
Le film documentaire, une force pour transmettre l'histoire
Loading summary
Xavier Mauduit
France Culture.
Joël Alazard
Le cours de l'histoire.
Virginie Linard
Xavier Mauduit.
Muriel Domenach
Le film documentaire pour transmettre l'histoire, c'est la force des docs, c'est parlons stratégie, c'est regarder ensemble aussi une histoire de fraternité générale pour construire des actions culturelles afin de recréer ces solidarités si fragiles face au clivage qui mine notre société pour les enseignants, pour les enseignantes mais aussi pour les élèves bien sûr et globalement pour tout le monde au contact citoyen-citoyenne. Est-ce que vous êtes content de l'enseignement de l'Histoire que vous avez reçu à l'école ?
Virginie Linard
Pas très, non.
Muriel Domenach
Je suis lamentable dans l'Histoire.
Xavier Mauduit
Et pour quelles raisons ?
Muriel Domenach
C'est une matière qui ne vous intéressait pas ?
Virginie Linard
Non, c'est sans doute une question d'enseignement, de façon d'être enseignée.
Muriel Domenach
Et quelle était la façon dont vous vous enseignez ?
Virginie Linard
Très traditionnelle.
Muriel Domenach
Par exemple, on nous disait, vous apprendrez telle page. Là, on apprenait par cœur, on récitait par cœur. À l'école, sur le plan régional, on n'a pas appris grand chose.
Virginie Linard
Ce n'est pas une science exacte, l'histoire, d'abord.
Muriel Domenach
Au point de vue pédagogique, vous pensez qu'il y a eu une évolution ? Oui, je pense. Je crois que maintenant, les jeunes s'intéressent davantage à ces choses-là.
Virginie Linard
Les jeunes, c'est toujours pareil, l'histoire ne les intéresse pas. Regarder des émissions de télé historiques, ça a toujours beaucoup de succès.
Muriel Domenach
Les émissions de radio aussi ont beaucoup de succès. Merci à toutes, merci à tous. C'était l'émission Aujourd'hui Madame en 1977. Joëlla Nazar, ça vous fait sourire quand on entend ça.
Joël Alazard
Oui évidemment Xavier, je pense que la situation a quand même radicalement changé parce que même si on continue à transmettre l'histoire par le récit et par un enseignement finalement classique, on a aussi des situations d'enseignement très variées à présent quand même.
Muriel Domenach
Oui, il faut le rappeler Joël Alazard, vous êtes professeur de chair supérieure en histoire et vous êtes la présidente de l'association des professeurs d'histoire-géographie, l'APAG. Aujourd'hui avec nous dans le cours de l'histoire, Virginie Linard, bonjour.
Virginie Linard
Bonjour.
Muriel Domenach
Écrivaine, réalisatrice de documentaires, vous êtes une de celles qui ont porté ce projet absolument fou, la force des docs. Ces docs, ce sont les films documentaires. Vous pouvez nous le présenter ce projet ?
Virginie Linard
Oui, en fait, nous sommes quelques-unes réalisatrices, Ruth Gilbertman, Alice Cohen, moi-même, une productrice, Karine Rusniewski, et Muriel Domenach avec Parlons Stratégie. Et on a toutes fait le constat qu'on nous dit beaucoup que les jeunes ne s'intéressent plus aux documentaires. l'histoire on verra, et qu'ils ne regardent pas la télé. Or nous sommes toutes des réalisatrices du service public, de télévision, nous croyons en ce média, et nous croyons en la force de nos films, pour restaurer du débat, de la contradiction. On n'est pas obligé d'être d'accord, mais on pense qu'il faut être informé. Et dans ce monde où les fake news, les réseaux sociaux font, à notre avis, des ravages, on s'est dit qu'on avait finalement un outil, à peu près le seul qu'on ait, c'était nos films, et qu'on allait les proposer de manière bénévole, gratuite, aux professeurs d'histoire-géo, en première, en terminale, des lycées technologiques, professionnels, généraux, qu'ils auraient accès à une plateforme. Avec une cinquantaine de films, là je voudrais rendre hommage à tous mes collègues réalisatrices et réalisateurs qui ont dit ok, qui nous ont passé les liens Vimeo gratuitement de leurs films. Tout ça est gratuit, tout ça est bénévole. On a cette plateforme, les professeurs ont une liste de films, une cinquantaine, on leur fournit un film. Les thèmes antiques sont très variés et elles sont liées évidemment aux enjeux de notre société aujourd'hui. Ça peut être l'histoire de la Shoah, ça peut être l'Ukraine, ça peut être les fake news. Et après que les professeurs aient travaillé un moment dans ces classes sur les films, on envoie gratuitement le réalisateur ou la réalisatrice. Dernier point, on veut toucher les lycées plutôt isolés. On ne cherche pas vraiment, forcément, à aller au centre de Paris, au centre de Bordeaux, au centre de Lille, là où la culture, disons, et le débat, est plus accessible. On aimerait aller parler à tout le monde. Et l'idée, encore une fois, c'est de réintroduire du débat. C'est au contact citoyen-citoyenne. On est là. On fait des films. Nous aussi, on se bat. On se bat pour les valeurs de la République. Et j'en profite pour vous dire que je suis très reconnaissante de cette invitation parce que je pense qu'on a besoin des médias dans ce combat.
Muriel Domenach
Ah oui, c'est un travail, plutôt une aventure qui se fait main dans la main. Qu'il s'agisse des enseignants, des enseignantes, des universitaires également. Et diffuser le savoir de l'université, c'est aussi une mission du service public. Donc je pense qu'on est tous ici vraiment sur cette même volonté de diffuser le savoir et de permettre le débat serein, le débat réfléchi à partir d'arguments. Muriel Domenac, bonjour !
Xavier Mauduit
Bonjour.
Muriel Domenach
Vous êtes là vous aussi parce que Virginie Lénard vient de vous citer. Vous êtes dans cette aventure, vous êtes haute fonctionnaire, vous avez été ambassadrice de France auprès de l'OTAN et vous, vous portez cette initiative de Parlons Stratégie. Alors Parlons Stratégie, si on y met un point d'exclamation d'un seul coup, ça fait réfléchir en disant mais de quoi s'agit-il ? C'est quoi Parlons Stratégie ? C'est un jeu de rôle pour les jeunes ?
Xavier Mauduit
Merci Xavier. Parlons stratégie, c'est parler citoyenneté. Et parler citoyenneté, c'est ce qui nous réunit à la fois Virginie Linard, Trusil Berman, Alice Cohen, Carice Rusnevski, qui ont initié la force des DOC, mais également l'association qui nous porte, Fraternité Générale, qui avait été créée par Fabienne Servan-Schreiber et Abdeynour Bidar après les attentats de 2015. Et faire citoyenneté, c'est ce qui nous a amené à coopérer avec l'association des profs d'histoire-géo, puisque les profs d'histoire-géo sont en première ligne sous le contrôle de sa présidente Joël Alazard, l'association. Les profs d'histoire géo le saient bien, ils sont en première ligne sur les sujets de société. Or, les enjeux géopolitiques font partie des sujets de société. Bon, on peut regretter ceux d'entre nous qui sommes des praticiens, techniciens de la géopolitique. Comme toujours, quand vous connaissez un sujet, vous avez l'impression que quand il arrive sur la place publique, il donne lieu à des fortes polarisations. On a vu hier les propos du chef d'état-major des armées, Fabien Mandon, disons la vérité, c'est-à-dire que la Russie nous menace et ça donne nu à des fortes polémiques. En même temps, c'est comme ça, c'est sur la place publique, ça intéresse les jeunes. Et en fait, la dynamique des réseaux sociaux est telle que quand ils arrivent en cours, ils se sont déjà hyper informés sur telle ou telle crise géopolitique et pas toujours bien. Alors, ce qu'on fait avec Parlons Stratégie, dans le même esprit que mes collègues, c'est de mettre à disposition des jeunes et en lien avec les profs d'histoire géo, des contenus et des intervenants.
Muriel Domenach
Oui, parce que nous avons des jeunes qui sont très bien informés. Joël Alazard, il faut le rappeler, nous ne sommes pas sur une jeunesse complètement enfermée dans un monde irréel qui serait fait de jeux vidéo. Non, on a une jeunesse qui est très informée de ce qui se passe. Alors après, la question, c'est où chercher.
Joël Alazard
L'Information Oui, on a une jeunesse très réactive, très informée et parfois désinformée aussi, ? ce qui est un vrai problème pour nous. Alors on est très heureux justement quand dans une classe des questions nous sont posées sur des éléments sur lesquels on peut revenir avec eux, sur lesquels on peut opposer un savoir critique construit sur des documents, etc. Mais il faut beaucoup de temps pour déconstruire. Et les sujets que nous enseignons sont extrêmement variés, c'est pour ça que l'appel à des spécialistes aussi peut être tout à fait précieux en fait. Nous on est vraiment très heureux de cette initiative. On trouve que des réalisateurs, des réalisatrices qui viennent dans les classes, des hauts fonctionnaires, des spécialistes de relations internationales, de géopolitique, qui viennent appuyer les profs, en fait, c'est un symbole magnifique. Et puis derrière le symbole, il y a toutes les rencontres, en fait, et tout ce qui peut survenir à partir du travail qui a été fait en classe, à partir de la rencontre, les horizons qui s'ouvrent. C'est vraiment une initiative citoyenne formidable.
Muriel Domenach
Virginie Linard, initiative citoyenne formidable parce qu'on l'entend depuis que vous avez toutes les trois pu prendre la parole. Ici, ce sont ces mots-là qui vont bien au-delà simplement de la transmission du savoir. La transmission du savoir est là, mais c'est plutôt cette réflexion, vraiment initiative citoyenne.
Virginie Linard
Certes, mais c'est vrai que la transmission du savoir, à mon avis, c'est un combat majeur actuellement, surtout auprès des jeunes citoyens, c'est-à-dire les citoyens qui sont appelés à s'engager dans la vie publique, dans leur vie professionnelle, dans leur vie intime. Comment être avec sa femme ? Que penser des informations ? Que penser du monde qui nous entoure ? Est-ce que Poutine, il assure, comme on peut entendre ? Est-ce que Poutine, c'est le plus fort, il se fait respecter ? Ou est-ce que Poutine est un vrai danger ? C'est une question. Est-ce que le conflit israélo-palestinien ne mérite pas d'être vu à l'aune de son histoire ? Et pas seulement à travers les réseaux sociaux. J'ai été très très marquée parce que Il se trouve que j'ai des enfants qui ont l'âge de ceux auxquels on s'adresse, avec haut contact citoyen-citoyenne, et l'un des meilleurs copains de mon fils un jour est arrivé à la maison, et il sait évidemment que je fais des documentaires d'histoire, et il me dit je voudrais te montrer un truc que j'ai pas compris. Et il me montre sur TikTok, c'était une vidéo, juste après le match aux Pays-Bas, avec l'équipe israélienne, où des supporters israéliens étaient passés à tabac, et ça avait été monté avec l'hymne national israélien, en rythme, le montage et les coups. Et il me dit, c'est quand même rigolo ce truc-là. Comment voulez-vous qu'un mome décrypte Une chose pareille. Donc voilà, je suis repartie. En fait, c'est ça, je crois, qu'on veut faire, nous, les réalisateurs. Si on nous dit que les mômes ne regardent plus nos films, on va leur en proposer des super chouettes. Parce qu'en tout cas, ce que je remarque, c'est quand on leur montre nos films, quand ils ont le temps, parce qu'ils prennent le temps, c'est un public captif et finalement c'est bien d'être captif de temps en temps pour ouvrir son esprit. Quand ils prennent le temps de découvrir, et bien ils trouvent ça fascinant. Et puis après ça peut aussi déboucher sur des rencontres effectivement, comment on devient réalisateur madame, comment on devient réalisatrice, comment vous avez fait le journalisme et tout ça, tout ça c'est formidable.
Muriel Domenach
Donc pour bien saisir, il y a une plateforme qui s'appelle Au contact citoyen citoyenne. Ça, c'est la grande plateforme à l'intérieur de laquelle nous allons trouver des ramifications. Elles sont nombreuses, mais nous l'avons parlé. Il y a donc la force des docs. Il y a état de droit. Il y a regarder ensemble. Il y a parlons stratégie. Nous évoquons aussi la destination de cette plateforme. On parle beaucoup des élèves, des enseignants, mais tout le monde peut y aller.
Virginie Linard
Alors, pas pour la force des docs. Tout le monde peut aller sur cette... Mais la force des docs, ce qu'on propose là, c'est vraiment à l'usage des professeurs. Parce que nous, en fait, nous sommes des réalisateurs. Nous avons mobilisé avec Ruth... et Alice et Karine, des réalisateurs qui donnent gratuitement leur travail. Vous n'êtes pas sans ignorer que dans ce pays, et je le remercie, il y a quand même une défense du droit d'auteur, etc. Donc là, c'est un engagement. Tout le monde ne peut pas aller sur la plateforme et cliquer et voir tous les films documentaires qui sont présentés. Il faut être professeur d'histoire-géo, il faut rentrer en contact avec les personnes qui gèrent cette plateforme et choisir un film.
Muriel Domenach
Et malgré tout, sur cette plateforme, il y a tant de choses autres à voir. Parce que c'est ça aussi. Muriel Doménac, ici, il y a des vidéos. C'est un des moyens pour atteindre facilement toute la population. On dit souvent les plus jeunes, mais je trouve ça réducteur parce qu'on sait qu'à tout âge, on regarde des vidéos sur toutes les plateformes et qu'il s'agisse de YouTube. Parlons stratégie. C'est cela aussi. C'est des choses accessibles.
Xavier Mauduit
Oui, Parlons Stratégie a publié une chaîne YouTube avec 17 vidéos qui portent sur les questions qu'on a le plus entendues de la part des élèves. Et c'est Joël Alazard, le président de l'association des profs d'histoire-géo qui m'avait donné l'idée faire filmer ses vidéos avec des spécialistes de premier plan, des praticiens, des experts, des journalistes anciens diplomates, anciens militaires. Et donc ils portent sur les questions qu'on entend quand on va dans les classes.
Muriel Domenach
Je les ai. Est-ce le retour de la guerre ? Que veut Trump ? Que veut Poutine ? Que veut Xi Jinping ? Quelle relance du couple franco-allemand ? Bon ça c'est peut-être moins une question...
Xavier Mauduit
Quand on a 17 ans !
Muriel Domenach
Mais alors il y en a d'autres ! Mais quelle défense pour l'Europe que faire pour Gaza ? Voilà, des questions hyper simples, nettes, précises, mais auxquelles tout le monde a besoin de réponses ou en tout cas d'éléments de réponses.
Xavier Mauduit
Oui, ce sont des vidéos qui ne cherchent pas à concurrencer TikTok dans leur format. C'est quand même assez sérieux. Et en même temps, c'est cinq minutes environ et ça permet de donner des éléments précis qui répondent souvent à des espèces de rumeurs ou de légendes. Par exemple, j'ai fait une vidéo sur pourquoi et comment l'élargissement de l'OTAN. Et on est bien obligé de dire que face au mythe de la promesse non tenue à la Russie de ne pas élargir l'OTAN à l'est de l'ancienne RDA, en fait, il n'y a rien qui permet d'étayer cette thèse. Au contraire, on a même des déclarations des autorités russes fin des années 90, début des années 2000, dans lesquels, y compris Poutine, dit l'élargissement de l'OTAN, même aux Pays-Baltes, ne serait pas une tragédie. Donc, les faits, ne pas renoncer aux faits, et, comme le disait Virginie Lénard tout à l'heure, s'informer avant de juger, apprendre avant de croire, comprendre avant de juger, c'est vraiment le muscle que les jeunes doivent développer et qu'on est là pour les exercer.
Muriel Domenach
Ah ben oui, Joëlla Lazare, vous êtes coach sportive, vous aidez les jeunes élèves à muscler leur cerveau parce que ce que vient d'évoquer ici Muriel Le Ménac, c'est un petit peu la démarche de l'enseignant, de l'enseignante, c'est pas simplement accumuler du savoir, on le sait bien et cela depuis longtemps. Il faut les bases du savoir, bien sûr, mais c'est surtout apprendre à réfléchir.
Joël Alazard
Oui, bien sûr, travailler l'esprit critique aussi. C'est pour ça qu'on travaille beaucoup sur documents. Mais en fait, avec ces deux initiatives, on continue différemment ce qu'on fait habituellement en cours. Les objectifs sont exactement les mêmes, mais on procède différemment. Et c'est bien d'avoir des temps de variété, des temps de rupture. Ça marque aussi généralement les élèves. Et puis, on peut décélérer, approfondir avec les images dans les documentaires. Il y a aussi un lien plus charnel, plus incarné, qui peut opérer. Nous, en fait, on est persuadés, comme tous les profs d'ailleurs de France, il n'y a pas que l'histoire géo, que le savoir, c'est la meilleure arme contre la désinformation. Pour que, quand les élèves tombent sur des contenus qui les désinforment, ils soient immédiatement en alerte, critique. Alors, il y a toute une série de cours d'éducation aux médias, à l'information. Le EMI se développe beaucoup. Mais quand on peut avoir des spécialistes évidemment avec nous, c'est beaucoup mieux. Et puis ça permet de consolider tout ce qu'on a vu en cours précédemment.
Muriel Domenach
L'EMI c'est l'Education Média et l'Information parce que l'Education Nationale est reine pour trouver des noms absolument étranges.
Joël Alazard
On adore les acronymes.
Muriel Domenach
Le meilleur en ce moment c'est quoi ?
Joël Alazard
C'est H-G... H-G-G-S-P. Ah oui, il faut expliquer aux auditeurs. Alors ceux qui ont des enfants le savent, enfin s'ils sont en lycée général, il y a quand même 30% de la population qui est aussi en lycée professionnel. Il faut le rappeler parce que souvent on les oublie. Ce sont les spécialités, en fait, du bac blancard, comme on dit souvent. Donc AGGSP, c'est la spécialité Histoire, Géographie, Géopolitique, Sciences politiques, dont les élèves raffolent, qui nous demandent de travailler vraiment aussi sur l'actualité la plus récente, et notamment en première, on travaille par exemple sur la dynamique des puissances actuelles, on travaille beaucoup sur la guerre, sur la paix. Et c'est pour ça, par exemple, que les capsules qu'a enregistrées Muriel et puis les représentants de Parlons Stratégie sont absolument essentiels pour nous. Et les élèves peuvent les regarder parce que quand ils sont en première, en terminale, ils ont largement le niveau pour les regarder aussi.
Xavier Mauduit
Oui, ce qui est très intéressant, c'est l'appétit des jeunes lycéens pour les sujets géopolitiques. Et encore une fois, la géopolitique est entrée dans le champ de la citoyenneté. Nos adversaires d'ailleurs ciblent notre débat sociétal. Ils cherchent à exploiter les failles de notre société, ils cherchent à projeter leur narratif, comme on dit, auprès de nous dans une stratégie d'influence et donc il faut en faire quelque chose de l'intérêt des jeunes pour les sujets politiques. Il faut venir incarner, leur dire la diplomatie voilà c'est ça, que des militaires expliquent ce qu'est leur métier. La semaine prochaine on va avec Gérard Haro qui a été ambassadeur aux Etats-Unis, aux Nations Unies, en Israël. à Marseille dont il est originaire et donc grâce à l'association des profs d'histoire géo il interviendra dans six lycées différents de la région qui sont évidemment pas les plus favorisés et il va leur expliquer Quel est le monde dans lequel ils deviennent citoyens ? Que peut faire la diplomatie ? Quelle est la menace ? Et il va à la fois incarner, répondre aux questions et je pense que ça va l'enrichir aussi. les interrogations des jeunes. Et je crois que c'est un élément essentiel de la construction d'un citoyen, a fortiori dans un contexte où, il faut quand même dire les choses, on ne vit plus complètement en paix. que d'être informés. Ce qui nous réunit, c'est que le savoir et la transmission du savoir, ça rend notre société plus résiliente et ça concourt, si je dois employer les termes militaires, aux forces morales de la nation.
Muriel Domenach
Voilà, d'en parlons stratégie, Gérard Harrault a fait cette petite vidéo « Que veut Trump ?
Xavier Mauduit
».
Muriel Domenach
Donc on est vraiment dans l'actualité.
Virginie Linard
Virginie Linard, C'est vrai que j'aimerais préciser que si la force des DOC s'adresse pour l'instant au lycée, au lycée de première et terminale, et encore une fois tout lycée confondu, et nous on tient beaucoup à rencontrer les élèves en technologie, en lycée professionnel, qui n'ont pas forcément accès de façon naturelle à ce type qui est le documentaire. Enfin, je dis ça, mais mon fils, à chaque fois que je lui parle d'un documentaire, dit « Oh non, quelle horreur !
Muriel Domenach
».
Virginie Linard
Donc bon, je... voilà. Je ferme la parenthèse. La force des docs, c'est pour les lycéens, c'est pour les professeurs, c'est un outil de savoir et de débat. Mais c'est vrai que, au contact citoyen et l'association Fraternité Générale qui nous épaule et qui nous héberge, l'idée, c'est de proposer une multitude d'outils pour débattre et pour apprendre. Et ça, ça s'adresse à tout le monde, effectivement. Aux adultes de tous les âges, etc. Et ce qui nous réunit ici, je crois, c'est qu'on se dit, mais on ne peut pas rester réellement impuissante face à cette espèce d'amoncellement, de fake news, de contre-vérité. Et on sait que les forces sont en présence, sont très puissantes. Il y a beaucoup d'argent investi, etc. Donc nous, c'est vrai qu'on a des petits bras, mais on se sert de nos savoirs, de nos films, et puis de nos... des trains !
Muriel Domenach
Fraternité Générale, c'est vrai qu'il faut rappeler cette association qui a été fondée en 2015, c'est-à-dire après les attentats, et c'est vraiment cette idée-là qui est une idée, et c'est ça que je souligne, mais Joël Alazar, vous le disiez tout à l'heure, une idée qui existait auparavant, c'est-à-dire la volonté de transmettre le savoir, d'aider à la réflexion, tout ça, ça existait, sauf qu'on a besoin aujourd'hui d'outils nouveaux, de démarches nouvelles, pour lutter, Virginie Linard, contre ce que vous avez évoqué sans nommer personne, c'est-à-dire des forces. Alors, ces forces-là, elles sont nées de volonté de certains individus qui ont beaucoup d'argent, mais elles naissent également des nouveaux outils. Tout simplement, Joël Alazar, je pense que vos élèves, ou en tout cas, également par le retour que vous pouvez avoir de tous vos collègues. Vous savez combien l'information par les réseaux, TikTok ou tous les autres, c'est quelque chose de majeur. Quand je parle d'information, je ne parle pas seulement d'actualité, c'est même la connaissance du passé.
Joël Alazard
Oui, les jeunes s'informent différemment. Avant, en première terminale, on essayait de leur faire lire le monde. C'est difficile, mais ça ne veut pas dire qu'ils soient forcément mal informés. Il y a aussi des médias courts qui sont tout à fait qualitatifs et régulièrement, on en discute avec eux. Nous, il y a quand même une grosse inquiétude là sur la désinformation aussi avec l'IA, en fait avec l'intelligence artificielle et avec la génération de contenus textuels ou alors iconographiques qui risquent aussi d'amplifier, enfin c'est pas qui risquent, qui amplifient déjà formidablement la désinformation. Donc on a besoin de multiplier en fait les stratégies pour essayer justement de tenir bon en espérant que un jour le poison puisse devenir un remède et qu'on ait des IA peut-être vertueuses qui puissent aussi lutter contre cette désinformation. Par exemple, il y en a une qui existe déjà, qui a été développée par Raphaël Lassry, qui s'appelle Pluralisme, et qui suit en fait en direct 3000 personnalités politiques, enfin le discours de 3000 personnalités politiques, C'est très très utile ce genre de choses. Donc espérons que ça se développe, mais pour l'instant on est plutôt assaillis et on n'a pas beaucoup de moyens de résister. Donc la parole des spécialistes, c'est vraiment très appréciable.
Muriel Domenach
Oui, parce que l'intelligence artificielle n'est pas spécialiste des différentes questions, c'est-à-dire... Non, elle écrase tout. Elle écrase tout. Et nous savons combien, dans l'actualité, l'intelligence artificielle de X, c'est-à-dire ce réseau d'Elon Musk, peut défrayer la chronique avec des propos antisémites, cette évocation, là, récente, disant que les chambres à gaz dans les camps, servait uniquement à désinfecter, mais c'est la réponse de l'intelligence artificielle de Grock, désinfecter pour lutter contre le typhus et n'était pas compatible avec des homicides de masse. C'est toujours terrible d'imaginer que si longtemps après, nous voyons ressurgir ces propos négationnistes. Et là, moi, Virginie Linard, j'ai malgré tout toute une réflexion à avoir dans cette ambiance d'information et de contre-information, de mise à distance de l'autre. Dans quelle mesure les documentaires, les films documentaires qui peuvent être proposés sur une plateforme qui semble officielle, vu qu'elle est portée par des associations reconnues par l'éducation nationale, ne peuvent pas être pris comme, eux-mêmes, des éléments transformés par... Vous savez, tous ces gens suspicieux qui regardent et qui disent « mais ça, ce documentaire-là, il est biaisé ».
Virginie Linard
Bien sûr, c'est toute la question. Je voudrais d'abord dire que c'est totalement fascinant de se dire qu'il y avait un vieux professeur moisi en 1977 qui s'appelait Faurisson et qui disait à Auschwitz, on a gazé, oui, des poux, que ça ressorte si longtemps après exactement la même chose. Il y a aussi quelque chose de très étourdissant sur cette espèce de retour de manivelle permanent. Moi je crois beaucoup que les idées, le fonctionnement, il y a des moments de libéralisation, il y a des moments de régression, des mœurs, des retours vers la religion, etc. Il y a plein de choses comme ça, et actuellement on est clairement dans une société qui se replie sur soi, et les réseaux sociaux, ça en participe, puisque les réseaux c'est pratique, on n'a pas besoin de sortir de chez soi, on n'a pas besoin d'échanger, etc. Evidemment qu'on s'est posé la question et on a été très attentifs, on a regardé tous les films qu'on propose sur la plateforme, on a été très attentifs aux messages qu'ils véhiculent, aux images qui sont utilisées, parce qu'on ne veut en tout cas pas être attente à cet endroit-là. Je vous explique. Par exemple, moi je fais beaucoup de films d'histoire et l'un de mes derniers films, c'est un film sur Action Direct. Donc Action Direct, ça commence après la dissolution d'un groupescule gauchiste et puis ça va jusqu'à la fin des années 80. Pendant tout ce temps-là, il y a la police qui les traque. Et bien la police, sur 30 ans, elle change d'uniforme. Mais c'est important de montrer que ce n'est pas les mêmes uniformes en 1970 qu'en 1975 et qu'en 1985. Voilà, toutes ces petites choses-là, c'est des choses auxquelles on a fait attention. Et ça, l'IA, elle ne pourra jamais. Elle fera flic, elle mettra un flic avec... Voilà. Ou alors un flic ancien, elle mettra un flic ancien. Mais pas... Elle saura pas qu'en 73, ils ont changé le képi. Voyez ? C'est ça, je pense, aussi travailler sur les archives, sur l'histoire, réfléchir à l'image. Et c'est aussi ça que je veux expliquer aux élèves. Je veux expliquer aux élèves que ça vaut la peine de vraiment regarder les images. Et que toutes les images ne se valent pas.
Muriel Domenach
Mais c'est intéressant, ce que vous dites là, ne serait-ce que mettre dans la tête des gens, ou en tout cas des élèves, méfions-nous face à quelque chose qui est généré de manière artificielle ou alors qui vient de réseaux dont on peut se méfier. C'est surtout ça. Après, le propos est toujours très délicat à tenir, ça n'empêche pas le débat. Et c'est ça, moi, que j'aime beaucoup dans la démarche, c'est que ça peut conduire après à la discussion. Muriel Doménac ?
Xavier Mauduit
Moi je leur parle souvent de dissensus acceptable. Le dissensus acceptable c'est nécessaire dans une démocratie. Je suis assez claire sur le fait qu'il y a un cadre juridique dans lequel le débat peut intervenir, qu'on peut identifier ce que les diplomates appellent un double standard, donc un traitement inégal entre le conflit au Proche-Orient et en Ukraine. Il est clair que nous, Européens, nous mobilisons, faisons davantage en soutien à l'Ukraine qu'on est en mesure de le faire pour la Palestine. Mais le cadre de ce débat, il doit être respectueux de limites qui sont celles de notre démocratie. On n'appelle pas la haine, je leur dis directement. Dès lors que vous commencez à dériver vers l'antisémitisme, Moi je vous dis franchement, je ne suis pas là pour vous amener à vous auto-incriminer. Et il y a une loi dans ce pays. Donc on reste dans le cadre de la loi. Et même en parlant de dissensus acceptable, je mets dans ce qui est acceptable, le respect des faits. et le respect des faits sur le conflit au Proche-Orient et même sur la séquence récente nous amènent à l'évidence, c'est-à-dire qu'on va dire que les responsabilités sont partagées même dans la séquence 2023 jusqu'à aujourd'hui. entre les belligérants à Gaza alors que l'agression de l'Ukraine, elle n'a pas été provoquée par Kiev ou par Zelensky. C'est une agression délibérée de la part de la Russie. Et puis j'essaye d'introduire aussi, et ça, ça fait partie du débat, parce que ça fait partie de la conscientisation des jeunes au regard de ce qu'ils perçoivent, c'est-à-dire qu'on est déjà sous pression, on vit plutôt tout à fait en paix, etc. d'introduire la notion de menace. Et donc ça, on aura peut-être l'occasion d'en parler. leur faire regarder sans panique mais sans déni non plus avec lucidité la réalité de la menace russe et leur faire comprendre que la géopolitique c'est pas un match qu'on regarde comme tierce partie de son canapé en donnant des bons points en disant un tel il est bien pire que un tel madame.
Emanuele Arioli
Ce qui.
Xavier Mauduit
Nous amène à devoir comprendre Poutine, c'est que Poutine nous menace directement. Je ne donne aucun blanc-seing à d'autres dirigeants, ce n'est pas ça mon propos, mais c'est l'ennemi qui vous désigne, comme disait Julien Freund à Jean Hippolyte dans cette soutenance. de thèse au cours de laquelle Julien Freud avait vivement contesté le réflexe pacifiste qui consiste à protester de son amitié envers celui qui vous menace et Julien Freud avait dit à Jean Hippolyte c'est l'ennemi qui vous désigne. Ce n'est pas parce que vous ne vous voulez pas d'ennemi que vous n'en avez pas. Je me trouve souvent dans la discussion, mais vraiment dans l'échange. C'est l'intérêt au contact citoyen avec des jeunes qui sont hyper informés sur Gaza et de manière simpliste, etc. Bon, moi je suis extrêmement claire sur la qualification des crimes qui ont été perpétrés à Gaza. Et en même Moi je parle de crime de guerre, temps... mais sur la question du génocide, parce que c'est évidemment là qu'ils veulent aller, j'explique la définition du génocide, j'explique la saisine de la Cour pénale internationale et j'explique surtout que il y a plus à penser qu'à aller immédiatement au degré maximal de la condamnation. Et quand j'entends que la volonté de qualifier les crimes à Gaza de génocide, elle est immédiatement suivie de « mais madame les juifs, ils font ce qu'ils ont subi et d'ailleurs ils disent qu'ils ont subi mais en fait on n'est pas sûr », je vois qu'il y a un problème. Et donc là je leur dis mais en fait le négationnisme c'est pas possible, on revient sur la qualification des faits et puis on déconstruit un peu. Mais ce à quoi je veux venir encore une fois, parce que c'est essentiel dans le contexte actuel, c'est la notion de menace. Même si ce qui se passe au Proche-Orient est porteur d'instabilité, de défis, et potentiellement peut amener à nous menacer. On fait face à une menace immédiate à nos frontières de la part de la Russie. Et ça, il faut qu'on le regarde calmement.
Muriel Domenach
C'est quelque chose, Joëlla Lazar, qui inquiète, j'imagine, notre jeunesse. Parce que cette idée-là de menace signifie que l'avenir n'est pas serein. Et l'avenir, c'est ce qu'il porte au moment où on fait des études, on se projette vers l'avenir.
Joël Alazard
Bien sûr, c'est très anxiogène en fait pour les lycéens. Alors ils ont des attitudes très différentes, très différentes. Il y a ceux qui sont plutôt dans la négation et qui se disent bon ben on verra bien. L'actualité est tellement brutale, l'enchaînement des faits. Bon, ils se disent finalement ça va peut-être durer comme ça longtemps. Et puis il y a ceux qui, à l'inverse, sont hyper informés et très conscients. On a aussi développé les classes défenses. Je pense que les classes défenses sont par exemple très conscientes des menaces. Et il y a toute une série de dispositifs aussi maintenant qui existent sur la déstabilisation numérique de la Russie, de l'Azerbaïdjan. des formations sur les fermatrolles qui existent, les doppelganger, c'est-à-dire les sites qui reprennent la charte graphique de grands médias qui sont consultés régulièrement mais qui désinforment. Donc tout ça, ça participe aussi à leur sensibilisation sur cette menace et il faut absolument le développer. C'est pour ça que l'EMC, l'enseignement moral et civique et l'EMI sont très importants.
Muriel Domenach
Avec tant d'initiatives aussi réalisées par des enseignants, des enseignantes, des équipes pédagogiques dans les établissements parce que là nous évoquons de grandes structures avec des plateformes mais on pourrait décliner la démarche un peu partout au plus près et depuis que nous parlons, c'est vrai que je reçois sur la boîte mail du cours de l'histoire des exemples qui nous disent nous on a fait ça, nous on a fait ça et c'est extrêmement stimulant. Spocus et des choses comme ça avec quand même toute cette réflexion qui nous conduit à la menace vers l'avenir et donc là c'est le regard sur les années qui vont venir et ça fait un peu froid dans le dos mais aussi des réflexions sur le passé et cette démarche là de montrer des films à des élèves ce n'est pas nouveau on s'en doute bien Claude Lanzmann C'est déjà arrivé depuis la sortie de Shoah que dans des lycées, des professeurs décident de montrer Shoah à leurs élèves. Ils s'arrangeaient pour montrer le film en totalité hors des heures de classe ordinaires. Et ça je trouve que c'est très très bien de faire ça. Mais ensuite ils travaillaient sur des séquences précises du film. Mais pour pouvoir travailler sur des séquences précises, il faut avoir au moins une fois vu le film, ce qui est tout à fait possible. Mais l'éducation nationale en tant que telle n'a jamais agi pour que cela se généralise. Au contraire, très peu de temps après la sortie de Shoah, le ministère de l'éducation nationale en Hollande, ils sont venus me voir. Et ils m'ont dit qu'ils souhaitaient que Shoah soit véritablement un film d'éducation et un livre d'éducation et d'instruction. pour les élèves des lycées et collèges de Hollande. Claude Lanzmann en 1997 sur France Culture, Claude Lanzmann dont nous fêtons le centenaire de la naissance avec plein d'initiatives, une exposition à venir au mémorial de la Shoah, les enregistrements inédits et puis même à l'Institut de France et c'est pour ça aussi que parler de ces initiatives foisonnantes, ces stimulants. 300 lycéens, l'Institut de France réunit pour une matinée autour du film « Shoah », c'est le 24 novembre. Donc nous avons tant de choses. Mais dans cette angoisse du moment et surtout cette... déconstruction de l'histoire, j'allais dire, mais en tant que discipline historique où tout est remis en cause tout le temps, on a une lutte à faire. Alors, à Auschwitz, on n'a gazé que des poux. Ça, c'est dans la lignée de tout ce que nous disions tout à l'heure. C'est Louis d'Arquier de Pellepoix, en 78, qui disait ça dans la veine de Faurisson, le négationniste. On retrouve ça aujourd'hui. Virginie Linard, Vous avez porté ces messages-là à travers vos films, qu'on retrouve sur la plateforme La Force des Docs, ce qu'ils savaient, les alliés face à la Shoah, par exemple, ou après les camps, la vie. Ces moments-là d'échange avec les lycéens, ça conduit à des débats où vous sentez parfois poindre, non pas le négationnisme, c'est pas ça, mais des interrogations nouvelles qui n'auraient pas eu lieu il y a quelque temps.
Virginie Linard
Oui, oui, oui. Là, je rejoins ma camarade Muriel Domenach. C'est-à-dire que, clairement, aujourd'hui, ce qu'on observe, c'est le mélange des genres. C'est-à-dire que faire du conflit israélo-palestinien actuel, de cette atroce guerre menée à Gaza, un prétexte ou une arme pour revoir ce qui s'est passé pendant la seconde guerre mondiale et questionner l'extermination des juifs d'Europe. Oui, c'est nouveau, c'est nouveau, c'est extrêmement troublant. Et il faut y faire face. Je tiens à dire quand même que, oui bien sûr, Darkier de Pellepoix l'a dit, mais Faurisson aussi, je l'avais monté dans Après-les-camps-la-vie, intégralement, comme ça.
Muriel Domenach
Il l'a dit.
Virginie Linard
À la télévision, et il a perdu un procès pour ça. Mais c'est à ça que ça sert, en fait, le débat. C'est à ça que ça sert de débattre. Et c'est pour ça que, finalement, on ne veut pas laisser la place au non-savoir, à « je mélange tout ». Je suis contre la guerre à Gaza, évidemment, mais moi aussi je suis contre la guerre à Gaza. Je déteste ce que fait actuellement cette guerre atroce que mène le gouvernement israélien, bien sûr. Et à côté de ça, je suis juive, je ne suis pas comptable du gouvernement israélien. Et c'est troublant actuellement de voir cette confusion. Je voudrais aussi dire, on est dans une émission d'histoire, et Muriel Doménac a insisté sur les menaces à venir. Moi ce qui m'obsède, et ça va avec l'histoire, c'est le vivre ensemble. C'est-à-dire que les films qu'on propose, l'histoire c'est aussi du vivre ensemble. Nous vivons ensemble, nous devons montrer. Et c'est pour ça que nos films, c'est aussi sur des problèmes de société. On a beaucoup de films sur l'intégration, de très beaux films. On a un film magnifique qui s'appelle « Mauvaise langue » d'un jeune réalisateur qui est né à Vaud-en-Velin, d'une famille maghrébine, et qui raconte comment, au cours de ses études, il se rend compte que les codes de la parole, il ne les a pas reçus et que c'est extrêmement compliqué pour lui. On a aussi des documentaires sur ce que suscite l'homophobie, sur le masculinisme, sur la haine des hommes vis-à-vis des femmes sur les réseaux. Et tout ça c'est du vivre ensemble. Et tout ça pour moi, oui c'est de l'histoire. Alors il y a l'histoire ancienne, comme disent mes enfants, ça c'est ancien, ça c'est de ton temps. Enfin bon, à les entendre, moi je marchais à cheval et à la chandelle. Mais c'est l'histoire d'aujourd'hui, on est en train de la faire. Et ben, il ne faut pas lâcher l'affaire.
Muriel Domenach
Non mais Virginie Linnard, c'est très pertinent de relier ces phénomènes de société à d'autres phénomènes historiques. Parce que si on regarde bien le virilisme, le racisme et d'autres mouvements, on trouve des points communs. Joël Alazar ?
Joël Alazard
En fait, en classe, on a une multiplication de ce qu'on appelle des questions vives, nous maintenant. Et toutes les académies essaient de mettre en place des stages de formation justement sur ces questions vives, dont on a du mal d'ailleurs à définir les contours. Parce qu'en fonction du contexte d'enseignement, en fonction de l'origine aussi des élèves, des mémoires familiales, les questions vives ne sont pas nécessairement les mêmes. Et donc dans les questions qui agitent particulièrement les élèves, les classes en ce moment, il y a aussi toutes les questions qui sont liées à la colonisation, à l'esclavage, à la décolonisation. Et la plateforme permet aussi, vraiment, je voudrais inciter les collègues à aller voir les documentaires qui sont proposés, parce qu'on peut couvrir toutes les tragédies du XXe siècle, toutes les questions d'histoire mais aussi de mémoire. Et donc on peut travailler sur les génocides, il y a aussi beaucoup de choses proposées sur... sur le génocide des Tutsis et aussi au Rwanda. Par exemple, il y a Rwanda, le silence des mots, il y a une des mille collines de Bernard Belfroy qui revient sur les modalités du génocide, les procès aussi, Gatchatcha, comment on essaie de vivre ensemble après à l'échelle d'un village. Et au-delà, on a effectivement toutes ces Tous ces documentaires qui nous parlent aussi de la France contemporaine, qui nous parlent de l'histoire de l'immigration, qui reviennent sur la mémoire de la guerre d'Algérie par exemple.
Virginie Linard
Absolument. On était vraiment obnubilés par l'idée de proposer des films, si vous voulez, qui font de la place à tout le monde et à partir desquels on peut discuter tous ensemble.
Muriel Domenach
Avec le cas de la guerre d'Algérie qui est aussi un bon exemple parce que dans cette histoire de la mémoire, et j'ai envie de le mettre au pluriel, des mémoires, il y a des moments aussi. Et on le voit bien, l'actualité incite à cela. Ce qui se passe à Gaza fait débat aujourd'hui. Mais il y a eu un moment, c'était beaucoup la guerre d'Algérie, mais ce n'est pas oublié non plus. C'est toujours présent pour la guerre d'Algérie, en guerre pour l'Algérie. C'est ce film de 2022 de Raphaël Lewandowski.
Virginie Linard
Il faut tout dire, pas seulement ce qui fait plaisir. Parce que c'est peut-être la dernière fois que je peux parler.
Muriel Domenach
Il y a 20 ans, il y a certaines choses que je n'aurais pas pu dire.
Virginie Linard
J'avais 10 ans quand il y a eu les premiers événements dans toute l'Algérie.
Muriel Domenach
J'étais jeune, pas tout à fait un homme encore.
Virginie Linard
J'ai pris le maquis à l'âge de 17 ans. On a tous sacrifié notre jeunesse, notre vie pour l'indépendance.
Muriel Domenach
Notre peuple décidera lui-même de son destin. Nous voulons que l'Algérie demeure enceinte.
Virginie Linard
Nous demandons à toute la population de garder son calme.
Xavier Mauduit
C'est des choses qui marquent à vie.
Joël Alazard
Dans les yeux des personnes qui m'écoutent.
Muriel Domenach
J'Ai la sensation qu'ils ne me croient pas. Donc j'essaye pas de convaincre, j'essaye juste de dire.
Joël Alazard
Les gens savent pas ça.
Muriel Domenach
En guerre pour l'Algérie, le film de Raphaël Lewandowski et de Raphaël Branche, Raphaël Branche qui est l'autrice de Papa, qu'as-tu fait en Algérie ? Tous ces éléments qui nous permettent de réfléchir, on en a besoin. Moi j'ai quand même un questionnement et vous allez pouvoir me répondre toutes les trois, c'est même dans le principe simple de l'échange. Ce que vous nous dites là, c'est l'argument, le savoir, je donne une idée et tu m'opposes une idée. Est-ce qu'aujourd'hui, avec la contre-vérité, ou pour le dire autrement, l'opinion qui prend le dessus sur tout, ce fonctionnement fonctionne encore ? Parce que vous pouvez me dire ce que vous voulez et moi je vais vous répondre mais c'est votre opinion. Vous avez le droit de penser ça, c'est votre opinion. Muriel Domenach.
Xavier Mauduit
Oui, c'est l'intérêt aussi de l'incarnation et de donner de soi, à la fois pour les auteurs, autrices de documentaires autour de la force des docs. Virginie Linard, Trudy Zilberman, Alice Cohen en ont fait l'expérience déjà en parlant aux jeunes, expliquer comment on fabrique un film, expliquer le rapport à l'image. Nous, diplomates, les anciens militaires, les praticiens experts et journalistes en géopolitique, aller au contact des jeunes, ça permet aussi de dire, tu vois, moi j'ai vécu ça, je peux t'expliquer. Et on était à Aubervilliers il y a deux semaines avec Rym Momtaz, qui est géopoliticienne et spécialiste, entre autres, du Moyen-Orient, pour parler de faire la paix à Gaza, faire la paix en Ukraine. Et Rym Momtaz, le fait d'avoir été sur le terrain en Syrie, c'est évident que ça parle aux jeunes. Il y a aussi, quand on parle d'incarnation, pas seulement l'expérience, mais ce qu'on est. Et là, ça touche probablement à des enjeux que les professeurs doivent bien connaître. C'est-à-dire que les jeunes sont très travaillés par les sujets identitaires et ils veulent savoir d'où on vient. D'où parles-tu camarade, comme on disait.
Virginie Linard
La preuve que ça date.
Xavier Mauduit
Erim Momtaz, de façon très intelligente, leur disait, vous savez, moi j'ai grandi au Liban, on a été bombardés par l'armée israélienne, donc je ne suis pas là sur commande pour minorer la réalité de ce qu'on appelle chez les militaires l'usage dominant de la force par l'armée israélienne. Mais là, ce que vous dites, en l'occurrence, c'est-à-dire l'extermination par bombardement massif. Il disait en fait, ce que vous faites, ce que les Israéliens font à Gaza, c'est comme ce que les Américains ont fait à Hiroshima. Bon, pas tout à fait.
Muriel Domenach
Voilà.
Xavier Mauduit
Mais donc, en tout cas, de dire d'où je viens, je vois que ça permet aussi de convaincre davantage les jeunes.
Muriel Domenach
Incarné, oui.
Virginie Linard
C'est vrai, je souligne ça, je pense que l'apport de la force des DOC, c'est non seulement de mettre à disposition cette plateforme, ces films, qui encore une fois sont à la fois de la géostratégie, de l'histoire, mais du vivre ensemble, et de proposer que les professeurs travaillent longtemps, c'est pas un one shot. Parce que souvent, ça m'est arrivé, il y a une projection et tout de suite après, les élèves, vous avez des questions à poser à la réalisatrice. Mais ils sont comme nous les élèves, c'est-à-dire que moi, je sais pas immédiatement ce que j'ai pensé du film. Vous voyez, quand je sors de la salle de cinéma, ni de la pièce de théâtre, il me faut un petit peu de temps. Donc ça, c'est important d'avoir le temps du travail, le temps de préparation des questions, parce que ça change tout dans le débat. Et après, on est face à eux et on peut répondre. Ce n'est pas grave de ne pas être d'accord. Mais ce qui est grave, c'est de ne pas pouvoir débattre. C'est vrai que moi j'ai le sentiment que les élèves, puisque c'est un peu ma partie quand je travaille, ils sont coincés entre les réseaux sociaux, et puis chez eux, ces chaînes d'information continue, qui elles aussi sont acritiques. C'est une espèce de... J'ai bien vu à la maison, voilà, moi mon plus jeune fils, de temps en temps il me dit mais je comprends rien à temps, maman... Voilà, il faut s'arrêter, il faut réfléchir, il faut écouter. Prendre le temps. Et je pense que c'est ça qu'on propose, qu'on peut apporter.
Muriel Domenach
Mais oui, parce qu'il faut des initiatives. L'Observatoire de la vie publique de la Fondation Napoléon a recommandé un sondage à l'IFOP il y a quelques mois. Et intérêt pour l'histoire, des élèves répondent 75% des jeunes sont des déclares aimés l'histoire. Et il y a une appétence totale pour l'histoire. Le sondage est extrêmement éclairant et presque rassurant, Joël Alazard, avec aussi le besoin de rappeler que ce n'est pas Une question qui concerne seulement les profs d'Histoire-Géo. Parce que c'est l'ensemble du corps éducatif qui est concerné. Ces idées-là, ces missions-là, cette volonté de titiller l'esprit critique, c'est tous les profs.
Joël Alazard
Bien sûr, bien sûr. Mais je pense qu'on est quand même profondément une nation d'histoire. Et on le voit au débat qui n'arrête pas, aux polémiques qui n'arrêtent pas. de surgir. Je reviens aussi sur votre question précédente, Xavier. On présente aussi, nous, les spécialistes. On a expliqué avant leur venue en classe qui ils étaient. Et dans le cadre de la classe, évidemment, ces spécialistes peuvent avoir un point de vue. Et parfois, ça passe aussi par des positionnements artistiques dans le documentaire. Mais il reste malgré tout des spécialistes. Et dans la classe, on n'est pas sur un réseau social où n'importe qui peut opposer n'importe quoi à un spécialiste. Et ça, je pense que ça pose pas trop de problèmes en fait, dans nos classes.
Virginie Linard
Je voudrais juste ajouter quelque chose. La plateforme, elle est soutenue par l'association des profs d'Histoire Géo, mais elle s'adresse à tous les professeurs. C'est-à-dire que si vous êtes un professeur de français et que vous avez envie de montrer un film, vous y allez, un professeur d'écho, un professeur même de... de sport sur les questions de l'homophobie, du masculinisme, etc. Vous allez sur notre plateforme, tous les profs sont invités à regarder nos films et nous répondrons aux invitations de tous les profs. Oui, tout à fait.
Xavier Mauduit
Moi, j'ai été invitée par un prof de maths à Bagneux parce que les élèves s'interrogeaient sur la guerre. Est-ce qu'il va y avoir la guerre ? Et il avait vu que j'intervenais dans les lycées et j'étais tout à fait disponible. pour échanger avec ses élèves. Un point qui est vraiment intéressant et qui appelle une réflexion particulière, c'est la manière dont l'histoire est évidemment investie par les grands prédateurs actuels comme un terrain de conflictualité. Il y a, là aussi j'emploie des termes stratégiques, une arsenalisation du récit historique. Ça fait partie de la bataille. Et quand on dit que les Russes cherchent à gagner la guerre avant la guerre, l'un des éléments consiste à réécrire l'histoire. Et dans l'une des vidéos qu'on a postées sur Parlons Stratégie, Pierre Lévy, l'ancien ambassadeur de France à Moscou, explique que les Russes accordent une attention absolument prioritaire à l'histoire tellement que le chef des services de renseignement russe, Narechkin, Il est président de la société d'histoire en Russie. Donc ça fait partie de la conflictualité. On ne sera jamais comme les Russes, donc on ne va pas nous retravailler l'histoire. Il faut faire avec ce que sont nos forces. Et parmi nos forces, il y a ce réseau de l'éducation nationale, des profs qui sont à la fois exposés, mais aussi des forces de rappel. Et donc il faut s'appuyer sur eux, les renforcer, leur donner des billes et on est à leur disposition pour apporter des contenus et des intervenants.
Virginie Linard
Et les remercier.
Muriel Domenach
Et moi vous remercier aussi parce que c'est très important tout cela au moment où l'on sait que les ennemis de la démocratie, parce qu'il y en a, eux n'attendent pas en fait d'autorisation pour agir tant sur les réseaux sociaux que par tous les moyens possibles. Donc merci, merci Virginie Linard de faire des livres parce qu'il y a quand même ça à la faire, de faire des films et puis d'avoir porté cette plateforme Force des Docs. Merci Joël Alhazard. d'être venue. Et puis toujours salutations à l'APHG, l'association des profs d'histoire géo. Et merci beaucoup Muriel Domenech. J'ai bien compris, vous avez été ambassadrice de la France auprès de l'OTAN. Ce vocabulaire militaire, vous le maîtrisez bien. Et puis surtout dire Au contact citoyen-citoyenne, cette immense plateforme avec la force des docs, avec Parlons Stratégie. Entre autres, merci vivement à toutes les trois. Pour terminer, petit clin d'œil à celui qui a éclairé des générations, on peut le dire, sur la manière de regarder les images, Marc Ferro. Le film est un témoignage et ce.
Emanuele Arioli
Qui est surprenant, c'est qu'il a fallu presque une centaine d'années d'existence pour qu'on reconnaisse sa qualité de témoin. Parce que pour autant qu'on a appris à déchiffrer les textes depuis l'école, on ne nous a jamais appris à décoder et à analyser les images. Et chacun ignore la capacité d'un montage, la façon dont les bandes-sons sont constituées et dont elles servent à transgresser, à transformer le sens des images.
Muriel Domenach
Marc Féraud en 1977 dans le cours de l'Histoire. Mais voici qu'arrive le Fil d'Histoire, la chronique que nous retrouvons chaque semaine dans le cours de l'Histoire et que vous retrouvez en vous abonnant au podcast Le Fil, le Fil Culture G sur les réseaux sociaux. Vous savez, c'est tous les jours des décryptages en économie, en science, en philosophie. Et nous, dans le Fil d'Histoire, nous avons la chance d'avoir le médiéviste Emanuele Arioli, l'auteur de Ségurant, le Chevalier au dragon et médiéviste. Emanuele s'intéresse aujourd'hui aux universités et aux grèves au Moyen-Âge.
Emanuele Arioli
Toujours moins de profs en France et plus de grèves pour tirer la sonnette d'alarme. Mais savez-vous quand a eu lieu la première grande grève de profs et d'étudiants ? Indice, c'était à Paris. Et non, ce n'est pas mai 68, c'était 1229. Au tournant des 12e et 13e siècles, les villes se développent rapidement. La demande d'enseignement grandit. Étudiants et maîtres commencent alors à se regrouper, d'abord de façon informelle, puis en véritable communauté structurée sur le modèle des corporations de métier. L'Université de Paris est reconnue par le Pape. En 1215, elle se dote de ses premiers statuts. Mais son autonomie va surtout se jouer lors d'une grève. Nous sommes en 1229, à Mardi Gras, la fête qui précède le début du carême. Dans une taverne parisienne, une dispute éclate entre des étudiants et le tavernier à cause du prix du vin qui a flambé. La bagarre dégénère. Le lendemain, les mêmes étudiants reviennent en plus grand nombre pour se venger. Le quartier latin s'embrase. Mathieu Parry, un chroniqueur anglais de l'époque, rapporte que 300 étudiants auraient été jetés dans la Seine. Plusieurs perdirent la vie dans ces affrontements. Problème, l'université est sous l'autorité de l'Église. Les étudiants et les maîtres s'en déclarent. Ils dépendent du droit ecclésiastique. Seuls les tribunaux de l'Église peuvent les juger. Et pour eux, cette répression est une violation grave de leurs privilèges. Alors, c'est la grève générale. Enfin, ce qu'on appelait à l'époque la quesatio ou cesatio. Tous les cours sont suspendus. Paris, la plus grande ville européenne de l'époque, se retrouve sans université. La grève se prolonge indéfiniment. Les maîtres et les étudiants qui veulent continuer d'enseigner et d'étudier quittent la ville. Les autorités européennes en bénéficient, car elles les accueillent. Et c'est un coup dur aussi pour l'économie du quartier latin et pour toute la ville de Paris. Au total, la grève dure deux ans. Oui, finalement, en 1231, le pape Grégoire IX, lui-même ancien étudiant de Paris, intervient. il émane un important décret, connu comme la bulle pontificale Parens Scientiarum, la mère des sciences, qui reconnaît officiellement une grande autonomie à l'université et légitime la grève dans certains cas. C'est un tournant historique. Fortes de cette autonomie, les universités vont continuer à se renforcer. Elles ont un vrai pouvoir de négociation avec les autorités. Et au XVe siècle, on compte déjà environ 4000 étudiants à Paris, 2000 à Bologne, 1700 à Oxford, des chiffres considérables pour l'époque, avec des étudiants venus de toute l'Europe. Déjà une université sans frontières, bien avant Erasmus. Et aujourd'hui, huit siècles plus tard, l'université reste l'une des plus grandes créations du Moyen-Âge encore vivant. Derrière les mouvements contemporains, on retrouve les mêmes idées. Préserver une certaine autonomie, négocier avec le pouvoir, défendre les conditions de travail et d'apprentissage. Mais avouer que le Moyen-Âge, lui, ne plaisantait pas avec les grèves. Deux ans sans cours et dire que tout avait commencé parce que le vin était trop cher.
Muriel Domenach
Merci beaucoup Emmanuele, le fil Culture G et le fil Histoire à retrouver sur franceculture.fr et l'appli Radio France. Et sur les réseaux, le cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Laurence Millet à la technique Éric Peruchot-Triboulet, émission préparée par Chloé Rouillon, Jeanne Delecroix-Raphaël Laloume, Jeanne Copé, Solène Roy et Maïwenn Giziou. Le cours de l'Histoire à retrouver à podcaster sur franceculture.fr et l'appli Radio France.
Podcast: Le Cours de l’histoire – France Culture
Episode: Le film documentaire, une force pour transmettre l’histoire
Air date: November 21, 2025
Host: Xavier Mauduit
Guests: Virginie Linard (réalisatrice), Muriel Domenach (haute fonctionnaire, ex-ambassadrice), Joël Alazard (professeur, présidente APHG)
This episode explores the unique power of documentary film as a tool for transmitting history, fostering critical thinking, and renewing public debate—especially among young people. The conversation centers on collaborative projects such as La Force des Docs and Parlons Stratégie, initiatives that leverage documentaries to engage students, tackle disinformation, and provoke meaningful discussions about citizenship, memory, and the challenges of today’s world.
“On croit en la force de nos films pour restaurer du débat, de la contradiction. On n’est pas obligé d’être d’accord, mais on pense qu’il faut être informé.” – Virginie Linard (02:14)
“On a regardé tous les films qu’on propose sur la plateforme, on a été très attentifs aux messages qu’ils véhiculent… travailler sur les archives, sur l’histoire, réfléchir à l’image.” – Virginie Linard (24:59)
“Est-ce qu’aujourd’hui, avec la contre-vérité… l’opinion qui prend le dessus sur tout, ce fonctionnement fonctionne encore ?” – Muriel Domenach (44:18)
Sur la transmission de l’histoire:
"C’est une matière qui ne vous intéressait pas ?" – "Non, c’est sans doute une question d’enseignement, de façon d’être enseignée." – (00:44–00:46)
La mission de La Force des Docs:
“On fait des films. Nous aussi, on se bat. On se bat pour les valeurs de la République.” – Virginie Linard (04:35)
La lucidité sur la désinformation:
“La parole des spécialistes, c’est vraiment très appréciable.” – Joël Alazard (22:16) “Il y a, là aussi j’emploie des termes stratégiques, une arsenalisation du récit historique. Ça fait partie de la bataille.” – Xavier Mauduit (50:57)
Sur l’importance de la mémoire et du débat réel:
“C’est à ça que ça sert, en fait, le débat. C’est à ça que ça sert de débattre. Et c’est pour ça que, finalement, on ne veut pas laisser la place au non-savoir, à ‘je mélange tout’.” – Virginie Linard (39:04)
L’appel au vivre ensemble:
“L’histoire, c’est aussi du vivre ensemble. Nous vivons ensemble, nous devons montrer… Tout ça c’est du vivre ensemble. Et tout ça pour moi, oui c’est de l’histoire.” – Virginie Linard (39:04)
Through this vibrant exchange, the episode demonstrates how documentary films—thoughtfully curated, contextualized, and discussed face-to-face—offer much more than isolated content. They become vital tools in the ongoing struggle against disinformation, civic disengagement, and historical amnesia. By connecting students with authors, practitioners, and deeper context, documentary cinema and its associated projects create spaces for doubt, understanding, and shared civic construction. As the guests emphasize, “le débat, ce n’est pas seulement accepter le désaccord—c’est apprendre à réfléchir ensemble sur des faits”.