
Célibat, des histoires au singulier 4/4 : "JH cherche ami masculin", histoire des petites annonces gays et lesbiennes
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Xavier Meuduit
Bonjour, c'est Xavier Meuduit, coup de cœur de l'équipe du Cours de l'Histoire alors que s'annonce le rout des fêtes. C'est Liba, des histoires au singulier, avec une émission « Jeunes hommes cherchent amis masculins, jeunes femmes cherchent bonnes amies », histoire des petites annonces gays et lesbiennes.
Radio Host / Narrator
Bonne écoute.
Xavier Meuduit
! Xavier Mauduit. Célibat et homosexualité. Si le célibat désigne l'état de vie d'une personne qui n'est pas encore mariée ou qui ne se marie pas. Et puisque le mariage a été accordé aux personnes homosexuelles qu'à une date très récente, nous comprenons que l'histoire du célibat est intimement liée à l'histoire LGBT+. Jeunes hommes cherchent amis masculins, jeunes femmes cherchent bonnes amies. Histoire des petites annonces.
Radio Host / Narrator
Gays et lesbiennes. Pourquoi est-ce qu'on nous empêche de parler avec les gens, de nous expliquer, et même de les agresser comme eux-mêmes nous ont agressés ? C'est parce que, nous l'avons vu, nous sommes une sorte de contradiction.
Interviewer / Commentator
Interne dans la société. Alors vous avez mal en caresse sur Sleep 24 ans, donc on utilise beaucoup d'abréviations.
Radio Host / Narrator
Pour aller plus vite. Gay, pour répondre à la définition américaine des.
Xavier Meuduit
Homosexuels. Gay, traduisez plaisir. Je suis lesbienne.
Hugo Bouvard
Mais je n'en ai pris conscience.
Younes Lakal
Que depuis quelques années. Vous êtes donc sur la radio des homosexuels et des lesbiennes de Paris et de.
Hugo Bouvard
Toute l'île de.
Xavier Meuduit
France. Encore un bonjour ? Bonjour, bonjour Hugo Bouvard. Vous êtes historien, maître de conférences en histoire et sociologie des Etats-Unis, c'est à l'université Paris Cité. Bonjour Younes Lakeal. Vous êtes agrégé d'histoire, vous avez travaillé vous sur cette construction d'un marché de la rencontre homosexuelle et Moi ce que je voudrais avant tout, c'est en écho à ce que je disais pour ouvrir l'émission, rappeler combien le célibat est lié à cette histoire LGBT+. Parce que si être célibataire c'est ne pas être marié, par définition pendant longtemps il n'était pas possible d'être marié. Donc on peut dire que c'était ça le célibat qui est au cœur de ce statut humain qu'il désignait tant et tant.
Hugo Bouvard
De personnes. Oui, oui, oui. D'un point de vue administratif, c'est sûr qu'un grand nombre de gays et de lesbiennes dans les années dont on va parler aujourd'hui, les années 70-80, sont célibataires. Après, il y en a aussi qui sont mariés aux yeux de l'État, mariés soit avec des personnes hétérosexuelles qui le savent ou le savent pas, ou parfois mariés également avec des personnes homosexuelles de l'autre sexe dans une forme d'arrangement. Donc, il y a aussi quand même une pluralité de rapports à l'institution matrimoniale, y compris pour des gays et des lesbiennes. Mais c'est vrai que la grande majorité d'entre eux et elles sont célibataires aux yeux de.
Younes Lakal
La loi et de l'État. Si le célibat finalement est une institution, le contrepoint du mariage, disons que plus que l'histoire LGBT, c'est une histoire de l'hétérosexualité. Et en contrepoint, interroge effectivement la question de la place des gays et des lesbiennes vis-à-vis de cela. C'est pour ça, en tout cas, je pense qu'on est d'accord avec Hugo Bouvoir sur ça, que par définition, le célibat du point de vue des gays et des lesbiennes ne peut pas être pensé de la même manière que le célibat, quand on parle d'une femme ou d'un homme sinon hétérosexuel, en tout cas qui se projette dans une recherche matrimoniale. Il y a nécessairement une multiplicité de différences quand on se place d'un point de vue de gays et de lesbiennes, en tout cas de personnes cherchant, principalement, des relations avec.
Xavier Meuduit
Des personnes de même sexe. dans cette série du cours de l'histoire consacrée à l'histoire du célibat qui traverse les siècles. Bien sûr, on peut retrouver ça sur franceculture.fr et l'appli Radio France. On saisit combien la définition du célibat doit être précisée à chaque fois qu'on évoque une période et des situations. C'est cette complexité qui est intéressante derrière un seul mot. Et vous le dites, Younes Lakal, avec justesse. On ne peut pas comparer le célibat d'une personne homosexuelle qui ne peut pas se marier et le célibat d'une personne hétérosexuel ou qui voudrait se marier mais qui n'est pas marié, c'est complètement différent. Malgré tout, la notion de célibataire, c'est vrai que pendant longtemps, il y avait beaucoup de sous-entendus. Quand on disait de quelqu'un, arrivé à un certain âge, il ou elle est célibataire, il y avait comme.
Hugo Bouvard
Un clin d'œil derrière ça. Oui, avec même l'adjectif endurci, généralement, qui venait compléter un célibataire endurci. Dans la presse, souvent, c'était une forme d'euphémisme pour gays ou lesbiennes. Donc, bien sûr que ça a pu être un label qui a été appliqué aux gays.
Younes Lakal
Ou lesbiennes. à ces époques-là. Et en même temps, du coup, ça interroge aussi, finalement, le poids de cette norme sociale du mariage sur les vécus des personnes gays et lesbiennes. Bon, jusqu'à aujourd'hui, quelque part, mais en tout cas, qui est très prégnant dans les années 1970-1980. Norme sociale à la fois, justement, du regard. Tu vas être célibataire toute ta vie. Tu vas être célibataire, voulant dire, de manière générale, tu ne vas pas être marié, tu ne vas pas accéder à ce statut social, matrimonial et la paternité ou la maternité. Mais également, tu vas être seul au sens de l'isolement social. Et finalement, c'est ces interrogations-là qu'on retrouve, qu'ils traversent les auteurs et autrices de petites annonces ou même les usagers et usagères de petites annonces au sens large, c'est-à-dire les personnes qui aussi les lisent, voient et répondent. cette peur, en tout cas, de ce regard social, de cette norme à la fois hétérosexuelle mais dont.
Xavier Meuduit
L'Institution centrale est le mariage. Et là, ce que vous soulignez, c'est important, c'est l'idée de célibat et de solitude. Parce qu'être célibataire, c'est pas du tout être seul, on le sait bien, c'est être inséré dans la société. En revanche, dans le cas des gays et des lesbiennes, c'est vrai qu'il y a l'idée... Alors, de solitude, c'est peut-être pas tant ça, même si le mot l'a, mais c'est d'isolement, c'est cette idée d'être isolé. C'est quelque.
Hugo Bouvard
Chose qui transparaît dans cette histoire ? Oui, tout à fait. Alors, juste pour revenir sur le côté choisi ou contraint du célibat, il y a aussi une pluralité de vécu, en fait, dans ces décennies-là, puisqu'il y a, bien sûr, des jeunes hommes gays, urbains, bien insérés dans le marché de la rencontre homosexuelle, qui choisissent d'être célibataires, alors pas tant aux yeux de l'État, puisque le mariage, comme on l'a dit, n'était pas ouvert, mais choisissent de ne pas vivre en couple. Le couple n'est pas forcément l'horizon le plus attractif pour tous les gays et les lesbiennes de l'époque, même si cette norme conjugale, cette norme romantique est forte. On va y revenir. Je voulais juste préciser que ce n'était pas le cas forcément pour tout le monde. Et sur la question de la solitude, de l'isolement, oui, c'est des thématiques qui reviennent très souvent. Alors, dans les petites annonces, on va y revenir, mais aussi plus généralement dans le courrier des lecteurs des magazines homosexuels de l'époque. Donc, le vécu d'un mal-être, d'une souffrance liée à cet isolement, à cette solitude, c'est quelque chose qui revient très souvent et qui est attribué à l'homophobie, à l'hétéronormativité de la société. C'est-à-dire que les gens qui écrivent des lettres aux courriers des lecteurs, les gens qui passent des petites annonces, ils identifient souvent la société, le milieu professionnel, la famille comme des institutions qui charrissent cette homophobie, cette hétéronormativité et qui produit.
Xavier Meuduit
Ce sentiment de solitude et d'isolement. Et puis, pour illustrer ce que l'on dit là, et pour diffuser souvent ses préconçus, ses préjugés, il y a l'humour. C'est terrible l'humour, parce qu'on rigole, et puis derrière, ça véhicule des idées. Et rien de tel, pour parler du célibat, que de commencer par un mariage, vous allez trouver ici les deux figures qui peuvent nous intéresser. C'est à la fois.
Ferdinand Reynaud
La vieille fille et le célibataire. Alors, trèfle de plaisanterie, comme dira un lapin dans un carré de luzerme, Ma sœur a fait un beau mariage. Il y avait toute la chorale de la paroisse. Il y avait Mademoiselle Le Lambecq, la responsable de la chorale. Vous savez, Mademoiselle Le Lambecq, c'est le genre de vieille fille un peu acariâtre. Vous savez le... Il doit y en avoir dans votre paroisse. Vous savez, Mademoiselle Le Lambecq, elle a le visage émacié. Une tête à manger des gâteaux secs. Il y avait Mademoiselle Procule, la responsable de l'harmonium, avec son neveu, parce que moi, je vivais avec ma sœur avant qu'elle se marie, mais Mademoiselle Procule, elle, elle vit avec son neveu, qui a été réformé. Et quand on lui demande pourquoi vous avez été réformé, j'ose pas vous le dire. Vous voyez.
Xavier Meuduit
Je me dis, je suis gauché. Ferdinand Reynaud, très drôle, il n'y a aucun souci. Les grands sketchs des années 1960, tout début des années 1970, là c'est le mariage en grande pompe, celui de sa sœur. En grande pompe, pourquoi ? Parce qu'elle a des grands pieds. Ici, voilà, on a tous ces clichés qui sont véhiculés. Dans l'histoire qui nous intéresse, c'est-à-dire celle des annonces, des petites annonces gays et lesbiennes, on a en fait en contrechamp l'histoire du célibat. C'est-à-dire que quand on passe une petite annonce, c'est pour rompre quelque chose, c'est pour rompre un statut, celui de célibataire.
Younes Lakal
Est-ce qu'on peut le penser comme ça ? Alors déjà, ce qui est intéressant, c'est que les petites annonces gays et lesbiennes, c'est finalement une réappropriation. Je pense que ça a été abordé hier par Clarisse Gaillard. C'est une réappropriation d'un genre qui est lié à l'institution du mariage. Les petites annonces à l'origine, c'est des petites annonces. A l'origine, il y a bien sûr les petites annonces commerciales, mais finalement, après, c'est les petites annonces matrimoniales. On pense forcément aux chasseurs français, les plus connus. Et en fait, l'arrivée, l'irruption dans ce champ des petites annonces homosexuelles est en soi-même une forme de dévoiement de déplacement de cette institution qui est liée au mariage. Ce qui est intéressant, c'est que les petites annonces matrimoniales sont en elles-mêmes finalement une forme de dévoiement d'institutions du mariage, parce qu'elles rompent l'idée d'un mariage qui serait naturel, qui serait un cadeau divin, parce qu'elles montrent toute l'artificialité finalement de la recherche matrimoniale. Qu'est-ce qu'interrogent finalement ces petites annonces homosexuelles, comme l'a dit Hugo Beauvoir ? Déjà, elles interrogent l'horizon de ce que peut être la relation, de ce que peut être la diversité, la multiplicité des relations, étant donné qu'on voit dans un certain nombre d'annonces et dans un certain corpus, plus que dans d'autres, Je pense notamment au corpus du magazine Nouvelle Homo sur lequel a travaillé Hugo Bouvard, cette utopie romantique, c'est-à-dire effectivement un horizon qui serait proche d'un horizon matrimonial, d'une relation de long terme, d'une relation monogame. Mais il y a tout un spectre extrêmement divers, et qu'on retrouve notamment dans d'autres publications, comme Guespierre, comme Libération. Et ce spectre, en fait, interroge justement, finalement, une caractéristique figée de ce que serait le célibat. Derrière le célibat se cache une multiplicité d'expériences, une multiplicité de recherches, une multiplicité de vivre avec, finalement. Et je pense qu'il faut être sensible finalement à cette diversité qui, du point de vue de ces personnes qui cherchent des relations avec des personnes.
Xavier Meuduit
De même sexe, interroger la notion même de célibat. Oui c'est ça, c'est vraiment une réflexion qu'on peut avoir à travers ces petits annonces. C'est toujours très intéressant d'imaginer comment des textes aussi courts portent tant et tant de messages. Alors il faut les croiser avec d'autres. D'ailleurs est-ce qu'il est possible de donner une hystéricité de ces petites annonces gays et lesbiennes ? À partir de quand voit-on apparaître dans des périodiques des annonces où là c'est clairement dit.
Hugo Bouvard
Qu'Un garçon cherche un autre garçon et qu'une fille cherche une autre fille ? Oui, alors en fait, on en trouve finalement assez tôt, car dès le début du XXe siècle, il y a des revues, des magazines éphémères homosexuels qui paraissent, qui sont vite frappés d'interdiction. Peut-être qu'on pourra revenir sur le contrôle social répressif de la part de l'État. Et donc, par exemple, en 1924-1925, il y a déjà une première revue homosexuelle qui est publiée en France, qui s'appelle Inversion, dans laquelle on trouve quelques petites annonces. Et puis, ensuite, pendant plusieurs décennies, il n'y a plus ce type de publications. Et dans les années 50, il y a deux nouvelles publications, Futur et Arcadi, dans lesquelles on retrouve également des petites annonces. On pouvait aussi en trouver dans des rubriques hétérosexuelles, dans des journaux hétérosexuels, mais souvent sous des formes plus euphémisées, plus cachées, alors que là je parle bien de publications qui s'adressent à un public homosexuel. Donc on en trouve dès les années 50 et puis après dans les publications plus généralistes et de manière plus ouverte. Ça va être au début des années 70 avec Libération et puis assez rapidement le Nouvel Observateur également, où on trouve des petites annonces homosexuelles à côté, mêlées aux petites annonces hétérosexuelles. Donc il y a les deux cas de figure, les journaux où les petites annonces hétéro et homo sont mêlées, et puis les journaux spécialisés pour les gays et les lesbiennes où là, il n'y a que des petites.
Younes Lakal
Annonces pour des conjoints, pour rechercher des partenaires de même sexe. Et si je peux continuer, ça c'est un point sur lequel on est d'accord avec Hugo Bouvard, on a travaillé ensemble plusieurs fois, c'est que donc il y a la brèche finalement, le tabou qui commence à être levé à partir de Libération en 1973 et qui est tout de suite bien sûr ensuite repris par un regain, un renouveau, une extrême diversification de la presse homosexuelle à compter du début des années 70. Et ce qui est intéressant, c'est que les petites annonces, on la retrouve dans quasiment toute la presse homosexuelle. Et en fait, il y a des catégories qui sont utilisées à l'époque, celle de presse dite commerciale et celle d'une presse dite militante, catégorie qui vient des groupes militants, justement, qui viennent se différencier, se distancier de ce qui serait une presse dite de charme. Et en fait, ces deux presses utilisent les petites annonces. Pourquoi ? Parce que la petite annonce, très simplement, c'est un moyen de financement des journaux. À part dans Libération, en tout cas, enfin, dans Libération entre 1973 et 1981, où les petites annonces sont gratuites, dans les journaux, les petites annonces sont payantes. Et pour des journaux qui sont marginalisés, qui sont souvent frappés d'interdiction d'affichage, et donc, en fait, qui, du coup, sont en difficulté financière, que ces journaux soient l'émanation d'un groupe politique, d'un groupe militant, ou qui soit l'émanation d'un entrepreneur, on va dire, de presse, les petites annonces sont un outil de financement et donc qui sont en fait d'une extrême banalité dans le paysage homosexuel de l'époque. Les quelques premières études sociologiques de la fin des années 70, début des années 80, notamment le rapport Gay de Gérard Rabac, montrent qu'en fait Une grande majorité des hommes qui se considèrent hétérosexuels ou bisexuels ont lu des petites annonces, sinon en ont écrit. C'est un objet très commun, finalement, dans le VQ. Et après, si on doit poursuivre l'historicité, à partir du milieu des années 80, il y a l'arrivée du Minitel. Et là, forcément, le changement de support va aussi changer le rapport à l'écrit.
Xavier Meuduit
Le rapport au contact, jusqu'à, bien sûr, l'ordinateur et maintenant les applications. Avec l'idée que même si les petites annonces sont gratuites, ça peut faire vendre des journaux parce qu'on va acheter le journal parce qu'il y a des petites annonces. Et ça, c'est aussi économiquement intéressant. Ces petites annonces-là, on entend bien qu'il y a cette idée de contrôle malgré tout, alors c'est pas le contrôle des petites annonces. cette contrôle de cette presse-là. C'est quoi le contrôle ici ? C'est la morale.
Hugo Bouvard
Qui prend le dessus ? Comment le législateur peut justifier l'autorisation, l'interdiction d'une telle presse ? Oui, alors la manière dont ça se déroule dans les années 60, 70 et jusqu'au tout début des années 80, c'est qu'il y a deux dispositions légales dans le Code pénal qui pénalisent justement les relations homosexuelles dans certaines situations. D'une part, la majorité sexuelle est différente pour les relations homosexuelles et hétérosexuelles jusqu'en 1982, c'est-à-dire que pour les relations hétérosexuelles, la majorité sexuelle est à 15 ans, alors que pour les relations homosexuelles, elle est à 18 ans. différence du traitement pénal. Et la deuxième différence, c'est pour ce qui est appelé les outrages publics à la pudeur. Cette catégorie est utilisée justement pour censurer la presse. Dans les outrages publics à la pudeur, alors ça peut aller de relations sexuelles qui sont conduites dans l'espace public. Alors dans l'espace public, c'est souvent de nuit, dans des parcs, à l'abri des regards, mais malgré tout dans l'espace public. Et dans le cas des relations homosexuelles, elles vont être punies plus sévèrement que dans le cas des relations hétérosexuelles. Donc il y a cette double pénalisation des relations homosexuelles. Et donc, plus largement, il y a un climat répressif. On pense à l'institution médicale qui pathologise encore jusqu'en 80-82, en France en tout cas, les relations homosexuelles. le harcèlement policier, des lieux de drague, des établissements commerciaux. Donc vraiment, il y a un climat social qui est répressif alors qu'il va vers une forme de libéralisation pendant les années 70. Mais dans la deuxième moitié des années 70, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, les magazines homos dont Younes parlait tout à l'heure sont frappés régulièrement d'interdiction d'affichage, d'interdiction de ventes aux mineurs. C'est pour ça que leurs noms changent si souvent. Ils s'appellent le Homo, puis le Nouvel Homo, puis encore... Parce qu'en fait, à chaque fois qu'ils sont frappés d'interdiction, ils se réinventent. C'est.
Younes Lakal
Une petite tactique. Ils changent de nom et comme ça, ils peuvent à nouveau paraître. Et... Autre élément. Donc, il y a effectivement tout le volet légal de la répression. Et vous parliez de la moralité. En fait, il y a la question de la moralité du point de vue du journal. Parce que le journal, l'organe de presse, a finalement un contrat de moralité avec son lectorat. Finalement, il est à la fois avec l'État parce que le directeur de publication est responsable légalement de ce qu'il va publier, mais il y a aussi vis-à-vis des lecteurs. Et notamment, moi je me souviens de le courrier des lecteurs du Nouvel Observateur, il y a des oppositions très fortes et des questionnements sur le fait qu'il y ait des petites annonces entre personnes de même sexe et donc publier des petites annonces avec des recherches entre personnes de même sexe, c'est prendre le risque finalement de s'aliéner une partie de son lectorat ou d'en attirer un autre, quand même souvent plutôt de s'en aliéner et.
Xavier Meuduit
Donc le journal s'engage aussi vis-à-vis de son lectorat dès lors qu'il prend cette décision. C'est vrai, ce choix-là, on le dit depuis le début, mais il y a quelque chose de politique. C'est des histoires très humaines, des histoires politiques. Et vous nous l'avez bien dit, Younes, aujourd'hui il y a l'ordinateur, avant il y a eu le Minitel. Mais le avant, c'était quoi ? C'était plutôt de la géographie, c'est-à-dire des lieux. Alors que ce soit des barres, que ce soit des lieux. Et puis les petites annonces, est-ce qu'il y avait d'autres voies de rencontre ? Sinon la vie sociale de tous les jours où tout peut se passer à tout moment. C'est vrai que ces petites annonces, pour beaucoup d'hommes et.
Hugo Bouvard
De femmes, c'était le moyen d'une rencontre, de rompre le célibat. Il n'y avait pas d'autre chose. Alors, la vie sociale de tous les jours, justement, c'est compliqué, en fait, quand on est gay ou lesbienne en années 70, parce qu'en fait, on ne sait pas si la personne à qui on s'adresse dans la vie sociale de tous les jours va répondre, même pas favorablement, mais de manière non violente, en fait, à une forme d'avance. Donc, c'est pour ça qu'il y a ces lieux spécialisés, ces lieux de drague dans l'espace public, ces lieux commerciaux. C'est aussi pour être un peu plus en sécurité dans ce type d'interaction. Mais je voudrais juste dire que l'usage de petites annonces, donc le fait d'en passer, d'en lire, d'y répondre, il n'est pas mutuellement exclusif des autres types de rencontres. On sait que des gens qui vont draguer dans les lieux de drague, dans l'espace public, qui vont draguer dans les bars homos peuvent aussi tout à fait passer des petites annonces. Donc, ce n'est pas uniquement le mode de rencontre pour les personnes qui seraient complètement exclues du marché de la rencontre homosexuelle. Il y en a qui sont isolés géographiquement, on le voit dans certaines publications, qui habitent dans des petits villages, loin des grands centres urbains, et pour qui les petites annonces vont être peut-être investies de manière encore plus forte parce que ça peut être perçu comme le seul moyen de rencontrer d'autres personnes. Mais en fait, dans les grands centres urbains.
Xavier Meuduit
Les gens passent aussi des petites.
Reader / Letter Reader
Annonces alors que pourtant ils savent rencontrer des gens d'autres façons. Courrier des lecteurs du magazine Homo. Je crois que l'un des mots les plus atroces pour beaucoup d'entre nous, c'est la solitude. En ce moment, j'appréhende les week-ends et les jours fériés. Je passe mon temps à faire des mots croisés et à regarder la télévision. L'opinion que l'on se fait de nous est également responsable de notre solitude. Combien de fois ai-je eu envie d'interpeller un garçon dans le métro, dans la rue, un jean collant, une chemise largement ouverte ? Mais à quoi bon ? Lorsqu'il comprendra, tout sera fini ou il.
Xavier Meuduit
Frappera. Je compte beaucoup sur votre service de contact et j'espère trouver un ami véritable et sincère. Guy, Paris. Nous étions en 1975, une lecture de Raphaël Laloum de ce courrier d'électeurs qui rappelle aussi la violence. Cette violence, c'est la toile de fond de l'histoire.
Hugo Bouvard
Que vous nous racontez.
Xavier Meuduit
Aujourd'Hui. Il y a des risques concrets et les risques sont toujours présents aujourd'hui encore, il faut le rappeler. Mais on entend ici dans ce témoignage, ce courrier d'électeurs, combien il y a une mise en danger de la rencontre et que la petite annonce peut apparaître comme un espoir, une.
Younes Lakal
Porte un peu sécurisée pour permettre de rencontrer quelqu'un. C'est comme ça qu'on voulait percevoir aussi ces petites annonces. Alors, oui, donc, d'un côté, effectivement, il y a la question de... Enfin, déjà, il y a une spécificité des petites annonces homosexuelles, dans le sens où, dans les petites annonces matrimoniales, c'est François Tzingli qui l'a montré à un sociologue, c'est un genre qui est extrêmement codé, et on ne parle rarement, négativement, de soi-même. Parce qu'en fait, la petite annonce, c'est un écrit stratégique. On a très peu de mots pour se vendre. Très peu de places pour se vendre. Il y a plein d'abréviations. plein de manières de se présenter, souvent un jour avantageux. Et en fait, il y a cette spécificité dans les petites annonces de rencontres entre personnes de même sexe où la solitude, le sentiment d'isolement et éventuellement même le désespoir apparaît. Moi, j'y vois plusieurs raisons possibles. D'un côté, c'est pour humaniser l'auteur. La première raison, ce serait de refléter un sentiment réel, bien évidemment. Et on a vu, on en a déjà parlé, une question de l'isolement qui est spécifique pour les personnes gays et lesbiennes, particulièrement dans cette période-là. Il y a aussi, je pense, le fait de s'humaniser, de paraître plus réel, notamment parce que, voilà, il y a un discours quand même très présent à l'époque, notamment dans les petites annonces, l'idée que les espaces de rencontres, que seraient les bars, les cinémas, seraient des espaces superficiels, artificiels, ce qui est appelé le ghetto commercial. Les petites annonces permettraient des rencontres plus vraies. Et donc, parler de sentiments, c'est se rendre plus réel. Et il y a quand même aussi, je pense, le fait qu'écrire une annonce, finalement, c'est quelque part mettre à distance ce que l'on ressent. Le mettre par écrit, ça a une vertu thérapeutique, finalement. Je pense qu'il y a quelque chose de très intime, comme écrire un courrier d'électeurs, comme écrire dans un journal, écrire ses sentiments, les mettre, les publier. C'est aussi quelque part les mettre à distance. C'est aussi participer d'une communauté, parce qu'on va apparaître sur une page de journal où il y aura d'autres annonces de ce type-là. Mais donc voilà, on a cette spécificité. de ces annonces là où on parle éventuellement de sentiments de solitude. Néanmoins, je pense qu'il ne faut pas réduire les annonces à cette solitude, à cet isolement. Parce que les annonces, elles comportent ce que François Asselineau appelle la parade, le moment où on parle de soi. Mais il y a aussi la prétention, ce dont on parle. Et dans ce dont on parle, ce qu'on va chercher, il y a aussi un éventail et un univers des possibles qui est énorme et qui est investi par les auteurs et autrices d'annonces. Et ça, c'est extrêmement riche, c'est extrêmement intéressant. On va avoir la diversité des relations qui sont envisagées, la diversité des personnes que l'on souhaite rencontrer. Il y a, comme vous l'avez dit, la question de la sécurité. Et la sécurité, elle va se jouer à plusieurs niveaux. Ça va être une sécurité physique et émotionnelle de trouver des personnes qui sont potentiellement intéressées. Et il y a la sécurité aussi de trouver des personnes qui cherchent le même type de personnes que ça. Et ça, ça va être d'un point de vue émotionnel, ça peut aussi être d'un point de vue sexuel. Dans Libération, notamment à partir de 1980, donc Libération, il y a une interruption en 80, et le journal est relancé, les petites annonces deviennent payantes, parce que ça devient un organe de presse. plus classique. Et on a une explosion à ce moment-là d'annonces aux contenus sexuels extrêmement explicites, qui renvoient à des pratiques même plutôt marginales. Et en fait, écrire une annonce dans ce contexte-là, c'est participer à un script. Écrire un script sexuel, en fait, qui pareil, permet de sécuriser la rencontre parce qu'on trouve des personnes intéressées par ces pratiques sexuelles très spécifiques. Et.
Xavier Meuduit
Donc voilà, il faut le penser comme aussi un champ de possibilités qui s'ouvre aux personnes qui les écrivent. Hugo Bouvard, dans cette grande diversité des annonces, il y a un art de l'annonce. Et puisque nous parlons du célibat, il y a quand même dans ces annonces plusieurs recherches possibles. Il y a rompre le célibat et puis créer une histoire sur un temps long où il.
Hugo Bouvard
Y a une rencontre. Et dans les deux cas, c'est complètement légitime. Comment elles se construisent, ces annonces-là ? Ça ressemble à quoi ? Alors, ça dépend des supports de publication qui sont plus ou moins cadrés. Généralement, c'est quand même des textes qui sont très courts, qui font deux, trois lignes. Mais dans le guet-pied, le principal magazine homosexuel de la fin des années 70 au début des années 90, vous avez parfois des petites annonces qui prennent beaucoup plus d'ampleur et qui peuvent Voilà, c'est allé sur 5, 10 ou même un petit peu plus de lignes. Donc, il y a quand même une plus grande diversité des formats que ce qu'on trouve dans, par exemple, le Chasseur français où les choses sont beaucoup plus codées et standardisées. On peut retrouver un numéro de téléphone, on peut retrouver même une adresse. Par exemple, dans les premières années du guet-pied, les annonceurs mettent leur nom de famille, leur adresse personnelle et parfois un numéro de téléphone. Et puis, rapidement, la rédaction conseille d'arrêter parce que ça peut donner lieu à des agressions ou à des formes de harcèlement. Et donc, c'est le moment où on passe à la poste restante. On va chercher son courrier à la poste. On ne met pas forcément son numéro de téléphone dans l'annonce, mais on le communique à la rédaction du journal qui fait la mise en contact. Donc, il y a aussi une évolution de ce genre au fil du temps. Et puis, on voit aussi beaucoup apparaître la mention de photos qui sont demandées et qui sont échangées. Alors, les photos ne sont pas publiées au moment où la petite annonce est passée, mais c'est ce qui est demandé dans l'interaction. Et puis, je voulais rebondir sur ce qu'on disait tout à l'heure. C'est vrai qu'il y a deux pôles un peu idéotypiques, peut-être, de la recherche dans les petites annonces, donc l'histoire d'amour durable, monogame, stable, qui répond à cet idéal romantique. L'autre pôle, ce serait les relations sexuelles passagères et créatives, sans engagement. Mais déjà, je voudrais dire que souvent, c'est quand même un continuum qui est beaucoup moins clairement défini que ces deux alternatives-là. Et puis, il y a aussi d'autres types de recherches. Et ce qui est intéressant, je trouve, c'est que dans les rubriques, par exemple, recherche d'emploi, recherche de logement, recherche de services, qui parfois existent en tant que tels, parfois n'existent pas dans les publications et donc toutes les annonces sont mélangées dans la même rubrique. En fait, on voit que la frontière n'est pas si claire et ça, ça rappelle l'anthropologue italienne féministe Paola Tabet, qui parle de continuum des échanges économico-sexuels pour parler de la manière dont, pour les relations hétérosexuelles, en fait, le mariage n'est pas du tout dénué d'enjeux économiques et que la frontière entre mariage et prostitution n'est pas toujours aussi claire que ce que l'on peut idéaliser. Eh bien là, on voit aussi que dans cette recherche de services, de logements, d'emplois, il y a toujours un horizon de la rencontre amoureuse et ou sexuelle qui est possible. Et donc, on voit des annonces du type recherche jardinier viril pour petits travaux et amitié possible, compagnie possible. Vous voyez, il y a cette imbrication, en fait, des horizons possibles de la rencontre. Et c'est pour ça que c'est aussi riche comme matériau, parce que ça permet de casser un peu, peut-être, ces catégories qu'on a où on se dirait que les gens, ils cherchent soit l'amour, soit un plan cul, pour le dire un peu vulgairement.
Xavier Meuduit
Et en fait, souvent, ils cherchent quelque chose de plus hybride, de plus multiforme et qui peut donner l'un ou l'autre. Oui, et plus si affinité. Et à partir de là, tout est possible. Est-ce qu'il y a des annonces que vous n'avez toujours pas réussi à déchiffrer ? Parce qu'on évoque ces codes, c'est très codé aussi.
Younes Lakal
C'est bon, vous arrivez tout à les déchiffrer. Il n'y a pas des annonces qui restent encore un peu si bilines ? Pour moi, oui, il y en a quelques unes. Et puis parfois, il y a des... Alors, ce qui est intéressant, c'est que les annonces, elles sont réécrites en partie. Il y a le travail de ces petites mains invisibles, mais parfois visibles, qu'on appelle des clavistes. Celles qui, quasiment que des femmes, qui tapent les annonces, retapent les annonces pour les imprimer. Alors je dis parfois visible parce que dans Libération, en tout cas la première version entre 73 et 81, il y a des NDLC, des notes de la claviste, où donc elles en servent des petits textes qui parfois commentent, critiquent, gros macho celui-là, les auteurs d'annonces. Et donc les annonces sont quelque part lissées. Néanmoins, il y a quand même quelques fois des fautes de frappe qui peuvent Voilà, laissé dans le doute sur le sens d'un mot. Néanmoins, alors c'est moins le cas dans Nouvelle Omo, mais dans Libération, dans Guépier, il y a une contrainte de taille qui est moins forte et donc les annonces en général sont un peu plus longues, les mots sont complets et pas simplement réduits. Cela dit, la contrainte de taille, elle est liée à une contrainte d'argent. C'est qu'en fait, plus une annonce est longue, plus il va falloir éventuellement payer. Et donc voilà, comme dans Gaiet-Pied, les annonces sont relativement peu chères et comme dans Libération, avant 1981, elles sont gratuites, il y a cette possibilité finalement de... de s'étendre et il y a vraiment... Enfin c'est un objet littéraire en fait, tout à fait intéressant l'annonce, c'est-à-dire qu'on voit parfois une inflation dans les modes vocabulaire, dans les adjectifs, à la fois pour décrire soi-même, pour parler de la rencontre, ça fait partie des écrits intimes, des écrits du quotidien, comme disait Philippe Dartière. des... Et de ce point de vue-là, c'est extrêmement intéressant à lire. Après, voilà, il faut être capable de créer des catégories dans lesquelles on les range. On a tous les deux fait des enquêtes quantitatives, donc on essaye de regrouper les mots à.
Xavier Meuduit
Des champs.
Hugo Bouvard
Lexicaux, à des univers en fonction de ce qui nous paraît intéressant comme catégorie. Mais oui, parfois, c'est un peu technique. Hugo Bouvard. Oui, je pense que ça permet de revenir à ce dont on parlait tout à l'heure autour de l'humour, parce que ces notes de la claviste dont parle Jonas Lagerl, elles sont souvent assez drôles, en tout cas dans le guet-pied, il y a des formes de commentaires, de dérision de la part des membres de la rédaction de manière plus générale, parce qu'en fait, les pages de petites annonces, dans le guet-pied en particulier, c'est des pages qui sont réflexives aussi sur l'image de la communauté qu'on veut projeter, Et il y a des débats sur est-ce que c'est bien que les petites annonces parfois, par exemple, expriment des désirs en négatif, c'est-à-dire des dégoûts plutôt que dégoût, c'est-à-dire dire tel type de personnes s'abstenir. Ce qu'on voit souvent dans les annonces à l'époque, c'est les personnes efféminées, les hommes gays cherchent plutôt des personnes dont l'expression de genre est très masculine et donc il y a souvent dans les petites annonces la mention de rejet des personnes efféminées et donc il va y avoir des débats internes. Ça peut se déployer dans le courrier des lecteurs, ça peut se déployer à d'autres endroits des journaux. pour s'interroger, est-ce qu'on est une communauté excluante ? Est-ce que c'est normal d'exprimer ses désirs en négatif comme ça ? Et par exemple, dans un journal sur lequel Younes a travaillé, qui s'appelle Homophonie, qui était le journal du Comité d'urgence anti-répression homosexuelle, donc un groupe militant et donc un journal aussi militant, il y a une conscientisation de ce que les petites annonces projettent de l'image de la communauté de deux manières. D'une part, ils font en sorte qu'il y ait à peu près autant d'annonces masculines et féminines, alors qu'en fait, Sinon, quantitativement, dans les journaux mixtes, il.
Xavier Meuduit
Y a toujours beaucoup, beaucoup, beaucoup plus.
Radio Host / Commentator
D'Annonces masculines. Et puis, l'interdiction d'exprimer des rejets, et notamment des rejets sur la base de discrimination raciale. On va aller lire ces petites annonces. Saffo à Lesbos. Jeune fille bisexuelle, féminine, sensuelle, un peu sauvage en amour, offrirait ses jardins plein de soleil à une femme, belle, féminine, capable de tendresse et d'amitié, afin de cueillir ensemble les fleurs du mal. Telles les photos si possible, réponse assurée. JF, lesbienne, 23 ans, BAC plus 2, mignonne mais seule, triste dans le besoin, cherche.
Xavier Meuduit
Tendre complice toute région qui voudra l'épauler. Je déborde de volonté et d'affection, et c'est par amour pour vous que je vous offrirai mes services. Bayouine Guizhou.
Younes Lakal
Et Anna Fulpin qui nous lisait des petites annonces de l'année 1984, une dans Libération, l'autre dans Homophonie. Younes Lakéal, vous avez travaillé sur Homophonie. C'est quoi ce journal ? Alors Homophonie, comme l'a dit Hugo Bouvard, c'est le journal, l'émanation du QR, le Comité d'urgence anti-répression homosexuelle. Si vous voulez, c'est la première fédération LGBT. En fait, c'est une coalition des différentes associations et lieux gays et lesbiens en France, avec comme objectif principal l'abolition des des dispositions légales répressives envers l'homosexualité. Et le QR, c'est un mouvement qui se veut mixte et qui, en fait, politise la question de la mixité entre gays et lesbiennes, qui n'est pas quelque chose de dit, quelque chose qui est débattu, qui est construit. Et donc, qui... Et moi, c'est aussi pour ça que j'ai choisi ce journal. Après de très longs débats en interne, c'est très intéressant, sur la question de mettre ou non des petites annonces dans le journal, autour des questions des annonces négatives, notamment dont a parlé Hugo Beauvoir, décide qu'on va créer une rubrique de petites annonces, hommes entre eux et femmes entre elles, et donc à parité. Et donc voilà, on a cette présence de 50%. d'annonces entre femmes, qui m'a permis d'avoir à peu près un tiers de mon corpus d'annonces entre femmes, qui n'aurait pas été possible si j'avais travaillé uniquement à partir de Libération ou uniquement à partir de Gay Pied. Et donc voilà, ça permet en fait de saisir un peu les spécificités finalement des annonces entre femmes. Vous en avez eu l'une, même deux, que j'aime beaucoup, et qui posent la question finalement de... Quand.
Xavier Meuduit
On est une femme, vivre ou sortir de la solitude avec les petites annonces, grâce aux petites annonces.
Hugo Bouvard
Et de réfléchir à cette question-là, la spécificité. Est-ce qu'on voit une grande différence ? Le temps, alors moyennement long, que l'on évoque, ces années 1970-1980, Oui. Alors, en fait, pendant longtemps, il y a peu d'endroits où les petites annonces lesbiennes peuvent se déployer en tant que telles, parce que les premiers journaux lesbiens, je pense par exemple à la revue Quand les femmes s'aiment, qui a été publiée à Lyon à la fin des années 70, ne publie pas de petites annonces. Et pour en trouver de manière vraiment régulière ou au-delà d'homophonie, mais dans des journaux spécifiquement lesbiens, il faut attendre la fondation du magazine du mensuel Lesbias en 83, aura une durée de vie assez longue pour trouver un magazine spécifiquement lesbien qui publie des petites annonces. Et les historiennes qui ont travaillé sur ces petites annonces lesbiennes, je pense à Jade Almeda, Ilana Elouah ou Tamara Chaplin, ce qu'elles montrent, c'est qu'il y a des formes de spécificité, notamment autour de ce qui est rejeté. Ce qui est rejeté, c'est des femmes qui seraient mariées ou qui seraient bisexuelles. Ce qui est intéressant, c'est que le terme de bisexualité dans les petites annonces, que ce soit masculines et féminines, il ne revêt pas exactement la même signification que celle à laquelle on lui donne aujourd'hui. Aujourd'hui, quelqu'un qui est bisexuel, c'est quelqu'un qui est attiré à la fois par les hommes et par les femmes. Mais en fait, dans le vocabulaire de l'époque et notamment dans celui des petites annonces, quelqu'un qui se définit comme bisexuel, c'est plus souvent quelqu'un qui en fait est marié au moment, à ce moment T, avec quelqu'un d'un autre sexe, marié, voilà, couple hétérosexuel et qui cherche, par ailleurs, une relation extra-conjugale avec quelqu'un du même sexe. Et donc, les lesbiennes qui passent des annonces, souvent, elles rejettent les bisexuelles, pas tant en termes d'identité et d'orientation sexuelle, mais en termes de situation sociale, parce qu'en fait, elles ne veulent pas se retrouver dans une relation adultère avec une femme mariée parce qu'elles savent que les contraintes sociales sont si fortes qu'il est peu probable que la personne décide de quitter son mari pour vivre sa relation lesbiennes au grand jour. Donc il y a cette spécificité-là des petites annonces lesbiennes, alors que dans les petites annonces gays, rechercher un homme marié, ça peut être un.
Younes Lakal
Objet de fantasme, ça peut être quelque chose qui est érotisé. Ce n'est pas quelque chose qui est perçu aussi négativement que dans les petites annonces lesbiennes. Alors oui, déjà, par rapport à ce que dit Hugo Bouvard, pour le coup, c'est même très fréquent qu'il y ait une recherche d'hommes hétérosexuels ou bisexuels, parce que, justement, on est sur cette question-là de la virilité, finalement. La recherche d'un homme, puisqu'il est en relation avec une femme, il va être... virile, il va correspondre à un certain idéal sexuel. Et par contre, le rejet de la bisexualité par les femmes, les rencontres entre femmes, il attrait déjà, je pense, à deux choses. Premièrement, parce qu'on est dans un moment, et dans des publications, un moment spécifique de revendication de l'identité lesbienne, et l'identité lesbienne, ce qu'on peut appeler le lesbiennisme politique, construit comme un rejet, un refus de des relations hétérosexuelles, de l'hétérosexualité, l'hétéropatriarcat, un rejet aussi du coup du regard masculin. Et puis c'est aussi quelque chose, quelque part, une protection face à un regard masculin qui s'insinue dans les relations entre femmes et notamment dans Libération deuxième génération à partir de 1981. La plupart des annonces de recherche de femmes par une femme sont en fait des annonces de couple. de coupes hétérosexuelles qui vont chercher une troisième personne, donc une triangulation, avec une femme, qu'elle soit lesbienne ou non. Et finalement, il y a une forme de protection des femmes qui, pour le coup, adoptent une réalité, un mode de vie.
Hugo Bouvard
Lesbien, c'est-à-dire un mode de vie où on refuse les relations avec les hommes, face à ce regard masculin qui... s'immiscent.
Xavier Meuduit
Même dans les relations entre femmes. Qui sexualisent d'ailleurs les relations entre femmes. Donc oui, il y a un rejet de cette sexualisation hétérosexuelle des relations lesbiennes. Et puis, c'est l'héritage aussi de tout ce qui s'est passé dans les mouvements militants des années 1970, avec tant et tant d'actions qui ont montré.
Hugo Bouvard
Aussi des scissions dans les combats. Comment on peut lire cette histoire-là, celle que nous évoquons aujourd'hui, celle des petites annonces gays et lesbiennes, avec ces tensions militantes ? C'est une vaste question. Je pense que ce dont a parlé Younes tout à l'heure était important, c'est la construction de la mixité qui ne va pas du tout de soi et qui est souvent conflictuelle. C'est-à-dire que dès le début, dans les assemblées générales du Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, tout début de l'émission, on a entendu un petit extrait d'une de ces assemblées générales. C'est plutôt à l'initiative des lesbiennes, mais les gays les investissent de manière massive et transforment ces assemblées générales d'un groupe militant en lieu de rencontres, voire de consommations sexuelles, ce qui conduit une grande partie des lesbiennes à quitter ce groupe pour former leur propre groupe. Donc on voit que Il n'y a pas du tout le même rapport aux possibilités de rencontres amoureuses et sexuelles dans les groupes militants, si on se place du point de vue des gays ou des lesbiennes. Ça ne veut pas du tout dire qu'il n'y a pas du tout des couples lesbiens ou des rencontres lesbiennes qui... qui ne se font pas dans ces groupes-là. Mais en tout cas, c'est moins un objectif alors que dans les groupes militants gays de l'époque, bien sûr qu'il s'agit de faire avancer la cause que l'on défend, mais l'horizon de la rencontre amicale, amoureuse, sexuelle est toujours beaucoup plus présent. Donc, je pense qu'une partie des tensions entre groupes gays et lesbiens dans les années 70 et 80.
Xavier Meuduit
Et le fait que la mixité soit si difficile à construire, elle tient aussi en partie par ces horizons différents autour des possibilités de rencontre.
Musical Interlude / Narrator
Dans le militantisme. En tout cas, cette histoire des petites annonces gays et lesbiennes nous conduit vers des réflexions politiques alors que Frankie, lui, nous conduit à Hollywood. When you wanna suck it to it Relax, don't do it When you wanna cum When you wanna cum Relax, don't do it When.
Xavier Meuduit
You wanna go to it Relax, don't do it Make, making it, you're a dancer Live those dreams, scheme those schemes Gotta hit me, hit me, hit me Franky goes to Hollywood dans le corps de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Bouaïc. Aujourd'hui la technique et lise-le et aujourd'hui nous lisons les petites annonces gays et lesbiennes pour comprendre cette histoire du célibat avec Hugo Bouvard. L'importance de contextualiser les choses dans les.
Hugo Bouvard
Années 1980, au tout début des années 1980, il se passe quelque chose dans cette histoire-là et c'est très important de le rappeler parce que les lignes bougent. Oui, les lignes bougent. Alors d'une part, concernant la répression légale, la répression pénale dont on parlait tout à l'heure, les alinéas discriminatoires, ces dispositions sont abrogées par le gouvernement socialiste après l'élection de François Mitterrand en 1980. Donc en 1982, les dernières dispositions sont abrogées. La France décide aussi de ne plus suivre la classification de l'homosexualité comme maladie mentale par l'Organisation Mondiale de la Santé. Des dispositions aussi du code du travail, du code de la fonction publique, qui étaient toujours discriminatoires parce qu'elles emploient le terme de bon père de famille ou de bonne moralité et qui étaient utilisées pour discriminer les homosexuels. Ça aussi, ça disparaît. Donc il se passe des choses et puis il y a aussi la libéralisation de la bande FM et les radios libres qui obtiennent des créneaux de diffusion qui permettent à la première radio homosexuelle à émettre 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 dans l'histoire du monde. d'exister à Paris à partir du tout début des années 80 et ça s'appelle Fréquences Gay. Et sur Fréquences Gay, il y a des émissions, deux petites annonces qui sont intéressantes parce que les auditeurs appellent en direct pour passer l'annonce et les animateurs dont certains sont connus, on peut penser à Michel Coquet qui travaille à Libération, à Guy Hockenheim qui est une grande figure de du mouvement, ces animateurs parfois se rendaient au domicile des annonceurs pour vérifier que l'annonce est conforme à les réalités, vérifier les mensurations éventuellement, voire parfois, en passant un coup de fil depuis le domicile de l'annonceur, commenter en direct la relation sexuelle qui pouvait se dérouler suite au passage de la petite annonce. Il y a ces émissions de petites annonces masculines mais aussi féminines sur fréquences gays. Il y en a plusieurs, Pêche à la ligne, Safo Nights, Amazon du soir, Bonsoir, et d'ailleurs il y a eu une émission sur France Culture il y a quelques années qui était consacrée à cette émission lesbienne sur fréquence gay que je recommande vraiment beaucoup. Donc les petites annonces, elles continuent à être dans la presse, mais elles se déplacent aussi beaucoup à la radio dans ces années-là, dans ce contexte de libéralisation et de relâchement du contrôle social qui n'est pas total. Il reste du harcèlement policier des lieux de rencontre dans les années 80. Les pratiques ont la vie dure dans la police. Mais quand même, globalement, il y a une effervescence, une ébullition des modes de rencontre, avec aussi la diversification des établissements commerciaux, les quartiers gays qui commencent.
Radio Host / Narrator
À émerger, notamment le quartier du Marais, en fait, à Paris, qui émerge vraiment au tout début des années 80. Et donc, on est vraiment dans ce contexte-là. Sur la bande FM, 150 radios se pirataient les ondes. En septembre, après les mariages forcés ou les mariages d'amour de.
Younes Lakal
L'Été, 16 stations ont enfin.
Reader / Letter Reader
Audite. Mariage de raison entre les radios.
Younes Lakal
Confessionnelles, mariage contre nature, avec la.
Reader / Letter Reader
Radio sauvée in extremis, fréquence gay, la radio des homosexuels. On est une grande famille. Et je.
Younes Lakal
Vous dis, pour nous, on parle d'invitation et non de.
Hugo Bouvard
Mariage. Et comme.
Xavier Meuduit
Une invitation à un bal, on ne s'y rend ou on ne s'y rend pas. des lesbiennes de Paris et de toute l'île de France. Encore un bonjour. La radio fréquence gai en 1982 et Hugo Bouvard, vous évoquiez ce que l'on peut écouter sur franceculture.fr, l'appli Radio France. Allô Daniel à la recherche des ondes lesbiennes et puis je vous renvoyais à la série du cours de l'histoire aussi, LGBT plus une histoire cuir avec ici une émission intitulée sobrement Prolétaire de tous les pays, caressez-vous. C'est vrai qu'on voit se multiplier ici au début des années 1980 les modes de diffusion de ces annonces. Le procédé reste le même en fait, c'est toujours de l'annonce. Vous voyez, vous, quand vous étudiez ces différents corpus, dans un temps assez court en fait, une évolution des formes.
Younes Lakal
Des annonces qui sont plus directes ou qui vraiment arrivent à avoir des indicateurs, des signaux, des mots utilisés qui n'auraient pas pu l'être quelques années plus tôt. Alors, il y a quelques éléments, quand même, qui varient, notamment sur le vocabulaire utilisé pour se désigner soi-même. C'est-à-dire qu'on passe, effectivement, notamment de la notion d'homophile, qui, finalement, disparaît complètement, même si on peut... Je défendrais que l'horizon homophile, finalement, est toujours très présent. Mais homophile, donc ce terme utilisé par le journal Arcadie, disparaît complètement l'apparition du terme homosexuel et progressivement du mot gay qui arrive au cours des années 80. De la même manière, on parlait de racisme anti-homosexuel et de répression, on arrive à l'homophobie. Donc il y a quand même des glissements au niveau du langage qui s'observent. J'ai l'impression personnellement qu'au niveau de la forme et du vocabulaire utilisé, finalement, ça dépend principalement, le vrai facteur de différenciation c'est le média, le support et la politique du journal dans lequel on écrit, le lectorat aussi de ce journal. ou de cette radio en l'occurrence, si on parle de fréquences gays, plus que forcément un glissement dans le temps. Après voilà, se pose la question, on a discuté avec Hugo Bouvard, on n'a pas eu forcément encore le temps d'aller creuser dessus, de la question de ce que le VIH.
Xavier Meuduit
Va faire aux annonces, et là forcément je pense que c'est... soit une rupture, soit une continuité. En tout cas, ça fait quelque chose nécessairement dans le temps. Oui, ça fait quelque chose dans le temps parce que cette histoire, c'est une histoire politique, c'est une.
Musical Interlude / Narrator
Histoire.
Interviewer / Commentator
Sociale, c'est l'histoire de tout le monde aussi. C'est une histoire des techniques. On l'a bien dit. Écoutez, ce bruit, ça va peut-être vous rappeler des choses. Voilà, j'arrive en réseau, dit réseau convivialité. Et là, il faut que je me connecte.
Radio Host / Commentator
Avec un pseudonyme. Alors, mon pseudo, c'est mec.
Interviewer / Commentator
Sympa, 30 ans, seul à Paris. Donc, à partir de là, toute la liste des gens qui sont connectés s'affiche. Et sur la liste, on trouve.
Radio Host / Commentator
De tout. On trouve de tout, tout à fait. Alors vous avez mal en.
Interviewer / Commentator
Caresse sur Sleep 24 ans, donc on utilise beaucoup d'abréviations pour aller plus vite. Et le problème du VIH, de la contamination, il arrive quand ? A quel moment vous allez l'aborder ? Souvent dans les conversations.
Radio Host / Commentator
Les gens précisent qu'ils pratiquent le SSR.
Interviewer / Commentator
Donc le sexe sans risque. Il y a encore quand même des irréductibles qui affichent des pseudos où ils n'utilisent pas de préservatifs. C'est comme un défi, c'est quoi ? C'est un peu un défi, c'est un peu le jeu de la roulette russe, c'est un peu.
Xavier Meuduit
Le fait de dire... Ça veut peut-être dire, ben j'ai plus rien à perdre, donc vous êtes au courant, si vous allez avec moi, vous savez à quoi vous en tenir. Nous étions en 1994 avec ses évocations ici à la fois les progrès techniques, alors il y a eu le Minitel, il y a ensuite l'ordinateur, c'était un modem pour ceux qui ne connaissaient pas ce son, ça veut dire vous êtes jeune. Et puis l'évocation ici de l'épidémie de Sida, Hugo Bouvard.
Hugo Bouvard
Évidemment. Tout change. Mais, malgré tout, on sait bien que ces phénomènes profonds s'adaptent plus qu'ils ne disparaissent. Et on peut le vivre pareil pour ces histoires d'annonces gays et lesbiennes. Oui, on voit qu'en fait, le format de l'annonce se déplace en fonction des technologies qui sont disponibles. Donc on a parlé de la radio. Le Minitel, dès l'arrivée du Minitel, il est investi d'une part par des services commerciaux qui cherchent à faire de l'argent avec ces petites annonces, et notamment les petites annonces gays. Le Minitel rose est très développé. Et c'est d'ailleurs le journal Gay Pied qui va en proposer aussi, qui va diversifier ses activités. Pas simplement être un journal, mais aussi un opérateur du Minitel et gagner de l'argent comme ça. Il y a aussi des initiatives plus militantes sur le Minitel. Je pense par exemple à un groupe qui s'appelait les Goudous Télématiques, qui était un groupe de lesbiennes entre 85 et 89 qui ont essayé de créer une communauté sur le Minitel pour briser l'isolement, pour faire des rencontres. qui pouvaient prendre parfois la forme de petites annonces. Mais ces petites annonces n'avaient rien à voir avec les petites annonces de rencontres gays. Elles étaient beaucoup moins érotiques, beaucoup moins sexuelles, enfin même pas du tout. Alors que j'évoquais tout à l'heure les émissions lesbiennes sur fréquences gays. Comme sur fréquences gays, il y avait quand même une liberté de ton, une forme de même dans les émissions de petites annonces lesbiennes, on pouvait trouver des formes de désirs plus explicites, plus érotiques, ce qui est assez rare dans la presse écrite et sur le Minitel, mais à la radio.
Younes Lakal
Peut-Être que c'est le format spécifique de la radio qui permet ça, on trouve quand même dans les émissions lesbiennes de fréquences gays des formes de désirs un peu plus crues. Effectivement, sur les supports techniques, je pense au travail de Lucien Fradin, Portrait détaillé. Lucien Fradin a eu un peu accès aux rêves de ceux qui travaillent sur les petites annonces. Nous, on s'arrête en général à ce qui relève de la presse publiée. Lucien Fradin, c'est un artiste qui est tombé sur un carton de réponse à une petite annonce de Guépierre. Et on a fait un spectacle, un livre et un spectacle, Portrait détaillé, Et dans son spectacle, en fait, il fait le lien avec son expérience à lui sur les forums de rencontres homosexuelles dans les années 90-2000. Et aussi, ce qui est très intéressant, c'est qu'il montre à la fois l'adaptation à de nouveaux supports, mais aussi la complémentarité, c'est-à-dire que les titres d'annonce, comme le forum, permettent aussi de créer des points de rendez-vous qui deviennent des espaces de rencontres à l'extérieur. Et donc, finalement, il y a quand même des continuités très fortes et des complémentarités Il faut vraiment pas voir les choses comme isolées, elles sont poreuses. C'est normal, on parle d'un mode de vie, au sens plein du terme. Et d'ailleurs, lui, il raconte qu'en fait, via un forum, il a créé, un peu par hasard, un lieu dans le Pas-de-Calais, qui reste en fait un lieu de rencontre. Actuellement.
Xavier Meuduit
Des jeunes hommes, qui ont 15 ans de moins que lui, vont maintenant comme... Ah, c'est le lieu de rencontre, quoi, dans un bois. En fait, c'est né sur un forum. Voilà, parce que cette pratique de l'ordinateur, Internet, etc. ça a modifié les choses. Les historiens, les historiennes des imaginaires coloniaux et post-coloniaux ont bien montré comment dans la pornographie aujourd'hui diffusée sur Internet, les catégories sont issues de représentations anciennes avec des origines noires, etc. Est-ce.
Younes Lakal
Qu'On va retrouver la même chose dans les petites annonces ? Est-ce qu'on va retrouver des choses qui donnent des catégories comme ça aux gens de plus en plus clairement ? Alors, oui. Oui, oui, tout à fait. Plusieurs choses au niveau de la question des frontières raciales dans les annonces. Les annonces, en fait, créent, reproduisent et accentuent des frontières raciales. Déjà parce que la race, les catégories raciales, ne servent qu'à désigner l'autre. on se positionne pas, en fait, racialement, dans les petites annonces de rencontres, on décrit l'autre. Et on décrit l'autre, du coup, comme un autre, justement, comme un autre que blanc. Ou bien, et c'est un peu le cas dans Gay Pied, pour lui dire de s'abstenir de répondre, ou bien, et c'est souvent le cas quand même, pour lui dire de répondre, et là, on va lui associer tout un tas de qualificatifs, en lien, bien sûr, avec, du coup, cet imaginaire colonial, postcolonial qu'on a dans la pornographie. Et l'homme, Autre va être, du coup, associé à tout un tas d'attributs, l'hyper-virilité, une masculinité excessive, une sexualisation à l'extrême, avec une insistance sur la taille du pénis, un rôle de pénétrateur, sachant que c'est des hommes qu'on va décrire comme ayant une fonction sexuelle.
Xavier Meuduit
Moins qu'une fonction relationnelle, romantique. Et donc, on voit tout à fait se reproduire tout un tas de schémas et voir même un effet performatif. Ces annonces vont accentuer des schémas déjà présents. Merci vivement à vous deux de cette histoire. Je vous rappelle qu'on est parti du célibat parce que c'est ça qui nous intéressait et à travers.
Hugo Bouvard
L'Histoire des.
Xavier Meuduit
Petites annonces gays et lesbiennes, on a quand même un panorama de toutes ces luttes, il faut le rappeler, ces luttes qui ne sont évidemment pas terminées. Merci beaucoup Hugo Bouvard. Merci beaucoup. Et à vous aussi Younes El Akeal. Bon, ce qui bite avec cette chanson qui a appris à tous ces collégiens ce qu'était une contrométrie. C'était Le Cours de l'Histoire sur France Culture, une émission préparée par Jeanne Delucroix, Jeanne Coper, Raphaël Laloum, Maël Vincent-Randonnier, Marie Swazik-Fraboulay et Maïwenn Giziou. Le Cours de l'Histoire. C'est une émission à retrouver, à podcaster sur notre site franceculture.fr.
Date : 20 décembre 2025
Host : Xavier Meuduit
Invités :
Cet épisode conclut une série sur l’histoire du célibat en s’intéressant à la spécificité du célibat chez les personnes gays et lesbiennes en France, avec un focus sur l’histoire sociale, politique et littéraire des petites annonces de rencontre dans la presse. Il interroge les dimensions du célibat contraint, de l’isolement, des stratégies de rencontre et l’invention de « marchés » alternatifs de la relation à travers la presse, la radio, le Minitel puis Internet.
« Pendant longtemps, il n’était pas possible d’être marié. Donc on peut dire que le célibat était au cœur de ce statut humain qu’il désignait tant et tant. »
— Xavier Meuduit (01:17)
« Dans la presse, c’était une forme d’euphémisme pour gays ou lesbiennes… ce label a été appliqué. »
— Hugo Bouvard (04:06)
« L’irruption des petites annonces homosexuelles est une forme de déplacement de l’institution liée au mariage. Derrière le célibat se cache une multiplicité d’expériences. »
— Younes Lakal (09:05)
« Publier des petites annonces entre personnes du même sexe, c’est prendre le risque de s’aliéner une partie de son lectorat… »
— Younes Lakal (17:16)
« Écrire une annonce… c’est aussi participer d’une communauté, c’est mettre à distance ses sentiments, une vertu thérapeutique. »
— Younes Lakal (21:36)
« Recherche jardinier viril pour petits travaux et amitié possible… il y a cette imbrication des horizons de la rencontre. »
— Hugo Bouvard (25:40)
« Le rejet de la bisexualité par les femmes, il attrait d’abord à la revendication de l’identité lesbienne, mais aussi à se protéger du regard et de la sexualisation masculine. »
— Younes Lakal (39:19)
« Les petites annonces se déplacent de la presse à la radio… puis au Minitel rose (services commerciaux et militants) et enfin à Internet. »
— Hugo Bouvard (52:01)
Cette plongée dans l’histoire des petites annonces gays et lesbiennes met au jour un double mouvement : la longue assignation au célibat et à l’isolement—vecteur de honte mais aussi d’inventivité et d’entraide—et la fabrique d’espaces sociaux intimes et publics, depuis la presse clandestine jusqu’aux plateformes numériques. Ces annonces ne sont pas seulement une tentative de rupture de la solitude, elles sont un laboratoire des formes relationnelles, porteuses d’utopies, de discriminations, de projections politiques, et de négociations constantes.
L’épisode finit sur l’idée que les luttes ne sont pas achevées et que l’analyse de ces archives reste un formidable outil pour comprendre l’intrication entre histoire intime et histoire sociale.
Résumé rédigé dans l’esprit accessible, érudit, mêlant perspectives sociologiques, historiques et politiques de l’émission.