
Ça va chauffer ! Histoire du feu 3/4 : C’est au poêle ! Les révolutions du feu au siècle des Lumières
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Xavier Mauduit
Bonjour, c'est Xavier Mauduit. L'année 2026 a débuté par une vague de froid avec neige et verglas. L'occasion de se mettre au chaud pour écouter l'émission du Cours de l'Histoire, c'est au poil. Les révolutions du feu au siècle des Lumières. Bonne écoute.
France Culture Announcer
Le cours de l'histoire.
Olivier Jeandot
Xavier Mauduit.
Xavier Mauduit
C'est au poil les révolutions du feu. Au siècle des lumières, voici l'histoire d'une aventure chaque fois renouvelée, celle de l'allumage du feu. Un peu de papier froissé, des brindilles, quelques copeaux ou quelques morceaux du sympathique cajot. Et puis des bouts de bois de plus en plus gros. Et la bûche, nous touchons ici au savoir, au savoir-faire, mais aussi à la science et à la symbolique au moment de craquer l'allumette et d'allumer le feu.
Olivier Jeandot
Le feu.
Narrator/Commentator
Est une telle figure de destin.
Xavier Mauduit
Il naît, il meurt, il est un drame. En bref, des observations sur le feu.
Olivier Jeandot
Interprétées de façon fort intéressante, avaient pris.
Xavier Mauduit
Le pas sur la spéculation abstraite pure.
Narrator/Commentator
C'est comme l'eau. L'eau n'est pas une valeur.
Xavier Mauduit
Ça y est, le feu est allumé. Bonjour Olivier Jeandot. Bonjour. Bonjour. Marco Storni.
Thomas Beau
Bonjour.
Xavier Mauduit
Nous sommes tous les trois aujourd'hui au coin du feu avec Olivier Jeandot, une technique particulière pour allumer le feu parce que je l'évoquais ici, le briquet c'est très bien, l'allumette aussi. Comment allumait-on le feu à l'époque moderne.
Olivier Jeandot
Eh bien on essayait de garder le feu vivant, y compris pendant la nuit et généralement mettant, au moment où on se couchait, les dernières braises sous la cendre. Et puis le matin, il fallait découvrir cette braise, ressouffler tout doucement et raviver la flamme de jour en jour. Et on comprend que le monde du briquet de la lumette n'est pas celui de cette époque-là. Et par exemple, dans la chanson « Mon ami Pierrot », on va chercher du feu chez le voisin. C'est-à-dire qu'on essaye de récupérer une braise pour allumer le feu.
Xavier Mauduit
Chez soi. Ah oui, ça demande beaucoup de technicité de pouvoir maintenir un feu allumé toute la nuit au sens où c'est les braises que l'on conserve sous la cendre.
Olivier Jeandot
C'Est ça. Oui, le feu, en fait, il est au cœur de la maison. C'est le symbole vivant, le cœur palpitant de la maison. Et donc, une maison sans feu, c'est une maison dans laquelle plus personne ne vit, en.
Xavier Mauduit
Quelque sorte. Olivier Jeandot, vous êtes chercheur associé à l'Université d'Artois. Vous êtes l'auteur de cet ouvrage « Les délices du feu, l'homme, le chaud et le froid à l'époque moderne ». C'est publié chez Chamballon. Avec cette réflexion, déjà, sur l'emplacement de la cheminée. Quand vous dites « la cheminée est au cœur de la maison », est-ce que l'on constate, au fil du temps, une évolution de.
Olivier Jeandot
L'Emplacement de la cheminée Oui, en fait, la maison s'est constituée historiquement au néolithique autour du foyer. C'est-à-dire que dans le rectangle des maisons néolithiques, on trouve toujours la trace d'un foyer central, avec la fumée qui s'échappe par un trou dans la toiture. Et puis progressivement, au cours du Moyen-Âge, le feu va se déplacer dans la maison pour s'adosser à un mur. Et c'est la naissance de la cheminée telle qu'on la connaît aujourd'hui, avec cette hotte qui permet d'évacuer la fumée. Et à partir de cette époque-là, le feu va rester au cœur de l'habitation pendant Toute l'époque moderne, au Moyen-Âge bien sûr, l'époque moderne, et jusqu'à une époque très tardive, puisque dans les campagnes françaises, jusqu'au milieu du XXe siècle, la cheminée était souvent la source de chaleur principale. Source de chaleur, mais aussi de lumière, source de cuisson, c'était.
Xavier Mauduit
Ce cœur vivant de la maison. Marc Auster, vous êtes historien des sciences, chercheur associé à l'Université libre de Bruxelles. La.
Marco Storni
Cheminée, est-ce efficace pour se chauffer Pas tant que ça. Justement, il y a une persistance de la cheminée à travers les âges, les siècles, jusqu'à l'époque contemporaine. Mais à l'époque moderne, entre le XVIIe et le XVIIIe siècle, on voit quand même un passage important technique dans l'espace domestique, qui est celui du feu ouvert des lattres au feu enveloppé. Donc les feux commencent à être renfermés dans des châssis métalliques, dans des poêles, dans des dispositifs techniques, et qui se diffusent dans les ménages. Et c'est là qu'on arrive à la fois à maîtriser les dangers du feu, parce que le feu est bien sûr au cœur du ménage, est un symbole positif de la famille, etc. Mais c'est quand même aussi un danger permanent pour l'homme et la femme modernes. Et d'autre part, on arrive à optimiser son... Comment dire Contrôler sa puissance et optimiser sa force, ses effets. Donc son pouvoir de chauffer, mais aussi on.
Xavier Mauduit
L'Utilise.
Marco Storni
Pour d'autres choses, pour.
Xavier Mauduit
Cuisiner. Oui. C'est une activité différente. Ça veut dire qu'il y a du feu toute l'année Pour chauffer l'alimentation, il faut du feu. Mais en hiver, il faut du feu là pour chauffer énormément. Olivier Jeandot, c'est vrai que cette question sur la cheminée est vraiment importante. C'est des préoccupations pour ces hommes, ces femmes de l'époque moderne avec toute la réflexion autour de la température qui fait à l'extérieur la notion de petit âge glaciaire. C'est.
Olivier Jeandot
Important dans cette étude Oui, alors je voudrais rebondir sur une idée importante, c'est que la cheminée, ce n'est pas contrairement à ce qu'on croit à premier abord, un moyen de chauffer une pièce. C'est un moyen de se chauffer. C'est-à-dire qu'on rapproche son corps du foyer. Et ça c'est essentiel, et c'est pas sa fonction unique, parce qu'en fait une cheminée a une triple fonction. La première fonction, je dirais la fonction primitive, c'est la cuisson. C'est là qu'on va préparer les repas, c'est là que boue la marmite pendue au bout de la crémaillère. Et puis effectivement, et donc ce feu-là brûle toute l'année. et de façon intermittente au moment des repas. Et puis, effectivement, en fonction de l'occupation de la maison, autrefois on vivait beaucoup moins, les maisons étaient moins home suite home qu'aujourd'hui, donc on vivait beaucoup moins chez soi. Quand on est chez soi, effectivement, on va s'assembler autour de cette cheminée, et là elle va avoir une fonction, je dirais, de chauffage. De chauffage des corps, mais pas de chauffage des espaces, parce que techniquement, c'est impossible de chauffer un volume avec une cheminée. Et là, c'est pas parce qu'on a une cheminée qu'on a forcément chaud, parce que tout va dépendre de la capacité à amener du combustible dans la cheminée. Et ce qu'on voit très bien quand on étudie les périodes anciennes, c'est la difficulté qu'on a complètement oubliée aujourd'hui à mettre quelque chose dans sa cheminée. C'est-à-dire que ce feu, il faut l'alimenter. Et aujourd'hui, on est dans des systèmes techniques automatisés. On a juste à tourner sur un bouton pour avoir de l'électricité ou du gaz. A l'époque, avoir du bois, et tous les gens qui ont encore aujourd'hui une cheminée le savent, ça nécessite un tas d'efforts. Il faut aller chercher le bois, il faut le préparer, il faut le couper. Généralement, il n'est pas stocké. Et donc, en fait, on a des inégalités face au feu qui sont très très importantes en fonction des milieux sociaux, de l'endroit où on vit, du fait que l'on vive en ville ou à la campagne, et puis aussi le fait que l'on vive dans une région dans laquelle on a du combustible ou on n'en a pas. Et donc on a des.
Xavier Mauduit
Situations qui sont très très différentes. Avec cette importance de se chauffer en hiver, mais toute une réflexion malgré tout, et vous le dites avec justesse, chauffer une pièce n'est pas la même chose que chauffer le corps auprès de la cheminée. Et puis il y a l'idée que il est possible de vivre à l'intérieur avec de basses températures, au sens où on met des manteaux et on se couvre.
Olivier Jeandot
Sous un hédredon pour la nuit. Oui, on parlait tout à l'heure du petit H glaciaire. Effectivement, entre le début du XIIIe siècle et le milieu du XIXe siècle, les historiens du climat, et Emmanuel le Roi Ladurie, entre autres, ont contribué à populariser cette notion. On est dans une période où les températures moyennes étaient beaucoup plus basses, c'est dû à de multiples facteurs. Ça fait partie des grandes oscillations séculaires du climat. Et donc on est à une période où les hivers sont beaucoup plus rigoureux qu'aujourd'hui. On a des hivers qui ont marqué comme ça les mémoires avec des températures qui descendent pendant une semaine, une semaine et demie à moins 10, moins 15, parfois moins 20. Et donc, à cette époque-là, les sociétés se retrouvent complètement désemparées face à ce froid. Parce que... on grelotte, tout le monde grelotte. On grelotte dans les chaumières comme on grelotte dans les palais. Et en plus, on a des difficultés à se procurer du bois parce que quand le bois est glané au jour le jour, dans les forêts, le bois quand il se trouve sous 50-60 cm de neige, c'est plus compliqué de s'en procurer. Et puis dans les villes, Le bois vient parfois à manquer, parce que ce bois qui est transporté par les fleuves, et bien quand les fleuves sont gelés, les villes se trouvent coupées de leur approvisionnement en bois. Et donc on a des crises énergétiques comme ça, comme on a des crises alimentaires qui scandent.
Xavier Mauduit
Comme ça l'histoire des sociétés anciennes. Avec l'importance aussi... d'aller chercher le bois. Le bois, c'est pas rien, c'est au coeur de toute cette réflexion. Marco Sterni, on l'a entendu à l'instant, il faut mettre des choses dans la cheminée, il faut mettre du bois principalement pour chauffer, ça demande beaucoup de connaissances.
Marco Storni
Ça, des différents types de bois. Absolument, comme le discours d'Olivier m'a fait m'a fait penser à ça. remarquer... Les problèmes de l'économie des combustibles et de l'approvisionnement des combustibles, ce n'est pas seulement un problème, comment dire, de l'économie domestique ou de l'économie du travail, mais aussi un problème scientifique et technique. Donc il va y avoir des savants, à l'époque moderne, qui vont calculer les pouvoirs calorifiques des différents combustibles, donc ils vont comparer les différentes sources de combustibles. On sait que, notamment, la France a subi une disette de bois au XVIIIe siècle, donc il y a une pénurie permanente de combustibles, et donc Il y a des figures qui ont une certaine autorité intellectuelle qui vont s'intéresser à ces problèmes sociaux majeurs, qui vont apporter leur expertise et leur connaissance pour essayer de ressoudre, en tout cas de concilier les meilleures stratégies.
Olivier Jeandot
Pour faire face à ces problèmes. Et c'est aussi un problème politique de ce fait, parce que les autorités sont toujours très attentives aux questions d'approvisionnement en bois, parce que c'est à peu près comme la question du prix de l'essence aujourd'hui qui peut mettre une société dans la rue. Donc on est très attentifs, surtout à la fin du XVIIIe siècle, dans ce contexte de pénurie réelle ou supposée. C'est difficile de savoir quelle était la réalité de cette pénurie, mais ce que les contemporains ont bien senti à partir du milieu du 18ème siècle, c'est que les usages du bois augmentaient, en particulier parce que la population augmentait, mais aussi parce que le développement de la proto-industrie des forges, entre autres qui utilisaient le charbon de voie, faisait que les consommations augmentaient, et les prix augmentaient aussi. Et donc, c'est une question qui sous-tend toute la réflexion scientifique au XVIIIe siècle, parce que toute la réflexion technique sur l'économie de combustible, la puissance du feu, vient.
Xavier Mauduit
De cette question de pénurie énergétique. Est-ce que le bois ce n'est pas simplement dire il nous faut du bois pour se chauffer et les scientifiques vont réfléchir à quelle meilleure espèce, quelle meilleure essence il faut choisir C'est parce qu'il y a un.
Marco Storni
Vrai besoin, une vraie question politique. Oui, il y a aussi la question, on n'a pas encore évoqué ce concept clé, mais la question de l'énergie. Quand on commence à avoir des manufactures, des industries qui ont besoin de combustible pour rouler, il y a des machines à vapeur qui vont être inventées, donc il y a toute une réflexion technique sur une autre échelle que celle domestique, qui va être cruciale au développement de la société occidentale, si on veut, et qui est complètement là-dedans, dans les combustibles, non seulement les bois, mais le charbon, le charbon des bois, la production des combustibles et l'usage le plus économique, non seulement, comme je le disais, à l'échelle domestique, mais aussi.
Xavier Mauduit
À l'échelle de la production industrielle. Ça demande un.
Radio Archive Voice
Grand savoir de choisir une bûche. Une main experte saisissant une bûche tentera tout de suite au poids si le bois est sec. Question d'habitude. Ou bien laissez tomber une bûche sur le sol. Le son rendu par la chute pour une oreille exercée vous indiquera si le bois est sec. Placez les doigts sur la tranche d'une bûche. Si vous ressentez une sensation de froid, votre bois est encore humide. Un bois sec n'est pas froid. Voyez aussi si l'écorce peut se détacher par fragments avec un bruit clair. L'écorce d'un.
Xavier Mauduit
Bois vert ne se détache pas. Choisir une bûche à la radio-télévision française en 1953. Émission utile, le cours de l'histoire, Olivier Jeandot. Quel est le meilleur bois qu'il faut choisir pour bien se chauffer Est-ce qu'on retrouve dans cette étude que vous accordez à l'homme, le chaud, le froid, à l'époque moderne, des réflexions sur telle essence est meilleure pour se.
Olivier Jeandot
Chauffer que telle autre Bien sûr. Et ce qui est intéressant dans votre archive radiophonique, un peu ancienne, c'est que ce savoir qui s'est transmis pendant des générations et des générations, il a été perdu aujourd'hui par toute une partie de la population. C'est-à-dire qu'aujourd'hui les urbains qui n'ont pas de cheminée ne font pas la différence entre une bûche verte ou pas verte et je pense qu'une partie de la population est incapable d'allumer un feu. On le voit bien quand la saison des barbecues commence, c'est plus technique qu'on le croit d'allumer un feu. Et en fait, pendant des générations et des générations, on a eu cette connaissance empirique, transmise de façon orale, par des gestes, de façon presque, je dirais, diffuse, des différentes qualités de bois. Et on était contraints de faire feu de tout bois, selon l'expression, mais on savait très bien que tel bois, en fonction de l'essence, alors généralement, c'est les spécialistes dans les dictionnaires de commerce ou les traités forestiers disent que ça se joue entre le chêne et le hêtre. avec une préférence pour le chêne, qui donne, alors ça aussi c'est extraordinaire, une flamme brillante. Enfin, on a, en fonction de l'essence, à l'époque, on a une connaissance de la qualité de la flamme que ça va donner. Parce qu'un feu, c'est pas uniquement de la chaleur, c'est aussi une lumière, c'est aussi une ambiance, et on était très attentifs à ça. Donc il y a les bois nobles, et puis entre deux bûches de chêne, il y a aussi la façon dont il a été acheminé qui va jouer dans la qualité. Et entre le bois bien sec, qui est transporté par voie de terre, ce qui est relativement rare, et bien ce bois-là est jugé supérieur, à juste titre, au bois flotté. parce que le bois étant un matériau très lourd et très volumineux à transporter, la voie d'eau est systématiquement privilégiée et le bois est transporté à ce qu'on appelle à l'époque la bûche perdue, c'est-à-dire qu'on jette les bûches dans l'eau, des petits ruisseaux qui vont jusqu'aux grandes rivières et ensuite on forme des trains de bois, c'est-à-dire d'immenses radeaux. Et ça a été très bien étudié pour Paris. On a, en fonction du réseau hydrographique, dans un rayon de 200-300 km, des trains de bois qui arrivent du Morvan jusqu'à Paris. Et quand on étudie les plans anciens de Paris, ou les vues de Paris au XVIIIe du peintre Ragnet, par exemple, on constate qu'à l'entrée de Paris, du côté de la Bastille, sur l'île, les îles qui sont sur la Seine, on a des monceaux de bois qui sont stockés. qui sont en fait les approvisionnements de la ville. Donc ça, c'est le bois, mais il y a aussi des différences en fonction de la taille. La bûche, c'est le combustible du riche, c'est le combustible le plus noble. Quand on n'est pas riche, on achète des coterêts, des fagots, c'est-à-dire des branches plus petites. Et puis, on a du bois mort, ça c'est le combustible du pauvre. On a aussi du mort-bois. Le mort-bois, c'est ce que l'on a le droit de ramasser, qui est prévu par les traités forestiers, un vieux privilège. C'est en gros tout ce qui est du petit bois, du genet, du genévrier. Et puis, il y a aussi des endroits où on n'a pas de bois. Et là, on se chauffe avec... Alors ça, c'est vraiment le combustible du pauvre et le combustible de par excellence, on se chauffe avec ce que l'on peut trouver. Alors ça va jusqu'à des écorces, ça va jusqu'à des déchets de taille de vigne, quand on est dans une région viticole. Ça passe aussi par la tourbe, en particulier dans les vallées fluviales du nord de la France, de la Somme ou de la Scarpe, près d'Arras. Et puis, là on n'a vraiment rien, on en est contraints à brûler de la bouse de vache séchée. Et donc, on a toute une économie où, à Belle-Île, par exemple, jusqu'au début du XXème siècle, en Bretagne, on se chauffait essentiellement avec de la bouse de vache séchée parce que ça coûtait trop cher de.
Xavier Mauduit
Faire venir du bois du continent. a une grande connaissance de les différentes espèces que l'on peut utiliser, des différentes essences. Avec le regard du scientifique porté sur tout cela, à partir de quel moment, Marco Storni, on voit ces scientifiques s'intéresser à la.
Marco Storni
Manière de chauffer le mieux possible. Alors, je dirais qu'au XVIIe et XVIIIe siècle, il y a quand même une explosion de... Si on peut penser à l'Académie des sciences, aux réflexions sur les différents types de combustibles. Donc par exemple, Lavoisier va faire des grands chimistes, protagoniste de la révolution chimique à la fin du XVIIIe, va s'intéresser aux différents types de combustibles, et aussi des bois, et les comparer. Il y a des manuscrits un peu partout, dans des écoles d'ingénieurs, par exemple, où des figures à l'expertise mixte, technique et scientifique, s'intéressent à ces problèmes. Mais je voulais juste ajouter une chose par rapport à ce qu'Olivier vient de dire sur les différents types de bois et cette nomenclature complexe et vocabulaire conceptuel complexe. Ça m'a fait tout de suite penser aux différents types et noms du feu. Parce qu'il y a non seulement différents types de bois, de combustible, des manières de faire les feux, mais les feux, les types de flammes ou des chaleurs dégagées, prennent des noms différents. Et là, il y a tout un savoir technique qui s'installe. Les cendres, les petits feux, les grands feux, les feux d'éliminer des fers, etc. Donc, il va y avoir une réflexion, là, vraiment scientifique, chimique ou alchimique. sur les différents types de feux basés sur les types de combustibles.
Xavier Mauduit
À partir duquel ils sont produits. Marc Costorni, c'est quoi le feu d'ailleurs Parce que dans cette conception que l'on peut avoir, ces scientifiques sont héritiers d'un regard sur le feu. Pour.
Marco Storni
Eux, c'est quoi le feu Il y a plusieurs théories. Il y a une théorie ancienne, aristotélicienne, les feux comme élément. L'un des quatre éléments fondamentaux. A la fin du 7e siècle et début du 18e, il y a de nouvelles théories qui sont proposées. La théorie du flou logistique est très célèbre. Les feux comme un élément imperceptible qui est dans les corps combustibles et qui est dégagé une fois que les corps brûlent. la théorie du calorique, les feux comme fluide, comme matière. En tout cas, il y a toujours une tentative d'universaliser les feux. Les feux sont présents dans plein de corps naturels différents. A la fois, on ne peut pas trop le voir, on ne sait pas l'associer à un phénomène précis. Les feux, c'est ce qui produit la chaleur. c'est aussi associé à une flamme ou bien à une dynamique, à un passage d'énergie ou des mouvements. Donc il y a plusieurs phénomènes qui sont rattachés au feu et c'est un problème qui va rester jusqu'au 19e siècle, au moins jusqu'à la formulation de la.
Olivier Jeandot
Thermodynamique, très débattu parmi les scientifiques. Et dans cette façon d'évaluer le feu, la flamme, ce qui est intéressant, c'est que pendant très longtemps, on n'a pas disposé de ce que Lucien Fèvre appelait l'outillage technique, l'outillage mental pour le faire. C'est-à-dire que nous, on est dans une logique de quantification. Pendant très longtemps, en fait, la mesure du feu, c'était l'œil. C'était la sensation de chaleur et donc les boulangers pendant des siècles ont fait du pain sans avoir un thermomètre dans leur four. C'est-à-dire qu'ils étaient capables, en fonction de la couleur de la pierre, en fonction de la qualité de la chaleur qui était dégagée par la bouche du four, de savoir quel était le degré de cuisson. C'est la même chose pour les artisans, c'est la même chose pour les forgerons. Encore aujourd'hui les forgerons voient en fonction de la couleur du fer ou de l'acier quelle est la bonne température. Donc il y avait tout ce savoir-faire technique, cette connaissance empirique qui était transmise où à l'œil on était capable de qualifier une flamme, un feu et de conduire un feu pour atteindre le degré de cuisson que l'on voulait. Je pense en particulier aux professionnels, aux potiers.
Xavier Mauduit
Ou aux gens qui travaillaient le Ah oui c'est important ça le thermomètre dans notre histoire de feu. A partir de quel moment on voit apparaître des thermomètres qui permettent de mesurer la.
Marco Storni
Température dans une pièce des thermomètres, disons, comment on les connaît aujourd'hui Disons, le travail des Réaumur, Fahrenheit, on est dans les années 10 du XVIIIe siècle, donc assez tardivement. Galilée, dans l'école galiléenne, avait déjà créé des espèces de thermomètres, mais qui ne sont pas portatifs et pas adaptés aux ménages au début du XVIIe siècle. Mais les commentaires d'Olivier, Il y a un instant, il y a déjà un parti suggéré, un parti montré. Les thermomètres vont jouer un rôle important, certes, dans les laboratoires physiques et chimiques au XVIIIe siècle, mais finalement, dans la pratique quotidienne, dans la pratique artisanale, par exemple, un rôle, finalement, assez marginal. Donc, les artisans, bien sûr, utilisent leur corps pour mesurer le feu. Et l'une de mes thèses, c'est que ce sont des mesures, finalement, assez précises. Mais il y a aussi d'autres manières. La qualité des combustibles. Donc les types ou la quantité de combustible sert à mesurer le feu, mais aussi d'autres manières techniques, la rapidité de l'exécution d'une distillation, ça peut aider à mesurer de manière assez précise les feux alors qu'on ne se.
Olivier Jeandot
Sert pas du tout d'un thermomètre. Le XVIIIe siècle, pour ça, est un siècle très intéressant parce qu'en fait, c'est le siècle où commence à se diffuser progressivement le thermomètre. C'est-à-dire que les médecins, par exemple, ou les amateurs de physique, académiciens de province, possèdent des thermomètres et donc on commence aussi à avoir des mesures thermométriques. C'est aussi ce qui va conduire à la naissance de la météorologie. Mais en même temps, ce savoir-faire ancien persiste. On a vraiment les deux. Et ce qui est intéressant, c'est qu'à la fin du XVIIIe siècle, j'ai trouvé dans des archives des mentions du style On a mesuré ça au thermomètre, mais on préfère la mesure ancienne et corporelle. Parce qu'en fait, on ne fait pas confiance à l'instrument de mesure. On est tout à fait conscient, à cette époque-là, de son relative imprécision. Déjà, les systèmes ne sont pas encore normés. C'est tout le problème, quand on travaille sur cette époque, de savoir quel thermomètre on utilise. Est-ce que c'est duré ou mûr dans un thermomètre remure l'eau boue à 80 degrés Ou est-ce que c'est un système de Celsius où l'eau boue à 100 degrés Et puis, les savants sont tout à fait conscients que c'est pas parfaitement calibré. Donc, on fait davantage confiance, alors que le thermomètre existe, à ce savoir-faire ancien, je dirais, qui.
Xavier Mauduit
Passe par l'observation visuelle et corporelle. C'est un discours scientifique en.
Marco Storni
Cours de construction, à ce moment-là. Si on pense à un cours de construction qui se codifie, se formalise entre les débuts du XVIIe et la moitié du XVIIIe, si on pense encore à l'encyclopédie d'Edouard d'Alembert, il y a un article feu assez long de Venel, un chimiste important, qui parle de l'instinct de l'ouvrier qui est supérieur par rapport aux mesures thermométriques, même quant à la précision. Donc Venel les dit de manière très explicite et il part d'un sein de l'ouvrier. Cet un sein de l'ouvrier c'est en quelque sorte une mesure qui est plus agie, plus sentie sur le corps qu'une mesure qui passe par un objet technique. Puis il faut quand même dire que les thermomètres pour les mesures météorologiques et ensuite pour les expériences de physique et de chimie commence à s'installer de plus en plus dans la pratique et deviendra courant dans les laboratoires, dans les écoles scientifiques et techniques à la fin du XVIIIe siècle. Donc, il ne faut pas non plus marginaliser les thermomètres, mais il y a deux régimes différents, épistémologiques, si on veut utiliser ces.
Xavier Mauduit
Mots difficiles, qui coexistent pendant longtemps. Oui, et puis après, il y a le ressenti. On le vit encore aujourd'hui, il y en a qui peuvent dire, mais regarde, il fait 20, on va nous répondre, mais moi j'ai froid. C'est tous ces questionnements qui nous intéressent aujourd'hui dans le cours de l'histoire avec La.
Thomas Beau
Grande question, où mettre la cheminée Du feu et des diffusions intérieures du devant des cheminées pour augmenter la chaleur. Avant que de faire connaître quelles sont les dispositions des cheminées qui peuvent le plus contribuer à augmenter la chaleur du feu que l'on y fait, il est bon d'examiner pourquoi et comment ce feu échauffe les chambres et ceux qui y sont. Comme les corps lumineux répandent à la ronde plusieurs rayons de lumière, le feu répand et pousse aussi de tous côtés plusieurs rayons de chaleur. Puisque de quelques côtés que l'on s'en approche, on en sent l'impression, et quelquefois trop vivement. Nous entendons par rayons de chaleur tant les parties du bois qui s'en séparent quand ils brûlent, que celles de la matière dont le feu est entouré et qu'il pousse à la ronde. Ces rayons sont ou directs, quand ils viennent directement et immédiatement du feu, ou réfléchis, quand ils sont détournés à la rencontre de quelques autres corps qui les renvoient. Et en se réfléchissant, ils doivent suivre les mêmes lois que les rayons de lumière, c'est-à-dire que leur angle d'incidence est.
Xavier Mauduit
Égal à leur angle de réflexion. La mécanique du feu ou l'art d'en augmenter les effets et d'en diminuer la dépense. 1713 de Nicolas Gaugé, une lecture de Tomabeau dans le cours de l'histoire. Olivier Jeandot de vraie réflexion et on le voit ici avec cette utilité que vous avez rappelée. Il faut.
Olivier Jeandot
Augmenter la chaleur, diminuer les dépenses. Oui. Gauger, c'est vraiment le tournant dans l'histoire du chauffage domestique. C'est un auteur assez obscur, physicien, qui n'est pas académicien, qui passe à son époque pour être un très grand lecteur de Newton et qui est capable de répéter en public les expériences de Newton, ce qui impressionne beaucoup les milieux scientifiques parisiens. Et il a étudié l'optique de Newton. Et en fait, la grande originalité de Gaugé, c'est de réfléchir à un sujet tout à fait banal, qui est le feu domestique. Et de réfléchir au moyen d'augmenter la puissance calorifique de la cheminée. C'est-à-dire que jusqu'à Gaugé, en 1713, on a fait du feu sans trop se préoccuper de savoir comment la chaleur se diffusait, comment la chaleur était produite, alors que Gaugé va développer une réflexion scientifique en utilisant des outils scientifiques pour réfléchir à cette question-là qui touche effectivement tout le monde. Et en transposant à la question de la chaleur les concepts qui viennent de l'optique newtonienne, c'est-à-dire celle de rayonnement, d'incidence, etc. Il va développer le premier ouvrage technique qui va être un best-seller du 18ème siècle, puisqu'en fait son ouvrage est publié en 1713, il est traduit tout de suite en anglais, il y a des dizaines de traductions dans d'autres langues, en allemand entre autres, et son ouvrage va être réédité en 1749, et c'est à partir, d'ailleurs c'est une date très charnière, c'est au moment où la pénurie de bois commence à se faire sentir, Et Gaugé va devenir la référence absolument incontournable de toute réflexion sur la chaleur. Et quand on va encore dans les ouvrages techniques sur le chauffage des habitations lire des choses au 19ème siècle, je pense à Figuier qui, sous Napoléon III, écrit des livres sur les merveilles de l'industrie par exemple, etc. Gaugé est toujours cité comme étant le fondateur de cette science nouvelle à l'époque qu'on appelle la caminologie, la science des cheminées, et donc qui marque le début d'une réflexion.
Xavier Mauduit
Technique sur le chauffage des habitations. Cette réflexion technique, Marco Storni, vous la suivez dans vos recherches avec vraiment tout ce propos scientifique mais très concret. Et c'est ça qui est passionnant ici à voir, c'est vraiment la cheminée, comment on fait chauffer, comment faire avec des conclusions qui arrivent très vite. C'est que le feu enfermé, c'est.
Marco Storni
Pas mal aussi, ça chauffe beaucoup. Oui. Alors d'un côté, il y a un travail de certaines figures scientifiques plus reconnues entre guillemets qu'égaugées au 18e siècle. Je pense à Renford Benjamin Thompson, cet Américain à la biographie très particulière, très bizarre, qui va s'intéresser tout en étant scientifique des premiers plans. C'est lui qui va en quelque sorte poser certaines bases de la thermodynamique, mais il va appliquer ses recherches théoriques à la réalisation des cheminées. Donc il va modifier près des cheminées renforts, comme on les appelait, qu'il va ensuite proposer et vendre un peu partout en Europe. Et puis d'autre part, en parallèle de ces scientifiques qui ne cessent pas de s'intéresser à la cheminée et au feu ouvert, il y aura des scientifiques qui vont effectivement créer des environnements artificiels fermés ou envelopper les feux et mieux maîtriser pour pouvoir contrôler cette flamme. Parce que tout le problème est là. Les feux sont vifs et difficiles à contrôler. Il faut pouvoir les.
Olivier Jeandot
Maîtriser, les contenir pour les maîtriser. Le personnage de Romford est effectivement très intéressant. Il travaille dans les années 1790, c'est presque un siècle après Gaugé. Et il a effectivement un parcours de vie, comme on dirait aujourd'hui, très étonnant. Et il a travaillé, entre autres, sur des foyers économiques pour des soupes populaires. C'est-à-dire pour produire de la nourriture en masse en utilisant le moins de combustible possible. Et puis, alors qu'il a dit une réflexion technique de Hauvol, pour la petite histoire, c'est lui qui se remarie avec la veuve de Lavoisier qui était guillotinée pendant la Révolution. Donc il y a aussi des liens familiaux. Romford a l'idée de réduire le foyer de la cheminée. Une cheminée à la Romford, pour les gens qui puissent imaginer ce que c'est, c'est ce type de foyer de cheminée dans lequel on a mis des briques à 45° qui réduisent le foyer. On a un foyer plus petit avec un angle de 45° qui fait, et Romford le calcule, qu'en gros on diffuse beaucoup mieux la chaleur et il se vante de réduire la consommation de la cheminée d'à peu près deux tiers. Et donc Romford c'est l'exemple d'un scientifique qui est entre la science, la technique, l'expérimentation pratique, une sorte de bricoleur de génie et qui travaille toute sa vie sur ces questions-là en publiant d'ailleurs, c'est très compliqué de se retrouver dans ses écrits parce qu'en fait c'est des adjonctions de mémoires différentes, etc. Et on sent qu'il y a toute une réflexion qui se met en place, et qui est aussi encouragée par les autorités. Je pense en particulier au moment de la Révolution, quand, je trouvais ça dans les archives du CNAM, tout ce qui préfigure en fait le musée des arts et métiers. où en fait on va comparer ces instruments de chauffage pour voir justement parmi tous ces promoteurs lequel est le plus efficace. Et donc là on a un souci d'efficacité tout à fait nouveau qui apparaît dans.
Xavier Mauduit
Les années 1790 à peu près. Benjamin Thompson, le comte de Romford avec un personnage ici qui correspond à cette République des lettres j'ai envie de dire, République scientifique aussi. Nous ne sommes pas sur une réflexion nationale avec tous ces gens-là et il faut le rappeler aussi qu'ils ne font pas que réfléchir à la chaleur. C'est ça qui est passionnant dans cette histoire des sciences Marco Storni, c'est que ces gens réfléchissent à tout, échangent de tous.
Marco Storni
Les côtés, s'observent au-delà des nations. Oui, alors Renfort dans une trajectoire particulière parce que justement il est américain puis il vient en France et c'est un véritable homme de lumière dans la mesure où il voyage beaucoup mais comme vous le disiez, les trajectoires disciplinaires sont aussi très mélangées et très particulières. Olivier parlait des soupes tout à l'heure. Il faut juste penser à la cuisine, à l'importance pour l'évolution de la technique culinaire, de l'art de cuisiner, de la répression scientifique et technique sur le feu. Le fait de créer un nouveau type de cuisine, de nouvelles marmites, les premières cocottes minutes, peut-être on en parlera tout à l'heure. C'est quand la cocotte minute Alors, la cocotte minute, comme on la connaît aujourd'hui, c'est le fruit d'une longue évolution, mais les premiers objets qui rassemblent un peu en cocotte minute, ça s'appelle Digester, inventé par Denis Papin, un ancien Français émigré d'abord aux Pays-Bas et ensuite en Angleterre, où il travaillait avec l'un des plus grands chimistes du XVIIe siècle, Robert Boyle. Et Denis Papin va créer cet instrument qui est pensé d'abord comme une machine pneumatique, donc pour faire des expériences sur la force de l'air, sur la pression de l'air. Donc de grande taille, elle faisait plus d'un mètre. Et ensuite, cette machine va beaucoup circuler en Europe et elle va être adaptée à des usages différents, des pharmacies, mais aussi des cuisines. Et dans les cuisines populaires, pour faire une soupe à la renfort, il faut un digesteur de papin. Donc les.
Xavier Mauduit
Histoires s'y croisent, en quelque sorte. Avec toutes ces figures que nous connaissons, c'est vrai, Denis Papin, tout de suite, ça évoque énormément de choses. Et Denis Papin n'a évidemment pas que travaillé sur la chaleur et sur la cuisson, mais il.
Olivier Jeandot
Contribue à cette histoire, Olivier Jeandot. Oui, on est sur des circulations transnationales avec des scientifiques de premier plan. Il y a un autre exemple qui est très intéressant, c'est celui de Benjamin Franklin. On connaît aujourd'hui Benjamin Franklin pour le paratonnerre et la clé de sa maison au bout du cerf-volant. Mais en fait, Franklin est l'inventeur de ce qu'il appelle Franklin's Tove, le poêle de Franklin et qui, d'ailleurs c'est très intéressant, sera traduit par cheminée de Pensylvanie en France. Et donc parce que c'est pas très vendeur le poêle au XVIIIe siècle, il vaut mieux appeler ça une cheminée de Pensylvanie. Et donc, un des grands esprits scientifiques touche-à-tout du XVIIIe siècle travaille sur cette question, et c'est très intéressant de voir ensuite comment le poil de Franklin ou la cheminée de Pellicine Vani va être adaptée en France, commercialisée par un fabricant qui s'appelle Des Arnault. Et donc, en fait, voilà, entre Romford qui a vécu en Bavière une partie de sa vie, avec des circulations par l'Angleterre, les Etats-Unis. L'Europe, on a, dans cette Europe des Lumières, une réflexion sur.
Xavier Mauduit
Le feu, sur le chauffage domestique. Eh bien moi, je.
Maïwène Guiziot
Remets.
France Culture Announcer
Une bûche dans la cheminée. France Culture.
Maïwène Guiziot
Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Come on baby, light my fire Come on baby, light my fire Let's try to set the night on fire The time for hesitation's through There's no time to wallow in the mire Darling, we could only lose And our love become a funeral pyre Oh, come on baby, light my fire, yeah Come on baby, light my fire Let's try.
Xavier Mauduit
To set the night on fire Minnie Riperton dans le cours de l'histoire sur France Culture, Like My Fire, évidemment, Les Doors, Morrison. Une émission, le cours de l'histoire réalisé par Thomas Beau avec aujourd'hui la technique Ludovico. Et aujourd'hui nous sommes tout près du foyer, tout près de la cheminée, mais pas seulement de la cheminée, du poêle aussi, c'est important. Est-ce qu'on peut vraiment dire que cette grande question, le feu ouvert, le feu fermé, c'est celle du 18e siècle Est-ce que c'est une interrogation Est-ce qu'on voit des.
Marco Storni
Rivalités, des débats autour de cela Il y a de vraies rivalités. Il y a des parcours différents. Il y a des trajectoires différentes, comme on le disait. De vrais débats, de scientifiques en tout cas, qui discutent s'il vaut mieux avoir un feu fermé ou ouvert. Je n'en ai pas un souvenir clair, mais c'est sûr qu'il y a par exemple un front de propagande d'instruments qui renferment le feu. Donc il va y avoir par exemple des artisans qui proposent des inventions à l'Académie des sciences de Paris, par exemple, pour améliorer ou tout simplement proposer de nouveaux dispositifs qui vont promouvoir cet enfermement doux-feu et donc qui proposent ces modèles alternatifs, on peut dire, à ce qui était mainstream et ce qui était.
Olivier Jeandot
Diffusé dans la société de l'époque. Oui, le XVIIIe siècle, c'est une vraie rupture anthropologique, mais multiséculaire, parce qu'en fait, depuis que l'homme est homme, il a vécu autour de ce feu ouvert, de cette flamme qu'il fascine. Bachelard parlait de la sourde idolâterie du feu. Et à partir du XVIIIe siècle, par souci d'économie, d'efficacité, on va se rendre compte qu'il y a un autre système technique qui existe depuis très longtemps, en Suisse, en Allemagne, en Russie, qui est le poêle. qu'on connaît très bien depuis la fin du Moyen-Âge. On a des descriptions de poils chez les voyageurs qui découvraient bailli qu'on peut avoir chaud sans voir le feu, ce qui à l'époque est pour eux proprement incompréhensible. Et ce système existe, il est efficace, mais on ne l'utilise pas. Et tout le travail des inventeurs au XVIIIe siècle, ça va être de convaincre l'usager qu'il faut renoncer à voir le feu pour accepter d'avoir chaud. Et donc, on a systématiquement dans toutes les études sur le poêle, les gens qui inventent des systèmes de chauffage, un procès de la cheminée qui est fait. On explique qu'en gros on se rôtit par devant et on gèle par derrière et qu'il serait bon de renoncer à cette vue agréable du feu pour enfermer le feu, pour accroître son efficacité. Et, ce qui est très intéressant, c'est qu'à l'époque, entre voir le feu et avoir chaud, eh bien on préfère encore, bien souvent, voir le feu. C'est-à-dire que cette vision réconfortante, ce confort psychologique, est.
Xavier Mauduit
Plus important que ce confort physique. Avec toute la question, on parle souvent du feu, mais de la ventilation. Tout le monde qui a pu faire un feu à la maison sait qu'à un moment, ça fume, faut ouvrir une.
Charles Joly
Fenêtre, la ventilation, ne l'oubliez jamais. La ventilation, et on ne saurait trop le répéter, est en effet le complément obligatoire du chauffage. Même chez nous on ne l'ignorait pas. Charles Joly déclare dans un raccourci saisissant « Les poêles produisent de la chaleur sans ventiler, c'est le contraire de nos cheminées qui produisent de la ventilation sans chaleur ». Les français savaient bien qu'ils brûlaient en pure perte 9 dixièmes de leur combustible. Mais au moins, ils respiraient. Durant plus d'un siècle, ils avaient tenté de chauffer l'air frais venant de l'extérieur par divers systèmes qu'on appelle des cheminées ventilatrices et de les adapter au nouveau combustible, j'entends le charbon. Ces tentatives devaient seulement aboutir à l'emploi des appareils mobiles devant les cheminées. ce qui permettait au moins de conserver celles-ci et pour les utiliser en été et leur rendre leur rôle ventilateur. Encore faudrait-il faire une réserve Cette évolution est surtout valable pour les couches les moins favorisées de la population. Dans les classes aisées, d'autres préoccupations l'emportaient, en particulier éloigner le personnel de service. Le poil, même distinct pour chaque pièce d'apparat, alimenté par les coulisses si je puis dire, marquait.
Xavier Mauduit
De ce point de vue un progrès incontestable. En 1980, André Poupée du Conservatoire National des Arts et Métiers, le CNAM, qui évoquait l'importance. Déjà, on peut commencer là-dessus de la ventilation. Ventilation, ça veut dire que quand le feu est ouvert, on a le foyer, il y a aussi le froid qui peut rentrer. L'idée de fermer l'ensemble, c'est une solution qui peut être apportée.
Marco Storni
À cette idée de froid qui va arriver. On va élaborer, déjà des scientifiques et des techniciens vont se pencher sur des manières de conduire la fumée en dehors des maisons de cheminées. Donc il va y avoir une discussion technique, notamment quand on révisait les cheminées pour mieux conduire les feux et optimiser justement l'aération. Mais l'extrait que vous avez passé, ça me fait penser à un autre domaine qu'on n'a pas abordé mais qui est important. Et quand on regarde toutes les discussions sur l'aération et la fumée qui vient du feu, c'est quand même un aspect crucial, c'est les lampes à huile. ce qui est la manière d'avoir de la lumière chez soi, et c'est un objet de débat majeur au 18e siècle, pensons aux lampes Argan, Kanké, etc. Là, quand il y a des scientifiques qui vont faire des expertises sur des lampes à huile, sur des mèches, par exemple, qui sont proposées, là, la fumée noire, toxique, lourde, qui va empoisonner une pièce.
Xavier Mauduit
Et une famille, c'est un enjeu absolument majeur. Ah oui, parce que d'un seul coup, avec la lampe à huile, on n'a plus besoin d'avoir du feu pour s'éclairer. D'ailleurs.
Olivier Jeandot
Un feu de cheminée, ça n'éclaire pas beaucoup. Ça n'éclaire pas beaucoup, mais par souci d'économie, c'était souvent la seule source de lumière qu'on avait dans les intérieurs. Il y a une très belle page de Chateaubriand qui raconte les soirées à Combourg où il voyait apparaître et disparaître son père qui marchait de long en large devant la cheminée. Ce feu avait une fonction multiple. C'est vrai que si on enferme le feu, on est obligé d'avoir recours à du combustible pour s'éclairer. Et ça, pour des foyers populaires.
Xavier Mauduit
C'Est une question d'arbitrage qui est souvent complexe. Avec tout l'aspect plus social, maintenant, que l'on peut évoquer. On l'entendait dans l'archive. Le poil, c'est aussi pratique, ça dissimule les choses. Parce que quand on est aisé, pour avoir un feu de cheminée, cela nécessite la venue sans cesse de domestiques qui viennent rajouter du bois, qui viennent ajouter des bûches avec le poêle, ça peut être plus discret si on le recharge par l'arrière. Ça apparaît ça aussi dans toutes.
Marco Storni
Ces inventions du 18e siècle Oui, il y a un aspect qui est fondamental, celui de l'économie des combustibles mais aussi une économie morale, on pourrait dire. Donc quand on n'a pas beaucoup de domestiques, il faut optimiser les ressources et donc il faut absolument trouver des manières d'autonomiser les feux. Donc, si on pense au cheminé, il faut toujours être attentif à que les feux soient toujours vifs, donc remettre des bûches, etc. Et bien, si on a un dispositif technique qui travaille pour nous en quelque sorte, on peut laisser les feux, on peut laisser la marmite sur les feux, la cuisine faire son cours, et on peut s'occuper à faire autre chose sans trop se soucier du danger qui vient du.
Xavier Mauduit
Feu ouvert. Donc, l'autonomisation est un aspect important. Oui, c'est ça. C'est aussi, je l'utilise le mot, s'orienter doucement vers du confort. C'est ça cette réflexion, cette histoire.
Olivier Jeandot
Du feu à l'époque moderne Oui, c'est vrai. En termes d'efficacité, le poêle est nettement plus efficace. Et ce qui est intéressant aussi de constater, c'est qu'au XVIIIe siècle, où le poêle commence à se diffuser, alors par souci d'économie dans les catégories populaires avec des petits poêles en tôle généralement, mais qui ne sont pas produits en série. La production en série des poêles, en France, c'est Godin, c'est 1840. On a ces fourneaux, alors on appelle ça fourneaux économiques. Il y a tout un tas de noms dans lesquels on met en avant l'économie. Et puis après, il y a le poêle qui est un véritable objet d'art qu'on peut trouver, par exemple, à l'Hôtel de la Marine, à Paris, un endroit absolument merveilleusement restauré. Et où là, on a, en fonction des pièces, un usage tout à fait raisonné de la cheminée ou du poil. On met le poil dans les antichambres, ce que rappelle l'encyclopédie, on met le poil parfois dans des salles à manger, parce que dans une salle à manger, on est assis autour de la table et on regarde les convives dans les yeux, mais on ne mettra jamais un poil dans un salon, parce que dans un salon, toute l'occupation de l'espace, elle est faite en fonction de la cheminée qui polarise l'espace, et c'est vraiment le feu de cheminée à la place centrale dans un salon qu'a la télévision aujourd'hui. C'est-à-dire qu'en fait, Tout est organisé en fonction de l'écran et à l'époque.
Xavier Mauduit
Tout est organisé en fonction de la cheminée. Mais c'est ça, la cheminée fait partie de la conception même de l'intérieur de ces foyers. Alors on parle des immeubles, ça c'est une chose particulière. On parle des maisons, vous nous l'avez dit Olivier Jeandot, la cheminée c'est le mur porteur, c'est quand même un élément principal. Et puis dans l'architecture, ce n'est pas rien de construire une cheminée, qu'elle soit efficace, qu'elle tire.
Marco Storni
Bien. Ça aussi, ça demande énormément de savoir. Ah oui, bien sûr. Les progrès de l'architecture des cheminées se basent, je crois, en large partie sur les travails des artisans scientifiques qui vont travailler et proposer de nouveaux modèles de cheminées. On a parlé des renforts. Là, ça va énormément influencé de l'architecture d'intérieur et non seulement des ménages des particuliers mais aussi pensons au travail des renforts sur les hôpitaux, les casernes. Donc il y a des espaces collectifs où on doit faire manger, chauffer ou en tout cas construire des espaces pour plusieurs personnes. d'optimiser davantage les ressources parce que souvent c'est des ressources publiques. Il y a un souci d'économie politique qui est.
Olivier Jeandot
Pressant même dans la réalisation d'une simple cheminée. La construction de la cheminée, effectivement, elle est du ressort de l'architecte ou du maçon. Alors, le maçon, c'est la cheminée du commun. Ce qui est intéressant, c'est que dans les maisons à pans de bois, qui étaient légions dans les campagnes françaises, maisons en bois entorchies avec un toit en chaume, le seul élément maçonné de la maison, c'est la cheminée, elle est en briques. Et donc le maçon, il construit un conduit sans réfléchir aux questions d'évacuation de fumée. Il y a un savoir-faire technique, ce qui fait que généralement, ça fume beaucoup, c'est pas calculé, il faut garder la porte ouverte pour faciliter la circulation de l'air dont on parlait justement, ce qui fait que forcément, on comprend qu'on est froid dans le dos. Et puis après, il y a toute une réflexion des architectes. Alors l'architecte généralement réfléchit à l'aspect décoratif de la cheminée. Parfois, dans certains traités d'architecture, on a des petits trucs pour améliorer les entrées d'air. Mais en fait, la réflexion des architectes porte sur le fait d'empêcher les cheminées de fumer. Et ce qui est intéressant au 18e siècle, c'est qu'en fait, la réflexion sur la cheminée va être faite par des gens qui relèvent davantage de la technique. C'est-à-dire qu'on va déposséder les maçons et les architectes de cette question et il va y avoir une vraie réflexion technique avec un champ de la réflexion technique qui va porter sur cette question-là avec un corps de spécialiste, en fait, qui va se constituer progressivement et on voit que à la toute fin du 18e et au début du 19e siècle, on a déjà une communauté technique, scientifique, on est.
Xavier Mauduit
Entre les deux, qui réfléchit à ces questions-là. Avec plein de paramètres, faut que ça chauffe, faut que ça ne fume pas trop et puis faut que ce soit esthétique, ce qui fait d'ailleurs que dans les palais, les châteaux, il peut faire très froid parce que ce sont.
Olivier Jeandot
Des belles cheminées qui ne chauffent pas beaucoup. Oui bien sûr, on privilégie l'apparat, la décoration de la cheminée, dans tous les traités d'architecture on parle des matériaux, des jambages, du marbre, du fait de positionner une glace sur le trumeau, la partie au-dessus. Mais on ne raisonne jamais en.
Xavier Mauduit
Termes d'efficacité, on raisonne uniquement en termes d'esthétique. Voilà, maintenant nous avons une belle.
Olivier Jeandot
Cheminée.
France Culture Announcer
Encore. Faut-il savoir bien se comporter devant La bienséance ne peut permettre, lorsqu'on est auprès du feu, de mettre les mains sur les braises, de les passer à travers la flamme ou de les mettre dessus. Il serait encore bien plus indécent d'y porter le pied. C'est aussi une grande incivilité de tourner le dos au feu. Et si quelqu'un se donne cette liberté, il faut bien se garder de l'imiter. Il est à propos, lorsqu'on fait du feu, de le disposer de telle manière que tous ceux qui sont auprès puissent se chauffer facilement. Le vouloir ensuite changer de disposition sans une nécessité évidente, cela est d'un esprit inquiet et qui ne peut demeurer en repos. Il est tout à fait contre la bienséance de s'approcher si près du feu qu'on se brûle les jambes, aussi bien que de mettre ses pieds hors de ses souliers et de se chauffer ainsi en présence des autres. Et il l'est encore beaucoup plus, aux filles et aux femmes, de lever leurs jupes fort haut quand elles sont auprès.
Xavier Mauduit
Du feu, aussi bien qu'en toute autre rencontre. Maïwène Guiziot qui disait cet extrait des règles de la bien-science et de la civilité chrétienne de Jean-Baptiste Delassalle, nous étions au début du XVIIIe siècle. En 1703, il faut bien se comporter autour d'un feu. Olivier Jeandot, l'histoire du feu c'est aussi la manière dont on doit être devant la cheminée, ce qu'il est possible de faire, ne pas trop lever.
Olivier Jeandot
Ses jupes pour les dames pour se chauffer. Oui, ce qui est intéressant, c'est que dans ces traités de civilité, donc on est dans ce processus que Norbert Elias appelle la civilisation des mœurs, la naissance de la politesse, du savoir-vivre, l'autocontrainte sur les corps, On a, dans la plupart des traités de civilité, en tout cas ceux qui s'adressent, qui parlent du corps, pas les traités de civilité destinés à la cour, on a toujours un petit chapitre sur les usages sociaux de la cheminée. Parce que cette cheminée est tellement centrale dans la vie quotidienne que les auteurs se sentent obligés d'expliquer comment il faut se comporter autour du feu. Et ce qu'il y a d'intéressant, c'est qu'en fait, ces traités, et Jean-Baptiste Delassalle entre autres, dont l'ouvrage est un best-seller, il y a 126 éditions successives de son ouvrage, entre le 18ème et le milieu du 19ème siècle, insistent sur tout un tas de gestes qui deviennent interdits à ce moment-là, qui deviennent contraires à la bienséance, alors que c'est des gestes qu'on connaît, je ne dirais pas de toute éternité, mais qui sont parfaitement attestés, parce que quand vous regardez par exemple des calendriers médiévaux, ou des livres d'heures avec toujours des scènes sur les saisons. Vous avez toujours des gens en train de se frotter les mains devant les cheminées, de se chauffer la plante des pieds, ou éventuellement de remonter leur jupe, ce que l'on voit dans les très riches heures du Duc de Berry. Et à partir du début du XVIIIe siècle, et c'est pour ça qu'Elias, le concept de civilisation des mœurs est extrêmement intéressant, on va interdire ces gestes au nom de la bienséance, et ce que fait ici Jean-Baptiste Delassalle en expliquant qu'il y a des gestes et des gestes interdits. Il y a aussi une manière de se positionner autour du feu avec des places d'honneur en quelque sorte. Il ne faut pas se mettre devant les autres pour ne pas cacher la chaleur. Les personnes âgées vont avoir droit à la meilleure place, on va se mettre sur le côté. Donc ça conditionne tout un art de.
Xavier Mauduit
Vivre autour de ce feu. de la maison. Les traits rigeurs du Duc de Berry que l'on retrouve sur la couverture de votre ouvrage Olivier Jeandot, les délices du feu où l'on voit cette femme qui relève sa jupe. Les hommes ont fait pareil et là qui coûte à l'air, on peut le dire devant le feu. Non mais on voit dans les traits rigeurs du Duc de Berry, ce qui veut dire qu'à partir du 18e siècle et cette civilisation des mœurs, attention on ne se comporte plus de la même manière mais ça a un effet pour le discours scientifique ça. Marco Storni, c'est-à-dire qu'on ne peut pas faire n'importe quoi non plus. Le meilleur des chauffages n'est pas le chauffage le plus adapté s'il ne correspond pas aux attentes des gens. Il faut que.
Marco Storni
Ce soit beau et que ce soit convivial. Bien sûr, mais ce qui est intéressant, c'est qu'il y a aussi un autre corps de littérature qui est important et où les savoirs scientifiques ont un rôle. et c'est les traités d'économie domestique ou de comment tenir une maison. Donc on instruit les hommes et les femmes qui vont travailler ou vivre dans des maisons. Donc on écrit des manuels qui sont réimprimés maintes fois au long du XVIIIe siècle, par exemple, en Angleterre et en France, notamment. Et, entre autres choses, on enseigne des notions scientifiques, donc aussi à propos du combustible, comment faire les feux, etc. et couplé à des notions en plus de sociabilité, donc de comment se comporter, de comment préparer une table, positionner des éléments par rapport à un cheminé, par exemple. Et donc, l'effet est à la fois dans ces traités inscrits dans une dynamique sociale, dans un imaginaire social, et aussi dans un ensemble de connaissances scientifiques et techniques qui sont un peu à retard par rapport à la pointe de la recherche scientifique, mais.
Xavier Mauduit
Sont quand même inscrites à l'esprit du siècle. Oui c'est ça, c'est l'esprit du siècle qui est intéressant ici parce que tout est mêlé et on le sent bien qu'à travers le feu c'est une histoire beaucoup plus vaste qui s'écrit économique bien sûr, sociale et une histoire des représentations. Il faut le rappeler aussi cette symbolique du feu c'est quelque chose de très fort et le feu comme élément qui réunit les gens, la convivialité, la veillée ça c'est quelque chose qu'on peut pas mettre de.
Olivier Jeandot
Côté. Veiller autour d'un poêle c'est pas pareil. Non. Effectivement, ce feu, c'est le feu autour duquel on s'assemble. C'est une sorte de pôle magnétique de la vie sociale. Et on peut le retrouver, effectivement, dans toute la littérature ancienne, avec la transmission de la littérature orale que Perrault est allé cueillir à la fin du XVIIe siècle pour écrire les contes qui, en fait, sont une transcription d'une littérature orale populaire. cette transmission s'est faite autour du feu. Donc le feu est vraiment un élément central dans la vie sociale. Et le fait de masquer ce feu, de l'enfermer, de l'envelopper, comme dit Marco, C'est vraiment, c'est pour ça que c'est pas uniquement le fruit d'une évolution technique, c'est une vraie rupture anthropologique. Parce que ça change complètement les manières de vivre en société, les manières de se transmettre, les histoires, les manières de passer l'hiver. C'est vraiment quelque chose d'essentiel pour comprendre le cours de.
Xavier Mauduit
L'Histoire vers la société dans laquelle on vit. Marco Storni, pour terminer, à quel moment voit-on la disparition complète du feu au sens où la chaudière est cachée dans la cave, on a des canalisations.
Marco Storni
Et des radiateurs qui chauffent Je dirais dans une période très récente. Il y a encore des cheminots aujourd'hui et ils ont Au 1927, il y a quand même une persistance du feu dans les maisons, dans un feu qu'on peut voir et qu'on peut maîtriser, mais au fur et à mesure, entre 19e et 20e siècle, pour des soucis de sécurité, l'électrification de la société, les gaz ou les nucléaires qui commencent à arriver dans nos sociétés, les feux se cachent de plus en plus, disparaissent de nos ménages, puis finalement pour devenir un objet juste qui décore un peu les maisons parfois dans les jours de fête, l'hiver, mais voilà, qui disparaît des pratiques.
Xavier Mauduit
Domestiques quotidiennes, de la réalité de la vie. Et bien le feu, merci vivement à tous les deux, était présent aujourd'hui dans le cours de l'histoire, grâce à vous Olivier Jeandot, Marco Storni, merci beaucoup. Impatience de lire vos ouvrages, j'imagine, pour toutes celles et ceux qui savent le prix de l'énergie actuellement et que voilà, nous avons des solutions de chauffage qui nous viennent du siècle des Lumières. Merci vivement à tous les deux. Il est temps pour nous de.
Olivier Jeandot
Retrouver Gérard Noiriel, c'est le pourquoi du.
Xavier Mauduit
Comment. En bref, des observations sur le feu, interprétées de façon fort intéressante, avaient.
Narrator/Commentator
Pris le pas sur la spéculation abstraite pure. Comment les usages marchands du féminisme se sont-ils imposés dans le Paris de 1900 La recherche scientifique se distingue de l'engagement politique au sens où elle prend en compte les aspects contradictoires de la réalité. Même les luttes qui permettent de faire reculer les inégalités et les injustices doivent être appréhendées sous cet angle critique quand on se réclame des sciences sociales. J'illustrerai ce point en évoquant une cause qui est fréquemment placée aujourd'hui au centre de l'actualité concernant les discriminations dont sont encore victimes les femmes dans notre société. On peut se demander en effet pourquoi les médias accordent une telle place à des formes de lutte féministes qui ont longtemps été considérées comme subversives. C'est à ce genre de questions que l'historienne Juliette Rennes a tenté de répondre dans une étude sur les usages marchands du féminisme dans le Paris de 1900. En 1907-1908, à Paris, une quarantaine de femmes ont fait irruption dans le milieu professionnel des colleurs d'affiches et des cochers, métier qui était alors exercé par une vingtaine de milliers d'hommes. Pourtant, le mouvement féministe n'a pas joué un grand rôle dans l'accès des femmes à ce genre de profession. Les féministes ont surtout valorisé les exemples des pionnières ayant intégré le monde des médecins ou des hommes de lettre. Mais les femmes qui accédaient à des métiers masculins réservés aux classes populaires ne les intéressaient pas. Pourtant, les premières colleuses d'affiches et les premières cochères ont connu une réelle notoriété à la belle époque, principalement grâce aux journaux. C'est en lisant des articles consacrés à la première apprentie cochère que des femmes ont découvert qu'elles pouvaient, elles aussi, exercer cette profession. La presse a donc contribué à faire advenir le phénomène qu'elle prétendait décrire. À une époque où les cartes postales constituaient à la fois un moyen de communication et un média d'information, il semble que celle-ci ait aussi joué un grand rôle dans la popularisation de ces figures féminines. Juliette Rennes a en effet retrouvé plus de 300 cartes postales montrant des travailleuses exerçant des métiers d'hommes. Si l'accès des femmes au métier de cocher, de chauffeur et de colleur d'affiches ne fut pas le résultat direct des mobilisations féministes, celles-ci ont indirectement joué un rôle dans ces progrès. À partir des années 1880, les avancées concernant l'égalité des sexes ont en effet été perçues comme un indice de modernité. une dimension du progrès qui affectait à la fois la sphère économique, culturelle et politique. Les femmes nouvelles sont devenues un enjeu dans la compétition opposant les villes, les nations ou les institutions pour incarner le monde moderne. C'est dans ce contexte que se sont développés les usages marchands de l'image des femmes pionnières. La féminité fut alors considérée comme une ressource de distinction dans le cadre d'un métier de service traditionnellement masculin et concurrentiel. C'est pour attirer de nouveaux clients que les patrons d'entreprises de fiacres embauchèrent des femmes en mettant en avant la dimension exceptionnelle.
Podcast: Le Cours de l'Histoire (France Culture)
Episode: Ça va chauffer ! Histoire du feu 3/4 : C’est au poêle ! Les révolutions du feu au siècle des Lumières
Date: 17 janvier 2026
Host: Xavier Mauduit
Guests: Olivier Jeandot (Université d’Artois), Marco Storni (Université libre de Bruxelles)
Cet épisode explore la révolution du feu au siècle des Lumières, mettant l’accent sur l’évolution des techniques de chauffage, les enjeux sociaux et scientifiques du feu domestique, la transformation des usages de la cheminée et du poêle, et leur symbolique centrale dans la vie quotidienne de l’époque moderne. L’émission analyse la transition cruciale du « feu ouvert » au « feu fermé » et interroge la façon dont le feu, au-delà de son aspect matériel, façonne les rapports sociaux, la culture et les savoir-faire.
Allumer et entretenir le feu avant l’invention des allumettes
Feu entretenu la nuit sous la cendre ; ravivé le matin (01:31)
Importance de récupérer la braise chez le voisin (référence à la chanson « Mon ami Pierrot »)
Le feu : cœur vivant, vital et symbolique de la maison
Citation :
« Le feu, en fait, il est au cœur de la maison. C'est le symbole vivant, le cœur palpitant de la maison. »
– Olivier Jeandot ([02:10])
La cheminée au fil du temps
Du foyer central néolithique à la cheminée adossée au mur au Moyen Âge
La cheminée demeure au centre de l’habitat jusqu’au XXe siècle
Citation :
« La maison s'est constituée historiquement au néolithique autour du foyer... Au cours du Moyen-Âge, le feu va se déplacer... naissance de la cheminée telle qu'on la connaît aujourd’hui. »
– Olivier Jeandot ([02:38])
La cheminée : peu efficace pour chauffer l’espace, mais idéale pour chauffer les corps
Triple fonction : cuisson, chauffage des corps, lumière
Difficulté d’approvisionnement en bois, inégalités sociales
Notion d’habitat confortable quasi-inexistante ; les gens vivent à basse température intérieure : on s’habille chaudement, on s’enroule sous des édredons
Citation :
« Ce feu, il faut l’alimenter... des inégalités face au feu qui sont très très importantes en fonction des milieux sociaux. »
– Olivier Jeandot ([05:21])
Petit Âge glaciaire et crises énergétiques
Hivers plus rudes, raréfaction du bois, fleuves gelés, tensions sociales liées à l’approvisionnement en combustible
Montée des prix, préoccupations politiques au XVIIIe siècle
Citation :
« On grelotte dans les chaumières comme on grelotte dans les palais. [...] on a des crises énergétiques comme on a des crises alimentaires. »
– Olivier Jeandot ([07:21])
Différenciation des essences de bois
Transmission générationnelle de connaissances empiriques (choisir du chêne de préférence, éviter le bois humide, économies et alternatives pour les plus pauvres)
Les combustibles alternatifs : tourbe, déchets, bouse de vache séchée
Citation :
« On était contraints de faire feu de tout bois... il y a les bois nobles, le chêne donne une flamme brillante, etc. »
– Olivier Jeandot ([11:54])
Naissance d’un savoir scientifique sur le feu
Savants et ingénieurs calculent le pouvoir calorifique des combustibles (Lavoisier, Réaumur, Franklin, Papin…)
Ébullition de réflexions sur l’économie d’énergie à l’époque des proto-industries & des manufactures
Citation :
« Il y a des savants, à l’époque moderne, qui vont calculer les pouvoirs calorifiques des différents combustibles... c'est aussi un problème politique. »
– Marco Storni ([08:30]), Olivier Jeandot ([09:20])
Gaugé (1713), pionnier de la réflexion technique sur la diffusion de la chaleur
S’inspire de Newton et de la réflexion sur le rayonnement
Influence majeure sur la science de la cheminée (« caminologie »)
Citation :
« Gaugé va devenir la référence absolument incontournable de toute réflexion sur la chaleur... le fondateur de cette science nouvelle qu’on appelle la caminologie. »
– Olivier Jeandot ([24:55])
Émergence du poêle et du feu maîtrisé au XVIIIe siècle
Innovations pour contenir le feu (cheminées Renford/Romford, poêles de Franklin, digesteur de Papin)
« Renoncer à voir le feu pour accepter d’avoir chaud » : enjeu culturel et psychologique
Citation :
« Tout le travail des inventeurs au XVIIIe siècle, ça va être de convaincre l’usager qu’il faut renoncer à voir le feu pour accepter d’avoir chaud. »
– Olivier Jeandot ([36:37])
« Le feu enfermé, c’est pas mal aussi, ça chauffe beaucoup... il faut pouvoir les maîtriser, les contenir pour les maîtriser. »
– Marco Storni & Olivier Jeandot ([27:22] et [28:22])
Naissance de la mesure scientifique (Réaumur, Fahrenheit, Galilée… XVIIIe s.)
Prédominance du savoir artisanal et du ressenti physique face à l’instrumentation, longtemps jugée imprécise
Citation :
« Venel parle de l’instinct de l’ouvrier qui est supérieur par rapport aux mesures thermométriques, même quant à la précision. »
– Marco Storni ([22:09])
« Le thermomètre existe, mais on fait davantage confiance à ce savoir-faire ancien qui passe par l’observation visuelle et corporelle. »
– Olivier Jeandot ([21:40-22:05])
Problèmes de ventilation et de pollution intérieure
Poêles fermés : meilleurs pour le chauffage, mais dangereux sans bonne aération
Alternatives lumineuses : lampes à huile (enjeux de santé publique au XVIIIe s.)
Citation :
« Les poêles produisent de la chaleur sans ventiler, c’est le contraire de nos cheminées qui produisent de la ventilation sans chaleur... Mais au moins, ils respiraient. »
– André Poupée (archive, 38:14)
Différenciation sociale des usages et de l’accès au confort
Poêle plus discret, économise le travail des domestiques ; promesse d’autonomisation du foyer
Citation :
« L’autonomisation [du feu] est un aspect important... avec un dispositif technique qui travaille pour nous. »
– Marco Storni ([41:50])
Politesse et comportements devant le feu
Civilité, codes de conduite (ne pas tourner le dos au feu, ne pas se déchausser, place réservée aux personnes âgées, etc.)
Évolution des mœurs : gestes admis au Moyen Âge, proscrits à partir du XVIIIe, pointe Norbert Elias
Citation :
« Il est à propos, lorsqu’on fait du feu, de le disposer de telle manière que tous ceux qui sont auprès puissent se chauffer facilement… »
– Jean-Baptiste Delassalle (lu par Maïwène Guiziot) ([47:10])
Dimension conviviale et symbolique
Le feu, lieu de sociabilité, de transmission orale, d’assemblée familiale ou communautaire
Passage du feu comme « pôle magnétique » à un objet utilitaire puis symbolique
Citation :
« Ce feu, c’est le feu autour duquel on s’assemble. C’est une sorte de pôle magnétique de la vie sociale. »
– Olivier Jeandot ([52:21])
« Le feu, c’est le cœur palpitant de la maison. »
— Olivier Jeandot ([02:10])
« Gaugé va devenir la référence absolue... fondateur de la caminologie, la science des cheminées. »
— Olivier Jeandot ([24:55])
« Entre voir le feu et avoir chaud, eh bien, on préfère encore, bien souvent, voir le feu. »
— Olivier Jeandot ([36:37])
« Ce feu, c’est le feu autour duquel on s’assemble. C’est une sorte de pôle magnétique de la vie sociale. »
— Olivier Jeandot ([52:21])
« Venel parle de l’instinct de l’ouvrier qui est supérieur par rapport aux mesures thermométriques, même quant à la précision. »
— Marco Storni ([22:09])
Cet épisode passionnant met en lumière la révolution du feu domestique au XVIIIe siècle, croisant histoire technique, innovations scientifiques, enjeux sociopolitiques, culture matérielle et anthropologie. Il rappelle combien le feu, élément central de la vie quotidienne, a structuré les espaces domestiques, les rapports sociaux, les pratiques culturelles et symboliques en France et en Europe. La transition du feu ouvert au feu fermé, loin d’être une simple question de technique, engage un bouleversement de la vie en société, de la sensibilité collective et de la relation au confort—autant de questions encore actuelles à l’ère de la transition énergétique.