
Histoire des violences faites aux femmes 3/4 : "Apportez-moi mes sels !" La médecine et le mythe du sexe faible
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A
Bonjour, c'est Xavier Mauduit. Le 25 novembre, c'est la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes sous l'égide de l'ONU. L'occasion d'écouter l'émission du Cours de l'Histoire « Apportez-moi mes sels », la médecine et le mythe du sexe faible.
B
Bonne écoute ! Le Cours de l'Histoire, Xavier Mauduit.
A
Apportez-moi mes selles, le médecin et le mythe du sexe faible. Comment s'établit l'amour le plus pénétrant, le plus parfait entre les sexes ? C'est lorsque la femme est le plus femelle et que l'homme est le plus viril. C'est quand un mâle brun, velu, sec, chaud et impétueux trouve l'autre sexe délicat, humide, lisse et blanc, timide et pudique, l'un doit donner et l'autre est constituée pour recevoir. Voilà ce qu'on peut lire dans le traité pratique des maladies de l'appareil génital de la femme du docteur Joseph Gérard en 1877 qui reprend une citation de Julien-Joseph Vinet, naturaliste, qui a fait paraître au début du 19e siècle l'histoire naturelle du genre humain. Oui, une histoire où il est question de force et de faiblesse. Mais docteur, ne pouvez-vous l'aider malgré elle ? Il y a des faiblesses plus puissantes que n'importe quelle force. et contre lesquels notre pauvre science ne peut rien. Il est possible qu'elle se trompe sur son état et qu'elle découvre des chances de bonheur qu'elle n'avait pas prévues. Non, Monseigneur, c'est miracle qu'elle vive. Elle ne s'y est forcée que pour attendre votre visite. Un extrait de La princesse de Clèves. Bonjour Yannick Ripa.
B
Bonjour Xavier Meunier.
A
C'est une histoire de faiblesse, en fait. Ce mot faiblesse est au cœur de cette réflexion du discours médical qui porte un regard sur les femmes.
B
Et ça depuis l'Antiquité, même depuis une Antiquité très lointaine, puisqu'on a retrouvé des papyrus égyptiens qui précisaient que le dysfonctionnement de l'utérus accablait littéralement les femmes. les paroles masculines et médicales et philosophiques, et les deux sont extrêmement liées, y compris au XIXe siècle où on vous parle d'une histoire morale et physique de la femme, donc avec un générique qui suppose que l'on est complètement lié, lorsqu'on est des hommes et des femmes, à la nature. Mais curieusement, vous avez une suite de livres qu'on n'arrive même pas à comptabiliser tellement ils sont importants. notamment fin XVIIIe et XIXe siècle, sur les maladies de femmes. Vous n'avez pas d'équivalent masculin. Alors, faiblesse, fragilité. La femme est un être qui est sur terre pour faire des enfants. Toute l'économie féminine est concentrée dans l'utérus. On retrouve le fameux totem houlière in utero hypocratique. Au lieu d'être une force, puisque les femmes donnent la vie, c'est considéré comme une faiblesse. La femme est malade de puberté en grossesse, de grossesse en accouchement, d'accouchement en allaitement. et jusqu'à la Ménopause où elle est carrément dite morte au monde. Et ce qui est intéressant par rapport au thème de cette semaine, c'est de voir que ce qui est faiblesse et fragilité, sur lequel bien sûr on peut discuter, c'est un regard qui permet à la domination masculine vraiment de s'installer de façon scientifique, Eh bien, cette faiblesse qui, logiquement, devrait amener la fameuse protection inscrite dans le Code civil, qui devrait amener à protéger cet être fragile et faible, permet au contraire de s'inscrire dans une forme de violence, soit une violence du discours qui ne se dit pas ce qui est encore plus pervers, soit une forme de violence très nette qui est, puisque cette femme est dominée par ses sens, son utérus, ses émotions, et que même si elle a une raison, ce qui est déjà en soi un progrès par rapport aux siècles précédents, elle ne sait pas s'en servir, et que dans le fond les hommes vont la contenir, voire la réprimer pour la remettre dans le droit chemin.
A
Et dans ce discours médical, mais alors là, à travers les siècles, voire les millénaires, il y a l'idée que pour parler des maladies, on parle des maladies de l'homme. C'est très important aussi de voir cela dans les textes médicaux, c'est l'homme qui est la préoccupation. Mais alors là, l'homme en tant que sexe et tout ce qui est maladie des femmes, c'est autre chose. En fait, ça va être mis plus loin en annexe. En tout cas, c'est pas mélangé.
B
C'est pas mélangé et j'en parais peut-être moins le mot préoccupation par rapport aux maladies des êtres humains et surtout des êtres masculins parce que c'est plutôt une grille de lecture, c'est-à-dire que la norme est le masculin. Donc on essaie de comprendre le fonctionnement physiologique des femmes par rapport aux hommes. Ce qui vous donne à des moments des choses qui nous font éclater de rire, mais à l'époque ça ne fait rire personne. Je crois que le cas le plus extrême, c'est la difficulté à comprendre le fonctionnement menstruel. Et il y a des hommes, des scientifiques, qui très sérieusement vous disent que les règles, c'est l'équivalent des hémorroïdes masculins. À croire que les femmes n'avaient pas d'hémorroïdes. ou autre version complètement saugrenue, une fois de plus, à nos yeux, qui est liée à toute l'histoire antique de la gauche qui est fatale, négative, et la droite qui est positive. On ferait des enfants avec l'auvers droit et des filles avec l'auver gauche, ce qui en dit long sur la façon dont les femmes sont appréhendées. Donc l'un des problèmes majeurs, c'est que ces scientifiques, à d'extrêmes rares, rares, rares exceptions, sont des hommes. Et ils regardent cet autre, comme dirait Lacan, féminin, avec peur, étrangeté, ce qu'ont bien montré les anthropologues, comme François Zéritier. Et donc, la femme est un être étrange qu'il faut essayer de décrypter. Le souci, c'est que le décryptent à partir du masculin, avec cette idée qui est héritée de la religion aussi catholique. L'une des vertus des Lumières, Là, il cisait, si j'ose dire, ses principes, mais que Dieu a créé l'homme à son image. La femme est née d'Adam et en plus, elle est accablée, comme toutes ses descendantes, du péché originel.
A
Oui, voilà, c'est ça. Elle est née d'Adam d'un petit bout. D'ailleurs, la question qui se pose, c'est qu'est-ce qu'une femme ? Parce que c'est ça, pour ces médecins, c'est qu'est-ce qu'une femme ? C'est un homme non accompli, en fait.
B
Alors longtemps, on a dit que c'était un homme raté, avec l'idée que les ovaires auraient dû descendre comme les testicules. Ils ne sont pas descendus. On progresse petit à petit, grâce évidemment à la science. Mais il y a une idée d'incomplétude, de non finition. Et cette idée, elle est véhiculée effectivement par cette difficulté à dire ce qu'est une femme, alors qu'évidemment pour nous c'est un être humain. Évidemment, on ne dit pas que ce n'est pas un être humain. Mais vous avez raison de dire ce qu'est-ce qu'une femme. qui court à travers tous les discours scientifiques et que l'on a aussi dans les définitions de l'encyclopédie. L'homme est un être humain pensant, ce qui le différencie de l'animal, qui sait ce que c'est que le bien et le mal. Sous la plume des encyclopédistes, la femme est la femelle de l'homme, ça en dit long.
A
Assez en disant, la femelle de l'homme. C'est quelque chose que l'on retrouve très souvent dans les discours médicaux. C'est toujours cette mise en relation sexuée, mais sans relier. En fait, c'est ça, moi, qui m'a fasciné en préparant cette émission. C'est l'idée que l'on peut s'intéresser à des maladies masculines. Vous l'avez dit, Yannick Rippa, c'est la norme. Mais il y a une fascination des médecins à avoir une incompréhension totale sur le fonctionnement même du corps féminin. Et dès lors, ce sont des fantasmes, des théories complètement farfelues qui viennent s'appliquer dessus. Et vous l'avez dit, les règles, ça c'est une énorme préoccupation. Parce que pour les médecins, c'est pas logique ça, ça ne doit pas fonctionner comme ça. Donc il faut l'expliquer, c'est une saignée naturelle, mais pourquoi ? Sans doute parce que la femme, pour reprendre le terme générique, en a besoin.
B
Ou certes, il y a un paradoxe. Tant que la gynécologie ne fait pas des progrès, et les progrès sont vraiment très lents en son domaine, on pourrait d'ailleurs se demander pourquoi. Enfin, on devine la réponse. Et en même temps, ils sont obsédés par les menstruations. C'est-à-dire que quelqu'un, une femme qui n'a pas une régularité menstruelle, on dit par exemple qu'il faut la marier, comme si être mariée, enfin sous-entendu avoir des relations sexuelles autorisées, allait réguler la situation des femmes. Du reste, on estime, et notamment Viret, que vous citiez tout à l'heure, on estime que si la femme n'a pas de relation sexuelle, elle n'est pas accomplie Mais elle n'est pas accomplie parce que l'important c'est l'intervention de l'homme. Le sperme est une substance vitale dont la femme a besoin. De ce fait, si vous n'êtes pas marié et donc, si vous suivez la morale de l'époque, vous n'avez pas de relation sexuelle, vous devenez une vieille fille, sèche, comme le disait Balzac en parlant de la cousine bête, avec un pied qui a l'air d'être un pied de chèvre, avec une peau qui sent mauvais. Donc il y a à la fois cette nécessité de l'homme qui est des relations sexuelles et de la régularité des menstruations. Donc, ils vont s'appliquer à rendre aux femmes leurs règles, dans cette idée que ce qu'il faut à la femme, c'est de la modération. Des règles régulières, une vie régulière, à l'intérieur, ce qui d'ailleurs est une aberration, parce qu'on n'arrête pas de dire, surtout dans le 19e siècle bourgeois, que le foyer est le domaine de la femme, alors que les femmes du peuple travaillent. Donc on voit que s'additionne une vision héritée de la religion judéo-chrétienne, les scientifiques sont de cette société, la science masculine qui assoit la domination masculine, et puis en plus une vision bourgeoise qui est complètement hors sol.
A
La science masculine, femmes et santé, encore une affaire d'hommes, point d'interrogation. C'est le titre de votre livre. Muriel Salle, bonjour.
C
Bonjour.
A
Un ouvrage que vous avez écrit avec Catherine Vidal, publié chez Belin. Oui, une affaire d'hommes. C'est très important de le souligner sans cesse, parce qu'en parlant du regard particulier porté sur la santé des femmes, nous parlons en fait d'un discours uniquement masculin, grandement masculin.
C
Oui, absolument. On parle d'un discours masculin et on parle d'un imaginaire masculin sur un certain nombre de phénomènes que vous avez évoqués qui sont des phénomènes physiologiques, donc des phénomènes normaux, par exemple les règles, qui font l'objet d'une interprétation qui est systématiquement dépréciative. Parce qu'elle sert en réalité, au-delà simplement d'un objectif de compréhension médicale et scientifique, elle sert à un objectif plus vaste, cette conception-là du corps des femmes qui est un objectif de disqualification. On a à cœur de souligner la faiblesse féminine qui est à la fois ce qui est interdit aux femmes tout un tas de choses, à commencer par l'exercice par exemple de droits civils et politiques mais aussi les efforts intellectuels trop importants et en même temps cette faiblesse féminine qui est partout dans les discours médicaux elle est aussi une forme de nécessité puisque la fonction féminine c'est de mettre au monde des enfants et il convient pour cela d'avoir une faiblesse qui qui associe la féminité à l'enfance et qui est donc indispensable à cette entreprise-là qui est l'entreprise de la maternité.
A
Interdire, interdire, interdire aussi le plaisir.
D
Pendant mon voyage à Londres pour assister au congrès médical international, j'ai eu la chance de me rencontrer avec monsieur le docteur Jules Guérin. J'ai soumis à notre éminent confrère le cas désespérant de ses deux enfants et lui demandais son avis. Monsieur le docteur Jules Guérin m'a affirmé avoir guéri des jeunes filles affectées du vice de l'onanisme, et lorsque tout traitement avait échoué, en brûlant le clitoris au fer rouge. De retour, je n'ai pas eu de mal à faire accepter par la famille le conseil du savant académicien.
A
Sur France Culture, en 1997, dans les mardis du théâtre, c'est le docteur Démitrius, à la fin du XIXe siècle, qui fait un compte-rendu clinique de l'onanisme des petites filles, Yannick Rippa. Cette notion de plaisir aussi est très importante parce qu'un médecin regarde tous les symptômes possibles, ce que peut faire un corps. Nous avons parlé des menstruations, là il le voit, il a une réaction. Le plaisir aussi, alors là ça ne passe pas. Ça ne passe pas... parce que tout ce que nous a dit Muriel Salles, c'est-à-dire la femme est là pour la reproduction, le plaisir n'a rien à faire dans cette histoire.
B
Oui, la femme est un réceptacle vide dans lequel l'homme va mettre sa semence. C'est un discours différent du XVIIIe ou au XVIIIe siècle, il y a une plus grande possibilité d'exprimer le plaisir des femmes, il suffit de regarder des peintures un peu grivoises. Et au contraire, pour les gens qui ont connu le début du XXe siècle, voire jusqu'à un milieu un peu large, je dirais avant 68, Il y avait une chanson qui disait « Une femme honnête n'a pas de plaisir », qui était chantée et écoutée sur la radio sans que ça heurte personne. Alors ce qui est intéressant, me semble-t-il, dans l'extrait que vous venez de passer, c'est ce refus. Alors l'onanisme pour les petites filles, on trouve des choses effectivement là-dessus, mais ce qui est plus, c'est pas que je nie le problème de ces pauvres petites gamines, Mais c'est sur la femme, et j'emploie évidemment encore le mot femme de façon générique comme eux, où dès qu'il y a excès, c'est nécessairement une maladie. Et l'idée de s'en prendre au clitoris avec des opérations qui s'appellent la clitéroctomie, qui sont pratiquées, alors assez peu, les Anglais le font aussi, Mais vous avez effectivement des manuels médicaux qui vous expliquent qu'ainsi, si le mariage en gros n'a pas suffi, on peut recourir à ça. Et alors cela rejoint dans un assez grand mélange l'anaphomanie, l'érotomanie, l'excès de sexe et l'on voit que s'articule le physiologique au moral avec cette notion de vice et elle est analysée par une science nouvelle du 19e siècle qui est l'ancêtre de la psychiatrie et qui s'appelle à l'époque l'aliénisme. Et la loi de 1838 sur les asiles, on appelle ça à l'époque les hôpitaux spéciaux, internes, évidemment, hommes et femmes, mais quand on regarde les registres d'internement, on trouve très très peu de traces d'internement des hommes pour un très grand usage de leur sexualité, si ce n'est quand elle est dite déviante, perverse, et notamment l'homosexualité qui est considérée comme une maladie mentale. Alors que chez les femmes, vous pouvez décliner une suite de symptômes qui provoquent l'internement, voulu parfois par le mari, et qui explique que soit la femme ne veut pas de relation sexuelle, alors ça c'est pas possible, devoir, l'appel, mais au lieu de se fixer sur la morale en disant c'est un devoir, on en conclut qu'elle n'est pas normale. Parce que quand même refuser à son mari, ça ne va pas du tout. et aussi un excès de sexe qui est lié aussi au vice, avec tout le temps un soupçon de désir prostitutionnel, où les femmes qui se masturbent, bien évidemment, sont des folles, celles qui réclament du plaisir sont des folles, et dès qu'il y a des femmes qui posent leur objet de désir sur un homme qui ne correspond pas à la norme, quelqu'un de trop jeune, quelqu'un de riche alors qu'elle est pauvre, ou qui lissa un imaginaire qu'elle ose exprimer, y compris dans des poèmes alors qu'une femme n'a pas été poète, elle est traitée d'érotomane, de nymphomane, et elle se retrouve internée jusqu'à ce qu'elle soit en clair, sage et raisonnable, et surtout que son corps se taise.
A
Voilà, se taire, ça c'est très important, ne pas se montrer, ne pas manifester, être invisibilisé ou en tout cas répondre à la norme. Muriel Salles, ce sont tous ces stéréotypes que vous avez étudiés, mais ces stéréotypes liés aux femmes, ils sont énormes. C'est très intéressant de voir qu'il y a un discours médical, mais qui scientifise, j'ose ce barbarisme, tous ces stéréotypes.
C
Un discours médical qui scientifie tous ces barbarismes, vous avez raison de le dire, et surtout un discours médical dont on peut quand même relever à certains égards la permanence. Si vous me permettez de réagir sur les deux points que vous avez évoqués à l'instant. On évoque dans l'archive que vous nous avez partagé les clitoridectomies. qu'il faudrait faire subir à des petites filles, qui ça donnerait à la masturbation. Bon, façon radicale de faire disparaître le clitoris. Il y a une façon moins radicale de faire disparaître le clitoris, qui est simplement d'en ignorer complètement l'anatomie. Et du coup, j'aime rappeler que les clitoris apparaissent dans les manuels d'enseignement des sciences de la vie et de la terre. en France en 2017 et que c'est d'ailleurs à la même date puisque vous parliez des règles tout à l'heure qui sont un grand mystère pour les médecins. Le mystère a été persistant puisque c'est à la même date en 2017 qu'on a décrit pour la première fois la composition du sang des règles et qu'on a découvert au passage que ce sang contenait un certain nombre de cellules souches dont on sait qu'elles sont très précieuses pour le développement d'un certain nombre de thérapeutiques. Donc oui, il y a des stéréotypes extrêmement prégnants dans le discours médical qui s'élabore de manière très forte au XIXe siècle et qui, peut-être faute d'être interrogé ou mis en lumière de manière suffisamment explicite, continue à certains égards à fonctionner. et à produire des choses problématiques en termes d'invisibilisation, en termes de méconnaissance sur le corps féminin, même si évidemment on n'a plus tout à fait des discours aussi caricaturaux que ceux que vous nous avez partagés tout à l'heure et qui nous font quand même un peu sourire.
A
Oui, on est obligé de se dire mais que s'est-il passé ? On voit ces évolutions qui conduisent à aujourd'hui, sachant que rien ne disparaît vraiment, que tout reste et surtout cette très longue durée. Yannick Rippa, c'est une très très longue durée. Vous avez cité Hippocrate, qui nous conduit plusieurs siècles avant Jésus-Christ et ça traverse vraiment l'Antiquité, ce qu'on appelle le Moyen-Âge et les temps modernes. Enfin, il y a aussi une constitution de ce qu'est la femme avec ses fluides, ses liquides, cette humidité.
B
Oui, il y a une opposition depuis l'Antiquité entre l'homme qui serait... Enfin, c'est la théorie des humeurs, c'est-à-dire que l'homme est fait de force, de muscles, de dur, y compris dans la relation sexuelle, et la femme est faite de fluide, que ce soit par l'émenstruation, par une musculature moindre, parce que justement elle serait spongieuse, Et les hommes vont avoir un discours sur la cellulite. Les femmes ont plus de cellulite que les hommes. Ça prouve bien qu'elles sont du côté du fluide avec leurs règles, avec le fait que quand elles sont enceintes, évidemment, il y a le liquide dans lequel baigne l'enfant. Et ce qui est intéressant, c'est qu'on aurait très bien pu en faire une force. On se souvient de la théorie de François Héritier qui dit que La puissance de la femme, c'est de faire des enfants, mais non seulement de faire l'identique à elle-même, mais de faire aussi l'autre masculin. Et c'est donc un pouvoir immense. Et ce pouvoir, les hommes l'ont retourné pour en faire une faiblesse extrême. Et comme je le disais au début de l'émission, Il y a la logique, c'est effectivement le patriarcat, la domination masculine, puisqu'on arrive à écarter les femmes, comme le disait Muriel Salles il y a quelques instants aussi, de tout interdire. Si on réfléchit, on ne voit pas pourquoi E. Condorcet le disait très bien dans son texte sur l'admission des femmes au droit de citer, juste avant la Révolution, il s'est battu Après très peu, pour que les femmes aient ce droit de citer, parce qu'il a compris qu'il ne serait absolument pas entendu, quel rapport peut-il y avoir entre l'émancipation et le fait de siéger à l'Assemblée nationale ? Aucun ! Or qu'est-ce que disent les députés ? Ces femmes sont trop faibles, Condorcet leur répond mais vous avez des tas de maladies, alors il fait notamment allusion à la goutte qui a été beaucoup plus fréquente chez les hommes pour des raisons de nutrition que chez les femmes, et pourtant les hommes siègent. Donc on voit que pour nous, on est dans un illogisme total. Et ceci dit, les traces perdurent. puisqu'on sait très bien qu'il existe des plafonds de verre, même si aujourd'hui on ne sait pas quelles sont leurs origines, et notamment ce substrat scientifique que tout le monde ignore. Mais pourquoi ce n'est pas la place d'une femme, une plane d'un faim faire ça ? Et ce qui frappe, c'est que c'est une violence extrême, et qui par rapport aux violences que vous avez étudiées ces jours derniers, finalement ne se voit pas. Elle est d'une perversion totale, puisqu'il ne viendrait à l'idée à personne de dire que le corps médical participe de la violence faite aux femmes, même si aujourd'hui c'est dénoncé sur d'autres voies, comme les violences gynécologiques, mais c'est une autre affaire, et pour le coup très individuelle et pas corporative. Alors que là, il y a cette volonté de faire régner un ordre qui est à la fois physique et moral, d'où ces deux mots dans les manuels de l'époque.
C
Alors des violences évidemment liées, oui. Et puis, puisque Yannick Ripa a prononcé ce mot d'ordre, je crois qu'on peut rajouter un adjectif qui est l'adjectif naturel, en fait. La théorie hypocratique qui a été évoquée à l'instant, elle permet de fonder non seulement une différence entre les sexes, mais là encore, le tout premier texte que vous nous avez partagé le montrait de manière très forte, je trouve. Pas seulement une différence, mais une opposition. Dans le tout premier texte, il y avait l'idée du plus femelle et le plus mâle. Et donc, la femelle est non seulement différente de l'homme, mais elle est... On dit que les sexes sont mutuellement exclusifs. En fait, la femelle est tout ce que n'est pas l'homme et réciproquement. Donc, c'est une compréhension très radicale de la différence des sexes. et qui s'origine dans cette théorie des humeurs qui peut-être mériterait d'être un tout petit peu explicité. Alors pour dire les choses rapidement, cette conception c'est la conception qu'Hippocrate a du fonctionnement du corps humain de manière générale. L'idée c'est que le corps est composé de quatre humeurs qui sont le sang, la lymphe, on disait la pituite, la bile jaune et la bile noire. Qu'à ces quatre humeurs correspondent quatre éléments, l'eau, l'air, la terre, le feu, donc on voit qu'on a une compréhension très systémique du corps humain et puis qu'à ces quatre éléments et à ces quatre humeurs correspondent quatre qualités qui sont froid, chaud, sec et humide. Et à partir de là, on conçoit la bonne santé comme l'équilibre de ces humeurs, sachant que, Yannick Rippal a dit, l'équilibre physiologique des corps diffère selon que ce sont des corps masculins ou des corps féminins. On a une espèce d'économie des fluides qui fait que si les fluides sont harmonisés d'une certaine façon, on va avoir un corps qui aura un tempérament chaud et sec. Et je n'ai pas besoin de vous faire faire une petite devinette pour que vous ayez deviné qu'il s'agit du corps masculin, chaud et sec. Cependant qu'un tempérament froid et humide développe un corps féminin. Et donc, du coup, dans cette pensée médicale qui est toute fondée sur une physiologie comme ça et sur un certain équilibre des humeurs, eh bien, on a effectivement une conception, encore une fois, de la différence des sexes, mais plus que de la différence de l'opposition et d'une opposition qui est fondée en nature. qui installent l'idée qu'il y a quelque chose d'indépassable, parce que la nature impose un ordre des choses sur le terrain domestique, mais au-delà du terrain domestique, sur le terrain politique par exemple, puisque Yannick Rippa évoquait l'Assemblée nationale par exemple, et la nature est quelque chose qu'on ne songe pas à contester, sauf à admettre qu'on puisse être contre nature. Et d'où cette violence que vous évoquez, qui est une violence redoutablement efficace, parce qu'admise, parce que silencieuse, parce qu'évidente, parce qu'incontestable, et parce que non pas imposée par les hommes, mais imposée par quelque chose de plus grand et d'extérieur.
A
Des fluides, des humeurs, froid, chaud, sec, humide. Voilà, nous avons un corps.
B
Corps.
E
La partie matérielle des êtres animés. L'organisme humain opposé à l'esprit, à l'âme. L'âme, disaient-ils, est la substance. Le corps, l'apparence. Anatole France. se donner corps et âme, avoir le diable au corps, les parties du corps, membres, bras, jambes, mains, pieds, tête, crâne, cou, visage, tronc, épaule, buste, poitrine, sein, dos, hanche, ceinture, bassin, ventre, peau, muscle, squelette, humeur, sang, une âme saine dans un corps sain, n'avoir rien dans le corps, pleurer toutes les larmes de son corps, à bras le corps, corps à corps, corps de jupe, corps de robe, corps de baleine, corps d'armure, contrainte par corps.
A
Des expressions sur le corps en 1975 dans l'émission Courant Alternatif sur France Culture, il n'y a écrit pas le corps humain, mais le corps masculin, le corps féminin et le corps social. C'est une alchimie complexe avec toutes ces théories qui sont transportées depuis des siècles. Quel regard poser sur les femmes dès lors dans le corps social ?
B
Le regard porté par les scientifiques sur le corps social est extrêmement important. On est évidemment dans ce XIXe siècle dont nous sommes toujours largement les héritiers. Et ce XIXe siècle, comme je le disais préalablement, son modèle c'est la bourgeoisie et la femme bourgeoise au foyer, reine, comme disait Balzac, une esclave qu'on met sur un trône. Et en dehors de ça, vous avez les corps populaires. Et dans ces corps populaires, ces corps de femmes occupent en partie la rue. Et cette rue, elle n'est acceptée dans sa mixité, qui est pourtant réelle, que si elle propose des corps de jeunes filles, toutes ces midinettes, maudites, boulangères, porteuses de pain qui traversent par exemple Il vient de sortir un livre remarquable de Juliette Reynes sur les métiers de Paris en 1900, observé à partir de la classe et du genre. Juliette Reynes montre bien que la jeunesse et la beauté des corps est acceptable dans la rue. et qu'on rejette complètement les personnes âgées, les personnes qui n'ont pas des canons de beauté. Donc le corps de la femme est un corps qui s'offre au regard des hommes. On accepte parfaitement dans les rubis ce qu'on appelle les suiveurs. On accepte parfaitement que des hommes pincent les fesses des premières cochères. Mais, par contre, on n'accepte pas de voir courir une femme qui ne serait ni jeune ni belle. Donc le sport en lui-même est quelque chose de déprécié et qui, là aussi, a beaucoup d'interdits. Et dans le discours scientifique, le discours sans doute le plus dépréciatif porte sur les prostituées et sur leur corps, si bien étudié par Alain Corbin dans sa fameuse étude « Les filles de noces », Pour ma part, j'ai constaté dans les archives des hôpitaux psychiatriques la description qui est faite de ces femmes qui sont donc prostituées par nature. On rejoint les Italiens César Lombroso notamment et surtout. qui parlait de la prostituée née. Vous avez les voleurs nés, les criminels, ce n'est pas leur corps. Ils agissent avec leurs bras, leur tête, ce n'est pas leur corps. Tandis que la prostituée née, c'est son corps. Elle serait donc née avec un sexe qui serait avec des lèvres plus grosse, avec une pilosité sur tout le corps plus importante, avec des cuisses plus larges, donc on voit bien qu'on est dans un déterminisme tel que dès le départ, évidemment, la vie qui est une vie sociale vous est présentée comme une vie qui obéit à Dame Nature avec un N majuscule. Ce qui veut donc dire que ce n'est pas la peine d'essayer de se révolter contre si inégalité, puisqu'elle est voulue soit par Dieu, soit par la nature. Or le féminisme ne peut être que s'il y a une conscience de genre, c'est-à-dire le fait qu'on se rend compte que les inégalités entre les sexes, que les interdits, que les assignations genrées, dépendent, comme le mot l'indique maintenant, du genre et non pas du sexe biologique, Et tant que vous n'avez pas cette conscience, vous n'allez pas vous révolter. Vous n'allez pas vous révolter d'avoir les yeux bleus ou marrons. Donc on voit bien que c'est une violence d'interdit qui va dans le corps social, dans le corps politique, et qui confirme en permanence la hiérarchie entre les sexes. Parce que certes, les médecins indiquent qu'il y a complémentarité, mais ce n'est pas une complémentarité à égalité.
A
Cette théorie médicale des humeurs, on l'a bien dit, alimente ces interdictions, ces dominations Muriel Salm. Et cette théorie des humeurs est remise en cause au 19e siècle de manière très nette. Et pourtant, le discours médical construit d'autres voies avec d'autres argumentaires pour poursuivre les formes de domination.
C
Oui, absolument. Le discours médical participe à réitérer cette domination et notamment pour là aussi reprendre une expression qui a été prononcée parce que les femmes sont contraintes par leur corps. Il y avait l'idée de la contrainte par corps avec notamment cette idée qu'en fait, le corps d'une femme se rappelle régulièrement à elle et qu'il est coup déterminant de son destin social. Il y a une très belle citation de June Michelet qui avait un certain sens de la formule qui disait des femmes qu'elles étaient d'éternel malades, qui dit en substance que finalement chaque mois les femmes tentent de prendre leur essor et que chaque mois, dit-il, la nature les avertit par la douleur et par une crise pénible, et les remettre aux mains de l'amour. C'est une façon tout à fait poétique d'évoquer les règles, mais la conclusion de Michelet est assez sans appel. Il termine en disant « En réalité, quinze ou vingt jours sur vingt-huit, on peut dire presque toujours, c'est lui qui souligne, la femme n'est pas seulement une malade, mais une blessée. elle subit incessamment l'éternelle blessure de l'amour. Donc oui, ce n'est plus tout à fait du hypocrate dans le texte. Il n'empêche que cette idée que les femmes ont un corps et que ce corps est ce qui les aliène et qu'effectivement, on ne peut pas faire grand chose pour lutter contre. Ça, c'est une idée qui persiste jusqu'à, pour reprendre l'expression de Yannick Ripa, jusqu'à ce qu'on puisse proposer des analyses en termes de genre. notamment du discours médical, parce que l'analyse au prisme du genre du discours médical permet de dire quoi ? En fait, elle permet de dire qu'il y a effectivement un certain nombre de réalités biologiques qui font qu'il y a des Il y a des différences dans le corps masculin et dans le corps féminin. Il y a des différences physiologiques. Il y a des différences anatomiques, bien sûr. Mais l'analyse au prisme du genre, elle permet de dire que ces réalités biologiques n'ont pas de sens en soi. Et que ces réalités biologiques, elles prennent un sens, et en l'occurrence un sens dépréciatif. pour les femmes parce que le système de genre, il permet de projeter cet imaginaire négatif dont on a vu qu'il se construisait sur la très longue durée et qui s'inscrivait dans un passé très lointain. Voilà, il permet du coup de construire une conception, par exemple, vous l'aviez dit tout à l'heure, dépréciative des règles alors qu'on aurait tout à fait pu imaginer précisément parce qu'on est dans une conception humoriste, c'est-à-dire fondée sur l'idée de la théorie des humeurs du fonctionnement des corps qu'on pouvait voir là une forme de purge naturelle et on aurait pu construire une compréhension favorable et positive du phénomène des règles. On décide, parce que les auteurs de ce savoir sont des hommes, et à cause de cet androcentrisme qu'on a évoqué tout à l'heure, on décide d'en préférer une conception négative. Et on trouve par exemple la même chose dans des discours édifiants, je crois qu'Yannick Rippa l'a dit tout à l'heure, par rapport à la ménopause, qui est considérée comme une mort sociale, mais aussi comme une forme finalement de mort biologique avant la lettre, avec une compréhension là aussi très très défavorable de la ménopause, qu'on appelle aussi parfois l'âge critique des femmes. La ménopause, elle est décrite au début du XIXe siècle et elle est là aussi construite comme un moment dramatique qui met fin à la vie non seulement féconde, mais à la vie tout court. Et ce discours-là, il va avoir une très longue permanence. Alors même que, par exemple, puisqu'on évoquait les apports de l'anthropologie, on a des apports en anthropologie qui nous montrent qu'il y a des sociétés dans lesquelles la ménopause est considérée comme une étape d'épanouissement social et amoureux, comme un moment, on va dire, d'importance sociale pour les femmes. Donc on décide effectivement d'avoir, dans le contexte qu'on évoque, une compréhension dépréciative de phénomènes biologiques qui, s'ils existent indéniablement, n'ont pas de sens, a priori, sinon celui qu'on décide de leur donner.
A
Le discours médical s'intéresse aux malades, en toute logique, mais en fait il a une influence, il imbibe l'ensemble de la société. Yannick Ripa, vous êtes professeur en histoire des femmes et du genre à l'université Paris 8, 27 Saint-Denis, et vous publiez Cléo de Mérode, icône de la belle époque. Parce que là, c'est le corps également d'une femme, en l'occurrence danseuse, sublime, exceptionnelle, où la femme, encore une fois, mais de manière positive, est réduite à son corps. Elle doit lutter pour s'imposer par son intelligence. Mais ce n'est pas simple dans une société où il y a toutes les barrières.
B
Non, et Cléomé Rode était très lucide sur la façon dont elle était arrivée à devenir probablement une des premières stars au sens plein du terme, à la fois étoile, alors qu'elle n'était pas étoile à l'opéra. Et à la différence d'une Sarah Bernard, même si on la trouve sublime, mais qui règne par son talent, Cléone Mérode règne par sa beauté. Elle est élue la plus jolie de nos actrices, le mot actrice au XIXe étant désignant toute femme qui est sur une scène. et elle va bouleverser à la fois les canons de la beauté. Elle se coiffe en cachant avec des bandeaux comme à l'époque de Léonard de Vinci. Toutes les parisiennes vont se coiffer comme ça. et elle va, dit-on, faire tourner la tête des rois et des princes. Et ce qui est intéressant, c'est justement cette ambiguïté. C'est-à-dire que pour que le système de star, tel que nous le connaissons aujourd'hui, c'est de la pipolisation, mais évidemment le mot n'existe pas, il faut à la fois ce corps, ce corps de femme, qui fait fantasmer les hommes, j'ai trouvé les courriers absolument Hallucinant ! J'allais dire, Bruel Mania, à côté, c'est du pipeau. Et Bruel, c'est un homme et c'est permis parce que les femmes, aujourd'hui, les jeunes filles peuvent s'exprimer. Mais vous avez des hommes qui sont prêts à se tuer pour elle, à lui donner sa fortune, leur fortune, pardon. Et pour que ça fonctionne bien, il faut quand même qu'il y ait du scandale. Parce que c'est une femme qui n'est pas féminine, je dirais, engagée, mais qui, par ses comportements, rejette les normes de l'époque. Elle n'est pas mariée, elle vit en concubinage. Ensuite, elle va se séparer de ce concubin qui mène une double vie, ça ne lui plaît pas. On va chercher tout le temps à lui attribuer des amants, le premier, et qui fait sa gloire. C'est le roi des Belges, Léopold II, alors qu'il est très âgé, il pourrait être son grand-père, elle le dit, on n'a aucune trace de ce fantasme qui va agiter tout Paris. Deuxième scandale, elle aurait posé nu, et sa statue est exposée au Salon des Champs d'Elysée et le sculpteur Falker ne dira jamais qu'elle n'a pas posé nue et qu'elle n'a posé que pour la tête. Or le fait de l'avoir nue fait scandale alors que tout le monde se précipite pour entrevoir son corps sa grâce qui soulève les salles. Elle va danser avec des tenues qui épousent tellement le corps qu'on la croirait nue. Elle va sans cesse danser beaucoup de rôles où elle est Étahir, dans l'Antiquité. Et on retrouve ce terme de façon complètement sidérante sous la plume de Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe, qui traite Claude Mérot d'étaillir en disant que son temps est passé. Pour une philosophe, c'est quand même assez... ennuyeux de voir qu'elle n'a même pas vérifié si cette femme était vivante. Elle pense qu'elle est morte. Elle ne l'est pas. Et Cléo de Mérode va lui faire un procès. Elle va gagner ce procès. On va enlever ces lignes injurieuses. Mais ce qui nous intéresse ici, C'est effectivement que jusque même une femme comme Simone de Beauvoir n'a pas compris l'usage qui est fait du corps des femmes. Effectivement, au lieu de voir en Claude Méron une victime, elle considère qu'au contraire c'est entièrement de sa faute alors qu'elle a sans doute effectivement prit la seule voie qu'on lui permettait de prendre pour devenir ce qu'elle était, une star. Et on voit très bien aujourd'hui qu'un homme peut continuer une carrière bien ridée, bien quasiment, et je mets des guillemets bien sûr, décrépie. Et si j'emploie ce mot, c'est parce qu'on va trouver ce mot pour des femmes actrices où on sait que passer 45, 50 ans, Le lifting est obligatoire parce que sinon elles ne trouveront pas de rôle et même avec ça il y a deux poids, deux mesures. Et on a vraiment là un continuum, de même que je pense pour rebondir sur ce qui venait d'être dit, on voit très bien qu'en gynécologie, On commence seulement aujourd'hui à considérer qu'effectivement souffrir parce qu'on a ces règles, on peut peut-être faire autrement, bon ça c'est il y a un petit moment, mais on voit à quel point on a mis des années à reconnaître l'endométriose parce que madame, vous souffrez, c'est la nature, il faut faire avec et taisez-vous. Donc c'est assez incroyable de voir ce continuum en plein XXIe siècle.
A
Et dans tous ces continuums et réels salles, il y a aussi le lien entre le corps féminin spécifique du point de vue de tous ces médecins et l'esprit. C'est-à-dire que les agissements des femmes, leur manière d'être en fait, seraient aussi liés à une certaine nature physiologique. Donc la faiblesse, l'énervement, etc. Là aussi, on sait combien nous en sommes héritiers.
C
Alors oui, on sait combien on en est héritier et effectivement il y a beaucoup de choses à dire à la fois sur cette confusion entre le normal et le pathologique qu'évoquait Yannick Ripa à l'instant et puis la construction de cette nature féminine qui en fait est une déclinaison spécifique de la nature humaine tout court. Alors, pour dire les choses rapidement, la confusion entre le normal et le pathologique, c'est quelque chose qui est structurant de la façon dont les médecins considèrent le corps des femmes. Moi, j'aime le dire comme ça, une femme, elle est dotée d'un corps qui est physiologiquement pathologique, façon de le dire autrement qu'il serait de dire qu'une femme qui va bien, c'est une femme qui va mal. Une femme, ça dysfonctionne par nature. Et du coup, pour rebondir exactement sur l'exemple de l'endométriose qu'évoquait Yannick Ripa, ça produit quelque chose d'assez symptomatique. L'endométriose est décrite pour la première fois en 1860. Elle est inscrite à un plan de la Haute Autorité de Santé tout récemment, en 2016, si j'ai bon souvenir. Et entre ces deux dates, il y a pléthore de publications. Mais le problème, c'est que c'est difficile de tracer la ligne entre le normal pathologique, entre la douleur de règle et la douleur problématique liée à une endométriose. Et donc, vous avez une maladie qui concerne aujourd'hui une femme sur dix, qui peine à être non seulement décrite, mais aussi diagnostiquée et éventuellement, du coup, soignée. Et pour ensuite aller sur la question de la nature féminine, donc cette nature féminine par essence dysfonctionnante, qui est donc, du coup, une déclinaison de la nature tout court. Précisément, enfin, moi, ça, c'est un peu le cœur des idées que je défends. C'est une nature qui est inventée précisément pour disqualifier les femmes à un moment où l'idée de la nature humaine était devenue quelque chose d'important pour ce qui était de donner des droits ou au contraire d'en retirer. Pour expliquer ça rapidement, il faut rappeler, je crois, que la philosophie des Lumières a consacré un principe qui est le principe des droits naturels. Là, on est au courant du 18e siècle et donc le principe des droits naturels, c'est l'idée qu'on a des droits parce qu'on est de nature humaine. Autrement dit, parce qu'on est un être humain, on accède à des droits qui sont des droits fondamentaux. Concrètement, ça veut dire que si on prive quelqu'un de ses droits naturels, on dénie l'humanité de la personne en question. Or, la Révolution française, elle dénie aux femmes l'accès à des droits naturels, puisque la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, si elle commence avec un homme avec un grand H, elle se poursuit rapidement avec des droits qui sont attribués aux seuls hommes avec un petit h. Et donc, du coup, l'idée, on va dire, un petit peu forte de l'invention de la nature féminine, elle est là. Il faut, en quelque sorte, parce que c'est la nature qui donne des droits, c'est par la nature qu'on doit retirer ces mêmes droits. Il faut inventer une nature invalidante, une nature féminine invalidante, pour justifier en nature le fait que les femmes n'accèdent pas à l'exercice des droits qui sont pourtant des droits inaliénables, imprescriptibles. Enfin, c'est comme ça qu'on définit les droits naturels. Et l'invention, on va dire les choses comme ça, de la nature féminine, alors qui existe évidemment antérieurement au 19e siècle, mais qui prend, j'allais dire, toute son efficacité politique au cours de ce siècle-là, l'invention de la nature féminine et du coup le déploiement de ces discours médicaux qu'on évoque depuis le début de votre émission, elle sert à ça, à cette disqualification en nature et donc à une disqualification redoutable d'efficacité et de permanence.
A
Et une disqualification sociale, bien sûr, avec ses normes pesantes. Yannick Rippa, vous avez fait un petit clin d'œil tout à l'heure à Jean Ferrat. Une femme honnête n'a pas de plaisir. Non, mais c'est ça, cette domination sociale aussi. Vous allez ma fille, vogue et versitaire. Et j'ai le devoir de vous avertir. Puisqu'il faut parler de choses vulgaires. Évoquons les feux qui vous font fraynir.
B
Évoquons les feux qui vous font fraynir.
A
Qu'une femme honnête n'a pas de plaisir Jean Ferrat en 1972, « Une femme honnête n'a pas de plaisir », il y a un écrit-paf, formidable, ceux qui diront ces années 1970, Jean Ferrat se fait écho de toute cette histoire, il s'en moque, « Une femme honnête n'a pas de plaisir » Parce que c'est malgré tout ça qui a drainé tout ce XIXe siècle, le refus du plaisir, mais par contrainte sociale aussi. Donc à la fois discours médical, à la fois contrainte sociale. Et heureusement que des gens comme Jean Ferrat, il y a d'autres médiateurs de la dénonciation de ces discours médicaux.
B
Oui, ceci dit, je vous trouve très optimiste parce que je ne suis pas sûre que les gens l'aient entendu comme une dénonciation. En 72, pour les adolescentes de cette époque-là, elles entendent ça et qu'est-ce qu'elles entendent ? Qu'une femme honnête n'a pas de plaisir. Même si 68 est passé par là, la pilule n'est pas... n'est pas encore distribuée aux jeunes femmes, aux jeunes filles. Et à partir de là, je pense que les jeunes filles de l'époque entendent plutôt « Ah ben non, j'ai pas le droit au plaisir ». C'est quoi le plaisir ? On n'a pas l'éducation sexuelle. Donc même si on connaît suffisamment Ferrat pour savoir que lui, bien évidemment, c'était du deuxième degré, je ne suis pas sûre que les mères qui vont écouter ça à l'époque, pensent elles au deuxième degré. Alors, pour revenir à ce que vous disiez, qui m'a un peu échappée, s'il vous plaît.
A
Nous étions justement sur cette notion de contrainte sociale mélangée à ce discours médical.
B
Voilà. Alors, la contrainte sociale, merci. La contrainte sociale, elle est effectivement très forte parce que, si c'est scientifique, c'est clair que c'est un label qui n'est pas discutable. Donc, on peut présenter ça aux femmes pour leur bien. et non pas comme une contrainte, ce qui fait que les femmes intègrent ces normes discriminantes comme si, effectivement, c'était des normes naturelles, pour leur bien, et que par conséquent, il faut qu'elles respectent ça. Et dans le même temps, la société bourgeoise est une société à laquelle, je crois, on peut donner la couronne de l'hypocrisie. Parce que si vous regardez, y compris au XIXe siècle, et puis ça se poursuit par ce qu'on appelle le théâtre de boulevard, les vaudevilles et tout ça, et bien c'est quoi ? C'est la femme, l'amant et le mari cocu. Et si la femme prend un amant, c'est bien qu'il y ait un problème. C'est effectivement que dans l'alcove, ça ne se passe pas comme elle l'aimerait. Et par ailleurs, on sait qu'il y a la façade qui dit que la femme honnête n'a pas de plaisir, que les femmes doivent faire des enfants. Et puis quand on arrive à regarder de plus près les relations amoureuse. On s'aperçoit que finalement les femmes n'arrivent pas autant qu'on peut le penser à la virginité, au mariage vierge. Il suffit de regarder effectivement les temps où c'est incroyable le nombre d'enfants qui naissent avant terme. Donc on n'est pas dupe. Le nombre d'avortements laisse aussi supposer que la femme ne fait pas, et l'homme entre en ligne de compte bien évidemment, et que les relations sexuelles ne sont pas uniquement faites par devoir conjugal. Encore que, jusqu'à ce que le viol conjugal soit reconnu en 1980, on a peu de traces de ce que ça peut être à part dans les archives judiciaires. Mais pour qu'une femme porte plainte, elle ne peut pas porter plainte contre son mari. De toute façon, elle est empêchée de le faire. Mais on voit bien qu'il y a le discours et en même temps des accommodements au sein des couples. Puisque je parle de couple, je voudrais quand même ne pas oublier les hommes dans cette histoire-là. Parce qu'on parle, à juste titre, de domination masculine. Ça ne veut pas dire que tous les hommes adhèrent à ce système. Et qu'en même temps, les hommes, ils ont une autre contrainte. Ils sont censés être forts, courageux, porter en quelque sorte leur phallus en érection comme une couronne en permanence. C'est très difficile d'être un homme. Ils n'ont pas le droit de pleurer, alors que les femmes, grâce à leur émotion, c'est merveilleux une femme qui pleure. Alors qu'on sait très bien que dans l'Antiquité, Achille, Hector, pleurent comme, si j'ose dire, des madeleines. et que le XVIIIe siècle est moins rigoureux que la bourgeoisie. Donc, il y a des accommodements qui sont plus difficiles à voir, mais que l'on trouve dans les journaux intimes, mais aussi dans l'ennui, dans ces journaux dont les femmes font part, dans leurs journaux intimes, en disant « c'est ça le mariage ». Enfin, on pense à Madame Bovary, évidemment. Mais si elle que je m'ennuie, je n'ai plus qu'une solution, prendre un amant. Donc, elles ne sont pas aussi voix blanches qu'on le pense.
A
Ça c'est important de le souligner, Muriel Salle, vous êtes historienne, maîtresse de conférences à l'université Lyon, spécialiste des femmes bien sûr, parce que femmes et santé, encore une affaire d'hommes, c'est un de vos ouvrages. Dans cette longue histoire qui nous intéresse, la théorie des humeurs, on la retrouve, enfin en tout cas le message qu'elle véhicule d'une manière différente au XIXe siècle et on retrouve aujourd'hui, vous êtes sensible à ça j'imagine, dans les discours encore présents.
C
Alors oui, moi, je suis très sensible à ça, ne serait-ce que parce que, quoiqu'historienne, je n'enseigne pas en faculté d'histoire, mais j'interviens assez régulièrement en faculté de médecine. Et donc les étudiants et les étudiantes, d'ailleurs, on pourrait le dire au féminin générique, puisqu'aujourd'hui, il y a plus de jeunes femmes que de jeunes gens qui s'engagent dans ces études-là. Les étudiantes en médecine sont plus sensibles à des analyses du discours contemporain, on va dire. qu'à des analyses en histoire, même si un peu de curiosité parfois ne nuit pas. Et donc, du coup, moi, je suis effectivement attachée à leur montrer que ces permanences qu'on a évoquées, elles produisent quelque chose de fort dans l'ici et maintenant, dans la période contemporaine. Yannick Rippa disait par exemple « c'est merveilleux une femme qui pleure ». Bon, effectivement au XIXe siècle, on considère que c'est la seule supériorité anatomique et physiologique des femmes. C'est la ramification plus poussée des vaisseaux et des nerfs qui leur donne une sensibilité qu'on dit exquise. Mais cette sensibilité exquise, elle se traduit par une plus grande irritabilité des nerfs et donc du coup par une incapacité à faire usage de sa raison. Elle se traduit aussi par cet interdit qu'on a évoqué très vite tout à l'heure autour de l'exercice physique, les femmes étant assignées à l'espace domestique. Et tout ça, ça produit des choses qui sont encore quand même d'une redoutable efficacité aujourd'hui. La conviction, par exemple, assez persistante que les femmes sont moins capables que les hommes physiquement, qu'elles sont moins fortes physiquement. C'est une idée qu'on peine à déconstruire et sur laquelle, j'avais l'occasion encore hier de l'évoquer, sur laquelle, par exemple, on va fonder, on va justifier l'exercice plus ou moins légitime de la violence masculine à l'endroit des femmes. Les hommes sont violents à l'égard des femmes parce que les femmes sont plus faibles physiquement et évidemment que cette faiblesse est entretenue de manière d'autant plus efficace qu'on interdit aux femmes l'exercice physique sur la durée et que d'ailleurs aujourd'hui encore on prescrit des exercices physiques qui requièrent en tout cas des implications moins considérable pour les femmes en postulant qu'elles sont moins capables.
A
Et bien ça c'est le résultat de cette très longue histoire qu'on a évoquée depuis l'Antiquité jusqu'à aujourd'hui. Merci vraiment vivement à toutes les deux, Muriel Salles et à vous aussi Yannick Ripa et je rappelle, Cléo Demerod, c'est chez Talendier. Et puis cette histoire féminine de la France que vous avez dirigée chez Belin, merci.
B
Excusez-moi, je ne l'ai pas dirigée, je l'ai faite toute seule.
A
Vous l'avez faite toute seule, oui, pardon, parce que je vois préface de Michel Perrault, mais bien sûr, vous l'avez faite toute seule. Encore plus bravo ! Dans le cours de l'histoire, pourquoi du comment honnête n'a pas de plaisir sans Gérard Noiriel ?
F
Horreur, c'est le grisou qui passe, C'est le minotaure odieux, Que rien n'attendrit, rien ne lasse, Qui dévore les malheureux. Il vient de frapper cent victimes, Tel est l'écho de la rumeur, Prions pour ces héros sublimes, Glorieux martyr du labeur ! Ce texte, écrit par Jacques Vacher, un poète local, fut chanté à la fin du XIXe siècle par les mineurs du centre de la France sur des aires connues. Il rappelle la période la plus dramatique dans l'histoire de ce prolétariat. Depuis la fin des années 1860, une succession de catastrophes avait fait des centaines de morts. Mais la plus terrible eut lieu le 3 juillet 1889. À 11h45, un coup de grisou dans la treizième couche du puits Verpilleux, appartenant aux huillères de Saint-Étienne, fit 207 victimes. La presse de l'époque évoqua un ouragan souterrain, composé de poussières enflammées et de gaz brûlants qui ravagèrent plusieurs kilomètres de travaux. Il fallut plus de deux mois pour extraire les cadavres des décombres, mais plusieurs corps restèrent enfouis sous ces décombres. En 1956, trois quarts de siècle après la catastrophe, lors des travaux de rénovation du puits de Verpilleux, on découvrit des ossements provenant sans doute des cadavres des mineurs ayant péri en 1889. Cette catastrophe, la plus meurtrière que la France ait connue jusque-là, suscita une intense émotion dans tout le pays. Lors des festivités du 14 juillet, des quêtes furent organisées dans de nombreuses localités pour venir en aide aux familles des victimes. L'ampleur du drame alimenta une vive polémique concernant les causes et les responsabilités. Pour le patronat, relayé par la grande presse, c'est la fatalité et l'erreur humaine qui expliquaient la catastrophe, alors que les syndicats accusaient pour leur part les propriétaires des houillères de Saint-Etienne. L'enquête ne permit pas d'établir la cause directe de l'explosion et le procès qui eut lieu du 4 au 17 septembre 1890 n'aboutit à aucune condamnation. Mais cette catastrophe joua néanmoins un rôle essentiel dans la conquête des droits sociaux par le mouvement ouvrier. Dans la région de Saint-Etienne, la figure de proue de la lutte syndicale s'appelait à cette époque Michel Rondet. Issu d'une famille de mineurs, il avait fondé en 1866 une société de prévoyance pour les ouvriers mineurs appelée la Fraternelle. Élu secrétaire général du Syndicat des mineurs de la Loire le 23 décembre 1881, son action s'élargit au plan national au Congrès corporatif des mineurs en octobre 1883, qui vit la naissance de la Fédération nationale des mineurs dont Rondet fut le secrétaire fédéral pendant 13 ans. de 1883-1896. Il fut ainsi le porte-parole au niveau national des mineurs qui accusait le patronat d'être responsable de la catastrophe qui s'était produite le 3 juillet 1889. La loi sur les délégués à la sécurité des ouvriers mineurs, qu'il avait contribué à élaborer, fut débattue au Parlement pendant cinq ans, car les sénateurs ne voulaient pas que les compagnies houillères cèdent un peu de leur pouvoir aux ouvriers. L'impact national de la catastrophe du 3 juillet 1889 fut néanmoins décisif pour l'adoption de cette loi le 8 juillet 1890 qui fut une étape importante dans l'histoire des droits sociaux.
Date : 22 novembre 2025
Podcast : Le Cours de l’histoire (France Culture)
Host : Xavier Mauduit
Invité·es principales : Yannick Ripa (historienne, professeure à l’Université Paris 8) ; Muriel Salle (historienne, maîtresse de conférences à l’Université Lyon 1)
Cet épisode explore la façon dont la médecine occidentale, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, a contribué à faire des femmes le « sexe faible » à travers une série de mythes, de discours et de pratiques. En se penchant sur la construction sociale et scientifique du corps féminin, la discussion dévoile comment les stéréotypes médicaux ont non seulement justifié l’exclusion et la domination des femmes, mais aussi imprégné durablement la société, les lois et même l’intimité des femmes.
[00:33 – 04:00]
Citation marquante :
"La femme est malade de puberté en grossesse, de grossesse en accouchement, d'accouchement en allaitement, et jusqu'à la ménopause où elle est carrément dite morte au monde."
— Yannick Ripa [02:31]
[04:25 – 08:34]
Citation marquante :
"L’homme est un être humain pensant… Sous la plume des encyclopédistes, la femme est la femelle de l’homme, ça en dit long."
— Xavier Mauduit [07:15]
[08:34 – 13:16]
Citation marquante :
"On a à cœur de souligner la faiblesse féminine qui est à la fois ce qui interdit aux femmes tout un tas de choses… et en même temps une forme de nécessité puisque la fonction féminine c'est de mettre au monde des enfants."
— Muriel Salle [11:27]
[13:16 – 17:30]
Citation marquante :
"Les femmes qui se masturbent, bien évidemment, sont des folles, celles qui réclament du plaisir sont des folles, et... dès qu’il y a des femmes qui posent leur objet de désir sur un homme qui ne correspond pas à la norme, (...) elles se retrouvent internées jusqu’à ce qu’elles soient, en clair, sage et raisonnable, et surtout que leur corps se taise."
— Yannick Ripa [16:50]
[17:49 – 23:25]
Citation marquante :
"Il y a une façon moins radicale de faire disparaître le clitoris, c’est simplement d’en ignorer l’anatomie. (…) Les clitoris apparaissent dans les manuels d’enseignement (…) en France en 2017."
— Muriel Salle [18:09]
[28:09 – 32:20]
Citation marquante :
"La prostituée née, c’est son corps. Elle serait donc née avec un sexe qui serait… donc on voit bien qu’on est dans un déterminisme tel que dès le départ... la vie qui est une vie sociale vous est présentée comme une vie qui obéit à Dame Nature avec un N majuscule."
— Yannick Ripa [29:44]
[32:20 – 36:33]
[36:33 – 42:01]
Citation marquante :
"C’est assez incroyable de voir ce continuum en plein XXIe siècle."
— Yannick Ripa [41:40]
[42:25 – 46:15]
Citation marquante :
"Une femme, elle est dotée d'un corps qui est physiologiquement pathologique, façon de le dire autrement qu’il serait de dire qu’une femme qui va bien, c’est une femme qui va mal."
— Muriel Salle [42:33]
[46:15 – 52:19]
Citation marquante :
"Si c’est scientifique, c’est clair que c’est un label qui n’est pas discutable. (…) les femmes intègrent ces normes discriminantes comme si, effectivement, c’était des normes naturelles, pour leur bien…"
— Yannick Ripa [48:28]
[52:19 – 54:35]
"La femme est malade de puberté en grossesse, de grossesse en accouchement, d'accouchement en allaitement, et jusqu'à la ménopause où elle est carrément dite morte au monde."
— Yannick Ripa [02:31]
"L’homme est un être humain pensant… Sous la plume des encyclopédistes, la femme est la femelle de l’homme, ça en dit long."
— Xavier Mauduit [07:15]
"On a à cœur de souligner la faiblesse féminine qui est à la fois ce qui interdit aux femmes tout un tas de choses… et en même temps une forme de nécessité puisque la fonction féminine c'est de mettre au monde des enfants."
— Muriel Salle [11:27]
"Une femme, elle est dotée d'un corps qui est physiologiquement pathologique, façon de le dire autrement qu’il serait de dire qu’une femme qui va bien, c’est une femme qui va mal."
— Muriel Salle [42:33]
"Si c’est scientifique, c’est clair que c’est un label qui n’est pas discutable. (…) les femmes intègrent ces normes discriminantes comme si, effectivement, c’était des normes naturelles, pour leur bien..."
— Yannick Ripa [48:28]
Une émission riche, à la fois drôle et grave, qui décortique un pan fondamental de l’histoire des violences faites aux femmes, par la médecine et la science, jusqu’à nos jours. À écouter pour comprendre comment le « corps féminin » est (encore) l’objet de multiples injonctions et dominations.