
Jane Austen en son temps : Passion Jane Austen, la Régence anglaise sous les projecteurs
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Ariane Hudley
Passion.
Xavier Mauduit
Jane Austen, la régence anglaise sous les projecteurs, comment imaginer qu'une romancière anglaise de la fin du 18e siècle et du début du 19e siècle, observatrice minutieuse de la petite noblesse rurale de son temps, se trouve propulsée dans notre société. Au cinéma, en série, sur les réseaux sociaux, Avec tant de jeunes femmes et des hommes aussi qui s'inspirent du style régence pour revivre des soirées. Jane Austen, pourquoi un tel succès aujourd'hui ? Pourquoi cette passion pour la régence anglaise ? Et surtout, qu'est-ce que cette passion nous apprend sur notre temps ? Quand doit avoir lieu votre prochain bal ?
Ariane Hudley
Demain, on calme. Justement. Oh, mon ami. Monsieur Bennett, c'est une catastrophe pour nous tous. Tu crois que ta mère a tout à coup perdu la tête, au point de te laisser porter ça ? Mais, maman, c'est très chic, maman. C'est la grande mode à Bombay. Mais il faut que Balraj regarde les yeux de Jaya, et surtout pas ton balcon. « Mais c'est d'automne à bait avec des meufs qui clash, wesh ! » « Est-ce que Janisen est vraiment restée célibataire toute sa vie ? » « Vous devez obliger Lysia à épouser M. Collins ! » « Je crois que quand on aime Janisen, on l'aime complètement. » « Oh, je savais que tout finirait par rentrer dans l'ordre ! Oh, ma chère, chère Lydia, elle va se marier ! » Le cours de l'histoire.
Xavier Mauduit
Elle va se marier, c'est formidable ! Ariane Hudley, bonjour !
Ariane Hudley
Bonjour Xavier Mauduit !
Xavier Mauduit
Vous êtes professeure de culture visuelle à l'université Paris Cité. Et Myriam Boussababravar, bonjour !
Myriam Boussababravar
Bonjour Xavier Mauduit !
Xavier Mauduit
Professeure en histoire anglaise et civilisation britannique à l'université Le Havre Normandie. Dites-nous, cette passion de Jane Austen, mais elle est partout Jane Austen ! En films, en séries, sur les réseaux sociaux.
Myriam Boussababravar
Et en romance. Et donc une romance, c'est une histoire où il y a deux protagonistes qui se rencontrent, qui vont rencontrer beaucoup d'obstacles et puis ensuite ça va bien se finir. Ça c'est la romance.
Xavier Mauduit
On peut dire que dans les romans de Jane Austen, ça se termine bien aussi ?
Myriam Boussababravar
Ça se termine bien, pas forcément pour tout le monde, mais ça se termine bien pour les deux protagonistes. Mais c'est du roman, ça n'est pas de la romance.
Xavier Mauduit
Ariane Hudley, à quel moment voit-on apparaître de nouveau au plus près de nous cette histoire de Jane Austen ? Parce qu'il faut le rappeler, elle meurt en 1817. Donc ce sont des ouvrages qui sont lus au cours du 19e siècle, au cours du 20e siècle ?
Ariane Hudley
Elle a toujours été assez lue, mais elle n'était pas adorée par les romantiques, par exemple. On ne la considérait pas suffisamment passionnée. Par exemple, Charlotte Bronte n'aimait pas Jane Austen, elle trouvait que c'était trop sage, trop bien rangé, qu'il n'y avait pas assez de passion. Henry James l'aimait beaucoup, en revanche, et sa popularité croît à partir du début, à la fin du XIXe siècle, et notamment au début du XXe siècle, par exemple, après les La première guerre mondiale, on a considéré que la lecture des romans de Jane Austen était thérapeutique pour les soldats qui avaient été traumatisés par la première guerre mondiale. Et cette idée de lecture thérapeutique est quelque chose qui se retrouve jusqu'à aujourd'hui. Du point de vue de la culture populaire, elle est surtout associée à une explosion d'adaptations dans les années 90, mais elle a comme malgré tout toujours été très très lue. Et le phénomène est juste sans doute amplifié avec les adaptations des années 90, dont on reparlera sans doute, et avec l'émergence d'Internet dans les mêmes années d'ailleurs.
Xavier Mauduit
Mais vous venez de nous donner un élément de réponse, c'est une lecture qui fait du bien. C'est peut-être en cela aussi qu'on peut expliquer le succès de Jane Austen.
Myriam Boussababravar
Exactement, c'est du feel good, comme disent beaucoup de gens aujourd'hui. C'est-à-dire que quels que soient les traumatismes, les problèmes qu'ont ces personnages, ça va finir par s'arranger. et l'amour va triompher. Ça c'est la romance d'aujourd'hui, très inspirée. Jane Austen est iconique pour les autrices de romances d'aujourd'hui, pour les lectrices aussi, et on a toutes sortes de phénomènes qui sont des phénomènes de fan, liés à Jane Austen.
Xavier Mauduit
Par contre, durant la série que nous avons consacrée dans le cours de l'histoire à Jane Austen en son temps, une série à retrouver sur franceculture.fr et la pliradio France, il y a bien l'aspect, non pas de critique sociale, mais en tout cas d'observation très fine des éléments de la société liés à l'amour, au mariage et à l'argent aussi. Dans ce que vous nous dites là, pour la passion actuelle de Jane Austen, ou en tout cas, comment cette passion-là s'est construite, ça a été un petit peu mis de côté pendant un moment ?
Ariane Hudley
Moi je pense que c'est pas incompatible le côté feel good et l'appréciation de la complexité et que c'est peut-être un petit peu radical de séparer les lecteurs ou les spectateurs avertis qui sont capables de déceler justement la complexité et la satire sociale qui est très forte dans Jane Austen et la subtilité de son humour et d'un autre côté ceux qui regardent juste ça pour les histoires d'amour et la fin heureuse. Je pense qu'on peut aimer les deux, je pense qu'on peut apprécier cette satire sociale, cette complexité dans les personnages et dans la représentation des relations de pouvoir qu'elle fait très très bien et en même temps être séduit et adorer le fait qu'en effet on a une fin qui gratifie les lecteurs, les spectateurs, les publics.
Xavier Mauduit
Oui, c'est très pertinent ce que vous dites là, parce que ce serait participer aussi à une sorte de mépris de la culture populaire, d'imaginer que tout ce lectorat n'a qu'un biais de lecture de cette culture-là. Non, c'est l'ensemble qui fait le succès, on peut le voir ainsi.
Myriam Boussababravar
Justement, dans la définition de la romance écrite aujourd'hui que je donnais, La question des obstacles est très importante parce que, en effet, ce n'est pas du tout gnang-gnang comme lecture. La fin est heureuse, donc ça rassure sur le fait que les obstacles vont être surmontés, mais les obstacles sont très importants et de toute nature. La romance écrite aujourd'hui est totalement plongée dans les différentes sociétés mondiales qui nous occupent puisque l'écriture de la romance d'aujourd'hui n'est pas seulement européenne. Elle s'écrit un peu partout et elle s'inspire d'un peu partout.
Xavier Mauduit
Oui, parce qu'il y a peut-être cet aspect aussi universel qui peut plaire quand vous dites le partout. Nous avons avec Jane Austen une autrice en Angleterre, à un moment donné de notre histoire, avec des échos que l'on trouve beaucoup plus loin, aujourd'hui jusqu'en Inde.
Ariane Hudley
Dépêchez-vous, petite Sok ! Il faut absolument que Jaya voie ce monsieur Balraj qui nous vient de Londres avant tout le monde. Comme toujours, elle s'imagine qu'un célibataire plein aux as part forcément chasser l'épouse. Ça me déplaît de le dire, mais j'ose espérer que c'est le cas. Qu'il soit plein aux as ou qu'il chasse ? Les deux. Laki, tu crois que ta mère a tout à coup perdu la tête au point de te laisser porter ça ? C'est ce que je disais, Laki. Ça fait très vulgaire. Mais maman, c'est très chic, maman ! Oh si, si, c'est trop cool, c'est la grande mode à Bombay ! Mais il faut que Balraj regarde les yeux de Jaya, et surtout pas ton balcon ! Elle est notre seul espoir. Si on ne marie pas l'aîné en premier, la honte nous empêchera de marier les trois autres.
Xavier Mauduit
Le film « Coup de foudre » à Bollywood en 2004 de Gurinder Shah. Avec, on pourrait faire un lien, l'Angleterre et les Indes, vu que les Indes ont longtemps fait partie de l'Empire britannique. Mais ici, il y a presque quelque chose d'universel par des écarts de génération. On l'entend ici, la mère qui n'a pas les mêmes aspirations que sa fille. Et puis par les obstacles que vous évoquiez tout à l'heure. C'est vraiment étonnant de voir cela en fait. Jane Austen, c'est aussi une proposition, un cadre, et puis à partir de là, on peut développer des histoires, les placer dans des contextes différents. Myriam Boussababar.
Myriam Boussababravar
Oui absolument, donc dans la romance écrite aujourd'hui, la définition de la romance historique, puisque c'est celle-ci dont on parle, mais je voudrais dire qu'il y a beaucoup de types de romances en fait. Donc dans la romance historique écrite aujourd'hui, on s'intéresse énormément aux obstacles. Et les obstacles ne sont évidemment pas tout à fait anachroniques, mais peuvent l'être. C'est-à-dire que dans la romance Régence, dont on va peut-être parler un peu plus précisément, On a les hommes qui reviennent de la guerre, on est en plein dans les guerres napoléoniennes. Donc la question du retour dans les familles, des handicaps physiques par exemple, la surdité. Donc comment est-ce qu'un homme de la Régence sourd peut être un vrai homme ? Comment est-ce qu'il peut se marier ? Donc il y a toute une un déploiement de problèmes qui se posent à partir de ça. Pour les femmes, la question c'est le mariage souvent forcé, mais c'est surtout l'argent, puisque les femmes des milieux aristocratiques ou gentry, c'est surtout cela qu'on voit, mais il y a des romances où on voit les plus pauvres. Le truc, c'est qu'elles doivent se marier. Elles doivent se marier parce qu'elles n'ont aucun revenu. Donc la question de l'argent est omniprésente. Et dans la romance écrite aujourd'hui, historique ou contemporaine, l'argent est majeur.
Xavier Mauduit
Parce que l'argent, ça fait partie de ces obstacles. Ariane Hudley, dans la volonté d'écrire une romance historique qui doit bien se terminer, éventuellement par un mariage, il faut bien une narration, donc il faut des obstacles. Mais ces obstacles, ce sont des obstacles de la société. Et c'est en cela, vraiment, que la romance historique ne peut être qu'en écho. Alors, peut-être pas des obstacles liés à la politique, aux idéologies, mais ce sont des choses très concrètes de la société du moment. Alors quel moment ? Ça dépend, on peut le placer, là on était à Bollywood au XXIe siècle.
Ariane Hudley
Oui, alors c'est intéressant l'exemple de Coup de foudre à Bollywood, j'aime bien le titre original qui est Bride and Prejudice, donc qui fait bien un lien avec le roman de Jane Austen parce que On voit à quel point le choix d'un microcosme pour Jane Austen lui permet finalement d'être universelle. Quand elle écrivait à son époque, elle revendiquait le fait qu'elle n'écrivait que sur ce qu'elle connaissait. Et elle a décrit son art comme l'art du miniaturiste qui travaille sur un petit morceau d'ivoire avec un pinceau très fin, si bien que ça produit assez peu d'effets après beaucoup de travail. et elle revendiquait le fait d'écrire sur trois ou quatre familles dans un village rural. Or on voit que ça se transpose très très bien à un niveau totalement mondialisé puisque dans Bride and Prejudice, certes c'est un film qu'on pourrait identifier comme Bollywood, mais c'est un film qui émane surtout d'une réalisatrice et scénariste qui est anglaise en fait, qui est de la diaspora indienne. Et donc, il transpose cela à un niveau globalisé, c'est-à-dire que l'intrigue se passe dans le Penjab, à Amritsar, avec une famille qui habite là-bas. Mais Bingley, qui, dans le roman, est la personne qui arrive de Londres, qui est un petit peu au-dessus d'un point de vue social. Ici, c'est un Indien de la diaspora qui arrive de Londres. Et Darcy est américain. Donc tout à coup, les rapports sociaux qui étaient aussi définis par les groupes locaux et ceux qui venaient un petit peu de l'extérieur dans le roman, ici se transposent sur un mode globalisé, mais ça fonctionne très très bien. Et il y a un petit peu le même type de réticence, mais sur une autre échelle.
Xavier Mauduit
Pride and Prejudice, c'est le roman de Jane Austen. Orgueil et préjugé, c'est la traduction française. Bride, c'est la mariée. Donc on retrouve l'idée du mariage qui est omniprésente dans l'oeuvre de Jane Austen. On ne peut pas placer ça à côté. Mais ce qui est toujours étonnant, c'est de voir comment un contexte très particulier, donc celui de la fin du 18e siècle en Angleterre, du début du 19e siècle, permet à une autrice d'évoquer des sentiments qui se retrouve aujourd'hui en écho à d'autres préoccupations. C'est en cela aussi la force et le succès de Jane Austen. Le contexte est passionnant mais on pourrait presque le mettre de côté. C'est-à-dire qu'elle touche à des sujets universels. Est-ce que là il y a quelque chose qui pourrait être lié à une forme d'écriture peut-être féminine au sens où les femmes, mises à l'écart du monde de l'écriture en ce temps-là, trouvaient des formes narratives que les hommes ne développaient peut-être pas.
Myriam Boussababravar
Oui, je pense que c'est certain qu'il y a une écriture du quotidien, on peut dire ça comme ça. Les petites choses du quotidien et les grandes choses du quotidien. Il y a quand même une question essentielle qui est posée par Jane Austen et qui ensuite est reposée de façon multiple. Je ne sais pas si c'est une écriture féminine. Sans doute qu'à la Régence, la période où elle a produit la plupart de ses grands romans, C'était censé être spécifiquement féminin. Aujourd'hui, je ne suis pas sûre que ça le soit encore. En tout cas, pas à 100%, même s'il y a un grand intérêt pour le quotidien. Le quotidien, finalement, forme les personnes. La question du quotidien, c'est la question de l'individu, de la personne elle-même, dans toutes les dimensions que cela peut supposer. Et en fait, c'est ça qui fait société. C'est le groupement des quotidiens, si je puis dire, ou l'amalgation. des quotidiens qui fait société. Et après, c'est teinté d'autres raisonnements ou d'autres dimensions qui peuvent être la politique ou la religion. Et inversement, en politique et en religion, on a un quotidien qui s'impose aussi. Donc en fait, tout le monde peut relate, tout le monde peut aller vers le quotidien, ça parle à tout le monde le quotidien. Parfois la politique, la religion, ça ne parle pas forcément à tout le monde, ou pas de la façon la plus essentielle, on dirait, ou la plus hautement intègre ou intellectuelle. Donc il y a cet aspect-là qui est irréductible, voilà, le quotidien est irréductible et partout dans le monde, à toutes les époques, le quotidien est là. Donc, je pense que c'est cette question du quotidien qui ancre Jane Austen dans le passé et le futur.
Ariane Hudley
Et en plus, c'est un quotidien qui n'est pas le quotidien des détails. C'est-à-dire, elle ne passe pas à trois pages à décrire le service à thé ou quelqu'un qui épluche les pommes. Ce n'est pas Chantal Akerman dans son époque. C'est vraiment un quotidien de l'intériorité. Elle est capable de nous plonger à l'intérieur des émois, de la conscience en fait de ces personnages et elle a un talent pour construire des personnages qui fait qu'on touche à quelque chose d'universel et d'essentiel qui peuvent se transposer par conséquent en Inde ou dans un lycée de Beverly Hills par exemple, dans Clueless, le teen movie des années 90 qui lui aussi est adapté de Jane Austen.
Xavier Mauduit
Je pose la question d'une autre manière, est-ce qu'au temps de Jane Austen, donc on est vraiment sous la régence anglaise, il est imaginable qu'un homme puisse écrire un roman comme l'a fait Jane Austen, c'est-à-dire s'intéresser à ces sujets-là avec cette approche particulière, en regardant, on l'a dit, un village, quelques familles, et s'intéresser autant au quotidien ?
Myriam Boussababravar
Si un homme l'avait fait, il aurait pris un pseudonyme féminin. Parce qu'en fait, la question du roman, la naissance du roman, mais Ariane en parlera mieux que moi, le roman est d'abord quelque chose que les femmes lisent. On écrit des romans pour que les femmes les lisent et après il y a des femmes qui se mettent à écrire des romans. Est-ce que je suis dans le bon ordre Ariane ? Oui.
Ariane Hudley
Oui et puis c'est intéressant parce qu'à l'époque les femmes elles n'écrivent pas forcément sur le quotidien. Anne Radcliffe, enfin il y a des grandes romancières du roman gothique qui écrivent sur des corps en décomposition, sur des des violeurs. Je ne suis pas sûre que l'écriture féminine soit associée à ce quotidien et je pense qu'il y a des écrivains masculins qui le font très bien. Mais ce qui caractérise Jane Austen, c'est vraiment de nous plonger à l'intérieur de la conscience de ces femmes qui pensent par elles-mêmes malgré tout. Il y a tout un cheminement vers la connaissance de soi et des autres chez Jane Austen qui est remarquablement dépeint et qui la rend de ce fait universelle.
Myriam Boussababravar
Donc, au cœur des femmes, certes, dans l'esprit des femmes, mais aussi celui des hommes. C'est ça qui est très intéressant. C'est pour ça que ça n'est pas une lecture exclusivement réservée aux femmes et ce n'est pas considéré comme seulement une lecture féminine. Même si à l'époque de Jane Austen, le roman est quand même considéré comme un sous-genre par rapport à d'autres types de littérature qui sont plus nobles, comme l'essai, par exemple, ou le pamphlet. Mais en fait, les hommes en font partie. Et ça reste vrai aujourd'hui. Donc aujourd'hui, ça permet d'écrire toutes sortes de choses qui sont en fait, par exemple dans les années 80, la dénonciation du patriarcat à laquelle participent des hommes. Et aujourd'hui, à mettre en place l'égalité des sexes à laquelle participent des hommes. Et donc, une partie des obstacles rencontrés au cours du temps dans la romance, c'est bien sûr la question de comment fait-on partenariat ?
Xavier Mauduit
Oui, c'est ça, parce que dans l'œuvre de Jane Austen, d'ailleurs, il y a cet aspect-là. La place des hommes est très importante. C'est le prétendant, l'homme à marier, celui qui va plaire aux parents et puis surtout à la jeune fille. Et puis, il y a la place des parents eux-mêmes. Vous évoquiez le patriarcat, la place du père. Et là aussi, étonnamment, chez Jane Austen, ce n'est pas uniquement quelqu'un qui pèse systématiquement de tout son poids. Et puis en plus, ça se termine bien.
Ariane Hudley
Oh, mon ami. Monsieur Bennett, c'est une catastrophe pour nous tous. Vous devez obliger Lizzie à épouser M. Collins. Si vous ne faites rien, M. Collins pourrait revenir sur sa décision.
Xavier Mauduit
Et que puis-je faire ?
Ariane Hudley
Allez parler à Lizzie. Dites-lui que vous tenez à ce mariage Papa, je vous en prie Et cette demeure sera la vôtre Je ne peux pas l'épouser Vous éviterez à vos sœurs d'être déshéritées Je ne peux pas Retournez là-bas et dites-lui que vous avez changé d'avis Non Changez à votre famille Vous ne pouvez m'y soumettre Voyons, dites quelque.
Xavier Mauduit
Chose, monsieur Bennett Votre mère insiste pour que vous épousiez monsieur Collins Oui, ou.
Ariane Hudley
Je jure de ne plus jamais la.
Xavier Mauduit
Revoir Dis-y, à partir de ce jour vous serez une étrangère pour l'un de.
Ariane Hudley
Vos deux parents Qui vous fera vivre quand votre père sera mort ?
Xavier Mauduit
Votre mère ne veut plus vous voir si vous n'épousez pas Monsieur Collins et je ne veux plus vous voir si vous l'épousez Monsieur Bennet ! Non mais vraiment, ce monsieur Bennett, il est chouette ! Mais là aussi, ça va à l'encontre de l'image d'un patriarcat qui s'impose, parce que c'est quand même lui qui a à la fin fait ça. Mais alors là, Ariane Hudelet, je vous vois dodeliner !
Ariane Hudley
Je dodeline ! Monsieur Bennett, on l'adore parce qu'il est très drôle, il est distancé, etc. Mais il abandonne un peu aussi son travail de père. Il est en défaut sur plein d'aspects. Dans les romans, il y a beaucoup de pères déficients, beaucoup de mères déficientes aussi. Donc les figures parentales sont rarement enviables. Malgré tout. D'où la dimension remarquable de ces héroïnes jeunes qui doivent se débrouiller et penser par elles-mêmes et trouver leur propre choix.
Xavier Mauduit
Là encore, vous nous donnez un élément de compréhension du succès de Jane Austen aujourd'hui. C'est la capacité de la jeunesse à prendre une part de son destin en main, malgré toutes les contraintes et ses contraintes sociales.
Myriam Boussababravar
Parce qu'il est clair que dans la romance, le couple de héros est jeune. On trouve des romances où il y a des héros et héroïnes, enfin le couple de plus en plus âgés, c'est ça qui est intéressant aussi aujourd'hui. Mais dans la romance plus traditionnelle, je dirais, ils sont forcément jeunes parce qu'ils ont la vie devant eux et ils doivent la construire. Et j'ajouterais aussi que le patriarcat n'est pas à l'apanage que des hommes. Mrs Bennet est absolument à fond dans le patriarcat. Et donc le patriarcat, on peut peut-être se poser la question, a tenu aussi longtemps parce qu'il y a eu beaucoup de femmes et je dirais beaucoup de mères qui ont joué le jeu du patriarcat parce que pour elles c'était la seule façon pour leurs enfants et notamment les filles d'avoir un avenir. Donc en fait cette question du patriarcat ne dépend pas que des hommes. On est d'accord que le pouvoir est masculin mais ils ont des assistantes, si je puis dire, à ce pouvoir. Donc oui la jeunesse est un élément essentiel, c'est la construction de sa vie, c'est des choix qui vont être dans le choix du partenaire, très important, mais aussi les conditions dans lesquelles cette vie future va s'organiser. Et moi ce que je trouve remarquable pour Jane Austen au moment de la Régence, c'est qu'elle donne ce choix à des femmes dans un moment où en fait justement les femmes n'ont aucun choix. Et les épouses je dirais encore moins, puisque les épouses jusqu'à 1884 en Angleterre ne sont pas propriétaires de leur corps.
Xavier Mauduit
Et oui, parce que là, c'est un rappel aussi du contexte social, législatif, juridique qui s'impose aux femmes. Nous parlons bien souvent de ce qui a lieu au même moment en France avec le code civil et Napoléon, bien sûr. Et puis, même auparavant, mais sans que ce soit écrit de manière aussi nette. Et ce qui se passe en Angleterre, là aussi, c'est une réflexion en écho à des préoccupations actuelles sur cette longue lutte des femmes, et pas seulement des femmes, vous l'avez rappelé Myriam Boussaba Bravard, pour obtenir leurs droits.
Ariane Hudley
Oui, alors c'est intéressant, Jane Austen, elle réfléchit aussi sur ce mariage. À un moment donné, dans Sangharabi, elle fait une équivalence avec la danse. Et il y a eu une discussion lors d'une scène de danse où l'homme fait un parallèle entre le mariage et la danse. Et sa partenaire est un peu surprise et dit oui, dans la danse comme dans le mariage. L'homme a le pouvoir du choix et la femme n'a que la capacité du refus. Donc on voit quand même que dans une partie de la société, il y avait cette possibilité de refuser. C'est aussi pour ça que les romans de Jane Austen ne sont jamais tragiques et que quand Elizabeth Bennet est sur le point d'être forcée par sa mère à épouser Collins, on n'est jamais trop inquiète parce qu'on sait qu'elle peut dire non. Et c'est une dimension aussi qui participe de notre identification. C'est un moment où les femmes peuvent dire non. Les femmes d'un certain milieu, peut-être. Je considère que la danse est un emblème du mariage. La fidélité et la prévenance, ils sont les principaux devoirs du couple.
Myriam Boussababravar
Et les hommes qui ne veulent ni.
Ariane Hudley
Danser ni se marier n'ont rien à faire avec les cavalières ou les épouses de leurs prochains. Dans les deux cas, l'homme a le pouvoir de choisir. et la femme a seulement celui de refuser. Dans les deux cas, il s'agit d'un engagement contracté entre un homme et une femme dans l'intérêt de chacun. Une fois qu'ils se sont engagés, ils s'appartiennent exclusivement l'un à l'autre jusqu'à la dissolution du contrat. « Secourez la pauvre Jen !
Xavier Mauduit
» « Elle ne donne pas l'impression d'une personne qui a besoin d'être secourue.
Ariane Hudley
» « Elle s'amuse plus que moi qui suis dans ma maison. » Chacun a pour devoir de s'efforcer de ne donner à l'autre aucune raison de regretter son choix, et leur intérêt le mieux compris est d'empêcher leur imagination de s'égarer sur les perfections d'une autre personne, ou d'imaginer qu'ils eussent pu être bien mieux avec quelqu'un d'autre. « Rêve-moi, je veux me coucher ! » « Fanny ! » « Je suis un âne !
Xavier Mauduit
» Je ne le sais que trop bien.
Myriam Boussababravar
Et un très mauvais hôte.
Ariane Hudley
Uniquement si vous renoncez à tous vos grands principes et dansez avec moi sur le champ.
Xavier Mauduit
Miss Fanny Knight, m'accorderez-vous la prochaine danse ? Oui, avec plaisir. Sabine Sauvignan qui nous lisait ici cet extrait. C'est l'extrait dont vous parliez, Ariane Hudley, cette évocation-là, avec quand même une volonté, un caractère affirmé, mais il y a toujours ce risque de surinterpréter. les éléments de la littérature, en plus adaptés et portés dans un autre temps, c'est pas un peu le piège là aussi, c'est de voir avec nos yeux d'aujourd'hui ces éléments-là et de considérer que Jane Austen était porteuse déjà d'un combat qui n'était pas encore celui de son temps.
Ariane Hudley
Oui tout à fait, c'est-à-dire que c'est ça qui est intéressant sur Jenison, c'est tous les débats idéologiques, c'est-à-dire elle a pu être interprétée par certains critiques comme quelqu'un de très conservatrice, vraiment qui renforçait le statut quo de la société, qui n'était pas révolutionnaire, de fait elle n'est pas révolutionnaire, mais d'un autre côté elle peut tout à fait être lue par des universitaires brillantissimes comme Claudia Johnson, comme une féministe de fait, tout simplement par la représentation qu'elle fait, encore une fois, de la conscience féminine. C'est vrai qu'il ne faut pas surinterpréter et c'est vrai que beaucoup d'adaptations accentuent la dimension féministe et atténuent les contraintes qui pesaient sur ces personnages féminins. Ce qui, à mon sens, diminue la portée féministe de ces romans parce que regarder le passé en diminuant le poids des contraintes qui pesaient sur ces personnages à l'époque n'aide pas à comprendre le chemin qu'il a fallu parcourir dans la lutte féministe.
Xavier Mauduit
Et puis dans cette longue histoire d'ailleurs de l'œuvre de Jane Austen, il y a le fait que ces ouvrages sont lus Imprimée de nouveau au fil du temps et adaptée. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Durant tout le XIXe siècle, vous nous l'avez dit, à partir de quel moment voit-on des adaptations ? Donc il faut attendre d'autres médias, ces autres médias. Alors ça peut être le théâtre, je ne sais pas si ça a été adapté au théâtre, Jane Austen.
Ariane Hudley
Je ne suis pas une experte des adaptations théâtrales mais il y en a. Il y a encore des pièces qui se jouent adaptées de ces romans. Et sinon du point de vue du cinéma, il faut attendre 1940. Ce qui est intéressant parce que par exemple Shakespeare ou Dickens ou Swift ont été adaptés dès l'époque du muet parce qu'ils proposaient des histoires qui se transposaient bien visuellement. Il faut attendre 1940 pour avoir un film américain de Robert Leonard qui adapte le roman de manière pas du tout historique d'ailleurs. La réalité historique on s'en fiche totalement. Et ensuite, il n'y a pas d'autres adaptations au cinéma jusqu'à 1995. Il n'y a que des petites adaptations télévisuelles, BBC, à petit budget, pour un spectatorat essentiellement britannique, un petit peu américain. Et ensuite, la grande période des adaptations d'Austen, qu'on a appelée la période d'Austenmania, ça commence en 1995 avec quatre adaptations. Et ensuite, depuis, régulièrement, tous les ans, tous les deux ans, tous les trois ans, on revisite l'oeuvre de Jane Austen. Comme c'est le cas d'ailleurs pour d'autres grands auteurs comme Shakespeare, Dickens.
Xavier Mauduit
Parce que ce sont des passages obligés, on l'entend bien.
Myriam Boussababravar
Oui, alors pour l'écrit, pour la romance, la romance régence, la première romance régence qui est écrite en dehors de la régence, c'est 1935, c'est Georgette Heyer, qui est une britannique. Pas forcément un personnage extrêmement sympathique, mais enfin c'est elle qui invente la romance régence. Telle qu'on la voit encore écrite aujourd'hui par des gens de notre temps. Et dans cette romance régence, on a toutes les caractéristiques qu'on retrouve encore aujourd'hui, c'est-à-dire que c'est impeccable au niveau historique, sur le vêtement, sur les façons de se comporter en société, les lieux, etc. Ce qui nous reste, c'est le fort intérieur, qui évidemment est adapté aux personnes qui lisent la romance au moment où elle est écrite. C'est là que la fiction nous permet de rentrer en scène puisque les historiens et les historiennes n'ont pas ce qui se passe dans la tête des gens sauf s'ils l'ont écrit. C'est la vie de Regency Buck. C'est écrit en 1835 et c'est la vie de Bo Brumell qui était, si on veut dire, un dandy. On ne disait pas comme ça à l'époque de la Régence mais c'était un dandy. La mode masculine est un grand ami du Prince Réjean où ils avaient des soirées de toute nature.
Xavier Mauduit
Vous le dites avec énormément de pudeur, on dirait Jane Austen. D'ailleurs, il est peut-être temps de s'arrêter sur ce moment régence, de savoir de quoi il s'agit, parce que dès que nous parlons de la régence en France, nous sommes projetés à la mort de Louis XIV en 1715 et puis les années qui suivent. Mais qu'en est-il en Angleterre ? le quadrille de Wellington de Vladimir Kosma pour le film Le Souper. Alors nous parlons de la régence en Angleterre, donc fin XVIIIe siècle, le roi c'est Georges III. Que vient faire la régence dans ce règne-là ?
Myriam Boussababravar
Les dates exactes de la régence, c'est 1811-1820, lorsque Georges III est malade. Il a une maladie mentale et donc c'est son fils qui deviendra le futur Georges IV qui assure. Et c'est là que Georges III est marié à Charlotte. Dans les adaptations futures, notamment des Bridgerton, je pense qu'on va en parler à un moment ou à un autre, On a même une Queen Charlotte qui apparaît. Bon, j'en reparlerai tout à l'heure. Mais la régence en termes d'écriture aujourd'hui, on prend une période beaucoup plus large parce qu'on se facilite la tâche. Il y a plus de choses qui peuvent se passer. On prend 1790-1837. 1837, c'est Victoria, la nouvelle reine. Mais si on commence à 1790, on a tout un moment culturel au niveau de l'art, de l'architecture et surtout on peut inclure encore plus de choses, par exemple la révolution française, donc on va pouvoir écrire les révolutionnaires, les méchants révolutionnaires français qui essayent de saboter le gouvernement britannique, les espions britanniques qui vont en France et les rencontres de ci et de là, donc c'est très très intéressant. au niveau historique, puisque ça plonge le lectorat, les lectrices essentiellement, dans des situations extrêmement intéressantes, mais qui, historiquement, sont impeccables. C'est toujours la question du fort intérieur et de l'analyse des situations par les personnages, qui est fictive, puisqu'on n'en sait rien. On les a, mais on n'en sait rien.
Xavier Mauduit
Avec ce moment extraordinaire, l'épisode révolutionnaire en France qui a des effets avec l'Angleterre. Mais c'est la guerre. Et puis, bien sûr, s'en suit l'épisode napoléonien. Et là, avec tant de liens pour l'Angleterre. Donc, c'est un cadre narratif exceptionnel. La toile de fond est très belle pour ces romances.
Ariane Hudley
Oui, et c'est aussi une période très très vive pour les arts en fait, pour la création artistique, que ce soit la peinture, l'architecture, les jardins et le roman. Et donc tout ceci, oui c'est très très riche. C'est aussi, il me semble important de mentionner que c'est les prémices de la révolution industrielle et c'est juste avant les grands tournants que seront la photographie dans les années 1840, que sera l'arrivée de la locomotive et du train, de la machine à vapeur. Donc c'est un peu le dernier moment de suspens avant le basculement dans le tournant technologique radical de la révolution industrielle qui va conduire à l'époque où nous sommes. Donc je pense que l'attrait pour cette période historique précise, c'est aussi l'attrait pour ce moment juste avant le basculement.
Myriam Boussababravar
Oui, absolument. La révolution industrielle n'est pas très présente dans Jane Austen. En revanche, si on suit le fil conducteur de l'argent, on trouve que Bingley, par exemple, a fait fortune. On ne sait pas exactement comment. Son père a fait fortune. Il essaie de rentrer chez les aristocrates, il essaie de posséder de la terre, ce qui n'est pas encore le cas. puisqu'il ne l'a pas acheté. Donc l'argent nous montre quand même qu'il y a maintenant différentes sources de revenus. Un peu plus tard, dans les romances écrites plus tard, les romances régences écrites plus tard, la question de l'investissement est très très présente. La question des fortunes dilapidées par des aristocrates, les paires justement, totalement inconséquents, et qui ne font pas leur travail de père. Donc les fils, quand ils héritent doivent plus que redorer le brason, ils sont ruinés. Donc en fait il faut trouver des moyens de gagner cet argent. Et là on voit des capitaines d'industrie très très riches. qui sont là et qui fréquentent les milieux aristocratiques. Et donc il y a une hybridation par l'argent. Donc il est intéressant que les filles de ces capitaines d'industrie épousent des aristocrates, des argentés. Bref, donc en fait l'argent est rédempteur. Au même titre, finalement, dans les romances plutôt progressistes et féministes écrites aujourd'hui, l'argent est rédempteur, d'autant plus que le couple va vivre une histoire d'amour. Donc il y a des obstacles, il est certain, mais ça va bien se finir et on sera amoureux et riches.
Xavier Mauduit
C'est vraiment l'association formidable d'une fin heureuse, amoureuse et riche. Ils durent beaucoup d'enfants. C'est l'équivalent actuel de cette soirée des contes avec l'idée de l'industrialisation qui est quand même une rupture dans notre histoire. avec nos styles juste avant. Et c'est vrai que c'est ce monde d'avant, ce monde baigné de jardins anglais, avec ses belles résidences. Nous nous projetons facilement, mentalement, avec les robes aussi, qui jouent un rôle essentiel. Nous sommes avec des robes à taille haute, juste en dessous de la poitrine. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, pour quelqu'un qui voudrait porter une robe style Régence Anglaise, qui ressemble beaucoup à la robe style Empire, ça se porte bien.
Ariane Hudley
Oui, alors c'est vrai qu'il y a une attention au style, une fascination pour le style Régence qui se décline sous plusieurs formes dans des collections de mode, etc. Et c'est vrai que c'est très reconnaissable. Et c'est aussi une silhouette de robe qui respecte quand même un petit peu plus la forme du corps féminin qu'à d'autres périodes, notamment plus tard à l'époque victorienne. de taille extrêmement serrée dans un corset. On n'a pas de crinoline énorme qui empêche de passer dans les portes. Donc il y a une silhouette assez fluide, en effet, avec cette taille haute qui peut être flatteuse quand on est jeune et mince. Pour les hommes aussi, la mode est considérée comme assez flatteuse et c'est très utilisé dans la glamourisation de cette époque dans les adaptations.
Xavier Mauduit
Quand on est jeune et mince aussi pour les hommes, je vous assure, parce que le côté gilet cintré, il faut pouvoir le porter. Et justement, dans l'ensemble de ces adaptations, alors adaptations, je dis bien ici le roman ou l'œuvre de Jane Austen adaptée, transformée, améliorée, ce qui n'est pas la même chose que la création d'une œuvre dans le même univers. Eh bien, dans ces adaptations, on va trouver des échos contemporains qui n'existent peut-être pas chez Jane Austen. L'idée, c'est d'ajouter un petit quelque chose.
Ariane Hudley
Monsieur Darcy.
Xavier Mauduit
Miss Bennet.
Ariane Hudley
Je ne m'attendais pas du tout à vous voir, monsieur. On nous avait dit que toute la famille était absente, sinon nous n'aurions jamais...
Xavier Mauduit
Je suis rentré un jour plus tôt. Excusez-moi, vos parents sont en bonne santé ?
Ariane Hudley
Oui, ils se portent bien. Je vous remercie, monsieur.
Xavier Mauduit
J'en suis heureux. Depuis combien de temps êtes-vous dans la région ?
Ariane Hudley
Depuis deux jours, monsieur.
Xavier Mauduit
Et où logez-vous ?
Ariane Hudley
À l'hôtel de Lambton.
Xavier Mauduit
Ah oui, bien sûr. Quant à moi, je viens d'arriver. Et vos parents sont en bonne santé, toutes vos sœurs ?
Ariane Hudley
Oui, tout le monde est en excellente santé, monsieur.
Xavier Mauduit
Excusez-moi. Est-il possible d'évoquer ici une scène culte ?
Ariane Hudley
Ah oui ! C'est donc une scène de la série BBC de 1995 adaptée d'Orgueil et Préjugé, Pride and Prejudice. Et c'est le moment où Mr. Darcy, interprété par Colin Firth, submergée par son désir non exprimé pour Elizabeth Bennet, revient dans son domaine grandiose, a chevauché pendant longtemps et décide de se prendre une petite pause et donc de plonger dans le lac qui est proche de son château. Et par hasard, Elisabeth est en train de visiter le château avec son oncle et sa tante. Et donc tombe sur Mr Darcy qui ressort dégoulinant avec sa belle chemise blanche qui lui colle aux torses à ce moment-là. Et donc ça a été une scène qui a cristallisé tout l'engouement en fait pour les adaptations de Jane Austen à ce moment-là. Les Anglaises se faisaient des Darcy parties où elle prenait le thé en regardant cette scène en boucle. Et c'est une scène qui par la suite est devenue presque ce qu'on pourrait appeler aujourd'hui un mème. On n'utilisait pas ce terme-là à l'époque. mais qui a été repris par exemple dans Bridget Jones, le journal de Bridget Jones, qui est inspiré de Pride and Prejudice, d'Orgueil et Préjugé, avec, pareil, une cristallisation sur ce moment-là, qui a été repris dans d'autres adaptations. À un moment donné, il y a eu une action publicitaire, je ne sais plus trop pourquoi, à Londres, où on a carrément installé une statue ressemblant à Mr Darcy dans la Serpentine River, au milieu de Hyde Park. C'est une scène culte en effet qui revient et que de nombreux publics associent à Jane Austen alors que ça n'existe pas du tout dans le roman. Ce n'est pas une scène qui existe dans le roman. M. Darcy ne pouge pas dans le lac dans le roman. Mais c'est intéressant de voir comme désormais cette scène, ce moment, fait partie de notre univers austénien.
Xavier Mauduit
Et puis Darcy devient un personnage incontournable. Vous avez cité le journal de Bridget Jones. Nous ne sommes pas du tout dans une ambiance régence. Mais Collins Firth, l'acteur, est également dans ce film. Mais il joue le rôle de Marc Darcy. Cet écho est sans cesse présent. Myriam Boussababra.
Myriam Boussababravar
Oui, donc on retrouve les prénoms et les noms de famille dans la romance contemporaine. Il y a des Darcy partout dans les romances. écrite aujourd'hui, je dirais, dans le monde entier en fait. C'est très intéressant parce que tout le monde comprend ce que ça veut dire. Mais sur la question du corps, dans la romance, y compris Régence, écrite aujourd'hui, il y a une érotisation des corps qui est très importante, qui n'est évidemment pas dans les romans de Jane Austen. Donc, dans leur fort intérieur, les personnages, dévore des yeux l'autre, en fait. Et donc, dans les romans écrits, la romance historique écrite après 2000, donc plutôt proche de nous, on ne fait pas que dévorer des yeux, c'est-à-dire qu'après, on passe à l'acte. Et donc, l'érotisme est devenu totalement présent. Et à nouveau, la règle du jeu, c'est un partage, une égalité totale d'écriture entre les deux partenaires du couple. Donc la question du corps, le corps féminin comme le corps masculin, est érotisé et consommé en dehors de toutes les règles comportementales de la Régence, évidemment. Donc ça crée un obstacle supplémentaire qu'il va falloir résoudre.
Xavier Mauduit
Et ça, pour les adaptations, il est possible de le résoudre. Ariane Hudley, vous êtes l'autrice de Pride and Prejudice, Jane Austen et Joe Wright, c'est publié chez Armand Colin. Joe Wright ?
Ariane Hudley
Réalisateur de l'adaptation de 2005 d'Orgueil et préjugé avec Keira Knightley et Matthew McFadyen qui là aussi joue beaucoup sur la dimension comédie romantique beaucoup plus que le texte de départ c'est à dire que dans le texte de départ Elisabeth n'aime pas du tout Darcy au début. Vraiment, elle le trouve insupportable. Il n'y a pas d'attirance. En revanche, on sent très vite l'attirance que Darcy ressent envers elle. Donc il y a de la séduction et de l'attirance érotique, il me semble, dans les romans, mais de manière extrêmement suggérée par une petite touche sur un regard insistant, par exemple. Et c'est aussi ce pouvoir de suggestion qui est si riche pour la projection qu'on peut faire dans les adaptations. Dans le film de Joe Wright, il assume totalement la dimension comédie romantique où, dès le départ, leurs yeux se croisent et c'est comme s'il y avait une petite décharge électrique. Ce n'est que reculer le moment de réalisation du coup de foudre qui a été immédiat.
Xavier Mauduit
Et malgré tout, le cadre, lui, demeure rigoureux par rapport à la régence anglaise. Il faut une rigueur historique.
Ariane Hudley
Il faut une certaine rigueur historique. Par exemple, pour revenir à la question des balles, ils sont attentifs au niveau de classe sociale, c'est-à-dire le premier bal qui a lieu dans la salle des fêtes de Meryton. C'est très joyeux, désordonné, le cadre n'est pas du tout chic, alors que quand on est à Netherfield, les vêtements sont différents, le type de musique est différent. Donc oui, il y a une ambition de précision historique, aussi dans le choix des lieux de tournage, c'est-à-dire que toutes ces adaptations sont tournées notamment dans des grands domaines d'époque qui sont un petit peu fétichisés, mais une vraie attention aux détails, aux objets et aux costumes.
Xavier Mauduit
C'est ce qu'on va retrouver d'ailleurs dans toutes ces adaptations et certaines ont déjà été évoquées. Des histoires de chroniques. Héloïse, je ne te sens guère impatiente de courir chez la modiste. J'ai quelque chose pour toi.
Ariane Hudley
Le voilà.
Xavier Mauduit
C'est un manuscrit.
Myriam Boussababravar
Un texte bavarois rare sur les droits des...
Ariane Hudley
Je suis plongée dans un beau livre. Ça s'appelle Emma.
Xavier Mauduit
Un roman ? Tu ne lisais jamais de romances niaises ?
Ariane Hudley
Peut-être mes goûts ont-ils changé ? Les niaiseries, ce sont les écrits que j'ai lus auparavant, sur les femmes faisant leur chemin dans la société. Ce livre est plein d'humour et dit la vérité. Sur les peines de l'amitié, tout y est plus vraisemblable.
Xavier Mauduit
Et je devine que tes goûts en matière d'amitié ont aussi changé ?
Ariane Hudley
Lady Whistledown m'a presque détruite la saison dernière. J'ai perdu la bataille et n'ai aucun goût pour la guerre, aussi elle choisit le camp des vainqueurs. Un peu comme toi, à ce que je vois. Où est-ce vraiment le nouveau toi ?
Xavier Mauduit
Un homme ne saurait révéler ses secrets.
Ariane Hudley
Un homme bien seul.
Xavier Mauduit
Un homme bien seul. La chronique des Bridgerton, c'est dans cette série-là, cette série qui a remporté un grand succès. Et c'est vrai que c'était un véritable plaisir à suivre ces aventures. C'est là que nous trouvons la Reine Charlotte. Qui est-elle donc, cette Reine Charlotte ? En tout cas, quelle place peut-elle prendre dans cette histoire ?
Myriam Boussababravar
La reine Charlotte, historiquement, assiste son fils, le régent, puisque le roi George est malade, a des crises de démence. Ça, c'est très bien montré dans la série Bridgerton. Mais ce que je trouve intéressant avec Queen Charlotte, c'est qu'elle ne fait pas partie des romans de Julia Queen qui sont écrits avant la mise en image. Et donc, Queen Charlotte, elle l'écrit avec la réalisatrice. Et donc, Queen Charlotte, c'est un nouveau Julia Queen, mais qui est lié directement à la mise en image, puisque Julia Queen a écrit les Bridgertons, donc elle a huit enfants. Et donc, ça veut dire que quasiment par enfant, on peut avoir un épisode. Ce qui est aussi intéressant au niveau de temps, c'est que les quatre filles et les quatre fils, évidemment, autant de filles que de garçons, sont toujours dans l'égalité et le partage absolu. Ils vont rencontrer l'amour entre 1813 et 1825, donc sur une période d'une douzaine d'années. La Queen Charlotte est un ajout, je dirais, par rapport à l'œuvre de Queen, mais un ajout auquel elle a participé.
Xavier Mauduit
Ah oui c'est ça, c'est toujours apporter quelque chose. On le sait bien, il n'y a aucune surprise là-dedans de savoir qu'une oeuvre produite à un moment est le reflet de la société dans laquelle elle est produite. Mais c'est passionnant de voir comment l'oeuvre de Jane Austen prend des échos du passé quand ça arrange et les adapte en lien aux préoccupations contemporaines. Et c'est le cas pour les chroniques des Bridgerton.
Ariane Hudley
D'ailleurs, il y a un épisode où l'un des personnages tombe dans un lac. Encore une fois, on retrouve le même motif. Et ce qui est intéressant et ce à quoi il faudra être attentif aussi aux prochaines adaptations de Jane Austen, parce qu'il va y en avoir deux nouvelles bientôt, c'est aussi l'ouverture à des intérêts plus contemporains ou des manières de voir nouvelles. C'est-à-dire que, bien sûr, ce qui marque notamment Bridgerton, c'est non seulement la sexualité très présente, mais aussi la diversité ethnique des personnages. Et c'est assez passionnant, notamment dans le cadre de l'épisode Queen Charlotte, qui a été réalisé cette fois par la productrice Shonda Rhimes, qui est afro-américaine, qui est la créatrice de Grey's Anatomy, etc., qui a été productrice un peu de loin pour les autres épisodes, les autres saisons de Bridgerton. Mais là, elle s'est vraiment plus impliquée dans l'écriture parce que c'est un petit chapitre qui explore davantage les enjeux raciaux. Le reste de la série, on a parlé de casting colorblind, c'est-à-dire qui est un peu aveugle à la couleur, comme si noir, blanc, métis, indien, c'était pas trop ce qui importait. Mais ils explorent aussi un petit peu la justification narrative de cette société mélangée et métiraciale.
Xavier Mauduit
D'autant que ce n'est pas simplement faire écho à des préoccupations d'aujourd'hui, c'est parce que dans la réalité de cette Angleterre-là, du temps de Jane Austen, il y avait des hommes et des femmes noires qui pouvaient être en Angleterre sans aucun souci. Et puis surtout, le fonctionnement économique du pays reposait sur l'esclavage aussi.
Myriam Boussababravar
Absolument, ça repose sur l'esclavage mais il y a aussi la campagne pour l'abolition de l'esclavage qui démarre dans les années 1790. L'abolition de la traite, la traite est interdite dans les territoires britanniques en 1807 et l'abolition elle-même c'est 1833. Et donc dans Jane Austen on a l'idée dans Mansfield Park, le père part longtemps à un endroit un peu indéterminé et il part en fait dans les Caraïbes pour régler des problèmes financiers. Donc à nouveau on a un père absent. On est quand même très souvent sur une critique du père, donc quand même une critique d'un patriarcat totalement défaillant. Et donc dans Shonda Rhimes, c'est très intéressant parce que visuellement d'abord, le spectateur est très intéressé parce qu'on n'imagine pas visuellement. Donc nous, on découvre aussi comment l'image peut nous provoquer. Mais par ailleurs, on sait qu'il y avait un certain nombre, par exemple, de petits enfants noirs qui étaient des esclaves, donc chez les très riches. On ne sait pas combien ils étaient. On ne sait pas toujours ce qu'ils sont devenus quand ils ont grandi, parce qu'on les garde que petits. Donc on sait qu'il y avait des marins, par exemple, qui vivaient notamment à Liverpool. Il y avait des marins qui restaient, qui s'étaient installés. Donc c'était un des premiers endroits où on avait une communauté de gens très divers, mais qui, par la couleur de la peau, étaient reconnaissables. Et donc, j'ai aussi vérifié, après avoir vu les Bridgertons, le personnage du boxeur, qui se fait lui-même, qui monte son entreprise par rapport à la boxe, et après qui essaie de faire un club pour Il a réellement existé et en effet il a réussi son entrepreneuriat malgré le fait qu'il était noir et malgré le fait qu'il ne pouvait pas avoir une relation d'égal à égal avec ses clients blancs.
Xavier Mauduit
Et c'est important de rappeler tout ça parce que c'est comprendre l'histoire des adaptations d'une oeuvre. Alors, adaptation d'une oeuvre, nous l'avons dit, c'est une chose. Et puis création d'autres oeuvres dans le même univers, c'est une autre chose. Mais dans les deux cas, ce sont les moments où l'oeuvre est adaptée qui nous permettent de saisir la chose avec certains aspects chez Jan Oustin qui sont laissés de côté, complètement oubliés parce que ça n'intéresse pas aujourd'hui. Est-ce que c'est possible de voir cela en négatif ? Bien souvent, on met en avant ce qu'on voit parce que c'est le plus évident. Ce qu'on ne voit pas chez Jan Oustin, c'est peut-être le côté un peu conservateur qui est mis de côté.
Ariane Hudley
C'est vrai qu'on a tendance à changer certaines héroïnes qui ne nous correspondent plus assez. Par exemple, dans Mansfield Park, l'héroïne Fanny Price est bien trop sage pour nos goûts actuels. Elle est un peu passive. Elle n'a pas cet humour qui caractérise de nombreuses autres héroïnes et par conséquent, en général, quand Mansfield Park est adapté, on change l'héroïne. En anglais, on dirait « We spice her up ». On rajoute un petit peu d'épices. et on en fait une Elisabeth Bennet bis. Je pense qu'il y a cette dimension-là.
Myriam Boussababravar
Mais dans Mansfield Park, Edmond n'est pas non plus fantastique. Là c'est un couple parfait, c'est-à-dire elle est ennuyeuse et lui aussi, donc dans Jane Austen. A nouveau cette question du partage, de la distribution en qualité et en mauvaise qualité qui est très intéressante déjà chez Jane Austen. Je pense que c'est une recette aujourd'hui reprise pour tous les types d'adaptations romances. ou films où en fait on essaie de garder cette question du partage entre les sexes. Et ça c'est quand même assez fondamental. Ce qui fait que peut-être était-elle conservatrice dans son écriture rurale, etc. Mais qu'en fait elle met en place cette question quand même de la découverte de l'autre et du partage, non pas des responsabilités, mais du partage des volontés. et du partage de la construction du couple. Et ça, c'est quand même, on peut le dire, proto-féministe. Et c'est ça qui fait vivre aussi aujourd'hui, puisque la consommation, on n'en a pas encore parlé, mais la culture populaire, c'est une histoire de consommation, que ce soit le film ou la romance. et en fait c'est des millions de gens et dans le monde entier qui vont regarder. Donc là, on rentre dans une consommation de masse mais qui est aussi une consommation qui repose sur justement ce critère là et favorisant pour tous ces gens qui consomment. Ces gens aiment ce critère et donc ils consomment. Donc ce n'est pas des consommateurs contraints. Moi aussi, je trouve ça très intéressant parce que je suis enseignante, donc je trouve intéressant qu'on puisse avoir des notions d'histoire lointaines en s'amusant. Donc ça, c'est fantastique. Et pour tout vous dire, moi, je pense réellement à mettre de la romance historique dans mes listes de lecture parce que je sais qu'ils vont le lire. Ils vont le lire et c'est en anglais, donc moi je suis en études anglophones, donc c'est très important. Et c'est important pour le grand public d'avoir un accès facile à des choses essentielles. Je pense dans les Bridgerton, on s'amuse, on est diverti, mais on apprend plein de choses. Beaucoup sont réels, sont vrais.
Xavier Mauduit
C'est vraiment cela qui nous intéresse tout et tout. C'est comment on peut attirer les jeunes générations vers le passé, l'histoire et puis le plaisir de la lecture aussi. Et c'est en ça que Jane Austen se présente ici comme une figure admirable parce qu'elle touche tout le monde par tous les biais et notamment par les réseaux sociaux.
Ariane Hudley
Est-ce que Jane Austen est vraiment restée célibataire toute sa vie ? Ces derniers jours, une petite tempête a agité le microcosme très particulier, il faut quand même le dire, des adeptes de Jane Austen, dont je fais d'ailleurs partie. Tout est parti d'une petite interview de Emma Thompson que vous connaissez très certainement, c'est une actrice très connue, notamment reconnue pour ses rôles inspirés de la littérature britannique mais elle également scénariste et productrice et justement elle a produit dans les années 90 une adaptation très respectée de Raisons et Sentiments dans laquelle elle joue le rôle principal de Marianne Dashwood aux côtés de Hugh Grant, Alan Rickman et Cat Winslet. Et donc dans cette interview elle revient justement sur la jeunesse de ce film et plus particulièrement sur un sujet qui est très pertinent. à savoir la vie privée de Jane Austen et sa sexualité, ainsi que de la manière dont ses thèmes résonnent dans son oeuvre. Cela soulève des questions qu'on n'ose peut-être pas toujours se poser justement sur cette autrice, notamment est-ce qu'elle est vraiment restée célibataire toute sa vie ? Et d'ailleurs pourquoi cette donnée biographique aurait-elle ou non une importance dans son oeuvre ? Et qu'est-ce que justement nous révèle cette question sur l'éducation et la condition des jeunes femmes à cette époque ?
Xavier Mauduit
Capucine Masuyer, Capupus Reading sur TikTok et c'est pour ça qu'on entend ce ton saccadé parce que sur les images TikTok, c'est ça aussi Jane Austen, c'est ce succès admirable et merci d'ailleurs à ces TikTokers, ces TikTokeuses parce que ce travail qui est fait là est fondamental et c'est très bien dit de donner l'envie de lire tout simplement.
Ariane Hudley
Mais bien sûr, ça fait partie de la sous-section de TikTok qui est le BookTok et donc on a AustenTok. Et ça fait partie tout simplement de la conversation constante qu'on a sur des grands textes du passé. Et Jane Austen a cette grande richesse qui est qu'elle renouvelle son lectorat constamment. C'est à la fois une autrice canonique qu'on étudie à l'université, qu'on lit dans les écoles en Angleterre, mais c'est aussi une écrivaine de best-seller et qui suscite les conversations.
Myriam Boussababravar
Et à l'occasion de son anniversaire, le 250ème anniversaire, il y a des publications absolument incroyables de toute l'œuvre de Jane Austen. Dans les bibliothèques et les rayons romances, on va trouver des livres magnifiques qui reprennent tous les textes, en anglais et en français, avec des tranches sublimes, décorées, qui donnent envie de les mettre dans sa bibliothèque.
Xavier Mauduit
Merci vivement à toutes les deux de nous avoir présenté Jane Austen aujourd'hui. Alors Ariane Hudley, vous vous le prononcez à l'anglaise. Jane Austen, comme ten, dix en anglais. Et Myriam Boussababava, vous vous le prononcez à la française, parce qu'il y a une prononciation française de Jane Austen, d'où les études austiniennes. Merci vivement à toutes les deux, c'était éclairant. Merci beaucoup. La série Jane Austen et son temps est dans notre temps aussi, à retrouver sur le site du Cours de l'Histoire, franceculture.fr et l'appli Radio France.
Ariane Hudley
Pourquoi on m'avait pas dit que Jane Austen c'était aussi cool ? La nana elle est née en 1775, moi j'ai lu Persuasion, je l'ai trouvée dans une boîte à livres, je crois que c'est son dernier roman d'ailleurs. Je me suis dit oh là là ça va être encore une anglaise qui parle de la bourgeoisie anglaise et enfin bref. Oui c'est Downton Abbey, mais c'est Downton Abbey avec des meufs qui clash wesh.
Xavier Mauduit
Voilà Orcade sur TikTok encore et sa clash, wesh ! Et vous aussi Valérie Hanin, bonjour !
Valérie Hanin
Bonjour Xavier !
Xavier Mauduit
Directrice de rédaction du magazine L'Histoire, notre partenaire avec l'histoire qui s'intéresse aux juges et au pouvoir. Alors vous n'avez pas titré « Les juges et leur pouvoir » mais « Les juges et le pouvoir » de Montesquieu. À Trump, pourquoi s'intéresser à ce sujet-là aujourd'hui ?
Valérie Hanin
Face au pouvoir, oui, c'est un autre genre de romance. Le 25 septembre dernier, un ancien chef de l'État, Nicolas Sarkozy, déclaré coupable d'association de malfaiteurs, c'était dans l'affaire des financements libyens de la campagne de 2007, était condamné par le tribunal correctionnel de Paris à 5 ans de prison ferme. Le 21 octobre, il entrait à la prison de la santé, il en ressortirait 3 semaines plus tard, Mais tout le monde l'a compris, le fait était grave. Aucun chef de l'État depuis Louis XVI ou Pétain n'avait subi ce sort. Alors on est dans la République et il n'en fallait pas plus pour que des voix s'élèvent et dénonçaient, c'est ça l'actualité, le gouvernement des juges. Aurait-il outrepassé leur pouvoir ? Aurait-il outrepassé leur rôle ? Et pour le comprendre, on s'est plongé dans l'histoire. Alors ce qui est vrai, c'est qu'on n'est pas habitué à ça dans la République. En matière de justice, la révolution a fixé la norme. C'est la loi, expression de la volonté générale qui est première. Et les juges assignés à la neutralité n'en sont que les instruments dociles. Ils sont, disait Montesquieu, la bouche de la loi. Ils étaient cependant élus. Bonaparte y a mis bon ordre. Ils seront nommés par le pouvoir à vie. C'est-à-dire que pour 150 ans, les romans en témoignent aussi, les juges sont la plupart du temps des petits fonctionnaires sans éclats. La République, à vrai dire, y trouva son compte. Les hommes politiques n'avaient aucun compte à rendre à des juges dont la carrière, Aristide Briand le disait, pourquoi voulez-vous qu'ils soient indépendants ? Nous avons tout dans leurs mains, leur carrière et même leur vie.
Myriam Boussababravar
Il le déplorait.
Xavier Mauduit
Il le déplorait.
Valérie Hanin
Mais jusqu'en 1940, les grands procès leur échappent. L'affaire Dreyfus, évidemment, est jugée aux militaires. Et il faut attendre 1945 pour que les choses changent progressivement. Les juges vont être recrutés par concours. Ils vont être nommés par une autorité indépendante en 1993. conseil supérieur de la magistrature et bénéficier de la multiplication des instances, des recours, des textes de référence qui vont faire de la justice un véritable pouvoir et non plus une autorité. Alors est-ce qu'ils en abusent sûrement quelques fois ? Ça peut arriver. Tout pouvoir porte, on le sait bien aussi depuis Montesquieu et d'autres, un abus possible de pouvoir. Mais pour en juger, on se tourne aussi vers les Etats-Unis et nous avons aussi comparé avec les Etats-Unis, voilà une autre actualité car ce sujet est doublement dans l'actualité. Et là, un spectacle autrement lamentable, une cour suprême aux ordres, des magistrats sans force face à un président qui prétend incarner la loi. Alors, on le rappelle dans le dossier, depuis Roosevelt, les rapports entre les juges et la Maison-Blanche, le juge Warren, sont au cœur de la démocratie américaine.
Myriam Boussababravar
Mais là, cette fois-ci, le bras de.
Valérie Hanin
Fer est d'une ampleur très inédite. Et il faut beaucoup de courage à des juges, et à des juges femmes aussi, parce que ça c'est la nouveauté, pour s'opposer à la présidence. Il nous rappelle tout cela, que pour assurer l'état de droit, Il ne faut pas seulement des textes mais il faut la probité, le courage. En un mot, la vertu dont Montesquieu faisait le ressort des républiques démocratiques. Voilà votre actualité.
Xavier Mauduit
Vous avez Bolsonaro condamné à 27 ans de prison. Et les juges qu'on assassine en Italie, ce courage-là. Merci beaucoup les juges et le pouvoir. Le magazine L'Histoire, c'était le cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau à la technique, Éric Perruchot, Tribou, la émission préparée par Jeanne Delecroix, Raphaël Laloume, Jeanne Copé, Luce Mouran, Solène Roy et Maïwenn Giziou. Ces émissions du cours de l'Histoire sont à écouter, à podcaster sur notre site franceculture.fr et l'appli Radio France.
Date: November 27, 2025
Host: Xavier Mauduit (France Culture)
Guests:
This episode explores the extraordinary and enduring fascination with Jane Austen, both the author and the Regency era she depicted. The discussion examines why Austen's novels—centered on the English gentry at the turn of the 19th century—remain so resonant, why they are so frequently adapted, and how their themes connect with contemporary audiences worldwide. The hosts dissect cultural obsessions: the Regency fashion revival, social critique, universal love stories, adaptations in other contexts (such as Bollywood and Netflix’s Bridgerton), and Austen’s meaning today, including her feminist legacy and her place in pop culture.
Jane Austen is now omnipresent: in films, series, social media, and even themed parties drawing on Regency styles.
Ariane Hudley and Myriam Boussababravar explain how Austen has moved from being a well-read but not particularly "beloved" novelist (the Romantics found her too demure), to a major pop culture icon.
Post-WWI, Austen's novels were considered "therapeutic" for traumatized soldiers—a form of escapism and comfort.
“On a considéré que la lecture des romans de Jane Austen était thérapeutique pour les soldats qui avaient été traumatisés…” —Ariane Hudley, 02:12
The 1990s marked a significant boom in adaptations, amplifying her global fame.
Romance and Social Commentary (03:27–06:00)
Austen mixes 'feel good' romance with sharp satire and social observation.
Both guests stress that her appeal is not limited to happy endings: it's her narrative complexity and clever humor.
“Ce serait participer aussi à une sorte de mépris de la culture populaire…” —Xavier Mauduit, 05:10
Universal Obstacles & Resonances (06:00–09:34)
Obstacles and Agency (09:34–12:01)
Austen's focus on a small circle (“miniaturist’s art”) enables her stories to feel universal and translatable (India, Bollywood, Beverly Hills in Clueless).
The intricacies of daily life and personal consciousness replace grand historical events—her characters' emotional journeys are central.
“Elle a décrit son art comme l’art du miniaturiste qui travaille sur un petit morceau d’ivoire…” —Ariane Hudley, 09:34
Is Austen’s Writing “Feminine”? (12:01–15:37)
Discussion about whether Austen's observational style constitutes a distinctly female mode of writing. Both guests agree her focus on interiority and personal growth is more universal than strictly gendered.
“Le quotidien, finalement, forme les personnes. …tout le monde peut relate.” —Myriam Boussababravar, 12:01
The (Non-)Role of Men in Regency Novels (15:37–18:43)
Austen’s fathers are often absent or ineffectual, creating space for heroines to act autonomously.
The “patriarchy” is reinforced by mothers too; women's complicity is noted as both survival strategy and societal constraint.
“Mrs Bennet est absolument à fond dans le patriarcat…” —Myriam Boussababravar, 18:55
Marriage as Social Contract (20:23–22:29)
Modern (Over-)Interpretations (23:55–24:46)
History of Adaptations (25:09–27:34)
The Regency Romance Genre (25:14–30:45)
The Regency in England (28:14–30:45)
Industrialization and Social Mobility (30:45–32:17)
Bridgerton—Inclusive Casting & New Narratives (40:33–44:39)
Bridgerton reinvents the Regency romance with diverse casting ('colorblind'), sexual liberation, and invented characters like Queen Charlotte—providing both continuity and innovation.
“…ouvrir à des intérêts plus contemporains ou des manières de voir nouvelles…” —Ariane Hudley, 43:23
Historical Reality of Black Britons and Slavery (44:39–47:01)
Modernizing Heroines (47:37–48:11)
When adapting “duller” heroines like Fanny Price (Mansfield Park), filmmakers often make them more assertive—reflecting contemporary tastes.
“On rajoute un petit peu d’épices…” —Ariane Hudley
Austen’s Proto-Feminism (48:11–50:19)
Austen on Social Media (BookTok, AustenTok) (50:41–52:27)
Austen’s reach on TikTok is substantial—her works become trending topics and entry-points for new generations.
“Jane Austen a cette grande richesse qui est qu'elle renouvelle son lectorat constamment.” —Ariane Hudley, 51:58
Anniversary Editions and Collector Culture (52:27–52:48)
On the enduring appeal of Austen’s endings:
“Ça se termine bien, pas forcément pour tout le monde, mais ça se termine bien pour les deux protagonistes. Mais c'est du roman, ça n'est pas de la romance.” —Myriam Boussababravar, 02:04
On therapeutic reading:
“On a considéré que la lecture des romans de Jane Austen était thérapeutique pour les soldats qui avaient été traumatisés…” —Ariane Hudley, 02:26
On universality:
“On voit à quel point le choix d’un microcosme pour Jane Austen lui permet finalement d’être universelle.” —Ariane Hudley, 09:34
On patriarchy and women’s complicity:
“Mrs Bennet est absolument à fond dans le patriarcat… Beaucoup de femmes et… de mères… ont joué le jeu du patriarcat…” —Myriam Boussababravar, 18:55
On historical adaptation:
“On rajoute un petit peu d’épices… et on en fait une Elisabeth Bennet bis.” —Ariane Hudley, 47:37
On Austen’s reach:
“Jane Austen a cette grande richesse qui est qu’elle renouvelle son lectorat constamment… c’est aussi une écrivaine de best-seller et qui suscite les conversations.” —Ariane Hudley, 51:58
The episode illustrates Jane Austen’s function as both mirror and mold for society: she allows generations to revisit timeless questions—love, agency, class, family—while reflecting whatever new values, anxieties, and aspirations are current. Through endless adaptation, meme-making, and reinterpretation, Austen’s minute observations of Georgian England continue to pulse at the heart of 21st-century culture, dance parties and TikToks included.
(Summary compiled and structured for clarity and reference. All speaker attributions and quotes based on original episode transcript.)