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Alors, garder ses poils ou s'épiler ? Qu'en dites-vous ? Le poil est devenu un sujet de débat. Les luttes féministes s'en emparent. Ce n'est plus intime, c'est politique. Et cette question remonte au Moyen-Âge et même bien avant. Dès l'Antiquité, Ovid dans son Ardèmé s'adresse aux femmes. Un bouc farouche ne doit pas alloger sous vos aisselles et vos jambes ne doivent pas être hérissées de poils rudes. Le corps féminin est attendu lisse. Bref, en surveiller déjà le maillot. Le Moyen-Âge prolonge ce diktat. On a gardé des traités de santé et de beauté qui détaillent toutes les méthodes d'épilation. Comme le régime du corps d'Aldebrandan de Sienne au XIIIe siècle ou la chirurgie de maître Henri de Mondeville au XIVe. Et que conseillait-il ? Les ciseaux, le rasoir, la pince et de la poix induite sur les doigts ou sur un tissu. Les ancêtres de nos bandes de cire. Mais aussi des sortes de crèmes dépilatoires à base de chauvive ou d'arsénic. Et déjà, c'était de la torture. Et pour calmer les brûlures, blanc d'œuf ou graisse de porc sans sel. Pour empêcher la repousse, plus étonnant, du sang de grenouilles, de tortues et de chauves-souris. Je vous déconseille d'essayer à la maison. Mais le plus frappant, c'est la justification donnée à ce diktat. Certes, on évoque parfois l'hygiène contre les parasites, mais Henri de Mondeville explique que les femmes s'enlèvent elles-mêmes leurs poils pour être agréables aux hommes. L'épilation peut cacher une domination masculine, comme le dénoncent aujourd'hui Mona Chollet et d'autres féministes. Une aliénation dans l'intime. Pourtant, le poil féminin échappe parfois à la norme. C'est le cas des femmes sauvages, ces créatures légendaires qu'on imaginait vivre dans les forêts, loin de la société. Elles sont marginalisées comme aussi les saintes rétirées du monde. Marie Madeleine, Marie l'Égyptienne, dont les cheveux recouvrent le corps comme un manteau. Et surtout, la plus étonnante, Sainte Vilgeforte, qu'on appelle aussi Sainte Livrade, littéralement la Vierge Forte, ou la Sainte Libérée. L'histoire raconte qu'elle fut promise un mariage contre son gré. Et pour échapper à son promis, ou à des soldats ivres, ou même à un père incestueux, selon les versions, Elle prie Dieu de la rendre laide et Dieu lui fait pousser une barbe digne du Père Noël. Les hommes s'enfuient et son Père furieux la fait crucifier, un supplice réservé aux hommes. Son culte se diffuse au XIVe siècle dans toute l'Europe. Au Lapin, on la sculpte dans le nord de l'Europe, en France, en Espagne, en Italie, en Angleterre, toujours crucifiée et toujours avec une barbe. Le poil était déjà un acte de résistance. Et aujourd'hui, des artistes, des actrices, des activistes, des influenceuses partagent leur poil sur les réseaux pour combattre les dictates sur le corps féminin. Hier, les fresques des églises, aujourd'hui, Instagram ou TikTok. Mais le message est le même. Le poil est un choix, une liberté. Et sainte Vilgefort, la sainte libérée, l'avait compris avant tout le monde. Ce n'était pas forcément une bonne idée de se tartiner de chauves-vives ou de sang de grenouilles ou de chauves-souris.
