qu'est-ce que c'est que cette école ?
C
Alors donc je suis la directrice de l'école franco-sénégalaise qui est une école de coopération entre la France et le Sénégal qui se situe à Dakar et qui appartient au réseau AEFE donc l'agence pour l'enseignement français à l'étranger. Donc moi je suis directrice ici pour la troisième année. Avant ça j'ai été directrice aux Émirats Arabes Unis à Dubaï et avant ça j'étais en France. Donc mon parcours, je suis arrivée dans l'enseignement puisque je me suis reconvertie pour des raisons familiales. De formation, j'étais biologiste marine et j'ai passé le concours il y a 14 ans maintenant voilà donc j'ai commencé à enseigner en Bretagne. J'ai rapidement pris des directions d'école puisque c'est quelque chose qui m'intéressait et puis après on avait un projet familial de départ à l'étranger donc j'ai aussi passé des qualifications de formation d'enseignant et j'ai obtenu un poste donc en 2023, 2022 c'est ça le premier poste. Après, les écoles françaises à l'étranger, la spécificité du réseau français c'est qu'on a ce qu'on appelle des critères d'homologation, c'est comme un audit de qualité qui garantit aux familles que l'enseignement dispensé correspond bien au programme français. et l'avantage c'est que les familles qui changent régulièrement de pays ou qui font des allers-retours entre la France et un pays en particulier, ils vont pouvoir avoir cette assurance d'avoir la continuité pédagogique parce que les systèmes fonctionnent pareil en France et à l'étranger. Donc en ça c'est assez rassurant je pense pour les familles. Ensuite, nous, on a une spécificité, puisqu'on est une école de coopération, donc on est aussi sous tutelle du ministère de l'Éducation nationale sénégalaise. De ce fait, à l'école, on a une proportion d'enseignants et de personnel qui sont sénégalais qui est assez importante. Et c'est, je trouve, voilà, aussi pour ça que c'est un endroit très intéressant où il y a beaucoup d'échanges culturels, que ce soit vraiment dans les relations humaines, mais aussi dans la manière d'enseigner, la manière de, voilà, de travailler avec les enfants. et on est une école de formation, donc tous les ans on a des enseignants qui prennent une disponibilité du ministère sénégalais et qui viennent passer quatre ans chez nous de former au système français. Donc c'est leur choix, c'est un investissement, c'est un investissement courageux parce qu'ils changent de système éducatif. Et du coup, on vient un peu bousculer leurs repères professionnels pour en créer des nouveaux. Et je les admire beaucoup parce que dans l'autre sens, moi, si on me mettait dans leurs conditions de travail avec des classes à 70 élèves, avec des conditions matérielles qui ne sont pas forcément celles qu'on a l'habitude, je ne suis pas sûre que je ferais preuve de la même adaptabilité que eux peuvent montrer au quotidien. Donc vraiment, c'est une démarche qui est courageuse et sur laquelle on les accompagne pendant quatre ans. à l'issue de ces quatre ans, soit ils réintègrent le ministère public, soit il y en a qui continuent dans d'autres écoles françaises à l'étranger. Mais du coup, c'est une partie importante de notre travail ici, c'est qu'on est beaucoup dans la formation des enseignants.
B
D'accord. Et les enseignants qui font ce choix, est-ce que tu sais pourquoi ils le font ? Quel est leur intérêt à faire ça ? Est-ce que c'est plus pour personnellement découvrir autre chose ou c'est pour des perspectives de carrière qui vont être meilleures pour eux ?
C
Il y a un peu les deux. Souvent, ils veulent enrichir leurs pratiques et découvrir d'autres choses. Donc, c'est quand même généralement des gens qui sont assez curieux et qui aiment un peu le challenge. Pour certains, ils sont très contents après de pouvoir repartager ce qu'ils ont appris au sein de leur système, leur système éducatif public. Et puis, pour d'autres, c'est aussi une occasion de pouvoir avoir accès à des postes dans le réseau français à l'étranger, qui va aussi rimer avec un déplacement, avec des voyages pour la famille, etc. Donc, ça ouvre d'autres opportunités. C'est vrai que nous, dans les enseignants de l'école, on a plusieurs, par exemple, qui ont passé quatre ans aux franco-sénégalaises, qui sont en Louisiane maintenant. Et puis, il y en a dans pas mal d'autres écoles du réseau à Dakar et dans le réseau d'Afrique de l'Ouest.
B
Ok. Et même question mais plutôt côté élèves ou plutôt parents d'élèves, quels sont leurs profils et quels sont leurs intérêts à étudier dans cette école plutôt qu'une école sénégalaise sans programme français ?
C
Alors, on a des profils assez variés. Historiquement, l'école franco-sénégalaise, elle est ancienne. On accueille des classes depuis les années 60. Déjà, à cette époque, il n'y avait pas beaucoup d'écoles à programme français. Et c'était une école qui était assez réputée pour le niveau scolaire des élèves. Avant, il y avait une section à programme français, une section à programme sénégalais. Au fur et à mesure des années, ça a évolué. Et donc maintenant, on a une classe qui s'appelle la classe hybride. Et en fait, on a travaillé avec le ministère sénégalais sur vraiment l'hybridation des deux programmes. Donc, les enfants qui sont dans ces sections-là, ils suivent l'intégralité du programme français et on va dire la majeure partie du programme sénégalais sur le temps scolaire classique. Et après, ils ont deux heures de classe en plus pour étudier les parties du programme sénégalais qui n'avaient pas vraiment de correspondance dans le programme français, qui étaient vraiment spécifiques. et ça les prépare aux certificats de fin d'études élémentaires puisque le Sénégal, ça va peut-être changer, mais en tout cas, pour le moment, le CFE, c'est encore en vigueur. Donc, c'est un examen qui sanctionne le passage en sixième. Voilà. Et donc, nos élèves, alors, on a pas mal de familles binationales qui ont les deux cultures et qui souhaitent aussi, du coup, avoir une éducation qui va vraiment intégrer les deux. On va dire que dans toutes les écoles françaises à l'étranger, on essaye de contextualiser un maximum les enseignements, notamment en histoire et en géographie. On ne va pas traiter uniquement de l'histoire et de la géographie françaises. On va utiliser les compétences du programme français, mais on va les appliquer au contexte local. Et c'est vrai que l'école franco-sénégalaise, elle est particulièrement à l'aise là-dessus parce que nos enseignants, ils connaissent très bien l'histoire et la géographie sénégalaise. Donc tout le travail d'hybridation, on a vraiment creusé sur l'enseignement, contextualisé des programmes. Donc ça, c'est quelque chose qui est mis en place dans toutes les classes, qu'elles soient à section générale ou hybride. Et puis en cursus hybride, on donne aussi aux parents l'assurance que les enfants vont valider les deux programmes. Ça veut dire qu'à la fin du CM2, ils peuvent aussi bien aller en 6e dans un collège à programmes français qu'en 6e dans un collège à programmes sénégalais. Donc on va dire que ça permet d'avoir un peu plus d'opportunités. Pour certaines familles, c'est une tradition aussi. On a beaucoup de familles qui fréquentent l'école de génération en génération. Et voilà, pour qui c'est important d'y revenir. Et moi, j'ai toujours plaisir à croiser des anciens élèves qui ont une trentaine, voilà, 35 ans, qui me disent qu'ils sont à l'étranger, mais que s'ils reviennent au Sénégal, ils mettront leurs enfants dans cette école. Parce que c'est important pour eux. C'est un lieu qui a beaucoup compté. Et ils souhaitent vraiment que leurs enfants puissent connaître le même lieu.
B
D'accord oui donc c'est un lieu qui est apprécié et quasi un peu familial avec avec une tradition etc c'est très intéressant ça et donc tu as parlé des profs sénégalais donc Il y a aussi des profs français.
C
Oui.
B
Est-ce que pour eux c'est particulier comme enseignement ? Tu parlais des programmes d'histoire-géo, j'imagine que pour eux aussi il y a un apprentissage énorme de pouvoir adapter à la culture peut-être des enfants et cette culture mixte des programmes qu'ils ont l'habitude de faire plutôt en France.
C
Oui.
B
Ça c'est quelque chose que vous accompagnez au sein de l'école ?
C
C'est quelque chose qu'on prépare, c'est-à-dire que quand on prépare la rentrée à l'école, nous on a une semaine où je suis disponible, je fais des stages de formation pour les nouveaux enseignants, pour qu'ils sernent bien le profil de l'école, comment elle fonctionne, parce qu'il y a quand même pas mal de spécificités, et puis qu'ils sernent bien aussi Peut-être un peu les pièges aussi qu'il peut y avoir parce qu'on vient soit du système éducatif français ou du système éducatif sénégalais ou il y a aussi des enseignants qui ont des expériences dans d'autres systèmes. On a eu des enseignants qui venaient du système belge par exemple. Il y a beaucoup de points communs dans chacun de ces systèmes éducatifs mais il y a aussi des différences et notamment des mots qu'on utilise. Ce sont les mêmes mots mais ils ne veulent pas forcément dire la même chose. Donc c'est vrai que mettre à plat un peu toutes ces différences avant la rentrée, ça permet que la communication dans l'équipe soit fluide et que tout le monde se méfie des évidences. On a dans d'autres cultures professionnelles des choses qui sont un peu automatisées, qu'on ne questionne pas forcément et qui paraissent évidentes pour tous, sauf pour quelqu'un qui arrive. Donc ça c'est un exercice qu'il faut faire à chaque début d'année de bien réexpliquer tout ça. Et donc le système fonctionne avec, on a trois niveaux, enfin trois classes dans chaque niveau et sur chaque niveau on a un enseignant qui est titulaire français qui accompagne les deux enseignants sénégalais qui partagent le même niveau pour justement les aider à s'approprier les spécificités du système éducatif français. Et dans l'autre sens, tous les apports justement, oui on a besoin des apports culturels, historiques, etc. Là c'est des enseignants sénégalais qui nous aident justement. Et c'est chouette que ce soit vraiment un échange bilatéral Puisqu'il y a vraiment des choses très intéressantes dans les échanges d'un côté comme de l'autre.
B
Oui, j'imagine, ça doit être vraiment intéressant pour les deux côtés.
C
Et tu parlais tout à l'heure de.
B
Quelques différences qu'il peut y avoir entre, par exemple, tu parlais du nombre d'élèves dans les classes. Qu'est-ce qu'il y a d'autre comme ça, comme petit exemple que tu pourrais citer d'incompréhension ou d'évidence, de différence entre les deux systèmes ou les habitudes ?
C
La manière de gérer la classe. Après les effectifs, c'est la chose la plus criante comme différence. C'est vrai que la manière de gérer la classe dans les écoles sénégalaises et de par le nombre d'élèves, c'est une éducation qui peut paraître peut-être un peu stricte vu de l'extérieur ou d'un point de vue d'un enseignant ou d'un élève français ou qui vient du système éducatif français. Donc la manière de poser les règles dans une école française va être pas plus laxiste mais faite de manière peut-être un peu moins frontale et avec un peu plus de douceur. Donc c'est vrai que ça c'est quelque chose sur lequel on travaille puisque dans les mots qu'on utilise ou la manière de communiquer avec les élèves, il y a quand même des petites différences et c'est un pas culturel à faire pour les enseignants, mais aussi pour les élèves. Donc on fait en sorte que tout le monde trouve ses repères dès le début de l'année. Dans l'évaluation, on a des pratiques différentes. Dans les écoles sénégalaises, les élèves sont classés par ordre de réussite sur le bulletin et on fait apparaître des notes chiffrées. Ça, alors je le vois dès la maternelle dans certaines écoles, mais souvent ça commence en CI, avec des appréciations qui sont souvent très courtes en fait, ces quelques mots, donc on peut avoir excellent, très bien, passable, médiocre, donc des choses peut-être qu'on a eu l'habitude de voir nous dans le système français, mais qu'on ne voit plus. Donc c'est vrai qu'on travaille aussi avec les enseignants sur la formulation des commentaires pour que, en fait, ils expriment l'idée, le message qu'ils veulent faire passer, mais de manière à ce que ce soit reçu par les familles de la bonne manière. Et effectivement, nous, on travaille sur le fait de ne pas utiliser de notes chiffrées avec les élèves, de ne pas classer les élèves les uns par rapport aux autres. Donc, ça peut être des petites choses qui vont transparaître dans le langage, mais on ne va pas identifier, nous, qui est le meilleur de la classe. Alors que c'est vrai que dans une classe sénégalaise, systématiquement, les élèves et l'enseignant savent qui est le meilleur, qui est le numéro 2, qui est le numéro 3. Voilà, c'est des différences culturelles et puis des différences aussi d'évolution du système éducatif, parce que quand on regarde le système éducatif français d'il y a quelques années, il y avait aussi beaucoup de points communs avec ce qu'on trouve là.
B
Oui, c'est vrai que ce que tu dis, c'est des choses qu'on peut retrouver dans les témoignages, par exemple, d'autres générations, ou même le système chiffré, ça existe encore dans des classes supérieures, mais c'est vrai que maintenant en France, on a beaucoup ce discours de ne pas trop noter les élèves, les comparer, etc. J'imagine que c'est des choses qui peuvent se partager assez facilement, se comprendre, s'expliquer.
C
Après c'est quand même des repères à reconstruire pour eux, parce que c'est effectivement on évalue mais pas tout à fait de la même manière. Donc ça c'est quelque chose qu'on accompagne, dont on discute. Et puis, il y a le rapport aux familles qui n'est pas tout à fait le même non plus. C'est vrai que dans la culture professionnelle française, on essaye de scinder un peu le côté privé et le côté professionnel, alors qu'au Sénégal, c'est tout à fait normal d'avoir le WhatsApp de l'enseignant, de pouvoir l'appeler le soir, etc. Donc là aussi, il y a une attente des familles qui n'est pas toujours tout à fait celle à laquelle on souhaite répondre, en fait. Donc, il faut qu'on explique règles de fonctionnement à tout le monde.
B
D'accord donc même là ça va être plutôt les enseignants français qui vont expliquer comment ça fonctionne plutôt que s'adapter et j'imagine, je me mets à leur place, je me dis ça doit être difficile de réussir à mettre ses limites quand on a des parents qui sont sympas, qui veulent être un peu familiers, mais si ça fonctionne C'est des règles que.
C
Je pose en tant que directrice. Je le dis aux parents que c'est la direction qui est interdite. Ce n'est pas aux enseignants de porter ce poids-là. Ça fonctionne plutôt bien. Bien sûr, il y a des méthodes de communication. Il y a des applications pour communiquer, etc. mais le rôle d'éducateur que peut avoir l'enseignant, notamment dans les villages sénégalais où il va être éducateur tout le temps. Si il croise un enfant dans le village, il va avoir aussi cette proximité, cette posture-là. Je pense que les enseignants français regrettent parce que ça existait avant. C'est quelque chose qui est encore très présent dans les valeurs et qui se sent aussi dans la manière dont les familles peuvent vouloir interagir avec l'enseignant.
B
T'as été directrice avant dans un autre pays qui n'a pas les mêmes spécificités que le Sénégal. Qu'est-ce que tu vois comme spécificité dans un pays qui est quand même, qui a le français comme langue officielle, qui a été une colonie française, qui a des liens très étroits avec la France ? Est-ce que tu penses qu'il y a des choses qui se retrouvent, qui ne se retrouveraient pas, par exemple, si tu étais directrice, je ne sais pas, en Amérique du Sud, où ils parlent espagnol, où ils ont moins de liens avec la France ou avec même peut-être des pays africains, mais plutôt anglophones ?
C
Alors, il y a plusieurs points. Déjà, le sénégal, donc la langue de scolarisation, c'est le français, mais ils travaillent aussi de plus en plus sur la prise en compte des dialectes, donc pour que le wolof ou le diola soit aussi appris et utilisé à l'école. Et donc, la plupart du temps, pour des élèves sénégalais, quand ils arrivent à l'école, en fait, ils ne parlent pas forcément français. selon les familles. Et d'ailleurs, moi j'ai été étonnée et très admirative, les enseignants quand ils sont nommés, ils peuvent être nommés dans le pays et envoyés dans des régions qui ont un dialecte différent du leur. Ils peuvent se retrouver à enseigner en diola alors qu'ils sont d'origine peule par exemple, ou d'autres versions comme ça. Donc d'enseigner à des élèves qui ne parlent pas la même langue qu'eux. Moi je suis très admirative, je ne sais pas comment je me débrouillerais à leur place. Donc, ils ont quand même cette flexibilité vis-à-vis de la langue. Et dans les apprentissages au Sénégal, à chaque fois, la première séance, c'est une séance de langage, parce que là, on va apprendre le vocabulaire spécifique à la notion qu'on va avoir, partant du principe qu'il y a plein d'élèves qui ne connaissent pas les mots, puisqu'ils ne sont pas forcément francophones à l'origine. Et ça, c'est quelque chose que nous, on ne fait pas en France. Mais malgré tout, il y a plein de familles qui ne sont pas forcément francophones à la maison, qui fréquentent les écoles françaises. Et puis, on a des enfants qui ont des niveaux de langage aussi assez différents. Donc finalement, je pense que c'est une bonne habitude qu'on pourrait leur piquer de bien reposer à chaque fois le langage, le vocabulaire, etc. avant de démarrer une nouvelle notion. Ce que je note aussi, c'est que les Sénégalais qui ont fait des études à l'université, etc., ils ont un niveau de français dans la manière de formuler les phrases, etc., qui est extrêmement soutenu et souvent beaucoup plus travaillé, en fait, que quelqu'un qui est francophone de l'essence.
B
Oui, qu'on parce se compte aussi en parlant à des gens d'ici, que parfois, ils ont du vocabulaire bien plus avancé que nous et précis.
C
Donc, il y a quand même, oui, on sent sur certains points la richesse aussi qu'il y a derrière tout ça.
B
D'accord.
C
L'autre point c'est, je pense aussi à l'actualité parce que là il y a eu les anniversaires du débarquement, etc. Donc on a quand même pas mal parlé de la mémoire des tirailleurs sénégalais pendant la guerre. Il y a eu l'anniversaire du massacre de Tiroi, c'était un point aussi important. Donc ça c'est des choses qu'on travaille et qu'on discute beaucoup ici. Nos élèves ont eu la chance de pouvoir rencontrer un ancien tirailleur sénégalais qui a donné une conférence et qui parlait justement de sa relation à la France. Je pense que selon les générations, ils n'ont pas tout à fait la même perception de la France et de ce qu'a pu apporter la France au Sénégal. Il y a des histoires très touchantes, très fortes.
B
D'accord, parce que je me posais la question, vu que dans l'actualité, en ce moment, il y a quand même une volonté de la part des pays africains francophones, et notamment le Sénégal, de se distancier avec la France, notamment au niveau militaire. Et on sait que l'enseignement, la langue, c'est un peu du soft power qui permet de garder des relations mais sans être dans l'invasion, la domination militaire, etc. Et donc je me demandais si ça, ça se ressentait et que peut-être il pouvait y avoir des familles qui avaient cette volonté de garder un lien avec la France ou au contraire d'autres qui pouvaient avoir une réticence aujourd'hui à être trop dans le système français et avoir un rejet aujourd'hui.
C
Dans les familles qui fréquentent l'école on n'a pas ce phénomène de rejet. Je pense que les familles qui la fréquentent justement c'est parce qu'ils font le choix aussi de venir chercher ce mélange culturel. Donc ça on ne le sent pas. Et après, comme on est dans la coopération, on est en lien avec un certain nombre d'institutions sénégalaises avec lesquelles on travaille et avec lesquelles les relations sont bonnes en fait. Les échanges se passent bien, les dossiers sont travaillés en commun. Et moi j'ai vraiment à chaque fois beaucoup de plaisir à rencontrer les membres que ce soit de l'inspection d'académie ou l'inspection de Dakar Plateau dont on dépend ou les membres de la direction de l'enseignement élémentaire parce qu'on peut travailler sur des sujets pédagogiques assez pointus quand on est sur l'hybridation des programmes. C'est très intéressant intellectuellement pour les deux parties parce que nous aussi on apprend beaucoup dans la manière de concevoir les apprentissages, de les présenter. Et ce que je perçois aussi, chaque année quand on recrute des enseignants qui viennent du ministère public sénégalais, il y a un travail de formation des enseignants qui est assez conséquent, ils ont lancé un nouveau programme en mathématiques, ils ont aussi lancé l'enseignement de l'anglais en élémentaire, donc ça c'est des choses qui sont relativement nouvelles, et chaque année je sens que les enseignants sont de plus en plus au fait de ces choses-là, ils les ont vécues en formation, ils ont commencé à les mettre en place, donc je vois aussi un effet des décisions de formation sur la masse des enseignants qu'ils ont à former qui est assez impressionnant.
B
Oui, c'est bien, c'est intéressant. C'est vrai que le Sénégal est en ce moment dans une période un peu d'évolution très rapide sur beaucoup de sujets. Et là, j'aurais une question un peu plus personnelle par rapport au fait qu'on parle beaucoup de la spécificité du Sénégal. Et c'est vrai qu'en t'entendant, on sent vraiment, je ne sais pas si on peut dire un amour, mais un intérêt pour ce pays, que tu as vraiment un lien qui s'est construit avec ce pays. Est-ce que dans tes perspectives, l'idée, c'est de rester ici ou tu as quand même un intérêt pour aller voir comment ça se passe encore ailleurs, peut-être sur d'autres continents, d'autres systèmes, etc.?
C
Moi, je me plais beaucoup ici. J'aime particulièrement l'établissement dans lequel je travaille. La dimension de coopération, c'est quelque chose que j'ai découvert dans cet établissement et que j'ai énormément apprécié. Dans beaucoup d'autres écoles françaises à l'étranger, notamment les lycées français, on a une culture professionnelle qui est beaucoup plus proche. d'une culture française. Alors c'est très agréable et très confortable aussi, mais là j'apprécie vraiment ce travail qu'on fait au quotidien de mélange culturel et d'appropriation de la part des uns et des autres. Donc c'est vraiment une dimension importante pour moi en fait dans mon expérience au Sénégal. Après, notre projet familial, c'était surtout de pouvoir découvrir différents pays, différentes cultures. Et de manière générale, on n'aime pas, même en vacances, retourner à un endroit qu'on connaît déjà. On essaie de découvrir des nouveaux endroits. Donc notre projet à plus long terme, effectivement, c'est plutôt de partir sur une autre mission. Au niveau de l'AEFE, les missions des directions, elles durent entre 3 et 5 ans. Et on peut avoir deux missions qui s'enchaînent avant de retourner en France. Il y a un retour en France qui est toujours prévu au bout de deux missions pour pouvoir aussi se remettre à jour, se rafraîchir un petit peu avant de repartir. Donc là, normalement, quand on quitte le Sénégal, on demandera à aller dans un autre pays, on ne sait pas où. Et puis après, ce sera un retour en France pour quelques années.
B
Ok bah c'est super intéressant en tout cas ça a l'air d'être passionnant comme mode de vie de découvrir des pays comme ça et puis grâce à ce travail tu peux tu peux avoir beaucoup d'opportunités. Juste je reviens peut-être à quelque chose de plus technique parce que tu as parlé des lycées français alors ça c'est quelque chose que je sais parce que j'ai cherché puis j'en ai parlé avec Marina, qui est donc mon amie, qui travaille ici. Mais il y a une spécificité entre ce qu'on appelle les lycées français, qui sont un peu les lycées officiels, quelque chose comme ça, et d'autres types d'établissements. Je dis que je sais, mais en fait, j'ai eu du mal à comprendre. Je suis allée sur le site de l'AEFE, mais peut-être que pour nos auditeurs, ça peut être intéressant de comprendre s'ils ont des enfants qui veulent mettre En.
C
Fait, il y a trois types d'établissements qui travaillent en lien avec l'AEFE et la différence ne va pas se jouer dans le nom. C'est-à-dire que le nom lycée français, en fait, il y a plein d'établissements qui ont ce nom-là et qui peuvent l'avoir à partir du moment où ils appliquent les programmes français. Par contre, notamment sur le site de l'AEFE, c'est indiqué où à l'entrée de l'établissement, on a des lycées ou des établissements qui sont en gestion directe. Ça veut dire que l'établissement appartient à l'AEFE, que tous les personnels sont embauchés et rémunérés par l'AEFE, donc par la France. C'est le cas notamment du lycée Jean Mermoz à Dakar. Et ensuite, on a deux autres niveaux de partenariats. Il y a des établissements qui sont conventionnés. Donc, quand ils sont conventionnés, il y a une partie du personnel. Donc, souvent, c'est l'équipe de direction, les formateurs et une partie du personnel enseignant qui est envoyée par la UEFE. Donc, ce sont des titulaires français qui sont en détachement. et le reste du personnel qui est employé en local. Et l'établissement, soit c'est une entreprise, soit c'est une association, ça peut être une association parentale, qui va être gérée en accord avec la convention signée avec l'AEFE. Et le dernier niveau, c'est les établissements partenaires, et c'est ceux qui sont le plus nombreux à l'heure actuelle. Quand on est partenaire de l'AEFE, Tous les personnels sont embauchés en local, donc sont employés par l'entreprise ou par l'association qui gère l'établissement. Et le partenariat avec l'AEFE garantit le respect des programmes français, donc ça c'est l'homologation, c'est valable dans tous les établissements et je pense que ça c'est le point le plus important, et garantit aussi l'accès à la formation. Ça aussi c'est un point très important pour les écoles et pour la qualité de l'enseignement. C'est-à-dire que nous, dans l'accord de partenariat, on verse une rétribution sur un certain pourcentage en fait à l'AEFE et on peut envoyer nos enseignants en formation. Et donc l'AEFE est notamment connue pour être un membre actif de la formation des enseignants et pour des enseignants comme Marina qui viennent de France, ils découvrent que les opportunités de formation quand on est enseignant à l'étranger, elles sont En fait, il y en a énormément. Et ça ressemble à ce qu'on avait en France il y a quelques années, qui a malheureusement une tendance à disparaître. Donc, c'est des points qui sont importants pour la qualité de l'enseignement. Mais dans tous les établissements, l'homologation est présente et l'accès à la formation est présente. Après, c'est vraiment une relation de proximité avec, on va dire, le ministère de l'Éducation nationale qui va être plus ou moins proportionné dans l'établissement. D'accord.
B
Pour les parents, ça ne change pas grand-chose. Le programme sera le même, la qualité de l'enseignement sera la même. Oui, pas de panique, on va dire, si on trouve des établissements qui sont plus ou moins, qui sont à certains niveaux. Ça ne change rien en termes d'éducation pour les enfants.
C
Le critère de qualité, l'audit d'homologation, c'est vraiment un audit qui est assez coriace à préparer. C'est renouvelé tous les 5 ans, donc c'est quand même aussi revu régulièrement. C'est vraiment une garantie de qualité qui fait aussi la spécificité du réseau français, c'est-à-dire que si on prend les écoles américaines ou britanniques à l'étranger, il n'y a pas une homologation par un réseau et il n'y a pas une validation de l'appellation en fait. Donc ça c'est quand même un point fort et puis je pense que c'est sécurisant quand on est parent parce qu'on sait qu'il y a un certain cadre qui est garanti que ce soit sur la sécurité des élèves, les infrastructures et sur les enseignements en fait, le fait que les programmes soient respectés. Après, quand on est à l'étranger, il y a quand même pas mal d'établissements qui ont différentes filières et qui peuvent avoir des filières homologuées et des filières non homologuées. Ça, ça existe. Donc voilà, il faut juste vérifier. Voilà. Souvent, on peut avoir des filières, par exemple, qui sont des sections internationales à Paris-Théoraire, par exemple, qui vont être pas forcément homologuées, et puis une section un peu plus française qui va être homologuée. Donc là, tout dépend aussi du projet des familles. C'est vrai que moi je suis enseignante de la fonction publique française, donc c'est vrai que j'y attache une importance. Et je trouve ça rassurant aussi en tant que maman que mes enfants suivent un programme qui est homologué, parce que je sais que si on est amené à retourner en France, ils n'ont pas une perte de repères trop importante. Et comme on les a déjà mobilisés un petit peu en les changeant de pays plusieurs fois, on ne veut pas en demander davantage.
B
Oui, c'est totalement compréhensible. Et juste pour finir, ces établissements, par contre, ils sont tous privés. Il n'y a pas la France qui a des établissements publics à l'étranger complètement gratuits pour les élèves français. Non. Ça n'existe pas.
C
En fait, l'AEFE, c'est une agence, un organisme public qui organise les écoles et les écoles, ce sont des organismes privés qui rendent une mission de service public. C'est-à-dire qu'on fonctionne comme une école publique sur plein de points, mais effectivement il y a des frais d'inscription et des frais de scolarisation que les familles doivent payer. Alors après pour les enfants qui sont de nationalité française, il peut y avoir des bourses. Donc c'est-à-dire qu'on peut avoir des familles qui sont boursières à 100% et qui donc ont la scolarité prise en charge par l'État français.
B
D'accord, ok. C'est intéressant parce que parmi nos auditeurs, il y a des personnes qui ne sont pas françaises, mais qui ont leurs enfants qui ont deux nationalités, donc ça peut être intéressant de s'intéresser justement à ce système, à la possibilité des bourses, etc. Donc je suis sûre qu'ils vont être très contents d'avoir ces informations et puis ces analyses de l'intérieur. C'était super intéressant. Je ne sais pas si tu voulais ajouter quelque chose avant de terminer, mais sinon, en tout cas, tu as bien Tu nous as raconté plein de choses intéressantes, c'était super.
C
Non, je pense que oui, j'ai dit tout ce qui me paraissait important sur l'école.
B
OK, merci beaucoup.
C
Avec plaisir.
A
Et voilà pour cet épisode, j'espère que ça vous a plu. N'hésitez pas, comme d'habitude, à laisser des commentaires, à nous poser des questions, à nous faire part de vos propres expériences. En tout cas, dans deux semaines, je ferai un nouvel épisode solo pour pouvoir vous raconter plus de choses sur le Sénégal. J'ai observé pas mal de choses intéressantes, notamment concernant les relations entre la France et le Sénégal, donc je vous en dirai plus la prochaine fois. En attendant, je vous souhaite une bonne fin de semaine et à très bientôt !
Title: Une école française sur un autre continent
Date: September 24, 2025
Host: Hugo (A)
Guests: Cécile (C, Directrice de l’école franco-sénégalaise de Dakar), Marina (mentionnée, institutrice)
This episode dives into the unique world of French schools abroad, focusing on the école franco-sénégalaise de Dakar as a case study. Host Hugo interviews Cécile, the director of the school, to uncover how these institutions operate, the blend of French and Senegalese educational cultures, and the challenges and opportunities for both staff and students. The episode is especially relevant to French-speaking families abroad seeking to maintain a French curriculum for their children.
« On a ce qu'on appelle des critères d'homologation, c'est comme un audit de qualité qui garantit aux familles que l'enseignement dispensé correspond bien au programme français. » (Cécile, 03:35)
« Je les admire beaucoup parce que moi, si on me mettait dans leurs conditions de travail... je ne suis pas sûre que je ferais preuve de la même adaptabilité... » (Cécile, 04:17)
« On donne aussi aux parents l’assurance que les enfants vont valider les deux programmes... Ça veut dire qu’à la fin du CM2, ils peuvent aussi bien aller en 6e dans un collège à programmes français qu’en 6e dans un collège à programmes sénégalais. » (Cécile, 08:25)
« Il y a beaucoup de points communs... mais il y a aussi des différences notamment des mots qu’on utilise... qui ne veulent pas forcément dire la même chose. » (Cécile, 10:16)
« On travaille sur le fait de ne pas utiliser de notes chiffrées avec les élèves, de ne pas classer les élèves les uns par rapport aux autres. » (Cécile, 12:51)
« ... Au Sénégal, c’est tout à fait normal d’avoir le WhatsApp de l’enseignant, de pouvoir l’appeler le soir... » (Cécile, 14:36)
« ... Les enseignants... peuvent enseigner en diola alors qu’ils sont d’origine peule... » (Cécile, 17:12)
« Les enseignants sénégalais... ont un niveau de français... beaucoup plus travaillé, en fait, que quelqu’un qui est francophone de l’essence. » (Cécile, 18:17)
« ... On ne sent pas ce phénomène de rejet. Les familles... font le choix de venir chercher ce mélange culturel. » (Cécile, 20:06)
« ...Le critère de qualité, l’audit d’homologation, c’est vraiment un audit qui est assez coriace à préparer. » (Cécile, 27:21)
On adaptability:
« C’est une démarche qui est courageuse et sur laquelle on les accompagne pendant quatre ans. » (Cécile, 04:06)
On curriculum blending:
« On a travaillé avec le ministère sénégalais sur vraiment l’hybridation des deux programmes. » (Cécile, 06:56)
On cultural exchange:
« C’est chouette que ce soit vraiment un échange bilatéral... il y a vraiment des choses très intéressantes dans les échanges d’un côté comme de l’autre. » (Cécile, 11:17)
The dialogue is warm and conversational, with Hugo’s curiosity matched by Cécile’s reflective, engaging responses. There’s a persistent focus on mutual respect, adaptability, and optimism about the future of bilingual, bicultural education.
Full transcripts, resources, and more episodes are available at innerfrench.com/podcast/.
“On est une école de formation… C’est une partie importante de notre travail ici, c’est qu’on est beaucoup dans la formation des enseignants.”
Cécile (04:55)
This episode is a must-listen for expatriates, educators, and anyone interested in global education or Franco-African ties.