
La terre face aux machines, une histoire environnementale : Edward Abbey, défendre la nature à coups de clef à molette !
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Xavier Mauduit
Edouard.
Elisabeth Quint
Rabet, pour défendre la nature à coups de clé à molette. Car aujourd'hui, pour un road trip, nous partons dans l'ouest des Etats-Unis avec des paysages à couper le souffle. Nous empruntons la Bairrode, évidemment, à la rencontre d'Edouard Rabet, qui était-il écrivain et ermite, penseur et militant. C'était un amuseur dans les années 1950-60. Jusqu'aux années 80, et aujourd'hui encore, il écrivait de bons livres, pour faire rire, pour faire pleurer, pour mettre en colère aussi, et pour réfléchir, si possible. C'est lui qu'il dit, Edouard Abbé.
Narrator/Singer
I see.
Myself as an entertainer.
Xavier Mauduit
I'm trying to write good books, make people laugh, make them cry, provoke them, Make him angry, make him think if possible.
Elisabeth Quint
Elisabeth Kern, bonjour.
Xavier Mauduit
Bonjour Xavier Mauduit.
Elisabeth Quint
Vous êtes écrivaine et journaliste, journaliste et écrivaine. Vous animez l'émission 28 minutes sur RC.
Xavier Mauduit
Certaines émissions 28 minutes quotidiennes sur l'art.
Elisabeth Quint
Dans laquelle j'officie depuis dix ans, il faut le dire par honnêteté.
Xavier Mauduit
Soyons transparents, cher Xavier Mauduit.
Elisabeth Quint
Bienvenue patronne donc, dans le cours de l'histoire. Edouard Abbé, naturellement subversif, c'est votre film Elisabeth Quint, diffusé sur Arte, Arte TV évidemment. Avec ce film-là, nous croisons un homme qui ne peut qu'étonner. Mais au cœur de votre film, il y a Edouard Abbé, évidemment comme personnage central, mais il y a les paysages des Etats-Unis.
Xavier Mauduit
Il y a des paysages exceptionnels au sein desquels il a baigné pendant 40 ans. C'est un homme qui est mort jeune, il est mort à 62 ans en 89 et il a eu une sorte de révélation, une illumination, une épiphanie comme on pourrait dire, quand il a découvert, alors qu'il était né dans les Appalaches à la fin des années 20, il a découvert au milieu des années 40, juste après la guerre, quand il est revenu aux Etats-Unis, revenu de Naples, Il a découvert les paysages gigantesques des cathédrales géologiques, minérales, les paysages du Southwest américain, comme on dit, c'est-à-dire l'Utah, l'Arizona, le Nouveau-Mexique, mais surtout l'Utah, tout ce qui est autour de Moab, Tucson, là où il y a des parcs nationaux, et où lui a découvert ça en train, pour la première fois de son existence, il venait de traverser les États-Unis en train. Et là, il s'est dit, moi qui viens d'une zone civilisée, à hauteur et à dimension humaine, là, je m'éclate, je suis extatique, je veux vivre ici. Quelque chose s'est déclenché en lui.
Elisabeth Quint
Vous l'avez dit, il est né du côté est des Etats-Unis, dans les Appalaches, des territoires marqués par la nature. Une nature magnifique, très verte, énormément de végétaux. Et l'univers dans lequel il déploie son imaginaire, c'est un univers minéral très rouge.
Xavier Mauduit
Désertique. Il y a des végétaux, il les a décrits, il les a aimés, très peu, les génévriers, quelques cactus, beaucoup. D'ailleurs, les cactus qui sont à l'origine de son surnom, il a été surnommé au fil des ans Cactus Head. Pas pour son amour immodéré, décacté, mais parce qu'il avait des piquants au sens figuré du terme, on en reparlera évidemment. des dimensions contradictoires, paradoxales, provocatrices. C'était un type extraordinaire et un provocateur. Quand on l'a entendu à l'instant, expliquant, j'écris des livres pour faire rire, pour faire pleurer, pour émouvoir et pour mettre en colère. Il faut l'imaginer physiquement. Il a des dents blanches gigantesques. Il a une barbe de huit jours, pas de cinq jours. Il a une gueule d'acteur hollywoodien, une sorte de Gregory Peck. mais qui ne se serait pas lavé pendant huit jours, qui aurait vécu dans une cabane en bois au fin fond d'un désert, au fin fond d'un parc national, une casquette foutue de travers sur sa tronche et il a des yeux d'un magnétisme absolu qu'il darde dans les vôtres pour vous dire je suis un poète et un polémiste et on va voir si tu suis avec moi cette notion de géopoétique et de polémique permanente.
Elisabeth Quint
Avec un personnage, vous l'avez rappelé, un Kenner en 1927, qui suit le cheminement attendu d'un jeune homme des Etats-Unis. Il fait son service militaire. Il y a malgré tout dans cette histoire-là la nature sauvage, mais il y a des études. Il y a un homme extrêmement cultivé.
Xavier Mauduit
Un homme extrêmement cultivé qui a fait des études de philosophie, qui s'est concentré sans doute par esprit de provocation amusé et amuseur déjà sur l'anarchisme et la violence. Il a fait une thèse, il en était très fier, ses parents un petit peu moins, ils trouvaient que c'était assez marrant. Et puis ensuite il a été enrôlé, il est parti à Naples une année en Italie, il n'a pas fait grand chose, il a regardé les filles, il a sifflé les filles, il a découvert les mobilettes Vespa, etc. Il est revenu aux Etats-Unis et là, dans une espèce de questionnement sur que faire plus tard, il y a eu tout d'un coup cette espèce d'impulsion qui l'a conduit à traverser les Etats-Unis, à aller ailleurs. Ailleurs, parce qu'il lisait énormément, il lisait des gens comme Aldo Leopold, il lisait des gens comme Thoreau évidemment, on y reviendra, le théoricien de la désobéissance civile, Wallace Stegner, John Muir, des hommes exclusivement, on y reviendra aussi. qui avait une écriture naturaliste et poétique autour du vivant, de ce que les américains appellent wilderness, la vie sauvage et la nature sauvage. Et c'est quelque chose qu'il a absolument happé et il a voulu aller à la rencontre physique des lieux où ses écrivains, qu'il lisait quand il avait 15, 16, 17, 18 ans, ont eu eux-mêmes leurs révélations.
Elisabeth Quint
Avec, pour les Etats-Unis, ce mythe très important de la nature sauvage. C'est cette idée de frontières, d'espaces absolument gigantesques. C'est un homme des Etats-Unis, donc il est baigné de tous ces mythes-là.
Xavier Mauduit
Il est baigné de tous ces mythes-là. Alors, évidemment, ça peut se discuter. Aujourd'hui, il y a un regard assez critique porté sur les notions de préservation et de conservation de cette nature sauvage parce qu'un certain nombre d'intellectuels, d'essayistes, de théoriciens, font remarquer que la nature sauvage telle que l'envisageaient des gens comme John Muir, par exemple, qui est à l'origine des parcs nationaux aux Etats-Unis, ça c'était au XIXe, envisageait cette nature sauvage sans humains, et notamment sans les peuples racines ou les peuples qui peuplaient cette nature sauvage. Donc il y avait quelque chose de relativement violent sous-jacent dans l'idée de la préservation et de la conservation. On préserve la nature sauvage pour qu'on puisse venir s'émerveiller de cette nature sauvage. Mais au prix de quoi ? Au prix de quelle exclusion ? Et de qui sera exclu ? Donc ça, c'est ce qui a été révélé au fil des décennies. Mais à l'époque d'Abbé, je ne suis pas sûre qu'il se posait la question. Je pense qu'il a été instantanément pris dans une sorte d'extase panthéiste face à ces paysages. Et il a décidé d'y travailler comme ranger, dans les parcs nationaux, et puis d'écrire sur ce qu'il vivait, sur ce qu'il ressentait, et sur, justement, la notion de préservation face au capitalocène.
Elisabeth Quint
Face au capitalisme. Avec sa thèse, vous l'avez dit, une thèse qui la conduit sur l'anarchisme et la moralité de la violence. On voit déjà ici germer toute cette pensée, ce personnage. Edouard Abbé est un personnage extraordinaire, mais il est dans une gangue constituée par toute son écriture, qui est absolument sensationnelle. L'idée de se retirer comme ça, Il a une thèse de philosophie, on pourrait l'imaginer vouloir être enseignant dans une université. L'image qu'on a gardée, c'est un homme ermite.
Xavier Mauduit
Dans sa cabane. Alors, c'est l'image qu'on a gardée et c'est un homme qui était redoutablement intelligent et qui savait parfaitement maîtriser. Alors, il y a eu quelques dérapages. La notion d'image de soi. En fait, il n'a pas vécu dans une cabane toute son existence. Il a passé plusieurs séjours, dès le milieu des années 50 jusqu'au milieu des années 60, en tant que ranger, effectivement. Il vivait dans une cabane dans des conditions de vie fin 19ème, avec un petit réchaud, et il adorait ça. Sauf que c'était aussi un enseignant. Au fil des ans, Édouard Abbé a commencé à enseigner. Et d'ailleurs, il avait un succès fou parce que son humour sarcastique, son sens de la provocation, sa malice, il avait l'œil qui frise, comme on dit, avait un succès fou avec les étudiants et les étudiantes, mais surtout les étudiants. Il a toujours été... entre la tentation de l'érémitisme, partir loin dans les montagnes, dans les déserts, seul, et en même temps l'envie de séduire, de séduire à travers la parole, d'enseigner et de perpétuer ce qu'il avait aimé dans ses lectures et de le transmettre à ses étudiants. Donc il était à la fois seul et à la fois entouré, à la fois enseignant et à la fois ermite. Il n'a jamais été seulement ermite. C'était un misanthrope affamé de reconnaissance. Donc il était contradictoire, il était double, enfin, c'est.
Elisabeth Quint
Un humain, quoi. C'est un humain, avec cette volonté de partir à l'écart de la société. Alors, oui, bien sûr, dans une cabane au milieu du désert, ou pourquoi pas, dans les bois.
David Thoreau
Thoreau est arrivé.
La loi n'a jamais rendu les hommes plus justes d'un iota. Et à cause du respect qu'il lui marque, les êtres bien disposés eux-mêmes deviennent les agents de l'injustice.
Le respect indû de la loi a fréquemment ce résultat naturel qu'on voit un régiment de soldats, colonels, capitaines, caporales, simples soldats, artificiers, etc. marchant en bel ordre par monts et par vaux vers la guerre, contre leur volonté, disons même contre leur sens commun et leur conscience. ce qui complique singulièrement la marche, en vérité, et engendre des palpitations. Ils ne doutent pas que l'affaire qui les occupe soit une horreur. Ils sont tous d'une disposition paisible.
Or, que sont-ils devenus ? Des hommes le moins du monde ? Ou des petits fortins déplaçables ? Des magasins d'armes au service de quelques puissances en scrupule ? Visiter les chantiers navals et contempler un marin, l'un de ceux qu'engendre un gouvernement américain, ou tel qu'il peut le transformer avec sa magie noire. Une simple ombre, un vague souvenir d'humanité, un homme lavé comme un mort encore tout vif, et déjà, oserait-on dire, enterré.
Elisabeth Quint
Au son des armes et d'une fanfare. Avec ici l'évocation d'un concept qui a traversé le temps, la désobéissance civile, c'est Henry.
Xavier Mauduit
David Thoreau qui écrit ça en 1849. Et la marche, et la notion de marcher, fondamentale. Thoreau a d'ailleurs écrit un petit texte autour de la marche qu'on peut retrouver, qui a été édité il n'y a pas longtemps, réédité chez Lerne. La notion de marcher, pour Thoreau, et plus tard pour Abbe, qui était le disciple et l'enfant spirituel et naturel de Thoreau, c'est fondamental parce que quand on marche, on se tient debout. dans une forme de dignité par rapport aux événements et par rapport à la notion de l'obstacle ou de l'adversité ou d'une opposition à laquelle il faut se confronter. Marcher, c'est aussi évidemment une référence aux marches pacifistes, aux marches non violentes qui auront été faites par Gandhi et par les siens qui étaient eux-mêmes inspirés par Thoreau. Alors la désobéissance civile, c'est quelque chose qui a immédiatement Au cours de ses études mobilisées, Edward Abbey a toujours adoré Thoreau. Il disait que c'est l'excentrique du village qui est devenu un personnage mondial. L'excentrique du village fait référence à Thoreau qui avait vécu pendant une année et quelques dans une cabane. au bord d'un lac, dans une forêt, pas loin de Boston. La cabane, le lac, c'était Walden. Et Thoreau avait vécu dans cette petite cabane avec un lit, une table, une ou deux chaises pour recevoir éventuellement un ami. Alors, il ne vivait pas encore une fois en ermite, Thoreau. Il allait régulièrement au village s'approvisionner. Bon, que les choses soient claires. Mais il y avait cette notion déjà qui a beaucoup intéressé Édouard Abbé de sobriété, non pas de repli, mais de sobriété au niveau des besoins. D'essayer d'arriver à une décantation et à une cristallisation des besoins d'un être humain et de ce que sont ces besoins pour être heureux. Ce n'est pas ce que la société de consommation contre laquelle Édouard Abbé était si critique vous impose ou vous suggère. Ça peut être beaucoup moins. Encore faut-il faire ce travail sur soi. Donc il y avait cette idée de sobriété et cette idée de se tenir debout, de se dresser et de marcher contre le capitalocène, l'anthropocène, les ravages du capitalisme et les ravages que ce capitalisme exerce sur l'environnement. Donc tout ça, ça a été l'espèce de gangue morale, intellectuelle et philosophique.
Elisabeth Quint
Qui a constitué le travail d'Edouard Damais. Avec Thoreau qui écrit Walden ou La vie dans les bois en 1854, nous avons ici un moment de la réflexion liée aux rapports que nous pouvons avoir à notre environnement, à la nature. Elisabeth Quint dans votre film Edouard Abbé naturellement subversif, nous rencontrons Edouard Abbé et déjà c'est magnifique, nous rencontrons ses paysages et c'est aussi exceptionnel. Et puis, il y a la réflexion derrière, autour de cela. Par exemple, réfléchir à Thoreau qui, au milieu du XIXe siècle, s'écarte dans un monde en pleine industrialisation avec une réflexion sur le pouvoir. Edouard Rabet, c'est plus tard et c'est autre chose. C'est là où on voit surgir même l'idée de nature. C'est s'écarter, non pas.
Xavier Mauduit
Pour se défendre soi-même, mais pour l'humanité. Alors, c'est s'écarter, pour le bien commun, dans l'idée de la désobéissance civile, il y a la mise en opposition ou en confrontation, dans une espèce de dialectique qui est censée être féconde, de deux notions, la légalité et l'intérêt collectif ou le bien commun. Il peut y avoir des lois qui sont donc légales, puisque ce sont des lois, mais elles ne seront pas nécessairement morales. Et quand Thoreau a refusé de payer ses impôts à un État qu'il considérait immoral, puisqu'esclavagiste, pratiquant donc la ségrégation, il a considéré que ses principes éthiques et moraux étaient au-dessus des lois. C'est ça la désobéissance civile. Et c'est cette espèce de linéament philosophique qu'a exploré et qu'a continué Édouard Dabey, mais sur un mode foutraque, farce, bouffon et avec humour. Et c'est ce qu'on retrouve dans le roman qui a fait exploser la notoriété d'Edouard Abbé mondialement, en tout cas aux Etats-Unis, et mondialement peut-être que je m'en porte un peu parce que je l'aime tellement, le gang de la Cléomolète en 1975. Mais c'était ça, il y a des choses qui sont légales, mais qui sont absolument nocives pour le bien commun. Le bien commun c'est quoi ? C'est juste l'habitabilité de la planète. Que cette planète reste habitable pour nous tous. Et c'est là où il a extrapolé autour de la notion.
Elisabeth Quint
Des obéissants civils d'un point de vue environnemental. Quand nous parlions de Sorrow au milieu du XIXe siècle, il y a le monde qui change par l'industrialisation, c'est une chose. Mais au moment où vit Édouard Abbé, le monde change aussi. Alors là, de manière très concrète, pour lui, dans l'Ouest des États-Unis, il voit ces transformations. Ce.
Xavier Mauduit
Sont des grands barrages qui transforment les paysages. Alors le barrage, c'est le cœur de la réaction colérique, féroce et démentielle, et tellement drôle, des quatre personnages du gang de la clé à molettes. Mais il n'y a pas que des barrages. Il y a les barrages. Le barrage en question, c'est le barrage qui a bloqué le Colorado à Glen Canyon et qui a été à l'origine de la création de ce qu'Abbé appelait un bidet, en l'occurrence un lac artificiel, le lac Powell, où les plaisanciers venaient faire pout-pout sur leurs petits engins de navigation. Mais il n'y a pas que ça. Il y avait aussi l'extractivisme démentiel, les mines, les mines à ciel ouvert, les mines d'uranium, les mines de pétrole. Et puis aussi, l'avancée inéluctable de la société des loisirs. Alors, on peut considérer qu'Edouard Abbé était une espèce de misanthrope un peu condescendant, après tout, ma foi. Pourquoi est-ce que les Américains n'auraient pas eu droit, eux aussi, aux loisirs, et n'auraient pas eu droit, eux aussi, à venir dans des caravanes, et dans des campings, et dans des petits hôtels, venir s'émerveiller de ces paysages sublimes, qu'il émerveillait lui aussi ? Eh bien, il s'en foutait, il considérait que lui, avait raison et qu'il avait.
Elisabeth Quint
Raison donc de lutter contre la civilisation des loisirs. Et Édouard Abbey commence à écrire dans les années 1950 avec en 1956 des Braves Cowboys. C'est le nom en anglais de son ouvrage qui a.
Xavier Mauduit
Été traduit en français par Seuls sont les indomptés. Un Occidental aime la liberté, ça signifie qu'il a horreur des barrières et que plus il y en a, plus il a soif de liberté. Avez-vous remarqué les innombrables barrières et les pancartes qui se dressent devant nous et ce qu'elles disent ? Défense de chasser, de passer, de pénétrer, défense d'entrer, propriété privée, ne pas stationner, défense de klaxonner, de fumer. Il n'y a plus qu'à se laisser enfermer. Vous voyez ce que je veux dire ? J'ai nullement envie de le savoir. Il y en a aussi des tas qui veulent dire de ce côté-ci, c'est la prison. De ce côté-là, c'est la rue. Ou ici, c'est l'Arizona. Ici, le Nevada. Là, c'est chez nous. Et là, c'est le Mexique. Hé, faites attention, mon jambon va être Jack, je vais vous dire quelque chose. Si c'est un monde réel et il existe de vraies frontières et de vraies barrières, de vraies lois et de vrais drames, vous devez vous conformer aux règlements ou bien vous perdez. Et dans.
Elisabeth Quint
Ce cas, vous perdez tout. On peut toujours sauver quelque chose. On peut toujours sauver quelque chose. C'est Kirk Douglas qui discute avec Jenna Rollins dans le film de David Miller.
Xavier Mauduit
Seuls sont les indomptés. Ce film, en 1962, adapté de ce roman qui est le deuxième ou troisième ouvrage d'Edouard Abbé. Il n'en est pas revenu que Kirk Douglas se soit battu, car c'est Kirk Douglas qui s'est battu. Le livre est tombé entre ses mains, on ne sait pas tellement comment. Il était à Hollywood et il a dit je veux faire ce personnage, je veux jouer ce personnage. Le film s'est fait. Le film n'a pas marché. Kirk Douglas a toujours dit c'est mon film préféré de tous les temps. Ce petit machin qui n'a pas marché. Et effectivement, il y est prodigieux et magistral dans le rôle d'un cow-boy, d'une certaine façon à l'image d'Edouard Abbé, anachronique, misfit, comme dirait John Huston à propos d'ailleurs des misfits, c'est-à-dire un personnage du 19e siècle, dans sa tête, mentalement, intellectuellement, projetée dans le XXe, projetée dans le monde de l'industrialisation, des routes qui traversent et qui franchissent et qui meurtrissent les prairies, et des barbelés. Le barbelé, c'est le symbole absolu. à la fois de la fin de la mobilité, de la fin de la liberté et de la propriété qui empiète sur cette sacro-sainte liberté d'aller et de venir. Et le film est autour de ça. En fait, c'est un western immensément.
Elisabeth Quint
Distrayant, mais avec un arrière-plan politique assez fort. Et déjà l'anarchisme. Oui, parce qu'il y a ici toutes ces ruptures que nous voyons dans ce mythe américain. La construction d'une.
Xavier Mauduit
Grande route avec ces grands camions qui traversent le pays d'Est-En-Ouest. Chargés de bidets, de lavabos, etc. On n'en dira pas plus, on ne va pas dévoiler. On va donner envie aux gens de revoir ou de découvrir ce film. Et la fin, la fin est à la.
Elisabeth Quint
Fois dérisoire et tragique. Et la fin est un chef d'oeuvre de ce point de vue. En tout cas, un cow-boy à cheval face à un camion qui transporte des bidets ne fait pas le poids. Ça ne fait pas le poids. La volonté ici d'Eudo Arabet de s'inscrire en littérature est-elle un acte militant ? Est-ce qu'il y.
Xavier Mauduit
A le désir pour lui de faire bouger les choses par le roman ? Alors, il n'y a pas eu que des romans. Il y a eu, avant 1975 et donc le gang de la clé à molette, il y a eu un certain nombre de livres qui étaient des essais. Et il y a eu notamment, en 1968, un livre fondamental qui l'a fait vraiment connaître et qui a eu un vrai impact, qui s'appelle Désert solitaire, dans lequel il revient de façon à la fois très lyrique, très poétique et très amusante sur ses années de ranger dans les parcs nationaux, Canyonlands et surtout Arches National Park. Et ça, ce livre, où il fait état de sa misanthropie, de sa personnalité sarcastique, provocatrice, jusqu'au boutiste, est un livre qui a vraiment marqué les esprits parce qu'il exposait déjà les enjeux. Les enjeux, c'était, regardez, ce monde est un lieu d'émerveillement, mais ce monde est fragile parce que ce monde est en proie à la voracité de ses machines. Alors 68, c'est Désert solitaire, et puis il arrive surtout à un moment d'une effervescence contre-culturelle phénoménale aux Etats-Unis. Parce qu'il y a tous les mouvements contestataires, les mouvements féministes, les mouvements contre la guerre du Vietnam, les mouvements pour l'acquisition de toujours plus de droits, les droits civiques, et les mouvements pour la terre aussi. Donc là, il.
Elisabeth Quint
Est arrivé.
Edouard Abbey
En pleine effervescence contre-culturelle et il s'est déployé comme il fallait. Désert solitaire. On dirait une statue de l'île de Pâques, un dieu de roche ou un ogre pétrifié. Un dieu ? Un dieu. Un ogre ? Un ogre.
La personnification de la nature est précisément la tendance contre laquelle je me bats en moi-même et que j'essaye d'éliminer pour de bon.
Je ne suis pas ici pour échapper un temps aux tumultes, à la crasse et au chaos de la machine culturelle, mais aussi pour me confronter de manière aussi.
David Thoreau
Immédiate et directe que possible aux noyaux.
Edouard Abbey
Nus de l'existence, à l'élémentaire et au fondamental. Au socle de pierre qui nous soutient.
Je veux être capable de regarder et d'examiner un genévrier, un morceau de quartz, un vautour, une araignée, et de voir ces choses comme elles sont en elles-mêmes, vierges de toutes qualités attribuées par l'homme, catégories scientifiques comprises, voir Dieu ou la méduse face.
Elisabeth Quint
À face.
Même si cela implique de risquer tout ce que j'ai d'humain en moi.
Raphaël Lalloum qui lisait un extrait de Désert solitaire, le roman d'Édouard Abbé en 1968. Déjà on peut juste s'arrêter sur la.
Xavier Mauduit
Qualité littéraire d'Édouard Abbé parce que c'est très important pour un écrivain de bien écrire. C'est très important pour un écrivain de bien écrire, a fortiori pour quelqu'un qui enseignait la littérature entre autres, et Dieu sait qu'il écrivait bien. Voilà, une écriture poétique et alors surtout une écriture réflexive d'une certaine façon parce que là, il expose quelque chose qui est fondamental, il dit, comment faire pour faire abstraction de soi lorsque l'on essaye de décrire l'homme face à l'émerveillement que lui procure la nature ? Comment ne pas le faire d'un point de vue anthropique, d'une certaine façon ? Comment trouver des voies détournées ? Est-ce que je peux arriver, moi, Édouard Arbet, sujet, je, à décrire le minéral ou le coyote ou le genévrier sans me mettre en perspective et sans me mettre en avant. Bon, c'est peine.
Elisabeth Quint
Perdue, mais le simple fait de l'évoquer prouve qu'il avait réfléchi à toutes ces notions. C'est absolument passionnant. À ce moment-là, il est ranger. Alors ranger, on aurait envie de dire garde-forestier, mais.
Xavier Mauduit
Le problème, c'est qu'il n'y a pas un seul arbre dans le coin. Donc, il garde le parc. Il garde le parc. Il essaye d'indiquer l'entrée et la sortie aux touristes. Il y avait assez peu de touristes à l'époque, dans les années 50. Et surtout, il est observateur, c'est-à-dire que quand il n'est pas confronté à des touristes qui vont, qui viennent et qui lui disent où sont les toilettes, il n'y en a pas, où est la sortie, elle est là et allez-vous-en le plus vite possible, fichez-moi la paix que je puisse rêver. Il observe ce qui se passe et il voit que le goudron avance, il voit que petit à petit on construit des mines. Il voit l'arrivée progressive de cette machine réhumaine qui va dévaster petit à petit, alors pas le.
Elisabeth Quint
Parc puisque le parc est un sanctuaire, ça a été sanctuarisé, mais tout ce qu'il y a autour. Avec ici le contexte, Elisabeth Quint vous l'avez rappelé, ces années 1960, cette effervescence de lutte et puis d'autres regards portés sur la route parce que en 1957 parait sur la route Jack Kerouac, Édouard Abbé a alors 30 ans, j'imagine qu'il a lu cet ouvrage-là. Peut-on l'associer à ce mouvement porté.
Xavier Mauduit
Par Kerouac qui par la suite a donné les hippies de manière parfois caricaturale ? Oui, il est hippie. Non, je ne pense pas qu'on puisse l'associer. Il a lu, il adorait, à la fois sur la route et puis Kerouac a écrit des haïkus, ces petits, ces courts poèmes japonais. Il a publié ça, Abel les avait lus, il était très admiratif. Mais je ne suis pas sûre qu'Abbé, de près ou de loin, se soit jamais considéré comme un hippie. Je pense qu'il était très dubitatif par rapport d'ailleurs à tous les mouvements.
C'était un homme libre. Quel que soit le mouvement, il disait « je suis loin derrière, je les soutiens de derrière mais de loin derrière ». Donc non, ce n'était pas du tout un hippie. Il avait trop de... non pas de respect, mais il était quand même forgé par quelque chose qui s'appelle le patriarcat. Il n'a jamais essayé d'y échapper. Or, les hippies et tous les contestataires américains des années 70 mettaient en question, pas forcément Jack Kerouac, mais d'autres, tout ce qui avait trait de.
Elisabeth Quint
Près ou de loin au patriarcat. Ce n'était pas le cas d'Abbé. Donc, non. Hippies, non. mais contestataire du capitalisme, oui. Contestataire du capitalisme sans contester le patriarcat. Ce sont là toutes les ambiguïtés du personnage Édouard Abbé. Vous l'avez sous-entendu, Elisabeth, qui a son rapport avec les femmes très complexe et on le voit bien dans votre film. Il y a, en interrogeant des.
Xavier Mauduit
Femmes qui ont été proches de lui, un rapport compliqué. C'est aussi une histoire du genre avec cet homme-là ? Bien sûr. Mais enfin, l'écologie est une histoire du genre. Au fond, on lui a reproché, dans le cadre de son roman Le Gong de la Clé à molette, de mettre en scène trois hommes et une femme, et d'une certaine manière de mettre en scène, à travers ce roman, des mâles blancs pas dominants véritablement, mais des mâles blancs qui vont au secours d'une nature vierge, indomptée et inviolée. Bon, ce genre de choses. Alors, c'est plus compliqué que ça parce que dans le documentaire, j'ai interviewé des femmes. Il y a des archives, notamment concernant sa dernière épouse. Il y a une écrivaine américaine qui s'appelle Rachel Kushner, qui aime beaucoup la littérature d'Edouard Abbé. Il y a une ornithologiste et naturaliste américaine, Terry Tempest Williams, qui a connu Abbé. Toutes les femmes sont critiques, et en même temps, plus que les hommes. C'est amusant. Mais toutes disent, d'une certaine façon, ce qui reste, et ce qui transcende tout ça, c'est son leg, le leg à la fois moral, de combativité, de prise de conscience des saccages faits à l'environnement, de la nécessité d'alerter, d'être pédagogue, de continuer à s'émerveiller. Et puis c'est.
Elisabeth Quint
Le lague poétique et le lague littéraire. Donc oui, le mec était bourré de contradictions, mais demeurera sa littérature et son combat. Avec ses contradictions, il y a aussi l'image d'un homme retiré qui, dans le même temps, a une influence si importante par ses romans. Il éveille à la curiosité. Vous l'avez dit, Elisabeth Kemp, à Hippie, bien sûr.
Xavier Mauduit
Nous ne pouvons pas l'associer à un mouvement. Par contre, a-t-il attiré des gens ? A-t-il constitué un mouvement ? Est-il gourou ? Alors, est-ce qu'il a été un gourou ? Il s'en défendait, il disait je ne suis pas un gourou. En même temps, je pense qu'il était assez flatté de voir que des jeunes gens venaient à lui. Alors, il y en a eu de toutes sortes. Quand il a publié en 1975 le gang de la clé à molette, la clé à molette donc, Monkey Ranch Gang, titre anglais. Il y a quelques années plus tard, un groupe de militants écologistes s'est constitué, Earth First, avec un jeune homme qui s'appelait Dave Forman, qui était fou du roman d'Edouard Abbé, et qui a pris pour emblème la fameuse clé à molette. Et ces gens, pendant des années, ça a duré pendant toutes les années 80, quand Reagan était devenu président des Etats-Unis, avec les Reaganomics, donc une politique et une économie qui étaient tranquillement anti-environnementale, on peut le dire, ils ont lutté et on voyait leurs panneaux et leurs différents accessoires, leurs petits drapeaux avec la clé à molette. Edouard Abbé a toujours dit, je leur donne un peu d'argent, je suis extrêmement favorable à ce qu'ils font, je.
Elisabeth Quint
N'Appartiens pas à leur groupe et au mouvement Earth First, mais je les suis de loin, bien à l'abri derrière, mais j'aime beaucoup ce qu'ils font. Aujourd'hui dans le cours de l'Histoire sur France Culture, Édouard Abbé, défendre la nature à coups de clé à molette. Et par votre film Élisabeth Quint, Édouard Abbé naturellement subversif, nous saisissons combien cet écrivain perdu là-bas dans son parc, il est tout seul, a eu une influence gigantesque. Et on peut le dire authentiquement, c'est ce qu'on va.
Narrator/Singer
Voir dans la suite du cours de l'Histoire, saisir la portée de ce roman qu'il va falloir nous raconter, le gang de la clé à molette.
Last night I lay in a restless bed A humdrum life pounding in my head When out of the night came a mighty roar The river calling me back once more My heart knows what the river knows I gotta go where the river goes Restless river, wild and free The lonely ones are you and me Today I know your magic call Will lead me back to the canyon wall And the music in your rapids roar Makes this boatman's song From his soul outpour My heart knows what the river knows I gotta go where the river goes Restless river, wild and free The lonely ones are you.
Tonight as on your banks I sleep Like a woman soft you will sigh and weep And I will dream of a sweet warm kiss And a moonlit stream and the love I seek.
My heart knows what the river knows I gotta go where the river goes Restless river, wild and free The lonely ones are you and me Someday.
Before I'm old and grey I'll find a woman.
She'll take the rapid strong with me And she'll blend her voice in a song.
Xavier Mauduit
With me My heart knows what the river knows I gotta go where the river goes Restless river, wild and free The lonely ones are you.
France Culture, le cours de l'histoire, Xavier Mauduit.
Une militante écologiste, une lointaine camarade d'Edouard Dabey et une femme qui adorait se baigner dans le Colorado et descendre le Colorado en kayak ou sur des petites barques fragiles en bois comme ça, comme faites dans des allumettes. Et Ketili appartenait à cette génération de gens pour qui le Colorado était un espèce de lieu paradisiaque. Parce que c'était l'eau vive, c'était l'eau qui coule. Et elle et lui, elle et Edward Abbey et tous les gens qui étaient autour d'eux ont assisté, effarés, à la construction d'un barrage absolument monumental, gigantesque. le Glen Canyon Dam, qu'ils ont surnommé Glen Canyon Damne, maudit barrage, donc c'est un jeu de mots anglais, au début des années 60, et qui a donc bloqué l'eau et qui a donné naissance à ce lac putride, le fameux lac Powell sur lequel les gens allaient faire du ski nautique et autres activités essentielles, bien sûr. Et c'est à l'origine, la création de ce barrage est à l'origine du fameux roman Kabé a mis des années à écrire.
Elisabeth Quint
Le gang de la clé.
Edouard Abbey
À molette où quatre personnages, enragés par la construction de ce barrage, décident de se venger sur les machines-outils du coin. Le roman paraît en 1975. La première chose qu'ils remarquèrent était que le fleuve avait disparu.
Quelqu'Un avait subtilisé le Colorado. Pour Smith, c'était une vieille affaire. Mais pour Heyduke, qui ne connaissait la chose que par oui-dire, le constat visuel de la disparition du fleuve eut l'effet d'un électrochoc. En lieu et place du ruban d'eau, ses yeux ne rencontrèrent que des effluents formant une masse immobile et morne, morte, stagnante, couverte d'une pellicule huileuse. Sur les parois du canyon, une bande de sédiments et de sels minéraux desséchés, comme des marques de calcaire dans une baignoire, traçait la ligne des plus hautes.
Elisabeth Quint
Eaux.
Quelque part sous le lourd fardeau de liquide privé de débouchés, quelque part sous le silence. Les vieilles roches du fleuve attendaient la résurrection promise.
Le Gang.
Xavier Mauduit
De la Clamolette, le roman d'Edouard Abel, lu par Raphaël Halloum dans le cours de l'histoire, ce roman, en 1975, raconte les aventures de Sacré Zozo. Alors là, il y en a quatre. Il y a le leader of the pack, comme on dit, Hey Duke, George Washington Hey Duke, un vétéran du Vietnam qui est totalement siphonné, qui ne s'est pas tout à fait bien remis de cette expérience, qui a un petit syndrome post-traumatique. Il y a un mormon polygame qui lui est un guide de rivière, il s'appelle Monsieur Smith. Il y a un médecin doc, service, qui est un type excessivement cultivé mais qui de temps en temps va faire péter un panneau publicitaire en bord de route pour se faire un peu les muscles. Et puis il y a une jeune femme végétarienne, amoureuse de Gaïa, comme dirait James Lovelock, la Terre, Gaïa donc, qui nous porte. Bonnie, qui a une relation assez idyllique et en même temps pleine d'épines avec Doc, et puis qui plaît beaucoup aux deux autres. Bon bref, donc trois personnages complètement picaresques qui se mettent en tête d'aller s'attaquer à des carters-pillars, à des machines-outils, parce qu'ils sont enragés par ce saccage. Je voudrais faire remarquer un truc, ça m'a frappé beaucoup. Édouard Dabey, dans son bureau à Tucson, en Arizona, avait une reproduction du Don Quichotte peinte par Honoré Daumier. Et il y a quelque chose qui est assez fascinant et très logique là-dedans. Don Quixote, sur Rocinante, sa malheureuse jument, est flanqué de son adjoint, de son binôme, Sancho Panza, l'incarnation de la lutte veine, mais c'est la beauté de la lutte. Frédéric Gros, qui intervient dans le documentaire, dit que c'est la beauté du baroud d'honneur. On sait que c'est perdu d'avance, vraisemblablement, mais c'est justement la dignité de l'homme que de mener cette lutte. pour un intérêt supérieur. Il me semble qu'il y a un lien entre ce donquichottisme incarné par Don Quichotte et cette façon dont Édouard Dabey l'a prolongé à travers ces personnages aussi truculents, démentiels, farcesques. et fou furieux soit-il. La lutte est perdue d'avance, vraisemblablement. C'est pas quatre types pittoresques, quatre Castor Jr. aux quatre pieds nickelés qui vont venir à bien de toute la machinerie capitalistique qui ravage le South West américain. Mais il faut le faire dans le cadre de la désobéissance civile, non.
Elisabeth Quint
Violente vis-à-vis des humains, histoire de dire on ne peut pas abandonner la lutte. Il faut rester opiniâtre, il faut rester mobilisé. J'aime bien cette idée. Oui, parce que dans la volonté de nous présenter Edouard Abbey, Elisabeth Kein dans votre film Edouard Abbey naturellement subversif, il y a l'homme, il y a le cadre dans lequel évolue cet homme, ces paysages sensationnels. Et puis à la profondeur aussi historique, on a évoqué Thoreau, vous dites avec raison que Frédéric Gros a.
Xavier Mauduit
Participé à votre film. Il est professeur d'humanité politique à Sciences Po Paris. Il est l'auteur de Désobéir. Edouard Abbé doit se comprendre dans cette histoire-là. Doit se comprendre dans cette filiation de philosophe, théoricien, lanceur d'alerte. Alors oui, Thoreau, qui a donc théorisé les deux ébéissances civiles, Mais au milieu du XIXe siècle, et qui est, encore une fois, qui a été fondamentale pour Édouard d'Abbé, au point que certains ont dit, Édouard d'Abbé, je pense à l'arrêt McMurtry, qui disait Édouard d'Abbé est le Thorough du South-West américain. Et Abbé répondait, Absolument pas, je suis Édouard Dabey, écrivain, bon petit écrivain, il n'y a eu un seul Thoreau. Mais il y a eu d'autres lanceurs d'alerte aux États-Unis. Alors il y en a eu avant lui, je pense à quelqu'un, parce que vous parliez des ravages liés à la machinerie, il y a eu un type, Son père était un sénateur républicain. On est dans les années 1840. Il s'appelle Perkins Marsh. J'ai oublié George Perkins Marsh. Je pensais avoir oublié son prénom, mais je m'en souviens. George Perkins Marsh n'avait aucune raison de s'intéresser au saccage du vivant à partir de la machine capitaliste qui était déjà en marche. mais il se trouve qu'il s'est intéressé à l'avancée du chemin de fer aux Etats-Unis et à ce que l'avancée des rails et du chemin de fer occasionnait sur les paysages et sur le vivant, végétal, animal et sur les paysages. Et George Perkins Marsh a eu vers 1845-1846 cette expression « l'homme est véritablement un agent perturbateur de l'environnement ». Donc il y a eu des gens qui ont commencé à réfléchir dès le milieu du XIXe siècle aux Etats-Unis à ce déséquilibre qui allait créer ce qu'on appelle l'anthropocène, d'aucun dirait le capitalocène, ce qui aujourd'hui est abouti au dérèglement climatique et à l'effondrement de la biodiversité. Il y a des femmes aussi. Edouard Dabey n'a jamais véritablement rendu hommage ou signifié qu'il les avait lues. Mais moi je voudrais parler d'une femme remarquable qui s'appelait Rachel Carson, qui était une biologiste marine et qui a publié un livre très important en 1962 aux Etats-Unis, qui s'appelle « Printemps silencieux » Silent Spring, donc c'est 13 ans avant le gong de la clé à molette d'Edouard Abbé. Ce n'est pas du tout un roman, c'est un livre très sérieux, mais c'est un livre qui alerte sur la lutte asymétrique. Comment peut-on faire ? C'est un livre qui commence sur une phrase absolument saisissante et lapidaire. « Je me suis réveillé un matin, je n'entendais plus d'oiseaux ». Et elle a enquêté. Pourquoi elle n'entendait-elle plus d'oiseaux ? Parce que le DDT, utilisé par les agriculteurs et l'agro-industrie américaine, ravageait les champs et était la cause de la mort des oiseaux. Et bien ce livre, de cette biologiste marine, Rachel Carson, La bataille qu'elle a menée, avec tous les militants qui l'ont accompagnée, a été à l'origine de l'interdiction du DDT. Par la suite, il y a eu d'autres substances phytosanitaires bien plus terribles, mais elle a obtenu justice. C'est ça, la désobéissance civile. Enfin, c'est un des éléments.
Elisabeth Quint
De la désobéissance civile. Donc, Édouard Abbé a eu des tas de gens avant lui, des pionniers, des lanceurs d'alerte. Lui avait un truc en plus, deux trucs en plus, je dirais, la poésie, Et l'humour ! Et l'humour ! Énormément d'humour parce que dans la volonté d'alerter les gens sur ce qui se passe, l'humour c'est.
Xavier Mauduit
Extrêmement efficace et c'est pourquoi cet ouvrage Le Gang de la Clé à Molette a connu déjà un grand succès. Au-delà même de ce que ça apporte comme message, c'est la forme qui est particulièrement drôle. C'est la forme qui est démente avec des dialogues absolument irrésistibles entre les personnages, des coups de théâtre, des rebonds et surtout un mélange, plusieurs registres de bouffonnerie, de farce, un humour corrosif, sarcastique, une espèce d'autocritique permanente d'Edouard Abbé en train d'écrire des personnages qui sont à la fois engagés corps et âme dans leur lutte, encore une fois asymétrique, mais ils y croient jusqu'au bout. et en même temps un peu navré par la symétrie de la lutte. Alors ce qu'il faut dire, c'est qu'il y a une suite au Gangue de la Clé à Molette. Il y a une suite qui a été publiée juste après la mort d'Abbé en 90, mais il a écrit le retour du Gangue en 88-89. Et cette suite met en scène, à la toute fin de son roman, un personnage réel. Paul Watson, l'homme qui lutte contre le braconnage des baleines. Donc c'est amusant parce que.
Elisabeth Quint
Tout d'un coup, je veux dire, il y a une espèce.
Edouard Abbey
De pollinisation entre la réalité, les gens.
David Thoreau
Qu'A rencontré Édouard Abbé et la fiction. Et.
Xavier Mauduit
Le retour du gang est.
David Thoreau
Un très grand roman aussi. Paul Watson est, dans votre film Élisabeth, Édouard Abbé naturellement subversif. Pour nous défendre, nous utilisons ce canon à eau qui envoie de la crème pâtissière. Nous lançons aussi des tartes. Quand j'ai créé Sea Shepherd en 1977, c'était avec une philosophie de non-violence agressive.
Edouard Abbey
D'Intervention agressive. Ed a été un des.
David Thoreau
Premiers conseillers de Sea.
Elisabeth Quint
Shepherd. Je lui ai proposé de se joindre à nous. Je lui soumettais régulièrement mes idées. On a échangé de nombreuses lettres, lui et moi. D'ailleurs, j'ai nommé un bateau Edward Abbey en 91 ou 92.
Paul Watson, qu'on le retrouve dans Édouard Abbé naturellement, souvertit votre film Elisabeth qui est un film.
Xavier Mauduit
Réalisé avec Jérémy Fray. Ici, nous avons déjà un élément de la portée du roman Le gang de la clé à molette, paru en 1975 et qui tout de suite touche les esprits, notamment Paul Watson. Notamment Paul Watson, qui est impressionné par cette capacité qu'a Abbé de faire, non pas consensus évidemment, ce n'est pas possible autour de la désobéissance civile, mais de mobiliser, d'intriguer et de faire de la pédagogie à travers l'humour et le sens de l'humour et la provocation. Mais il n'y a pas que Paul Watson, en France il y a eu José Bové, il y a eu toute une génération de gens qui ont découvert le bouquin et qui se sont dit Mais bon sang, bien sûr, on est en pleine ébullition intellectuelle autour des notions de limites, de limitations. Édouard Abbé publie le bouquin « Le gang de la clé à molette » en 75, il commence à l'écrire au tout début des années 70. Il faut signaler Jim Harrison en 73, l'écrivain américain Jim Harrison qui publie « Un bon jour pour mourir » autour de trois personnages, deux hommes et une femme, qui eux aussi veulent s'en prendre au barrage de Glen Canyon et qui traversent les Etats-Unis. Ce n'est pas du tout la même tonalité. Mais au fond, ce questionnement était présent, omniprésent dans la contre-culture américaine. Questionnement autour des limites. Il y avait eu le rapport Meadows sur les limites à la croissance. Bref, des jeunes gens, des militants, des écologistes, des poètes, des amoureux de la nature s'interrogeaient. là-bas, donc Paul Watson, et ici en Europe et en France c'est José Bové qui.
Elisabeth Quint
M'A dit quand je l'ai interviewé, moi j'ai lu ce livre et je me suis dit mais c'est ça qu'il me fallait et c'est ça qui m'a donné sans doute le déclic Elaniac pour aller démonter le McDo de Millau. Voilà, parce que la portée du gang de.
Xavier Mauduit
La clé à molette est considérable avec cette effervescence des années 1970. Vous savez, Elisabeth Quint, auditeur-auditrice du cours de l'histoire, vous écoute et réagisse en disant mais moi ça me fait penser au roman de Persig en 1974, traité du zen et de l'entretien des motocyclettes. Absolument, mais oui, mais.
Elisabeth Quint
Il est abbé, baigné, il n'a aucun mérite. Son seul mérite est littéraire et d'avoir fabriquer un livre qui est explosif, une espèce de mélange de dynamite et d'humour fou. Mais effectivement, il baignait dans une ébullition contestatrice et contre-culturelle. Avec une portée considérable, on l'entend bien quand on regarde aujourd'hui celles et ceux qui se revendiquent de cet ouvrage. C'est même considérable parce qu'il a.
Xavier Mauduit
Donné ici Un mode d'emploi sous forme de roman et avec beaucoup d'humour. Ou en tout cas, il a donné le chemin à suivre si l'on veut simplement participer à la lutte contre les ravages provoqués par l'industrie du roman. Alors, le chemin à suivre, ce n'est pas nécessairement de choper une clé à molette puisque le roman montre bien que... c'est à peu près voué à l'échec. Mais le chemin à suivre, c'est la pédagogie, c'est de parler, c'est de dénoncer et c'est de trouver la façon la plus... Le mot consensus, c'est peut-être un mot mal choisi, mais c'est de trouver la manière de mettre les rieurs, les rêveurs, les militants les écologistes de son côté, le plus grand nombre. Et je pense qu'Édouard Dabey, qui est mort en 89, donc il y a déjà 36 ans, aura été passionné, interrogé, interloqué par les voix qu'a pris l'écologie politique, c'est-à-dire lorsqu'elle se radicalise. Je pense que ça l'aurait beaucoup fait réfléchir, ça l'aurait beaucoup intéressé. Je ne sais pas ce qu'il en aurait pensé. Je ne sais pas ce qu'il aurait pensé, par exemple, de groupes comme Extinction Rebellion, quand on voit des jeunes gens balancer de la peinture sur des tableaux, même s'il y a des parois de verre devant les tableaux. Je ne sais pas ce qu'il aurait dit par rapport à ça. S'il aurait considéré que c'est une manière de créer un électrochoc, pour rappeler les ravages ou s'il aurait trouvé que ce sont des gestes qui éloignent le plus grand nombre et qui précisément vont dans.
Elisabeth Quint
Le sens de ceux qui dénoncent l'écologie punitive et qui abondent dans le sens du climato-scepticisme. Je ne sais pas ce qu'il aurait dit, je ne peux pas parler à sa place. Mais je pense que le débat l'aurait passionné. Le débat l'aurait passionné et.
Xavier Mauduit
La provocation le passionnait au sens où dans ses prises de parole, et d'ailleurs c'est extrêmement discutable parfois, il apparaît un tantinet conservateur. Oh que oui ! Raciste dans ses propos. Alors raciste le mot est compliqué mais en tout cas... Le mot est compliqué parce que oui il a eu des propos moqueurs ou un peu condescendants par rapport aux amérindiens et en même temps il a à plusieurs reprises dans son existence dans les années 70 et 80 Il s'est engagé auprès des Hopi ou des Navarro dans des cas très précis de soutien à des groupes qui voulaient empêcher qu'il y ait une prédation par rapport à leur territoire. Donc pareil pour le sexisme. Oui, le mec était... Quoi ? Un phallocrate ? Un mâle blanc un peu sexiste, nourri de tous.
Elisabeth Quint
Les préjugés des mâles blancs de son époque ? Oui, mais à.
Xavier Mauduit
Côté de ça, il a toujours défendu l'accès à l'avortement dès 1970, avant même que ça soit légalisé aux Etats-Unis. avec l'arrêt Roe versus Wade. Donc le type était bourré de contradictions. Mais c'est ça, et c'est ce qui d'ailleurs est intéressant dans l'analyse. Ce n'est pas un héros, c'est un personnage, les américains. Robert Redford a essayé d'adapter son roman Le gang de la clé à molette. Robert Redford a adoré Edward Abbey. Robert Edford était un écologiste et en même temps, peut-être aussi un phallocrate, j'en sais rien, mais Robert Edford était fou de lui. Et Robert Edford fait remarquer un truc, il n'a pas pu adopter au cinéma le livre. Et Robert Edford a fait remarquer que A Hollywood, vous pouvez faire des films dans lesquels on s'entretue, le sang suinte, écoule et baigne en rigole. Mais si vous faites un film où on prend une clé à molette pour démonter une machine-outil, tout de suite, l'industrie, car c'est une industrie du cinéma.
Elisabeth Quint
S'Oppose à ça par tous les biais.
Xavier Mauduit
Possibles. Il n'a jamais pu l'adapter. Il y a eu des envies.
Elisabeth Quint
Par la suite. Leonardo DiCaprio, Mathieu, Harrilson, etc. Ça n'a jamais pu se faire. Le sujet est trop explosif dans.
Edouard Abbey
Tous les sens du terme. Robert Redford qui a préfacé une édition. Qui a préfacé en 1985 l'édition anniversaire. Magnifique préface dans l'édition Galmeister. Avec Édouard Abbé qui décède en 1989 et c'est le moment d'ailleurs où il termine d'écrire le retour du gang.
Ils arrivent, ils affluent, ils convergent.
Armées hétéroclites et bigarrées de toutes sortes d'humains, de mécontents, de visionnaires fous, de révolutionnaires vengeurs, de biologistes aguerris au terrain et grands fumeurs de pipe, de pseudo-intellectuels misanthropes et bouseux.
Xavier Mauduit
Biberonnés.
Elisabeth Quint
Aux mamelles de Saurer, de quelques mystiques machos néandertaliens.
Xavier Mauduit
Qui hurlent comme des loups, de trois furies socio-féministes en salopettes informes et gros écrasse-couilles en coque d'acier, et d'un nombre variant d'espions et informateurs déguisés en hippies.
Ils arrivent, ils affluent, ils convergent.
Vous.
L'Avez reconnu Elisabeth, vous ne connaissez que lui, Nalion. Neil Young, Mother Earth, ça me touche beaucoup parce que la Terre-Mère, évidemment, c'est ce concept de Gaïa qui a été théorisé par James Lovelock. Mais pour revenir à Édouard Abbé, vous avez entendu dans l'extrait du Retour du Gang, c'est lui, il se décrit, pseudo-intellectuel, bouseux, biberonné, aux mamelles de Thoreau. C'est exactement lui, c'est avec son humour irrésistible qu'il se décrit dans cette cohorte de militants pour l'environnement qu'il décrit, à un moment donné, dans le retour du gang. Il y a aussi des slogans absolument géniaux. « Abba l'Empire », « Vive le printemps », enfin bon, le roman est irrésistible. Mais « Mother Earth », ça me touche parce que Édouard Abbé a toujours dit, il l'a écrit d'ailleurs, « Je dois un corps à la Terre, la Terre m'a nourri pendant un demi-siècle et ce corps lui sera restitué. » Eh bien, il a décidé, il avait demandé à ses amis et à sa dernière épouse qu'il adorait, Clark Abbé, qu'on a rencontré d'ailleurs, il avait demandé d'être inhumé, non pas dans un cimetière avec un mur de briques, c'est-à-dire quelque chose de limité, n'est-ce pas ? Mais il voulait être à même la terre, et c'est ce qui a été fait. Quand il est mort en 89, il a été retiré de l'hôpital par ses amis, il est mort chez lui, et ses copains se sont dit, avant que les pompes funèbres ou l'équivalent déboulent, on a dix minutes pour le rouler dans un sac de couchage, ceux qui servent à camper, ceux dans lesquels Abbé avait passé des décennies quand il était ranger et qu'il dormait à la belle étoile et qu'il entendait les coyotes hurler ou youler, comme on dit. Ils l'ont foutu dans le sac de couchage, ils l'ont foutu à l'arrière d'un pick-up truck. Ils sont partis dans le désert, ils ont roulé pendant trois heures ou quatre heures au sud de Tucson, dans le désert de Sonora. Ils sont descendus, ils étaient quatre. avec des pelles, de la bière, c'est ce que nous a raconté l'un d'eux, ils ont commencé à creuser, il faisait 1m90, ils creusaient, ils creusaient, ils s'allongeaient, ils disaient non non non, c'est pas assez grand, hop, ils buvaient, hic, ils continuaient à creuser, l'autre était toujours mort dans son sac de couchage, puis au bout de deux heures, le trou était assez long, ils l'ont foutu dans le trou, ils ont bu, ils ont fait des danses chamaniques, ils ont invoqué les planètes et toutes sortes de déesses et de dieux inconnus.
Elisabeth Quint
À nous, amérindiens pour la plupart, ils.
Xavier Mauduit
Ont recouvert de cailloux, et ils sont partis. Et Abbé était là, au cœur de la terre. Ni vu ni connu, je t'embrouille. Ils sont revenus trois jours.
Elisabeth Quint
Après, poser une pierre sur laquelle Abbé avait demandé que soit gravé son épitaphe. No comment. Sans commentaire. C'est merveilleux, non ? C'est romanesque au dernier degré et follement poétique. Et c'est illégal ! Et c'est totalement illégal, évidemment. Et ils le savaient, ils l'avaient écrit, ils s'en foutaient et.
Xavier Mauduit
Personne n'a jamais été poursuivi. En croisant Edward Abbey, nous saisissons toute une partie de cette contre-culture des Etats-Unis. Et c'est ça aussi qu'on perçoit dans votre film Elisabeth Kein avec, et je vous le dis, auditeurs, auditrices du cours de l'histoire sont très sensibles, avec toutes ces évocations de Doug Peacock qui est éco-combattant. vétéran du Vietnam qui a consacré le reste de son existence à lutter pour la défense des grizzlies, qui a écrit plusieurs bouquins, mémoire d'un éco-combattant il y a quelques années, et qui est le modèle de George Washington. Hey Duke, le.
Elisabeth Quint
Forcené, prêt à tout pour empêcher la déprédation de l'environnement, des terres sauvages qu'il adore. Oui, Duke Peacock était un sacré zig. Ils se sont beaucoup fâchés, beaucoup réconciliés, mais enfin il a fait partie de la cohorte des quatre types qui sont.
Xavier Mauduit
Allés enterrer Edouard Abbé dans le désert en 89, début mars 89. Et Jim Harrison évidemment aussi. Nous croisons tous ces personnages dans l'histoire à travers, et c'est ça qui nous intéresse dans le cours de l'histoire, ces chemins qui nous conduisent sur un moment et surtout sur les échos que peuvent avoir ce moment. Les échos, avec un H et sans H, il faut jouer sur le mot. Des échos, écho, écho-féminisme, écologie, écologisme, absolument. Mais je veux dire, le lec d'Abbé, le lec d'Abbé est vraiment important, intéressant. On voit ça chez des jeunes. Alors bon, José Bové n'est plus si jeune, mais on voit ça chez des jeunes militants aujourd'hui qui redécouvrent Édouard Abbé et qui se disent, et c'est ça qui est intéressant, il avait ce truc en plus, qui manque peut-être, et moi c'est mon sentiment aussi, humble sentiment, Je ne suis pas spécialiste de l'écologie politique, mais il y avait ce truc en plus, qui manque sans doute, c'est-à-dire le sens de l'humour, le sens de la provocation, pour embarquer le plus grand nombre. Et José Bové, qui est un tout petit peu retiré des affaires aujourd'hui, le dit très bien avec sa truculence, il dit en fait, il m'a enseigné ça, il faut mettre les rieurs de son côté, parce que quand vous mettez les rieurs de votre côté, Eh bien, vous abattez les barrières mentales, intellectuelles, et vous échappez à cette stigmatisation écologie coercitive, écologie punitive, l'écologie ça nous fait.
Elisabeth Quint
Chier. Non, l'écologie ça peut être quelque chose de fondamentalement poétique, jouissif, parce que ça ne parle que d'une chose.
Xavier Mauduit
La réconciliation de nous avec la Terre qui nous porte. Oui, on.
Elisabeth Quint
Peut essayer d'être un tout petit peu sobre et économe au nom de ça. Si ça vous est présenté avec poésie et humour. Le plaisir de la lecture en plus d'Edouard Abbey. Edouard Abbey naturellement subversif, c'est votre film Elisabeth Quint sur Arte. Ce soir diffusé à 23h20 et sur la plateforme jusqu'au printemps prochain. Il y a de quoi en profiter avec des images exceptionnelles et.
Xavier Mauduit
La narration, cette présentation d'Edouard Abbey.
Elisabeth Quint
La série du.
Narrator/Singer
Cours de l'histoire Elisabeth. La terre face.
Xavier Mauduit
Aux machines, l'histoire environnementale avec.
Elisabeth Quint
Des tracteurs Une bétonnière, des tronçonneuses et bien sûr les clés à bonnettes. C'est à retrouver sur franceculture.fr et sur l'appli Radio France. Merci beaucoup à vous d'être venu dans le cours de l'histoire. Merci Monsieur Mauduit à ce soir. Merci, merci beaucoup. Oh, mercy, mercy me Oh.
Things ain't what they used to be.
Youn Tsuna qui chantait, merci merci merci mii évidemment, nous croisons ici Marvin Gaye dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau à la technique Raphaël Rousseau, émission préparée par Jeanne de Lecroix, Raphaël Laloum, Jeanne Coppet, Solène Roy et Maïwenn Guizhou. Le cours de l'histoire est à retrouver à podcaster sur franceculture.fr et l'appli Radio France.
Podcast: Le Cours de l'histoire, France Culture
Air Date: December 4, 2025
Host: Xavier Mauduit
Guest: Elisabeth Quint
Episode Focus: Exploring the life, works, and environmental activism of Edward Abbey—the provocateur, novelist, and ranger whose subversive humor, sharp contradictions, and fierce wilderness advocacy galvanized generations of environmentalists.
This episode journeys through Edward Abbey’s life, exploring his pivotal works and the enduring influence of his environmental and literary provocations. Host Xavier Mauduit and guest Elisabeth Quint (author of the documentary “Edouard Abbey, naturellement subversif") discuss Abbey’s simultaneous roles as solitary ranger, philosophical rebel, and militant voice against industrial and capitalist destruction of the American Southwest. Abbey’s contradictions—misanthropic yet magnetic, hermit yet teacher, anti-capitalist but rooted in patriarchy—are unpacked, along with his legacy through his iconic novel Le Gang de la clé à molette (The Monkey Wrench Gang) and his real-life impact on environmental activism worldwide.
“C’est la dignité de l’homme que de mener cette lutte pour un intérêt supérieur… même si elle est perdue d’avance.”
— Xavier Mauduit (36:42), on Abbey’s Don Quixote-like struggle.
"Je veux être capable de regarder… voir ces choses comme elles sont en elles-mêmes, vierges de toutes qualités attribuées par l’homme…"
— Abbey (21:45)
| Timestamp | Speaker | Quote / Moment | |---------------|---------------------|---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------| | 01:41 | Elisabeth Quint | “Moi qui viens d’une zone civilisée… là, je m’éclate, je suis extatique, je veux vivre ici…” | | 13:38 | Xavier Mauduit | “Il y a des lois légales… mais elles ne seront pas nécessairement morales.” | | 21:45 | Edouard Abbey | “Je veux être capable de regarder et d’examiner… vierges de toutes qualités attribuées par l’homme…” | | 36:42 | Xavier Mauduit | “C’est la dignité de l’homme que de mener cette lutte pour un intérêt supérieur… même si elle est perdue d’avance.” | | 44:43 | José Bové (via Quint) | “C’est ça qui m’a donné… le déclic… pour aller démonter le McDo de Millau.” | | 52:10–54:11 | Xavier Mauduit | Story of Abbey’s illegal desert burial, unceremoniously wild: “No comment.” | | 56:23 | José Bové/Quint | “Il faut mettre les rieurs de son côté… On abolit les barrières mentales et intellectuelles.” |
The episode presents Abbey not as a hero, but a restless, flawed, and irrepressible spirit—his literary laughter and rage as relevant today as ever. Nancy Mauduit and Elisabeth Quint highlight how his blend of farce, philosophy, and civil disobedience continues to inspire activists, writers, and dreamers fighting for the wild. Abbey’s legacy: face the machine, wrench in hand, laughter in voice, with neither illusions nor resignation.
Recommended: Watch "Édouard Abbey, naturellement subversif" on Arte and engage with Abbey’s own works—“Desert Solitaire”, “Le Gang de la Clé à molette”—to experience firsthand his poetic and alarming vision.