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Des milliers de morts, des centaines d'individus réduits en esclavage, des villages brûlés et une famine de plusieurs années, c'est le bilan de la mission voulée échanoine. Les exactions de cette mission coloniale française firent scandale à la fin du XIXe siècle. Mais qui s'en souvient aujourd'hui? En 1898, une mission d'occupation coloniale dirigée par deux officiers français, Paul Voulet et Julien Chanouane, arrive dans l'ouest du Niger. Cette mission est conçue pour impressionner les populations. Elle se compose de 8 Européens, 600 tirailleurs, 800 porteurs, 300 femmes et des milliers d'animaux transportant 25 tonnes de matériel. La troupe se nourrit sur le pays, elle pille et pratique la rasia d'esclaves. Il lui faut des dizaines de tonnes d'eau et de nourriture par jour. Rapidement, les populations effrayées fuient les villages, bouchent les puits et vident les greniers. Le chef de mission, le capitaine Voulet, furieux, décide de se venger. Il ordonne de tout brûler sur un rayon de 15 km. Et à partir de là, la troupe opère une série de massacres provoquant des milliers de morts. Prévenu du désastre par un officier déserteur, l'armée française envoie le colonel Klob pour l'arrêter, mais Voulet refuse et assassine Klob. Ce sont finalement les tirailleurs qui l'arrêteront. L'affaire fait scandale à Paris. Dans les discours colonials et médiatiques, Voulet et Chanouane auraient été victimes de la soudanite, une forme de folie coloniale liée au climat. Contrairement à ce discours, ce type de violence n'était pas exceptionnel ou lié à des comportements individuels. Les pratiques de cette mission correspondent à celles mises en œuvre de façon ordinaire dans les années 1880-1900 au Burkina Faso, au Mali, à Madagascar et avant en Algérie. Les immenses colonnes pratiquant des feux de salve sur les populations civiles, tirant en canon sur les villages et les brûlant sont des phénomènes récurrents. Parce qu'elle a fait scandale, la mission est extrêmement bien documentée. Les milliers de pages d'archives qui la concernent ont été analysées par de nombreux historiens et historiennes, nigériens, français ou britanniques. En Europe et en Afrique, cette mission a aussi été l'objet de plusieurs romans, films, téléfilms, documentaires et BD. Pourtant, tous les 20 ans, la mission est redécouverte. De nouveau, on dénonce ces crimes et les tabous qui les entourent, avant d'immédiatement les réoublier. Cet événement ne fait pas mémoire. Ces dernières années, le succès du documentaire britannique African Apocalypse a déclenché une plainte devant l'ONU de quatre communautés des villages dans lesquels les massacres ont eu lieu. Si bien qu'en 2021, le rapporteur spécial des Nations Unies pour la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition a demandé à la France de réparer les préjudices causés au Niger lors de la colonisation. Le travail historique sur cette mission a été largement réalisé. Les faits sont établis, les preuves sont connues et identifiées. Il est temps d'arrêter de l'oublier et que les violences de l'occupation coloniale entrent dans nos mémoires et dans le récit général de l'histoire de France.
