
Laure Gasparotto, mettre de l'histoire dans son vin
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Laure Gasparotto
Maître.
Xavier Mauduit
De l'histoire dans son 20 et pour étudier les centres d'intérêt d'un auteur, d'une autrice, il n'est pas vain de survoler les titres de ses publications. Tenez, dans le cas de Lord Gasparotto. Le vin, un peu, beaucoup, passionnément. Si tu veux la paix, prépare le vin. Éloge de la Bourgogne, Vigneronne ou encore quand Laurian inventait le vin où nous apprenons que la route de la soif est le prolongement de la route de la soie. L'histoire à consommer sans modération.
Raphaël Laloum
Un peu de pourriture noble en suspension, les impuretés descendent lentement. Ce vin a 23 ans. C'est un 53, une très grande année. Le vin, c'est la terre. Celle-ci est légèrement graveleuse. C'est un médoc. Le vin, c'est aussi le soleil. Ce vin a profité d'une belle exposition sud-ouest sur un coteau de bonne pente. C'est un Saint-Julien. Château Léoville-Lascaz, 1953.
Xavier Mauduit
Exact. Alors Gasparotto, bonjour.
Laure Gasparotto
Bonjour Xavier.
Xavier Mauduit
Vous avez reconnu « La lue la cuisse », le film de Claude Zidi avec Louis de Funès, millésime 1976. J'évoquais, pour ouvrir cette émission, des titres de vos ouvrages. Si tu veux, « La paix prépare le vin ». Le vin, un peu beaucoup passionnément vigneronne. Et puis quand Lorient inventait le vin. Vous êtes journaliste au Monde et il y a cette ligne directrice autour du vin. Si nous filons la chose, où arrivons-nous ? À quel.
Laure Gasparotto
Moment le vin est-il entré dans votre histoire ? Eh bien, justement, pendant que je faisais des cours d'histoire, je me suis spécialisée, au cours de mes études, sur l'histoire de la Bourgogne, au Moyen-Âge. Je suis médiéviste, j'ai fait mes études à Paris 4, à la Sorbonne, et j'étais avec Philippe Contamine, je ne sais pas si c'est un historien qui... Ah oui, c'est un grand historien ! Et donc avec Philippe Contamine, je me suis spécialisée sur l'histoire de la Bourgogne au Moyen-Âge et en allant faire des recherches à Dijon, mais aussi en Flandre, à Lille, notamment puisque toutes les archives de la Bourgogne sont aux archives du Nord, parce que la Bourgogne médiévale était très très grande, de la Savoie jusqu'aux Flandres. En fait, je me suis intéressée aux vins. Parce que les ducs de Bourgogne étaient les ducs d'Occident, maîtres des grands vins qu'ils vendaient, en tout cas qu'ils échangeaient avec la papauté d'Avignon à ce moment-là. Et en fait, j'ai découvert le vin de Bourgogne pendant mes études. Et là.
Xavier Mauduit
Ça a un peu changé les choses. C'est un bon sujet d'étude parce qu'effectivement, au moment de travailler sur le vin en Bourgogne, il y a l'obligation, mais ça c'est professionnel, de se rendre sur place, de saisir ce qui.
Laure Gasparotto
S'Y passe et pourquoi pas de goûter. Alors en revanche, mes études n'étaient pas consacrées au vin. Je faisais des études sur les lettres de rémission des ducs valois. Vous savez comment un seigneur pardonne une peine. Et c'est parce que j'allais à Dijon lire les lettres de rémission qu'on trouvait encore là-bas. que j'ai découvert Le Monde du Vin à côté. Et quand j'ai commencé à visiter des exploitations viticoles, je me suis rendu compte que les noms des vignerons bourguignons que je rencontrais, c'était les mêmes que ceux de mes archives des XIIIe et XIVe siècles. Et je découvrais des gestes aussi qui étaient répétés depuis des siècles. Parce que quand j'ai découvert Le Monde du Vin, c'était au début des années 90, et il y avait moins de changements dans la manière de faire du vin entre le 15e siècle et 1990 qu'entre 1990 et aujourd'hui. Parce que l'oenologie a vraiment beaucoup progressé et donc j'ai assisté aussi depuis les années 90 à vraiment une métamorphose du monde du vin. Et après, avec le regard d'historien, le vin est forcément devenu pour moi un mode de lecture, de sociologie, d'histoire. Enfin, vraiment, j'ai découvert que c'était un miroir de société. Et depuis, je suis revenue à la Sorbonne après un séjour en Bourgogne en demandant à Philippe Contamine de faire quelque chose autour du vin. Il m'a dit, ah mais le sujet est déjà pris. Il y avait Jean-Robert Pitt, qui était à l'époque recteur, enfin il dirigeait la Sorbonne, et qui avait ce sujet. C'est lui qui s'occupait de l'histoire du vin, donc je ne pouvais pas le concurrencer sur.
Xavier Mauduit
Ce thème. Mais je me suis rattrapée. Oui, Jean-Robert Pitte, qui est géographe et qui est un grand nom de cette histoire-là et qui a effectivement présidé l'université Paris-Sorbonne et qui, ici, ouvre ce champ sensationnel, gigantesque qui nous fait placer le vin, vous venez de l'évoquer, au cœur d'une civilisation. Cette civilisation, elle est occidentale et vous, Laure Gasparotto, quand vous écrivez quand Lorient inventait le vin, Vous inversez la chose. C'est cette mise en profondeur qui nous fait partir de la Bourgogne médiévale et.
Laure Gasparotto
Qui nous fait venir jusqu'à l'Antiquité Perse. Alors en effet, maintenant je suis journaliste et je reçois régulièrement des échantillons de vin. Et je reçois, il y a deux ou trois ans, un vin, une bouteille très spéciale qui s'appelle Cyrus, un peu énigmatique, avec une année en dessous. Je ne savais pas que c'était une année, mais c'est écrit « Cyrus 559 ». et c'était marqué vin de France, fait à Bergerac. Non, vin Perse, vin de France. C'était un peu mélangé. Et je me suis demandé ce que c'était. Mais quelle est cette bouteille ? D'où vient-elle ? Et puis j'ai goûté le vin et je me suis dit tiens, il est vraiment intéressant. C'était une Syrah. de la Syrah plantée dans le berger aqua. Ce n'est pas du tout un cépage local. Et puis, j'ai commencé à m'intéresser à la bouteille. 559, j'ai découvert qu'en fait, c'était une année. C'est l'année du début de l'Empire perse créé par Cyrus, d'où le nom du vin. Et 559 aussi, c'est la première déclaration des droits de l'homme, en fait. Et le vin que j'avais reçu était présenté dans un cylindre avec des écritures étranges. Et j'ai compris qu'en fait, ça reproduisait le cylindre de Cyrus qui est aujourd'hui préservé au British Museum. Et c'est vraiment... aujourd'hui, pour le peuple iranien, le premier document qui montre qu'à un moment donné de leur histoire, la liberté d'expression, la liberté des religions étaient respectées. Et donc ce vin que je recevais ce jour-là, m'avait été envoyé par une famille iranienne, réfugiée politique en France, Et j'ai compris aussi qu'autour du vin, et c'est toujours ce que je recherche dans le vin, c'est quelle est la signification du vin pour des contemporains ? Qu'est-ce qui reste de l'histoire aujourd'hui ? Et cette bouteille, pour moi, c'était vraiment une leçon d'histoire et de géographie extraordinaire. Et donc je suis allée enquêter, je suis allée sur place, j'ai appelé le vigneron, qui n'était en fait pas un vigneron, mais un orthodontiste. Il s'appelle Mastrour Macaremi, qui a aujourd'hui 45 ans, et qui est arrivé à l'âge de 10 ans en France pour rejoindre son père qui l'avait précédé. son père qui avait fui l'Iran à la fin des années 79, début 80, quand, lors d'une manifestation, le père de Massrouh et sa femme ont été arrêtés. Lui a réussi à fuir, mais sa femme, donc la mère de Massrouh, elle, a été emprisonnée. C'était une prof de physique, une femme accomplie qui était recherchée par l'Emola à l'époque parce qu'elle était à la tête d'un mouvement féminin. Elle est restée en prison pendant huit ans où elle a fini, hélas, par mourir. Et donc Massrou ne l'a plus jamais revu. Et en fait, il y a toute une réinvention de cette famille en France. Et le vin a permis aussi de se réinventer, c'est-à-dire en utilisant un... Parce que le vin, on pense aujourd'hui que c'est la France ayant position C'est un exemple. La France est un modèle dans le monde au niveau du vin. Beaucoup de gens d'Australie, de Californie, d'Israël viennent se former à Beaune ou à Montpellier ou à Bordeaux. Donc la France, le vin est une langue universelle par laquelle le français est important. Et donc Massrou Makarémi, qui a eu une formation à l'école laïque en France, avait envie de redonner quelque chose à la France en plantant, en acquérant, deux hectares dans lesquels il a planté la Syrah. La Syrah, pourquoi ? Parce que ça rappelait, il est né à Shiraz, en Iran, et la Syrah rappelait pour lui sa ville d'enfance. Même si on ne sait pas aujourd'hui si la Syrah est vraiment originaire de Shiraz, Mais en tout cas, les mots sont importants. Et les mots sont importants dans la civilisation perse parce que c'est la civilisation de la poésie. Et donc, c'est vrai.
Xavier Mauduit
Que moi, la poésie perse est celle qui véhicule aussi le goût du vin. Et ça, c'est une histoire qui s'écrit sur le temps long, parce que nous entendons bien ici, quand vous évoquez l'orgue à Sparoto, l'année de 1979 et la révolution islamiste en Iran, on est sur un temps particulièrement court. 1979, c'est hier, mais avec des conséquences absolument dramatiques. Mais l'histoire du vin liée à l'Iran et à.
Raphaël Laloum
La Perse, c'est une histoire beaucoup plus longue qui se transmet par la poésie. Verse à mon cœur meurtrie cette boisson féconde, Pour ceux à qui l'amour fit blessure profonde. Je préfère l'ivresse et ses rêves dorés À la voûte du ciel, fond du crâne du monde. Je bois du vin. Partout on me dit, mais on ment, La religion est le vin absolument. Quoi ? Le vin saperait la foi religieuse ? Si c'est le sang d'Allah, j'en bois pilleusement. Le vin et le rubis, la tasse, son logeur, Corps dont le vin est l'âme à la gagnante ardeur, Tasse de.
Xavier Mauduit
Fin cristal où la vigne miroite, Larmes où frémit, caché, le plus pur sang du cœur. Omar Khayyam, lu par Raphaël Laloum dans le cours de l'Histoire, poète de la fin du XIe siècle, du début du XIIe siècle, un poète perse. Et ici, l'orgasme par autour, nous avons vraiment cette idée que le vin est présent dans la poésie, donc présent dans la culture. Sans doute quelque chose lié à une forme de raffinement, parce que poésie, raffinement. Mais.
Laure Gasparotto
Peut-Être que d'ailleurs, on en buvait, il y avait d'autres poésies. Elles sont peut-être moins restées. Oui, mais c'est vrai que du coup, quand j'ai découvert que la Perse possédait ce raffinement autour du vin, et d'ailleurs, Massur Macaremi que j'ai rencontré, lui, collectionne des objets autour du vin. Et quand je vois la qualité de ces objets, la finesse, les matériaux choisis, les matériaux précieux de luxe, Je ne peux pas m'empêcher de dire que le liquide qui était à l'intérieur de ces coupelles était aussi raffiné que les coupelles elles-mêmes. C'est-à-dire, je pense qu'il y avait vraiment une adéquation entre le contenant et le contenu. Il y avait vraiment la recherche d'une unité entre les deux. C'était une recherche esthétique. Et on a peut-être du mal à imaginer aujourd'hui qu'on pense toujours que notre siècle est bien mieux que ceux des siècles précédents. Mais je suis persuadée, parce qu'aussi le vin était sacré, le vin était aristocrate, aristocratique, que la qualité de la texture était aussi fine, aussi raffinée que les.
Xavier Mauduit
Mots pour le décrire ou le contenant qui le présentait à la bouche de son consommateur. La poésie c'est une chose, il y a les représentations aussi, l'iconographie. Est-ce que le vin apparaît ? Est-ce que l'on croise du vin.
Laure Gasparotto
De manière régulière liée à cette vie somptueuse et raffinée liée à la Perse, liée à l'Iran ? Ce qui est intéressant aussi, c'est que le mot « vin » est resté dans la poésie malgré l'islam. C'est-à-dire que la Perse, avec l'arrivée des Arabes au VIIe siècle, a vraiment changé de culture et le vin est devenu quelque chose d'interdit, mais de toléré. Et on voit que cette tolérance, d'ailleurs avec Romar Hayam, d'autres poètes comme Rumi ou Raphèse qui parlent toujours du vin, Et jusqu'au XVIIIe siècle, le vin est présent vraiment dans la civilisation iranienne. Et on le voit dans les récits de voyages, comme ceux de Jean-Baptiste Tavernier au XVIIIe siècle, qui décrit les différents vins de Perse, en parlant même des vins de Shiraz, qui sont parmi les vins les plus qualitatifs de la région. Il décrit même les coteaux, l'altitude. C'est vraiment passionnant. Jusqu'à récemment, il y a eu du vin en Iran aujourd'hui. Et Massrouh, lui, me raconte ce souvenir sur les collines de Shiraz, avoir vu du vignoble, des vignes. Aujourd'hui, elles ont été arrachées. Ce sont des vignes abandonnées. Mais la diaspora iranienne reste avec ce rêve d'un jour pouvoir, si jamais l'Iran est libéré, pouvoir retrouver du vin en Perse. Alors c'est amusant parce que Masrou Makarimi n'est pas le seul iranien ou même personne de cette région du monde comme l'Afghanistan. Il y a par exemple un afghan aussi qui fait du vin en Alsace. Et on voit que c'est que le vin, même s'il n'est pas fait dans sa région d'origine, fait perdurer une certaine civilisation. Et c'est amusant parce que autour de ce vin de Cyrus qu'a créé Massrouh, il y a une diaspora iranienne qui se retrouve. C'est comme si le vin, même loin de son pays d'origine, était un nouveau lieu, un lieu de un lieu imaginaire autour duquel on se retrouve. Et ça c'est une symbolique pour moi très intéressante parce que, et là je vais extrapoler, mais je pense que ce sont vraiment des études d'historiens qu'on pourrait mener. Et parce que j'ai beaucoup fait de recherches autour de la Bourgogne au Moyen-Âge, je me suis dit que la Bourgogne était en avance de mille ans sur tous les vignobles du monde. Mais parce qu'en fait, on avait quand même ces fameux moines cisterciens qui étaient des gens cultivés et donc qui étaient en contact avec l'Orient. On envoyait, vous savez, Saint-Bernard, les croisades, etc. Donc l'aristocratie bourguignonne avait été au Moyen-Orient et était revenue avec, sans doute, des cépages. C'est intéressant parce qu'on peut faire croiser beaucoup de disciplines d'histoire. les disciplines scientifiques, les disciplines littéraires, voire fouiller dans les manuscrits. Mais on sait depuis 2023, par exemple, on a eu des recherches faites autour des génomes des cépages et c'est une centaine de recherches une centaine de chercheurs du monde, des Chinois, des Américains, des Français, qui ont fait des recherches sur les génomes d'à peu près 500 cépages différents. Et la conclusion de cette recherche, qui est parue en 2023, c'est que précisément les cépages les plus anciens ne proviennent pas du Caucase, comme on le pensait, mais justement du croissant fertile, ce qu'ils ont appelé le croissant fertile, donc le Moyen-Orient, et on sait aujourd'hui que c'est vraiment en Iran. Et que les cépages, les plus vieux cépages qui sont nés en Iran, sont ceux qui ont été exportés. Donc il y a vraiment un mouvement des cépages de l'Est vers l'Ouest. Donc non, ce n'est pas la France, ce n'est pas l'Occident qui est à l'origine du vin. Mais en.
Xavier Mauduit
Fait, ce sont les Romains qui nous.
Laure Gasparotto
Ont fait parvenir des cépages qui sont nés encore plus loin, en Orient. Avec la linguistique aussi qui nous aide. Avec la linguistique qui nous aide. Et ça, c'est extraordinaire parce que ça aussi, c'est une discipline. Si on croise les disciplines, le langage par le langage, on.
Xavier Mauduit
Sait que le mot vin est une des racines les plus anciennes du monde et présente dans toutes les langues. Avec ce mot-là qui n'a pas disparu, vous l'avez dit, avec les molas actuellement, et qui nous plonge dans la profondeur des temps, bien sûr, parce qu'avec ce vin, il y a toute une histoire de transferts, de déplacements. Vous nous expliquez que ces cépages de la Perse, de l'Orient.
Laure Gasparotto
Arrivent jusqu'en Occident, ils suivent les routes de la soie, j'imagine, ce sont ces grands mouvements ? Oui, voilà, c'est ça. Et puis, qui arrivent par Venise, qui est la porte de l'Occident, Le port de Venise accueillait les épices, les soies et les vins, et le verre, les parfums d'Orient. Et parce que justement la Perse était très avancée dans les parfums, que pour véhiculer ces parfums, il y avait du verre. On sait qu'en Iran, par exemple, pour servir le vin assez tôt, on les servait dans des carafes en verre. Et ça, c'est vraiment pionnier dans le monde du vin. On se rend compte à quel point L'Orient était très en avance, très raffiné. Ils sont allés très très très loin dans le raffinement du service du vin, dans les arts de la table, bien plus raffinés que nous parce que le raffinement des arts de la table est apparu à peu près au XVIIIe siècle en Occident. Ça a commencé justement avec les Ducs d'Occident au XVe siècle, mais vraiment on est allé beaucoup plus loin au XVIIIe.
Xavier Mauduit
Siècle. Mais Lorient a été bien raffiné bien avant ça. Mais aujourd'hui, nos mémoires qui sont courtes ont oublié cette origine. Dans la démarche que vous avez alors, Gasparotto, il y a cette histoire, vous nous la racontez, vous expliquez bien cette réflexion sur les sources, le travail autour de la documentation et puis le travail autour de la mémoire aussi parce que quand vous parlez de Masno, Macar, Rémy, d'une famille réfugiée venue d'Iran. La volonté aujourd'hui de faire en France du vin qui rappelle celui d'Iran nous conduit à toute une histoire sans doute mais aussi à un imaginaire familial au sens où le vin était présent dans un monde où l'islam domine même si jusqu'à.
Laure Gasparotto
L'Arrivée des molas et la révolution de 1979 le vin était permis. Mais dans un monde d'islam le vin était là. Et le vin était là, toléré. Alors on sait aujourd'hui qu'il y a toujours du vin qui est fait sous le manteau. Masrouf raconte aussi comment son oncle, quelqu'un de sa famille en tout cas, allait chercher 5 kilos de raisin au milieu d'autres fruits. chez un maraîcher, le ramener à la maison, isoler le raisin pour aller le mener au fond du jardin. Et puis, il faisait ses courses comme ça pour essayer d'arriver à 20-30 kilos de raisin et au fond du jardin aller faire son vin. Et je pense qu'aujourd'hui, toujours, cette façon de de transmettre le goût du vin. Alors, je ne sais pas si là, ce n'est sans doute pas du vin très raffiné, mais en tout cas, c'est le sens du vin qui compte. Quelque chose qui représente la liberté. Ça me rappelle Atik Rahimi, qui est quand même un auteur afghan qui est très connu, qui est arrivé en France sans parler un mot de français, qui quelques années plus tard a eu le prix Goncourt, me raconte que quand il fait une conférence, il met un verre de vin, même s'il n'y touche pas pendant la conférence, mais il met un verre de vin sur.
Xavier Mauduit
Sa table comme un drapeau de la liberté. Donc le vin a vraiment plein de significations et cette signification est importante. Oui, parce que quand vous écrivez le vin un peu beaucoup passionnément, il y a toute une réflexion sur une forme de chronologie. On peut dire que c'est un moment marquant de l'histoire du vin et dans la profondeur des temps, nous trouvons ces éléments anciens. des moments exceptionnels qui sont marqués pour nous par Jésus, le christianisme, où le vin lui-même change complètement de sens. Et dès lors, c'est une autre histoire du vin qui s'écrit encore en parallèle de celle qui.
Laure Gasparotto
Existe déjà. Ce plaisir de la convivialité, le plaisir du vin. Mais dès lors, le vin prend un sens tout autre. C'est vrai que j'ai adoré écrire ce livre aussi, Le vin, un peu beaucoup passionnément, qui raconte en 30 dates l'histoire du vin, toute l'histoire du vin. Et ce sont les éditions du Robert qui m'ont challengée là-dessus et je me suis rendue compte qu'il n'y avait pas de date noir sur blanc qui résumait vraiment l'histoire du vin. Par exemple, je vais vous dire une.
Xavier Mauduit
Date qu'on connaît sans la connaître. C'est.
Laure Gasparotto
Le jeudi 7 avril 30. le jeudi 7 avril 30, pas 1930, mais 30. Le premier siècle ? C'est le premier siècle, et bien en fait c'est le jour où le Christ réunit la veille de la Passion ses disciples et dit, voilà, il a devant lui du pain, il dit prenez ce pain et mangez-en tous et prenez ce vin et buvez-en tous. C'est à partir de ce moment-là que le vin devient sacré dans le monde chrétien. C'est un geste qui est répété, donc c'est un jour qui change le monde du vin. C'est-à-dire qu'avant ce jeudi 7 avril 30, il n'y avait pas la transsubstantiation. Le vin est devenu le sang du Christ à partir de ce jour-là. Mais dans ce geste, il transmet aussi tout le sacré du vin qu'il a précédé. Parce que c'était du sacré qu'on retrouvait chez les Égyptiens. Les Égyptiens qui aussi participaient à l'Empire Perse. Parce que l'Empire Perse était l'empire le plus grand de tous les temps. et aller vraiment jusqu'aux portes de la.
Xavier Mauduit
Chine et englober à ce moment-là même la Géorgie actuelle. Donc en effet, l'Empire perse est à l'origine du monde du vin. Avec tant de signification pour le vin parce qu'il y a ce sens religieux, avec toute cette construction autour de la personne, de Jésus, Après, sur les dates, voilà, Jésus, quand est-il né, quand est-il mort ? Mais la symbolique est là, sachant que le dimanche, il y a la reproduction de ce geste avec le vin qui se transforme en sang. Mais il y a tant et tant de sens à donner au vin dans.
Narrator/Documentarian
L'Histoire. On a évoqué la convivialité, on a évoqué le raffinement aussi. Il y a aussi tout un aspect lié à la santé. Vers la fin du XVIe siècle, apparut une nouvelle forme d'utilisation du vin pour les soins médicaux. Se basant sur l'idée que cette boisson était une source de vie, quelques médecins lancèrent la mode des bains de vin, qui, allez croire, faisaient merveille dans les cas de dépression nerveuse ou d'affaiblissement général. Ils faisaient placer le malade dans une cuve remplie de vin nouveau, et on entassait sur lui des grappes non pressées, de façon que le corps fut complètement recouvert. Le patient devait rester une demi-heure dans la cuve, après quoi on le faisait sécher au soleil. Montaigne, qui expérimenta cette méthode sur lui-même pour soigner ses rhumatismes, en compte les bienfaits dans ses essais. La cure des bains de raisins en connut une nouvelle vogue. En 1776, voici ce que rapporte une gazette de Londres. L'or crête, qui depuis longues années souffrait de la goutte, vient de se guérir par.
Xavier Mauduit
Un procédé français extrêmement simple et à la portée de toutes les bourses. Ce noble l'or s'est tout simplement fait mettre en futail. En 1949, la radiodiffusion française se saisit du vin thérapeutique avec, il faut le rappeler, l'importance du vin comme soin éventuel. C'est pas pour rien que le Médoc porte le nom de Médoc. Dans cette histoire, Laure Gasparotto, il y a beaucoup de sens à donner au vin. Le piège est peut-être aussi la surinterprétation, l'application d'analyses valable dans un espace culturel sur d'autres espaces culturels. C'est ça aussi le danger et c'est pourquoi quand vous étudiez quand Lorient inventait le vin, il y a toute cette réflexion aussi sur ce que cela signifie le vin en Perse à ce moment-là, en France aujourd'hui en écho avec la Perse.
Laure Gasparotto
Mais l'importance du vin replacé dans un contexte culturel, c'est ça aussi qui est au cœur de la démarche pour approcher le vin. Le vin, en effet, prend plein de sens. Par exemple, si le mot vin a pu perdurer aujourd'hui dans le langage perse, enfin, dans le langage en Iran, en tout cas, on va dire ça comme ça, en Iran, le mot vin n'a pas pu être enlevé des textes par les molas. Et dans le Coran, il est toujours présent. Mais en fait, la signification qui est donnée par les religieux islamiques, c'est que le vin est cette boisson qui représente le paradis. Donc en fait, il y a plein de niveaux de lecture. Le vin n'est pas la boisson terrestre, le vin est cette boisson de l'amour en fait. Le vin signifie l'amour de Dieu, l'amour divin. Donc en fait, il y a plusieurs lectures différentes. Le vin peut représenter dans la poésie le soleil, l'amour, le paysage. Le vin a beaucoup de sens différents. Et aujourd'hui, peut-être qu'il y a dans la philosophie perse plusieurs climats. Parce que l'Empire Perse avait sept grandes régions et il y avait un huitième climat, qui n'est pas géographique et terrestre, mais ce huitième climat est en fait un lieu commun imaginaire. Et j'aime beaucoup, parce que c'est le mot climat, et ce mot climat qui, justement, appartient aussi au vignoble bourguignon. Et en fait, c'est un peu une épiphanie pour moi quand je me suis intéressée à l'histoire perse, parce que ce mot climat, ce n'est peut-être pas un hasard s'il fait partie de l'histoire viticole bourguignonne, parce qu'elle provient peut-être du Moyen-Âge. C'est en fait quand les moines cisterciens ont fait des recherches des lieux dits. Vraiment, il y a eu des recherches agronomiques. C'était des agronomes scientifiques qui notaient tout. C'était des recherches anonymes et sur plusieurs dizaines d'années parce qu'on sait bien que la vigne elle est là pour 100 ans et que la vie d'un homme ne suffit pas à faire des études sur une vigne. Donc, les agronomes cisterciens, eux, vraiment, ont fait des recherches sur plusieurs siècles. Et si aujourd'hui, il y a un seul cépage de rouge et un seul cépage de blanc en Bourgogne, c'est le résultat de recherches agronomiques de très longtemps. Et le climat, qui est aujourd'hui reconnu par l'UNESCO comme comme patrimoine mondial, c'est donc le résultat d'une civilisation aussi, ce mot climat. Et peut-être ce mot climat provient aussi de la culture perse et a été occidentalisé par les moines cisterciens. et donc représente aujourd'hui le climat, ce lieu imaginaire, et aussi ce lieu défini, vraiment une délimitation sur le terrain. Et c'est intéressant parce qu'aussi le mot paradis, qui est un mot perse, c'est le paradé. Le paradis, c'est un jardin délimité. Il y a cette notion de délimitation. La délimitation, c'est aussi celle qui est autour des cimetières. Le paradis est en fait un lieu délimité qui est sacré. Et donc le climat, qui est une vigne délimitée, a été sacré à un moment donné par des vignerons cisterciens. Le vin qui en résulte serait peut-être l'expression par les saveurs de quelque chose de divin. On peut vraiment extrapoler, peut-être que je surextrapole, mais je pense que les saveurs peuvent aussi transmettre quelque chose. Et ça peut être une leçon d'histoire. J'ai fait l'expérience, par exemple, de goûter 100 ans d'un domaine viticole. Par exemple, le château Talbot, de 1919 à 2019, j'ai goûté 100 ans de vin. Alors pas toutes les années, mais beaucoup de ces années-là. Donc j'ai fait un siècle d'histoire par mes papilles. Mais vous savez, c'était comme si je tournais un livre d'histoire. Parce que vous savez, même le 1945 que j'ai goûté de Talbot, il y a un mot, et je ne savais pas que c'était le 45 quand je l'ai goûté, C'est incroyable comme les saveurs peuvent véhiculer des mots. En tout cas, j'ai eu le mot « victorieux ». Je me suis dit, tiens, ce vin est victorieux parce qu'il avait quelque chose de très expressif, très vivant et très conquérant. Et on me dit justement c'est le 45. Et c'est incroyable parce que le vin de 45 véhiculait un mot par les saveurs. Et toutes les saveurs véhiculent quelque chose. C'est très étonnant parce que j'ai vraiment vu les modes aussi apparaître. La mode au début. Au début des années 90, la mode du goût boisé et qui a disparu en 2010. C'est extraordinaire parce qu'on peut voir vraiment par les saveurs aussi, c'est une lecture de notre société. Donc le vin est un langage, pour moi, universel qui communique des choses, des hommes, en tout cas peut-être une poésie, mais aussi des intentions en dehors des mots. Et je pense que pour avoir goûté des dizaines de milliers de vins dans ma vie maintenant, je pense que je peux vraiment, grâce au goût d'un vin, être en relation avec l'intention de son artisan. Et là, je vais aller encore plus loin, ça me rappelle un restaurateur de fresques romanes, un japonais, que j'ai rencontré en Bourgogne aussi. Il s'appelait Isao Takahashi. Il est décédé récemment. Mais Isao Takahashi était formé au Japon comme restaurateur de fresques japonaises. Et quand il a découvert l'art roman en Bourgogne, il est devenu très amoureux des églises romanes bourguignones. et il m'expliquait comment il faisait pour restaurer une fresque. Parce que parfois dans les fresques, il ne restait presque rien de la couleur d'origine, mais il pouvait rester toute une nuit avec des lumières à regarder, uniquement regarder, regarder la fresque pour essayer d'être en relation avec la personne qui avait peint les murs. En essayant de comprendre l'intention du créateur, il arrivait, touche par touche, à retrouver les couleurs, les formes, et peu à peu, il faisait réapparaître des dessins romans extraordinaires. Par l'histoire, on peut aussi l'atteindre par nos sens. Lui, c'était par la vue. L'observation est très importante. Quand on observe des paysages aussi, on peut observer l'histoire. Et moi, alors, il y.
Xavier Mauduit
A l'observation par le goût, les saveurs. Ça, c'est vraiment une lecture d'histoire aussi qui n'est pas beaucoup transmise, mais qui demande aussi une pratique. Oui, bien sûr, parce qu'il faut le rappeler, dans le vin.
Laure Gasparotto
Il y a de l'alcool et l'alcool se consomme.
Xavier Mauduit
Avec modération. Ici, dans l'évocation de ce siècle de vin que vous avez bu, nous étions où ? C'était Château Talbot, à Saint-Julien, dans le Bordelais. C'est dans le Bordelais, avec tant d'évocations autour du vin qui nous conduisent.
Poetry Reader
Et on l'a entendu tout à l'heure avec Omar Rahim, en poésie au XIIe siècle. Et moi, je vous propose de la poésie d'aujourd'hui, Georges Brassens. Avant de chanter ma vie, de faire des harangues Dans ma gueule de bois, j'ai tourné cette fois ma langue Je suis issu de gens qui étaient pas du genre sobre On compte que j'eus la tête et au jus d'octobre Mes parents ont dû me trouver au pied d'une souche Et non dans un chou comme ces gens plus ou moins louches En guise de sang, ô noblesse sang pareille Il coule en mon cœur La chaude liqueur, l'attraie Quand on est un sage Et qu'on a du savoir boire On se garde à vue En cas de soif, une poire Une poire ou deux Mais en forme de bonbon Au ventre replé, rempli du bon lait de l'automne. Jadis aux enfers, certes il a souffert tant à l'eux, Quand l'eau refusa d'arroser ses amidats. Être à soif et d'eau c'est triste mais faut bien dire Que l'être de vain c'est encore vingt fois pire Hélas il ne pleut jamais du gros bleu Qu'elle donne.
Xavier Mauduit
Du vin J'irai traire enfin les vaches Que vienne le temps Du vin coulant dans la Seine Les gens par milliers courront y noyer leur peine. Le vin chanté par Georges Brassens dans le cours de l'histoire, une émission réalisée par Sam Bakias avec aujourd'hui la technique Jean-Guy Lamège. Et aujourd'hui nous parlons du vin Lord Gasparotto. Le vin, nous l'entendons et vous nous l'expliquez comme trait d'union entre des civilisations. Le vin est en Orient né. Dans ce qui est d'aujourd'hui l'Iran, devenu dans notre civilisation cet élément incontournable pour saisir des millénaires d'histoires. Et puis, le vin, pour faire la paix. Si tu veux.
Laure Gasparotto
La paix, prépare le vin. Aidez-nous, l'orgasme paroto, dans ces périodes troublées. En quoi le vin peut-il nous aider à atteindre la paix ? Mais vous savez, la Pax Romana, par exemple, montrait que quand les Romains conquéraient des terres, ils disaient, mais en fait, vous savez, ce qu'on veut, c'est la paix. Et donc, la première chose qu'ils faisaient, c'était planter du vignoble. Pour dire d'abord, on sera là pour longtemps parce qu'on plante.
Xavier Mauduit
Une vigne au moins pour 100 ans. et aussi pour apporter une civilisation et des échanges, le respect aussi du lieu, l'expression du paysage qui est conquis. Pax Romana, quand Rome dicte les termes de la paix. C'est une émission du cours de l'histoire. Retrouvez sur franceculture.fr et l'appli Radio France. C'est une histoire de lieu, cette histoire de vin. C'est ça qui est aussi très important à saisir dans la longue histoire de l'humanité. Le moment où le vin est créé signifie que les humains s'arrêtent à.
Laure Gasparotto
Un endroit. Parce que la vigne pousse sous forme de lianes ici et là. Mais pour faire du vin, il faut la planter, la cultiver, la domestiquer. C'est ça, donc on sait aujourd'hui que le vin est concomitant de la sédentarisation humaine, donc correspond, et vraiment depuis le début. On est remonté maintenant à 11 500 ans. Peut-être que d'autres recherches prouveront que c'est encore plus ancien, parce que l'histoire, vous le savez, s'écrit sans cesse. Elle n'est pas écrite une fois pour toutes. Moi, il y a une trentaine d'années, quand j'ai commencé à m'intéresser à l'histoire du vin, on me disait que le vin datait de 6000 ans avant Jésus-Christ. Et tout à coup, il y a deux ans, on reculait encore ça de 2000 ans. Et ça, c'est extraordinaire parce qu'avec les moyens technologiques qu'on a aujourd'hui, c'est extrêmement excitant parce qu'on se dit, mais qu'est-ce qu'on va découvrir ? L'une des premières personnes à avoir fait des recherches archéologiques autour du vin, c'est un Américain qui s'appelle Patrick McGovern, et je recommande à tout le monde de lire son histoire du vin, qui est parue en France il y a une dizaine d'années. Quand j'ai lu ce livre, déjà, c'était une nouvelle histoire pour moi, parce qu'il avait, je crois, à l'université de Pennsylvanie, il avait trouvé des fonds aussi grâce à un grand vigneron de Californie qui s'appelle Mondavi, qui a largement financé les recherches de ce laboratoire et donc des recherches archéologiques où en Perse il a trouvé parmi les premiers objets, les plus anciens et donc il a pu prouver que c'était du vin, que vraiment c'est aussi en Perse qu'est né les premiers vins de l'histoire et c'est grâce à Patrick McGovern. La recherche continue et il y a beaucoup d'angles de recherche. Ce qu'on.
Xavier Mauduit
Disait tout à l'heure, ça peut être les mots, mais aussi grâce à l'étude génétique, on peut aller encore plus loin dans l'ancienneté du vin dans notre humanité. Dans l'ancienneté du vin, dans notre humanité, dans ce désir de paix, il y a la Pax Romana, bien sûr. Mais l'idée d'associer la paix et le vin.
Laure Gasparotto
Est une idée ancienne. C'est ce que vous montrez. Alors Gasparotto, si tu veux du vin, prépare la paix. C'est quelque chose que l'on retrouve au Moyen Âge. Oui, donc on parlait tout à l'heure des ducs d'Occident qui étaient un peu les maîtres, les ducs de Bourgogne, qui s'étaient autoproclamés ducs d'Occident et qui vendaient leur vin au pape.
Xavier Mauduit
En Avignon. Le vin et l'église, c'est aussi la transmission d'une paix. Il y avait du.
Bourville
Vignoble partout, autour des églises. C'était en effet le lieu de reconnaissance. Et sur la route des Grands Crus de Bourgogne, on croise un Grand Cru, c'est Meursault. Nous sommes ce soir à Meursault, dans une cave, comme il y en a beaucoup dans la région, et pour une manifestation, ma foi, qui s'avère fort sympathique. Bien sûr, on déguste beaucoup de vin, mais je crois que la particularité de cette soirée, c'est que les invités de marque sont ici. Il s'agit de Bourville et de Louis de Funès, qui tournent actuellement, comme vous le savez, la Grande Vanrouille à Meursault, sous la.
Laure Gasparotto
Direction de Gérard Houre. Comment vous trouvez.
Poetry Reader
Ce petit vin là ? C'est un.
Laure Gasparotto
Beaujolais. Oui mais comment vous le trouvez.
Narrator/Documentarian
? Vous êtes sûr que c'est un.
Laure Gasparotto
Beaujolais ? Je trouve dans mon verre parce que.
Bourville
Je suis lucide, je me rends compte.
Laure Gasparotto
Que ce vin là est dans mon.
Bourville
Verre alors je le trouve dans mon.
Louis de Funès
Verre. C'est ça que.
Laure Gasparotto
Vous voulez.
Narrator/Documentarian
Que je vous dise. Et vous Lutrinette, comment.
Bourville
Vous le trouvez ce petit vin ? Très bon, excellent, excellent. Vous vous êtes connaisseur Lutrinette ? Pas du tout, pas du tout. Un Beaujolais. Je sais goûter le bon vin quand même. Dites, là vous venez de terminer le film La Grande Bannerouille avec Jean-Henri.
Laure Gasparotto
Enfin vous ne le terminez pas mais vous le terminez.
Xavier Mauduit
À morceaux. Quels souvenirs vous allez emporter de la Bourgogne et plus particulièrement de ces petits coins de morceaux, de bônes, des coteaux de Bourgogne ? J'ai commandé du vin. C'est déjà des souvenirs. Bourville, mais incroyable Bourville quand même. Quelle gentillesse et sens de l'humour implacable. Et Louis de Funès, bien sûr, Bourgogne Actualité en 1966, Laura Gasparotto. Est-ce qu'au moment où, dans votre travail, vous allez à la rencontre, alors travail de journaliste pour le journal Le Monde ou alors d'autrice pour.
Laure Gasparotto
Tous ces ouvrages, à la rencontre des vignerons, des vigneronnes, vous sentez le poids de l'histoire, cette charge absolument immense ? qu'au moment où l'on fabrique du vin, nous nous inscrivons dans une histoire ancienne. Oui, il y a une responsabilité lourde. Souvent, elle peut être lourde, cette responsabilité. Là, vous parliez de Meursault. Alors, il n'y a pas de Grand Cru à Meursault. C'est un village où il n'y a pas de Grand Cru. Il y a des premiers crus, mais pas de Grand Cru. Mais quand, par exemple, on est vigneron à Meursault, On hérite déjà d'une vigne délimitée par des prédécesseurs et on hérite aussi du cépage chardonnay. Tout ça est très cadré. Donc déjà on a passé et on doit trouver, nous en tant que contemporains, une liberté dans ce cadre très délimité. Et donc le vigneron de Meursault doit être un maillon de la chaîne en fait. Il sait qu'il y a eu des prédécesseurs et il sait qu'il va transmettre. C'est formidable parce que quand aujourd'hui je vois des vignerons planter de la vigne alors que d'autres arrachent ou il y a une déconsommation vertigineuse du vin, quand un vigneron aujourd'hui plante de la vigne, ça montre à quel point il a de l'espoir. ou même, là, je voyais des images d'un vigneron israélien qui plante de la vigne, il dit « je crois en mon pays ». Donc, planter de la vigne, c'est une signification qui prouve qu'on va se projeter. Moi, je me souviens quand j'avais une maison de famille dans le Frontonnet, dont mon père a hérité, à un moment, et je lui disais on avait un peu de terre et j'ai dit moi j'adorerais planter de la vigne. Et la maison appartenait à lui et à sa sœur. Et du coup il en a discuté avec sa sœur et en fait le fait que je veuille planter de la vigne a accéléré la vente de la maison et la séparation. C'est intéressant parce que à partir du moment où on plante, on se projette et on s'engage. Et donc ça fait poser les bonnes questions dès le départ. Et quand un vigneron hérite et qui doit transmettre, ça peut être très très lourd. Aujourd'hui on assiste à des choses dramatiques dans le monde vivant parce que c'est tellement lourd que c'est presque insupportable. Et il y a des périodes où c'est plus compliqué que d'autres d'hériter de ça. Heureusement, Heureusement, il y a des néo-vignerons aussi qui transmettent la poésie, l'histoire. C'est exactement ce que j'aime aussi dans l'histoire de Masrouf Makaremi. C'est qu'il hérite d'une histoire très très lourde et il l'allège avec la création de son vin. Il transmet de la poésie, il transmet de la joie de vivre. Aucune amertume en fait. C'est ça qui m'a... Alors qu'il a une histoire beaucoup plus lourde que beaucoup. Le vin lui a permis de.
Xavier Mauduit
Digérer l'histoire familiale et de la projeter vers une inconnue, mais quelque chose d'esthétique et de beau, de poétique, qu'il souhaite transmettre à ses enfants. Voilà, ça fait partie de cette transmission de paix et d'espoir aussi. Oui, parce qu'avec la vigne, il y a.
Laure Gasparotto
L'Idée de racine et puis il.
Raphaël Laloum
Y a.
Xavier Mauduit
L'Idée aussi de transmission parce que tout cela, ce sont des lieux et puis ce sont des déplacements et ce sont des gens aussi. C'est ce qui nous intéresse. France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Laure Gasparotto, vous êtes aussi l'autrice de cet ouvrage Vigneron, au singulier, avec ce sous-titre « Quitter Paris, changer de vie et créer de son vin ». Au moins, comme ça, c'est tout un programme qui est mis en place. Vous nous avez évoqué ce changement.
Laure Gasparotto
Majeur depuis les années 1990 dans la manière de fabriquer le vin. Vous nous avez dit qu'il y a comme des gestes millénaires qui se reproduisent jusqu'à il y a quelques décennies. Quel est ce changement ? Alors ce changement, je dirais, c'est vraiment la scientification, je ne sais pas si on dit ça comme ça, mais en tout cas l'onologie a apporté beaucoup de précision, ça c'est plutôt bien parce que Les vins sont bons maintenant d'année en année, mais peut-être manque aussi d'âme ou d'intuition qui n'est pas véhiculée. C'est-à-dire que souvent les grands vins d'aujourd'hui sont faits par des vignerons qui ont acquis la technique, mais qui sont bien au-delà de la technique, et qui ont confiance en eux aussi, pour par exemple décider d'un jour de vendange, sans que ce soit l'analyse biologique qui lui dit, là les équilibres de la plante font que c'est aujourd'hui que le vin est mûr. Il y a une maturité que l'homme peut percevoir simplement par son palais. Il suffit de goûter le raisin, de croquer le raisin, voir si le pépin est mûr. Et en fait ça c'est un instinct animal. C'est pas pour rien que les oiseaux ou les sangliers vont manger les raisins juste quelques jours avant les vendanges parce qu'ils savent que le raisin est mûr à ce moment-là. Il n'y a pas besoin d'une analyse de laboratoire pour le dire. Mais aujourd'hui, peut-être qu'on a plus confiance en soi et en ses sens pour faire du bon vin. Et c'est en ça que je trouve qu'il y a parfois une homogénéisation du goût du vin parce qu'on fait trop confiance à son oenologue et plus à soi-même. Alors qu'il devrait y avoir un dialogue, parce que l'oenologue est très important évidemment, mais il devrait y avoir un dialogue beaucoup plus entre l'oenologue et le vigneron pour que le sens humain du vin reste. Parce que le vin restera vin, il sera poétique et toujours un intérêt pour moi s'il ne devient pas agroalimentaire. Si on industrialise le vin comme en réalité on l'a fait, on perd le goût du vin, on perd le sens du vin. Et en fait, le sens du vin, c'est le sens du lieu. Moi, ce qui m'intéresse, c'est les vins de lieu. Et les vins de lieu ne peuvent exister que parce qu'un homme exprime son lieu et connaît si bien son lieu qu'il connaît la différence entre un morceau charme et un morceau bouchère. Et ça, c'est vraiment parce qu'il connaît son paysage qu'il va réussir à trouver comment exprimer son lieu. Et quand je dis ça, ce n'est pas de la poésie. C'est vraiment... Ça passe par des gestes. des gestes d'artisans, des gestes... c'est un savoir-faire qui est lié à un lieu. C'est les us et coutumes, vous savez, les us et coutumes qui dépendent des.
Xavier Mauduit
Lieux. Et, or, aujourd'hui, les us et coutumes, en fait, se sont hétérogènes... uniformisés. Et on retrouve parfois des dates de vendanges qui sont pareilles à Bordeaux qu'en Bourgogne, alors que ça.
Laure Gasparotto
Ne devrait pas du tout être le cas. Et d'ailleurs les bancs de vendanges qui pendant si longtemps ont rythmé le calendrier, c'était le moment où dans une communauté il était décidé que voilà c'est le jour de la vendange. Oui c'est très intéressant parce qu'aujourd'hui les climatologues se réfèrent aux bancs des vendanges pour voir justement.
Xavier Mauduit
Les changements climatiques. C'est très intéressant parce que La date des vendanges est aussi un outil d'historien. Un outil d'historien du climat, par exemple. Ça c'est aussi un aspect du monde du vin qui est très intéressant pour nos contemporains. Comment un livre comme Quand l'Orient inventait le vin, l'or gasparotto peut-il être reçu ? Parce qu'il y a toujours cette complexité de lier civilisation, religion et puis ces pratiques, sachant que le vin est très présent en Orient, en Perse, en Iran depuis si longtemps.
Laure Gasparotto
Il y a une approche difficile au sens où vous prenez des précautions, on réfléchit bien au cadre à donner pour le dire autrement. C'est plus facile de parler de vin en Bourgogne ou dans le Bordelais qu'en parler pour l'Iran. Alors, écoutez, il n'a pas été traduit en farsi, mon livre non plus, mais en tout cas, il y a une communauté iranienne qui est très contente que ce livre existe. Avec les éditions Grasset, on a lancé le vin, justement, le 5 novembre dernier dans une librairie perse à Paris, où il y a toute une communauté perse qui est venue. et qui était vraiment heureuse de redécouvrir sa propre histoire. Et même une jeune femme est venue me dire, je suis tellement contente de pouvoir dire à mes amis français, mais vous savez, ce n'est pas vous qui avez inventé le vin.
Xavier Mauduit
Et donc c'est aussi redonner son histoire à ceux qui le méritent. Donc non, il n'y a pas de précaution particulière parce que c'est juste rendre à César ce qu'il y a à César et là plus loin que César justement. Adarius ce qu'il y a à Darius, Assyrus ce qu'il y a à Assyrus. Dans la chanson de Georges Brassens sur le vin, Un prince saint se disait, quand on est sage, qu'on a du savoir boire. C'est ça aussi, le vin, c'est une forme.
Laure Gasparotto
De sagesse parce qu'il faut consommer avec modération. L'échange, c'est un moment de convivialité. On sait combien tout ce qui est échange est riche d'enrichissement pour les uns et les autres échanger dans la sagesse. Mais savoir boire aussi, c'est important. Oui, parce que le vin est codifié. En effet, la consommation du vin a toujours été codifiée. Même en Géorgie, il y a des milliers d'années, il y avait ce qu'on appelait le Tamada. Le Tamada, c'était le maître de.
Xavier Mauduit
La table. Et c'est lui qui codifiait quand on buvait du vin. Tamada, c'est Mada, c'est la table. Ta, c'est la tête de la table. Et ce personnage était celui qui rythmait le nombre de verres qu'on devait boire à table. Voilà, au moins comme ça. C'était un vers, ça va, trois vers. Bonjour les dégâts. Tamada, c'est beaucoup plus joli et beaucoup plus poétique pour l'évoquer comme votre démarche. Lorsque Gaspar Otto, à travers vos ouvrages dans les éditions Le Robert, il y.
Laure Gasparotto
A le.
Louis de Funès
Vin un peu beaucoup passionnément. Et chez.
Laure Gasparotto
Grasset, on va trouver vos ouvrages, notamment.
Poetry Reader
Quand l'Oriente inventait le vin, ses origines.
Louis de Funès
Iraniennes pour être anachronique et du vin.
Laure Gasparotto
Merci vivement à vous d'être venu dans.
Xavier Mauduit
Le cours de l'histoire. Merci beaucoup. Un mijot pour ce vieil refrain Entonnons tous avec ferveur Répétons ce joyeux refrain In.
Laure Gasparotto
Filo veritas In filo veritas Dans le.
Xavier Mauduit
Mal et la vérité Dans le mal et la vérité In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino.
Louis de Funès
Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In In Vino Veritas ! In In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! In Vino Veritas ! Et si le temps était un instrument de pouvoir ? Déjà au Moyen-Âge, entre les cloches des églises et les premiers reloges publics, on sait que celui qui contrôle le temps domine les autres. Une histoire qui résonne étrangement avec nos smartphones et nos agendas surchargés. Au Moyen-Âge, le temps appartient d'abord à Dieu. Les cloches scandent la journée avec huit moments sacrés. Matines, Laudes, Primes, Tierces, Sextes, Nonnes, Vepres, Complis. Ces heures ne tombent pas à intervalles fixes. Elles suivent la lumière naturelle et changent donc selon les saisons. Les cloches ne règlent pas seulement la vie des moines. Elles structurent aussi le quotidien de tous. Le temps de travail des paysans, les repas et bien sûr les prières. Dans un monde sans heures précises, ce sont souvent les seuls repères temporels. Bien sûr, il existe d'autres instruments pour mesurer le temps. Le cadran solaire, quand il fait beau et pas la nuit. Ou la clepsydre, le sablier ou la chandelle graduée, utiles mais capricieux. On mesure parfois le temps en récitant des prières. Dans les manuels de recettes, une durée de cuisson correspond à un certain nombre d'Ave Maria. A condition de ne pas trop traîner, sinon vos pâtes seront trop cuites. Et puis vient une révolution. À la fin du XIIIe siècle, apparaissent les premiers horloges mécaniques dans le nord de la France et en Angleterre, puis en Italie, en Allemagne et ailleurs en Europe. Cette invention devient possible grâce au progrès du travail du métal et surtout grâce à un nouveau mécanisme capable de faire tourner les engrenages de manière régulière. Ces horloges sont énormes, peu précises, mais bien visibles sur les tours, les béfois et les cathédrales. Le temps quitte les monastères pour entrer dans les villes. Et avec l'essor de la nouvelle classe citadine, la bourgeoisie, on invente même la cloche du travail, qui marque l'ouverture et la fermeture des activités. La ville médiévale s'invente en tant que collectif, régulateur affiché sur les lieux de pouvoir. Très vite, contrôler le temps devient un enjeu de pouvoir, disputé entre autorités politiques et religieuses. A 1370, le roi Charles V commande une horloge pour le palais de la cité, Paris a sa première grande horloge publique. Dans le royaume, les autres sont censés se régler sur elle, en théorie du moins. C'est une tentative d'imposer un temps unifié, monopole, non plus de l'église, mais du roi. Peu à peu, la mesure du temps devient aussi un privilège individuel, avec les horloges domestiques, puis au début du 16e siècle, avec des montres de poche. On peut littéralement importer l'heure sur soi. Bien avant Benjamin Franklin et son Time is Money, le Moyen Âge avait compris que celui qui.
Xavier Mauduit
Contrôle l'heure contrôle les autres. Et aujourd'hui, nos montres ont remplacé les cloches, nos smartphones les horloges de baie-froid, nous courons de plus en plus. Mais la prochaine fois qu'on vous demande l'heure, arrêtez-vous un instant. Vous ne donnez pas juste des chiffres, mais un.
Date: January 9, 2026
Host: Xavier Mauduit (France Culture)
Guest: Laure Gasparotto (journalist, author, wine historian)
This episode of “Le Cours de l’histoire” explores the profound and millennia-old relationship between wine, civilization, and history, through the lens of Laure Gasparotto’s research and writing. Tracing a journey from medieval Burgundy to ancient Persia and modern diasporas, the discussion highlights how wine serves as a mirror to social, cultural, and even political evolution, acting as both symbol and transmission belt between epochs and peoples.
The conversation is erudite yet accessible, blending academic insight with vivid anecdotes and poetic language. Gasparotto’s approach is passionnée, but always respectful of nuance and cultural specificity. Xavier Mauduit guides the discussion with gentle humor and curiosity, while literary and historical interludes (poetry readings, archival audio) punctuate the narrative with moments of reflection and emotion.
This rich and multilayered episode offers listeners a vibrant interplay between sensory experience, historical inquiry, and poetic imagination—all centered around the eternal glass of wine.