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La France est-elle la championne du monde des cancers ? Salut à toutes et à tous, j'espère que vous allez bien J'avais prévu de vous parler de politique aujourd'hui Vous avez peut-être vu qu'en France, c'est encore le bazar pour le dire poliment Mais je pense qu'on aura l'occasion d'en reparler plus tard parce que la situation n'est pas prête de s'améliorer Finalement, j'ai décidé d'aborder un sujet qui n'est pas plus réjouissant mais qui est très important parce qu'il nous concerne toutes et tous Oui, le cancer est une maladie qui touche des millions de personnes chaque année et qui a probablement affecté quelqu'un dans votre entourage que ce soit un membre de votre famille, un ami ou un collègue. C'est mon cas aussi. Je vais pas entrer dans les détails mais je le mentionne parce que ça a provoqué une discussion avec ma copine. J'ai eu tellement de cas de cancer autour de moi ces dernières années que ma copine a fini par me dire qu'elle trouvait ça étrange. Elle m'a dit qu'elle avait l'impression qu'il n'y en avait pas autant en Pologne, en tout cas dans son entourage. Sur le coup, j'y ai pas pensé plus que ça. Je me suis dit que c'était juste le hasard. Je voyais pas pourquoi il y aurait plus de cancers en France qu'ailleurs. Mais le mois dernier, une étude publiée dans la très sérieuse revue médicale de Lancet m'a fait changer d'avis. Cette étude a classé la France comme le pays ayant le plus grand nombre de cancers par habitant au monde. Enfin, en réalité, c'est Monaco qui est première du classement mais la France est juste derrière. C'est ce qu'on appelle le taux d'incidence, le nombre de nouveaux cas chaque année. En France, le taux d'incidence du cancer est de quasiment 390 pour 100.000 habitants. Donc, on peut dire que 4 Français sur 1.000 développent un cancer chaque année. Oui, pour un cancer, on ne dit pas « attraper » comme pour les autres maladies. Attraper un rhume, attraper la grippe. On dit « développer » car c'est pas un virus. Évidemment, ce classement a fait couler beaucoup d'encre dans les médias français C'est pas le genre de domaine dans lequel on veut être champion du monde On va pas dire «cocorico» comme quand on gagne la coupe du monde de foot Mais alors pourquoi y a-t-il autant de cancers en France ? Est-ce que c'est à cause du mode de vie des Français ? Est-ce que ce sont plutôt des facteurs biologiques ou environnementaux ? Dans cet épisode, on va essayer de comprendre les spécificités françaises qui peuvent expliquer ces chiffres. On va parler des facteurs de risque, de notre système de santé, des progrès de la recherche. L'objectif, c'est vraiment de démêler le vrai du faux et de vous donner une vision claire de la situation. Avant d'entrer dans le vif du sujet je vais expliquer quelques termes qui vont être utiles pour comprendre la suite de l'épisode Petit avertissement Je suis pas médecin donc n'hésitez pas à me corriger dans les commentaires si je dis des bêtises Je vais pas entrer dans des choses trop techniques que je maîtrise pas mais on sait jamais Et comme il y a beaucoup de médecins et autres professionnels de santé parmi vous on pourra profiter de votre expertise Alors d'abord, qu'est-ce qu'un cancer ? Pour faire simple, c'est une maladie qui se caractérise par la multiplication incontrôlée de cellules anormales dans le corps Ces cellules forment ce qu'on appelle une tumeur qui grossit et finit par détruire les organes qui se trouvent autour Il existe de nombreux types de cancers différents le cancer du sein, le cancer du poumon, le cancer de la prostate, etc. Je pense que je vous apprends rien en vous disant que le nombre de cancers augmente partout dans le monde, en particulier dans les pays riches. En France, par exemple, le taux d'incidence de cancer a doublé en 35 ans. Autrement dit, il y a deux fois plus de nouveaux cas de cancer en 2024 qu'en 1990. La principale raison de cette évolution, c'est le vieillissement de la population. Et oui, c'est un peu déprimant quand on le dit comme ça, mais plus on vieillit, plus on a de risque de développer un cancer. Si vous vous souvenez de vos cours de biologie du collège, vous savez que nos cellules se multiplient et se renouvellent constamment tout au long de notre vie. Le problème, c'est qu'à chaque fois qu'une cellule se divise il y a un risque qu'une erreur se produise dans son ADN Bon, je vous rassure, ce risque est très faible mais plus on vit longtemps, plus ces erreurs s'accumulent et plus le risque de cancer augmente Donc paradoxalement, l'augmentation des cas de cancer est en partie une bonne nouvelle Ça veut dire que les gens vivent plus longtemps Au XIXe siècle, par exemple, l'espérance de vie était beaucoup plus faible. Les gens mouraient plus jeunes, souvent d'infections, de malnutrition ou d'accidents. On pourrait dire qu'ils n'avaient pas le temps de développer un cancer. Aujourd'hui, grâce au progrès de la médecine, de l'hygiène et des conditions de vie, on vit beaucoup plus longtemps. Et donc mécaniquement, le nombre de cancers augmente. D'ailleurs, les chercheurs qui étudient l'évolution du cancer dans le monde montrent que dans les pays riches, le vieillissement de la population explique une très grande partie de l'augmentation des cas. Pour vous donner une idée, on estime qu'en France, le vieillissement explique environ 78% de l'augmentation des cas chez les hommes et 57% chez les femmes depuis 1990. Autrement dit, la grande majorité. Comme je vous l'ai dit en introduction, d'après l'étude du Lancet, chaque année, environ 4 Français sur 1000 développent un cancer. Parmi les types de cancers les plus fréquents, on trouve d'abord le cancer du sein, un cancer qui touche principalement les femmes. Chez les hommes, c'est le cancer de la prostate qui fait le plus de ravages. En troisième position, le cancer du poumon, cet organe qui nous sert à respirer. D'ailleurs, je devrais dire qui nous serve parce qu'on en a deux. Et enfin, le quatrième type de cancer le plus fréquent, c'est le cancer colorectal, c'est-à-dire le cancer du colon et du rectum. Ensemble, ces quatre cancers représentent plus de la moitié de tous les cancers diagnostiqués dans l'hexagone. Ok donc, on a parlé de la cause principale, le vieillissement de la population, mais c'est pas une spécificité française. Comment expliquer que l'incidence des cancers est plus élevée chez nous que dans les autres pays ? Déjà, il faut prendre en compte la richesse du pays et son système de santé Forcément, les pays riches ont une meilleure capacité à détecter et enregistrer les cancers Au contraire, dans les pays pauvres beaucoup de cancers ne sont jamais comptabilisés soit parce que les gens n'ont pas accès aux soins soit parce qu'il n'existe pas de système d'enregistrement fiable Ensuite, l'autre limite de ces comparaisons internationales ce sont les données utilisées Normalement, la France est très forte en matière de statistiques On fait des statistiques pour tout Mais en ce qui concerne la comptabilisation des cancers on est en retard Par exemple, on est un des derniers pays européens à ne pas avoir de registre national du cancer On n'a pas de source officielle qui recense tous les nouveaux cas de cancer au niveau national En réalité, ils ne sont comptabilisés que sur environ un quart du territoire Ensuite, pour connaître le chiffre total, les mathématiciens font des projections, des estimations. Ce sont ces estimations que de Lancet a utilisées pour sa comparaison. Mais par exemple, dans une autre étude qui a utilisé une source de données différente, la France arrivait en 9e position. Il y a le projet de créer un registre national bientôt mais en attendant, il faut prendre les résultats de la France avec des pincettes, avec précaution. Mais que la France soit 1ère, 2ème ou 9ème, ça reste un résultat alarmant qu'il faut essayer d'expliquer. Et pour ça, on va commencer par regarder du côté de notre mode de vie. Oui, parce qu'il faut pas chercher «midi à 14h» Chercher «midi à 14h», c'est une expression pour dire «compliquer inutilement les choses» Chercher un problème là où il n'y en a pas Moi, ici, je veux dire que l'explication est assez évidente Il suffit de s'asseoir quelques minutes à la terrasse d'un café en France pour que ça nous saute aux yeux. Vous verrez beaucoup de mes compatriotes avec une cigarette ou une vapoteuse dans une main et un verre de vin dans l'autre. Oui, car même si la consommation de tabac et d'alcool a tendance à baisser en France, les Français en restent de gros consommateurs. En tout cas, plus que dans des pays ayant un niveau de richesse similaire. Or, les scientifiques ont identifié depuis longtemps que ces deux substances augmentent les risques de cancer. Commençons par le principal coupable, le tabac. Attention, en français, on ne prononce pas le «c». «Tabac» et pas «tabac». Le tabac, c'est le facteur de risque numéro 1 pour le cancer. A lui seul, il est responsable de 20% de tous les cancers diagnostiqués en France. Un cancer sur cinq, c'est énorme. Évidemment, on pense au cancer du poumon, mais pas seulement. Le tabac augmente aussi le risque de développer 16 autres types de cancers Je vous laisse regarder la transcription pour voir les traductions s'il y a des noms d'organes que vous ne connaissez pas Passons au coupable numéro 2, l'alcool On sait depuis longtemps qu'il est cancérigène. Cancérigène, ça veut dire qu'il peut provoquer le cancer. L'alcool est associé à environ 8% des cancers en France. Il augmente particulièrement le risque de cancer de la bouche, de la gorge, du foie, du sein et du colon. Et attention, contrairement à ce qu'on entend parfois il n'y a pas de dose sûre d'alcool Même une consommation modérée augmente légèrement le risque Évidemment, plus on boit, plus le risque est élevé Et ce qui est vraiment préoccupant c'est la situation chez les femmes Pendant longtemps, les hommes étaient beaucoup plus touchés par le cancer que les femmes Pour une fois, c'était une inégalité qui leur était favorable Malheureusement, on peut dire que les Françaises ont rattrapé leur retard dans ce domaine. La preuve, c'est que l'augmentation de l'incidence du cancer depuis 1990 vient essentiellement des Françaises. Alors, pourquoi une telle évolution ? Eh bien, les principaux coupables sont les mêmes, simplement avec quelques décennies de décalage. Les hommes français ont commencé à fumer massivement après la Première Guerre mondiale, Progressivement, ils ont arrêté de fumer notamment grâce aux campagnes de prévention Aujourd'hui, on voit les bénéfices de cette baisse Le cancer du poumon chez les hommes diminue Mais pour les femmes, c'est l'inverse Elles ont commencé à fumer plus tard surtout à partir des années 60 et 70 avec l'émancipation féminine Fumer était un signe d'indépendance C'était avoir le droit de se comporter comme les hommes Les producteurs de tabac ont vite capitalisé sur cette évolution avec des campagnes publicitaires qui visaient principalement les femmes. Le fameux cliché de la parisienne élégante et indépendante qui fume seule à la terrasse d'un café. Et cette image a la vie dure, autrement dit elle résiste au temps, elle est difficile à faire disparaître. La preuve, les Françaises sont les championnes d'Europe du tabagisme avec 23% de fumeuses. Ça explique pourquoi le cancer du poumon qui était rare chez les femmes il y a encore 30 ans est en train de devenir une cause majeure de mortalité Certains chercheurs estiment même qu'ils pourraient bientôt dépasser le cancer du sein comme première cause de décès par cancer chez les femmes C'est vraiment alarmant L'évolution et l'explication est exactement la même en ce qui concerne l'alcool donc je vais pas m'étendre dessus Ne pas s'étendre sur un sujet, ça veut dire qu'on ne va pas passer trop de temps dessus on ne va pas trop le développer Mais on va prendre un exemple concret, celui du cancer du sein. C'est le cancer le plus fréquent en France avec plus de 60 000 nouveaux cas par an. En 2018, le Centre international de recherche sur le cancer, basé à Lyon, a fait une estimation sur ces facteurs de risque. Les chercheurs ont calculé que 37% des cas de cancer du sein étaient attribuables à des facteurs modifiables autrement dit des facteurs sur lesquels on peut agir des facteurs qui sont liés à nos comportements Ça signifie donc que plus d'un tiers des cancers du sein pourraient être évités si les femmes modifiaient certains aspects de leur mode de vie. Bien sûr, ça vaut aussi pour les hommes, c'est juste qu'ils sont beaucoup moins concernés par ce type de cancer. Et parmi ces facteurs modifiables, le plus cancérigène, c'est l'alcool. L'étude du Centre international de recherche sur le cancer estime qu'environ 13% des cancers du sein sont attribuables à la consommation d'alcool. Donc ça mériterait vraiment de faire plus d'efforts de prévention. Mais le tabac et l'alcool ne sont pas les seuls coupables. Il y a d'autres facteurs liés à notre mode de vie qui jouent un rôle important. D'abord, il y a l'obésité et le surpoids On sait aujourd'hui que le surpoids augmente le risque de développer plusieurs types de cancers Sur ce point, les Français ne se démarquent pas particulièrement de leurs voisins européens L'obésité est un problème dans tous les pays riches et la France ne fait pas exception Ensuite, il y a la sédentarité le fait de ne pas bouger assez de rester assis ou inactif la plupart du temps Aujourd'hui, beaucoup de gens ont des métiers où ils passent 8h par jour assis derrière un ordinateur ils prennent leur voiture pour aller au travail ils restent assis toute la journée et le soir, ils rentrent chez eux et regardent la télévision Résultat, ils ne font presque aucune activité physique Or, on sait que l'activité physique a un effet protecteur contre plusieurs cancers Faire du sport régulièrement réduit le risque de certains cancers Les recommandations officielles, c'est au moins 30 minutes d'activité physique par jour Quelque chose qui vous fait un peu transpirer qui accélère votre rythme cardiaque Ça peut être de la marche rapide, du vélo, de la natation Peu importe, l'important, c'est de bouger Enfin, il y a l'alimentation Là, c'est un sujet complexe parce qu'il y a beaucoup de débats et parfois des informations contradictoires Mais globalement, les scientifiques s'accordent sur quelques principes Une alimentation riche en viande rouge et en charcuterie augmente le risque de cancer colorectal. À l'inverse, une alimentation riche en fruits, en légumes et en fibres a un effet protecteur. Donc encore une fois, go vegan ! Malheureusement, pour nos amis les animaux et pour la santé publique ces recommandations ne sont pas encore très suivies pas très respectées en France notamment à cause de nos traditions culinaires Bon, je vous ai donné beaucoup d'informations peut-être même un peu trop mais il y a un chiffre que je voudrais que vous reteniez absolument un chiffre qui résume bien la situation En France, on estime que 41% des cancers pourraient être évités en modifiant nos modes de vie Je répète, 41% Ça signifie qu'on a une marge de manœuvre énorme pour réduire le nombre de cancers L'âge, c'est un facteur de risque non modifiable On ne peut pas décider de ne pas vieillir Pareil pour la génétique même si elle ne représente qu'une petite partie des cancers Si vous avez une mutation génétique qui augmente votre risque de cancer vous pouvez rien y faire Alors autant concentrer nos efforts sur les facteurs de risque modifiables C'est le message que les autorités de santé veulent faire passer On n'est pas complètement impuissant face au cancer On a un certain pouvoir sur notre santé Bien sûr, ça ne garantit rien Même les personnes qui ont des modes de vie très sains peuvent développer un cancer Et à l'inverse, il y a des gens qui fument toute leur vie et qui n'ont jamais de cancer Mais statistiquement, en moyenne adopter de bonnes habitudes réduit significativement le risque Et c'est là que la prévention devient cruciale Si on arrivait vraiment à faire baisser la consommation de tabac et d'alcool en France si on encourageait davantage l'activité physique et une meilleure alimentation on pourrait sauver des dizaines de milliers de vies chaque année Bon, on s'est intéressé aux facteurs liés au mode de vie des Français mais il y a une autre catégorie qui suscite beaucoup d'inquiétude les facteurs environnementaux Plus précisément, les substances chimiques auxquelles on est exposé au quotidien souvent sans le savoir dans l'air qu'on respire dans l'eau qu'on boit dans la nourriture qu'on mange dans les objets qu'on utilise tous les jours Oui, car certaines de ces substances chimiques sont suspectées d'augmenter le risque de cancer. Parmi les plus connues, on trouve d'abord les pesticides. Ces produits qu'on utilise en agriculture pour tuer les insectes, les mauvaises herbes ou les champignons. Ils sont utilisés partout dans le monde mais encore plus par les agriculteurs français. La France est le premier pays utilisateur de pesticides en Europe. En plus de tous les problèmes qu'ils créent pour la biodiversité, certains pesticides sont cancérigènes. On sait par exemple qu'ils augmentent le risque de développer des lymphômes. Un lymphôme, c'est un cancer du système lymphatique, le système qui aide notre corps à se défendre contre les infections. Des études scientifiques ont montré que les agriculteurs qui manipulent ces pesticides tous les jours ont effectivement des taux de lymphome et de cancer de la prostate plus élevés que la moyenne Et puis, plus généralement, toute la population est touchée à travers l'alimentation Quand on mange des fruits et des légumes qui ont été traités avec des pesticides il reste souvent des résidus Il y a une étude française intéressante qui a été publiée en 2018 à ce sujet Les chercheurs ont comparé des gens qui mangeaient principalement des fruits et légumes bio et d'autres qui mangeaient des produits issus de l'agriculture conventionnelle Et ils ont trouvé que les gros consommateurs de produits bio avaient 75% de risque en moins de développer un lymphome et pour les femmes, 34% de risque en moins pour le cancer du sein après la ménopause L'hypothèse, c'est que cette différence est liée aux résidus de pesticides dans l'alimentation Alors attention, je suis pas en train de vous dire que manger bio vous protégera à coup sûr du cancer C'est juste une étude et il en faudrait d'autres pour confirmer ces résultats mais c'est quand même une hypothèse intéressante Après les pesticides, il y a les PIFAS ces polluants éternels dont je vous ai déjà parlé dans l'épisode 166 Pour résumer rapidement, ils sont utilisés dans la fabrication de plein de produits du quotidien les poils antiadhésifs, les vêtements imperméables, les emballages alimentaires, les cosmétiques, etc. Ils ne se dégradent pratiquement jamais dans l'environnement et ils s'accumulent dans nos corps. Le problème, c'est que ces substances sont des perturbateurs endocriniens qui interfèrent avec notre système hormonal et peuvent provoquer des cancers. Là aussi, la France semble être plus exposée que le reste du monde. Dans une étude qui comparait 8 pays européens, on a découvert que les adolescents français étaient les plus surexposés au PIFAS. Un quart d'entre eux dépassent la valeur considérée comme non dangereuse pour la santé, contre seulement 1% des adolescents espagnols, par exemple. Vous voyez, il y a une sorte de cocktail de substances auxquelles les Français sont exposés en permanence. Les scientifiques appellent ça la multi-exposition à faible dose. Individuellement, chaque exposition est peut-être trop faible pour causer des dégâts importants. Mais quand on additionne toutes ces expositions jour après jour, année après année, l'effet cumulé pourrait être significatif. C'est vraiment une question de politique publique. Il faut que les autorités réglementent mieux l'utilisation de ces substances, qu'elles financent davantage la recherche et qu'elles mettent en place des programmes de biosurveillance pour suivre l'évolution de ces expositions dans la population. On va essayer de finir cet épisode sur une note plus positive en parlant de la guérison Oui, car si la France a un des taux d'incidence du cancer les plus élevés du monde elle a aussi un des taux de mortalité liés à cette maladie les plus faibles Autrement dit, vous avez statistiquement plus de chances de survivre à un cancer si vous vivez en France On estime qu'en France, environ 60% des personnes diagnostiquées avec un cancer survivent plus de 5 ans. Et pour certains cancers, les taux de survie sont encore plus élevés. Par exemple, pour le cancer du sein, le taux de survie à 5 ans est de 88%. Pour le cancer de la prostate, c'est 93%. Et ça tombe bien parce que, comme on l'a vu, ce sont les types de cancers les plus fréquents. Alors, comment s'explique cette relative résistance des Français face au cancer ? Eh bien d'abord, grâce à l'accès universel aux soins. En France, tout le monde a une couverture maladie. Que vous soyez riche ou pauvre, que vous habitez à Paris ou dans un petit village, en théorie vous avez accès aux soins. Quand vous êtes diagnostiqué avec un cancer, vous n'avez pas à vous inquiéter de savoir comment vous allez payer vos traitements des traitements comme la chimiothérapie ou la radiothérapie qui, dans d'autres pays, peuvent coûter très cher aux malades. En France, l'assurance maladie prend en charge 100% des frais pour les maladies graves comme le cancer. Ensuite, les médecins et patients français ont rapidement accès aux innovations thérapeutiques. La France investit beaucoup dans la recherche sur le cancer et les nouveaux traitements. Par exemple, l'immunothérapie, une approche révolutionnaire qui consiste à stimuler le système immunitaire du patient pour qu'il attaque lui-même les cellules cancéreuses. Pour certains cancers qui étaient considérés comme incurables il y a encore quelques années, l'immunothérapie permet maintenant de prolonger la vie des patients de plusieurs années, voire de les guérir complètement. Grâce à ces atouts, la France s'est fixé un objectif ambitieux, atteindre 75% de taux de guérison global d'ici 2035. Actuellement, on est à 60%, donc il faudrait gagner 15 points de pourcentage en une dizaine d'années. C'est optimiste, mais pas complètement irréaliste. Sauf qu'il y a une ombre au tableau, un point noir. Si vous demandez à mes compatriotes ce qu'ils pensent du système de santé, la plupart vous diront qu'il s'est beaucoup dégradé. Oui, car malheureusement, le financement public des hôpitaux n'est pas à la hauteur des dépenses. Autrement dit, les coûts des hôpitaux augmentent plus vite que le budget que leur donne le gouvernement. Concrètement, ça se traduit par un manque de spécialistes, pas assez d'oncologues, de radiologues, etc. Un manque d'équipement et de place, surtout dans certaines régions où les hôpitaux sont surchargés. Une des conséquences pour les patients atteints de cancer, c'est que les délais de traitement augmentent. En 2024, le délai médian entre la première consultation et le début du traitement est de 7 semaines. C'est 2 semaines de plus qu'il y a 5 ans. Il y a 5 ans, quand on était diagnostiqué d'un cancer, on pouvait commencer le traitement 2 semaines plus tôt que maintenant. Ça peut sembler technique comme chiffre, mais ça a des conséquences importantes. Quand vous êtes diagnostiqué avec un cancer, chaque jour compte. Plus le traitement commence tôt, meilleures sont vos chances. Donc cet allongement des délais, c'est vraiment préoccupant. Maintenant, le nerf de la guerre contre le cancer, ça reste le «dépistage» Le «nerf de la guerre», ça signifie «l'élément crucial pour atteindre un objectif» Et «dépistage», ça vient du verbe «dépister» qui signifie «détecter, découvrir, trouver» On l'utilise principalement dans le domaine médical «dépister une maladie» faire un test pour détecter si un patient a telle ou telle maladie En France, on a des programmes de dépistage organisés pour les cancers les plus fréquents Ils permettent de détecter certains cancers à un stade précoce avant qu'ils ne deviennent trop graves Et plus un cancer est détecté tôt, plus il est facile à soigner Il y a trois principaux programmes de dépistage Le premier, c'est le dépistage du cancer du sein par mammographie pour les femmes de 50 à 74 ans Tous les deux ans, ces femmes reçoivent une invitation par courrier pour aller faire une mammographie gratuite. Une mammographie, c'est une radiographie des seins qui permet de détecter d'éventuelles tumeurs. Le deuxième programme, c'est le dépistage du cancer colorectal. Là, c'est pour les hommes et les femmes de 50 à 74 ans aussi. Tous les deux ans, ils reçoivent un kit à la maison qui leur permet de faire un test sur leurs selles. Les selles, S E 2 L E S, à ne pas confondre avec le sel, S E L, c'est le terme scientifique pour le caca. Je sais, c'est pas très glamour, mais tester ses selles, ça devient très important après 50 ans pour détecter un cancer colorectal précoce. Enfin, le troisième grand programme c'est le dépistage du cancer du col de l'utérus pour les femmes de 25 à 65 ans Là, c'est un frottis cervical qu'on fait chez le gynécologue ou la sage-femme Ces trois programmes sont essentiels parce qu'ils permettent de détecter les cancers à un stade précoce quand ils sont beaucoup plus faciles à traiter et ça peut vraiment sauver des vies Le problème, c'est que les Français ne participent pas assez à ces dépistages. Par exemple, pour le cancer du sein, le taux de participation n'est que de 47%. Moins d'une femme sur deux. Alors que dans d'autres pays comme la Finlande, 80% des femmes font le dépistage. Pour le cancer colorectal, c'est encore pire. Seulement 34% de participation, alors que la moyenne européenne est de 44%. On peut se demander pourquoi les Français sont si réfractaires à des examens qui sont gratuits et qui peuvent leur sauver la vie. Il y a plusieurs explications, à mon avis. La première, c'est un manque d'information sur l'importance du dépistage. Et la deuxième, c'est tout simplement la peur. Peur de passer l'examen, peur de ce qu'on va trouver. Alors, la France est-elle vraiment la championne du monde des cancers ? Comme vous l'avez vu, la réponse n'est pas si simple. Oui, la France a une incidence élevée de cancers, ça c'est indéniable. Il y a des facteurs réels qui expliquent cette situation. Notre consommation de tabac et d'alcool, particulièrement préoccupante chez les femmes, le vieillissement de notre population et probablement aussi des facteurs environnementaux comme l'exposition aux pesticides et aux PIFAS. Sur tous ces points, il y a vraiment des progrès à faire. Mais en même temps, ce classement doit être nuancé. La France a un système de santé performant qui détecte bien les cancers, ce qui fait mécaniquement augmenter les chiffres d'incidence. Et surtout, malgré cette incidence élevée, les Français s'en sortent plutôt bien La mortalité par cancer est inférieure à la moyenne européenne et les taux de survie sont parmi les meilleurs d'Europe. C'est quand même une bonne nouvelle. La vérité, comme souvent, se situe probablement quelque part entre les deux. La France fait partie des pays les plus touchés au monde, certainement dans le top 10, mais peut-être pas numéro 1 comme le suggère l'étude du Lancet. Ce qui est sûr, c'est qu'il y a des marges d'amélioration considérables si on arrivait à réduire la consommation de tabac, surtout chez les femmes, Si on buvait moins d'alcool, si on participait davantage au dépistage, on pourrait éviter des dizaines de milliers de cas chaque année. Rappelez-vous, 41% des cancers sont évitables. Et il y a aussi des raisons d'espérer. La recherche française sur le cancer est dynamique avec des innovations thérapeutiques remarquables. L'objectif d'atteindre 75% de guérissons d'ici 2035 est ambitieux, mais comme je le disais, pas irréaliste. Et vous, comment ça se passe dans votre pays ? Est-ce qu'on parle beaucoup du cancer ? Est-ce qu'il y a des programmes de dépistage ? Est-ce que votre système de santé permet à tout le monde d'accéder au traitement ? N'hésitez pas à laisser un commentaire sur la page de l'épisode pour partager votre expérience. C'est toujours intéressant de comparer les situations à l'international. Merci de m'avoir écouté jusqu'au bout. On se retrouve dans deux semaines avec Ingrid pour un nouvel épisode. D'ici là, prenez soin de vous et à bientôt !
