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France Culture. L'intelligence artificielle et les robots vous font peur ? Rassurez-vous, cette angoisse est vieille comme le Moyen-Âge. En 807, Charlemagne reçoit un cadeau du calife de Bagdad, une étrange horloge à eau. À chaque heure, des petits cavaliers mécaniques surgissent, comme par magie. La cour frissonne. Science ou sorcellerie ? C'est un peu l'effet Alexa quand elle se met à parler toute seule à minuit. Ses ancêtres, des robots, étaient appelés merveilles ou engins, du latin ingenium, l'esprit inventif. Plus tard, ça donnera ingénieur. Le mot automate, lui, n'apparaît en français qu'au XVIe siècle, sous la plume de Rabelais, du grec automatos, qui se meut tout seul. Mais l'histoire commence bien plus tôt. Dès le 3e siècle, avant notre ère, à Alexandrie, on fabrique des machines à eau, à rouage, à air comprimé. Ces savoirs passent par Byzance et s'épanouissent dans le monde islamique. Au 9e siècle, à Bagdad, les frères Banou Moussa décrivent plus de 100 dispositifs mécaniques. Au 12e, Al-Jazari invente des fontaines musicales, des humanoïdes mécaniques et même un éléphant-horloge. Ces inventions fascinent et effraient l'Occident. Quand des lions mécaniques rugissent, les invités s'enfuient. Et quand une machine imite l'homme, c'est le vertige. Est-ce défier Dieu ? Alors, les rumeurs commencent à circuler, pour diaboliser des savants occidentaux qui s'inspirent de ces savoirs étrangers. Une légende raconte que Gerbert d'Auriac, futur pape Sylvestre II, aurait fabriqué une tête parlante qui répondait oui ou non à toutes les questions. Le tchat j'ai pété de l'an 1000. On dit aussi qu'au XIIIe siècle, Albert le Grand aurait construit un androïde parlant. 30 ans pour le fabriquer et son élève Thomas d'Aquin l'aurait détruit à coup de marteau. Ces légendes fantaisistes traduisent une peur bien réelle, qu'un pacte avec le diable se cache derrière ces machines. Et quand au XIIIe siècle, les savants européens se lancent vraiment à leur tour dans la construction d'automates, la littérature s'en empare. Les romains arthuriens imaginent des chevaliers de cuivre immenses, mus par des rouages, des machines que des héros de la table ronde comme Lancelot ou Ségurand doivent vaincre. L'homme contre la machine, déjà un cauchemar sur le progrès, comme dans la science-fiction. Et aujourd'hui, nous ne craignons plus le diable, mais des algorithmes tout aussi invisibles et diaboliques. La peur reste la même. Et si la machine devenait indépendante ? Et si elle agissait contre nous ? Le syndrome de Frankenstein était déjà un germe, bien avant Mary Shelley, bien avant Terminator. Au Moyen-Âge, on se demandait si les automates allaient combattre mieux que Lancelot. Aujourd'hui, les roboticiens guettent leurs performances. Seront-ils cassés moins de verre que nous en remplissant le lave-vaisselle ? Franchement, nous avons perdu d'avance. Enfin, à chaque époque, c'est combat, mais une même peur. Et si ça finissait par nous échapper ?
