
La terre face aux machines, une histoire environnementale : Quand les tracteurs battent la campagne, histoire d’une mécanisation
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Xavier Mauduit
France Culture. Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Host/Interviewer
Quand les tracteurs battent la campagne, histoire d'une mécanisation, quelle fierté de posséder de belles et grosses machines sur une exploitation agricole. Cela est d'ailleurs un impératif, ne serait-ce que pour survivre face à la concurrence acharnée d'autres qui disposent de machines encore plus grosses. Et puis cette mécanisation assure la prospérité du pays, elle assure son indépendance alimentaire, Mais pour quel coût social et environnemental ? Bien sûr, pas question de rejeter la mécanisation, il faut simplement réfléchir à ses.
Narrator/Reporter
Conséquences. À guérir dimanche, jour de joie, car l'ont fêté M. Guillon de Naya, lauréat du concours RTF de la semaine de l'agriculture, qui a reçu des mains de M. Duchesne la clé de ce magnifique tracteur. Contact, ça tourne. On est.
Xavier Mauduit
Parti. France.
Narrator/Reporter
Culture. Et c'est en ce bel équipage que M. Guillon a regagné sa faire. Et nous l'avons suivi avec plaisir sur ce qui est pour lui le chemin du.
Xavier Mauduit
Bonheur. Le cours de.
Host/Interviewer
L'Histoire. Le chemin du bonheur, c'est le lauréat du concours agricole Midi-Atlantique. Nous étions en 1964 avec aujourd'hui cette réflexion sur les tracteurs qui battent la campagne. Bonjour Céline.
Céline Pessis
Pessis.
Host/Interviewer
Bonjour. Vous êtes maîtresse de conférence en histoire des sciences et de l'environnement à Agro-Paris Tech. Vous avez dirigé, co-dirigé en tout cas, à l'ouvrage Une Autre Histoire des 30 Golorieuses. Bonjour Véronique.
Véronique Lucas
Lucas.
Host/Interviewer
Bonjour. Vous êtes sociologue rural à l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'Alimentation et l'Environnement et vous avez participé à l'ouvrage « Comment les machines ont pris la terre » parce que c'est ce qui nous intéresse aujourd'hui. Comment ces machines ont-elles pu prendre la terre ? Et Christophe Bonneuil, bonjour ! Vous êtes directeur de recherche en histoire des sciences et en histoire environnementale au CNRS. Vous enseignez à l'école des hautes études en sciences sociales comment les machines ont pris la terre. Juste pour donner un peu de profondeur historique, Christophe Bonneuil, on peut rappeler que la mécanisation c'est ancien. Il n'y a pas besoin d'ailleurs de moteur pour qu'il y ait une mécanisation. Il y avait des systèmes.
Xavier Mauduit
Plus anciens par le passé. Oui, il faut distinguer mécanisation et motorisation. La mécanisation peut très bien se faire avec un moteur animal, une traction animale, des bœufs, des chevaux. Et donc, on a des moissons, des récoltes qui se faisaient de façon mécanisée à traction animale. Et puis, au XIXe siècle, on utilise la machine à vapeur pour le batage. Et donc, on a un début de motorisation de certaines activités agricoles qui, d'ailleurs, sont l'objet de luttes sociales, puisque ça évite d'utiliser de la main-d'œuvre et il va y avoir des contestations des ouvriers agricoles qui vont casser les machines. C'est tout le travail de François Jarrige sur le ludisme.
Host/Interviewer
En France au XIXe siècle. Oui, l'historien François Jarrige, avec ce mouvement qu'a étudié François Jarrige sur la destruction des machines, ces dévoreuses de bras, celles qui détruisent tout ça, Céline Pessis. C'est important quand nous réfléchissons à la mécanisation, au tracteur, nous nous projetons dans un univers avec des moissonneuses batteuses, des grosses machines dans les champs, mais il faut prendre un peu de recul. pour bien saisir ce que c'est. Mécanisation ancienne, force animale remplacée, on.
Céline Pessis
Se fout pas de moteur. En effet, on se projette tout de suite dans un imaginaire, comme vous avez dit, de l'innovation, mais on a aussi la persistance de pratiques plus environnementales ordinaires, comme l'a montré François Jarrige, autour de la persistance des manèges à chevaux, ou, comme on a travaillé, sur la persistance aussi de la culture athlée et de l'attachement à cette forme de travail qui persiste en partie au-delà.
Host/Interviewer
De la Seconde Guerre mondiale. Parce que c'est très important de dire, et c'est ce travail qui est porté par les historiens, les historiennes de l'histoire rurale, de l'histoire environnementale, les animaux ne disparaissent pas parce qu'il y aurait des machines qui viendraient ici s'imposer. La mécanisation, la motorisation, nous pouvons la situer à quel moment de notre histoire ? Donc il faut attendre la fin du XIXe siècle, le début du XXe.
Xavier Mauduit
Siècle, on voit des moteurs apparaître. Il y a des moteurs dans les moulins, mais le mouvement est vraiment massif après la Deuxième Guerre mondiale. Il y a 45 000 tracteurs en France en 1945 et vous en avez plus d'un million en 1960. Donc le mouvement.
Host/Interviewer
Est extrêmement rapide en quelques années. Oui, parce qu'il faut se remettre au.
Narrator/Reporter
Travail très rapidement après la guerre. La coopération agricole française apporte sa pierre à l'édifice que fonctionnaires, techniciens et producteurs agricoles de tout pays entendent élever avec le seul désir de servir. Après la guerre, l'agriculteur français, avec peu de moyens, s'est remis avec acharnement au travail. Et la coopération agricole, stoppée comme les autres branches d'activité de la nation dans son développement, a repris son ascension. Depuis fin 1944, de grandes organisations nationales de coopérative se sont formées et ont inclus dans leur programme général un programme d'action technique et économique qui constitue de fait la participation de la coopération à l'effort entrepris par.
Host/Interviewer
Chacun pour le relèvement du pays. C'était Monsieur Bouchard de la coopération agricole française. Nous étions en 1949. Ce contexte est important sur l'après seconde guerre mondiale. Christophe Bonneuil, dans Comment les machines ont pris la terre, vous avez livré un texte sur la motorisation et la pétrolisation de l'agriculture française 1944-1973, une histoire désorientée. C'est intéressant de se désorienter parce que nous venons d'entendre quelqu'un de la coopération agricole française. Alors il y a quand même une orientation politique dans cette volonté de moderniser, comme on disait alors.
Xavier Mauduit
En tout cas de mécaniser l'agriculture. Oui alors désorienter ça consiste à penser en histoire que les choses auraient pu se passer différemment. qui n'avait pas de nécessité, qui n'a pas une seule rationalité économique. Et par exemple, si on se situe justement au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, il n'y a pas un modèle de motorisation. Il y a plusieurs projets qui sont à la fois des projets techniques et des projets politiques et idéologiques. Pour résumer, on pourrait en citer trois. Le premier, c'est le modèle allemand et wichiste. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, la modernité agronomique allemande a beaucoup impressionné les Français. Il y a quand même une défaite devant l'aviation et les chars allemands. l'agriculture allemande est plus performante que l'agriculture française, et aussi bien des résistants que des collaborateurs sont extrêmement impressionnés par le modèle allemand. Et donc c'est une sorte de choc de modernisation qui est provoqué par l'occupation, notamment il y a 170 000 hectares, c'est plus de 10 000 fermes qui sont expropriées. dans la zone interdite au nord-est de la France pour créer des grandes exploitations modernes gérées par des directeurs d'exploitation allemands. Donc on a un remembrement extrêmement brutal qui se fait à ce moment-là sous l'occupation et l'industrie du tracteur allemand, la marque Lanz par exemple, est extrêmement réputée. et un certain nombre d'agriculteurs français qui s'équipent après la Deuxième Guerre mondiale achètent des tracteurs Lenz. Donc ça c'est un premier modèle qui est hérité du choc de la Deuxième Guerre mondiale et de l'occupation. Ensuite vous avez le modèle qui est le plus connu, le modèle américain, le plan Marshall, le petit tracteur importé, etc. Mais entre les deux, il y a un modèle français d'une industrie nationale du tracteur en reconvertissant les industries de l'aviation. La Snecma est nationalisée par le gouvernement provisoire de la République. Renault est nationalisée puisqu'ils avaient collaboré. Le ministre de l'Industrie, c'est un communiste. Et on va avoir tout un projet de construction de champions français reconverti vers le machinisme agricole avec un projet souvent d'un tracteur un peu gros, avec des chenilles, qui est censé fonctionner sur des grosses exploitations agricoles en forçant les agriculteurs à se regrouper. sur un modèle sauf cause pour les communistes, mais plutôt call cause pour le reste du gouvernement provisoire. Et on a vraiment un affrontement entre ce modèle du gros tracteur issu de l'industrie nationale et du petit tracteur américain qui va.
Host/Interviewer
Finalement s'imposer dans les années 50. Oui, parce que ici, nous parlons de mécanisation, donc de machine, et nous parlons d'organisation aussi, Véronique Lucas. Vous avez, dans « Comment les machines ont pris la terre », travaillé sur une particularité française, les CUMA, coopératives d'utilisation de matériel agricole. Déjà, particularité française, ces CUMA, elles.
Véronique Lucas
S'Organisent de quelle manière ? Ce sont des coopératives qui permettent l'achat en commun de matériel et ensuite leur usage partagé, ainsi que des organisations de travail qui vont permettre qu'on ne se retrouve pas en concurrence au moment d'utiliser le matériel. Et donc c'est effectivement une particularité française parce qu'il n'y a qu'en France qu'on trouve cette ampleur de développement de ce type de mouvements coopératifs. Il y a eu d'autres tentatives dans d'autres pays qui n'ont pas marché en Europe, et quelques exportations hors Europe, mais sans atteindre l'ampleur. Aujourd'hui, on est à plus de 10 000 kumas qui rejoignent la moitié des exploitations agricoles.
Host/Interviewer
En France, et c'est vraiment spécifique à la France. Ces kumas coopératifs d'utilisation de.
Véronique Lucas
Matériel agricole naissent au lendemain de la Seconde Guerre mondiale également ? Elle naissait effectivement en octobre 1945, donc il y a quasiment 80 ans, puisque le ministre de l'agriculture de l'époque, lui, est issu de cette histoire de coopération agricole. On entendait tout à l'heure M. Mbouchard parler en 1949 de de renouveau de l'action de coopération agricole autour de la machine, mais en fait c'est une vieille histoire. Et en fait même avant la mécanisation, les outils agricoles faisaient l'objet d'organisations de gestion collective. Dans les villages, on faisait construire son outil par le forgeron, qui d'ailleurs construisait un outil adapté à la personne, à sa taille, à sa force physique, suivant si c'était une femme ou un homme. Et en fait, quand sont arrivées particulièrement les batteuses, qui a été la machine la plus répandue d'abord, on a vu du coup, de l'organisation collective, soit s'adapter, ou bien on a adapté les machines à l'organisation collective déjà existante, donc les batteuses, donc du coup ça fait référence à cette opération de battage, qui était une opération réellement collective, parce qu'il fallait, sur un temps réduit, au moment où la météo y était favorable, exécuter une suite d'opérations de la fosse de l'épi au batage du grain et donc il y avait déjà de l'organisation collective pour réunir un certain nombre de personnes pour cette opération et donc la mécanisation, l'arrivée de la batteuse a fait que des fois on n'a pas voulu remettre en cause cette organisation existante qui jouait d'autres rôles aussi que simplement d'organiser le travail au commun pour les batages. Par exemple, on appelle ça des circonscriptions d'entraide, ces groupes de fermes qui étaient ajustés par rapport à cette opération. Quand la batteuse est arrivée, on a choisi des types de batteuses qui n'allaient pas amener à déstructurer l'organisation sociale existante parce que en Bretagne, dans une zone d'habitat dispersé par exemple, elle avait aussi une fonction sociale importante de festivité. Chaque fin de moisson s'accompagnait de fêtes où on chantait, on dansait. on mangeait et on buvait bien. Et donc on voit bien que ça jouait un rôle important pour la jeunesse aussi, c'était là où les arrangements matrimoniaux pouvaient prendre place aussi dans ces moments-là. Et donc en fait, avec un attachement très fort, des noms aussi, dans la partie bretonnante on appelait ça le camber, et dans la langue bretonne il y a kenober qui veut dire coopération. Dans la partie plutôt orientale de la Bretagne où c'est une langue d'oeil qui était historiquement parlée le galop, on va trouver les mots de soit, souhaite, souhaitons, dont la racine latine est la même que notre mot français de société. Donc ça veut bien dire ce que ça veut dire le sens et l'attachement du coup qu'il peut y avoir à ces organisations. Et donc du coup l'arrivée de la mécanisation s'est coulée aussi dans cette organisation. Et Tanguy Préjean, il est un héritier de ça, c'est un ancien paysan breton, et qui du coup, dès 1928, a créé une coopérative de batage, avec 17 exploitations de son petit village, pour acheter une batteuse. Et donc c'est avec cette expérience qu'il.
Host/Interviewer
Crée le statut juridique des Cumas, le 12 octobre 1945. Avec Tanguy Prigent, nous avons une grande figure de cette histoire de l'agriculture. Véronique Lucas, il faut rappeler aussi que ces machines sont mises en commun parce qu'elles correspondent à des utilisations sur des temps très courts. Une moissonneuse-batteuse, tout le monde en a besoin au même moment. Au moment de la bourrée, on a besoin tous, au même moment, des mêmes outils. Et au lieu que chaque exploitation ait sa propre moissonneuse-batteuse, ce qui serait impossible, c'est juste presque une logique d'organisation. Mais ce que j'entends ici, c'est.
Véronique Lucas
Que l'organisation sociale préexistait à l'arrivée de ces nouvelles machines. Oui, et donc en fait, on avait déjà 3000 sociétés coopératives, associations, syndicats de battage en 1940. Et en fait, on va voir qu'une bonne partie de ces organisations vont se convertir en CUMA à partir de la fin 1945, parce qu'il y a un certain nombre d'avantages, notamment fiscaux, qui sont accordés au CUMA.
Host/Interviewer
Et donc qui va rendre plus intéressant ce statut juridique. Et avec, dans le gouvernement provisoire de la République française, qui est mis en place.
Narrator/Reporter
Dès 1944, un ministre de l'Agriculture, c'est M. Tanguy Prigent. Il faut réduire, il faut stopper cette hémorragie provoquée par un déficit sans cesse croissant. Il faut réduire le train de vie de l'État. Il faut faire des économies substantielles et nous en faisons sur tous les postes civils et militaires. Sur les postes militaires, je peux vous citer un chiffre. Si on exclut le premier trimestre de l'année 1946, à partir du 1er avril, les dépenses militaires qui atteignaient Environ 16 milliards par mois seront réduits à 8 milliards par mois. Et dans ces crédits d'ailleurs, il y aura quelques crédits de reconversion, c'est-à-dire de crédits qui permettront d'utiliser des usines qui jusque-là travaillaient pour les armements. pour des constructions correspondant aux besoins de la France dans le domaine de la production industrielle ou agricole. Vous avez d'ailleurs un exemple à Limoges.
Host/Interviewer
Où nous allons maintenant faire des tracteurs pour l'agriculture française. Christophe Bonneuil, ça vous fait rigoler quand François Tanguy Prigent en 1946 dit attention il faut contrôler les dépenses. Non mais c'est vrai, c'est ce discours que l'on retrouve à travers le temps avec l'évocation quand même de cette période de la sortie de la guerre. Des difficultés à surmonter et puis peu à peu, les difficultés sont surmontées. Mais ce qui est évoqué là, c'est aussi une des limites. C'est l'impécis de la mécanisation. Ça coûte cher. Il y a un risque de déficit. Ça, c'est un souci aussi pour l'État. Je parle et je ne parle pas ici pour les.
Céline Pessis
Collectivités. C'est que l'État s'inquiète du prix de la mécanisation. Alors l'État s'inquiète du coup de la mécanisation mais va quand même en faire un choix de priorité nationale très important. Et ceux qui vont aussi s'inquiéter très rapidement du coup de la mécanisation, c'est les agriculteurs et les agricultrices qui vont rentrer avec les tracteurs dans un nouveau cycle d'équipement, de crédit, d'investissement. Donc on a la généralisation d'un nouveau nettoce paysan qui était plutôt fondé sur la prudence et qui là va investir.
Host/Interviewer
Et réinvestir d'une année sur l'autre de plus en plus. Oui, parce que là aussi, ça change vraiment ce que vous dites, la manière de concevoir tout simplement la vie et l'avenir. Pour des gens qui imaginaient, et c'était souvent le cas, vivre en autarcie, c'était une possibilité, même si on sait bien que les agriculteurs étaient toujours en contact et toujours en échange. Mais.
Céline Pessis
Là, d'un seul coup, le fonctionnement même d'une exploitation change. Tout à fait, et c'est une des fonctions sociales qui est assignée à la motorisation, puisqu'il y a une claire conscience de la non-rentabilité des tracteurs au début des années 50. Les économistes ruraux le reconnaissent, mais l'intérêt des tracteurs c'est aussi qu'on va faire basculer les agriculteurs dans un nouveau monde, qu'on va vraiment les insérer dans l'économie nationale, qui vont devenir des consommateurs aussi pour l'amont et l'aval des industries de l'agriculture. Mais il y a aussi une contestation, des contestations diffuses de cette motorisation et de la forme qu'elle prend à ce moment-là. Et on a d'autres modèles sociotechniques qui sont prônés, qui auraient permis un endettement bien moindre, un exode rural plus limité, parce que c'est aussi une des critiques fortes. Et on a par exemple la promotion d'un autre modèle de transition, qui aurait été plus douce, qui aurait respecté une forme de complémentarité entre traction animale et traction motorisée. Et ça, on a toute une coalition d'acteurs qui se constituent au fin des années 40, début des années 50, pour porter ce modèle. Donc on a les constructeurs de machines agricoles qui sont en fait assez peu convertis à la motorisation dans l'immédiate après-guerre, qui étaient très disséminés sur le territoire, nombreux, et qui promuvaient un machinisme plus adapté à la diversité locale des cultures. On a aussi des spécialistes du machinisme agricole comme Tony Ballu qui est professeur à l'Institut National Agronomique et toute la filière du cheval de trait qui tente de faire valoir la rationalité persistante de la culture athlée dans cette après seconde guerre mondiale. Donc à la fois avec un souci économique d'éviter cet endettement et un souci biologique de.
Host/Interviewer
Respecter les cycles naturels de fertilité au sein des fermes. Ce que vous venez de dire, c'est que déjà dès les années 1950, il y a des études qui montrent que pour une petite exploitation, acheter un tracteur, ce n'est pas rentable, il ne pourra jamais le rembourser. C'est un peu comme.
Céline Pessis
Ça que ça peut être envisagé ? Tout à fait, ou en tout cas on a des études qui montrent que c'est plus rentable de conserver des animaux dans tout un tas de situations, qu'on peut avoir un machinisme plus polyvalent qui permet justement cette complémentarité entre traction animale et traction motorisée, qu'on peut aussi équiper de petits moteurs, un certain nombre d'outils d'autres formes de motorisation alors qu'on a fait les choix d'une motorisation très rapide, brutale et totale. Donc on va.
Host/Interviewer
Inciter les agriculteurs à se séparer de leurs animaux de.
Narrator/Reporter
Trait. Alors que M. Follot, lui, il a gardé son cheval. M. Follot, vous descendez de votre exploitation du mollard, ça vous fait combien de kilomètres pour venir jusqu'à Beaujeu ? Trois kilomètres environ. Ça fait longtemps que vous descendez comme ça ? Oui, au moins trentaine d'années. C'est un cheval qui a une quinzaine d'années que vous avez là ? Oui, à peu près, oui. Vous l'utilisez pour quels besoins, ce cheval ? Tous les besoins de la culture, la vigne, les terres, et pour faire mes commissions en ville à Beaujeu. Et pourquoi utilisez-vous le cheval encore dans la vigne ? Parce qu'au fond, il y a le tracteur. Mais pour les deux, ici, c'est montagneux. Où le tracteur ne peut pas passer, le cheval passe. Que pensent les gens de Beaujeu lorsqu'ils vous voient ?
Host/Interviewer
Ah ben, ils disent que je suis antique, que je suis... à part de beaucoup de jeunes. Voilà, beau jeu, nous sommes dans le rôle d'un frère Montfolo, à 75 ans, nous étions en 1967, et les autres disent qu'il est antique parce qu'il a un cheval, mais ils trouvent ça beaucoup plus pratique. Christophe Bonneuil, c'est pas du tout un jugement à postériori porté par les historiennes, les historiens, sur ce mouvement de mécanisation, en disant, ben non, des choix ont été mal faits, c'est pas comme ça qu'il faut le penser. C'est, ce que vous disiez, une histoire désorientée pour regarder ces autres voies qui existaient au même moment pour dire attention c'est pas exactement comme ça qu'il faut orienter la mécanisation parce que cette mécanisation portée par l'état principalement peut être piégeuse. Là on l'entend c'est quelqu'un qui connaît bien son terroir et il.
Xavier Mauduit
Sait qu'avec le cheval c'est beaucoup plus simple mais ça ne va pas parce qu'il est antique. Oui, il y a tout un courant de l'histoire des techniques qui dit, depuis une quinzaine d'années, il faut arrêter de ne regarder que les innovations. Il faut regarder les usages et la persistance des techniques. Dans une même époque, vous pouvez avoir des techniques inventées à des âges très différents. Et donc, le cheval peut très bien coexister dans certains territoires, avec certaines pentes, sur certaines cultures, avec le tracteur dernier cri. Et donc, il faut arrêter d'avoir une vision comme ça et tapis sur telle technique, puis telle autre, puis telle autre. Ça, c'est une vision.
Host/Interviewer
Centrée sur l'innovation. Si on regarde les pratiques et les usages, on a un regard complètement différent. Et puis ces discours existaient déjà, c'est une précise, par le passé. On entend bien ici que même, et je parle de M. Follow parce que lui il a son cheval et il connaît bien son terroir, mais.
Céline Pessis
Il y a des gens qui pensent aussi la mécanisation et qui envoient très tôt les limites. Tout à fait, mais en même temps que s'invente une rhétorique moderniste, on requalifie aussi les usages et les pratiques comme étant archaïques. On disqualifie tout un tas de pratiques qui avaient leur rationalité, en particulier d'un point de vue environnemental. Parce qu'avec la motorisation, il y a aussi les limites qui sont pointées en termes de dégradation des sols. Et ça, dès la fin des années 40 et le début des années 50, donc au moment où.
Host/Interviewer
Se généralisent les tracteurs, il y.
Céline Pessis
A de très nombreuses alertes sur l'érosion des sols qu'on craint. Ça, ça apparaît déjà très tôt. Ça c'est des choses qui apparaissent effectivement très tôt qui sont par exemple à l'ordre du jour des chambres d'agriculture lorsqu'elles se reconstituent dès 1949. Donc l'association permanente des chambres d'agriculture va lancer des grandes enquêtes sur la question de la dégradation des sols et on peut lire par exemple dans leur journal que l'usure des sols, les pertes d'humus caractérisent les pays puissamment motorisés. Donc en fait, c'est l'ensemble des transformations qui sont induites par la motorisation qui inquiètent alors les experts agricoles de l'époque. Dans un autre journal qui s'appelle l'Agriculture pratique, on peut lire que les systèmes agricoles insuffisamment diversifiés, les labours mécaniques répétés et la raréfaction des animaux de travail résultant de l'emploi des tracteurs précipitent cet abauvrissement des sols. Donc en fait, il y a une claire conscience que la motorisation va entraîner une simplification des systèmes de culture Et on craint aussi l'abandon du fumier et de la complémentarité entre agriculture et élevage, donc la spécialisation qui se dessine entre des régions de grande culture et des régions d'élevage. Par exemple, pour la Chambre d'agriculture de Seine-et-Oise, en répondant à une de ses enquêtes, elle rapporte que l'on se demande si ceux qui cultivent sans fumier courent à leur perte, et elle appelle à conserver des chevaux dans les exploitations. Et on a encore une autre crainte qui est celle de l'approfondissement des labours qui accompagne le passage à la traction motorisée. A la fois l'approfondissement de la profondeur et de la vitesse des labours qui se met en place à ce moment là. Et donc on retrouve toutes ces craintes dans une diversité de segments de la profession agricole des années 50. chez des experts et par exemple dans des instances comme.
Host/Interviewer
L'Académie d'agriculture. On s'inquiète de la perte d'autonomie des fermes, d'un point de vue tant biologique qu'économique. Avec malgré tout, et on l'entend bien, une idée portée par une forme On dirait de propagande si on voulait utiliser un mot qui est aujourd'hui perçu de manière très négative ou de grande réclame et de publicité par l'État de « mécanisation, il faut mécaniser ». Mais au plus près des gens, Véronique Lucas, dans ces cumas, dans ces coopératives d'utilisation de matériel agricole, les gens vivent cela.
Véronique Lucas
Comme un progrès ? Parce que ça semble aberrant peut-être dans les années 1950-60 de ne pas avoir de tracteur. En fait, comme l'ont dit mes collègues, ils font des calculs, ils les regardent. Certains investissent dans d'autres acteurs et d'autres pas vont le faire beaucoup plus tardivement. Les agriculteurs réfléchissent et finalement ils ont aussi des manières paysannes de considérer ce progrès et de l'adapter à leur situation. Et d'ailleurs on le voit bien, finalement les cumas d'abord elles vont prospérer parce qu'avec le plan Marshall il y a l'importation de tracteurs américains mais en nombre limité. Donc Tanguy Préjean choisit du coup de réserver l'exclusivité des tracteurs au CUMA et donc on a jusqu'à 12 000 créations de CUMA dans les années 47, 48, 49 parce que c'est la seule manière d'avoir un tracteur. Sauf que, en fait, beaucoup de ces CUMA ont été créés par des gens qui ont fait signer à plusieurs personnes la fiche de création d'une CUMA et qui ont utilisé leur tracteur à leur propre usage. sans dire qu'en fait les autres auraient pu y avoir accès. Donc en fait dès que ces tracteurs vont arriver en plus grand nombre, que cette exclusivité va tomber, le nombre de cumas s'effondre. Et donc on voit une étude en 1952 qui dit qu'il n'y a déjà plus que 6000 cumas, donc en fait ça a été plutôt un soufflé qui est retombé très vite. Et après ce qu'on voit c'est finalement un essor difficile d'Ecuma. Pourquoi ? Parce qu'en fait il y a d'autres manières de s'organiser collectivement pour accéder aux machines. Il y a par exemple une étude très intéressante d'une anthropologue américaine en Aveyron dans les années 1975-76, où elle met en évidence qu'effectivement le tracteur est arrivé, mais une partie d'entre eux sont achetés à plusieurs exploitations ensemble en copropriété, qu'ils n'ont pas créé de cumas, mais qu'ils ont plutôt... certains se sont partagés entre plusieurs exploitations, certains ont investi dans un type d'équipement, une autre dans une autre machine, et on s'échange, on réunit les matériels ensemble au moment de grands travaux. Donc en fait, il y a aussi des manières paysannes d'adapter la mécanisation aux réalités de chaque exploitation et ces formes plutôt informelles de coopération, c'est plutôt celles-là qui vont prendre le pas et ce n'est que plus tard qu'on va avoir un boom durable d'Ecuma quand les conditions seront plus favorables parce qu'on a des politiques publiques qui, après le départ de Tanguy Préjean, vont être beaucoup plus centrés sur l'exploitation, donner des avantages économiques à l'exploitation plutôt qu'Okuma, et bien.
Host/Interviewer
Les électeurs vont s'y adapter. Du coup, ils vont investir individuellement, mais ils vont partager quand même ces machines acquises individuellement. Avec ces coopératives qui existent toujours, c'est important de le dire. C'est quand ce moment où, après l'effervescence.
Véronique Lucas
Du début, un ralentissement ensuite, le moment où les kumas ont vraiment le vent en poupe ? et bien en fait on a de 6000 en 51, on compte 7000 en 1977, 14000 au début des années 90. Donc c'est vraiment les années 80 qui sont la décennie de ce boom et notamment c'est suite.
Agricultural Practitioner/Guest
Au choc pétrolier qu'il y a des conditions économiques qui vont être plus favorables et plus d'autres facteurs qui vont s'y rajouter. Fonctionnement d'une Cuma La Cuma c'est une association où chacun, pour acheter du matériel, a versé des parts correspondantes aux aux prévisions qu'il ferait du matériel à acheter. Et puis, par l'intermédiaire du Crédit Agricole, nous avons obtenu des fonds. 75, 70 %, je crois, de la valeur du matériel qui n'était prêté par le Crédit Agricole pour financer celui-ci. Nous avons des remboursements qui sont bien déterminés chaque année à faire. Il faut donc diviser le montant du remboursement par le nombre d'heures de travail effectives de chaque année. En fin d'année, nous comptabilisons. Nous avons donc le total des heures reçues données. Et puis chacun, enfin c'est une convenance que nous avons entre nous, s'engage par avance à rendre le temps qu'il a perçu entre eux aux camarades qui lui en sont les.
Host/Interviewer
Créanciers des heures de travail du groupe. Ça se fait, bon, sous n'importe quelle forme, mais jamais en espèces, c'est toujours en nature. Et oui, avec le petit champ du coq derrière. Nous étions en 1971 avec un agriculteur de la Sarthe qui explique le fonctionnement d'une cuma. Les cumas sont les coopératives d'utilisation de matériel agricole. Dites-nous, Christophe Bonneuil, on le sent bien qu'il y a ce mouvement après la seconde guerre mondiale, l'accélération avec le plan Marshall, l'aide venue des Etats-Unis, tous ces tracteurs qui arrivent et qui vont pas à tout le monde. Qui vont principalement, je l'entends, au cuma et à l'intérieur des cumas. sans doute à celui qui a déjà suffisamment de fortune. Est-ce que la mécanisation intensifie le regroupement des parcelles au sens où on va avoir de de plus en plus grosses exploitations avec des gens qui.
Xavier Mauduit
S'Imposent de plus en plus, qui vont laisser à l'écart les petites exploitations qui elles vont peut-être conserver un cheval de temps en temps pour labourer ? Oui, en tout cas, il y a un lien entre les politiques de remembrement pour avoir des parcelles plus grandes et les adapter à l'usage de tracteurs qui vont, à partir de la fin des années 50, devenir de plus en plus gros. Puisque, au contraire, au début des années 50, c'est le petit tracteur de 20, 23, 25 chevaux qui prend le pas sur des plus gros tracteurs qui étaient des tracteurs Renault à chenilles de 35 chevaux, etc. Donc il y a un moment de diminution de la puissance entre 48 et 58 et de réaugmentation depuis les années 60 de la puissance des tracteurs pour des parcelles et des exploitations de plus en plus grosses. Mais j'avais peut-être envie de revenir sur votre question initiale et ce qu'ont dit mes collègues sur l'engouement. Parce que c'est souvent sous ce prisme-là qu'on a fait l'histoire de la motorisation. Les jeunes agriculteurs qui embrassent la modernité, qui parfois se fâchent avec leur père qui ne veut pas acheter de tracteur et le jeune veut. On a raconté comme ça sous l'angle d'une guerre des générations. et d'une conversion des jeunes agriculteurs qui embrasse la modernité, donc le CNJA, Cercle National puis Centre National des.
Host/Interviewer
Jeunes Agriculteurs. Un des dirigeants du CNJA.
Véronique Lucas
C'Est René Colson, qui en.
Xavier Mauduit
1950 écrit un livre tout à fait en faveur de la motorisation. Je me suis.
Véronique Lucas
Trompé dans le prénom. Non, il est décédé avant. Le livre sort en 1950.
Xavier Mauduit
En tout cas, il est juste décédé à ce moment-là. Du coup.
Véronique Lucas
Il n'a pas participé à la... Parce qu'en fait, il décède au moment où... Oui, mais il.
Xavier Mauduit
A écrit ce livre sur la modernisation... Il n'est pas dans les fondateurs du CNGA. Pardon ? Il n'est pas dans les fondateurs du CNGA. Oui, il fait partie de l'Ajac qui, effectivement, sont les jeunesses agricoles catholiques, mais il incarne ces jeunes agriculteurs modernistes. Ce récit du tracteur comme conversion des jeunes est tout à fait typique de la façon dont on a fait l'histoire de la modernisation agricole, en gros, entre la rencontre de jeunes qui veulent se moderniser par en bas, Et puis, des technocrates de l'État, les planistes, René Dumont, qui justement préface ce livre de Colson, le plan monnaie de 46 qui met la moitié des investissements pour l'agriculture sur le tracteur et le machinisme. Et donc, ça serait à la rencontre de ces deux groupes sociaux. des jeunes agriculteurs et des élites agronomiques et planistes de l'État, que tout le processus se serait enclenché. Dans cette histoire, on oublie un troisième type d'acteurs qui sont les acteurs industriels. il y a des acteurs du pétrole, il y a des acteurs de la construction de machines qui ont également un intérêt des stratégies qu'il faut aussi étudier. Et si on se pose la question de ce côté-là, finalement, c'est quoi l'agriculture pour ces acteurs-là ? Et comment ils essayent de peser sur les orientations que vont prendre la modernisation agricole ? C'est une autre question que de partir du récit de la conversion, l'adhésion à la modernité, le degré de résistance ou pas, etc. Et on regarde d'autres types d'acteurs. Et du coup, on passe d'une perspective d'histoire de la motorisation à une histoire de la pétrolisation. Comment la France agricole rentre dans un nouveau monde, un nouveau cycle des éléments biogéochimiques, un nouveau régime énergétique. Parce que finalement, l'agriculture, elle a pour fonction initiale de capturer l'énergie du soleil pour la transformer en énergie alimentaire. Et là, on va avoir un modèle complètement différent où il faut mettre beaucoup d'énergie fossile pour produire des calories alimentaires. En 1973, la France est le deuxième exportateur agricole mondial. Il y a une balance nette d'exportation de biomasse, c'est-à-dire le bois, les produits agricoles, de plus de 9 millions de tonnes. Mais pour faire ça, il faut importer 4 millions de tonnes de pétrole qui vont vers les usages agricoles. Et donc voilà, c'est aussi intéressant de regarder ce processus-là en regardant les jeux d'acteurs industriels. Parce que finalement, dans l'histoire de la modernisation agricole, il y a un troisième groupe d'acteurs qu'on n'avait pas beaucoup étudié. Et par exemple, un des grands moments de cette conversion des jeunes, de l'engouement pour le tracteur, c'est les concours de labours, les championnats. Il y a un championnat national chaque année, à partir de 1953, avec un champion de France qui participe ensuite à un championnat international. Il se trouve que ce modèle du championnat, dans les cantons, dans les départements, et puis ensuite au niveau national et international, est lancée par ESSO, la marque Exxon, marque internationale qui démarre ça en Irlande, au Canada, et qui va proposer aux jeunes agriculteurs de créer ce concours en France. Le premier concours en France, je ne sais plus si c'est en 53 ou 54. Et ces moments de concours agricoles sont des moments par lesquels l'industrie du pétrole influence les positions, les orientations, les visions du monde de ces jeunes agriculteurs. C'est un endroit où c'est souvent le Président de la République qui vient remettre le trophée aux champions. Et puis vous avez les industriels qui sont là. Et c'est un endroit où ces trois mondes justement, les technocrates, modernisateurs, les jeunes agriculteurs et les industriels, se retrouvent. Et on oublie souvent ces acteurs industriels, on oublie qu'il y a des centaines d'ingénieurs et technico-commerciaux qui sillonnent les campagnes dans les années.
Céline Pessis
50 pour vendre des produits industriels, des engrais, des pesticides, des tracteurs aux agriculteurs. Et donc c'est important de compléter notre regard par ce troisième groupe d'acteurs. Oui, et c'est aussi un propos.
Host/Interviewer
Plus général de l'ouvrage qu'on a voulu porter avec les co-directeurs de l'ouvrage, que je rappelle.
Céline Pessis
Sarah Angélia Guitton, Sylvain Brunier, Baptiste Cotras, moi-même et Samuel Pinault. Comment les machines ont pris la terre ? Enquête sur la mécanisation de l'agriculture et ses conséquences. de proposer d'élargir cette palette des acteurs de la mécanisation, en incluant les pétroliers, comme le rappelle Christophe Bonneuil, et aussi les industriels de la machine agricole. Et il faut citer les travaux d'une enquête collective qui a été menée sur le sujet. et des collègues Samuel Pinault et Sylvain Brunier qui travaillent particulièrement sur le rôle des industriels de la machine, des acteurs marchands et des concessionnaires pour organiser un cycle de rotation rapide des machines parce que pour favoriser l'achat de neuf il faut notamment organiser le secteur de l'occasion et le déversement des machines des régions de grandes cultures avec un machinisme très spécialisé, très coûteux, vers des régions intermédiaires où persistent plus longuement des pratiques de polyculture élevage. Et donc ce travail de.
Host/Interviewer
Rotation du cycle des machines est très important, notamment avec le travail de reprise des machines, donc de rachat du matériel usagé pour le revendre à d'autres secteurs. Véronique Lucas, il y a des récits pluriels ici, nous l'entendons. Et moi je suis très sensible que vous mettiez en avant ce récit au plus près des gens. C'est-à-dire la manière de vivre ses cumas, ce que c'est d'avoir un tracteur, en parallèle de ses discours qui sont portés par les autorités, on l'entend bien. Et ces discours-là sont parfois contradictoires mais ça doit être difficile aussi.
Véronique Lucas
D'Être agriculteur, agricultrice dans les années 1960, et de se dire, est-ce que c'est si bien que ça d'avoir un tracteur ? Oui, ça ne peut être que bien. Oui, tout à fait. Des gens, mes propres parents, quand ils parlent de... donc qui ont été agriculteurs, de l'arrivée du tracteur sur la ferme de leurs parents, je leur demande, alors qu'est-ce qui a fait que... Bon, c'était à la mode, ok ? Ben non, c'est vrai qu'on venait de reprendre des terres et donc là, ça devenait rentable d'investir dans une machine. Donc en fait, on voit bien que oui, il y a ces grands discours et ces efforts qui ont été déployés et aussi pas seulement dans l'agriculture mais dans les secteurs et puis il y a tout un nuancier de réponses des agriculteurs selon leurs nécessités, leurs besoins et les opportunités qui se.
Host/Interviewer
Présentent et c'est intéressant de voir effectivement aussi toutes les astuces et trucs qu'on met en place pour aussi continuer à avoir des marges d'autonomie dans les choix qu'on fait. C'était où la ferme.
Véronique Lucas
? En Bretagne. De quel côté ?
Host/Interviewer
Parce qu'en Bretagne.
Céline Pessis
On n'a pas le droit de dire en Bretagne, parce que tous les bretons disent mais où alors en Bretagne ? Dans le sud-est morbianais, dans le pays de Kestemberg. C'est une piscine. Et en termes de travail, c'est sûr que le machinisme a vraiment allégé le travail physique, mais ce qu'on essaye de montrer aussi dans l'ouvrage, c'est qu'il a créé de nouvelles astreintes, de nouveaux troubles musculaires, et surtout qu'il n'a pas réduit le temps de travail, mais qu'il l'a déplacé. Donc en fait, on se travaille autant, mais on fait des nouvelles choses. et il a aussi approfondi la division du travail. Donc on l'a dit, la division entre régions, avec des spécialisations très poussées pour réaliser des économies d'échelle, et la division à l'échelle des filières. Donc il a accru la spécialisation verticale du travail, avec aussi une captation de la plus-value par les industries de l'amont et de l'aval, par exemple des entreprises de transformation. Et puis, il a aussi transformé la division genrée du travail. C'est-à-dire que la mécanisation, elle a ciblé prioritairement des activités masculines, notamment le labour, la récolte, des activités liées aux grandes cultures, et dans un second temps seulement, les activités liées à l'élevage, comme la traite, l'alimentation ou le soin des animaux, qui étaient plus traditionnellement dévolués aux femmes. Et par là, en fait, ça a aussi renforcé la valeur économique des tâches masculines et minoré le revenu dégagé par les femmes. Et pour les femmes, elles sont de plus en plus assignées à des tâches de bouche-trou, leur travail vient se loger dans les interstices de la mécanisation. Et parfois, paradoxalement, ça peut même accroître la pénibilité du travail pour elles qui se retrouvent, on va dire, porteuses.
Host/Interviewer
De sceau. et d'autant plus que les machines ne sont pas toujours adaptées à leur morphologie, qu'elles ne sont pas conçues pour elles et que ça peut aussi générer des formes de dangerosité. Oui, parce que quand on imagine, je ne sais pas, moi, les tableaux du 19e siècle, l'Angélus de Millet, on voit, ils sont deux, un homme, une femme dans les champs. Quand on imagine l'agriculteur dans son champ dans les années 1950-60, c'est un homme sur une grosse machine. C'est comme ça qu'on se le représente avec.
Additional Guest/Expert
Dans cette histoire-là, tant et tant d'acteurs. Et c'est bien de les rappeler pour montrer comment se construit cette histoire de la mécanisation. Et parmi tous ces acteurs, il y a le banquier. Au Crédit Agricole, pour le matériel, on a à 5.
Agricultural Practitioner/Guest
Ans un prêt à 3%. En général, on a un autre matériel aussi, c'est.
Additional Guest/Expert
Le semoir, 5 ans à 5%. Mais autrement, c'est 8 ans à 5,25 et puis 13 ans à 2%. Et ces investissements, ces dettes que vous avez en quelque sorte, ça vous inquiète ? Oui, c'est sûr, parce qu'on sait que dès qu'il y a un nouvel investissement, automatiquement, il faudra se priver. Pour pouvoir rembourser, il faut quand même prévoir, il faut avoir aussi.
Agricultural Practitioner/Guest
Une réserve. C'est bien joli, on dit comme ça, on remboursera toujours, mais vu qu'il n'y a pas de planification dans.
Additional Guest/Expert
La politique agricole actuelle, on ne sait jamais très bien où l'on va. Ça veut dire que vous ne savez pas quels produits on vous demandera de faire dans quelques années ? Non, parce que la politique agricole change souvent de circuit. Tout d'un coup on va vous dire, faites.
Host/Interviewer
Produisez de la viande et puis après on dira, non, il faut faire du lait. Mais on ne demandera pas aux gens quels sommes de capitaux il faudra réinvestir ailleurs, alors qu'on aura déjà investi. Ah bah oui, parce que si on a tué les vaches pour faire de la viande, c'est dur de faire du lait. C'était Madame Potiron, agricultrice, endettée, en Loire-Atlantique, en 1970. Christophe Bonneuil, nous sentons ici, par ce témoignage, en 1970, quand Madame Potiron parle, Elle est perdue. Elle ne sait pas où elle est. Elle sent qu'il y a des demandes qui, d'ailleurs, ne sont pas verbalisées en disant que c'est telle personne qui me demande. On ne sait pas trop. Et on.
Xavier Mauduit
A ici tout un monde agricole qui, avec la mécanisation, semble complètement adaptable par les autorités. Alors que dans la réalité, au plus proche des gens, ce n'est pas comme ça que ça se passe. Oui, depuis la Deuxième Guerre mondiale, on a mandé à l'agriculture de s'industrialiser. de produire plus pour moins cher, pour nourrir les urbains avec moins d'actifs. Mais cette industrialisation ne s'est pas faite sur le modèle de grandes exploitations détenues par des acteurs industriels, avec des sociétés par action ou des choses comme ça. On a laissé la petite exploitation familiale, qui devient moyenne exploitation familiale, en se modernisant, en achetant des tracteurs, prendre tous les risques. Donc on a à la fois une insertion très forte dans le capitalisme industriel, on achète tous les facteurs de production, les semences, les engrais, l'attraction, les aliments animaux au marché. Il n'y a plus un système un peu autarcique de la ferme. Donc, l'agriculture est profondément intégrée à l'économie industrielle, mais ce sont les exploitations qui prennent tous les risques, qui se retrouvent confrontées aux variations des prix, aux variations du climat, aux aléas météorologiques. Et donc, effectivement, ça retombe sur la tête de ces agricultrices et de ces agriculteurs, et quand va arriver la crise, le choc pétrolier de 1973, et que le prix du pétrole, des engrais vont exploser. Les personnes qui.
Host/Interviewer
S'Étaient endettées, qui s'étaient équipées, qui s'étaient modernisées vont se retrouver dans le rouge et va arriver la sécheresse de 76. On va avoir un moment extrêmement tendu dans les années 70 pour ces exploitations. Céline Pessi, je reprends le titre de l'ouvrage que vous avez co-dirigé avec Christophe Bonneuil. Une autre histoire des Trente Glorieuses. Ces Trente Glorieuses vraiment ont été mises en exergue et nous l'avons tous et toutes appris dans les manuels scolaires, cette période de trente années après la Seconde Guerre mondiale et qui prendrait fin avec le choc pétrolier. Cette autre histoire des Trente Glorieuses.
Céline Pessis
Ça permet déjà de dire que pendant ces trente années-là, il y avait tous les indices pour montrer les limites de cette proposition avec la mécanisation et avec ce qu'on appelle encore aujourd'hui le progrès. Oui, tout à fait. Et pour reprendre sur ce verrouillage des exploitations agricoles et des modèles techniques qui est généré par ce mouvement de motorisation, et pour revenir sur cette question de l'endettement, il me semble que c'est un point absolument clé puisque c'est par l'endettement aussi que les agriculteurs vont être de plus en plus tenus, comme on le voyait dans cette soumission à ces nouveaux prescripteurs que sont les banquiers. vont être de plus en plus tenus à emprunter des itinéraires techniques prédéfinis. Et c'est aussi un usage accru des pesticides finalement qui va être induit puisque ces pesticides sont de plus en plus conçus comme des assurances récoltes pour des agriculteurs très contraints financièrement. Et donc, un des objectifs de cet ouvrage, « Comment les machines ont pris la terre », c'était justement, en montrant que l'histoire du machinisme agricole est étroitement liée à celle de l'intensification des modes de production, c'était d'éclairer cette diversité de formes de verrouillages sociotechniques qui enserrent les agriculteurs et qui finalement contraignent leurs choix. mais qui aussi sont à l'origine de l'augmentation de leur empreinte environnementale, de la faible maîtrise qu'ils ont sur leurs outils de travail, et finalement tout ça, ça décourage d'éventuelles velléités de bifurcation. Et il faut quand même rappeler le projet originel de cet ouvrage, c'est un travail collectif qui a été mené par un collectif de chercheurs et de chercheuses, en collaboration avec l'Atelier Paysan qui est une société coopérative qui accompagne les agriculteurs et les agricultrices dans la conception et.
Host/Interviewer
La fabrication de machines et de bâtiments qui soient plus adaptés à une agroécologie.
Véronique Lucas
Paysanne et qui plaide donc pour une souveraineté technologique des agriculteurs qui est tournée plus vers l'autonomie des fermes et l'appropriation des outils. Et que les agriculteurs et agricultrices puissent vivre, Véronique Lucas ? Et d'ailleurs du coup c'est effectivement ces situations d'endettement croissante qui va expliquer que finalement les cumas vont se développer dans la décennie des années 80, ensuite au choc pétrolier, donc les électeurs sont à la recherche de rationaliser leurs coûts, et d'autant plus que sur cette question de l'endettement, cela faisait plusieurs années que la Fédération Nationale des Cumas, qui avait été créée dès 1945, demandait ce qu'on appelle des crédits bonifiés comme pouvaient avoir les exploitations, donc des possibilités d'emprunter à des taux réduits. Et c'est finalement l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981 qui va faire que cette politique de crédit super bonifié va être accessible au CUMA. Et dans ce contexte économique contraint, on va passer donc de 7 000 à 14 000 kumas en un peu plus de 12 ans. Aussi parce qu'un réseau fédératif de fédérations de kumas de proximité s'est créé, et qui est en capacité d'accompagner les agriculteurs qui choisissent.
Host/Interviewer
De s'organiser en kumas et qui vont convertir leurs anciens groupes de copropriétés, leurs anciens groupes d'entraide en CUMA pour pouvoir du coup contenir ces coûts et arriver à faire face à ces conséquences économiques de la mécanisation. Les CUMA, les coopératives d'utilisation de matériel agricole participent donc de la mécanisation, on l'entend bien, mais dans le même temps elles offrent une forme de réponse aussi à ces limites et on en a évoqué beaucoup, mais notamment l'endettement. Donc c'est à la fois participer et... et soutien à la mécanisation. Avec, dans tous les processus que nous évoquons ici, nous l'entendons bien, il y a de l'endettement, il.
Céline Pessis
Y a des conséquences environnementales, avec le.
Additional Guest/Expert
Remembrement, ça c'est une première chose, ça.
Agricultural Practitioner/Guest
N'A pas de conséquences environnementales, le remembrement c'est l'arrachage des haies.
Céline Pessis
Qui va être la conséquence environnementale.
Agricultural Practitioner/Guest
L'Utilisation de pesticides et puis l'élevage intensif. C'est la première fois qu'est installée une porcherie automatique de ce type en France ? C'est la première porcherie automatique implantée en France sous licence américaine. Et comment fonctionne-t-elle ? Elle fonctionne automatiquement. A l'entrée de la.
Céline Pessis
Porcherie, vous avez deux silos à aliment.
Agricultural Practitioner/Guest
Un silo qui distribue pour les petits porcs et un silo pour les gros porcs. Et elle est climatisée ? C'est climatisé intérieurement par des plaques de polystyrène et par des ventilateurs d'extraction d'air. et l'alimentation se fait en deux temps ? Elle se fait en deux.
Céline Pessis
Temps, une alimentation pour les petits porcs qui se fait dans des augettes et.
Agricultural Practitioner/Guest
Une alimentation pour les plus gros porcs qui se fait par des balancelles et l'alimentation se faisant au sol.
Céline Pessis
Sur un sol isolé par un revêtement.
Agricultural Practitioner/Guest
Spécial polyester. Vous avez justement des installations au sol qui permettent un nettoyage très facile ? Oui, vous avez des grilles d'éjection qui sont formées par des canaux latéraux et reliées par des gaines de ventilation. Combien d'années vous faut-il pour élever un porc ? Il ne nous faut pas une année pour élever un porc. Nous comptons 4 mois.
Véronique Lucas
Pour élever un.
Céline Pessis
Porc qui est entré en porcherie de.
Agricultural Practitioner/Guest
25 à 30 kg et pour en.
Host/Interviewer
Sortir à 100 à 110 kg. Alors nous pensons dans cette porcherie faire 3 cycles de 400 porcs par an. C'est-à-dire 1200 porcs. 1200 porcs par an. C'est très intéressant. Croyez-vous que cette nouvelle formule d'élevage va convaincre les éleveurs traditionnels ? J'en suis persuadé. Alors il y a donc des petits porcs et des gros porcs dans cette porcherie automatique en 1964. Véronique Lucas ici avec l'intensification de la production. C'est industriel, nous l'entendons bien, nous sommes à la croisée de tous ces questionnements. Il y a de l'endettement parce qu'il.
Véronique Lucas
Faut mettre en place une telle usine. Il faut également penser aux conséquences environnementales et nous les connaissons tant parce qu'il y a tous ces rejets. Ici, l'organisation des gens a sa place autour de la mise en place d'une porcherie aussi intensive que celle-ci. Tout à fait, donc ça c'est des exemples. Il y a aussi d'autres stratégies qui sont choisies, notamment Céline parlait juste des femmes, en fait de comment aussi il y a eu une division genrée du travail. Pensons par exemple au sud-ouest où il y avait une tradition d'élevage de canards, de volailles de plein air avec une transformation fermière vendue en vente directe dans les bureaux et les villes, des femmes vont chercher à maintenir ces activités-là, puisqu'elles leur apportent aussi une autonomie dans le ménage par l'argent de la vente directe de leurs produits sur les marchés. Mais dans les années 80, elles vont être contraintes par l'arrivée des nouvelles normes d'hygiène où on cherche à imposer aux exploitations agricoles les mêmes normes d'hygiène que dans les entreprises agroalimentaires industrielles. Et c'est comme ça que certaines vont se retrouver à créer des cumas pour investir ensemble dans un abattoir de découpe de volaille et pouvoir continuer cette forme d'élevage traditionnel qu'elles avaient maintenue. Et en fait ces catégories d'agriculteurs et d'agricultrices qui cherchent à maintenir des activités menacées par la modernisation vont être aussi les premières catégories d'agriculteurs et d'agricultrices à s'engager dans des manières de produire dont on va reconnaître l'intérêt écologique et qui vont trouver un débouché dans.
Host/Interviewer
L'Agriculture biologique.
Xavier Mauduit
Ou d'autres formes de signes de qualité. Donc en fait l'écument aussi en permettant à des systèmes de se maintenir malgré les conditions adverses de la modernisation, d'être finalement aussi, on pavait la voie à des formes de développement d'agriculture plus écologique ensuite. Christophe Bonneuil. Oui, ce que je trouve intéressant dans cet extrait, c'est aussi que ça nous rappelle qu'à côté de la motorisation, il y a toute la question des bâtiments qui représentent également des investissements importants pour ces exploitations qui se modernisent et que dans ces bâtiments, on va avoir des matériaux modernes, typiques des Trente Glorieuses. On va avoir des planches de panneaux agglomérés. Je me souviens que mes grands-parents étaient petits agriculteurs dans les Landes. Ils se mettent au poulet dans les années 70. C'est des planches de panneaux agglomérés pour construire les cabanes à poulet. On n'est pas loin.
Host/Interviewer
Du poulet de Saint-Sevé. C'est l'amiante, le fibre au ciment pour le toit. Là, il était question de polystyrène. C'est que finalement, à travers les bâtiments, les matériaux dits modernes, dont on connaît les problèmes environnementaux aujourd'hui, ont pénétré les campagnes dans ces élevages intensifiés. La Terre face aux machines, une histoire environnementale dans le cours de l'Histoire sur France Culture avec une place réservée sur cette série environnementale. à celles et ceux qui pensent aussi.
Céline Pessis
Le risque écologique. Céline Pessis, survivre et vivre. Nous y croisons un mathématicien, ça c'est un ouvrage qui ressort en poche, objecteur de recherche et révolution écologique. Il ressort peut-être même pas en poche, il ressort en livre. Qui est ce personnage ? Oh, Alexandre Quentin dit que c'était un mathématicien qui avait à priori peu à voir avec le secteur agricole mais qui va effectivement s'ouvrir à l'écologie politique brutalement au début des années 70 et qui va s'intéresser notamment à l'agriculture biologique. qui est une agriculture respectueuse de la vie des sols et porteuse d'un autre type de machinisme qui ne va pas retourner les couches superficielles du sol. Des choses qui vont passionner Alexandre Grotendieck et qui... l'agriculture biologique connaît au début des années 70 un certain élargissement puisqu'elle est née plutôt des années 50-60 et qu'elle est justement héritière de tous ces débats autour de la motorisation et de ces alertes sur la dégradation des sols avec des associations comme l'association pour la fertilité vivante des sols qui est créée par des membres de l'académie d'agriculture. Et au début des années 70, on a aussi des gens beaucoup plus éloignés du monde agricole qui vont s'y intéresser avec la cristallisation d'alertes sanitaires et un renouveau de ces alertes sur l'érosion des sols qui traversent une bonne partie de la France. C'est des choses qu'on retrouve dans les propos des agronomes de l'époque. qui pointe donc un des premiers effets de cette motorisation.
Host/Interviewer
On en tire les leçons au début des années 70 en termes d'endettement et en termes d'une première baisse de la matière organique des sols, ce qui va en fait générer à nouveau un approfondissement des labours, donc un cercle vicieux que dénoncent les premiers écologistes. avec un personnage incroyable, Alexandre Grotendieck, médaille Fields de mathématiques en 1966. Et puis qui décide de tout abandonner, qui est une sorte d'ermite comme ça du côté des Pyrénées et qui réfléchit à l'agriculture. Merci vivement à vous trois de nous avoir éclairés et nous sommes bien conscients qu'il ne s'agit pas ici de dénoncer des pratiques du passé au sens que, oh là là, il aurait fallu faire autrement, c'est pas ça, c'est aussi surtout apporter des réponses à aujourd'hui. C'est vraiment cela moi que j'entends dans cette démarche-là parce que tout était déjà présent dans les réflexions face à la mécanisation et à la motorisation et je rajoute la pétrolisation selon vos propos Christophe Bonneuil, comment les machines ont pris la.
Agricultural Practitioner/Guest
Terre en quête sur la mécanisation de.
Host/Interviewer
L'Agriculture et ses conséquences. C'est aux éditions de l'ENS. Merci beaucoup à tous les trois d'être venus dans le cours de l'histoire. Prochain épisode, dans le.
Agricultural Practitioner/Guest
Cours de l'histoire, la nature coulée dans le béton, une histoire bien.
Host/Interviewer
Armée. Un béton est un matériau.
Xavier Mauduit
Composé d'un mélange de pierre, de sable, d'un lien hydraulique, c'est-à-dire de ciment, de chaux et d'eau. Le mélange de sable et de lien hydraulique constitue un mortier. Le béton est donc aussi un mélange de mortier et de pierre. Tout cela fait beaucoup de qualité. Laisse béton !
France Culture – 1er décembre 2025
Host: Xavier Mauduit
Invités : Céline Pessis, Véronique Lucas, Christophe Bonneuil
Cet épisode plonge dans l’histoire de la mécanisation agricole en France, en s’intéressant particulièrement à l’arrivée du tracteur, ses enjeux sociaux, politiques et environnementaux, et à la façon dont les machines ont transformé le rapport à la terre. Avec l’aide de trois spécialistes (Céline Pessis, Véronique Lucas et Christophe Bonneuil), le podcast retrace les différentes étapes et modèles de modernisation post-Seconde Guerre mondiale, en examinant à la fois les enthousiasmes, les résistances, les conséquences sur l’organisation agricole et sur l’environnement, ainsi que les impacts sociaux, économiques, genrés et écologiques de cette « déferlante mécanique ».
« Il faut distinguer mécanisation et motorisation. La mécanisation peut se faire avec un moteur animal, des bœufs, des chevaux. La motorisation, c’est vraiment le passage aux moteurs à explosion puis au pétrole... » (Christophe Bonneuil, 02:16)
« Désorienter, ça consiste à penser en histoire que les choses auraient pu se passer différemment... Il y avait plusieurs projets techniques et idéologiques. » (Christophe Bonneuil, 06:11)
« En Bretagne, ça avait aussi une fonction sociale importante de festivité… l’arrivée de la mécanisation s’est coulée aussi dans cette organisation. » (Véronique Lucas, 12:20)
« Les agriculteurs et agricultrices vont rentrer avec les tracteurs dans un nouveau cycle d’équipement, de crédit, d’investissement. » (Céline Pessis, 15:56)
« On a des études qui montrent que c'est plus rentable de conserver des animaux dans tout un tas de situations... qu'on peut aussi équiper de petits moteurs… On a fait le choix d'une motorisation très rapide, brutale et totale. » (Céline Pessis, 19:06)
« Les autres disent que je suis antique… Mais ils trouvent ça plus pratique. » (M. Follot, agriculteur à l’époque, 20:41)
« L’usure des sols, les pertes d’humus caractérisent les pays puissamment motorisés. » (Céline Pessis, citant les archives, 23:06)
« C’est aussi intéressant de regarder ce processus-là en regardant les jeux d’acteurs industriels… On passe d’une perspective d’histoire de la motorisation à une histoire de la pétrolisation. » (Christophe Bonneuil, 34:15)
« La mécanisation a principalement ciblé les activités masculines… le travail des femmes vient se loger dans les interstices de la mécanisation. » (Céline Pessis, 41:00)
« On sait que dès qu’il y a un nouvel investissement, il faudra se priver pour pouvoir rembourser… on ne sait jamais très bien où l’on va. » (Madame Potiron, 42:43)
Tout au long de l’épisode, le ton reste pédagogue, nuancé, attaché à inscrire l’histoire dans la complexité des choix, des contraintes, et à donner la parole à tous les acteurs (politiques, scientifiques, industriels, mais aussi agriculteurs, agricultrices). Le langage reste accessible, parfois teinté d’humour ou d’autodérision (« laisse béton ! » à la fin), sans jamais tomber dans l’anachronisme ou le regret du passé, mais en montrant la richesse des débats dès la période concernée.
Cet épisode offre une synthèse claire et nuancée de l’histoire de la mécanisation agricole française, en déconstruisant les mythes de la modernité triomphante et en donnant toute sa place aux temporalités longues, aux adaptations paysannes, aux conséquences sociales, environnementales et économiques, sans jamais céder à la condamnation rétroactive. Il éclaire la façon dont chaque innovation technique a été l’objet de débats, de contestations, mais aussi de récupération industrielle et politique, dont les effets sont encore au cœur des enjeux contemporains de l’agriculture.