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Aujourd'hui, on débat des droits des animaux. Mais au Moyen Âge, on n'allait plus loin. On les jugeait au tribunal. Et savez-vous qu'ils avaient parfois droit à un avocat ? 1386, Falaise, Normandie. Une truie renverse un nourrisson mal surveillé et lui dévore le visage. L'enfant meurt. La truie est capturée, enfermée en prison, puis on la fait comparaître devant le tribunal, à côté d'un procureur, une sorte d'avocat. Le procédure, neuf jours. Verdict, la truie doit mourir. Devant la foule attroupée, un étrange supplice commence. Le vicomte de Falaise a ordonné à tous les paysans de venir avec leur cochon pour que ça leur serve de lesson, de la pédagogie porcine. La truie est habillée avec des vêtements de femme et traînée jusqu'à l'échafaud. Le bourreau la mutile, puis la pend. Et après avoir encore été traînée à travers la ville, elle est brûlée sur un bûcher. Pas de jambon avec une truie mortrière. On connaît cet événement surtout grâce aux documents attestant la somme reçue par le bourreau. Oui, on sait combien elle était payée pour exécuter la truie. Les autres détails proviennent d'une tradition plus tardive qui a peut-être transformé les faits. Ce cas est le plus connu, mais loin d'être isolé. L'historien Michel Pastoureau a recensé des dizaines de procès aux animaux entre le XIIIe et le XVIIe siècle. 9 fois sur 10, l'accusé est un cochon, omniprésent dans les villes médiévales. Mais ils ont jugé aussi des bœufs, des taureaux, etc. Le plus souvent, c'est pour infanticides ou homicides. Parfois, c'est parce que certains animaux dévastent les champs. Mais ce sont plutôt des sentences collectives, et c'est l'Église qui s'en charge. A 1120, l'évêque de Lens excommunie les mulots et les chenilles. Puis l'année suivante, les mouches. Oui, les mouches, exclues de la communauté des croyants. A 1516, l'évêque de Troyes ordonne aux Sauterelles de quitter le diocèse sous six jours, sinon excommunication. Et toujours pour la même raison, elles détruisent les récoltes. Mais le meilleur, c'est l'évêque de Lausanne. Sur les bords du lac Léman, il condamne les anguilles, car elles se reproduisent trop et nuisent donc aux autres poissons. Pourquoi ces procès ? Parce qu'au Moyen-Âge, on considère que les animaux sont responsables de leurs actes. On leur reconnaît une âme, ainsi que des formes de sensibilité et parfois d'intelligence. On reconnaît qu'ils comprennent, rêvent et communiquent, et même qu'ils sont capables de bien et de mal. À l'université de Paris, au XIIIe siècle, Albert le Grand, Thomas d'Aquin et d'autres théologiens s'interrogent sérieusement. Où vont les animaux après la mort ? Au paradis ? Le même que nous ? ou un paradis pour les animaux ? Existe-t-il un paradis pour les bons chiens et un enfer pour les mauvais cochons ? Derrière ces débats déroutants pour nous, il y a une idée d'égalité. La justice s'applique à toute la création, aux hommes comme à tous les animaux. Mais peu à peu, à l'époque moderne, on commence à se moquer de ces procès médiévaux. On affirme que les animaux n'ont ni libre-arbitre ni âme. Et c'est désormais le propriétaire, et non plus l'animal, qui devient le véritable responsable juridique. Et aujourd'hui, les cochons pendus en robe et les anguilles excuminées peuvent bien nous faire ricaner. Mais au Moyen-Âge, on se demandait si les animaux pouvaient travailler le dimanche et à quel paradis ils allaient. Avec les élevages industriels et les.
