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Vous le savez, plus les artistes sont célèbres, plus on a raconté leur histoire. Et il y a même fort à parier que ce soit plutôt l’inverse : qu’une bonne histoire fait qu’on parle d’autant plus d’un artiste.Tenez par exemple Céline Dion, la femme au sommet du show business mondial, en train de signer un retour retentissant en passant par la case Midnight in Paris. Vous avez en tête immédiatement son mari et manager René Angélil et puis aussi toutes les anecdotes de la famille nombreuse de Céline et du rapport organique qu’elle entretient avec la musique.C’est comme les filles qui hurlent après les Beatles, Johnny Hallyday qui se roule par terre sur scène horrifiant le monde des adultes, les fesses de Michel Polnareff sur une affiche.Mais qu’y a-t-il derrière ces scènes qui appartiennent aujourd’hui à la légende de notre temps ? Ah sur le moment même, c’est juste le cours de la vie, d’une vie, celle de René Angélil, un impresario canadien old school au début des années 80. Vingt ans plus tôt, il faisait partie d’un trio très populaire qui avait repris des chansons des Beatles et en avait fait un tube au Canada (C'est fou, mais c'est tout). Le premier label américain qui avait édité les Beatles, sans succès, il est vrai, avait alors signé le groupe de René, Les baronnets, c’était leur nom, mais peu après la sortie du disque, avait mis la clé sous le paillasson. Un coup du sort comme il en arrive souvent aux artistes de la chanson et qui avait valu au trio de se séparer.Et là, les hasards chanceux de la vie, un impresario influent et fortuné avec qui il travaillait, lui demande un coup de main. Je voudrais lancer mon poulain aux Etats-Unis, c’est un jeune gamin tellement prometteur mais il ne parle pas anglais. Toi, oui. C’est un sacré boulot mais je suis convaincu qu’on peut y arriver, tu marches ?L’affaire est inespérée. René accepte et y croit d’autant plus que les voilà partis au Japon pour un concours que le jeune René Simard, treize ans, remporte haut la main, le Prix Frank Sinatra, remis par Sinatra en personne. Le voilà avec son poulain partout dans les médias, à Tokyo, à New York mais aussi à Paris où le jeune adolescent assure la première partie de Daniel Guichard à l’Olympia.L’avance d’un million de dollars qu’il demande à la firme CBS pour un contrat, jugée farfelue, n’aboutit pas, mais n’empêche, vous avez compris que ce que René est en train de vivre au milieu des années 70 est le schéma qu’on va retrouver la décennie suivante avec Céline.Car oui, après avoir géré la carrière de Ginette Reno, pas la même affaire, et qu’elle l’ait quitté, René va rencontrer la synthèse des deux artistes dont il s’est occupé : une voix féminine forte et un adolescent surdoué. Dommage pour l’impresario qui a refusé à René de le prendre comme associé. Mais tant mieux aussi, car avec Céline, René fera tout le contraire de son ancien employeur, à savoir ne pas isoler l’artiste adolescent de sa famille et surtout ne pas afficher des conditions exorbitantes d’une multinationale quand elle frappe à la porte d’un débutant.

L’image la plus forte des J.O. de Paris, c’est Céline Dion. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il n’y a et il n’y aura jamais qu’une Céline Dion. Et s’il y a eu un Colonel Parker derrière Elvis Presley, un Brian Epstein derrière les Beatles, le nom de René Angelil est encore bien plus célèbre. L’histoire de ce triomphe unique dans l’histoire du showbiz est tellement folle qu’elle commence même avant la naissance de Céline, quand René, ex-chanteur d’un groupe pop canadien s’était retrouvé sans rien et avait bifurqué vers le métier d’impresario.Le voilà en effet, tenant les rênes d’un jeune prodige de 13 ans pour le compte d’un autre agent. Il vit sa réussite mais comprend également tout ce qu’il ne faut pas faire dans un cas aussi particulier que celui d’un artiste pré adolescent.Les années passent, mais au début des années 80, René a perdu ses poulains et, à part des espoirs de tapis vert au casino, il ne lui reste pas grand-chose comme perspective quand dans son bureau, à Montréal, nous le retrouvons au téléphone avec à l’autre bout du fil, un dénommé Michel qui lui dit : je sais que vous n’avez pas écouté la cassette de ma sœur car si vous l’aviez fait, vous m’auriez déjà appelé.Ce n’est pas tous les jours qu’on entend ça, même si la ville de Montréal est remplie de mecs qui disent s’occuper du nouveau Johnny Hallyday, ou de la nouvelle Kate Bush.C’est vrai que des cassettes, on en reçoit des centaines au bureau, dit René. Celle de ma sœur n’est pas comme les autres, Monsieur Angélil, écoutez-la, c’est une chanson originale interprétée par une voix comme vous n’en n’avez jamais entendue. Et elle n’a que douze ans.Douze ans ! Voilà qui lui rappelle quelque chose. Les débuts de sa carrière d’agent avec René Simard, jeune chanteur de 11 ans à peine, Prix Frank Sinatra à Tokyo qui lui vaut de faire toutes les émissions de télé américaines et même de mener la grande vie à Paris alors que quelques temps auparavant, il ramait encore avec son groupe.Mais bon, on n’est ni dans un conte ni dans un film hollywoodien, c’est sans enthousiasme particulier que René cherche dans son courrier la fameuse cassette, se préparant à entendre une voix criarde de gamine pour laquelle des parents aimants n’ont pas assez de recul de jugement.Et ben dis donc, ils l’ont bien emballée ! René met de longues secondes à détacher les nombreuses couches, comme une précieuse découverte envoyée par des archéologues au British Museum pour y être exposée. C’est le moment de se souvenir ou de visualiser les lecteurs cassettes de ces années-là, l’ampli et les baffles en bois, un peu classe, pour le bureau d’un professionnel de la musique.Mais la voix qu’il entend n’est pas celle d’une enfant, ni d’une ado. Si ce n’est pas un canular, et cela n’en avait pas l’air au téléphone, quelques minutes plus tôt, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? René cherche le mot d’accompagnement à la cassette, perdu dans les enveloppes, pour y trouver le numéro de téléphone de la famille de cette fameuse Céline Dion qui n’aurait que douze ans. Ainsi commence une histoire improbable de star enfant qui deviendra méga-star adulte.

Quand on évoque Céline Dion, tout est devenu depuis longtemps une évidence : de sa voix à son histoire d’amour, en passant par la conquête de l’Amérique et du monde. Pourtant, au milieu des années 80, quand le Québec découvre cette adolescente à la voix pas banale, dans l’entourage de son manager, René Angélil, on ne manque pas de lui dire que ça ne durera pas. Tu le sais, le problème des enfants artistes, c’est qu’ils brûlent et se brûlent, plus vite que les autres. On en a vu de ces gosses perdre leur belle voix cristalline ou simplement leur envie du métier avant même d’atteindre la vingtaine. Et puis René, il a déjà connu cela avec René Simard, propulsé dans les shows télévisés américains, les concours internationaux et les hôtels de luxe alors qu’il était encore à l’âge de collectionner des autocollants Panini.Alors avec Céline, il ne va pas reproduire les mêmes erreurs. D’autant qu’il s’agit d’une voix exceptionnelle, capable de transpercer un orchestre entier sans perdre une once d’émotion.Aussi, pendant que le public découvre cette jeune fille chanter avec une facilité insolente, en coulisses, on travaille déjà à un entretien de compétition. Des spécialistes apprennent à Céline à respirer autrement, éviter de pousser certaines notes comme elle le fait instinctivement depuis l’enfance. Car, comme beaucoup de jeunes chanteuses, Céline a grandi en imitant les grandes voix qu’elle admire, comme Barbra Streisand ou Ginette Reno.Et ce n’est pas simple de demander à une adolescente d’en faire moins alors que tout le monde l’applaudit parce qu’elle en fait plus que les autres.Et puis une autre bataille s’engage déjà. Le Québec, la France, la Belgique, c’est magnifique, mais l’Amérique ! Le marché est gigantesque. Sauf qu’on ne pardonne rien aux artistes étrangers, surtout pas leur accent.Et donc pendant que Céline apprend à protéger sa voix, elle transforme sa manière de parler. Elle écoute des cassettes audios dans sa chambre d’hôtel, répète des phrases en anglais des dizaines de fois, on lui corrige les voyelles, les respirations et les ponctuations. Le soir, elle chante devant des salles pleines, le jour, elle suit des cours de langue. Et même si ce n’est pas exactement ça, c’est rudement bien imité, on n’obtient rien sans rien.Et quand sort enfin Where Does My Heart Beat Now, la première chanson qui va réellement ouvrir à Céline les portes des Etats-Unis, le public américain la trouve naturelle, ne se pose aucune question et porte son attention sur l’essentiel : une voix exceptionnelle.Oui, derrière ces quelques minutes de chanson, il y a des années de travail invisible. La discipline d’une étudiante ou d’une sportive de haut niveau, et surtout, l’idée fixe de René Angélil : faire de cette adolescente québécoise francophone, une artiste capable de rivaliser avec les plus grandes chanteuses américaines sur leur propre terrain. Mission accomplie.

Au printemps 1979, on découvre à la télé chez André Torrent, le clip, oui le clip, d’un gars bien barge avec des lunettes noires d’aviateur. Il chante un titre qu’on a découvert à la radio, ou dans un juke box, et dont le 45 Tours, à la pochette bien barge aussi, est tombé sur nos platines comme un météore. Le nom du groupe est pas mal, non plus, ou du chanteur, on ne sait pas, on ne sait rien, il s’appelle M. Oui, il y avait déjà Boney M, maintenant il a M, tout court.Quant au single, Pop Muzik, c’en est, justement, en plein, un petit bijou au rythme disco mais pourtant éloigné avec ses synthés, son chant syncopé et sa guitare rockabilly. Un tour de magie que seul un vieux de la vieille qui a déjà tout vécu peut se permettre. En effet, derrière ce M se cache Robin Scott, un Anglais de la génération des Beatles et des Pink Floyd qui roule sa bosse depuis la fin des années 60.C’est à cette époque qu’il rencontre à Londres Malcolm McLaren et Vivienne Westwood, les futurs fringueurs du monde branché punk, et joue de la musique dans des boîtes où il partage parfois l’affiche avec un David Bowie qui, lui aussi, se cherche encore.Au début des années 70, on le retrouve dans divers projets tantôt sur la BBC pour un show, sur scène pour une comédie musicale ou à la télé où il remporte l’émission « A la recherche d’une star » (oui, ça existe déjà). Au milieu de la décennie, il lance son propre label sur lequel sont publiés les premiers singles de nombreuses futures stars de la new wave comme Adam and the Ants. Le voilà producteur chez Barclay, il vit désormais à Paris avec sa compagne Brigitte Vinchon qui sera la voix féminine de son nouveau groupe « M », lequel comprendra à un certain moment pas moins de 4 membres du futur Level 42.Voilà qui est Robin Scott, l’artiste dont on ne sait rien et qui se cache sans se cacher derrière le nom de M, avec son hit N°1 dans dix pays dont les Etats-Unis et dans le top dix de dix autres. C’est rien moins qu’un des plus grands hits de l’année 1979 qui a pourtant été bien chargée en tubes gigantesques et immortels.L’album qui sort en novembre, suite au triomphe du single est une sorte de grande récréation débridée de types qui ont tout vu, tout su, tout lu sur la pop music. Enregistré dans le studio de Queen à Montreux, on y retrouve même David Bowie pour une contribution discrète. En clair, il clappe des mains sur plusieurs titres, mais c’est David Bowie quand même.Le choix du single suivant, l’excellent Moonlight and Muzak est trop différent du précédent et premier hit, au grand désespoir de sa maison de disques : et de fait, il ne fonctionne qu’en Angleterre, ainsi qu’un autre titre de l’album, … Ainsi va l’argent. Les disques suivants ne feront guère mieux, au début des années 80, mais n’empêche, le M de Robin Scott est encore aujourd’hui dans toutes les têtes. On s’est bien éclatés, et lui aussi. Et on en sait un peu plus sur lui.

On connaît tous le nom du chanteur des Rolling Stones, Queen, Indochine. Et parfois, de tous les membres, jusqu’au batteur. Et puis, il y en a dont on connaît un tas de chansons, qui nous ont accompagné de leurs hits pendant une, voire deux, trois décennies, et pourtant on ignore tout de leurs membres, jusqu’à leur nom.Ah si ! Tenez, il y en a même dont on ne connaît pas le visage. Si je vous dis Toto, Hold the line, Rosanna, Africa, etc. Mis à part les fans, bien sûr. Qui pourrait reconnaître leur chanteur, Bobby Kimball, … ben personne. Je m’en suis rendu compte, le soir où il y a bien longtemps, j’allais dîner avec lui dans un restaurant connu de Bruxelles, et ben ils n’ont pas voulu croire que c’était lui. Dans le doute, on vous apporte quand même le livre d’or, a dit le chef de salle, ça l’a bien fait marrer, Bobby.Son histoire commence au Texas. Bobby a grandi dans une famille très religieuse. Il galère pas mal dans des petits groupes, petits concerts locaux. Puis comme des milliers d’autres musiciens à l’époque, il débarque à Los Angeles avec une seule idée : réussir avant d’être obligé de rentrer dans son Texas natal.Et c’est là qu’il rencontre un groupe de musiciens de studios. Des types capables d’enregistrer avec Steely Dan ou Michael Jackson pendant la journée, pour faire bouillir la marmite, puis en rentrant, brûlés par leur passion pour la musique, ils travaillent sur leurs propres morceaux.Ces mecs ont tout : les musiques, les arrangements, les idées mais il leur manque une voix capable de faire passer la vitesse supérieure à leur belle mécanique. Et voilà que Bobby Kimball arrive avec ce qui leur manque encore : le feu. Le désordre, l’énergie, la chaleur humaine qui donne à leur musique, une âme.Mais comme souvent avec les groupes immenses de ces années bénies, l’histoire se complique avec le succès, les tournées gigantesques et la pression incessante. Drogue, alcool, fatigue, bagarres, Bobby Kimball quitte Toto une première fois au milieu des années 1980.Et si le groupe continue à avoir du succès, quelque chose manque. Sa voix. Alors il revient. Puis repart encore. Puis revient de nouveau. Une histoire de séparations impossibles, comme certains vieux couples du rock qui passent leur temps à divorcer avant de se retrouver.Le plus étonnant, finalement, c’est que malgré les millions de disques vendus, Bobby Kimball soit resté un visage discret dans l’histoire de la pop. Juste un chanteur. Un type dont des millions de gens reconnaissent immédiatement la voix sans rien savoir de lui.

Eté 1987, le tube de l’été est français et il est énorme… Son interprète, Gérard Blanc, porte un nom de nouveau venu. C’est vrai, Gérard Rinaldi, on connaît, Michel Blanc aussi, mais Gérard Blanc, non. Ce n’est que quand on l’aperçoit à la télé ou sur la pochette de son single, qu’on se dit : mais oui, c’est bien sûr ! Gérard Blanc, c’est le chanteur des Martin Circus.Le Martin Circus, c’était un truc énorme au début des années 70, un groupe qui a rencontré un succès prodigieux et qu’on a, à tort, comparé au Big Bazar de Michel Fugain. Pourquoi ? Parce qu’ils vendaient des tonnes de disques, que leurs tenues vestimentaires étaient bigarrées et leur musique bien métissée. Mais à la différence de Michel Fugain, les racines musicales du Martin Circus, c’est le rock’n’roll.Au départ, ce sont de sacrés bons musiciens rock, une chose relativement rare en France à la fin des années 60. Et ces gars sont en phase avec ce qui est en train de se passer en Angleterre et aux Etats-Unis. En pleine mode hippie, des surdoués nommés Jimi Hendrix, Santana, Chicago, Eric Clapton proposent une nouvelle musique en marge des Beatles et des Stones. La guitare en avant, ils n’hésitent pas à fusionner leur rock avec le jazz comme Miles Davis, mais aussi des musiques traditionnelles sud-américaines ou africaines.Vous ajoutez un peu de psychédélique là-dessus et vous obtenez des noms à rallonge comme Chicago Transit Authority, Jefferson Airplane, ou encore Blood Sweat and Tears. Cette musique popularisée par des comédies musicales comme Hair et Jesus Christ Superstar, le Martin Circus en propose une version à la française c’est-à-dire chantée en français mais aussi sans se prendre au sérieux. Ils sont pas loin, à ce moment, de l’esprit d’un Michel Polnareff. Un titre comme Je m’éclate au Sénégal, avec des jeux de mots à tomber mort mais servis façon vocalement Beach Boys, c’était vraiment, en effet, une dinguerie … 800.000 singles vendus plus tard, les Martin Circus sont les nouvelles vedettes du showbiz qui leur vaut de faire la première partie de Johnny Hallyday et de Claude François. Reconnus comme le premier groupe pop français à remplir l’Olympia, ils sont à l’affiche et chez les disquaires en 1973, du premier opéra rock français, La Révolution française composée par un certain Claude-Michel Schönberg. Gérard Blanc y joue Danton et chante avec ses musiciens aux côtés de Bashung en Robespierre, Antoine alias Bonaparte, Gérard Rinaldi des Charlots en Talleyrand ou encore Jean Schulteiss en Fouquier-Tinville sans oublier Daniel Balavoine qui, lui, est dans les chœurs.L’année suivante, c’est le triomphe avec un album de covers américains des années 60 et une reprise des Beach Boys qui leur permet de vendre 1.500.000 de singles. De la folie. Et puis, en pleine époque disco, à la surprise générale, les Martin Circus se jettent dans la marmite pour faire un gros carton. Ils y perdent au passage leur public rock et disparaissent avec le genre fin de la décennie. On les a oubliés et à part Gérard Blanc, on n’a jamais vraiment su qui ils étaient.

A une époque où tout le monde raconte tout : ses vacances, son petit-déjeuner, ses chagrins amoureux, ses séances de sport ou son chat, intituler une série de Story, On ne sait rien d’eux, c’est une blague ou de la provoc. Car ne rien dire de soi, aujourd’hui, est devenu le luxe ultime dans le monde de la pop. Et bien c’est oublier le temps où on bâtissait des carrières énormes sur le mystère : Led Zeppelin, le plus grand groupe des années 70, ne donnait quasiment aucune interview. Le mystère autour d’eux était tellement entier et l’attente si gigantesque, que des journalistes se déguisaient en femmes de charge pour gratter des ionformations, entendre quelque chose dans le studio d’enregistrement où ils réalisaient leurs albums. Et oui, il fut un temps où certaines stars arrivaient avec des chansons et presque rien d’autre.Ainsi le nom de Lene Marlin vous dit peut-être quelque chose. Et si pas, vous connaissez cette voix et cette chanson … Lene, c’est vrai qu’à la fin des années 90, on ne sait rien d’elle, pas plus qu’aujourd’hui d’ailleurs. C’est l’anti pop star par excellence. Tenez, si je vous dis qu’elle est Norvégienne, ça vous étonne, hein ? Vous l’aviez crue Américaine, à l’entendre. Anglo saxonne en tout cas. Il faut dire que ses singles et son album débarquent en pleine déferlante voix de filles, avec Céline Dion, Natalie Imbruglia, Alanis Morissette, toutes ces femmes qui vendent des dizaines de millions de CD. Et oui, Lene, c’est une fille qui vient du nord de la Norvège. Elle est née en 1980 à Tromsø, la grande ville la plus septentrionale au monde. Tromso, c’est le nord du nord, au-dessus du cercle polaire. Alors, Lene a appris seule la guitare dans sa chambre d’adolescente. Ah elle a eu le temps d’occuper ces nuits de plusieurs mois qui dépriment les plus optimistes. Et puis elle s’est mise à écrire des chansons très personnelles, pleines de doutes, d’amours compliquées et de solitude. Oui, sa fragilité nous émeut instantanément.Mais quand elle se retrouve N°1 durant des semaines en Norvège, Lene reste discrète, timide, comme si son succès l’étonnait au point qu’elle en est sûre, ça ne va pas durer. Et puis elle s’est retrouvée numéro un un peu partout en Europe.Et contrairement à beaucoup de jeunes stars de l’époque, elle n’a jamais vraiment cherché à devenir une bête des médias. Pas d’apparitions tapageuses, pas de scandales, pas de surexposition. Elle a même disparu plusieurs années entre certains albums, ce qui a entretenu autour d’elle une espèce d’aura mystérieuse. Lene Marlin ne chante pas fort. Elle chante vrai. Voilà sans doute pourquoi on l’a autant écoutée et qu’elle est aujourd’hui, si pas imitée, en tout cas reconnue par la jeune génération d’artistes féminines scandinaves comme Anna of the north, qui est loin d’être aussi nordique que Lene, là-bas, tout là-haut.

Ah vous aimez cette chanson, hein, ça vous rappelle un film, Sailor et Lula, et si pas, vous y êtes instantanément, dans l’Amérique profonde, celle de la Route 66 et des grands espaces. C’est vrai, hein, on la voit, la grosse cylindrée décapotable et la route rectiligne, les restoroutes plantés au milieu de nulle part, écrasés par une chaleur sèche, avec trois pelés et deux tondus attablés à l’intérieur. Ça fout un spleen pas possible mais c’est beau.Comme la musique de Chris Isaak. Ah c’est vrai qu’il est beau ! Avec sa belle gueule bien coiffée style années 50 et ses pochettes qui font autant penser à Elvis Presley qu’à James Dean, il incarne une certaine Amérique, en total décalage avec les années 80 au milieu desquelles il débarque dans nos vies. Et qui lui vaut à la fin de la décennie d’être élu parmi les gars les plus sexys au monde.Chris Isaak, c’est le musicien qui tombe au mauvais moment. En pleine époque synthés et batteries électroniques, lui, il débarque avec des chansons qui sentent les motels perdus, les néons, les Cadillac qui ont trop roulé et les amours qui tournent mal au milieu de la nuit. Ça doit être ça qui a tant plus à un David Lynch qui vient de fasciner le monde avec son film Blue Velvet.La musique de Chris Isaak, c’est du rock avec une pincée de country, de surf, et de rockabilly ralenti façon Roy Orbison. Alors pourquoi il a tant marché à la fin des années 80 et dans les années 90 : probablement à cause de l’immense solitude élégante qu’il dégage. On dirait qu’il a tiré toute son inspiration dans le Heartbreak Hotel d’Elvis Presley, et qu’il s’est arrêté là, avec sa guitare, sur un parking vide.Et puis il y a sa voix, qui passe du murmure au grand vertige romantique dans la même phrase. Une voix de cinéma. Exactement. Une voix qui éveille en nous l’image d’un type très bien sapé en train de se faire lourder sous un panneau “Vacancy”. Alors il remonte dans sa grosse V6 et disparaît vers l’horizon. C’est vrai qu’on connaît tous plusieurs de ses chansons. Qu’elles soient restées collées à un bout de notre vie ou pas, la guitare qui s’accorde à sa voix lancinante a le goût d’une bande son, d’une compile Rockmantique, voilà sans doute pourquoi il était unique. Le plus fou est qu’à l’époque, on ne l’a pas étiqueté rétro, il s’est inscrit naturellement dans le paysage, le Chris Isaak.Et plus fou encore, on n’a jamais vraiment su qui il était. On n’a pas creusé le sujet. Ce n’était ni Prince, ni Madonna, question vie privée/publique et marketing. Et même si la nouvelle génération le connaît plus à cause de la vidéo du baiser forcé devant les caméras de télé à Cameron Diaz, Chris Isaak reste aussi mystérieux que les personnages qu’il incarne dans ses chansons, et toutes ses associations au cinéma dans des films marquants comme True Romance, le chef d’oeuvre de Tony Scott, et bien sûr, les films de David Lynch.

En 70 années de programme, imaginez les centaines de participants, les milliers qui ont tenté de s’y rendre, dans plus de cinquante pays différents. Il y en a des histoires à raconter. C’est d’ailleurs ce que je fais dans un podcast de Nostalgie qui se nomme Belgium 12 points et que vous pouvez écouter sur notre site, ainsi que sur toutes les plateformes, car il ne passera jamais à la radio. Et croyez-moi, deux heures de podcast, ce n’est pas de trop pour évoquer une aussi longue histoire entre le monde de la chanson, la télé et le public.Tenez en 1969 ! On nous parle toujours des hommes sur la Lune et d’Eddy Merckx qui gagne le Tour de France pour la première fois, mais on ne nous parle jamais de cette édition très particulière de l’Eurovision.On se plaint des tensions aujourd’hui autour du concours mais là, en 1969, l’édition doit avoir lieu à Madrid car c’est l’Espagnole Massiel qui a gagné l’année précédente. SAUF que l’Espagne est depuis trente ans dirigée d’une main de fer par un dictateur, le Général Franco qui a beaucoup de sang sur les mains. Mais voilà, le tourisme explose, alors il a donné la consigne que tout soit nickel, moderne, glamour pour la promotion du pays, et bien sûr, de son image à lui.Et c’est le cas ! Grand orchestre, grand décor, grosse production télé, on a même dû faire venir des moyens techniques d’Allemagne car la télé couleurs n’existe pas encore en Espagne. Alors on a tout répété cent fois, même le vote qui la veille a produit deux gagnants ex-aequo. Et là, on aurait dû se méfier.Mais bon, la Grande Bretagne a envoyé une arme secrète, la petite bombe écossaise Lulu, vedette mondiale depuis cinq ans avec un tube explosif … et numéro 1 aux Etats-Unis deux ans plus tôt avec une chanson de film … (To Sir with love). Et au vu de la chanson avec laquelle elle arrive, c’est du tout cuit pour la BBC. Le titre ? Boom Bang A Bang. Oui, ça a l’air débile comme ça mais la chanson espagnole qui a gagné l’an dernier, c’est La La La et la même année les Beatles ont sorti Ob-La-Di Ob-La-Da, donc poupouille les mauvaises langues, ça va tomber dans l’escarcelle du Royaume-Uni.Sauf que, en 1969, les dix membres de chaque jury peuvent attribuer un point à leur chanson préférée, ce qui donne, malgré la course en tête de Lulu, un score de plus en plus serré. Tellement qu’au terme du dernier vote, on se retrouve avec 4 ex-aequo. Mais comment est-ce possible ? Que fait-on ? La présentatrice se retourne vers le président du jury qui répond que non, le règlement ne prévoit pas ce cas de figure. Alors tous les quatre ont gagné dit l’animatrice !Les quatre chanteurs britannique, français, espagnol et hollandais y vont de leur titre, on n’a évidemment pas assez de trophées ni de médailles, on vous les enverra par la poste. Cinq chaînes dont trois scandinaves sont furieuses, elles boycotteront l’édition 1970 dont le pays organisateur est sélectionné par tirage au sort. Alors, ne me dites pas que c’était mieux avant, même si, il faut l’avouer, 4 gagnants en 1969, c’était cocasse. Cela ne pourrait plus arriver aujourd’hui, vous le savez, les écarts sont énormes grâce au vote du public, comme ce fut le cas avec Loreen, il y a peu.

70 ans ! J’le crois pas ! 70 ans que dans un petit théâtre de Lugano, sur les rives d’un lac suisse, un public tiré à quatre épingles assis sur des fauteuils d’un autre âge, assiste ce 24 mai 1956, à une compétition entre sept chanteurs sélectionnés par la chaîne de télévision de leur pays.Ils sont trente de plus aujourd’hui, représentant autant de pays d’une Europe et même au-delà, qui ne ressemble plus du tout à celle qu’elle était sept décennies plus tôt. 52 pays différents y ont participé au moins une fois. Ça fait un sacré un va-et-vient et pourtant cette émission est toujours là. Un truc de fou car quelle émission peut avoir derrière elle, 70 années d’archives et, comme si cela ne suffisait pas, rencontrer malgré tout encore un tel succès, constituer un tel événement dans la ville qui l’accueille, à chaque édition ?Quand vous les voyez défiler, ces archives, c’est carrément un pan d’histoire, avec les swinging golden sixties, la conquête de la Lune, le disco des années 70, les explosives années 80 mais aussi les changements de frontières en Europe la décennie suivante et l’arrivée des pays de l’Est. Et puis combien de dirigeants politiques ultra populaires, aujourd’hui oubliés alors que, lui, le Concours Eurovision est toujours là, à passionner non seulement les audiences mais surtout les jeunes.Écoutent-ils tous ce que les commentateurs de chaque pays racontent, à savoir les fameuses statistiques tirées de huit décennies de concours ? Y en a des infos qui circulent : sur ceux qui ont gagné le plus souvent, ou jamais, le plus grand nombre de lanternes rouges, ceux qui ont été éliminés le plus grand nombre de fois d’affilée, …Et puis, tiens c’est intéressant, ceux qui ont failli y aller … mais non.Car savez-vous que Abba a été recalé une première fois, en 1973 ? Comme dans beaucoup de pays, la sélection se fait lors d’une soirée télé spéciale, le quatuor déjà célèbre dans son pays, mais séparément, propose une chanson dans le même esprit que le futur Waterloo mais voilà, elle finit troisième des suffrages. Et donc pas d’Eurovision pour abba qui pourtant, y croyait, et avait bien raison quand on voit le succès public. Un miracle qu’ils soient revenus l’année suivante !Et puis il y a ceux qui ont été envisagé, à qui on a demandé mais qui ont répondu non car c’était à une époque où c’était la honte d’y aller. On ne saura jamais si cela est vrai mais il paraît que les noms de Kate Bush, Pet Shop Boys, Joe Cocker, Indochine, Dalida, Robbie Williams et même Adèle ont circulé.Et puis il y a ceux qui y sont allé sans briller, et dont on a oublié, un peu, beaucoup, la participation, comme Julio Iglesias, Olivia Newton-John, Cliff Richard, les Shadows, Lara Fabian ou Bonnie Tyler. Et enfin, il y a ceux qui, bien qu’ayant marqué le concours de leur empreinte, n’ont jamais pu se débarrasser de l’étiquette Eurovision …