Transcript
Xavier Mauduit (0:00)
France Culture.
Shorah Makarimi (0:03)
Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Xavier Mauduit (0:09)
Iran, l'opposition massacrée. L'année 1978 en Iran est marquée par une vive opposition contre le Shah, des manifestations qui deviennent révolutions. Au début de l'année 1979, cette révolution est confisquée, c'est la république islamique avec à sa tête l'ayatollah Roumeni. Atteindre le pouvoir est une chose, le conserver en est une autre. Dès lors, un intense et terrible système se met en place, répression, contrôle total du pays, de la vie des gens, des paroles, des gestes, des corps. Mais pour commencer, retour à Téhéran, en février 1979, lors des manifestations au moment où celles et ceux qui combattent s'aperçoivent que la révolution est confisquée. Il y a encore des soutiens du chat.
Supporter of the Shah / Interviewee (0:50)
J'aime beaucoup le roi. Il est gentil.
Shorah Makarimi (1:00)
Il est modeste.
Supporter of the Shah / Interviewee (1:01)
J'aime beaucoup. Je viens ici pour lui. Vous voulez le retour du roi en Iran?
Xavier Mauduit (1:08)
Oui!
Shorah Makarimi (1:08)
Le cours de l'histoire.
Supporter of the Shah / Interviewee (1:09)
Le roi, le roi, le roi! Grande roi! Vous êtes contre Roménie? Je ne suis pas contre Roménie, je le déteste car il est en train de détruire notre pays. Ce sont des individus qui ont été vendus pour des.
Xavier Mauduit (1:32)
Nous étions ici en février 1979, un reportage sur la situation alors confuse en Iran au moment de la révolution. Bonjour Shorah Makarimi. Bonjour. Vous êtes anthropologue, directrice de recherche à l'école des hautes études en sciences sociales. Vous avez avec nous aujourd'hui un regard particulier sur l'Iran. 1979, vous êtes née l'année suivante. J'entends ici des soutiens du Shah en 1979. Pour comprendre l'ampleur de la répression, il faut peut-être juste présenter les oppositions possibles au pouvoir islamique pour saisir qui peut être persécuté. Les anciens soutiens du Shah, ça je l'entends. Qu'y a-t-il d'autre en Iran à ce moment-là qui pose problème au pouvoir?
Shorah Makarimi (2:11)
Oui, et d'ailleurs c'est très important qu'on puisse les entendre, c'est-à-dire que le fait qu'ils puissent crier dans la rue, c'est une chose qui va très vite disparaître. Moi, quand je nais en 80, c'est déjà plus possible de prononcer ces mots-là. Il y a toute une série d'acteurs révolutionnaires, donc qui ont fait la révolution, qui ont même été importants, comme Marie Ladier le disait, qui ont été importants au moment de l'achèvement, disons, de la conquête révolutionnaire de la rue. Et ces acteurs-là ne sont pas d'accord avec le projet de la République islamique qui est porté par Roménie. Il y a des islamistes de gauche qui sont anticléricaux, donc contre le clergé, qui sont les mojaïdines du peuple, qui se revendiquent de la pensée d'Ali Chariati, qui était un des pères intellectuels et on pourrait même dire spirituel, de la révolution de 1979. C'est un intellectuel qui a fait ses études en France dans les années 60, a fréquenté les milieux anticolonialistes et du FLN, a été proche de Frantz Fanon, avec qui il a eu une correspondance, de Sartre, qui a préfacé des ouvrages, et qui pense que le chiisme, en fait, est une religion qui porte un potentiel de justice sociale, et qu'on peut en faire un projet politique qui serait émique, c'est-à-dire qui serait propre et local à la société iranienne, et c'est une façon de surmonter le paradoxe, la contradiction entre tradition et modernité, qui est vraiment au cœur de la révolution de 79. Donc Ali Chariati, exilé par le Shah et puis tué deux ans avant la révolution, a eu comme descendance politique, on peut dire, aussi ces Mujaheddin du peuple, dont les cadres dirigeants, qui est un groupe de guérillas, dont les cadres dirigeants étaient emprisonnés sous le Shah, et qui revient, qui refait surface lors de la libération des prisonniers politiques, s'organise et va devenir peu à peu un acteur électoral, et ça c'est important. Il y a d'autres laïcs de gauche, comme Bani Sadr, qui deviendra président de la République en janvier 1980, qui étaient proches de Rouménie. Il y a des acteurs qui deviennent des acteurs institutionnels et politiques importants, qui étaient ce cercle proche de Rouménie, des étudiants islamistes, qui faisaient leurs études à l'étranger, notamment en France, et qui ont organisé l'exil de Khomeini à Nof, le château, qui ont construit un peu, on dirait en Pierre, en public relations, son image de vieux sage sous le pommier, qui ne veut surtout pas interférer dans les affaires. Le livre de Khomeini, Velayat-e-Fari, le gouvernement islamique, a été retiré un petit peu de la circulation, pour justement que ses idées et que son projet ne soient pas trop connus, des gens qui allaient le prendre comme porte-drapeau de leur révolution. Et puis il y a la gauche qui défendait une perspective de lutte armée sous le régime Duchat. Il y a une multitude de groupes de gauche qui ont circulé dans la région, qui ont participé à des mouvements de libération nationale au Moyen-Orient, qui sont assez liés en fait avec ce moment où le national-marxisme, disons, la théorie et la pratique de libération la plus importante au Moyen-Orient, du Liban en Palestine à la Libye, etc. Et il y a le Toudé, qui est le parti de gauche plus institutionnel et pro-soviétique, très lié au Comintern. Et puis il y a aussi des libéraux dont la présence publique s'entend beaucoup moins parce que le moment de la Révolution 78-79 ce sont des années qui vont faire bouger le sens commun, les seuils de tolérance à la violence et donc on va être dans un discours de justification de la violence révolutionnaire qui laisse peu de place à un discours démocratique, libéral, on va dire, qui sera considéré comme pro-occidental. Et, pour finir, mais c'est très important, il y a bien sûr les mouvements qui sont liés à des régions périphériques, comme le Kurdistan surtout, donc qui est vraiment des mouvements qui sont liés à une identité, on va dire presque, une identité nationale et ethnique. Et au Kurdistan, il y a le Parti démocrate du Kurdistan, il y a le Komele, qui est le parti communiste kurde, il y a le PJAK également, et ce sont des groupes qui sont qui sont bien implantés dans la société kurde, et qui participent pleinement à la révolution de 79, et qui ensuite vont avoir une demande d'autonomie, de fédéralisme, ou en tout cas, ils vont demander à compter dans la forme que prendra, on est à un moment de laboratoire politique, la forme que prendra cette future république islamique. Il y a aussi au Turkmen Sahara, en Azerbaïdjan, des mouvements comme ça, qui sont des mouvements régionaux très forts.
