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À l'ère post-MeToo, le consentement est au cœur du débat public et des questions pénales. Mais ce débat est-il nouveau ? Pas vraiment. Il a plus de 8 siècles. Au XIIe siècle, le mariage devient un sacrement. Avant, c'est essentiellement une affaire de famille, de patrimoine. Mais l'Église l'encadre, le codifie. Elle pose une exigence nouvelle, le consentement libre et mutuel des époux. C'est un moine juriste, Gracien, qui l'écrit noir sur blanc. A Bologne, vers 1140, c'est le consentement qui fait le mariage. Dans son Decretum, le décret, un texte monumental qui devient la base du droit canonique médiéval. C'est le oui qui compte. Ou plutôt les deux oui. Pas la cérémonie, pas même l'acte sexuel, non concubitus sed consensus. Ce n'est pas l'union charnelle, mais le consentement qui fonde le mariage. Ainsi tranche l'Église. Et sans consentement, un mariage arrangé peut être refusé, voire annulé. C'est une révolution juridique. Le oui de la femme compte autant que celui de l'homme. Et un couple qui se dit oui est marié, même sans prêtre, sans témoin, même dans un jardin ou dans une chambre à coucher. Mais à 1215, le concile de Latran IV vient encadrer ce principe. Désormais, il faudra l'annonce publique, les témoins pourraient entendre les « oui », un prêtre, fini ou presque, les mariages clandestins. Le mariage moderne est né avec les invités, les repas sans fin et la belle-mère, bien sûr. Et en dehors du mariage, l'idée de consentement surgit dans ce contexte juridique, s'étend et ressurgit ailleurs. Par exemple, dans une étonnante encyclopédie de la légende du roi Arthur du XVe siècle. Le manuscrit conserve les biographies et les portraits des Chevaliers de la Table Ronde, mais aussi leurs serments, les 20 règles qu'ils doivent jurer de respecter. Voici la 20e. Il ne devait jamais prendre pour eux ni toucher aucune dame ou demoiselle, même s'il l'avait conquise par la force des armes, si elle n'en avait pas le désir et n'était pas consentante. Il ne faut jamais les toucher, à moins qu'elle n'en exprime le désir. Le mot consentante figure tel quel en ancien français. C'est étonnamment moderne. Ce texte médiéval est l'ancêtre de nos débats actuels sur le consentement sexuel. Bien sûr, les Chevaliers de la Table Ronde incarnent un idéal, pas la réalité, et le Moyen-Âge est une époque d'inégalité et de violence. Mais il mérite mieux que le vieux slogan « On n'est plus au Moyen-Âge », qu'on lit encore dans les manifs. Car le consentement a été inscrit dans les textes juridiques, huit siècles avant qu'ils ne le soient dans le Code civil. et car les chevaliers du roi Arthur, eux, juraient de le respecter. Et 800 ans après, on en est encore là ? Alors sortez vos pincardes et vos hashtags. Vive la table ronde. Hashtag consentement depuis mi-540.
