
Jane Austen en son temps : Gentry et petites fortunes, Jane Austen raconte le pouvoir de l’argent
Loading summary
Xavier Mauduit
France culture le cours de l'histoire Xavier Mauduit.
Host/Interviewer
Gentry et petite fortune, Jane Austen raconte le pouvoir de l'argent. Attention, épineuse question de la prononciation. Jane Austen comme Martine ou Jane Austen comme capitaine ? Jane Austen comme ten, dix en anglais. Voilà, c'est la prononciation anglaise. Mais Jane Austen bénéficie d'une prononciation française. Autrice de la fin du 18e siècle, du début du 19e siècle, c'est un peu comme le roi. Du Royaume-Uni, Guillaume IV au XIXe siècle, personne en France ne l'appelle William IV. C'est une prononciation française, alors Jane Austen ou Jane Austen. Passion, Jane.
Narrator/Reader
En examinant ma situation financière, je constate qu'au lieu d'être très riche, je risque plutôt d'être très pauvre. Il vaut donc mieux te préparer à la vue d'une sœur tombée dans la pauvreté, afin que cela ne te démoralise pas.
Xavier Mauduit
Le cours de l'histoire.
Host/Interviewer
Une lettre de Jane Austen à sa sœur Cassandra, le 24 août 1805, qui évoque ces questions de fortune. Et pour parler d'argent aujourd'hui, Marie-Laure Massey-Chamayou, bonjour !
Xavier Mauduit
Bonjour Xavier Mauduit.
Host/Interviewer
Vous êtes maîtresse de conférence en études anglophones à l'université Paris 1, Panthéon-Sorbonne. Vous êtes membre du Centre d'Histoire du XIXe siècle, avec ici l'idée de l'argent. Et vous avez eu la délicatesse, justement en écho à Jane Austen qui manquait d'argent, de venir avec un billet de banque.
Xavier Mauduit
Oui, autant parler d'argent concrètement et avec l'appui d'un billet de banque. Alors là, je viens de réagir à l'extrait sonore parce que je reconnais Madonna, Material Girl. Qui a été repris dans la deuxième saison de la chronique des Bridgerton, qui s'inspire énormément aussi de Jane Austen. Voilà, donc ça ouvre la deuxième saison et ce qui donne tout le sous-texte de cette société de la Régence qui est éminemment structurée par ses questions d'argent.
Host/Interviewer
Ah oui, une fille matérialiste, matérielle, materielle.
Xavier Mauduit
Matérialiste, voilà. C'est le matérialisme qui se déploie dans toutes les strates de la société. Et donc, il y a beaucoup à dire sur ce billet de 10 livres sterling. Tenor, donc, puisque c'est le mot anglais. pour s'y référer. Et hier, je rebondis aussi sur ce qu'a dit Marc Poré, puisqu'il parlait de cette lettre envoyée par Jane Austen à l'éditeur Crosby & Co, qui avait acheté pour la somme de 10 livres sterling, justement, le manuscrit de Northanger Abbey, donc Susan à l'époque, et qui ne l'avait jamais publié.
Host/Interviewer
Ah ben voilà, parce que cette émission, Jane Austen être écrivaine dans l'Angleterre Georgienne, c'est une émission à écouter, à podcaster sur franceculture.fr et l'application Radio France. Ce billet, il est lourd de sens avec ses dix livres, donc c'est le prix acheté, donc nous sommes au 19ème siècle.
Xavier Mauduit
Lorsque Jane Austen lui écrit et qu'elle prend une signature, donc Mrs. H. Dennis, pour faire en sorte que l'acronyme dise son état de colère, MAD, donc absolument furieuse face aux pratiques des éditeurs, parce que l'éditeur n'a jamais expliqué pourquoi il n'a pas publié un roman qu'il a quand même acheté. Et donc, elle sera obligée de le racheter pour cette somme, la même somme, pour 10 livres sterling, quand elle en aura les moyens, c'est-à-dire dans les années 1815-1816, grâce à son frère Henri. Et il faut savoir que 10 livres sterling à l'époque, pour comprendre ce que ça représente maintenant, il faut multiplier la somme par 100. Alors ça, je me fonde sur les dires. du gouverneur de la banque d'Angleterre Mark Carney quand il a dévoilé lui-même ce billet de 10 livres dans un lieu incroyable, la cathédrale de Winchester. Donc là aussi il y a un mélange des genres assez incroyable puisqu'on sait que Jane Austen est enterrée dans la cathédrale de Winchester. Mais parler d'argent au cœur du sacré, au cœur de la cathédrale, dit aussi un mélange des genres qui est assez étonnant, assez détonnant, typiquement anglais en fait. Donc ça, c'est très intéressant. Mais sur l'histoire même du billet, il y a beaucoup de choses à dire. Et après, je passerai à la description du billet parce qu'il y a aussi des choses qui posent problème. Et c'est comme si l'ironie de Jane Austen qui caractérise ses écrits était aussi à l'œuvre dans ce billet.
Host/Interviewer
Oui parce qu'il n'y a pas juste la valeur des dix livres qui fait un écho à Jane Austen, il y a bien autre chose.
Xavier Mauduit
On déploie différentes strates de sens et différentes symboliques. Alors tout commence en 2013 lorsque la Banque d'Angleterre annonce le remplacement de l'effigie d'Elizabeth Frye par celle de Winston Churchill sur le bélier de cinq livres sterling. Alors qui était Elizabeth Frye ? C'était une contemporaine de Jane Austen puisqu'elle était née En 1780, elle est décédée en 1845, la même année que Cassandra Austin d'ailleurs, et Elizabeth Fry a œuvré pour réformer le système pénitentiaire et notamment promouvoir l'instruction des enfants qui étaient emprisonnés avec leur mère. C'est d'ailleurs l'une des figures, l'une des femmes qui ont inspiré Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge. après la bataille de Solferino. Donc voilà une femme vraiment importante à la fois dans l'histoire du monde et dans l'histoire des femmes. Or cet effacement d'une figure féminine faisait suite à un effacement précédent, la figure de Florence Nightingale, alors elle aussi Elle plutôt période victorienne et elle figurait sur le billet de 10 livres sterling remplacé par Charles Dickens. Ce qui signifiait en 2013 qu'il n'y aurait plus de portraits de femmes sur les billets, sauf le portrait de la Reine d'Angleterre. Ça a beaucoup ému les féministes. Il y a eu une vague de protestations. et notamment une féministe, Caroline Criado-Pérez, qui a interpellé la Banque d'Angleterre en disant qu'une telle invisibilisation des femmes n'était pas possible et qu'il fallait trouver une solution. Et c'est la Banque d'Angleterre qui a décidé de promouvoir l'effigie de Jane Austen. Donc ça, c'est intéressant parce que ce n'est pas Caroline Criado-Pérez qui a eu l'idée, mais la Banque d'Angleterre. Évidemment, là, tout le monde était assez heureux de ce choix qui fait consensus, sauf que certains hommes, un peu détraqués, ont commencé à envoyer des menaces de viol sur Twitter à Caroline Criado-Pérez, puis des menaces de mort, donc ça a complètement dégénéré. Ça a donné lieu à un dépôt de plainte, un signalement à Twitter, puisqu'à l'époque c'était Twitter. En conséquence de quoi Twitter a créé un bouton de signalement sur l'application pour lutter contre de telles menaces sexistes, violences sexuelles, menaces de mort envers les femmes. Et là, moi je me dis mais cette Jane Austen, elle est quand même incroyable parce que même morte, même d'outre-tombe, elle a cette efficacité là pour aider les femmes à lutter contre les violences sexistes. Je trouvais que cette anecdote était intéressante et le premier geste de Caroline Criado-Pérez quand elle a eu ce billet de 10 livres sterling en main, ça a été de le donner, d'en faire don à une maison des femmes qui s'occupe de recueillir les femmes, un refuge pour accueillir les femmes en situation de précarité ou de violence.
Host/Interviewer
On voit bien la portée ici de la pensée d'une femme de la fin du XVIIIe siècle, du début du XIXe siècle. Et Marie-Laure Massé-Chamaillou, le lien est extrêmement pertinent de voir. Mais il n'y a pas que ça.
Xavier Mauduit
Il n'y a pas que ça, parce que maintenant il faut passer à la description du billet.
Host/Interviewer
Oui, j'allais vous demander qu'est-ce qu'on y voit sur ce billet.
Xavier Mauduit
Qu'est-ce qu'on y voit ? Si vous voulez, je vous le donne.
Host/Interviewer
C'est gentil, attendez, je l'attrape.
Xavier Mauduit
Vous allez pouvoir suivre.
Host/Interviewer
Il est là. J'ai l'argent. Il est très très beau. D'un côté, je vois une femme, mais je sais que ce n'est pas Jane Austen parce que c'est la reine Elisabeth II d'Angleterre. Mais si je le retourne, effectivement, là, je retrouve le portrait assez classique. On n'a pas beaucoup de représentations physiques de Jane Austen. Donc ça, c'est celle que l'on voit à peu près partout. Elle est très belle.
Xavier Mauduit
Oui, elle est même trop belle, elle est même photoshopée, comme on dirait maintenant. Elle est totalement retouchée. Donc là, moi aussi, ce billet m'intrigue. Bon, vous connaissez Magritte avec son tableau. Ceci n'est pas une pipe. Là, j'ai envie de dire, ceci n'est pas qu'un billet de banque et pas qu'un billet de 10 livres sterling. Alors, ce billet qui trouve son origine dans la fiction romanesque. Hier, mes collègues ont beaucoup parlé de fiction. Et on sait que l'argent est une fiction, donc on est doublement dans la fiction. Là aussi, c'est très intéressant de pouvoir rebondir sur ce qui a été dit hier. Ce billet qui trouve son origine dans la fiction romanesque, qui participe d'une fiction et qui œuvre à sa mise en circulation depuis 2017. Pourquoi en 2017 ? Pour commémorer le bicentenaire de la mort de Jane Austen. Ce billet, il est comme les romans de Jane Austen, il est traversé, voire miné par l'ironie. D'abord parce que la romancière, qui du fait de son impécuniosité, on va en parler, elle n'était pas pauvre mais impécunieuse, elle a eu toute sa vie maille à partir avec l'argent. Et maille, dans le mot maille, c'est vraiment l'idée d'argent aussi. Elle a eu maille à partir avec l'argent jusqu'à sa mort et elle se retrouve désormais intrinsèquement associée à un billet de dix livres, avec aussi tout le sous-texte que l'on a vu par rapport au rachat du manuscrit de Susan devenu non-Thanger Abbey. 10 livres seulement, alors que son œuvre ne cesse de générer des profits absolument colossaux avec le succès commercial de ses romans, des multiples adaptations, des produits dérivés, de l'essor du tourisme à Bath, à Winchester, à Londres, de tous ces circuits qui commémorent Jane Austen, qui font partie de ces circuits touristiques patrimoniaux. Ça, c'est aussi un décalage, une forme d'ironie. Troisième problème, on vient de le voir, le portrait embelli, le choix d'un portrait embelli. Alors certes, pour mieux répondre ou mieux correspondre à certains canons esthétiques, sans doute gage d'un plus grand crédit de ce billet, puisque là, on est dans le domaine de la fiction. Donc, si on avait mis une image LED de Jane Austen, en tout cas, on ne pouvait pas utiliser le portrait esquissé fait par sa sœur Cassandra, parce que là, elle a un air tellement Ah oui, il est terrible. On va le mettre sur le site.
Host/Interviewer
Internet du cours de l'histoire.
Xavier Mauduit
Donc là, un billet avec une telle représentation, je pense que ça aurait été absolument terrible pour le crédit même, l'histoire de crédit qu'il y a derrière, derrière l'argent. Et par ailleurs, la pose de la jeune femme.
Host/Interviewer
Alors oui, parce qu'il y a le portrait de Jane Austen et puis derrière, comme une toile de fond, on sait comment sont les billets de banque, il y a plein d'éléments superposés pour les rendre difficilement copiables. Donc je vois une jeune femme sur une table de travail, c'est ça qu'elle est en train d'écrire ?
Xavier Mauduit
Certains disent que c'est Elisabeth Bennet, d'autres que c'est une représentation de Jane Austen à sa table de travail. Mais regardez la pose choisie pour cette jeune femme. Elle est tellement courbée, elle est presque recroquevillée. On dirait qu'elle a une scoliose d'ailleurs, la pauvre. Ils auraient quand même pu peut-être choisir une femme un petit peu plus droite. Sa pose contraste complètement avec la figure du cavalier qui se trouve en bas à gauche, qui dégage une énergie masculine incroyable, qui chevauche dans la campagne, qui est libre de ses mouvements. et on voit que finalement ce sont deux représentations complètement stéréotypées du féminin courbé presque dans une position de soumission et du masculin alors même que Jane Austen dénonce ces stéréotypes genrés dans ses romans en montrant par exemple des personnages féminins beaucoup plus mobiles dans Persuasion, dernier roman achevé, on a le personnage de Mrs Croft épouse d'amiral qui explique qu'elle a vécu sur le bateau de son époux. Elle tient les rênes de la voiture quand ils se déplacent. Elle tient les rênes aussi du ménage puisqu'elle négocie toute la transaction pour la location du château de Kellynch. C'est un personnage féminin important qui est porteur d'une vérité morale du texte et qui revendique une certaine égalité de traitement entre hommes et femmes. Et là, on voit que le biais ne fait que reconduire des stéréotypes de l'époque sans prendre en compte les représentations qu'en ont donné Jane Austen. Et enfin, la citation qui a été choisie. « I declare, after all, there is no enjoyment like reading ». Bon, on est tous d'accord qu'en fin de compte, rien ne vaut la lecture.
Host/Interviewer
Oui, c'est ça.
Xavier Mauduit
On est d'accord.
Host/Interviewer
Elle déclare que rien ne vaut la lecture. Très bien.
Xavier Mauduit
Sauf que, qui dit ça dans les romans ? C'est dans « Pride and Prejudice », c'est dans « Orgueil et préjugé ». Ça n'est pas Elizabeth Bennet, l'admirable héroïne de « Pride and Prejudice », mais Miss Bingley, sa rivale arrogante. orgueilleuse, complètement superficielle, qui immédiatement après avoir fait l'éloge de la lecture dans l'unique but de séduire Darcy, jette son livre. Jane Austen écrit, Miss Bingley bailla aussitôt, jeta son livre, parce qu'elle voit que ça ne fonctionne pas, ça n'est pas un appât suffisant pour arrivée à attraper Darcy dans ses filets, et elle regarde autour de la pièce pour trouver une autre distraction. Alors moi, je me dis comment Jane Austen aurait réagi à la mise en circulation de son portrait retouché, photoshopé pour mieux valoriser l'argent. Cet art des gens est légendé d'un contresens peut-être aussi vulgaire, alors qu'il s'agissait avant tout de rendre hommage à son œuvre et à sa personne. Donc vous voyez, ce biais, il est incroyable. Et dernier point, quand vous regardez En filigrane, en haut, il y a une représentation d'un livre avec GA, les initiales de Jane Austen, mais quand vous retournez le billet, au même endroit, c'est la couronne de la reine d'Angleterre. Donc, on a d'un côté la reine d'Angleterre avec la couronne, l'idée de royauté, et de l'autre, peut-être la reine du roman. couronnée, couronnée reine du roman avec cette couronna et avec évidemment la présence du portail de la cathédrale de Winchester où Jane Austen est inhumée et c'est comme si elle était rentrée dans l'histoire par la grande porte.
Host/Interviewer
Marie-Laure Massi-Chamayou, j'ai l'impression que ce billet de 10 livres qui a été créé en 2017 pour les 200 ans de la mort de Jane Austen mais enfin quand même avec des limites.
Xavier Mauduit
Oui mais c'est fascinant de s'intéresser à l'argent et à toutes les représentations, enfin tout ce que ça signifie d'une culture, des choix, tout est signifiant en fait. dans l'argent.
Host/Interviewer
Et puis d'ailleurs vous avez publié, Jane Austen n'a pas dit son dernier mot aux presses de Sorbonne Université.
Xavier Mauduit
Je suis en train de l'écrire à Sorbonne Université Presse.
Host/Interviewer
Et surtout la représentation de l'argent dans les romans de Jane Austen, lettres et la voix, parce que dans la lecture que nous pouvons faire de ces romans, qui ont souvent été réduits à quelque chose de fort sympathique, de romantique. Eh bien, nous y trouvons en fait une critique sociale à travers l'argent. L'argent, c'est omniprésent dans les romans de Jane Austen.
Xavier Mauduit
L'argent, c'est vraiment ce qui organise la matière romanesque. Puisque dès le début des intrigues, dès l'Inquipit, Jane Austen nous donne énormément de montants, énormément d'indications de statut social, de somme d'argent. C'est parfois même assez aride et parfois assez choquant. Mais cela permettait aux lecteurs de l'époque de comprendre exactement à qui ils avaient affaire et quel était l'horizon d'attente des personnages et à quel destin social ils ou elles pouvaient prétendre.
Host/Interviewer
Et ça, c'est dès les premières lignes de ces écrits.
Narrator/Reader
La famille des Dashwood était depuis longtemps établie dans le comté de Sussex. Leur domaine était étendu et leur résidence habituelle était à Norland Park, au centre de leur propriété, où plusieurs générations avaient vécu avec honneur, aimé et respecté de leurs vassaux et de leurs voisins. Le dernier possesseur de ces biens était un vieux célibataire. Monsieur et Madame Henry Dashwood soignèrent sa vieillesse bien moins par intérêt que par bonté de cœur. et la gaieté des enfants animèrent le soir de sa vie et la prolongèrent.
Host/Interviewer
Sabine Zobigian qui nous lisait ici les premières phrases du roman. Alors c'est toujours complexe avec Jane Austen parce que les titres pour les traductions françaises ont varié. Aujourd'hui ce serait « Le cœur et la raison », c'est « Raison et sensibilité » qui était une traduction passée du titre de ses romans. En tout cas, l'idée est là, c'est-à-dire qu'elle présente les gens, non pas par leur fortune de manière abrupte, mais en donnant les éléments de compréhension quelque part de leur milieu social aussi, à travers leur domaine, leur bien et pourquoi pas leur rente.
Xavier Mauduit
Oui, là, c'est vraiment cette volonté d'ancrer tous les personnages dans un milieu social. Et quand on se contente juste des premiers paragraphes, voire du premier paragraphe, on peut dire raison et sentiment aussi. comme titre, donc de « Sense and Sensibility », on voit que finalement c'est un monde idyllique au départ, puisqu'on a une vieille famille. Alors l'ancienneté de la lignée pour la Gentry, on comprend tout de suite, en tout cas le lecteur, le lectorat de l'époque comprenait d'emblée qu'il s'agissait d'une vieille famille de la Gentry foncière, donc qui est ancrée dans un comté. qui est identifiée, qui a une propriété entourée de terre, et alors la terre c'est le cercle magique. C'est ce qui vous fait rentrer dans le cercle magique en termes de revenus et de statut, puisque la terre est non seulement synonyme d'ancrage, synonyme de rapport organique avec cette Grande-Bretagne qui est entourée d'eau. Donc la terre a une importance aussi pour ancrer le statut, la fortune, mais aussi elle est synonyme de rente foncière. Donc elle produit un revenu. Et au Moyen-Âge, elle était même synonyme de pouvoir militaire, puisque quand on avait de la terre dans le système féodal, on avait des vassaux, on pouvait lever une petite armée, et elle est synonyme de pouvoir politique. Donc, vraiment, la terre, c'est fondamental.
Host/Interviewer
Qu'est-ce que la gentry d'ailleurs ? Autant de Jane Austen parce que c'est difficile à expliquer et Marie-Laure Massi-Chamayou vous faites un regard historique et ça c'est légitime pour expliquer ses origines anciennes parce qu'on sent bien que la profondeur du temps par la lignée notamment, par la possession des domaines c'est très important. Autant de Jane Austen, la gentry on pourrait la définir comment ? C'est de la petite noblesse c'est ça ?
Xavier Mauduit
Alors la gentry elle a toute une histoire complexe et là on pénètre vraiment dans ce qui fait l'une des spécificités de la Grande-Bretagne. Pour Jane Austen, qui est légèrement en décalage par rapport à cette classe sociale-là, on y reviendra peut-être, la gentry, c'est le groupe de référence. C'est cette petite noblesse anglaise, non titrée par rapport à la grande aristocratie, Cette petite noblesse se situe entre l'aristocratie et les middle ranks. Elle est composée de baronnets, de chevaliers, des knights, des cuillers, des squires. Elle a traditionnellement une grande proximité avec le pasteur. Il y a cette alliance-là, théorique, puisque Jane Austen montre dans Mansfield Park que lorsque le château ou la demeure sénioriale se trouve un peu trop loin de l'église ou qu'il n'y a plus ces liens-là, c'est toute la moralité peut-être de la petite communauté qui peut être mise en danger. Ce qu'il faut savoir, c'est que cette gentry s'est constituée à partir du XIe siècle avec la conquête normande. Guillaume le Conquérant, 1066, invasion de l'Angleterre avec quelques troupes. Il s'agit d'établir son pouvoir sur une population anglo-saxonne. C'est par la confiscation des terres que cette gentry peut s'ériger en groupe dominant. Elle gagne en pouvoir au XVIe siècle sous le roi Henri VIII après la dissolution des monastères puisqu'elle bénéficie de la vente des propriétés monastiques. Donc il y a un enrichissement au XVIe siècle. C'est un groupe social aussi qui s'enrichit grâce au commerce de la laine. puis à la vague des enclosures, cette clôture des terrains communaux. Il y a différentes vagues, ça commence sous Elisabeth Ière et puis ça se poursuit au XVIIIe, XIXe siècle. D'après François Bédarida, il me semble que la gentry est constituée d'environ 3000 familles par rapport à 300, 400 familles d'aristocrates. C'est pour donner un ordre de grandeur. Et ça n'est pas un groupe homogène en termes de revenus. C'est même une nébuleuse complexe par ses liens avec d'autres strates sociales puisque les membres les plus fortunés de la gentry sont rentiers, donc ils possèdent un domaine et ils vivent de la rente foncière. dans un mode de vie. Alors c'est ça vraiment qu'ils ont en commun, parce qu'ils ont cette conscience, alors maintenant on dirait une conscience de classe. C'est compliqué de parler du mot classe avant Waterloo, avant les années 1820. Mais Jane Austen écrit justement aussi à cette période de transition entre les lower ranks, cette terminologie de ranks, holders, et on passe après à une terminologie de classe. Mais donc ils ont quand même en commun cette conscience d'appartenir à un cercle privilégié par la possession de terre qui garantit qu'ils n'ont pas à se salir les mains pour travailler. Donc ils ont cette oisiveté, c'est l'otium. latin, cette oisiveté noble, ce loisir noble qui leur permet théoriquement de faire le bien autour d'eux. Donc c'est une richesse foncière qui doit être en théorie synonyme de responsabilité sociale. Et c'est important la responsabilité sociale, c'est lorsqu'on est capable de répondre de ses actes. notamment face à ceux qui dépendent de vous pour leur subsistance ou leur bien-être. Et ce loisir noble doit normalement garantir un engagement politique qui permet d'améliorer le sort de ceux qui dépendent d'eux pour leur promotion à travers la pratique du patronage. Donc voilà ce qu'on peut dire sur cette Gentree. Et puis le problème pour les femmes, de ce milieu-là, c'est qu'à la fois elles sont dans un cercle magique qui leur permet de ne pas travailler, mais elles sont finalement moins bien loties que les femmes des middle ranks qui ont accès à une profession, elles, et qui peuvent gagner de l'argent. Puisque elles, elles sont piégées à la fois par les procédures patriarcales, ou l'héritage patrilinaire qui souvent les excluait à 90% de la transmission du patrimoine. Et leur seule solution pour faire carrière, entre guillemets, puisque là vraiment c'est entre guillemets, c'est de se marier. Et on retombe sur la problématique du mariage.
Host/Interviewer
Et là, on a toute la lecture aussi particulière des romans de Jane Austen avec l'importance du mariage et de savoir si le futur a une rente suffisante. Marie-Laure Massich à Mayou, vous nous avez dit que Jane Austen n'appartenait pas directement à cette gentry, c'est-à-dire que Elle bénéficie de tous les codes parce que ce n'est pas simplement posséder des terres qui fait l'appartenance à la gentry, c'est aussi respecter des codes sociaux qui participent à cette reconnaissance dont vous nous parliez. Donc là, les codes, elle les a, mais elle n'a pas les sous.
Xavier Mauduit
Alors la gentry, c'est la classe des gentlemen. Donc les gentlemen. Et là, elle a tous les codes. parce que son père est considéré comme étant un gentleman parce qu'il est pasteur, parce qu'il a bénéficié d'une excellente éducation à Oxford, il a fait des études de théologie, il a lui-même une haute idée de l'éducation et de l'instruction puisqu'on a vu hier qu'il avait vraiment permis à ses filles de se cultiver autant que possible en ayant accès à la bibliothèque familiale qui comporte près de 500 volumes. Mais toute la problématique de Jane Austen, vraiment dès le départ, c'est ce décalage entre les revenus de ses parents qui sont quand même endettés et qui sont très peu capables de gérer le budget domestique comme il le devrait et la conscience qu'elle a d'appartenir à une classe supérieure mais qui n'en a pas les revenus. Donc c'est ce décalage entre statut social, culture, éducation et revenus qui explique toute la préoccupation en un mot et en deux mots. Elle est préoccupée par ces questions d'argent. Elle n'est pas vénale, ce n'est pas ça ni avare mais c'est vraiment pour elle C'est le problème majeur, fondamental, dès le départ.
Host/Interviewer
D'où des tas de tensions sociales.
Sir Walter Elliot (Character)
Ah, voilà Sheffield. Il a dit avoir une grande nouvelle à nous annoncer.
Lady Russell (Character)
Lady Russell, mademoiselle Anne. Sir Walter, j'ai reçu ce matin même une proposition pour la location de Kellynch qui, j'en suis sûr, rencontrera votre approbation tout entière. Il s'agit d'un amiral. Récemment retraité et natif du Somerset, il souhaiterait s'établir à cet endroit précis du monde.
Xavier Mauduit
Un amiral ?
Sir Walter Elliot (Character)
J'aurais de loin préféré un gentleman. La marine a son utilité, je le conçois, mais je serais fâché qu'un de mes amis y appartienne.
Lady Russell (Character)
Vraiment, Sir Walter ?
Sir Walter Elliot (Character)
Vraiment. Cela m'est insultant pour deux raisons. La première, c'est qu'elle élève des individus de naissance obscure à une distinction indigne. La seconde, c'est qu'il est du loup des marins d'être scandaleusement balotté de par le monde. Exposé à tous les climats jusqu'à être défiguré et ne plus être présentable.
Lady Russell (Character)
Néanmoins, Sir Walter, l'amiral jouit d'une fortune colossale. Et je ne doute pas une seconde qu'il puisse être un locataire des plus responsables.
Anne Elliot (Character)
Imaginez-le, Sir Walter. Regardant autour de lui et bénissant sa bonne étoile de l'avoir conduit jusqu'à la demeure d'un baronnet issu d'une famille aussi éminente et distinguée.
Host/Interviewer
Oui.
Lady Russell (Character)
Bien. Avec votre permission, sir, je vais donc entamer les négociations avec l'amiral Croft.
Host/Interviewer
Un extrait du film Persuasion, un film de Cary Cracknell en 2022, d'après, bien entendu, le roman de Jane Austen avec ici Marie-Laure Massey-Chamayou. L'idée que cet amiral, et pourtant un amiral, c'est quelqu'un de renom, peut être déconsidérée. C'est-à-dire que ce monde-là, ce monde de la gentry, est pétri de codes sociaux. C'est bien difficile de maintenir son rang.
Xavier Mauduit
Cet extrait dit beaucoup des tensions sociales et d'une espèce de lutte pour le statut social qui caractérisait aussi cette époque. Dans Persuasion, c'est le roman Testament de Jane Austen. C'est mon roman préféré aussi parce que je trouve que c'est Le plus beau, le plus émouvant, le plus significatif parce que c'est ce roman-là qui annonce les grands romans de l'époque victorienne, qui montre à quel point la société est dans un flux, dans une transition majeure. Et ce roman commence par ce baronnet qui s'auto-contemple, donc Sir Walter Elliot, qui est tellement fasciné par le titre, par le statut social, par l'ancienneté de la lignée, qu'il s'auto-contemple dans un espèce d'exercice de vanité. Il regarde le baronnettage, le livre qui répertorie tous les titres des nobles, toute l'histoire de la noblesse anglaise. On voit même que le baronnetage a remplacé la Bible. Donc il y a un déplacement du spirituel par le matérialisme, par la matérialité, de l'argent et des statues. Mais ce baronnet, il est incapable d'administrer son domaine. C'est sa femme. qui est morte, feu Lady Elliot, qui était en charge de la gestion. Et lorsqu'elle était vivante, les comptes étaient bien en ordre. C'est bien dit. Donc là, on voit le rôle des femmes qui sont là pour masquer tous les manquements de leurs époux. Mais à sa mort, il n'y a plus aucune modération, aucune pratique de l'économie, aucune notion d'économie. et il dépense jusqu'à mettre son domaine en faillite. Alors ça, pour Jane Austen, c'est vraiment le péché capital, si l'on peut dire, parce que ce domaine, c'est une transmission non seulement d'un bien, mais aussi de liens, aussi de valeurs, et donc on n'a pas le droit de mettre en danger ce domaine foncier. Et donc, au lieu de vendre, il va le louer, parce que quand même, il ne va pas jusqu'à vendre, l'ignoménie suprême et il le loue à un nouvel officier de marine, un amiral, l'amiral Croft. Et Jane Austen a une tendresse particulière pour les marins puisque deux de ses frères, Francis et Charles, sont engagés à ce moment-là dans les guerres napoléoniennes, commencent d'ailleurs à faire de belles carrières. Enfin c'est un petit peu moins vrai pour Charles en 1816 parce que son bateau fait naufrage Au large de Smyrne, il sera mis en demi-sol pendant de nombreuses années, mais ses deux frères finiront à Miro. Donc, ils font de magnifiques carrières dans la marine. Et là, Jane Austen, cette Royal Navy qui est quand même à la pointe et qui explique la suprématie de la Grande-Bretagne, de l'impérialisme et de l'Empire britannique au XIXe siècle par rapport à la France notamment. Donc Jane Austen défend sa classe sociale. On voit qu'il y a une volonté de promouvoir un certain groupe, le groupe des marins, et elle défend l'accession de sa classe sociale à certaines prérogatives en montrant qu'on passe d'un système hérité, d'une richesse héritée, à une richesse et que les hommes de la Navy sont tout aussi gentlemen que ceux de la gentry. Mais la gentry résiste parce qu'il y a cette notion d'héritage qui fait qu'on n'est pas très favorable aux nouvelles fortunes et aux richesses acquises.
Host/Interviewer
Oui, parce que le contexte pour la France, c'est la révolution française et puis l'épisode napoléonien, d'où les frères de Jane Austen qui sont dans la marine à combattre ce qu'il leur reste, parce qu'il ne reste plus grand chose des navires de Napoléon. Mais l'autre contexte, Marie-Laure Massy-Chamaillou, c'est l'industrialisation qui a pointé son nez déjà en Grande-Bretagne et qui a des incidences. Parce que vous nous avez parlé de la rente, il ne faut pas travailler de ses mains, ça c'est un idéal et bénéficier d'une rente issue de ses propriétés foncières. Mais la rente peut venir aussi de l'industrie, de l'argent placé. Comment sont perçus d'ailleurs ces nouvelles édits qui peuvent apparaître ?
Xavier Mauduit
Il n'y a pas vraiment de séparation entre l'industrie et la gentry parce qu'on sait que la terre était synonyme de pouvoir financier économique mais sous terre il y avait parfois des métaux, il y avait parfois du charbon. Et les propriétaires terriens étaient parfois les premiers entrepreneurs à construire des canaux pour acheminer justement le charbon qui était découvert dans les mines sous leur propriété et l'acheminer vers les ports. Donc on a quand même une Angleterre qui se structure autour de toutes ces richesses-là. Et puis les fils cadets de la gentry qui ne pouvaient pas hériter. il fallait bien qu'il soit dans le monde des professions, donc dans le monde professionnel et donc ça n'est pas aussi étanche que ça peut l'être en France. Mais donc il y a quand même encore cette tension entre l'argent liquide, c'est la liquidité de l'argent quand même qui est toujours affectée d'un espèce de coefficient négatif, mais c'est surtout l'argent issu du commerce. qui est critiquée, même si Jane Austen ne partage pas tous les préjugés de ses contemporains. Elle est plus du côté de Duffo à ce moment-là, qui défend beaucoup les commerçants. Mais il y avait cette idée que la richesse liquide, elle était sans origine, qu'elle pouvait se démultiplier et que tous ces nouveaux riches qui arrivaient sur l'échiquier social et qui voulaient justement être reconnus, bénéficier de la reconnaissance de la gentry, parfois faisait preuve d'un snobisme qui était insupportable. Et il y en a deux exemples dans les romans, notamment des femmes, donc les sœurs Bingley. Et le narrateur de Pride and Prejudice est vraiment extrêmement cassant et incisif à leur égard, puisqu'elles ont cette espèce de morgue et de dédain envers Elisabeth Bennet, qui est quand même fille de Gentleman. Et c'est ce qu'elle dit à Darcy, elle dit « je suis fille ». de gentlemen, vous aussi nous sommes égaux et elle ne supporte pas cette morgue et ces leçons de morale de femmes qui n'ont pas encore incarné l'origine de leur richesse. Puisqu'il y a cette plaisanterie quand on parle d'argent qui dit que l'argent liquide c'est comme le vin. Il faut qu'il ait vieilli pour être bonifié et surtout qu'il se soit incarné dans la terre. Et on voit que les Benglais, au début d'Orgueil et Préjugé, cherchent à acheter un domaine parce qu'il y a une volonté de faire oublier l'origine commerciale de leur richesse. Il y a une volonté presque d'amnésie. parce que pour partager le train de vie, le mode de vie, ce mode de vie idéal de la gentry. Mais pour ça il faut réussir à faire oublier l'origine commerciale des revenus.
Host/Interviewer
Et c'est pas facile parce que d'un orgueil et préjugé au moment où arrivent ces étrangers qui achètent un domaine, que de conversations dans les familles pour savoir quelle est la rente, qui sont-ils ? Y a-t-il un petit peu d'argent ? Et surtout, est-il possible d'organiser un mariage ? Mais c'est cela aussi dont Jane Austen se moque beaucoup. Ce sont ses conversations, parce que ça parle d'argent, mais sans arrêt. Et pas uniquement dans le monde des hommes. C'est ça qui est très intéressant, c'est que bien souvent on associe l'argent aux hommes, ce qui est complètement fou, parce que dans les romans de Jane Austen, on voit bien, c'est une préoccupation de l'ensemble de la société.
Xavier Mauduit
Les femmes sont les premières personnes à être inquiètes par rapport à l'argent. Elles sont les premières concernées puisque, comme je l'ai dit, pas de possibilité de travailler dans le monde de la gentry. Donc le seul moyen de s'élever dans la hiérarchie Ou même, sans s'élever, de stabiliser simplement son statut. Puisqu'on voit, au début de Emma, le problème du statut des gouvernantes. C'est un entre-deux qui est absolument terrible en termes de précarité. L'accès au mariage signifie qu'elle est casée mais au sens propre et au sens figuré, casée avec un toit sur la tête. Le mariage permet de stabiliser le statut et d'obtenir, d'avoir un toit sur sa tête. Donc on voit à quel point c'est presque une question parfois de vie ou de mort sociale ou alors de déchéance pour les femmes. Donc c'est vraiment une question essentielle. Et pour revenir à la citation sur le billet de banque, je pense que le gouverneur de la Banque d'Angleterre aurait peut-être pu choisir une autre citation, ou en tout cas la commission qui a choisi la citation aurait pu simplement prendre une citation tirée de Northanger Abbey. Malgré tout ce que les romanciers peuvent dire, on ne peut rien sans argent.
Host/Interviewer
Bah voilà, parce que c'est vrai que de mettre une citation qui dit qu'il n'y a pas plus grand plaisir que l'argent, c'est ça... Ou la lecture ! Que la lecture, c'est en fait, il n'y a pas plus grand plaisir que l'argent !
Xavier Mauduit
C'est pas la bonne personne qui le dit, puisque c'est quelqu'un qui ne lit pas, justement. C'est ça qui est terrible, c'est ce décalage-là.
Host/Interviewer
Et puis avec tant et tant de préoccupations au quotidien, et notamment la préoccupation de la dette.
Anne Elliot (Character)
Lady Russell.
Xavier Mauduit
Oh, ma chère Anne. Vous avez l'air à bout de force. Je me suis mise en route à l'instant où j'ai reçu votre lettre. J'ignorais que vous vous trouviez aussi proche de la ruine.
Anne Elliot (Character)
C'est ainsi. Celui qui contracte des dettes doit s'en acquitter. Même s'il est un gentleman.
Xavier Mauduit
N'était-il pas possible de réduire les dépenses ?
Anne Elliot (Character)
Malheureusement, mon père et Elisabeth n'ont trouvé aucun moyen de se restreindre sans compromettre leur dignité, ni renoncer à leur confort d'une manière qui leur serait intolérable. J'ai toutefois convaincu mon père de mettre la maison en location. Et si je m'assure que nous vivions selon nos moyens dans une demeure moins luxueuse, peut-être serons-nous quittes de nos dettes dans à peine quelques années.
Xavier Mauduit
Dans quelques années ?
Anne Elliot (Character)
Nous ne vendrons pas la propriété. Et je pourrais espérer revenir un jour.
Xavier Mauduit
Où allez-vous vous établir ? Est-ce déjà décidé ?
Anne Elliot (Character)
Tous mes souhaits étaient pour une petite maison dans le voisinage, mais mon père et Elisabeth ont opté pour Basse.
Host/Interviewer
Et un extrait du film Persuasion ici, Marie-Laure Massi-Chamayou, nous entendons bien que pour l'aristocratie titrée, comme vous l'avez dit, qui est un peu au sommet de la hiérarchie sociale, il y a des préoccupations particulières, préoccupations d'argent aussi, que pour en dessous de la gentry, tous ces gens qui peuvent travailler, il y a d'autres préoccupations avec la possibilité de travailler, et là, pour la gentry, Ce n'est pas facile parce que les préoccupations, c'est maintenir son rang, ne pas se déshonorer, ne pas vendre les terres. Mais à un moment, c'est des préoccupations vraiment du quotidien et c'est ça qui transparaît dans les romans de Jane Austen.
Xavier Mauduit
Et là, on voit bien que c'est une femme qui est encore plus préoccupée que son père, son père qui est caractérisé par une incurie incroyable. C'est Anne Elliot et son amie qui fait figure de substitut maternel, Lady Russell, qui s'inquiètent vraiment du devenir, mais aussi de l'image. Parce que dans la gentry, il y a aussi le paraître. Malheureusement, c'est ça qui fait qu'on est encore reconnus en société. Et là, une mauvaise gestion de l'argent disqualifie complètement le baronnet. Et ce qui est incroyable dans les romans d'Austin, c'est qu'on s'aperçoit que les pères, les figures paternelles, sont le plus souvent complètement irresponsables. ou alors d'ailleurs tout à fait mort, et que les femmes sont encore plus exposées qu'elles ne devraient l'être puisqu'il y a déjà le système, l'injustice des procédures de transmission du patrimoine dont elles sont majoritairement exclues, pas à 100% mais majoritairement, qui les expose. Mais en plus, cette injustice institutionnalisée est encore aggravée par les comportements individuels. Et c'est là que Jane Austen n'est pas manichéenne. Puisque là, on voit toute la peine d'Anne Elliot. Ça veut dire qu'elle va devoir déménager. Ça veut dire qu'elle perd l'accès à la demeure de son enfance, à son ancrage. Cette demeure entourée d'un parc aux arbres centenaires, qui est synonyme encore une fois de liens organiques entre entre cette classe sociale et puis la terre de laquelle elle dépend, mais dans un échange normalement nourricier. Et donc là, Jane Austen montre la faillite à la fois économique et aussi psychologique, morale de cette classe, en tout cas qui guette cette classe. Donc là, c'est vraiment une mise en garde. Et je reviens au billet parce que j'ai oublié de commenter quelque chose. On voit une maison qui est représentée, une demeure aristocratique, c'est Gautmacham Park, la demeure d'un des frères de Jane Austen, Edward, qui avait été adopté avant l'adolescence par des cousins d'Austen, qui étaient propriétaires terriens de deux domaines magnifiques. L'un dans le Kent, l'autre dans le Hampshire. C'est là où il pourra reloger sa mère, ses deux sœurs et leur ami Martha Lloyd en 1809. C'est intéressant d'avoir mis ce domaine-là puisque c'était une partie de la richesse foncière qui finançait Jane Austen. Jane Austen n'a jamais eu de maison à elle. Et cette question du rapport des femmes à non seulement la place qu'elles ont dans la société, mais à leur maison, à leur ancrage, elle est fondamentale. Et c'est une question qui traverse aussi la littérature. On voit Virginia Woolf, A Room of One's Own, 1929, et elle revient justement sur toute cette lignée de femmes, pour comprendre pourquoi la femme de la classe moyenne s'est mise à écrire, et notamment à écrire des romans. Mais elle s'interroge sur les conditions qui font qu'on peut produire une oeuvre remarquable. Quelles sont les conditions nécessaires pour qu'une femme puisse écrire, puisse produire de l'art ? Et A Room of One's Own, il y a eu des questionnements sur la traduction. Est-ce qu'il faut traduire par une chambre ? Mais ce n'est pas le bedroom of one's own. Est-ce qu'il faut traduire ça par un lieu à soi ? Mais ce n'est pas tellement un lieu, puisqu'un lieu, ça peut être à l'extérieur aussi. Là, on parle vraiment d'une pièce. Moi, j'aurais peut-être traduit ça par l'idée d'une pièce et puis pour faire un lien avec l'argent, les pièces de monnaie. Donc une pièce à soi, et Annie Ernaux aussi en 1983, quand elle publie La Place, elle continue à s'interroger aussi sur la place des femmes et sur le rapport des femmes à la fois à leur héritage familial, mais aussi la place dans la famille, la place dans la lignée, la place dans la maison, dans la maisonnée. Il y a tout un questionnement qui traverse comme ça la littérature féminine.
Host/Interviewer
Oui, parce que si nous parlons du contexte, bien sûr, du côté français, c'est Napoléon. Donc le code civil et toutes les remarques légitimes sur la place qu'il donne aux femmes, qui est par l'écrit, la consécration d'une domination patriarcale évidente, c'est dans la législation. Mais au même moment, en Grande-Bretagne, on l'entend bien dans ce que vous nous dites, Marie-Laure Massy-Chamayou, La place de les femmes n'est pas si simple, et notamment avec cette question d'héritage. L'héritage, pour conserver la propriété, est réservé à l'aîné sans doute, ou pas seulement à l'aîné, en tout cas à l'enfant favorisé, mais les femmes dans cette histoire-là sont bien souvent écartées.
Xavier Mauduit
C'est très complexe les procédures d'héritage, de transmission du patrimoine dans les classes foncières. C'est la « landed gentry » et la « landed aristocracy ». Le problème, c'est la transmission de la terre. On remonte à la conquête normande. Parce que lorsque Guillaume le Conquérant arrive au XIe siècle avec finalement une armée qui est très peu importante par rapport à la population existante déjà sur le sol anglais, cette invasion qui est militaire a pour objectif de conserver les bastions, les châteaux qui sont pris aux anglo-saxons. puisque c'est un synonyme de pouvoir à la fois politique et militaire. Et donc, il s'agissait dès le départ, pour cette armée de conquête et d'occupation, d'éviter le morcellement du patrimoine entre les membres d'une même fratrie, puisque chaque fois qu'il y avait un mort, un décès, si le patrimoine était morcelé, ça affaiblissait d'autant le pouvoir de cette famille-là au niveau politique et militaire. Il fallait éviter ce morcellement du patrimoine entre membres d'une fratrie en restreignant la transmission du domaine à l'héritier mâle le plus proche, alors évidemment le fils aîné. Donc on a deux mécanismes, on en a même plus que ça, mais je vais m'en tenir à deux. L'intel, traduit en français par la substitution d'héritage, qui permet de restreindre cet héritage à la branche masculine. Mais parfois, c'est un cousin éloigné, comme dans Pride and Prejudice, c'est le pasteur Collins. Et là, on voit que Jane Austen dénonce le bien-fondé d'une telle procédure parce qu'il n'a même pas le même nom que les Bennett. Là, on voit vraiment que c'est C'est très injuste. Et d'ailleurs, Mrs. Bennet devient complètement folle quand elle évoque la question de Lentel en disant, mais pourquoi lui ? Pourquoi est-ce que c'est lui qui devrait l'avoir plutôt que mes filles ? Et son mari lui répond, je vous laisse le soin d'en déterminer les raisons, d'en décider. Mais parce que justement, il n'y a pas de réponse rationnelle ni logique. Et rien que cette absence de réponse, cette question rhétorique prouve à quel point Là, il s'agit d'une critique voilée, certes, mais d'une vraie critique de l'iniquité de ces pratiques. Et il y a ensuite la règle de primogeniture, qui privilégie le fils premier-né, parce qu'il faut que ce système, pour perdurer, soit cadré par des règles qui font que les individus, finalement, n'ont aucun poids dans le système. Ils sont simplement des tenants du système. Ils sont moins propriétaires que garantissant du temps de leur existence, finalement, la pérennité du domaine. Le destin des individus n'a que peu de poids dans une telle organisation sociale, patriarcale.
Host/Interviewer
C'est pire encore quand cet individu est une femme. On sent bien ici que le destin est beaucoup plus complexe. C'est fascinant, ce monde anglo-saxon où nous n'avons pas, comme en France à partir du XIXe siècle, une législation qui est écrite. C'est quelque chose qui est beaucoup plus difficile à percevoir.
Lady Russell (Character)
Dites-nous.
Xavier Mauduit
Oui, ça fait partie justement de la coutume, presque des règles coutumières. Mais toujours dans orgueil et préjugé pour montrer à quel point Jane Austen est fine et à quel point elle nuance sa pensée parce qu'il n'y a jamais de critique manichéenne. Chez Jane Austen, tout n'est pas tout blanc ou tout noir. Elle montre qu'il n'y a pas vraiment de sororité non plus entre les femmes d'une famille. Dans Raison et Sentiment, c'est Fanny Dashwood qui aggrave encore la précarité de ses belles-sœurs en manipulant son époux pour finalement qu'il ne leur laisse rien du tout dans ce dialogue inouï. entre eux concernant l'héritage des demoiselles d'Ashwood. Mais là, vraiment, ce qu'on voit dans Orgueil et préjugés, c'est que Lady Catherine de Bourgh explique que dans sa famille, on n'a pas jugé utile de mettre les femmes de côté. C'est elle qui a hérité des terres. Donc, quand il y avait une volonté masculine et le terme de volonté en anglais, ça se dit will, Mais Will, c'est aussi le testament. Donc quand il y avait cette volonté masculine de faire un testament ou de changer les termes de la transmission du patrimoine, ça pouvait aussi se faire. Et ça se faisait dans 10% des cas, puisque comme l'a montré une collègue britannique, en Grande-Bretagne, à l'époque de Jane Austen, 10% des terres étaient gérées, détenues et administrées par des femmes. Donc ça existait.
Host/Interviewer
Ça existait. Mais la lourde question de l'héritage.
Lady Russell (Character)
Charles, tu découvriras à l'ouverture de mon testament que je n'ai hérité d'Orlande et le domaine que grâce à une clause qui ne me permet pas de les partager entre mes deux très chères familles.
Sir Walter Elliot (Character)
Calmez-vous père, vous allez vous faire du mal.
Lady Russell (Character)
Norlande, dans son intégralité, est de ce fait à toi, comme le veut la loi. J'en suis heureux pour toi. Mais à ta belle-mère, mon épouse et à ses filles, je n'ai pu laisser pour tous les que 500 livres par an, à peine de quoi vivre, et cela ne laisse pas de dot aux filles. Tu devras t'en occuper.
Sir Walter Elliot (Character)
Alors, 1 500 livres, que dites-vous de 1 500 ?
Anne Elliot (Character)
Quel frère ferait même la moitié d'un tel sacrifice pour ses vraies sœurs ?
Xavier Mauduit
Et elles ne le sont qu'à demi.
Sir Walter Elliot (Character)
Elles ne peuvent rien espérer d'autre.
Anne Elliot (Character)
Nul ne saurait dire ce qu'elles espèrent. La question est qu'êtes-vous en mesure de faire ?
Sir Walter Elliot (Character)
100 livres par an à leur mère tant qu'elle vivra, n'est-ce pas là, des plus raisonnables ? Cela vaut certes mieux que de se dépouiller de 1500 livres d'un coup.
Anne Elliot (Character)
Mais si elle devait survivre plus de 15 ans, nous serions bel et bien les dindons de la farce. La vraie recette pour finir centenaire, c'est de recevoir une bonne rente.
Sir Walter Elliot (Character)
Avec 20 livres de temps en temps, je remplirais largement ma promesse, vous avez raison.
Anne Elliot (Character)
C'est l'évidence. Pour tout vous dire, je suis même certaine dans mon fort intérieur que votre père n'envisageait pas de leur donner du capital.
Sir Walter Elliot (Character)
Elles auront déjà 500 livres par an pour elles.
Anne Elliot (Character)
Mais je vous demande ce que quatre femmes peuvent vouloir de plus sur cette terre. Elles n'auront pas de dépenses d'entretien, pas de frais de voiture, ni de chevaux, à peine quelques domestiques et elles ne recevront pas. Imaginez à quel point elles vivront dans le confort. Ce sont elles qui seront bien plus à même de faire un geste envers vous.
Host/Interviewer
Raison et Sentiment, le film d'Ang Lee en 1995 d'après le roman bien sûr de Jane Austen, un roman de 1811. Dites-nous Marie-Laure Massich à Mayu, Jane Austen a réussi-t-elle à trouver sa voix ? Et là je parle de l'individu et non pas de l'autrice. dans ce monde de la gentrie auquel elle n'appartient pas vraiment, vous nous l'avez dit, elle n'a pas les moyens financiers suffisants. Elle est obligée d'aller loger chez son frère parce qu'il n'y a pas d'argent. L'héritage, elle n'en bénéficie pas comme on pourrait bénéficier que tous les enfants aient une part. Elle arrive à trouver sa voie. Est-ce que l'écriture, par exemple, serait une solution pour elle ?
Xavier Mauduit
Elle trouve sa voie justement par l'écriture et hier mes collègues ont déjà expliqué à quel point elle avait professionnalisé ce qui n'était présenté que comme une occupation à ses heures perdues par son frère d'abord, puis par son neveu quand il publiera en 1870 Memoirs of Jane Austen avec toujours cette question officielle des rapports de Jane Austen à l'argent Elle n'a jamais écrit pour gagner de l'argent alors que dans ses lettres Jane Austen revendique toute sa joie quand elle gagne de l'argent. Elle dit d'ailleurs que ça lui donne une nouvelle verve, une nouvelle vigueur spirituelle de recevoir les sommes payées par les éditeurs. Là, il y a différentes choses. Rapidement, je reviens à l'extrait qui explique aussi quel est le parcours, à quel point le parcours de l'héroïne austénienne est semé d'embûches. Parce qu'on pourrait le résumer ainsi. Le parcours de l'héroïne austénienne, c'est comment accéder à l'argent de la terre, à la richesse foncière. Et dans No Fungal Abbey, Le nom de l'héroïne, c'est Catherine Moreland. Et on entend More Land. Donc, plus de terre. Donc, comment on fait quand on est une héroïne austénienne pour accéder à More Land, à la richesse foncière ? Quand la richesse foncière reste l'apanage du masculin, c'est le titre de Mansfield Park. Mansfield, c'est le champ de l'homme. C'est même le parc du champ de l'homme. Donc vraiment, la terre est confisquée par l'homme. Et quand on se trouve littéralement chassé du domaine, comme les demoiselles d'Ashwood dans Raison et Sentiments, puisque le nom du domaine est signifiant aussi, c'est le domaine de No-Land. Et on entend No-Land. Donc voilà, c'est juste un petit jeu sur certains titres de romans et certains patronymes, mais pour montrer que pour l'héroïne austénienne, c'est semé d'embûches. Et d'ailleurs, Si Jane Austen décortique toute cette situation financière de manière réaliste dans la première partie, comme on a entendu l'inquipide de raison et sentiment, ça se finit souvent en contes de fées. Mais enfin, en contes de fées, il faut quand même lire attentivement parce qu'on se rend compte que l'ironie mine complètement le propos quand on lit vraiment chaque mot du dénouement. Mais on se rend compte qu'il n'y a pas de solution réaliste finalement au XIXe siècle et que si Jane Austen est obligée à recourir à la grammaire du conte de fées et de la romance, à réinvestir le genre de la romance à la fin pour avoir une fin heureuse, C'est peut-être un signe absolument tragique qui montre que dans sa société, il n'y avait pas de solution pour ces femmes-là. Elle a la chance vraiment d'être prise en charge par ses frères à la mort du père en 1805 parce que le premier extrait qui a ouvert l'émission fait écho à une période de sa vie où elle est réellement déprimée. Quand elle dit à Cassandra « Prépare-toi à la vue d'une sœur qui a sombré, qui a plongé dans la pauvreté », Août 1805, c'est quelques mois après la mort de son père puisqu'il est décédé en janvier 1805 et ça que là, les demoiselles Austin vont se trouver bientôt sans logement. Et si les fils Austin n'avaient pas fait preuve de solidarité, et ça n'était pas toujours le cas dans les familles ni des professions ni de la gentry, là, leur avenir aurait été complètement compromis. signifie... Et là, Chawton, c'est vraiment la maison qui va lui servir de matrice. C'est là où elle va, ce n'est pas une maison à elle, elle ne la possède pas, mais c'est là où elle va pouvoir rédiger son œuvre romanesque, reprendre les romans qu'elle a déjà commencés, et c'est là où elle va pouvoir s'épanouir intellectuellement jusqu'à sa mort.
Host/Interviewer
Merci beaucoup à Marie-Laure Massy-Chamayou de nous avoir donné des clés de compréhension de l'œuvre de Jane Austen à travers l'argent, la représentation de l'argent dans les romans de Jane Austen, Lettre et Lavoir. Alors, auditeurs, auditrices me demandent, mais quel roman conseillez-vous ? J'ai bien compris que pour vous c'est Persuasion. Mais voilà, sans problème parce qu'il y en a combien ? Allez, on va dire 6, 7, 8, allez, on va dire une dizaine de livres. Et justement, 6, mais il y a les romans posthumes. Et moi, j'ai 10 livres à vous rendre. Le billet, je vous les rends. Merci beaucoup.
Xavier Mauduit
Merci Xavier Maudit.
Host/Interviewer
Prochain épisode dans le cours de l'histoire, Jane Austen et le sentiment faire couler l'encre et les larmes.
Anne Elliot (Character)
Qu'est-ce qui est pire à ton avis ? Faire un mauvais mariage ou mourir seule comme une vieille fille ?
Xavier Mauduit
Il y a pire que mourir.
Anne Elliot (Character)
Tu n'es pas vieille.
Xavier Mauduit
J'aurai bientôt 40 ans. Assez vieille pour pouvoir m'en vanter.
Anne Elliot (Character)
Nous devons donc chercher un vieux veuf fortuné avec 6 enfants.
Xavier Mauduit
Charmant de perspective.
Host/Interviewer
Le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau et la technique Mineta-Diawara, émission préparée par Raphaël Laloum, Jeanne Coppet, Solène Roy, Jeanne Delecroix, Maïwenn Guizhou et Luce Morand. Émissions à retrouver en podcast sur franceculture.fr et l'appli Radio France.
Host: Xavier Mauduit (France Culture)
Guest: Marie-Laure Massey-Chamayou, maîtresse de conférences en études anglophones, Université Paris 1
Original Air Date: 25 November 2025
This episode uncovers the intricate relationship between money, social status, and gender in Jane Austen’s life and novels. Through a lively dialogue with expert Marie-Laure Massey-Chamayou, the discussion explores how money shapes the world of the English gentry at the turn of the 19th century and how these dynamics are woven into Austen's literary works, delving into legacy, the symbolism of the £10 banknote adorned with Austen’s portrait, and the ongoing societal impact of her social critiques.
“Il vaut donc mieux te préparer à la vue d'une sœur tombée dans la pauvreté, afin que cela ne te démoralise pas.” (00:47, letter read aloud)
[08:20–15:55]
“La romancière, qui du fait de son impécuniosité...se retrouve désormais intrinsèquement associée à un billet de dix livres.” (08:49, Massey-Chamayou)
“Ça n'est pas Elizabeth Bennet...mais Miss Bingley, sa rivale arrogante...qui...jette son livre.” (13:55, Massey-Chamayou)
[16:23–25:59]
[25:29–39:06]
[33:19–37:30]
[39:12–53:19]
Social and legal apparatuses (entail, primogeniture) keep most women dispossessed; when the “insurance” of men fails, women’s fate is dire—unless class solidarity saves them, as Jane Austen’s brothers did.
Literary production is shown as one of the few escapes, but with its own limitations—Austen’s endings are often fairytale-like because no realistic solutions exist for such women.
Parallels drawn between Austen’s struggles and later feminist writers (Virginia Woolf’s A Room of One’s Own, Annie Ernaux’s La Place) stress the critical theme of “having a room of one’s own”—a home, property, and economic security as prerequisites for creativity.
[45:54–52:41]
“Il n'y a jamais de critique manichéenne chez Jane Austen...elle nuance sa pensée...” (49:25, Massey-Chamayou)
On the irony of Austen on the banknote:
“Elle se retrouve désormais intrinsèquement associée à un billet de dix livres...Alors que son œuvre ne cesse de générer des profits absolument colossaux...”
[08:49, Massey-Chamayou]
On the misunderstood quote on the £10 note:
“Ce n’est pas Elizabeth Bennet...mais Miss Bingley...qui immédiatement après avoir fait l’éloge de la lecture… jette son livre.”
[13:55, Massey-Chamayou]
On women’s inheritance:
“Ces injustices institutionnalisées sont encore aggravées par les comportements individuels.”
[40:46, Massey-Chamayou]
On Austen’s own experience:
“Elle n’a jamais eu de maison à elle. Et cette question du rapport des femmes...à leur maison...elle est fondamentale.”
[41:25, Massey-Chamayou]
On the reality behind fairytale endings:
“Il n’y a pas de solution réaliste...l’ironie mine complètement le propos.”
[53:19, Massey-Chamayou]
Through insightful historical, economic, and literary analysis, the episode demonstrates that for Jane Austen—and her female contemporaries—money was not ‘just’ a romantic plot device, but rather a central, looming force: determining marriage, survival, artistic production, and social worth. Austen’s sharp irony and realism continue to inspire debate about gender, wealth, and class.