
Guerres économiques, une histoire 4/4 : Une île sous embargo, Cuba pendant la guerre froide
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A
Bonjour, c'est Xavier Mauduit. Après le Venezuela, quel pays va se trouver dans le viseur des Etats-Unis ? Et bien, dans le cours de l'histoire, Cuba. Histoire d'une île sous embargo. Bonne.
B
Écoute. Le cours de.
A
L'Histoire. Xavier Mauduit. Cuba sous embargo pendant la guerre froide. Le 15 février 1889, Henri Castaner des Fosses, historien, géographe, président, fondateur de la Société Géographique Commerciale, donne une conférence à Roubaix. Il parle de Cuba. Cuba en qualité de touriste. Un voyage dans cette grande Antille serait pour nous plein de charme. Et les mœurs des habitants de cette colonie espagnole pourraient nous offrir une étude des plus attrayantes. Mais il précise, parmi les puissances étrangères en rapport avec cette colonie, il faut passer en première ligne les Etats-Unis, la moitié du commerce de Cuba, ce fait avec l'Union américaine. Au point de vue du commerce, Cuba est un pays à peu près Yankee. Mais que vont chercher les Américains.
C
À Cuba ? La langouste de Cuba, une bombe de rosa, on la pêche tout là-bas, on la surgèle dans le froid. La langouste de Cuba, elle arrive, elle est là, pour faire la paix cette année, elle est de très.
D
Bon marché. La langouste de Cuba, on n'y.
C
Résiste pas. Tout le monde adore ça.
E
On la pêche tout là-bas, on.
A
La surjette... C'est fini, c'est fini, c'est fini. Bah oui, les Etats-Unis s'intéressent à la langouste de Cuba, mais pas qu'à cela. Bonjour.
E
Gilles.
A
Bataillon. Bonjour. C'est une très longue histoire des relations entre les Etats-Unis et Cuba. Nous pensons souvent à ce qui se passe à partir de la révolution cubaine à la fin des années 1950, mais L'histoire longue fait que les Etats-Unis ont regardé Cuba depuis toujours, surtout à la fin du.
E
XIXe siècle. En fait, c'est l'idée qui est développée par l'amiral Mahan que les Etats-Unis doivent contrôler ce que Reclus appelle la Méditerranée américaine. c'est-à-dire il y a un cerf qui est formé par Cuba et un certain nombre d'autres îles de la Caraïbe qui va jusqu'au Venezuela et pour eux c'est Mare Nostrum et ils ont la même vision d'ailleurs du côté pacifique et il y aura des tensions très fortes à la fin du régime de Porfirio Diaz au Mexique parce que Porfirio Diaz propose des bases navales au Japon et aux Allemands dans le golfe de Californie et disons les Américains ont toujours eu une vision géopolitique à partir du moment où ils deviennent une nation qui a conquis son Interland et c'est d'ailleurs le moment où ils vont enlever au Mexique la moitié de son territoire. Et disons, il se passe ça côté terrestre et vers l'ouest du pays et ils ont le regard tourné vers Cuba de l'autre côté avec cette chose qui est très importante à comprendre C'est que cette volonté de vassaliser les territoires autour d'eux est évidente chez les Américains. Mais il y a toute une partie des élites latino-américaines qui voient dans les États-Unis un modèle, un protectorat. Et pour n'en prendre encore qu'un dernier exemple, quand la Fédération Centrale Américaine explose au 19e siècle, Il y a un État qui demande à devenir un État rattaché aux États-Unis, c'est le Salvador. Et il y aura le même projet d'une partie des élites nicaragouaïennes, les conservateurs, de faire venir un flébustier américain, Walker, pour les aider dans leur lutte contre.
A
Les libéraux. Dans le cas du Mexique, c'est un pays indépendant, 1821, l'indépendance du Mexique. Dans le cas de Cuba et d'autres territoires, nous nous sommes encore avec des.
E
Colonies espagnoles. Cuba est la dernière colonie espagnole avec les Philippines et les Américains vont participer à la guerre d'indépendance cubaine après la mort de Marti et ils vont participer à l'accouchement de la nouvelle naissance d'une nation indépendante sur lequel ils vont avoir un droit de regard. C'est le fameux amendement Platt où ils ont le droit d'intervenir pour rétablir l'ordre si l'île est au bord du chaos. Amendement Platt qui sera supprimé dans les années 1930 lors du gouvernement.
A
De Machado. Ça dure longtemps, parce que c'est pour.
E
Ça que... Durant une.
A
Trentaine d'années. Ces regards qu'il faut porter à ces situations géopolitiques, disons-le, doivent dépasser le moment des crises avec le changement de statut de Cuba à la toute fin du XIXe siècle, colonie espagnole et qui désormais, c'est 1898, devient un territoire. Alors qu'est-il ce territoire ?
E
Va-t-il être indépendant ou pas ? Il est un territoire qui est formellement indépendant, mais il y a une chose qu'on oublie, c'est que La Havane et Miami sont deux villes qui vont se développer en parallèle au XXe siècle. Et disons, dans l'enchantement que prévoque la révolution cubaine, c'est aussi l'enchantement d'une ville américaine. Si vous voyez les photos de ceux qu'on appelle à l'époque les barbudos, ils roulent dans des décapotables américaines. Et donc c'est l'American way of life qui est revisité au goût d'un socialisme nouveau qui vient effacer les drames du rapport Khrouchchev dans.
A
Le monde progressiste occidental. Oui, parce que ce cas cubain est un cas extrêmement particulier et vous avez raison de le souligner, Gilles Bataillon, il y a une lecture à faire sociale. Ce n'est pas la même chose si l'on se trouve parmi les élites cubaines ou si l'on se trouve dans la population cubaine. Et puis, évidemment, le contexte change radicalement durant tout ce XXe siècle. Mais on peut dire que la Havane et les États-Unis sont intimement mêlés. Alors, on dit les États-Unis, c'est plutôt la Floride, c'est plutôt le Miami. Mais c'est une évidence, il y.
E
A une circulation intense. Il y a une circulation intense et, disons, l'exil est un mode de vie pour toute une partie des élites cubaines. C'est-à-dire qu'on part aux États-Unis et on y complote. Castro achète des armes aux États-Unis. Marty a passé une partie de sa vie aux États-Unis. Il y a une historienne, Romy Sanchez, qui a fait un très bon livre là-dessus, où elle montre comment Il y a cette circulation entre Cuba et les Etats-Unis et de la même façon, il y a une circulation entre Cuba et le reste de la Caraïbe. Il ne faut pas oublier que Castro, quand il débarque en 58, il part du Mexique, appuyé par un ancien président mexicain. Et ensuite, il est appuyé par le Venezuela et par le Costa Rica. Un de ses compagnons d'armes, qui va être un des premiers mis sur la touche, Matos, est quelqu'un qui a transbordé des armes depuis le Costa Rica et le.
A
Venezuela jusque dans l'île. Oui, parce que les réseaux commerciaux sont déjà là.
E
Enfin, on se connaît. C'est plus que des réseaux commerciaux. Il y a des réseaux commerciaux avec les États-Unis, mais il y a des échanges intellectuels qui sont très importants. Il y a des échanges avec les autres pays. Et par exemple, au lendemain du débarquement d'Ubiko, le vieux dictateur guatémaltèque qui est arrivé après la crise de 29 au Guatemala, il y a une légion caraïbe qui est créée par des gens qui se définissent comme des patriotes centra-américains et caribéens et qui veulent désinguer tous les dictateurs du coin. Et sur la liste, il y a en bonne place Trujillo, Batista, Somoza au Nicaragua et ils participeront à la révolution de 48 au Costa Rica qui mettra fin à l'armée et qui verra un président progressiste installé et régnait pendant très longues années sur le Costa Rica. Donc il y a vraiment toute une série d'échanges avec les Etats-Unis, avec les autres îles de la Caraïbe, mais aussi.
A
Avec la terre ferme. Voilà, il faut changer d'échelle sans cesse. Et Battista à Cuba, bien sûr, et bien un petit tour à la Havane à la.
D
Fin des années 1950. Dans ce pays, il y a des rebelles depuis 50 ans. Je peux t'affirmer qu'ils ont ça dans le sang. Je me suis implanté ici dans les années 20. Trafiquions la mélasse alors que tu n'étais qu'un bébé. Dans des camions qui appartenaient à ton père. Michael, je préfère que nous parlions de ça seul à seul. Je ne voudrais pas qu'on aille s'imaginer que toi tu bloques les capitaux parce que tu as une certaine méfiance des rebelles. Assieds-toi, Michael. Assieds-toi. Si je pouvais vivre assez pour voir ça, pour être là avec toi. Je donnerais n'importe quoi pour vivre encore 20 ans. Maintenant nous voilà protégés, libres de faire des bénéfices sans ces crapules de magistrats, sans le FBI, à 150 kilomètres du pays et en bon terme avec un gouvernement ami.
A
150 kilomètres, c'est rien. Un extrait du film Le Parrain 2 de Francis Ford Coppola en 1974. Ça se passe bien avec Battista en fait pour certains. Alors là c'est Le Parrain donc c'est un peu la mafia. Mais ça se passe bien avec Battista. C'est d'ailleurs quelle forme de gouvernement Gilles Bataillon avec Battista.
E
? Alors, Battista, au départ, est un dictateur, si j'ose dire, progressiste. C'est-à-dire, il y a une alliance avec le PC, c'est l'époque des fronts populaires, et c'est à partir des années 50 qu'il va devenir un dictateur extrêmement répressif, extrêmement corrompu. est extrêmement cruelle. Mais c'est quelqu'un qui a... C'est la fameuse révolution des sergents qui lui fait prendre le pouvoir. Et au départ, il apparaît comme... On a des exemples un peu semblables dans d'autres pays centra-américains et caraïbes, comme quelqu'un qui est plutôt un progressiste. Et disons, c'est à partir des années 50 qu'une dictature s'installe, que les élections sont systématiquement fraudées ou qu'il n'y en a plus, et qui règne par la terreur la plus abjecte. Et que, disons, quand il va être débarqué fin 58, il est débarqué bien sûr par l'action des guérilléraux, mais tout autant par l'armée qui fait défaut, et par les élites qui conspirent aux côtés de Castro et il y a des pactes qui sont signés pour former un gouvernement provisoire au lendemain de l'exil de Baptiste, avec Castro qui sera premier ministre, il y a des très grandes tensions, et Urrutia qui est un démocrate qui sera président de la République. Mais disons, l'idée d'une épopée que militaire c'est historiquement faux. Ça joue dans l'imaginaire, c'est très important et c'est ce qui va provoquer l'éclosion de faux codes guérilla dans différents pays latino-américains après. Mais dans les faits, c'est une révolution classique en Amérique latine où les gens qui sont des concurrents pour le pouvoir et qui fonctionnent avec des pactes oligarchiques, voit que l'un d'entre eux est devenu trop puissant et on décide de le débarquer. C'est ce qui s'est passé avec la révolution mexicaine avec Porfirio Diaz, c'est ce qui s'est passé avec un certain nombre de dictateurs au Venezuela ou au Costa Rica ou au Guatemala en 1944, et c'est le même processus. C'est-à-dire qu'il y a à la fois, bien sûr, un soulèvement armé qui est plus important là, qui renvoie à une tradition de ce que les cubains appellent cojer monte, prendre le maquis, mais qui s'appuie aussi sur des pactes oligarchiques avec les dirigeants des.
A
Autres forces politiques et syndicales. Oui, c'est beaucoup plus complexe qu'une simple lecture d'une révolution.
E
Armée qui renverse un dictateur. Ce n'est pas la.
A
Guerre révolutionnaire de Guevara, non. Avec nous aujourd'hui dans le cours.
C
De.
A
L'Histoire, Assalim Lamrani, bonjour. Bonjour. Merci beaucoup d'être avec nous. Alors nous réfléchissons à ce blocus des Etats-Unis sur Cuba. Et pour bien comprendre cette idée de blocus, on vient de renverser Batista. Là ça y est, nous sommes à un moment très particulier de l'histoire cubaine. Vraiment, toute fin des années 1950. Est-ce que pour les Etats-Unis, pourtant très très liés à Cuba, déjà l'idée d'un embargo est possible ? Est-ce que dès le moment où l'on voit apparaître cette figure de.
C
Fidel Castro, pour les Etats-Unis ce n'est pas possible ? Il faut savoir que les Etats-Unis se sont opposés au mouvement 26 juillet de Fidel Castro dès le départ. Ils ont soutenu le régime militaire de Batista jusqu'aux ultimes instants de son existence. Un exemple bien précis, le 23 décembre 1958, C'est-à-dire une semaine avant l'avènement de la révolution cubaine, lors d'une réunion du Conseil de sécurité nationale, Alan Dulles, directeur de la CIA, dit textuellement « Nous devons empêcher la victoire de Castro ». À l'époque, il n'y avait pas d'alliance avec les communistes, donc le conflit actuel entre les États-Unis et Cuba ne peut pas s'expliquer uniquement par le cadre de la guerre froide. Les États-Unis voyaient dans Fidel Castro et les autres dirigeants des rebelles latino-américains qui souhaitaient s'émanciper de la tutelle états-unienne. Il faut savoir que les Etats-Unis ont régné sur Cuba depuis 1898 et l'imposition du fameux amendement Platt qui a duré jusqu'en 1934. Rappelons-le, durant les deux guerres d'indépendance, 1868-1878, les Etats-Unis se sont opposés au mouvement indépendantiste cubain de Carlos Manuel de Céspedes, ont soutenu l'Espagne jusqu'aux ultimes instants et lors de la seconde guerre d'indépendance de 1895, Alors que les Cubains avaient vaincu l'Espagne sur le champ de bataille, les Etats-Unis décident d'intervenir en 1898, justement pour empêcher l'avènement d'une république indépendante. Et les archives sont aujourd'hui déclassifiées sur cette période, et permettent de faire la lumière sur les véritables objectifs qu'avaient les Etats-Unis. Il faut savoir que, en raison de sa position géostratégique, les États-Unis ont toujours voulu intégrer Cuba à l'Union américaine. Thomas Jefferson en parlait dès 1805, lorsqu'il disait que Cuba serait l'addition parfaite à notre système d'union. Quelques années plus tard, en 1823, le secrétaire d'État John Quincy Adams, qui deviendrait plus tard président des États-Unis, avait élaboré la fameuse théorie du frimur et il expliquait qu'au fil du temps, en raison de la proximité géographique de Cuba, en raison du développement des relations économiques, tôt ou tard, Cuba tomberait dans l'escarcelle étasunielle tel un fruit mûr. Il avait expliqué les lois de... Il disait qu'il existait les lois de gravitation physique, que l'on connaît tous, mais il expliquait justement qu'il y avait également les lois de gravitation économique. Et en 1898, le fruit Cuba est arrivé à maturité et est tombé dans l'escarcelle étasunienne. Et les Etats-Unis, d'une manière ou d'une autre, surtout durant les trois premières décennies du XXe siècle, régneraient sur Cuba et en contrôleraient les destinées. C'est d'ailleurs ce qui a expliqué l'avènement de la révolution cubaine de 1959. C'est le profond désir de la population cubaine, du.
A
Peuple cubain, à obtenir son droit inaliénable à l'indépendance. Gilles Bataillon, c'est très important ce qui est dit, et c'est un peu ce que vous avez déjà évoqué en mettant en place le contexte, l'idée d'une opposition entre Cuba et les Etats-Unis. l'embargo vraiment qui prend place dans les années 1960 et puis évidemment jusqu'à aujourd'hui ne doit pas se lire uniquement dans un contexte de guerre froide parce que souvent on étudie Cuba et les Etats-Unis dans le chapitre guerre froide mais non c'est en fait une.
E
Opposition qui prend ses racines avec des enjeux antérieurs. C'est pour ça que je vous.
A
Ai parlé de l'annexion de la moitié du Mexique. C'est vraiment ça. C'est important parce que c'est très intéressant de voir que le contexte explique beaucoup de choses, mais qu'il faut sortir d'un contexte court pour voir une situation beaucoup plus large. Cette opposition, évidemment, entraîne une méfiance des Etats-Unis. Si l'on veut réfléchir à la notion précise d'embargo, déjà il faudrait donner.
E
Une date. C'est à partir de quand qu'il y a un embargo ? L'embargo, disons, il y a un premier embargo qui est décidé par Eisenhower et c'est ensuite Kennedy qui va, après avoir poussé les pays latino-américains et fait pression sur eux pour exclure Cuba de l'OEA, c'est, disons, l'embargo économique total un peu avant la crise des missiles et après l'intervention de l'abbé des cochons, l'intervention Il y a un premier embargo en 1960, mais c'est vraiment Kennedy.
A
Qui parfait les choses avant même la crise des missiles. Oui, parce qu'il y a cette organisation que vous venez d'évoquer, l'OEA, l'Organisation des Etats Américains. Salim Lamarni, dans cette histoire cubaine d'embargo, on vient d'évoquer les dates, il faut peut-être évoquer aussi le vocabulaire. Parce qu'embargo, c'est lourd de sens, mais il y a d'autres mots. On a parlé, avec des émissions à réécouter sur franceculture.fr et sur l'appli Radio France, sur le blocus continental au temps de Napoléon, sur le blocus imposé à l'Allemagne durant la.
C
Première Guerre mondiale. Pourquoi ici on ne parle pas de blocus ? Alors il faut savoir que les Nations Unies évoquent le terme de blocus. En réalité, il ne s'agit pas d'un simple embargo, puisque les sanctions économiques que les États-Unis imposent à Cuba depuis juillet 1960 ont un caractère extraterritorial. On pourra en dire un mot un peu plus tard. C'est-à-dire qu'elles s'appliquent à tous les pays du monde, y compris la France. Un exemple précis avec la loi Torricelli de 92, si un bateau français transporte de la marchandise aujourd'hui à Cuba, il se voit interdire l'entrée dans un port étasunien durant les 180 jours suivants. Donc en réalité, l'impact qu'ont les sanctions économiques sur le développement du commerce international de Cuba avec les autres pays du monde font qu'il s'agit de bien plus qu'un embargo. Il est intéressant de rappeler, si vous me permettez une brève perspective historique, lorsque, au départ, les Cubains L'un des premiers voyages qu'a effectué Fidel Castro, ça a été aux Etats-Unis, en avril 1959. Et les Cubains, le gouvernement révolutionnaire, a exprimé qu'ils souhaitaient maintenir des relations cordiales avec le puissant voisin. Simplement, ils voulaient qu'elles soient plus équilibrées, moins asymétriques, moins subordonnées. Mais l'administration Eisenhower ne l'entendait pas de cette oreille et a pris la décision dès avril 1960 de renverser le gouvernement cubain par deux biais. Le premier ça a été les sanctions économiques imposées en juillet 1960 et le second ça a été le financement d'une opposition interne à Cuba. Et il est intéressant de noter que la rhétorique diplomatique utilisée par Washington pour justifier l'imposition des sanctions économiques à Cuba a fluctué au fil du temps. Lorsque l'administration Eisenhower impose les premières sanctions économiques en juillet 60, il explique que c'est en raison du processus de nationalisation opéré notamment depuis la réforme agraire de mai 59 et du fait que les autorités gouvernementales cubaines n'avaient pas indemnisé à leur juste valeur les propriétés nationalisées. Or, en réalité, le gouvernement révolutionnaire, pour proposer les indemnisations, pas simplement aux intérêts états-uniens, mais à la France, à l'Espagne, au Canada, l'Angleterre, s'était basé sur les déclarations fiscales de ces mêmes entreprises. Or, celles-ci étaient notoirement sous-évaluées, notamment pour évader le fisc. Ensuite, lorsque Kennedy impose les sanctions économiques totales en février 1962, il justifie cette mesure par l'alliance avec l'Union soviétique. Là encore, les archives démontrent que les Etats-Unis ont tout fait pour que La vanne se rapproche de l'Union Soviétique. Il s'agit d'un rapprochement de circonstances. Au départ, les Cubains souhaitaient maintenir de bonnes relations avec les Etats-Unis et ont tenté de développer de bonnes relations commerciales et diplomatiques avec les pays de l'Europe occidentale. Néanmoins, les Etats-Unis ont fait pression sur l'Europe occidentale afin que la seule porte de sortie pour les Cubains soit le bloc de l'Est. Alain Dules le dit également dans un autre mémorandum, au fil du temps, je le cite de mémoire, je le paraphrase, au fil du temps, la Havane se rapprochera de Moscou et cela sera un développement favorable pour nous. Pourquoi ? Parce que cela permettrait aux Etats-Unis d'imposer des sanctions à Cuba et de justifier ses sanctions par l'alliance avec l'Union Soviétique. Ensuite, dans les années 70-80, nouvelle évolution de la rhétorique pour justifier le maintien de mesures de rétorsions économiques, il ne s'agissait plus des nationalisations, il ne s'agissait plus de l'alliance avec l'Union Soviétique, mais de l'aide apportée par Cuba au mouvement indépendantiste et révolutionnaire, notamment en Amérique Latine et en Afrique. Ensuite, en 1989, chute du mur de Berlin. Deux années plus tard, l'Union Soviétique disparaît. Si la rhétorique diplomatique étatsunienne avait eu un quelconque fondement, normalement, les Etats-Unis auraient dû normaliser les relations avec Cuba à partir de 1991. Or, qu'a fait Washington en 1992 ? le gouvernement Bush a procédé à une recrudescence des sanctions économiques avec l'adoption de cette fameuse loi Torricelli, qui revendique ouvertement l'objectif de ces sanctions. Parce qu'il faut savoir que de 1960 à 1991, les Etats-Unis n'ont jamais officiellement affirmé que leur objectif était un changement de régime à Cuba. Or, depuis l'adoption de 1992, c'est un objectif qui est devenu public, les Etats-Unis, revendiquent leur volonté de procéder à un changement de régime à Cuba, notamment par le biais de sanctions économiques qui sont à la fois... Alors, la loi Torricelli est une aberration juridique parce qu'elle est extraterritoriale. Il existe un principe fondamental du droit international public qui stipule qu'une loi nationale ne peut pas être extraterritoriale. La loi française ne peut pas s'appliquer à l'Allemagne. La loi espagnole ne peut pas s'appliquer en Italie. Or, la législation étasunienne sur les sanctions économiques, notamment la loi Torricelli, s'applique à tous les pays du monde. Notamment cet aspect d'interdire pour toute embarcation étrangère qui accosterait dans un port cubain, l'entrée dans un port étasunien durant les 6 mois suivants. L'objectif évident est bien entendu de couper le commerce international de Cuba avec le reste du monde. Cuba est une île, donc elle est par définition tributaire du transport maritime, et l'objectif c'est celui-là. Et depuis cette date, les sanctions n'ont cessé d'être renforcées, et il est intéressant de noter que souvent ce sont les administrations démocrates qui ont imposé les sanctions les plus sévères. On a noté qu'il s'agit de Kennedy qui a imposé les sanctions économiques totales. Kennedy qui était un libéral, au sens états-unien du terme, c'est-à-dire un progressiste. C'est lui qui a imposé les sanctions économiques. L'une des lois les plus controversées est la loi Helms-Burton qui a été imposée par l'administration Clinton en 1996 qui est une double aberration juridique puisqu'elle est à la fois extraterritoriale comme la loi Torricelli mais elle est également rétroactive. Que stipule la loi Helms-Burton qui est en vigueur jusqu'à ce jour. Elle a d'ailleurs été appliquée avec plus de sévérité par l'administration Trump. Elle stipule que toute entreprise étrangère qui investirait à Cuba sur des propriétés qui ont été nationalisées dans les années 60 pourrait se voir, pourrait être traduit en justice devant les tribunaux américains. Donc, loi extraterritoriale qui s'applique à tous les pays du monde, mais elle est également juridiquement aberrante parce qu'elle est rétroactive. C'est une.
A
Loi de 96 qui s'applique pour des faits survenus dans les années 60. Et nous sentons bien qu'il y a des enjeux qui dépassent simplement une opposition à une révolution cubaine. Je voudrais, Gilles Bataillon, vous faire réagir sur ces idées-là et notamment que le premier embargo, nous sommes donc 59-60, on va dire, où il y a la réflexion et la mise en place de l'embargo.
E
Eh bien, ce premier embargo aurait poussé Cuba dans les bras de l'URSS ? Alors, je pense qu'on peut voir les choses différemment. C'est-à-dire, il y a un débat qui porte sur la nationalisation et les exploitations, et on a très bien fait de souligner le fait que, disons, ces compagnies étrangères font toujours la même chose, ça a été la même chose au Guatemala et dans d'autres pays latino-américains, on sous-évalue les bénéfices de manière à ne pas payer d'impôts et quand on est nationalisé ou exproprié, on hurle en disant mais qu'est-ce qui se passe ? Ça a été la même chose avec les compagnies pétrolières sous Cardenas, ça a été la même chose avec la United Fruit au Guatemala et c'est la même chose à Cuba. Et disons, on verrait la même chose avec des compagnies françaises. Et le gouvernement français glapire de la même façon. Il y a deux choses qui sont en jeu. Il y a les intérêts américains commerciaux et il y a une réflexion sur qu'est-ce qu'est la révolution, qu'est-ce qui se passe. C'est-à-dire que ce débat avec les États-Unis, il se passe avec un débat à l'intérieur de la révolution. Les Américains, il y a des gens qui sont très soupçonneux de ce qu'est le mouvement de Castro dès le départ, les gens de la CIA, il y a d'autres gens qui sont plutôt favorables en disant c'est très bien, ce jeune gars est moderne, voilà, ils vont se calmer, négocions avec eux. Et les Américains et les grands journaux qui n'ont jamais trop protesté à l'époque des exécutions pratiquées par Batista, il y a les fameuses histoires de la peine de mort qui est appliquée par Guevara et par Raúl Castro dans les zones qu'ils contrôlent. Et ensuite un certain nombre de gens, plusieurs centaines de gens qui ont été fusillés avec des procès tout à fait sommaires début 59. Les journaux américains s'émeuvent de ça. Un certain nombre de sénateurs qui ne s'étaient jamais préoccupés de ce qui se passait à Cuba avant prennent fait et cause aussi pour les droits de l'homme qu'ils découvrent à ce moment-là. On ne parlait pas encore Dans ces termes-là, on parlait de liberté individuelle. Et au sein du gouvernement cubain, les choses se tendent. C'est-à-dire qu'il y a un certain nombre de gens qui ont des formations d'avocats qui disent qu'on ne peut pas supprimer comme ça l'habeas corpus et on ne peut pas rétablir la peine de mort. Et disons, le débat va se jouer à deux fronts. Les intérêts américains et la nature du régime cubain. Et donc, il y a un certain nombre de gens qui vont, dès 1959, partir, dénoncer ça. Il y a une crise entre Urrutia et Fidel Castro, et il y a tout un jeu de radicalisation interne. Et disons, Castro choisit, pour rester maître à bord de la révolution cubaine, de s'allier avec le PC cubain, et avec l'Union soviétique pour tenir tête aux États-Unis. Mais c'est un choix de Castro. Et si on fait une chronologie rigoureuse des échanges, Castro fait ce choix-là. Ce qui est un choix qui peut sembler parfaitement légitime, mais.
A
C'Est un choix de Castro. Il n'est pas jeté dans les bras de l'Union soviétique. C'est un choix de Castro et dans notre regard sur l'embargo pour les Etats-Unis, on voit bien que la chronologie est très fine. 58, 59, ça va très vite ces histoires-là. Les Etats-Unis décident de réagir. Alors il y a l'embargo, mais il n'y a pas que l'embargo. Il y a des interventions militaires. Attention, c'est la radio cubaine. Nous étions en avril 1960 dans les actualités cubaines et on retrouve ces mots d'embargo, d'impérialisme. Dites-nous, Gilles Bataillon, est-ce que, à ce moment-là, l'embargo qui existe est un argument utilisé par le pouvoir cubain, parce.
E
Que c'est toujours intéressant aussi pour se construire une identité, de pouvoir avancer des arguments. Disons, la politique américaine est impériale dans le sens le plus insupportable. du terme. Et disons, l'espèce d'anticommunisme cavernicole de Eisenhower et d'un certain nombre de gens de la CIA a quelque chose d'absolument insupportable. Mais d'une certaine façon, dans le jeu de radicalisation de Castro, de volonté, il y a toute une partie de la population cubaine qui rêve d'une régénérescence, il y a une tradition populiste dans laquelle Castro s'insinue. s'inscrit au début et qui va faire basculer vers le communisme, il y a l'idée qu'on va se purifier des Américains. Et d'une certaine façon, les Américains font le jeu de Castro et apportent de l'eau à son moulin. Ils sont d'une bêtise insensée. Et pour donner un autre exemple, quand à Mexico se fonde, au milieu de l'année 60, un front révolutionnaire démocratique, qui sont des gens qui ont été dans la lutte anti-Batista, qui ont rompu avec la révolution, qui veulent, là encore, déclencher des opérations armées contre le régime, c'est pas eux que va soutenir la CIA. La CIA va choisir les sbires, comme on dit à Cuba.
A
Et les secteurs les plus réactionnaires. Parce qu'ils veulent des gens qui soient des yes-men. Oui, c'est tout simplement ça. Puis, il y a les faits qui donnent raison. Là, ce qu'on entendait dans les actualités cubaines.
E
Nous étions en avril 1961, c'est au moment du débarquement de la Baie des Cochons. C'est l'intelligence des Américains, si j'ose dire, pour faire de l'anti-américanisme facile. Les Américains ne comprennent pas que dans ces histoires-là, on n'a pas des vassaux, mais des alliés. Et ça fait penser dans leurs choix qu'ils font à ce moment-là. C'est la guerre contre les nazis et sur qui ils vont parier, Giraud plutôt que de Gaulle. Et ils ont, si on regarde les histoires de soutien et de complot que montrent les Américains contre différents gouvernements qui jugent trop à gauche, ils vont chaque fois miser sur les pires chevaux, c'est-à-dire les secteurs les plus réactionnaires. Et d'une certaine façon, c'est d'excellents arguments pour les gens qui prétendent combattre. Ils sont l'ennemi qui fait les gestes qu'on attend parce que dans une rhétorique de radicalisation, on a raison de dire.
A
Il y a une agression insensée. Et d'ailleurs, ils veulent remettre en scène l'Ancien Régime. Et dans cette opposition sur le temps long que vous avez évoqué, Salim Lamrani, bien sûr, on voit dans ces années 1960.
C
Que les Cubains trouvent de nouveaux arguments.
A
Et justifiés, sur une pression venue des Etats-Unis. Pardon, je ne vous ai pas entendu. Alors, salut Madame Réuny, parce que je précise, vous êtes à La Réunion, vous êtes maître de conférence en civilisation hispano-américaine à l'université de La Réunion. Et sur le temps long, vous nous avez bien montré qu'il y a une rivalité ou en tout cas que l'histoire des relations entre Cuba et les Etats-Unis ne peut pas se comprendre juste sur le temps de la guerre froide. C'est pas du tout comme ça qu'on doit le saisir. Mais malgré tout, dans ces années 1960, Il y a le débarquement de la baie des cochons en 1961, il y.
C
A la crise des missiles en 1962. On a des éléments factuels de cette opposition. C'est ça, il est une anecdote qui permet de comprendre l'avènement de 1959. En 1920, le président étasunien Woodrow Wilson décide d'envoyer un représentant spécial à Cuba, Enoch Crowder, sans en avertir le président cubain de l'époque, Manuel García Menocal. Lorsque Menocal découvre qu'un envoyé spécial du président Wilson est sur le point de débarquer dans l'île, il envoie une missive diplomatique écrite à son homologue étasunien pour exprimer sa surprise et dire qu'il aurait bien aimé... avoir été informé en amont. Quelle a été la réponse du président Wilson ? Réponse écrite, je le cite de mémoire, le président des Etats-Unis n'a pas besoin de l'autorisation du président de Cuba pour envoyer un représentant spécial dans l'île. Fin de citation. Donc telle était la réalité de la Cuba pré-révolutionnaire, où les États-Unis ne concevaient que des relations de leaders à subordonner avec les pays du Sud, et c'est quelque chose qui a marqué profondément la mémoire collective des Cubains. Où ils voyaient que le premier magistrat de la nation pouvait être humilié de la sorte par le puissant voisin, alors que depuis le congrès de Westphalie de 1748, on reconnaît d'un point de vue juridique l'égalité souveraine entre les États. Et c'est ce qui explique l'avènement.
A
De la révolution de 1959, l'aspiration des Cubains d'abord et avant tout à la pleine indépendance. Mais malgré tout, il y.
B
A ce contexte de guerre froide avec des tensions géopolitiques mondiales et des histoires de missiles. Le monde a vécu une semaine dramatique. En mission de surveillance au-dessus de Cuba, les avions U-2 américains photographiaient la construction et l'établissement de rampes de lancement de fusées, dont l'existence ne pouvait plus passer pour une mesure défensive. Or, Cuba n'étant qu'à 200 km, les côtes américaines jusqu'à New York étaient tenues sous le feu des fusées à courte portée, tandis que les engins à moyenne portée menaçaient les deux tiers des territoires des Etats-Unis. Ces photographies allaient déclencher l'alerte. Dans un discours imprévu, le président Kennedy dénonçait le péril. Ces bases, disait-il, ne peuvent avoir d'autre raison que de fournir une force de frappe nucléaire dirigée contre nous. Il lançait en même temps le poids de la flotte américaine dans la balance en décrétant le blocus pour tout équipement militaire offensif à destination de Cuba. Or, à ce même moment, 25 cargos soviétiques étaient déjà en route. Qu'allait-il sortir de la rencontre ?
A
Les cargos accepteraient-ils le contrôle ? Tenterait-il de forcer le passage ? Les heures commencèrent à se faire lourdes. En octobre 1962, dans le journal des actualités françaises, c'est le mot blocus qui est utilisé. Gilles Bataillon, nous avons ici Le deuxième embargo, et c'est celui qui est le plus dur après cette crise des missiles, comment concrètement il se met en place cet.
E
Embargo ? Ça veut dire quoi cet embargo ? On ne peut plus aller à Cuba ? Non, c'est pas seulement ça. C'est beaucoup plus que ça. Si vous voulez, comme je vous le disais, la Havane-Cuba s'est développée, comme ça a été dit, dans l'orbite des Etats-Unis. Donc, qu'il s'agisse d'une perceuse, d'une machine à coudre, d'une automobile, d'un camion, d'un tracteur, d'un pressoir, d'un moulin à sucre, vient des États-Unis. Donc, à partir du moment où on décrète l'embargo, ça veut dire qu'il n'y a plus de pièces de rechange pour quoi que ce soit. Et quelle que va être l'aide du bloc soviétique, qui va être extrêmement importante, et ça va vraiment être un espèce de plan Marshall. Et là, ce ne sera pas l'embargo américain qui va couler l'agriculture cubaine à court terme, il y a une baisse de la production. C'est plus de 60% les premières années de l'embargo. C'est, disons, une chose qu'a très bien montré René Dumont dans Cuba est-il socialiste. Dumont était un excellent et un très grand agronome qui avait été à Cuba et qui a montré toute la désorganisation provoquée par les les lubies de Castro concernant l'agriculture, qui disait en rigolant et de façon très sérieuse, il est comme quelqu'un qui considère l'île comme sa propriété personnelle et qui administe son hacienda. Mais ce qui se passe, et ce qui est absolument vrai, c'est que cet embargo pose des problèmes absolument catastrophiques pour la vie quotidienne des humains. C'est des machines dans les hôpitaux qui n'ont plus de pièces de rechange, c'est des tracteurs qui n'ont plus de pièces de rechange, donc c'est un espèce de chaos qui s'installe. Alors peu à peu, les choses vont être remplacées par des machines qui vont venir du bloc soviétique, mais ça va prendre du temps. Et alors qu'avant, si j'ose dire, on téléphonait pour avoir des pièces de rechange chez le représentant de Chevrolet à Miami, on avait des pièces dans les 24 heures. Là, c'est une tout autre histoire et c'est des trajets beaucoup plus longs et c'est renouveler complètement le matériel. Mais ça va de tout. C'est aussi bien des choses pour les hôpitaux, c'est aussi bien des choses pour les artisans de la construction. C'est des grues, c'est des tracteurs, c'est des automobiles, c'est des camions, c'est les autobus. C'est probablement aussi des pièces.
A
Pour les chemins de fer. C'est une catastrophe absolue. Et là, c'est un coup très dur qui est porté à l'économie cubaine. Oui, parce que dans les exemples que vous avez donnés, là j'ai le bataillon.
E
On entend bien les machines agricoles. Donc, sans machine agricole, d'un seul coup.
A
C'Est une partie de l'économie qui est à l'arrêt. Mais c'est plus que les machines agricoles, c'est la vie quotidienne des gens. Voilà, c'est l'ensemble. En fait, le pays est bloqué. Salim Lahmani, vous nous avez bien dit que les mesures prises par les Etats-Unis dépassent le simple cadre d'une relation entre deux pays. Parce que c'est vrai que très vite, Cuba regarde vers l'URSS et se dit qu'ils vont s'approvisionner ailleurs. Ou pourquoi pas, ils vont s'approvisionner par un pays.
C
Tiers qui va acheter les produits aux Etats-Unis. Comment vont faire les Etats-Unis pour vraiment imposer un embargo complet et dur ? Tout simplement en sanctionnant les pays étrangers qui ont des relations commerciales avec Cuba. Aujourd'hui, de quelle manière il s'applique ? Vous avez toute une composante extraterritoriale qui est une réalité. Par exemple, je le disais, les Cubains ne peuvent acheter aucun produit étrangers, les Cubains ne peuvent rien acheter aux Etats-Unis, hormis des matières premières alimentaires. En payant avec des conditions spécifiques bien précises, il faut payer en avance dans une autre monnaie que le dollar pour pouvoir acquérir, depuis les années 2000, des matières premières alimentaires. Il faut rappeler que Cuba, les Etats-Unis sont le marché naturel de Cuba, pour des raisons historiques et géographiques. En 1959, Vous avez 67% des exportations qui vont vers les Etats-Unis et 73% des importations de Cuba qui proviennent des Etats-Unis. Les sanctions économiques imposées totales en 62 mettent un terme à tout cela. Aujourd'hui, les sanctions économiques coûtent à Cuba 15 millions de dollars par jour. Prenons un exemple bien précis. Alors, ceux qui ont pris les compagnies cubaines voient que la flotte d'avions cubains est assez obsolète, mais Cuba ne peut pas acheter d'avions Boeing parce qu'ils sont américains, mais Cuba ne peut pas acquérir des avions Airbus parce que les avions Airbus, qui est une entreprise européenne, contiennent plus de 10% de composants états-uniens. Donc voilà la réalité des sanctions économiques. Un autre exemple bien précis, si demain Mercedes-Benz ou BMW souhaitent exporter ces voitures vers le marché états-unien qui est le premier marché mondial, Mercedes-Benz et BMW doivent démontrer au département du Trésor que leurs voitures ne contiennent pas un seul gramme de nickel cubain. Cuba ne peut pas vendre son nickel aux Etats-Unis, mais ne pourra pas le vendre à l'Allemagne, au Japon ou à la Corée du Sud. Si demain, Danone souhaite exporter ses yaourts aux Etats-Unis, Danone doit démontrer au département du Trésor que ces yaourts ne contiennent pas un seul gramme de sucre cubain. Telle est la réalité extraterritoriale des sanctions. De la même manière, on ne peut pas, Cuba ne peut pas utiliser le dollar dans ses transactions internationales. BNP Paribas, sous l'administration Obama, ce n'était même pas sous l'administration Bush, a été sanctionné, je le rappelle, d'une amende de 7,2 milliards de dollars, milliards et non pas millions, pour avoir entretenu entre autres des relations financières en dollars avec Cuba. BNP Paribas n'a pas violé la législation française, BNP Paribas n'a pas violé le droit européen, BNP Paribas n'a pas violé la législation internationale, mais les Etats-Unis ont unilatéralement et arbitrairement imposé une amende à BNP Paribas qui a dû s'en acquitter. Vous imaginez bien que si telle était la réalité, vous n'auriez pas depuis 1992, chaque année aux Nations Unies, près de 180 pays au monde, y compris les alliés les plus fidèles des États-Unis, qui votent contre les sanctions économiques. La résolution la plus votée dans l'histoire des Nations Unies est la résolution que présente Cuba chaque année. Les sanctions économiques constituent le principal obstacle au développement du pays. Elles n'expliquent pas tous les problèmes auxquels est confronté Cuba, mais une grande... Vous imaginez, 15 millions de dollars par jour, les problèmes et les difficultés matérielles que vous pourriez résoudre à Cuba. Il ne faut pas sous-estimer la capacité technique des Etats-Unis à faire du mal aux autres, notamment à ses adversaires. D'ailleurs, si ce n'était qu'un prétexte, les Etats-Unis auraient levé ces sanctions depuis bien longtemps parce qu'elles ont un coût politique pour les Etats-Unis. La politique de sanction de Washington est unanimement condamnée par la communauté internationale. Elle est unanimement condamnée en Amérique latine. Le seul pays du continent américain, du Canada jusqu'à l'Argentine, à ne pas avoir de relation commerciale et diplomatique normale avec Cuba, ce.
A
Sont les Etats-Unis. Si dans les années 60-70, Cuba était isolé sur le continent américain, aujourd'hui c'est la politique des Etats-Unis qui est isolée. Et vu que ça dure, on entend bien que ça ne correspond pas uniquement à la guerre froide. C'est vrai qu'on le disait, c'était antérieur à la guerre froide et on voit que ça continue aujourd'hui alors que la guerre froide n'est plus là. Gilles Bataillon, malgré tout.
E
Durant ces années 1960, 1970, 1980, Cuba demeure un acteur commercial, c'est pas la fin de tout. Comment ça se fait à Cuba ? Comment on essaye de commercer ? Cuba va s'intégrer dans la division internationale du travail des pays socialistes, c'est-à-dire il y a la fameuse safra qui sera presque atteinte en 1970, où c'est l'idée des millions de tonnes de sucre qui doivent être données et vendues dans le cadre des échanges avec le Comic-Con. Donc, Cuba va commercer avec le Comic-Con et, disons, s'intégrer dans ce système. Il est le pays, Cuba est l'île la plus loin des pays du Comic-Con, mais ça va se passer de cette façon-là. Ils vont obtenir du pétrole soviétique. D'ailleurs, un des premiers points de friction entre Cuba et les États-Unis, ça avait été le refus des Américains de raffiner du pétrole soviétique. Et disons, à partir des années 90, au moment de la fin de l'aide américaine, de l'aide soviétique, les sanctions accentuées des États-Unis, ils vont développer le tourisme et Cuba va devenir un espèce de paradis touristique où viennent tous les Latino-Américains, les Canadiens, où les Américains vont commencer à pouvoir venir un temps. Et il y a toute une série d'échanges qui se font par ce biais-là. Et disons, il va y avoir toute une rhétorique qui va être développée à partir du moment où Raoul prend le pouvoir. Avant, les exilés, c'étaient les ennemis de la Révolution. Et là, il y a l'idée des frères qui sont de l'autre côté et qui peuvent aider, envoyer de l'argent. Et il y a une entreprise liée à l'armée qui, par exemple, a vent du crédit téléphonique et les gens qui sont aux Etats-Unis, au Canada ou en Espagne, passent par cette entreprise pour pouvoir appeler leurs des cartes prépayées. Donc, il y a toute une bureaucratie cubaine qui se sucre très bien autour de ça, qui vient des secteurs militaires et c'est l'entourage de Raúl Castro. Et disons, l'île est devenue un espèce de paradis touristique et toute une série de groupes internationaux investissent dans ce paradis touristique qu'est Cuba. Et de la même façon, il y a des entreprises type Pernod Ricard qui commercent très tranquillement, c'est eux qui vendent le rhum cubain. Donc c'est un truc à géométrie variable. Sur un certain nombre d'industries stratégiques, la chose est appliquée très fermement. Dans des rivalités avec les banques européennes, il y a des amendes très fortes et il y a des deals qui sont passés, comme on le rappelait. avec BNP et puis il faut voir aujourd'hui que disons... Le grand fabricant du monde, c'est plus les Etats-Unis, c'est l'atelier chinois. Et là, les Cubains sont en excellente relation avec la Chine.
A
Et disons, le projet de Raoul et ce qui s'implante aujourd'hui, c'est un castrisme de marché, comme il y a un communisme de marché en Chine. On le voit bien, des années 1960 aux années 1990, il y a du commerce avec le Comecom, ce conseil d'assistance économique mutuelle. C'est ce marché du côté de l'Est.
E
Du.
B
Côté soviétique. Et puis, vous.
A
L'Avez évoqué Gilles Bataillon, il y a ces exilés cubains, faut pas les oublier, ils se trouvent notamment à Miami. France Culture Le cours de l'histoire Xavier Mauduit. la fin de ce système de blocs. Et pourtant, les embargos restent. Pourquoi il y a cet embargo encore ? Quels sont les arguments ? Parce qu'on voit bien pour les premiers embargos, c'est assez clair, la révolution cubaine, la crise des missiles. Ensuite, Cuba.
E
Qui peut soutenir des mouvements révolutionnaires un peu partout dans le monde. Mais alors là, on est dans les années 1990. Donc c'est quoi maintenant cet embargo ? Je vais prendre le show de façon plaisante. Vous avez une gauche, pour employer une expression mexicaine, cavernicole, qui croit toujours à certaines fables sur le socialisme en Union soviétique ou la pureté de la révolution cubaine à toute heure et à tout moment. Mais de la même façon qu'il y a une gauche qui refuse de voir un certain nombre de réalités, il y a une droite conservatrice aux États-Unis qui a un côté raciste et d'un anticommunisme, là encore, de l'âge des cavernes. qui ne bouge pas. C'est-à-dire, il n'est pas question qu'on bouge, c'est notre fierté nationale et c'est leur folie du rêve impérial de la nation élue. Ils savent mieux que tout le monde. Je veux dire, si on regarde la scène politique française, on ne manque pas de politiciens qui pensent qu'ils savent mieux que tout le monde et qu'il ne faut pas écouter. Et disons, il y a un certain nombre d'hommes politiques américains. Il y a un électorat qui vit de ça. Mais ce qui est tout à fait nouveau, c'est, disons, le changement dans la diaspora cubaine. Avant les exilés cubains, c'était jamais je reviendrai à Cuba quand il y aura encore cette dictature des Castro ou de leurs successeurs. Aujourd'hui, vous avez des gens qui sont partis et qui disent bah tiens, on va aller revoir la famille, on va aller sur les plages, on va amener de l'argent, des vêtements, des ceci, des cela, et qui vont et viennent entre différentes parties des Etats-Unis et de l'Espagne. C'est quand même là que sont le gros des exilés. et qui reviennent passer des vacances, qui, au besoin, rachètent une maison, refinancent, font travailler le bâtiment. Et disons, là, le gouvernement cubain a cette soupape de sûreté. C'est quand il y a eu des protestations très violentes dans les rues il y a quelque temps, de soulèvements, en disant on n'en peut plus, on a réprimé ça très brutalement. Mais en même temps, tous ces va-et-vient entre l'île et le reste du monde est toléré. De la même façon, il y a des artistes qui vont, qui viennent, alors certains finissent par partir, mais il y a un espèce de jeu de va-et-vient qui est toléré. Mais la seule chose qui n'est pas discutable, c'est le monopole du Parti communiste sur l'organisation de la société et la domination.
A
Politique. Ça, c'est pas discutable. Mais par contre, il y a un castrisme de marché qui s'est installé et les gens de l'extérieur sont les bienvenus à certaines conditions. Salim Lahmani se va et vient, on pourrait l'appliquer également à la politique des Etats-Unis parce que l'embargo est parfois sévère, parfois c'est un peu plus léger, c'est le.
C
Cas sous Obama et puis après ça redevient dur. En fait, c'est une politique, alors vous nous l'avez bien dit, avec un caractère extraterritorial mais aussi à géométrie variable. Effectivement, alors, à partir des années 90, la rhétorique a de nouveau évolué pour justifier les sanctions. Ce n'était plus l'alliance avec l'Union Soviétique, c'était la question de la démocratie et des droits de l'homme. Qui est l'argument principal évoqué à ce jour. Il faut... Il convient de rappeler que hormis la seconde administration Obama, c'est-à-dire celle qui a proposé un rapprochement, un modus vivendi avec Cuba, toutes les autres administrations ont imposé, ont continué à imposer des sanctions. Pour ce qui est de la communauté cubaine des Etats-Unis, il y a une évolution dans sa composition. Aujourd'hui, si dans les années 60, 70, 80, elle était majoritairement, jusqu'à l'exode de Marielle, majoritairement composée d'exilés politiques, aujourd'hui la majorité des Cubains des Etats-Unis sont des émigrés économiques qui aspirent à entretenir des relations normales et apaisées avec leur patrie d'origine. D'ailleurs, il faut rappeler qu'en 2004, lorsque l'administration Bush a imposé des nouvelles sanctions à Cuba, il avait notamment limité les voyages de la communauté cubaine des Etats-Unis dans l'île à 14 jours tous les 3 ans. Il avait également limité le montant des remesas, des transferts d'argent que pouvaient envoyer les Cubains des Etats-Unis et qui constituent aujourd'hui la seconde source de revenus de Cuba. Pour quelle raison l'administration Bush, fils, avait imposé ces sanctions ? Double raison, première raison économique, l'RMSAS constitue un apport substantiel à l'économie cubaine, deuxième source de revenus. Et deuxième raison, pourquoi limiter à deux semaines tous les trois ans les possibilités de voyage ? Tout simplement, ça c'était des raisons politiques, tout simplement parce qu'avant mai 2004, Et c'est encore le cas aujourd'hui, après 2009, puisqu'Obama a levé ses sanctions, la communauté des Etats-Unis qui se rendait le plus souvent dans son pays d'origine était la communauté cubaine, bien plus que les Mexicains. Ce qui démontrait en réalité que la majorité de la communauté cubaine des Etats-Unis était une communauté démigrée économique. Car on imagine mal un exilé politique rentrer deux fois par an dans son pays d'origine. On imagine mal un exilé politique chilien sous Pinochet rentrer chaque année au Chili. Ou un exilé argentin sous la dictature des militaires rentrer chaque année dans son pays. Et c'est la raison pour laquelle l'administration Bush avait imposé ces restrictions. Dernier point. Il est vrai que depuis 1996, le Congrès dispose de certaines prérogatives pour lever les sanctions. En réalité, le pouvoir exécutif, aujourd'hui le président Biden par exemple, dispose de toutes les prérogatives pour démanteler 90% des sanctions économiques imposées à Cuba sans avoir à passer par le Congrès. Il y a simplement 4 ou 5 aspects qu'il ne peut toucher sans l'aval du Congrès, comme par exemple autoriser le tourisme ordinaire à Cuba. Les citoyens des États-Unis ne peuvent pas se rendre à Cuba en tant que touristes ordinaires. Ils doivent s'y rendre en.
A
Voyage culturel, voyage scientifique, etc. Et ça, le président Biden ne peut pas lever ses sanctions sans l'aval du Congrès. Mais en revanche, il peut élargir la définition d'un voyage culturel. Salut Madame Rani, on voit bien que c'est extrêmement complexe en fait cette histoire des sanctions des Etats-Unis contre Cuba parce qu'elles doivent se comprendre sur un temps beaucoup plus long que simplement la guerre froide. Merci vivement à vous de nous avoir raconté cette histoire d'embargo et merci beaucoup à vous Gilles Bataillon, vous êtes directeur d'études à l'école des hautes études en sciences sociales. On va trouver toute la bibliographie sur le site du cours de l'histoire franceculture.fr et vous avez un regard sur l'ensemble de l'Amérique latine, ses violences politiques en Amérique latine notamment, parce que Cuba c'est.
F
Une chose mais changer d'échelle permet de comprendre Cuba. Merci beaucoup à vous deux. Il est temps dans le cours de l'histoire de retrouver Gérard Noiriel et le pourquoi du comment. Comment on aurait la mémoire de nos anciens champions olympiques ? Jasmine Zeroug, l'arrière-petite-niece de Bouguera Ahmed El Ouafi, qui fut championne olympique du marathon en 1928, est intervenue publiquement à plusieurs reprises pour sortir de l'oubli l'exploit réalisé par son grand-oncle. Récemment, elle a proposé que les descendants des champions olympiques français qui n'ont pas la place qu'ils méritent dans notre mémoire collective se rassemblent pour courir tous ensemble lors des JO qui auront lieu à Paris en 2024. Cette suggestion m'a incité à préparer une chronique sur les sportifs français ayant obtenu une médaille d'or aux Jeux Olympiques d'Amsterdam en 1928. Le but était de savoir quels étaient ceux dont on se souvenait encore et ceux qu'on avait oubliés. Cette année-là, dix Français ont été médaillés d'or dans cinq épreuves olympiques. Outre Bouguera Ahmed El Ouafi, vainqueur du marathon, Lucien Godin remporta deux titres, en fleuret et en escrime. Roger François gagna le concours d'haltérophilie. Roger Beaufranc, l'épreuve de vitesse cycliste, et Virginie Heriot, la seule femme française médaillée au cours de ces Jeux, triompha lors de la compétition de voile dans la classe des 8 mètres avec les cinq autres membres de son équipage. Celui qui a laissé le moins de traces dans notre mémoire collective, c'est Roger François, fils d'un cafetier de romans. Seule sa ville natale semble se souvenir de lui aujourd'hui, puisque son nom a été donné à un gymnase de romans. Parmi les médaillés d'or de 1928, celui dont on parle le plus actuellement, c'est El Wafi, alors qu'il est régulièrement présenté comme l'exemple type du champion oublié. Une rue à Saint-Denis, de même qu'une allée à Boulogne-Biancourt et un gymnase à la Courneuve portent son nom. Arte a mis récemment en ligne un web documentaire intitulé « El Wafi Bouguera, le marathonien de l'histoire ». De nombreux articles et plusieurs ouvrages, dont deux bandes dessinées, lui ont été consacrés. Vous trouverez les références sur le site du Pourquoi du Comment. Ce constat n'a pas pour but de minimiser l'exploit accompli par ce champion sportif. Il vise plutôt à montrer ce qui différencie l'histoire et la mémoire. Le rôle de l'historien n'est pas de défendre une cause, mais d'expliquer notre rapport au passé. Dans cette perspective, si El Wafi est le moins oublié des médaillés d'or de 1928, cela peut se comprendre et même se justifier parce que son histoire témoigne du caractère extraordinaire de sa performance. Né en 1898 près de Biskra, en Algérie, et mort le 18 octobre 1959 à Saint-Denis, Bouguera Ahmed El Wafi a accompli son service militaire au 25e régiment de tirailleurs sénégalais pendant la Première Guerre mondiale. Embauché quelques années plus tard comme ouvrier dans l'usine Renault à Boulogne-Biancourt, il est devenu membre du club de cette entreprise. Bien qu'il ait rapidement prouvé qu'il était le meilleur marathonien français, sa victoire au JO de 1928 stupéfia le milieu.
A
Sportif. Malheureusement, comme les Jeux Olympiques étaient réservés à des sportifs amateurs, El Wafi dut continuer à travailler pour vivre. Il ne put poursuivre sa carrière sportive et finit son existence dans la misère. Merci beaucoup Gérard Noiriel, c'était le cours de l'histoire sur France Culture, une émission préparée par une équipe mais sublime comme un archipel, comme les Caraïbes ! Jeanne Coppet, Jeanne Delocroix.
Podcast : France Culture — Le Cours de l’Histoire (Xavier Mauduit)
Invités principaux : Gilles Bataillon (EHESS), Salim Lamrani (Univ. La Réunion)
Date : 11 janvier 2026
Racines historiques profondes : Les États-Unis s’intéressent à Cuba bien avant la révolution de 1959, principalement pour des raisons géopolitiques et économiques.
Modèle d’expansion US et tentations d’annexion :
La transition de Cuba, colonie à “protégée” américaine :
Circulation intense et liens sociaux :
Le régime Batista :
Après la révolution :
Réaction des USA à la prise de pouvoir par Castro :
Début de l’embargo :
Distinguer embargo et blocus : le mot « blocus » est employé par l’ONU, car il s’agit d’un système de sanctions économiques à portée extraterritoriale.
« Les sanctions économiques que les États-Unis imposent à Cuba depuis juillet 1960 ont un caractère extraterritorial. » (17:36, Salim Lamrani)
Exemple de la loi Torricelli (1992) : frappe aussi les entreprises françaises ou européennes, interdit l’accès aux ports américains à toute entreprise commerçant avec Cuba.
« La législation étasunienne sur les sanctions économiques, notamment la loi Torricelli, s’applique à tous les pays du monde. » (23:08, Salim Lamrani)
« Dans un discours imprévu, le président Kennedy dénonçait le péril. [...] Ces bases [...] ne peuvent avoir d’autre raison que de fournir une force de frappe nucléaire dirigée contre nous. »
Conséquences immédiates de l’embargo :
Extraterritorialité très poussée :
Condamnation internationale : chaque année à l’ONU, presque tous les pays (alliés des USA inclus) votent contre l’embargo.
Justifications modernes :
Évolution de la communauté cubaine en exil :
(Dés)engagements présidentiels US :
Condamnation universelle : chaque année, la résolution de Cuba à l’ONU est la plus votée de toute l’histoire de l’institution.
Sur la dépendance économique d’avant 1959 :
« En 1959, 67% des exportations [cubaines] vont vers les États-Unis, 73% des importations en viennent. » (38:27, Lamrani)
Sur l’impact concret de l’embargo :
« C’est une catastrophe absolue. C’est un coup très dur pour l’économie cubaine. » (37:47, Bataillon)
Sur l’évolution des justifications américaines :
« En 1989, chute du mur de Berlin. Normalement, les Etats-Unis auraient dû normaliser les relations avec Cuba. Or, en 1992, le gouvernement Bush a procédé à une recrudescence des sanctions économiques. » (22:54, Lamrani)
Sur la perpétuation de l’embargo :
« Il est vrai que depuis 1996, le Congrès dispose de certaines prérogatives pour lever les sanctions. En réalité, le président Biden… dispose de toutes les prérogatives pour démanteler 90% des sanctions économiques imposées à Cuba sans avoir à passer par le Congrès. » (53:56, Lamrani)
Sur l’usage politique de l'embargo :
« La politique américaine est impériale dans le sens le plus insupportable du terme […] les Américains font le jeu de Castro et apportent de l’eau à son moulin. » (28:58; 29:00, Bataillon)
À retenir : Cette histoire de Cuba “sous embargo” est celle, au-delà des grands récits idéologiques et des affrontements de la guerre froide, d’une dépendance douloureuse, d’une adaptation forcée, d’une persévérance nationale face à une politique internationale à la logique de plus en plus contestée, mais toujours bien vivante plus de soixante ans après sa naissance.