
États-Unis, thèmes de campagne au regard de l'histoire 4/4 : 1823. Doctrine Monroe, certains l'aiment isolationniste
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Xavier Mauduit
Bonjour, c'est Xavier Mauduit. Dans sa volonté d'asseoir la domination des États-Unis sur le Venezuela, le président Trump s'est revendiqué de la doctrine Monroe. Précision historique donc avec l'émission du Cours de l'Histoire, 1823, doctrine Monroe, car certains l'aiment isolationniste. Bonne écoute.
Marie-Jeanne Rossignol
Le Cours de l'Histoire. Xavier Mauduit.
Xavier Mauduit
Le 2 décembre 1823, James Monroe, le cinquième président des Etats-Unis, adresse son message annuel au Congrès. Enfin, il s'adresse surtout aux anciennes puissances coloniales de l'Amérique. L'Amérique au sens de continent. Elles n'ont plus rien à faire ici. Toute intervention serait considérée comme une menace pour les Etats-Unis. L'Amérique aux Américains. Donc oui, mais alors là, quel sens donner à Américains ? C'est chaud tout ça. Doctrine Monroe, car certains l'aiment. Isolationniste, oui, mais n'ait pas besoin de cette entre-réflexion pour le savoir.
Marie-Jeanne Rossignol
Impérialiste. Le cours de.
Unknown Speaker (possibly a narrator or reader)
L'Histoire. Asseyez-vous, je vous en.
Xavier Mauduit
Prie.
Marie-Jeanne Rossignol
Non. Xavier.
Xavier Mauduit
Mauduit. Je vous préviens, je ne suis.
Unknown Speaker (possibly a narrator or reader)
Pas de très bonne.
Clément Thibault
Humeur. Non. Voilà le mot qui nous tire du sommeil. Impossible. Pas comme candidat à la présidence des.
Unknown Speaker (possibly a narrator or reader)
États-Unis. l'histoire du Mexique. Le jeune État mal gouverné et médiocrement administré ne pouvait ni résister au danger de sécession, ni à l'invasion étrangère dans une guerre avec les.
Clément Thibault
États-Unis. Le général Pinochet a démenti l'intervention de tout pays étranger dans les événements du.
Unknown Speaker (possibly a narrator or reader)
Chili. Let me assert my firm belief.
Clément Thibault
That the only thing we have to fear is La seule chose que nous devons craindre, c'est la peur.
Xavier Mauduit
Elle-Même. Il faut craindre la peur. Bonjour Marie-Jeanne.
Marie-Jeanne Rossignol
Rossignol.
Xavier Mauduit
Bonjour. Vous êtes professeure émérite d'études américaines à l'université Paris Cité. Et bonjour Clément Thibault. Bonjour. Historien, directeur d'études à l'école des hautes études en sciences sociales de HESS. Avec vous deux, nous allons réfléchir aujourd'hui à cette politique des Etats-Unis, cette doctrine Monroe que nous avons croisée dans les manuels scolaires. Nous l'apprenions la doctrine Monroe 1823. Dites donc Marie-Jeanne Rossignol, Ces années-là, ces années 1820, il faut redessiner toutes les frontières, il faut reprendre tous nos atlas, déjà en Europe, ça bouge beaucoup à ce.
Marie-Jeanne Rossignol
Moment-Là. Oui, mais en Amérique du Nord en particulier, entre 1819 et 1821, il y a les grandes négociations qui mènent à la reconfiguration du continent, finalement, entre les Etats-Unis et l'Espagne, qui vont permettre aux Etats-Unis d'asseoir leur première frontière sur le Pacifique. Et pour le secrétaire d'Etat John Quincy Adams, qui négocie et deviendra ensuite président, c'est un tournant. C'est véritablement affirmer la puissance des Etats-Unis sur le continent.
Xavier Mauduit
Nord-Américain. Et oui, parce qu'après l'épisode napoléonien en Europe, c'est vrai qu'on refait les frontières européennes, bien sûr. Mais en Amérique, ça bouge aussi avec Clément Thibault. C'est un moment important dans cette histoire de l'Amérique. Et là, j'utilise bien sûr l'Amérique au sens de.
Clément Thibault
Continent. le continu américain. En fait, la déclaration Monroe, qui va se muer en doctrine au cours du XIXe siècle, a lieu en 1823 et c'est un moment qui est particulièrement important pour l'Amérique latine notamment. En 1822, il y a l'indépendance du Brésil qui est déclarée sous la forme d'un empire constitutionnel. Et puis surtout, on est en plein processus d'indépendance des républiques hispano-américaines. Le Mexique devient une république justement en 1823. Bolivar est le président de la Grande Colombie. Le Pérou n'est pas encore totalement indépendant mais bientôt la bataille d'Ayacucho en 1824 va finir par libérer totalement le sous-continent. Donc ça c'est un premier élément de contexte, c'est les luttes d'indépendance des pays latino-américains. Et puis un deuxième élément de contexte qui est très important et qui est mentionné dans la déclaration de Monroe, ce sont les révolutions libérales du sud de l'Europe, et notamment qui ont lieu en Espagne, au Portugal et en Italie aussi, entre 1820 et 1821. La déclaration dit, voilà, ce sont des peuples qui veulent améliorer leur sort et donc on est clairement du côté libéral. Évidemment, ce qui se passe dans les métropoles portugaises et espagnoles n'est pas sans effet sur ce qui se passe dans le continent américain, au sens de l'hémisphère.
Xavier Mauduit
Américain. Oui parce que vraiment, il faut le rappeler, il y a des échanges culturels énormes entre le continent européen et puis l'Amérique et des influences culturelles qui ont des incidences. On sait bien que ces mouvements que l'on évoque ici d'indépendance, c'est issu de la révolution française, de ce qui se passe en Europe. C'est important de le souligner parce qu'on va essayer de réfléchir aujourd'hui comment les Etats-Unis ont pu imaginer l'Amérique aux Américains. C'est vrai que c'est une inspiration l'Europe et en même temps c'est un repoussoir pour les.
Marie-Jeanne Rossignol
Etats-Unis. Ah oui, c'est franchement à l'époque un repoussoir au niveau politique et d'ailleurs dans la déclaration, on utilise le mot « votre système » pour parler du système européen. Derrière cette expression « votre système », il y a les monarchies, clairement, car l'expression « system » dans « American system » qui est utilisée dès 1820 par Henry Clay, qui est un grand ami de l'Amérique latine, cela veut dire la République. Donc le système des Etats-Unis, mais aussi des Américains, pour lui, c'est la République. Et en fait, les Américains sortent quand même d'un conflit assez serré avec la Grande-Bretagne, leur ancienne puissance, entre 1812 et 1815. Ils ne sont pas si mal sortis, mais pas si bien non plus. Et ils ont vraiment décidé, après 1815, de se prendre en main. Il ne faut plus que ça soit reproduit. Et si possible, on peut construire un système nord et sud.
Xavier Mauduit
Américain républicain, un petit peu quand même contre l'Europe. Voilà, un peu contre l'Europe avec des voix de l'indépendance en Amérique qui sont diverses. Il y a le cas d'Haïti, c'est un cas très particulier. C'est, on va dire, la deuxième nation qui devient indépendante après les.
Marie-Jeanne Rossignol
Etats-Unis. C'est cela, c'est 1804, c'est cette révolte d'esclaves. Je te passerai la parole après, mais effectivement, Haïti devient indépendante en 1804 et personne ne reconnaît Haïti, c'est une grande question. Les Etats-Unis en particulier, qui avaient commercé jusqu'en 1804 avec Haïti, sont soumis à la pression de la France, qui est quand même leur alliée, et en 1806, passent une loi pour interdire à leurs marchands de continuer à commercer avec Haïti. Donc Haïti, de la part des Etats-Unis, qui est un pays esclavagiste qui va devenir de plus en plus esclavagiste au début du XIXe siècle, et bien Haïti est soumise à un embargo. Et donc Haïti se trouve isolée. En tout.
Clément Thibault
Cas, les Etats-Unis ne veulent pas en entendre parler. L'exemple d'Haïti est assez intéressant parce que Haïti a été divisé entre une partie nord qui est monarchique et une partie sud qui était républicaine. En 1816, la partie républicaine, celle du président Pétion, va aider Bolivar et c'est une aide qui est absolument décisive. Et donc quand Bolivar ne reconnaît pas ensuite cette république haïtienne ou l'état haïtien, c'est une forme vraiment de manque de reconnaissance très fort. Moi, ce que je voudrais dire, c'est que dans le discours de Monroe, il y a ce contrepoint qui se profile entre une Amérique qui serait plutôt républicaine et libérale, et puis de l'autre côté, l'Europe de la Sainte Alliance. Mais ce qu'il faut rappeler, c'est qu'en 1823, en fait, les monarchies sont très présentes encore sur le continent américain. Il y a les Britanniques qui sont évidemment au Canada, dans les Antilles, en Jamaïque et dans d'autres îles. Le Brésil est un empire certes constitutionnel mais qui s'entend relativement bien parce qu'il y a des liens de famille justement avec les grandes familles dynastiques européennes. Le Mexique devient indépendant sous la forme d'un empire, justement pour ménager les puissances européennes. Et du côté des républicains hispano-américains, leur religion n'est pas encore faite. Le libérateur, par exemple, Saint-Martin, il est plutôt monarchiste, constitutionnel. Bon, il y a une tentative, à la fin des années 1820, de rétablissement de la monarchie en Grande-Colombie. Et donc ça, les Américains le savent, les Nord-Américains le savent. Et la déclaration de Monroe, c'est aussi une réplique à tout ce qui se passe en Amérique et à la peur et à la crainte que justement, par le biais du rétablissement de monarchie sur.
Marie-Jeanne Rossignol
Les Amériques, l'influence de l'Europe ne soit trop forte. Oui et d'ailleurs Bolivar se moque un petit peu de ce qui se passe aux Etats-Unis. Les Américains se peignent comme des républicains parfaits. Bolivar dit mais regardez c'est cette dynastie de Virginie qui depuis 1800 se passe le pouvoir de manière systématique et organisée. Chaque secrétaire d'Etat devient président etc. Bolivardi n'ont pas de leçons à nous donner en termes d'organisation pas si républicaine. Donc il y a même, de la part des latino-américains, un regard.
Xavier Mauduit
Un peu critique sur ces républicains affichés des Etats-Unis. En tout cas le modèle, le repoussoir, on l'a dit, c'est la Sainte Alliance, cette association des grandes monarchies européennes issue du Congrès de Vienne en 1815 après Napoléon. Mais on l'entend bien ici, les Etats-Unis regardent leur continent, l'Amérique, qui est très divisée. C'est divisé du point de vue des origines, des langues, des religions et puis des modèles politiques. Est-ce qu'il y a, Marie-Jeanne Rossignol, un plan américain, un idéal, une volonté de créer en Amérique une union de ces différents pays ? Et dans l'idéal.
Marie-Jeanne Rossignol
Ce serait des républiques qui pourraient discuter avec les Etats-Unis. Alors, la personne qui exprime vraiment ce vœu de façon la plus nette, c'est Henry Clay, qui est un personnage politique à l'époque majeure, qui considère qu'il faut créer non seulement un système politique commun, coordonné, mais aussi des traités commerciaux, des traités économiques. Donc, lui et ses amis sont finalement assez favorables à une proximité avec l'Amérique latine. En même temps, Dans tous les débats sur la reconnaissance des pays d'Amérique latine qui se déroule entre 1817 et 1822, la date à laquelle les Etats-Unis commencent à reconnaître les républiques d'Amérique latine, on voit apparaître la grande crainte raciale. des Etats-Unis. Les sudistes du Congrès sont très très méfiants envers ces républiques à la peau mixte, à la peau mélangée. Et du coup, ils freinent énormément les possibilités d'alliance et de rapprochement.
Xavier Mauduit
C'est quand même un argument qui va peser très lourd. En 1816, à la toute fin de l'année 1816, et donc il prend ses fonctions en 1817, James Monroe est le cinquième président des Etats-Unis. C'est qui ce type-là.
Marie-Jeanne Rossignol
? Ça fait partie de ces générations, vous disiez, Marie-Jeanne Rossignol de la Virginie ? Oui, mais James Monroe c'est quelqu'un qui a été quand même pendant la Révolution, un acteur de la Révolution américaine, mais après est venu en France comme ambassadeur entre 1794 et 1796, donc c'est un Jeffersonien qui est proche de la Révolution française. Et d'ailleurs quand on visite sa plantation qui est juste à côté de celle de Thomas Jefferson en Virginie, c'est une toute petite plantation, ce n'est pas quelqu'un qui va être un grand planteur, il sera gouverneur de Virginie, au début du XIXe siècle, il aura réprimé la conspiration de Gabriel, donc c'est quelqu'un qui est assez mal à l'aise avec cette question de l'esclavage, un peu comme finalement une partie des révolutionnaires américains. Et puis, ce qu'il va faire à son accession à la présidence, c'est que pendant la guerre contre les Anglais, il est à la fois secrétaire d'État et secrétaire de la Défense, il s'occupe globalement bien de la question, et en fait, le président de l'époque, James Madison, le pousse vers sa succession, puisque donc à l'époque, on se succède. Et donc, pourquoi fait-il cette déclaration en 1823 ? C'est aussi parce qu'il veut ménager. l'Angleterre. Il veut présenter les idées des Américains, tout en ménageant l'Angleterre, parce que quand même les Américains, les Etats-Unis de l'époque, cherchent surtout à s'étendre des pans de l'Espagne. Et donc, si parmi les monarchies européennes, il y en a une avec laquelle ils veulent se réconcilier, c'est.
Clément Thibault
Quand même plutôt l'Angleterre avec laquelle ils sont en train de se réconcilier. Oui, et moi je voudrais insister sur ce point parce que les acteurs n'ont pas de souvenirs du futur. Et donc, en fait, la déclaration de Monroe a été transformée progressivement par les Américains et les Nord-Américains eux-mêmes comme un texte à usage impérialiste pour justifier des ingérences, notamment en Amérique latine. Mais à l'époque, le contexte est un petit peu différent du point de vue notamment des latino-américains. Les Etats-Unis, pour un certain nombre d'entre eux, sont quand même, non pas forcément un modèle politique, mais une source d'inspiration assez forte. C'est une république avec un système représentatif qui semble bien fonctionner, une démocratie on va dire limités aux hommes blancs, mais qui fonctionnent sur un grand territoire. Et ça, c'est une question qui se pose à l'époque. Comment faire fonctionner un système représentatif sur un grand territoire ? Donc ça, c'est intéressant. Puis c'est surtout un pays extrêmement prospère. Et ça, tous les acteurs latino-américains le remarquent. Donc, ils en vivent vraiment cette prospérité nord-américaine. Ils veulent émuler un petit peu ce système-là. Mais c'est une puissance quand même de second ordre. Il y a 10 millions d'habitants, il n'y a pas vraiment de marines, il n'y a pas d'armée fédérale. Donc ce n'est pas l'épouvantail, ce n'est pas la grande puissance qu'elle va devenir après la guerre contre l'Espagne en 1898. Donc ils n'en ont pas vraiment peur. Ce qui les intéresse en réalité, c'est la reconnaissance de la Grande-Bretagne. C'est la Grande-Bretagne qui mène le jeu véritablement. Ça c'est vraiment la grande puissance, ils font absolument tout pour obtenir une reconnaissance de la Grande-Bretagne. Et puis la France aussi est assez importante. Ça c'est un aspect de l'histoire qui a été vraiment négligé. La France qui est un petit peu revancharde, qui a perdu Saint-Domingue, qui rétablit une station militaire dans les Antilles, et qui veut vraiment remettre un pied dans le sous-continent. Peut-être un petit mot sur la question de la neutralité qui est très importante. C'est-à-dire que les nord-américains, dans les guerres d'indépendance hispano-américaine, sous l'impulsion de James Madison, se déclarent neutres en 1815. Les britanniques aussi. Ils ont un jeu assez subtil, c'est-à-dire qu'ils soutiennent l'Espagne en Europe contre Napoléon. Mais il se déclare neutre dans la lutte entre l'Espagne et les insurgés hispano-américains. Donc, d'une certaine façon, il protège aussi les indépendances.
Xavier Mauduit
Qu'Ils vont reconnaître en 1825.
Marie-Jeanne Rossignol
Et c'est vrai que l'enjeu racial est très important. Oui, parce que... Allez-y, allez-y. Juste pour dire sur la protection, effectivement, les Etats-Unis protègent aussi ce processus d'indépendance en hébergeant dans leurs ports les différents flébustiers qui ont besoin de... se poser à terre, se ravitailler et puis aussi chercher sans doute des cargaisons d'armes. Monique Henry dans sa thèse avait bien exploré le rôle du port.
Xavier Mauduit
De Baltimore en particulier qui est donc une base arrière quand même des indépendantistes. avec ici une puissance économique, les Etats-Unis. Déjà là, grâce à l'esclavage, James Monroe, qui est le cinquième président des Etats-Unis, est un planteur esclavagiste bien sûr. Mais quand nous parlons des Etats-Unis, bien sûr, il ne faudrait pas avoir en tête la carte des Etats-Unis.
Marie-Jeanne Rossignol
D'Aujourd'Hui. On est en 1823, ce n'est pas encore le pays que nous connaissons. Non, mais c'est un pays qui soudain, après 1815, s'est mis à occuper les territoires qui étaient situés à l'ouest des Appalaches. Aussi bien au nord, les états de l'Ohio, l'Illinois, l'Indiana, qu'on voit qui sont juste au sud des Grands Lacs, qu'au sud, c'est-à-dire les états de l'Alabama, le Mississippi et la Louisiane. Ce sont dans ces trois derniers états que va s'étendre l'esclavage à la vitesse véritablement grand V après 1815. Les courbes sont assez parlantes. Et donc, même si les frontières n'ont pas été totalement chamboulées, en 1815. Elles le seront en 1819 avec le traité Adam-Zonis. Cependant, il.
Xavier Mauduit
Y a une progression de la population vers l'ouest qui est.
Maïwenn Guizziu
Considérable jusqu'en 1820. Le 2 décembre 1823, le président James Monroe s'adresse au Congrès. Nous n'avons jamais pris part aux guerres des puissances européennes lorsqu'elles ne concernaient que leurs propres affaires, conformément à nos principes politiques. C'est seulement quand nos droits sont violés que nous nous préparons à nous défendre. nous sommes plus étroitement concernés par les événements de l'hémisphère où nous nous trouvons. Les continents américains, en raison de la situation libre et indépendante qu'ils ont choisi, ne peuvent désormais plus être considérés comme des sujets qu'une puissance européenne pourrait à l'avenir coloniser. Nous devons, aux relations sincères et amicales que les Etats-Unis entretiennent avec ces puissances, de déclarer que nous considérerions toute tentative pour étendre leur système à une partie de notre hémisphère comme dangereuse envers notre paix et notre sécurité. Nous ne saurions voir toute interposition d'une puissance européenne visant à les opprimer ou.
Xavier Mauduit
À les contrôler autrement que comme la manifestation d'une disposition inamicale envers les Etats-Unis. James Monroe, lu par Marilyn Guizziu, Maïwenn Guizziu, le 2 décembre 1823.
Marie-Jeanne Rossignol
Marie-Jeanne Rossignol, qu'est-ce que c'est que cette déclaration Monroe ? Qu'est-ce qu'il dit en fait ? Il y a une partie idéologique, il affirme que les Etats-Unis soutiennent d'autres républiques qu'ils veulent voir comme étant très proches d'eux sur le plan des principes. Il y a quand même le mot liberté qui est clairement libre et indépendante. Il ne dit pas simplement qu'elles sont indépendantes, ces républiques latino-américaines, mais elles sont libres et indépendantes. Derrière, il y a aussi quand même des craintes récentes de voir revenir un certain nombre de colonisateurs. Pendant la guerre de 1812-1815, les Britanniques ont commis un certain nombre de déprédations sur la côte est des Etats-Unis, mais aussi se sont installés sur la côte nord-ouest où les Américains et les Etats-Unis pensaient avoir vraiment posé le pied après 1803. Donc, il y a quand même une crainte qui est non négligeable. Ils sont en train quand même, d'ailleurs la déclaration, je relisais le texte entier ce matin, cette partie du discours de Munro commence par un rappel des bonnes relations qui sont en train de s'établir entre la Russie et les Etats-Unis. Parce que la Russie avait jusqu'au début des années 1820 quelques ont envie de revendiquer le Nord-Ouest de ce qu'est aujourd'hui les Etats-Unis, et tout ça est en train de.
Xavier Mauduit
S'Arranger. Donc, pour les Etats-Unis, il s'agit de finalement marquer leur territoire, mais aussi leurs principes. Est-ce que c'est aussi un message adressé aux puissances européennes pour dire.
Marie-Jeanne Rossignol
Bon bah maintenant vous venez plus, l'Amérique aux Américains. Est-ce qu'on peut réduire la doctrine Monroe à cette idée-là ? En partie, pourquoi pas, mais ils savent très bien.
Unknown Speaker (possibly a musical interlude or guest)
Qu'Ils.
Xavier Mauduit
Ne vont.
Clément Thibault
Pas être écoutés beaucoup en Europe tant qu'ils n'arrivent pas à être plus puissants. Voilà. Clément Ebbou. Oui, si on lit attentivement le texte... On voit que ce qu'ils disent, ce n'est pas vraiment l'Amérique aux Américains, ou pas seulement, ils disent finalement, il y a des situations coloniales qui existent, le Canada, la Jamaïque, etc. Là, on ne va rien faire, on ne va pas les attaquer, c'est seulement si nous sommes attaqués que nous allons répondre. Et je pense qu'il y a ce double contexte. Il y a une décision de 1821 du tsar de Russie de dire voilà tout le nord-ouest, l'Alaska nous appartient et si vous approchez à plus de 100 000 de nos établissements comme Notka, et bien on va répondre militairement. Il y avait déjà eu des accrochages avec les Espagnols à la fin du XVIIIe siècle. Donc il y a cette question de la colonisation vers l'ouest qui est vraiment importante. Et dans le texte, colonisation, il faut l'entendre à la fois comme la colonisation des puissances européennes, mais aussi derrière, il y a aussi un autre sens qui est la colonisation de peuplement, qui est la colonisation interne des États-Unis vers l'ouest et qui est un grand projet qui existait déjà depuis... qui est une des causes d'ailleurs de la révolution américaine. en 1763, lorsque le roi Georges III fait la ligne de proclamation et dit que tous les territoires du bassin de l'Ohio appartiennent aux populations amérindiennes. Ça évidemment, c'est un casus belli aussi, parce que ça freine l'expansion vers l'ouest. Puis l'autre point aussi, c'est, et ça c'est un élément de contexte qui est implicite, c'est l'intervention française en Espagne. C'est-à-dire que vous avez avec la Sainte Alliance un système de congrès, Dans ces congrès, la Grande-Bretagne, la France, l'Autriche, la Prusse et la Russie discutent justement pour préserver l'ordre, on va dire, issu de la défaite de Napoléon. Alors la Sainte Alliance, c'est quelque chose d'un peu... comment dire, abstrait sur le papier. La Grande-Bretagne n'a rien à voir avec la Russie, ils ne sont pas d'accord forcément. Mais ils finissent par autoriser en 1823 au congrès de Vérone, sous l'impulsion de Chateaubriand, une intervention française en Espagne qui va abolir le gouvernement libéral espagnol qui s'était installé en 1820. Et ça, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'il peut y avoir une alliance franco-espagnole et que les espagnols qui jusque-là avaient été totalement impuissants à reconquérir leur colonie se trouvent dotés éventuellement ou possiblement d'un allié puissant qui est la France qui veut justement revenir et remettre un pied.
Xavier Mauduit
Aux Amériques. Et ça c'est un puissant élément de contexte et c'est vraiment dans les mois qui précèdent. En 1823, cette intervention française en Espagne, c'est la bataille de Trocadéro. On le connaît, mais ça c'est par la toponymie urbaine avec la réception de cette déclaration Monroe. Alors, Marie-Jeanne Rossignol.
Marie-Jeanne Rossignol
Comment ça se passe aux Etats-Unis déjà ? Ces gens-là aux Etats-Unis, comment reçoivent-ils cette déclaration ? Si on se replace dans le contexte assez récent, à la fin de la guerre de 1815, pour les habitants des Etats-Unis, qui sont extrêmement nationalistes, c'est vraiment la période nationaliste par excellence, c'est une déclaration qui est bienvenue. Les américains du nord sont très favorables pour le moment, à ce moment-là, aux indépendances latino-américaines. Et eux-mêmes se rappellent très bien de ce qui s'est passé en 1815, où les anglais ont une dernière fois tenté de débarquer à la Nouvelle-Orléans. C'est très présent dans l'esprit de la population. Et c'est d'ailleurs sur cette base que le président Andrew Jackson sera élu en 1828. Il fera miroiter qu'il est le vainqueur de la bataille de la Nouvelle-Orléans. Alors, pourquoi les Etats-Unis veulent absolument éviter un retour, ne serait-ce que de la Grande-Bretagne, mais aussi d'autres... C'est parce que pendant cette guerre de 1815, les Anglais ont fourni, comme d'habitude, des armes aux Indiens. Et il a fallu, pour l'armée américaine, non pas simplement repousser les anglais qui débarquaient à différents endroits, mais aussi lutter contre des forces indiennes. Alors c'est ça aussi, parce que ça donne l'occasion à ce moment-là au général Andrew Jackson d'écraser complètement les indiens du sud-est. Mais c'est quand même une grande crainte. Donc, affirmer qu'on ne laissera plus poser le pied à une puissance coloniale, c'est aussi finalement régler un problème interne. Ne plus donner l'occasion aux nations autochtones d'obtenir des armes et un soutien.
Xavier Mauduit
Militaire de la part de nations extérieures. Un phénomène qui s'est produit régulièrement depuis la fin de la révolution américaine. Ça c'est.
Clément Thibault
La réception à l'intérieur des Etats-Unis. Qu'en est-il de la réception en Amérique latine à Clément Thibault ? La réception est évidemment très bonne, dans la mesure où justement, on ne voit pas encore les Etats-Unis comme une puissance impérialiste, et que clairement, ce qui est dans le viseur de la déclaration, c'est aussi la puissance impériale espagnole. Parce que si les Britanniques ont fourni des armes aux Indiens du Sud-Est, il y a des alliances objectives, notamment entre le gouvernement espagnol et les Comanches, et un certain nombre de groupes comorches dans le sud-ouest de ce qui n'est pas encore les Etats-Unis et donc un appui quand même, une sorte de contention de la part de cet empire espagnol. Et évidemment les patriotes hispano-américains notamment sont ravis quand Bolivar reçoit la nouvelle de la déclaration Alors, il n'éclate pas de joie parce que ce qu'il attend c'est la reconnaissance de la Grande-Bretagne. C'est ça qui est important. Mais il dit, voilà, ça va être un point d'appui, c'est une République sœur d'une certaine façon, ils ont un système républicain représentatif. C'est la même chose du côté du Rio de la Plata à Buenos Aires. Vraiment, c'est accueilli par Rivadavia. avec vraiment bonne grâce, on.
Xavier Mauduit
Pense que les Etats-Unis vont devenir un allié. Evidemment, ça ne va pas se.
Marie-Jeanne Rossignol
Produire pour les raisons qu'on a expliquées. Et les réactions en Europe ? Qu'est-ce qu'on dit quand on apprend cette déclaration ? Honnêtement, il y a peu de réactions en Europe. Les Etats-Unis sont un petit pays. Les Européens sont préoccupés par leurs propres affaires. Les réactions... Je pense que c'est beaucoup plus tard que.
Xavier Mauduit
Cette déclaration va prendre son écho et ses réverbérations. Et elle sera aussi déformée d'une certaine façon par rapport à sa signification primitive. James Monroe est président des Etats-Unis de 1817 à 1825. Vrai qu'une déclaration c'est le 2 décembre 1823, c'est vite fait comme ça, c'est une journée. Mais elle s'étend.
Marie-Jeanne Rossignol
Sur le temps long parce que à.
Maïwenn Guizziu
James Monroe succède un autre président qui lui est très proche, c'est le président Quincy Adams. Il était à la fois politicien et poète, diariste et diplomate. Il aimait le billard, jouait de la flûte, et fut le premier président à se faire photographier pendant son mandat. Il se baignait le matin dans le fleuve Potomac, et parmi les sept premiers chefs d'État, lui et.
Unknown Speaker (possibly a narrator or reader)
Son père étaient les seuls à ne pas avoir possédé d'esclaves. Il s'agissait de John Quincy Adams, le sixième président de la nation. Je n'ai jamais été et ne serai jamais ce qu'on appelle communément un homme populaire. Je ne suis certainement pas intentionnellement repoussant dans mes manières et.
Xavier Mauduit
Mon comportement, mais je n'ai aucun pouvoir de fascination. Il n'y a pas de miel qui, selon le proverbe, est un véritable attrape-mouche. Le président Kuntzi Adams, qui est président des Etats-Unis longtemps, jusqu'en 1848, Non, il est représentant jusqu'en 1848. Il est président moins longtemps des Etats-Unis bien sûr, mais avec ici cette présidence de 1825 à 1829 et puis toujours sa présence.
Marie-Jeanne Rossignol
Auprès des représentants, on a quelque chose qui fait que cette doctrine Monroe, prononcée par son prédécesseur, est toujours soutenue longtemps aux Etats-Unis. Oui, elle va se muer en manifeste destinée à partir de la fin des années 1830. Une manifeste destinée qui ne prendra plus du tout en compte des bons rapports avec l'Amérique latine. Alors, ce qu'on peut dire sur John Quincy Adams, c'est qu'en gros, en tant que secrétaire d'État, il va être sous James Monroe, un des grands architectes de l'expansion américaine. Il va soutenir en particulier en 1817-1818 les incursions pas trop autorisées du général Andrew Jackson en Floride. La Floride est encore espagnole à ce moment-là. Et en fait, il lui laisse faire à ce genre d'incursions pour mettre la pression sur l'Empire espagnol, sur l'Espagne, pour pouvoir Ensuite, au moment des négociations sur non seulement la Floride, mais aussi une partie de l'Ouest, il veut mettre la pression sur l'Espagne. Donc John Quincy Adams commence sa carrière comme un secrétaire d'Etat extrêmement agressif, extrêmement nationaliste. Et puis, En tant que président, il poursuit évidemment ce genre d'objectifs. Simplement, c'est quelqu'un de Nouvelle-Angleterre, il fera partie des premiers hommes politiques qui se rendent compte des conséquences que cette expansion, cumulée avec le boom du coton, vont avoir sur la nation, c'est-à-dire l'expansion de l'esclavage. Et donc, en tant que représentant, à partir de 1830, en gros, il est réélu rapidement après sa première présidence, il va défendre au Congrès, justement, l'abolition de l'esclavage, et surtout, s'opposer à l'annexion du Texas. Et je pense que ça serait bien.
Xavier Mauduit
De pouvoir parler un petit peu du Texas dans cette histoire, parce que le Texas est, depuis 1803, dans la boucle, en fait. Oui, parce que le Texas, c'est vrai que ce n'est pas.
Clément Thibault
Un état des Etats-Unis des origines, c'est pas loin des 13 colonies, c'est un monde espagnol. Comment ça se passe pour le Texas ? Oui, alors le Texas, qu'on a appelé Terrasse en fait, c'est les provinces internes de la Nouvelle-Espagne. L'un des problèmes, on va dire, de l'Espagne, c'est qu'à la suite de la cession de la Louisiane aux Etats-Unis, la frontière entre les Etats-Unis et l'Espagne sont extrêmement floues. Elles ne sont pas du tout dessinées. Donc il y a beaucoup, beaucoup de contestations. Évidemment, ça éveille les appétits nord-américains. Et puis, il y a un certain nombre de settlers aussi anglophones qui vont s'installer dans la région du Texas qui devient mexicaine en 1821. Et ce sont ces settlers, sous leur impulsion, qui vont créer la République indépendante du Texas en 1836. Et c'est là que la question de l'esclavage revient et qui est très intéressante. C'est-à-dire que que demande le Texas pour soutenir son indépendance ? La reconnaissance de la Grande-Bretagne et de la France. La France est le premier pays à reconnaître le Texas indépendant, mais la Grande-Bretagne qui est importante. Or la Grande-Bretagne en 1833 a aboli l'esclavage, Et donc les Nord-Américains pensent que contre la reconnaissance de l'Etat, les Texans vont peut-être abolir l'esclavage, ce qui était peu probable. Et c'est pour ça d'ailleurs que c'est à ce moment-là.
Xavier Mauduit
Que la déclaration Monroe va se transformer.
Clément Thibault
En doctrine, véritablement, les Américains précipitant l'annexion du Texas.
Marie-Jeanne Rossignol
Justement aussi en partie pour préserver l'esclavage au Texas. C'est quoi la Seth Laws ? Alors les CTE, c'est les colons. Des colons, des colons peuplement. Je crois qu'effectivement, remettre le Texas ou Terrace dans la boucle, ça permet de voir sur la longue durée pourquoi il n'y a pas, après la déclaration Monroe, une meilleure entente entre l'Amérique du Nord et l'Amérique latine. En 1803, quand la Louisiane est achetée, Jefferson ne voulait pas, le président des Etats-Unis de l'époque, ne voulait pas particulièrement acheter l'ouest des Etats-Unis. La Louisiane, il voulait acheter simplement le port de la Nouvelle-Orléans. Et il achète tout, parce que Bonaparte veut se débarrasser de tout pour bloquer une possible expansion anglaise à partir du Canada. Et tout de suite, Thomas Jefferson dit, qu'est-ce qu'il y a dans cette grande Louisiane qui est à l'ouest du Mississippi ? Et les Français lui disent, il n'y a pas le Texas. Et lui il se dit, mais pourquoi ? La France peut bien réclamer le Texas. Et à partir de ce moment-là, il met la pression sur les Espagnols, qui sont extrêmement hostiles. Et cette question du Texas revient au moment du traité Onis-Adams de 1819-1821. Donc, juste au moment où les Américains sont en train de reconnaître les républiques d'Amérique latine, en même temps, ils s'indignent qu'on ne leur cède pas le Texas. Et le Texas va devenir une partie importante du Mexique. Donc les mauvaises relations avec le Mexique, qui vont émerger au moment de l'indépendance du Texas, eh bien, elles sont plantées là. Elles démarrent... Donc en fait, au moment même où les Etats-Unis sont en train de faire des gestes d'amitié envers l'Amérique latine, par le biais de la politique d'expansion, ils sont déjà en train de se fâcher avec le Mexique. L'agent de l'esclavage va se greffer dessus, puisque, effectivement, les Anglais voudraient que le Texas indépendant devienne un état anti-esclavagiste. Les Américains, eux, les Américains du Nord voudraient annexer le Texas, et en tout cas le Texas voudrait être annexé. Et ça, c'est donc le président John Quincy Adams, devenu simple.
Xavier Mauduit
Représentant, qui va l'empêcher. Donc on voit que les questions de politique internationale vis-à-vis de l'Amérique latine sont étroitement liées à l'expansion et l'expansion de l'esclavage aux Etats-Unis. Avec la doctrine Monroe, qui commence par une déclaration, c'est ça, ça commence par une déclaration, ça se.
Unknown Speaker (possibly a musical interlude or guest)
Transforme ensuite en doctrine, avec cet isolationnisme qui se mêle d'impérialisme, c'est ce paradoxe-là, c'est ce qui nous intéresse aujourd'hui.
Xavier Mauduit
Dans.
Unknown Speaker (possibly a musical interlude or guest)
Le cours de l'histoire, cette doctrine Monroe. I got a fever, an inflammation, that's what I got You turn the heat on me, some like it hot Look what you started A conflagration, baby, that's what Don't let the flame go out Sun like it hot Oh, baby, I'm from that old school When you kissed me I lit up Like a barrel.
Xavier Mauduit
On fire Cold like the engine Ring up the station I'm on the spot Love burns you up the most Like it or not But baby, I like it hot Petit clin d'œil à Marilyn dans le cours de l'histoire avec ici la question qui se pose c'est ce paradoxe sans nom entre l'idée que par la doctrine Monroe c'est l'Amérique aux Américains et dans le même temps on pourrait dire que c'est une.
Clément Thibault
Doctrine complètement impérialiste parce que c'est pas l'Amérique aux Américains c'est l'Amérique aux Etats-Unis. Est-ce qu'on pourrait le dire comme ça aussi quand la déclaration devient doctrine Clément Thibault ? Disons que l'expression doctrine Monroe est utilisée pour la première fois par le président Polk en 1845 dans un de ses carnets. Et le président Polk n'est autre que celui qui a impulsé la guerre contre le Mexique et qui a vraiment arrondi les frontières des Etats-Unis qui a permis justement d'accéder à la côte pacifique qui était quand même un objectif depuis la fin du 18e siècle. Cette guerre americano-mexicaine est vraiment catastrophique pour le Mexique puisque la Californie, le Nouveau-Mexique, tous les états, c'est la moitié du territoire mexicain qui est perdu. Et le paradoxe c'est que ça se fait aussi en partie au nom d'une déclaration de principe républicain anticolonialiste qui était celle de 1823. Mais on voit comment les choses se retournent complètement. Alors ce qu'il faut dire aussi c'est qu'en 1848, quand est signé le traité guadalupe-hidalgo entre les Etats-Unis et le Mexique, les Mexicains ne réagissent pas, l'opinion publique mexicaine ne réagit pas très fortement parce que ce sont des territoires qui sont très éloignés, très vastes, qui n'apparaissent pas vraiment sur la carte mentale des citoyens mexicains et c'est un état-nation en formation.
Xavier Mauduit
De fait, la déploration de la perte de la moitié du Mexique, ça va vraiment surgir à la fin du XIXe siècle.
Marie-Jeanne Rossignol
Comme vraiment une revendication très très forte. Avec ce traité de Guadalupe Hidalgo, c'est vrai que pour les Etats-Unis, la carte s'élargit, parce que là, on va jusqu'en Californie. Oui, en fait, les rêves du président Thomas Jefferson, qui avait lancé en 1803 une expédition de traversée du continent, alors qu'à l'époque, les Etats-Unis n'avaient aucune revendication sur la côte pacifique, Ces rêves, ces rêves les plus fous arrivent à maturité, deviennent réalité. En 1848, les Etats-Unis constituent une sorte de bande continue de l'Est à l'Ouest qui a été construite quand même de manière assez délibérée et avec un plan d'ensemble, en tout cas pour l'acquisition de la terre auprès des Indiens par le gouvernement fédéral et la revente à des simples particuliers. Donc les Etats-Unis, là, arrivent en 1848 à Voilà, évidemment il ne faut pas faire de téléologie, mais il est clair que quand même, dès le président Jefferson, dès 1803, il y a cette idée que les États-Unis peuvent s'étendre, doivent s'étendre jusqu'au Pacifique, et c'est ce qui arrive en 1848. Alors ce qui change par rapport à l'époque de la déclaration Monroe, c'est quand même le regard qu'on porte aux États-Unis sur les républiques d'Amérique latine, le regard qui était quand même assez chaleureux dans les années 1820, c'est muet, on en regarde globalement méprisant, qui va se traduire, alors là tu pourras en parler mieux que moi, mais par un traitement extrêmement discriminatoire envers les populations d'origine mexicaine qui restent au Texas après 1848 et qui restent dans toute cette portion nouvelle des Etats-Unis. Les Etats-Unis considèrent qu'il s'agit de papistes, contestent plus ou moins les titres de propriété, ne respectent pas les droits.
Xavier Mauduit
Juridiques de ces populations. Donc c'est vraiment là, je pense, qu'il y a un tournant quand même affiché dans le rapport avec ces autres nations et ces autres populations. Oui.
Clément Thibault
C'Est vrai que dans le cas du Texas, ces populations hispaniques ne sont pas des populations migrantes. Elles étaient déjà là installées avant que les États-Unis n'arrivent. Clément Thibault. Oui, alors ça c'est vraiment un cas qui est extrêmement intéressant de voir, notamment, les catégories raciales nord-américaines qui vont s'appliquer à une réalité qui était assez différente. C'est comme ça que, par exemple, les Espagnols du Texas, qui étaient très fiers de leur blancheur, qui étaient devenus mexicains, vont devenir des colored people. Ils ne vont plus être tenus pour blanc. Et de même, il y a un cas qui est assez célèbre dans l'historiographie hispano-américaniste, qui est celle notamment d'un Indien Pueblo, qui se rendent compte qu'ils vont perdre leur droit à la citoyenneté par l'inclusion dans le Texas et qu'ils vont envoyer un avocat à la Cour suprême pour dire, nous, on n'est pas une tribu liée par traité au gouvernement des Etats-Unis, on est des citoyens parce qu'on était des citoyens mexicains. Ce que voulait dire la citoyenneté mexicaine concrètement, c'était sans doute pas grand chose, ça c'est sûr, mais ils semblaient y tenir suffisamment pour aller réclamer leur droit à la Cour suprême. Et je pense qu'il y a, dans la vision qu'ont les Etats-Unis de tout ce qui se passe au sud du Rio Grande, il y a plusieurs clés de lecture. Il y a cette vieille idée anglo-américaine que les Hispaniques, notamment, et les catholiques en général, sont incapables d'accéder à un régime de liberté. des incapaces libertatis, comme on dit en Angleterre au temps de la Révolution française. Et puis il y a aussi ce régime indéchiffrable qui a accordé la citoyenneté aux Amérindiens, aux libres de couleur, même si certains pays préservent l'esclavage, d'autres l'abolissent. Et donc, ce sont des républiques qui, au moins sur le papier, ont aboli les discriminations raciales. Et ça, pour les Nord-Américains, ce n'est pas complètement possible. En plus, ce sont des régimes extrêmement instables avec le chaotisme, avec les pronunciamientos. Donc, pour eux, c'est un véritable désordre de couleur, de.
Xavier Mauduit
Race, un désordre politique. Et ils ne se sentent pas proches du tout de ces régimes, malgré le caractère républicain. des régimes de part et d'autre de Rio Grande. Et puis si on regarde la carte du monde, on peut contextualiser pendant que l'impérialisme est très présent en Europe avec le phénomène de colonisation, les Etats-Unis.
Marie-Jeanne Rossignol
Eux, ne se pensent pas comme puissance coloniale. Ça vous fait rire à Marie-Jeanne Rossignol ! Non mais c'est vrai ! Ils ne se pensent pas comme puissance coloniale, mais Mais dans les faits, ils le sont, d'une façon qui est originale. Mais je pense que tous les empires se sont construits de façon différente. Et l'Empire américain se construit dans un rapport aux autochtones en particulier, qui est très particulier. puisque les autochtones ne sont pas considérés comme citoyens. On les met sur des réserves et on les combat par des guerres incessantes. En fait, tout le XIXe siècle jusqu'en gros 1893, je crois que quand la frontière entre guillemets s'arrête, c'est aussi le moment où les derniers Apaches sont envoyés dans des camps et des prisons et des réserves. Tout le XIXe siècle est un siècle de conquêtes. Il y a des historiens américains qui comparent davantage ce qu'il se passe aux.
Clément Thibault
Etats-Unis, cette grande expansion, à ce qu'il se passe en Russie, vers l'Est. Simplement, le rapport aux autochtones est très très différent. Pour peu que j'ai des lumières sur le sujet. C'est peut-être intéressant de rappeler une clé de lecture qui s'établit en France au milieu du XIXe siècle et qui naît au début du siècle, qui est partagée par des Saint-Simoniens ou des socialistes démocrates, comme Félicité de Lamney, mais avant Michel Chevalier, même Madame de Stal au début du XIXe siècle. C'est une clé d'analyse d'une sorte d'histoire globale des races colonisatrices. Et il y en a trois, il y a les races latines, il y a les races anglo-saxonnes et les races slaves. Donc c'est les trois grandes races colonisatrices. Et la clé de lecture consiste à dire parmi la race colonisatrice latine, les espagnols, les portugais, les hispaniques sont sur le déclin. et la France doit protéger ces races-là. Et pour eux, c'est évident, c'est absolument évident après l'absorption de la moitié du Mexique par les Etats-Unis, que les Etats-Unis vont progresser jusqu'au Panama. Pour eux, ils vont absorber le Mexique et l'Amérique centrale, et c'est une des les explications idéologiques de l'intervention française au Mexique en 1862. C'est-à-dire, il faut absolument arrêter une forme de colonisation qui est spécifique, qu'ils appellent éradicatrice et matérielle, c'est-à-dire, on progresse, on pousse devant les autres peuples sans se mélanger avec eux, alors que les Rastatines auraient une disposition, on est dans l'idéologie, au métissage, au mélange. Et donc.
Marie-Jeanne Rossignol
Paradoxalement, cette contre-doctrine Monroe, qui est imaginée notamment sous le gouvernement de Napoléon III, vise à protéger le Mexique par une intervention impérialiste contre un autre impérialisme qui est l'impérialisme nord-américain. Oui, mais je pense que c'est quelque chose de très important. Au moment de la guerre de 1846-48, donc la guerre des Etats-Unis contre le Mexique, il y a des voix aux Etats-Unis qui s'élèvent en faveur de l'absorption complète du Mexique, mais il y a des voix aussi. qui réclament qu'on n'aille pas trop loin. Parce qu'en fait, justement, les territoires qui vont être annexés aux Etats-Unis sont des territoires qui ont une faible densité de population. Et les anglo-saxons, entre guillemets, donc les Etats-uniens au pouvoir, qui sont quand même, à ce moment-là, essentiellement des partisans de la suprématie blanche, disent, n'allons pas trop loin. Car cela va nous causer des ennuis, ça nous amènera à annexer des populations qui ne nous ressemblent pas. Et sur la partie, effectivement, le soutien de la France au Mexique au moment de Napoléon III, les Etats-Unis, à ce moment-là, sont en pleine guerre de sécession. Mais la guerre de sécession aussi, et on peut imaginer de la part des nordistes, est aussi quelque chose de dramatique parce qu'elle limiterait la puissance des États-Unis. On voit bien que le Nord est quand même très très mobilisé pour des questions très nettement.
Xavier Mauduit
Mobilisées contre l'esclavage, mais aussi mobilisé pour des unions. Cette immense nation très puissante Et donc.
Marie-Jeanne Rossignol
La doctrine Monroe, en tant que doctrine, elle est aussi invoquée par le président Lincoln. Ah oui, c'est-à-dire qu'en 1800, dans les années 1860, Lincoln revendique pendant la guerre de sécession. Pendant la guerre de sécession, il ne veut pas que la France pénètre au Mexique.
Xavier Mauduit
Au motif de la doctrine Monroe. Et parce que les Etats-Unis, à ce moment-là, ont ce sentiment d'être extrêmement puissant, qui va être décuplé quand même par la victoire du Nord. Oui, c'est vrai que nous avons cette histoire.
Clément Thibault
Que nous traçons sur le temps long aujourd'hui dans le cours de l'histoire. 1898, c'est le moment où les Etats-Unis arrivent à chasser les Espagnols d'Amérique, on peut le dire ainsi. Alors peut-être pour revenir brièvement sur les années 1860 qui sont assez importantes parce qu'il y a cette ingérence française au Mexique, il y a la République Dominicaine aussi où l'Espagne remet un pied, réannexe la République Dominicaine. Les espagnols aussi sont sur les côtes du Chili, bombardent Valparaiso et au Pérou, il y a une guerre entre l'Espagne et le Pérou. Donc il y a encore à nouveau une crainte, une réactivation justement de la doctrine Monroe à ce moment là. Et là un meilleur accueil de la part des espagnols américains qui y voient un point d'appui justement pour lutter à la fois contre la France et contre l'Espagne qui sont extrêmement agressives à ce moment là. Mais évidemment, le grand moment de bascule, c'est la guerre entre l'Espagne et les Etats-Unis en 1898 à cause de Cuba, notamment, où les Etats-Unis transforment Cuba en une sorte de protectorat. grâce à l'amendement.
Xavier Mauduit
Platt. C'est un amendement qui est pris au début de la vie républicaine de Cuba qui autorise vraiment toutes les.
Unknown Speaker (possibly a narrator or reader)
Ingérences possibles de la part des Etats-Unis en cas de problème. Quelle postérité pour la doctrine Monroe.
Unknown Speaker (possibly a narrator or guest)
! Cette histoire s'écrit avec un gros bâton. J'ai toujours été fou J'ai toujours aimé le vieux proverbe d'Afrique de l'Ouest. Parlez doucement et portez un gros bâton. et vous irez loin. L'expansion américaine que Roosevelt avait préconisée bien avant son passage au ministère de la Marine avait réussi au-delà de ses rêves. Les États-Unis sont désormais une puissance mondiale. Ils ont annexé Hawaï, chassé l'Espagne du Nouveau Monde, dominé Cuba et Puerto Rico. Ils avaient repris les Philippines aux Espagnols. Ils avaient ensuite entamé une campagne brutale et sanglante pour soumettre le peuple philippin. Ce peuple voulait être libéré de toute domination étrangère quelle qu'elle soit, y compris les Américains. Des dizaines de milliers de personnes sont mortes pour.
Xavier Mauduit
Que les États-Unis puissent prendre pied dans le Pacifique. Pour les anti-impérialistes comme Mark Twain, de telles aventures militaires trahissaient les principes américains. Et Roosevelt lui-même n'était rien de plus qu'un charlatan. Évocation du.
Marie-Jeanne Rossignol
Président Theodore Roosevelt et de son gros bâton. Theodore Roosevelt, c'est le président du début du XXe siècle. C'est quoi cette doctrine du gros bâton ? Elle remplace la doctrine Monroe ? Oui, c'est une évolution de la Doctrine Maintenant Haut, c'est une nouvelle version. Elle est surtout la doctrine du gros bâton associée à Theodore Roosevelt. Je ne pense pas qu'on l'ait beaucoup utilisée pour d'autres présidents. Il est évident que cette guerre contre l'Espagne est, comment dire, justifiée par les Etats-Unis par une recherche de la liberté. Donc, il reste dans le cadre, finalement, de ce que la déclaration Monroe intégrait, la notion de liberté et la notion d'indépendance. Simplement, comme ce petit extrait vient de le rappeler, elle se transforme peut-être par une libération de Cuba, mais qui reste sous protectorat, mais surtout par la colonisation des Philippines. Et l'extrait qui a été diffusé est très parlant. C'est une guerre horrible. Et à partir de ce moment-là, il y a un tournant quand même dans la politique extérieure des Etats-Unis qui regarde ce qui se passe en Chine en particulier, où ils voient les autres grandes puissances. Ils sont quasiment devenus la plus grande puissance à ce moment-là du monde occidental. Ils voient les autres grandes puissances qui sont en train de s'installer en Chine, qui sont en train de s'installer dans d'autres endroits. Et donc eux vont vouloir participer au-delà même du continent à le partage, une sorte de partage du monde. Et donc 1898.
Xavier Mauduit
C'Est très intéressant parce qu'il y a Cuba, mais il y a aussi les Philippines, et on voit les Etats-Unis sortir de même, c'est aussi l'année où ils prennent le contrôle complet de Hawaï. Et puis il y a un moment quand même qui nous interpelle quand on réfléchit à cette politique des Etats-Unis. Nous ne nous mêlons pas des affaires européennes, mais les Européens ne se mêlent pas de nos affaires, c'est la.
Marie-Jeanne Rossignol
Première Guerre mondiale. Parce qu'il y a ce premier temps de Première Guerre mondiale où on peut dire que les Etats-Unis appliquent vraiment la doctrine Monroe, c'est-à-dire ils ne vont pas intervenir en Europe. C'est l'époque, en tout cas, où on commence à utiliser le mot isolationnisme. Avant, on ne l'utilise pas, en fait. Avant, il y a la doctrine de George Washington. C'est le discours d'adieu où George Washington dit on ne se mêle pas. Ça date de 1797, cette idée de on ne se mêle pas de leurs affaires, sous-entendu, et ne se mêle pas des nôtres. La première guerre mondiale, c'est.
Xavier Mauduit
Surtout, pour moi en tout cas, la première grande puissance qui vient régler les affaires du monde occidental. Mais je pense qu'à ce moment-là, la doctrine Monroe n'est plus vraiment dans l'air du temps. Elle n'est plus dans l'air du temps et puis il y a vraiment l'idée que les Etats-Unis, par contre, restent maîtres de.
Clément Thibault
L'Ensemble du continent américain. Et maintenant, d'accord, ils peuvent aller voir ce qui se passe en Europe, s'il y a des problèmes, mais c'est comme une évidence, ce sont eux les maîtres de l'Amérique. Disons ce qui va caractériser l'impérialisme nord-américain. C'est le refus de la conquête, quand même. Mais la politique du big stick se fait au nom de valeurs civilisationnelles. Dans le texte, on l'entend bien. Ce sont des gens qui ne sont pas capables de se gouverner eux-mêmes. Et donc, on a le droit, nous les Etats-Unis, d'intervenir en cas de désordre, si ces désordres menacent nos intérêts. Et donc, ce qu'ils construisent, c'est une sorte d'empire informel, pour reprendre l'expression de David Todd et de l'historiographie britannique. fondée sur la dette, sur les occupations militaires, qui se multiplient, notamment pendant la première guerre mondiale. Alors, ils ont du mal à intervenir en Europe, mais ils n'ont aucun mal à intervenir dans la Caraïbe, en Amérique centrale, Haïti, la République dominicaine, un certain nombre de républiques bananières, le terme apparaît à ce moment-là pour désigner le Honduras, et puis surtout le canal de Panama, qui est très important, qu'avaient commencé à creuser les français au Panama. Et en 1903, le Panama devient un état indépendant avec le soutien quand même extrêmement fort des Etats-Unis, même s'il y a un mouvement interne, et pour protéger aussi les intérêts du canal intérior océanique. Et plusieurs interventions justement pour préserver la possibilité de creuser des canaux intérieurs océaniques. Donc, ils protègent en fait, ils voulaient rompre avec la vieille politique impérialiste.
Xavier Mauduit
Des européens, mais ils finissent par reproduire la politique de la canonnière et un impérialisme informel à la britannique, c'est-à-dire la dette, les finances et un contrôle grâce à la marine de ces états. Et puis le soutien aux opposants, en fait, tout ce qu'on évoque ici nous permet de lire, relire cette histoire des interventions étasuniennes durant le XXe siècle. Alors on pense bien.
Marie-Jeanne Rossignol
Sûr à toutes ces différentes interventions, que ce soit le soutien de Pinochet au Chili, que ce soit le Nicaragua. Est-ce que tout cela pourrait s'inscrire dans un héritage bien sûr contextualisé de la doctrine Monroe ? Oui, d'une certaine façon, c'est inévitable. À partir du moment où il y a ces autres républiques, les États-Unis les regardent avec beaucoup d'intérêt. D'abord un intérêt amical, et puis peu à peu, ils mettent leurs propres intérêts au premier plan. Moi j'aimerais revenir simplement sur Cuba, en 1898. En fait, quand on regarde l'histoire des événements, les États-Unis étaient très inquiets que les Allemands viennent récupérer Cuba dans cette période d'instabilité. Et donc, on voit bien que l'intérêt pour.
Xavier Mauduit
L'Amérique, qui devient leur backyard à partir de ce moment-là, leur arrière-cour, est quand même toujours dicté, comme dans les déclarations Monroe, par la crainte de voir d'autres puissances gérer ces affaires-là à leur place. C'est vraiment ça, cette ligne qui nous permet vraiment de saisir la politique des Etats-Unis.
Clément Thibault
Mais après, c'est vraiment intéressant de voir selon le contexte Première Guerre mondiale, Seconde Guerre mondiale, bien sûr, cette politique est adaptée. Mais en tout cas, pour le continent américain, alors là, c'est extrêmement clair. Disons, je pense qu'il faut aussi faire des distinctions et noter des variations. Parce qu'après la politique du gros bâton de Théodore Roosevelt, il y a la politique du bon voisinage du président Roosevelt. Et là, la tonalité est vraiment très différente. L'autre Roosevelt ? L'autre Roosevelt, c'est-à-dire Franklin Delano Roosevelt qui veut avoir des relations beaucoup plus équilibrées, on va dire démocratiques. avec l'Amérique latine, ça existait. Je pense qu'il ne faut pas avoir une vue purement unilatérale et un petit peu linéaire de la politique des Etats-Unis. Moi je pense par exemple au rôle de la société américaine et notamment des militants syndicaux pendant la révolution mexicaine qui commence en 1910. Ils ont eu un rôle extrêmement important de soutien aux révolutionnaires mexicains pendant cette révolution. Donc il y a des formes aussi de solidarité entre la société, une partie de la société américaine et puis l'Amérique latine dans le refus justement de cet impérialisme américain. Mais évidemment, du point de vue du gouvernement, c'est vraiment extrêmement différent. C'est pas du tout la même histoire. Sachant aussi qu'on lit assez souvent que pour les Etats-Unis, finalement, l'Amérique latine n'est pas si importante que ça. C'est ce que dit Kissinger, par exemple. C'est un peu le cadet de ses soucis. En gros, moi, j'ai le sentiment que pour le 20e siècle, les États-Unis veulent gérer les problèmes, limiter les capacités de nuisance des latino-américains, qui serait l'immigration massive et qui.
Xavier Mauduit
Est le trafic de drogue. Et puis, d'un point de vue géopolitique, finalement, ce n'est pas la zone où leurs intérêts vitaux se trouvent, même si la proximité des Caraïbes et de l'Amérique centrale est importante. Et puis du point de vue politique, il ne faut pas d'ingérence dans les affaires d'Amérique à Amérique au sens de continents qui sont sous le contrôle des Etats-Unis. Et on pourrait, Marie-Jeanne.
Marie-Jeanne Rossignol
Rossignol, comprendre la guerre froide ainsi. C'est-à-dire que dès lors, le champ d'action des Etats-Unis, c'est le monde puisque c'est une lutte contre le communisme partout avec la crainte que le communisme se développe en Amérique. Tout à fait, ils se développent en Amérique latine, effectivement, surtout en Amérique latine. Je pense qu'ils tiennent assez bien leur propre pays. Moi, juste ce que je voulais ajouter sur la société, qui me paraît un très bon angle, les Noirs américains se rendent très bien compte qu'au Mexique, il n'y a pas ces discriminations de peau. en tout cas avant que légalement elle ne soit abolie aux Etats-Unis. Et donc W.E.B. Du Bois voyage au Mexique avec un grand plaisir dans les années 30 à 50.
Xavier Mauduit
Parce que c'est un pays où on va l'accueillir sans discrimination raciale. La société américaine est bien consciente qu'il y a des avantages dans ces pays.
Clément Thibault
D'Amérique latine, une ouverture qu'il n'y a pas aux Etats-Unis. Voilà, distinguer la société d'un pays et puis les décisions politiques, distinguer le moment précis de la déclaration et cette déclaration qui devient doctrine, Clément Thibault. Oui, alors pendant la guerre froide, je pense que l'Amérique latine, pour les Etats-Unis, a un rôle très important malgré tout, parce qu'il y a beaucoup, beaucoup de guérillas un petit peu partout, et donc ils ont une politique extrêmement active.
Xavier Mauduit
De formation, notamment des armées contre-insurrectionnelles, des afro-bragues, l'école des Amériques au Panama. Ils sont extrêmement inquiets, ce qui explique qu'à partir de 1954, notamment contre la révolution, Dupont était malin. Leurs ingérences, on va dire. C'est gentiment dit, les ingérences. Mais vous avez bien précisé comment les Etats-Unis, pour appliquer cette doctrine adaptée aux.
Unknown Speaker (possibly a narrator or reader)
Circonstances, n'ont.
Clément Thibault
Pas vraiment de limites. Vous avez pris le modèle.
Xavier Mauduit
Anglais. Il était pas mal celui-là, parce qu'on a celui-ci. Parfois la perfidie. Merci vivement à tous les deux. Marie-Jeanne Rossignol, Clément Thibault, merci beaucoup. La seule chose que nous devons craindre, c'est la peur elle-même. Nous devons craindre la peur, Roosevelt, 1933. Dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par.
France Culture, 10 janvier 2026
Avec : Xavier Mauduit (animateur), Marie-Jeanne Rossignol (professeure émérite d’études américaines, Université Paris Cité), Clément Thibault (historien, EHESS)
L'émission revient sur la fameuse « Doctrine Monroe » de 1823, pilier de la politique étrangère américaine, pour en disséquer les origines, ambitions et contradictions. Historienne et historien invités remettent le texte dans son contexte historique, interrogent son interprétation isolationniste ou impérialiste, et analysent sa postérité politique jusqu'au XXe siècle.
(00:24–05:45)
(05:45–08:47)
(09:21–11:14)
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(16:56–24:57)
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(27:06–34:32)
(34:32–44:44)
(44:44–54:25)
(51:31–58:31)
(57:39–59:27)
(59:27–fin)
Cet épisode éclaire la naissance, l’évolution et la récupération de la doctrine Monroe, d’abord conçue comme slogan de protection du continent mais très vite détournée pour justifier l’expansion puis l’ingérence américaine. Du rêve républicain de 1820 à l’impérialisme du XXe siècle, en passant par la politique du « gros bâton » et la guerre froide, la doctrine Monroe cristallise à la fois l’aspiration à l’indépendance et le paradoxe américain d’une nation qui, proclamant l’isolationnisme, a sans cesse étendu ses frontières, ses idéaux et ses intérêts au-delà de ses voisins.