Le Cours de l’histoire : "Le poil… un acte de résistance depuis le Moyen Âge !"
France Culture, 10 octobre 2025
Bref aperçu de l’épisode
Cet épisode s’intéresse à l’histoire du poil féminin et à sa dimension politique, de l’Antiquité à aujourd’hui. En retraçant l’évolution des pratiques d’épilation et les injonctions faites aux femmes, l’hôte éclaire comment le poil a pu, à travers les âges, devenir un symbole de résistance, jusqu’à inspirer certaines figures légendaires et contemporaines. L’épisode propose par ailleurs un regard critique sur la domination masculine qui se cache derrière l’épilation, et met en avant les réappropriations actuelles du corps féminin.
Principaux points abordés & analyses
1. L’épilation : un sujet ancien et politique
- [00:00] D’entrée, l’hôte signale que la question “garder ses poils ou s’épiler ?” n’est plus intime mais politique, portée notamment par les luttes féministes contemporaines.
- Les instances de contrôle des poils féminins remontent à l’Antiquité : Ovide dit déjà aux femmes de ne pas laisser de poils “sous vos aisselles” ou sur les jambes.
- Le Moyen Âge prolonge cette norme : “On a gardé des traités de santé et de beauté qui détaillent toutes les méthodes d'épilation”.
- Citation notable :
« Le poil est devenu un sujet de débat. Les luttes féministes s’en emparent. Ce n’est plus intime, c’est politique. »
— Hôte, [00:00]
2. Techniques ancestrales et tortures de l’épilation
- [02:00] Référence aux manuels médiévaux :
- XIIIᵉ : "Le régime du corps" d’Aldebrandan de Sienne
- XIVᵉ : "Chirurgie" de Maître Henri de Mondeville
- Les méthodes évoquées : ciseaux, rasoir, pince et “poix induite sur les doigts ou sur un tissu” — ancêtre des bandes de cire modernes.
- Mention de sortes de crèmes dépilatoires à base de chaux vive ou d’arsenic – des procédés décrits comme de la torture.
- Remèdes pour apaiser la peau après épilation : blanc d’œuf ou graisse de porc sans sel, voire des recettes pour empêcher la repousse avec du sang de grenouilles, tortues, chauves-souris.
- Citation notable :
« Déjà, c’était de la torture. [...] Je vous déconseille d’essayer à la maison. »
— Hôte, [03:25]
3. L’épilation, reflet de la domination masculine
- [04:00] Justifications avancées : un minimum d’arguments sanitaires mais surtout une injonction à plaire :
« Les femmes s’enlèvent elles-mêmes leurs poils pour être agréables aux hommes. »
— Hôte citant Henri de Mondeville, [04:20] - Mise en parallèle avec les analyses récentes de féministes comme Mona Chollet, qui dénoncent l’aliénation intime que constitue ce diktat corporel.
4. Figures marginales et résistantes
- [05:40] Parfois, le poil échappe à la norme, à travers des figures féminines marginalisées :
- Les femmes sauvages des légendes, vivant à l’écart, sont souvent représentées poilues.
- Certaines saintes – Marie Madeleine, Marie l’Égyptienne – sont décrites avec des cheveux couvrant tout le corps.
- Focus marquant sur Sainte Vilgeforte/Sainte Livrade/Sainte Libérée :
- Refuse un mariage forcé, prie Dieu de la rendre laide → se voit pousser une barbe, ce qui la sauve temporairement…
- Elle est crucifiée par son père, supplice alors réservé aux hommes.
- Son culte se répand en Europe au XIVᵉ avec des représentations sculptées d’une sainte barbue, à la fois crucifiée et “libérée”.
- Citation notable :
« Le poil était déjà un acte de résistance. »
— Hôte, [07:30]
5. Du Moyen Âge aux réseaux sociaux : la résistance par le poil
- [09:00] Le parallèle est fait entre les saints résistants du passé et les nouvelles formes de militantisme : actrices, artistes, influenceuses qui montrent fièrement leur pilosité sur Instagram ou TikTok pour défier les canons de beauté.
- Le message persiste :
« Le poil est un choix, une liberté. Et Sainte Vilgeforte, la sainte libérée, l’avait compris avant tout le monde. »
— Hôte, [09:45]
6. Conclusion légère et ironique
- [10:00] Le podcast se termine en rappelant que même si le poil est un acte de résistance, “ce n’était pas forcément une bonne idée de se tartiner de chaux vive ou de sang de grenouilles ou de chauves-souris”.
Timestamps des moments clés
- [00:00] : Introduction — le poil, une question politique.
- [01:00] : Évocation des injonctions de l’Antiquité à l’épilation féminine.
- [02:00 - 03:30] : Méthodes médiévales d’épilation et effets secondaires.
- [04:00] : Analyse de la domination masculine derrière l’épilation.
- [05:40 - 08:30] : Récits des femmes à poils dans les marges médiévales (sorcières, saintes, Sainte Vilgeforte).
- [09:00 - 10:00] : Retours contemporains — réseaux sociaux et poil comme arme de résistance.
Moments et citations marquantes
- « Le poil est devenu un sujet de débat. Les luttes féministes s’en emparent. Ce n’est plus intime, c’est politique. »
— Hôte, [00:00] - « Déjà, c’était de la torture. [...] Je vous déconseille d’essayer à la maison. »
— Hôte, [03:25] - « Les femmes s’enlèvent elles-mêmes leurs poils pour être agréables aux hommes. »
— Hôte citant Henri de Mondeville, [04:20] - « Le poil était déjà un acte de résistance. »
— Hôte, [07:30] - « Le poil est un choix, une liberté. Et Sainte Vilgeforte, la sainte libérée, l’avait compris avant tout le monde. »
— Hôte, [09:45]
Conclusion
L’épisode retrace avec esprit et érudition les enjeux symboliques, politiques et historiques de la pilosité féminine, de l’Antiquité à l’ère des réseaux sociaux. Il décrit comment l’épilation s’est imposée comme acte intime dicté par la domination masculine, mais aussi comment, à travers certaines figures légendaires et contemporaines, le poil s’est régulièrement transformé en emblème d’émancipation et de résistance.
La réflexion proposée éclaire les débats actuels tout en rendant hommage à la longue histoire du poil… et à celles et ceux qui, hier comme aujourd’hui, ont choisi de le porter avec fierté.
