Laure Gasparotto (26:59)
Mais l'importance du vin replacé dans un contexte culturel, c'est ça aussi qui est au cœur de la démarche pour approcher le vin. Le vin, en effet, prend plein de sens. Par exemple, si le mot vin a pu perdurer aujourd'hui dans le langage perse, enfin, dans le langage en Iran, en tout cas, on va dire ça comme ça, en Iran, le mot vin n'a pas pu être enlevé des textes par les molas. Et dans le Coran, il est toujours présent. Mais en fait, la signification qui est donnée par les religieux islamiques, c'est que le vin est cette boisson qui représente le paradis. Donc en fait, il y a plein de niveaux de lecture. Le vin n'est pas la boisson terrestre, le vin est cette boisson de l'amour en fait. Le vin signifie l'amour de Dieu, l'amour divin. Donc en fait, il y a plusieurs lectures différentes. Le vin peut représenter dans la poésie le soleil, l'amour, le paysage. Le vin a beaucoup de sens différents. Et aujourd'hui, peut-être qu'il y a dans la philosophie perse plusieurs climats. Parce que l'Empire Perse avait sept grandes régions et il y avait un huitième climat, qui n'est pas géographique et terrestre, mais ce huitième climat est en fait un lieu commun imaginaire. Et j'aime beaucoup, parce que c'est le mot climat, et ce mot climat qui, justement, appartient aussi au vignoble bourguignon. Et en fait, c'est un peu une épiphanie pour moi quand je me suis intéressée à l'histoire perse, parce que ce mot climat, ce n'est peut-être pas un hasard s'il fait partie de l'histoire viticole bourguignonne, parce qu'elle provient peut-être du Moyen-Âge. C'est en fait quand les moines cisterciens ont fait des recherches des lieux dits. Vraiment, il y a eu des recherches agronomiques. C'était des agronomes scientifiques qui notaient tout. C'était des recherches anonymes et sur plusieurs dizaines d'années parce qu'on sait bien que la vigne elle est là pour 100 ans et que la vie d'un homme ne suffit pas à faire des études sur une vigne. Donc, les agronomes cisterciens, eux, vraiment, ont fait des recherches sur plusieurs siècles. Et si aujourd'hui, il y a un seul cépage de rouge et un seul cépage de blanc en Bourgogne, c'est le résultat de recherches agronomiques de très longtemps. Et le climat, qui est aujourd'hui reconnu par l'UNESCO comme comme patrimoine mondial, c'est donc le résultat d'une civilisation aussi, ce mot climat. Et peut-être ce mot climat provient aussi de la culture perse et a été occidentalisé par les moines cisterciens. et donc représente aujourd'hui le climat, ce lieu imaginaire, et aussi ce lieu défini, vraiment une délimitation sur le terrain. Et c'est intéressant parce qu'aussi le mot paradis, qui est un mot perse, c'est le paradé. Le paradis, c'est un jardin délimité. Il y a cette notion de délimitation. La délimitation, c'est aussi celle qui est autour des cimetières. Le paradis est en fait un lieu délimité qui est sacré. Et donc le climat, qui est une vigne délimitée, a été sacré à un moment donné par des vignerons cisterciens. Le vin qui en résulte serait peut-être l'expression par les saveurs de quelque chose de divin. On peut vraiment extrapoler, peut-être que je surextrapole, mais je pense que les saveurs peuvent aussi transmettre quelque chose. Et ça peut être une leçon d'histoire. J'ai fait l'expérience, par exemple, de goûter 100 ans d'un domaine viticole. Par exemple, le château Talbot, de 1919 à 2019, j'ai goûté 100 ans de vin. Alors pas toutes les années, mais beaucoup de ces années-là. Donc j'ai fait un siècle d'histoire par mes papilles. Mais vous savez, c'était comme si je tournais un livre d'histoire. Parce que vous savez, même le 1945 que j'ai goûté de Talbot, il y a un mot, et je ne savais pas que c'était le 45 quand je l'ai goûté, C'est incroyable comme les saveurs peuvent véhiculer des mots. En tout cas, j'ai eu le mot « victorieux ». Je me suis dit, tiens, ce vin est victorieux parce qu'il avait quelque chose de très expressif, très vivant et très conquérant. Et on me dit justement c'est le 45. Et c'est incroyable parce que le vin de 45 véhiculait un mot par les saveurs. Et toutes les saveurs véhiculent quelque chose. C'est très étonnant parce que j'ai vraiment vu les modes aussi apparaître. La mode au début. Au début des années 90, la mode du goût boisé et qui a disparu en 2010. C'est extraordinaire parce qu'on peut voir vraiment par les saveurs aussi, c'est une lecture de notre société. Donc le vin est un langage, pour moi, universel qui communique des choses, des hommes, en tout cas peut-être une poésie, mais aussi des intentions en dehors des mots. Et je pense que pour avoir goûté des dizaines de milliers de vins dans ma vie maintenant, je pense que je peux vraiment, grâce au goût d'un vin, être en relation avec l'intention de son artisan. Et là, je vais aller encore plus loin, ça me rappelle un restaurateur de fresques romanes, un japonais, que j'ai rencontré en Bourgogne aussi. Il s'appelait Isao Takahashi. Il est décédé récemment. Mais Isao Takahashi était formé au Japon comme restaurateur de fresques japonaises. Et quand il a découvert l'art roman en Bourgogne, il est devenu très amoureux des églises romanes bourguignones. et il m'expliquait comment il faisait pour restaurer une fresque. Parce que parfois dans les fresques, il ne restait presque rien de la couleur d'origine, mais il pouvait rester toute une nuit avec des lumières à regarder, uniquement regarder, regarder la fresque pour essayer d'être en relation avec la personne qui avait peint les murs. En essayant de comprendre l'intention du créateur, il arrivait, touche par touche, à retrouver les couleurs, les formes, et peu à peu, il faisait réapparaître des dessins romans extraordinaires. Par l'histoire, on peut aussi l'atteindre par nos sens. Lui, c'était par la vue. L'observation est très importante. Quand on observe des paysages aussi, on peut observer l'histoire. Et moi, alors, il y.