
Les Écorcheurs de la guerre de Cent Ans, une histoire à vif
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Valérie Toureille
Les
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écorcheurs de la guerre de Cent Ans, une histoire à vif avec un mot qui couvre plusieurs réalités. Écorcheur, le trésor de la langue française, nous explique qu'il s'agit d'une personne dont le métier est d'écorcher les bêtes de boucherie. Très bien, au passage, nous apprenons que ce mot désigne en argot un élève de l'école vétérinaire d'Alfort, à côté de Paris, mais aussi un marchand qui pratique des prix trop élevés. Ah, j'ai été écorché! Mais le dictionnaire précise que dans le champ de l'histoire, un champ de bataille, l'écorcheur est un brigand de ceux qui désolèrent la France durant la guerre de 100 ans, des gars à la peau dure.
Fictional Character (possibly from Game of Thrones)
Le serviteur se rapprocha. « Quels écorchés? » pressa-t-il, la lippe allumée de bave. Lord Bolton y disait qu'un type à poils, ça a peu de secrets, mais que sans peau, ça n'en a plus du tout. L'écorché, la maison Bolton l'avait en effet pour emblème, savait Théon. Certains des seigneurs de ce nom étaient même allés, jadis, jusqu'à se tanner des manteaux en peau d'ennemis. De Stark, notamment. Jusqu'à ce que la soumission de fortes erreurs par Winterfell eût permis, quelques mille ans plus tôt, d'abolir ces pratiques. C'est ce qu'on prétend. Mais les coutumes invétérées ne crèvent pas si facilement. J'en sais
quelque chose. Pour un mort, chez nous, il y en a cinq, chez les Lannister. S'ils sont morts, prenez tout ce qu'ils ont sur eux. Les officiers nous seront utiles. Certains sont peut-être au courant des attentions
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des Lannister.
Fictional Character (possibly from Game of Thrones)
J'en doute. Nous ne tarderons pas à le savoir. Dans ma famille, on dit, un homme nu a peu de secrets, un homme fouetté n'en
Valérie Toureille
a aucun. Le cours
Host / Narrator
de l'histoire. Les écorcheurs dans la série Game of Thrones, chef-d'oeuvre du médiévalisme. Et évidemment, ce mot écorcheur évoque tout de suite un imaginaire. Bonjour
Valérie Toureille
Valérie
Host / Narrator
Tourey. Bonjour. Vous êtes historienne, professeure d'histoire du Moyen-Âge à l'université de Cergy, Cergy Paris Université. Vous êtes l'autrice de Crimes et Châtiments au Moyen-Âge, entre autres, d'une biographie de Jeanne d'Arc. Et dans cet univers-là, on croit ce mot écorcheur. Va falloir nous expliquer de quoi il s'agit avec vous aujourd'hui dans le cours de l'histoire. Christophe
Christophe Furon
Furon,
Host / Narrator
bonjour. Bonjour. Vous êtes docteur en histoire médiévale, chercheur associé au Centre de Recherche en Histoire Internationale et Atlantique de Nantes Université et vous êtes l'auteur d'un ouvrage « Les écorcheurs, violence et pillage au Moyen-Âge ». Ça signifie quoi, Valérie Touray, ce mot « écorcheur »? Parce que tout de suite, nous imaginons un être humain sans sa peau,
Valérie Toureille
ce qui n'est pas très ragoutant. C'est une image qui vise à stigmatiser la violence de certains hommes de guerre que l'on compare à des bouchers puisque l'écorcheur est celui, comme vous l'avez rappelé, qui
Host / Narrator
écorche les bêtes à la boucherie. Christophe Furon, dans votre ouvrage publié chez Arkey, il y a des dates sur la couverture 1435-1445,
Christophe Furon
c'est 10 ans, c'est très précis. Oui, ça correspond en fait à la période où les écorcheurs sévissent. 1435, c'est le traité d'Arras qui signe la paix entre Charles VII et le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, et qui met fin à la guerre civile entre Armagnac et Bourguignon qui dure depuis 1407. Et durant cette guerre civile, les hommes de Charles VII se livraient beaucoup au pillage des territoires bourguignons. Et la paix d'Arras les prive de ces sources de revenus, puisque le pillage doit être considéré comme une source de revenus pour ces hommes-là. Et 1445 correspond à la réforme militaire organisée par Charles VII, qui permet de mettre fin à l'écorcherie. Peut-être que nous aurons l'occasion d'en reparler. Et donc, durant ces dix ans, ces hommes d'armes, qui sont censés être au service de Charles VII, se livrent à des pillages dans tout le royaume de France, en gros, et visent particulièrement,
Host / Narrator
tout de même, les territoires bourguignons. Valérie Touraille, dans ce 15e siècle en France, nous sommes sur un territoire particulièrement chahuté. Je reprends le titre de votre ouvrage « Crimes et châtiments au Moyen-Âge ». C'est une période de violence particulière. C'est difficile de parler de violence parce que le mot couvre tant de choses et tant de réalités. Ça signifie
Valérie Toureille
quoi de parler de violence au 15e siècle? Vous avez raison d'insister sur ce point. Est-ce qu'on peut distinguer la violence ordinaire de la violence de guerre? Oui. Le vrai sujet sur lequel je travaille depuis des années est la question de la violence légale, tolérée, celle que l'on condamne, en particulier chez les hommes de guerre. La période qui nous intéresse, on vient de le rappeler, correspond effectivement à une après-guerre civile qui, loin de ramener la paix, va continuer d'exacerber de vieilles haines entre les clans rivaux bourguignons et armagnacs. Et Charles VII, comme un habile politique, laisse faire les choses parce qu'il s'agit quand même de déstabiliser son vieil adversaire. Donc on est dans un jeu politique très particulier. Mais toutes les périodes de guerre exacerbent la violence, d'autant plus
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que celle-ci s'exerce aussi contre les populations civiles. Oui, ces populations civiles victimes de la violence, il faut rappeler Cela parce que bien souvent, toutes ces victimes sont invisibles. Sinon, pour dire, il y a eu des victimes et ce sont les hommes en armes qui sont mis en avant. Dans cette histoire, il y a deux noms qui vont apparaître. Ce sont les armagnacs, les bourguignons. Et je suis ravi d'avoir deux spécialistes, parce que ça va nous éclairer. Et pour cela, on va passer par un
Philippe Contamine
autre grand spécialiste, un grand historien, Philippe Contémix. Il y a deux meurtres qui marquent cette division entre Armagnac et Bourguignon. Le premier meurtre, c'est 1407. L'assassinat, en novembre 1407, à Paris, par des séides du Duc de Bourgogne, du Duc Louis d'Orléans. Premier meurtre, 1407. Et puis un deuxième meurtre qui lui répond en 1419, c'est-à-dire douze ans plus tard, à savoir le meurtre de Montreau où le duc de Bourgogne, Jean sans peur, est assassiné par des partisans du dauphin Charles, le futur Charles VII, fils de Charles VI, Et probablement, le Dauphin Charles était vaguement au courant. Cet assassinat n'est pas simplement le résultat d'un malentendu, d'une rixe occasionnelle, il était plus ou moins prémédité. Autrement dit, selon la terminologie de l'époque, c'était un meurtre de gai à penser. Et à partir de 1407, la
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rivalité va se muer progressivement en guerre civile. Philippe Contamine sur France Culture en 1984, Valérie Touvaille, Aidez-nous. On entend bien ces deux ensembles, les Armagnacs, les Bourguignons. Les Bourguignons, je vois assez bien, parce qu'on évoque la Bourgogne, c'est une entité qui appartient au royaume de France ou pas? C'est quelque chose
Valérie Toureille
qui est à côté du royaume de France? Alors, avant de définir les arts maniaques, on vient juste d'évoquer la question de la violence. Et dans ce grand ensemble, celle des guerres civiles est sans doute l'une des plus cruelles. Et pas seulement au Moyen-Âge. Je crois que c'est important de le rappeler. Oui, il y a deux parties qui se déchirent. celui qu'on dit d'Armagnac parce que l'héritier spirituel et politique de Louis d'Orléans se trouve donc du côté du comte d'Armagnac, qui va au fond rassembler derrière lui non seulement de très nombreux hommes d'armes qui viennent du sud du royaume, mais aussi tous ceux qui sont restés fidèles, on va dire, Dans un premier temps, au camp du
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roi, puis auprès du dauphin, du dauphin Charles. Voilà, donc on a d'un côté les Armagnacs et du côté du
Valérie Toureille
roi de France, on peut le dire ainsi. C'est compliqué parce qu'au début du 15e siècle, les Bourguignons sont du côté du roi de France et les Armagnacs sont face à eux. Donc les lignes de ces
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camps vont se redessiner au fil du temps. Avec une guerre civile, et vous avez vraiment eu raison de le préciser, la guerre civile fait partie de tous ces conflits, mais parmi les plus meurtriers, les plus violents, les plus cruels. Dans cette histoire-là, et dans l'archive qu'on a entendue de Philippe Contamine, nous sommes remontés au début du 15ème siècle avec cet assassinat de 1407. Ce qui signifie qu'au moment où les écorcheurs vont apparaître, ça fait quand même près d'une trentaine d'années qu'on est dans un contexte de guerre. Ce sont des gens qui ont des armes depuis longtemps. C'est cela, ce territoire qui nous intéresse, royaume de France et ce duché de Bourgogne, sur cette période-là?
Christophe Furon
C'est qui ces hommes en armes, Christophe Furon? Alors, ce sont principalement des hommes de Charles VII et qui sont habitués à la guerre. En fait, ils ne vivent que de la guerre depuis des décennies pour certains. Quand les corcheries commencent en 1435, certains capitaines sont au service de Charles VII depuis une vingtaine d'années. Et donc, pendant 20 ans, en fait, ils passent leur temps à piller, en plus de faire la guerre. Enfin, les deux ne sont pas indissociables pour les gens de l'époque. Et par conséquent, il y a un certain habitus qui s'est créé, si bien que certains hommes d'armes, quand ils cherchent à raccrocher les armes, n'y arrivent pas et finissent par rejoindre soit une autre compagnie d'hommes d'armes, soit se livrer à la délinquance. La sortie de guerre, pour eux, est difficile. Ils ont du mal à se réintégrer à la société, on va dire, non combattante plutôt que civile. Et donc, eh bien, ils gardent ces habitudes-là. Ce qui fait que, eh bien, en 1435, On n'a pas de sources qui le disent, mais on pourrait imaginer que certains se retrouvent un peu pris au désarroi, à l'idée de ne plus avoir de fer, la guerre, au Bourguignon. Alors, il reste bien sûr les Anglais, mais on va dire qu'en 1435, l'activité militaire
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de Charles VII est quand même assez réduite. Voilà, en 1435, c'est cette paix d'Arras. Normalement, il n'y a plus de guerre, il y a toujours les Anglais. C'est pratique,
Valérie Toureille
on peut toujours le retaper dessus. Valérie, toi? Oui, et puis vous l'avez rappelé, cette guerre civile s'est éternisée et on voit mal comment ces hommes qui se sont si longtemps combattus sont souvent des familles. Parfois certaines sont divisées, mais ce sont des familles qui s'opposent, des lignages qui se font la guerre. Comment accepterait-elle de déposer les armes aussi facilement pour une diplomatie, au fond, qui ne les satisfait pas du tout? Donc, il y a à la fois une nécessité à continuer à vivre par les armes et des armes, mais il y a aussi cette
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haine profonde qui les anime depuis si longtemps. Et puis il n'y a pas d'armée telle que nous les connaissons aujourd'hui, liée à un territoire, c'est beaucoup plus complexe parce que vous
Valérie Toureille
parlez de compagnie. Comment tout cela se construit-il? Alors en fait, ce qui est évident, c'est que la question des écorcheurs pose à la fois sur une question politique, la guerre civile, mais aussi sur une question militaire, à la fois de discipline et d'intendance. Le Dauphin, puis Charles VII, lorsqu'il changera de statut, rencontre d'énormes difficultés pour financer son armée. Donc, au fond, le pillage fait partie de la rétribution lorsque la solde vient à manquer. Et puis, il ne faut pas oublier que, non plus, on fait la guerre en répandant ce qu'on appelle le désroit, la désolation. Il faut nuire à son ennemi par tous les
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moyens possibles. Et le pillage en fait partie. Et puis pour donner des images à tout ce que vous pouvez nous dire, on l'a rappelé, 1407, c'est le début de cette guerre civile. 1435, c'est la paix d'Arras. Mais entre les deux, on a quand même un personnage, Jeanne d'Arc. Valérie Tourey, vous êtes biographe de Jeanne d'Arc, vous avez écrit sur elle. Ce que nous avons, nous, comme images qui nous viennent à l'esprit, quand on parle de cette période, c'est tout ce que nous connaissons autour de Jeanne d'Arc. Donc, c'est un peu valable tout ce qu'on voit, c'est-à-dire des hommes en armes qui suivent un chef ou une chef en l'occurrence avec Jeanne d'Arc et puis on va prendre des vilos anglais et puis au passage
Valérie Toureille
on pille parce qu'il faut bien se nourrir. J'aurais tendance à dire que l'épisode Jeanne d'Arc est une sorte de parenthèse. Elle va côtoyer des hommes de guerre particulièrement rudes, l'Aïr, Xintraille, des princes comme le duc d'Alençon et d'autres qui sont de rudes soldats, pas vraiment versés dans les choses de la foi, même s'ils sont tous croyants. Et elle arrive au fond à les rallier, à apaiser aussi les divisions internes. Mais ça n'est qu'une parenthèse. Et au fond, dès qu'elle disparaîtra, ces hommes se jetteront à nouveau dans la
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guerre comme ils avaient l'habitude de le faire. En 1431, Jeanne d'Arc est brûlée à Rouen, ce qui signifie d'ailleurs que la fin de Jeanne d'Arc, c'est pas du tout la fin de cette guerre-là, parce qu'il faut attendre quelques années, il faut attendre la paix d'Arras. Sur la période qui nous intéresse, il y a vraiment cette question de la violence. La Valérie Touraille, comment étudiez-vous la violence? Parce que, historienne que vous êtes bien sûr, vous dépendez des sources, et les sources sur une période de guerre, vont dire des choses qui sont évidemment produites par les différents camps, en disant beaucoup de mal de l'adversaire, peut-être en minimisant ses propres
Valérie Toureille
actions. Comment la violence transparaît-elle dans ces sources? Toutes les sources, quel que soit le contexte, sont soumises à critique, qu'elles soient du XXIe siècle ou du XVe siècle. C'est à l'historien de ramener l'analyse à sa juste mesure, au mieux qu'il peut le faire. La violence, on la mesure de différentes manières parce qu'on a différents types de sources quand même. Les chroniques abondent d'événements qui justement surnagent du quotidien, mettant l'accent sur des pics de violence. Et puis, bien sûr, on a les sources de la répression, les sources judiciaires ou les sources judiciaires qui distribuent le pardon. Donc, on a quand même différents échos de cette violence qui en font
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permettre de les recouper et de les croiser. Pourquoi associe-t-on tellement la violence à cette période-là,
Valérie Toureille
au XVe siècle, à cette guerre civile particulière? D'abord, la guerre civile s'invite dans la guerre, dans un contexte qui était déjà délétère. Il y a des contemporains qui disent qu'ils n'ont jamais connu d'autres horizons que la guerre. On évoquait les hommes de guerre. Moi, j'en ai croisé aussi. Je ne sais rien faire d'autre que le métier des armes. Donc, c'est une société entière, combattants et non combattants, qui sont plongés, qui se retrouvent plongés dans cet univers guerriers, on va dire, dans une violence qui est quasi quotidienne. Alors, est-ce que la violence médiévale est plus grande que d'autres périodes? Je ne le crois pas, mais ce sont les périodes de guerre qui, elles, sont
Fictional Character (possibly from Game of Thrones)
toujours le moment d'une exacerbation de la violence. Mon cœur est bouché. Cette mazur est pleine à craquer de sacrés cochons d'Armagnac. Et je veux en bouffer deux ou trois tout creux pour souper. Pas vous? Moi, je les préfère rôdis, si on foutait le feu. Tu es un âne, le roi. Tu ne sais pas que le duc de Bourgogne est là-dedans aussi? Et tu veux qu'on fasse griller notre futur roi de France? Allez, on en finit un bon coup, là, mon dieu de bon dieu! Bon dieu! Beau gueule! Beau gueule! Donne ton épieu, mon joli. Il peut te servir à rien. Tu as la moitié des bouchées de Paris sur le poêle. On te vaut pas forcément du mal.
Christophe Furon
Tu es
Host / Narrator
peut-être pas un
Christophe Furon
Armagnac, après tout. Oh
Fictional Character (possibly from Game of Thrones)
non! On est soulagés. Mais si tu
mens. Tu dis que tu n'es
pas Armagnac, mais
Host / Narrator
qu'est-ce qui nous le prouve?
Fictional Character (possibly from Game of Thrones)
Comment appelle-t-on cela? C'est votre
Host / Narrator
poing. T'as-tu
Christophe Furon
entendu?
Host / Narrator
Poing, c'est qu'on est armagnac. Non! Non! Si! Catherine, il suffit d'un amour. Et oui, à la télévision française, dans les années 1960, il y avait des téléfilms consacrés à cette période-là, la rivalité entre les Armagnacs et les Bourguignons. Et d'après une série de romans de Juliette Benzoni, c'est Valérie Toureille. Bien sûr, des périodes chargées d'un imaginaire fait de violence. Ici, ce qu'on vient d'entendre, c'est lié, je l'ai dit, 1413, donc nous sommes en plein pendant la guerre et notamment la guerre civile. Ah, des révoltes particulières, la révolte des cabochins... Il y a plein de moments comme ça. En fait, c'est sans doute pour ça que la période est difficile à saisir. J'ai l'impression que ce sont plein de points, plein de moments qui, tous mis bout à bout, nous permettent de comprendre l'ensemble. Mais nous sommes loin, au moment de réfléchir à la guerre, de nos conceptions complètement anachroniques d'une guerre avec une armée contre une autre armée. C'est dans
Valérie Toureille
le détail que ça doit s'étudier, cette guerre-là. En fait, elles se construisent à différents niveaux. Il y a encore des grands affrontements et des batailles rangées. A Zincourt, bien sûr. Mais un engagement comme celui-là est lourd en homme, lourd aussi en impact, en résonance. La défaite est difficile à absorber et A Zincourt mettra des décennies avant de pouvoir tourner la page. Mais il y a aussi, entre cette guerre civile et la guerre franco-anglaise, de très nombreux coups de main. La guerre se fait beaucoup de places prises et reprises. Et puis, il ne faut pas oublier que dans cette géographie ou cette géopolitique compliquée,
Host / Narrator
les deux camps adverses sollicitent aussi les Anglais. En
Valérie Toureille
plus, parce qu'il nous fallait un acteur supplémentaire. Voilà donc ce qui
Host / Narrator
complexifie encore la lecture de ces événements militaires. Christophe Furon, est-il possible de savoir qui sont ces hommes? Parce que ce sont principalement des hommes dont nous parlons, mais on pourra réfléchir après à la place des femmes dans cette histoire-là, si ce n'est victime. Qui sont ces personnes qui nous intéressent particulièrement aujourd'hui? Alors les chefs, ça c'est une chose, et puis surtout les gens en armes
Christophe Furon
avec eux, des nobles, pas nobles, qui sont-ils? Les principaux acteurs, ce sont des capitaines. Des capitaines de compagnie, donc qui ont sous leurs ordres des hommes, dont ils ont la responsabilité, c'est-à-dire qu'ils doivent leur fournir le logis, les payer, évidemment, puisque quand le roi paye ses hommes, ce qui arrive rarement, mais ça arrive quand même, eh bien l'argent passe par le capitaine, qui va ensuite redistribuer. et qui doit fournir aussi la gloire à ces hommes d'armes. Et par conséquent, ces capitaines sont vraiment les personnages essentiels de ce XVe siècle, dans la guerre en tout cas. Et sous leurs ordres, ils ont un certain nombre d'hommes d'armes qu'ils recrutent. au gré des opérations. Ils ont aussi leur propre réseau. Il y a beaucoup dans leur compagnie de parents, notamment, ou d'amis. Et ils appartiennent principalement à la noblesse, mais plutôt petite, moyenne noblesse. puisque les princes fréquentent très peu, finalement, les champs de bataille. Ils y viennent pour se montrer, et puis ils ne vont
Fictional Character (possibly from Game of Thrones)
pas
Christophe Furon
s'abaisser quand même à pratiquer le pillage. Voilà. Donc, ce sont principalement des capitaines, mais ces capitaines ont besoin aussi d'un réseau de protecteurs. Donc, il y a le roi, c'est le protecteur suprême, mais aussi pour multiplier les protections et puis multiplier les opportunités d'emploi, eh bien, se mettre au service d'un prince ou d'un autre, puisque chaque prince joue sa propre partition politique à l'époque de Charles VII, et par conséquent, eh bien
Host / Narrator
les capitaines peuvent trouver des occasions d'emploi ponctuellement. Voilà, c'est ça, parce que nous avons ici ces capitaines, ces chefs de guerre, je sais pas, le mot capitaine est intéressant. Il y a tout un vocabulaire qui se déploie pour essayer de les désigner aujourd'hui dans le cours de l'histoire. Nous réfléchissons à qui sont les écorcheurs. Le contexte se met peu à peu en place. Des capitaines, des chefs de guerre, ce sont des
Valérie Toureille
gens loyaux, ce ne sont pas des mercenaires. Si, pour une part. Christophe vient de l'évoquer, l'Aïr, qu'il connaît bien, vend aussi ses services militaires. J'ai aussi travaillé sur un homme qu'on a présenté comme un des grands capitaines d'écorcheurs qui est Robert de Saint-Bruck, vend aussi ses compétences militaires à qui le souhaite. Donc si, à l'occasion, on se loue comme mercenaire. Le terme n'est pas utilisé tel quel, mais c'est quand même
Host / Narrator
la pratique qui est révélée derrière ces pratiques-là. Etienne de Vignoles, l'aïr, fait partie de ces noms qu'on croise comme ça
Christophe Furon
parfois dans la littérature, qui est cet homme. C'est un capitaine Gascon, issu de la très petite noblesse Gasconne, dans la région des Landes. Et donc, il entre au service... En tout cas, il apparaît dans les sources en 1418, au service du dauphin Charles, le futur Charles VII, qu'il ne va cesser de servir jusqu'à sa mort en 1443. Donc, il est de toutes les grandes opérations militaires, mais aussi de tous les pillages. Dès qu'il y a une occasion de faire du butin, il en fait partie. Et... Tout à l'heure, on parlait de mercenaires. Laïr exerce une certaine forme de mercenariat, mais jamais sans contrevenir aux intérêts du roi. Il dépend tellement du roi, en fait, qu'il va servir d'autres princes à condition que ça ne nuise pas aux intérêts du roi, puisqu'en fait, il doit son ascension, puisque là, il est question d'ascension
Host / Narrator
par la guerre. au roi de France, voilà. Avec Robert de Sarbreuc, également Valérie Tourey, Robert de Sarbreuc ou l'honneur d'un écorcheur que vous aviez publié aux presses universitaires de Rennes, c'est à peu près
Valérie Toureille
le même parcours avec un homme comme ça? Non, Robert de Sarbreuc se situe au dessus de l'aïr dans la hiérarchie sociale. D'ailleurs, il mène sa propre diplomatie, y compris contre les intérêts du roi lorsque ses intérêts personnels sont en danger. Donc là, on a un capitaine qui tantôt serre le roi, tantôt devient beaucoup plus indocile et va devoir
Host / Narrator
d'ailleurs, à terme, se plier à l'autorité royale. Oui, surtout quand l'autorité royale décide de s'entendre avec son ennemi. C'est le cas en 1435 au moment de réfléchir à la paix et que Philippe le Bon, le duc de Bourgogne, décide avec son conseiller maître Nicolas
Fictional Character (possibly from Game of Thrones)
qu'il est peut-être temps de faire la
paix. Paris était Bourguignon, vous le savez bien. Surtout si vous me permettez ce propos à partir du moment où ceux
qui n'étaient pas bourguignons de cœur étaient massacrés. Ce que mon père a tenté
d'empêcher. Mais elle est donc raisonnée la populace. Elle s'est calmée depuis. Et comme le Parisien est normalement mécontent, il conspire contre le
pouvoir. Alors maintenant il conspire contre nos amis. Cela, c'est à voix basse. Mais j'ai entendu ceux qui criaient « la paix ». Ils en ont assez des luttes entre les partis, des égorgements, des proscriptions, de l'étranglement de leurs commerces ou tout simplement de leur ravitaillement. qu'ils soient d'un bord ou
de l'autre. Tous ont perdu quelque chose, quelqu'un, voire
tout. Et vous? Quel rôle allez-vous tenir sur ce théâtre? Ces gens-là ne voient pas en moi le chef d'un parti. Je ne suis pas le Duc Jean, mon père. Ils ne m'ont pas vu dans les rues de Paris à l'époque des troubles, des massacres, des coups de main. Ils attendent peut-être que
je sois celui qui aide à leur procurer la paix.
Et cette division du royaume? Vous pensez y porter remède? Non. Me tenir à l'écart. Vois-tu, ce qui m'intéresse maintenant, c'est de donner une réalité politique à cet ensemble de principautés dont je suis le maître. De la mer du nord aux Alpes, je suis chez moi. Mais là, je suis duc. Là, je suis comte. Là, je suis seigneur. Là, je dois composer avec les féodaux. Là, je
dois m'accommoder des archevêques. Là, je dois
supporter les bourgeois.
Host / Narrator
Alors Paris, où vous avez votre place? Vous êtes sûr? Bah oui quand même un petit peu. C'est Philippe Lebon, le duc de Bourgogne, une évocation radiophonique de cette paix d'Arras de 1435 avec effectivement le duché de Bourgogne et c'est évoqué ici qui est un puzzle. incroyable, de plein de choses. Cette paix d'Arras, c'est fini la guerre civile, donc on peut se dire que ça va bien se passer par la suite. Mais c'est là que commence cette histoire des écorcheurs. Pourquoi alors? Ce sont ces
Christophe Furon
hommes en armes qui ne peuvent pas déposer les armes? Exactement. La paix d'Arras les prive véritablement d'une source de revenus avec les pillages en territoire bourguignon. Bien sûr, comme j'ai dit tout à l'heure, il y a bien les territoires contrôlés par les Anglais en Normandie et dans le Sud-Ouest, mais il y a quand même beaucoup de capitaines et d'hommes d'armes qui se retrouvent désœuvrés. et qui vont devoir subsister. Surtout que la paix d'Arras est signée en septembre 1435, et l'hiver arrive. Et il va donc falloir subsister, d'une manière ou d'une autre, et on voit dans un premier temps ces bandes, que les bourguignons vont finir par appeler les corcheurs, ces bandes s'installer d'abord en Normandie, dans le Pays-de-Côte durant l'automne, et après, migrer vers le nord et donc, là, commencer à envahir le Hainaut, par exemple, qui appartient au Duc de Bourgogne. Et à partir de ce moment-là, c'est le début de l'écorcherie. Mais en 1435, je dirais, il ne faut pas s'imaginer un déferlement d'hommes d'armes sur les territoires bourguignons avec une sorte d'invasion, etc. L'écorcherie subit plusieurs pics, en fait. On connaît plusieurs pics entre 1435 et 1445. Il y a un premier pic en 1437-1439, où là, les chroniqueurs considèrent qu'il y a plusieurs dizaines de milliers d'hommes d'armes. Ils exagèrent certainement, mais ça veut dire beaucoup, en fait, dans leur langue. Beaucoup d'hommes d'armes qui déferlent, notamment dans les territoires bourguignons. Et on a un deuxième pic, en 1444-1445, qui est davantage organisé par le roi de France, puisqu'il joue sa propre partition, il est en train d'entrer de nouveau en négociation avec le duc de Bourgogne. pour solder toutes les tensions qu'il y a eu après le traité d'Arras. Et par conséquent, là on a un deuxième pic et en 1445, cette réforme militaire qui va organiser une armée permanente
Host / Narrator
et surtout payée régulièrement va permettre de solder les comptes. Donc on comprend bien 1435 la paix, c'est la fin de la guerre civile, 1445 c'est qu'on organise l'armée et entre les deux, entre les deux Valéry Toureil, c'est un phénomène qui a déjà existé plein de fois. L'idée que des bandes armées dans un contexte de guerre, ça c'est une chose, mais même dans un contexte juste d'après-guerre se baladent avec ce mot écorcheur. qui désignent ces gens sur cette période-là, mais il y avait d'autres mots. Un auditeur, les auditeurs du cours de l'Histoire sont sensationnels, écrit
Valérie Toureille
« les routiers sont sympas ». Parce qu'on parlait de routiers aussi. Effectivement, c'est le terme le plus générique, ceux qui suivent les routes. Mais la route, en fait, c'est un groupe d'hommes, même s'ils cheminent et chevauchent. Oui, on fait souvent la comparaison avec les grandes compagnies qui succèdent au traité de Bretigny en 1360. Mais moi j'y vois une différence quand même. Cet après-traité de Bretigny laisse effectivement sur les champs de très nombreux hommes d'armes, anglais aussi, mercenaires gallois au passage également. et des Français qui vont se regrouper sous la bannière de Capitaine et qui vont s'organiser de manière totalement autonome pour vivre sur la bête. On s'installe sur un point fortifié et on lance des radias. Là, on est vraiment dans une période de désordre extrême. La fin du XIVe siècle est aussi une période très difficile sur le plan politique. et qui se nourrit de cette instabilité. Donc on va voir tout doucement une reprise en main de ces compagnies. Je ne rentre pas dans le détail de Duguay-Clin et autres. Mais la période des écorcheurs est un peu différente. D'abord parce que les écorcheurs sont désignés comme tels d'abord par leurs adversaires qui sont les bourguignons. Il y a d'ailleurs un pendant pour les bourguignons qu'on qualifie du côté armagnac de retondeur. Les pratiques sont les mêmes. Donc c'est d'abord une stigmatisation politique qui va finir par se vulgariser, mais c'est d'abord une stigmatisation politique. qui distingue des capitaines français, qui continuent de faire la guerre au Bourguignon avec l'aval souterrain, mais avec l'aval du Dauphin. C'est vrai que de toute façon, il n'a pas les moyens d'orienter et d'encadrer ces hommes de guerre, mais cette guerre-là ne lui nuit pas. On va voir que dans les années 1444-1445 vont remonter un certain nombre de griefs. J'ai travaillé sur une enquête pour dommages, que dirigeant le duc de Bourgogne, pour faire état de toutes les dévastations d'une bande. deux capitaines français, qu'on peut donc qualifier d'écorcheurs, qui a semé la terreur dans la comté de Bourgogne. Ça, c'est vraiment très intéressant. Et c'est là, d'ailleurs, on retrouve en marge la mention d'hommes bandus, d'hommes rôtis, etc. Donc, il y a quand même chez ces écorcheurs une fidélité politique qui n'existe pas dans les grandes compagnies, même si
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on parle à chaque fois de la violence des hommes de guerre. On peut dire que les écorcheurs, ce sont les armagnacs, les anciens armagnacs qui se battent toujours contre les bourguignons. C'est bien cela. Même si la guerre est censée être terminée en 1435 avec la paix d'Arras, quelque part ça continue. Et vous nous le dites bien Valéry Toureil, ça arrange aussi du côté du roi de France et plutôt du dauphin. C'est pas la même chose, on est assez proche. Ces gens-là, Ils sont nombreux dans les sources, vous dites par milliers pour dire qu'ils sont nombreux. C'est très difficile, là aussi, toujours via des sources et la limite des sources, de savoir exactement comment sont constituées
Christophe Furon
ces compagnies-là. Il y a des éléments, il y a des indices? Alors, le seul indice qu'on peut avoir, c'est de dire que les sources exagèrent. Dans les chroniques, il y a uniquement les chroniques qui donnent des chiffres. On parle de plusieurs milliers. L'idée pour les chroniqueurs de l'époque, c'est vraiment d'expliquer que c'est un phénomène massif. Et il y a forcément une forme d'exagération dans le sens où les chroniqueurs se placent souvent du côté soit du sensationnel, soit du côté des victimes, soit des deux. Écrivent parfois aussi pour le Duc de Bourgogne. D'ailleurs, les chroniqueurs proches du roi de France, eux, ont tendance à moins parler des écorcheurs. Et par conséquent, il est très difficile d'avoir une idée précise de leur nombre. Il n'empêche qu'il y a quand même des correspondances, des lettres qui sont écrites par les autorités urbaines, notamment, je pense, du côté de l'Alsace, qui parlent aussi de plusieurs milliers d'hommes qui déferlent en 1439, enfin, durant l'hiver 1438-1439, qui déferlent en Alsace. Donc, on peut estimer tout de même que le phénomène est très massif. Il n'empêche qu'il est très difficile de savoir ce qu'il en est exactement. D'autant plus qu'il ne faut pas s'imaginer ces bandes de manière uniforme. Ce sont plusieurs capitaines qui s'allient à un moment donné pour avoir un impact plus grand lors des opérations de pillage. Mais à côté de ça, vous avez plein de petits capitaines aussi, avec quelques dizaines d'hommes, qui vont piller d'autres régions et qui vont passer plus inaperçus, puisque les chroniqueurs ne parlent que de ce qui est le plus important. Et par conséquent, à côté de ces grandes troupes, qu'on a moins de mal à étudier puisqu'il y a plus de sources, eh bien il y a plein de petites troupes, les petites compagnies, qui vont divaguer dans le Berry ou en
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Touraine et qui vont laisser beaucoup moins de traces dans les sources. Comment agissent-ils? Dans l'enquête que vous évoquiez, Valéry Tourel, Il y a ici ce mot écorcheur qui évoque tout de suite dans l'imaginaire quelque chose d'absolument terrible. Et d'ailleurs, dans l'idée d'exagération, exagération des chiffres, il y a exagération peut-être des actions.
Valérie Toureille
Au moment d'une enquête comme ça, qu'est-ce qui est relevé? Qu'ont-ils fait? En fait, oui, la question des chiffres est récurrente. On a les montres d'armes qui nous donnent aussi d'autres indications. Les montres d'armes, en fait, un capitaine est censé faire état de tous les hommes qui l'accompagnent dans la compagnie pour définir le montant de la solde qu'on lui attribuera. On montre, on montre les hommes. Donc la question des chiffres a souvent été débattue, elle le restera à mon avis encore très longtemps. Et pourtant, il y a des fois, je trouve des chiffres qui sont cohérents chez certains chroniqueurs, quand on les compare précisément. à des montres d'armes. Donc on ne peut pas mettre tous les chroniqueurs ensemble. Et puis, en fait, c'est devenu après une généralité. On critique à chaque fois les chiffres des chroniqueurs. Mais bon, je crois qu'il y a une étude sur le terrain qui pourrait être menée. Combien d'hommes par espace très défini par mètre carré sur un champ de bataille. C'est des problématiques qui pourraient être intéressantes à conduire. Mais oui, ce sont effectivement des groupes très informels qui bougent et qui s'agglomèrent en fonction des opportunités du pillage ou d'opérations militaires. Dans l'enquête à laquelle je faisais référence tout à l'heure, on a une estimation des pillages. Et on a aussi des indications sur quelques violences physiques. Et ça, c'est assez rare. On en a très peu. Au fond, on va chiffrer les dommages dans ces villages qui ont été traversés par des bandes de soldats français. Mais au fond, on ne sait pas ce qu'il est advenu de cette enquête, si ce n'est qu'elle sert là aussi dans l'argumentaire du duc de Bourgogne pour obtenir la paix
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et que
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le roi agisse enfin pour mettre au pas ses capitaines. Ses écorcheurs. Tout le tournoiement du royaume de France était plein de places et de forteresses, dont les gardes vivaient de rapines et de proies. Et par le milieu du royaume, des pays voisins s'assemblèrent toutes manières de gens de compagnie, que l'on nommait écorcheurs. Ils chevauchaient et allaient de pays en pays et de marche en marche. cherchant victoire et aventure pour vivre et pour gagner, sans épargner les pays du
Valérie Toureille
roi de France, du duc de Bourgogne, ni
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d'autres princes du royaume. France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Thomas Beau, qui nous lisait cet extrait d'Olivier Delamarche. Olivier Delamarche fait partie de ces chroniqueurs que nous évoquions à l'instant. Il est ici dans une description, alors littéraire, on n'est pas dans quelque chose de chiffré, sur ce qu'il se passe. Qui est Olivier Delamarche? Parce que j'ai bien saisi qu'il faut toujours ici savoir où l'on se place, mais c'est partout pareil, tout le temps en histoire. parce que nous avons quand même ces clans qui sont nettement identifiés, Armagnac et Bourguignon, même en
Valérie Toureille
temps de paix. Olivier Delamarche, lui, il est plutôt de quel côté? sa chroniqueur bourguignon. Mais sa description est assez juste et il le dit d'ailleurs. Au fond, le roi n'a pas les moyens d'entretenir son armée et le pillage fait partie des coutumes de la guerre. Et on a bien le sentiment, à le lire effectivement, que ces hommes chevauchent, passant d'un territoire à l'autre, saisissant toutes les opportunités. Il a une expression aussi qui dit, enfin je vulgarise un peu, mais
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c'est ni ami ni ennemi, seul la proie est le butin compte. Avec ces personnages que nous avons déjà évoqués, il y a Lahir, il y a Robert de Sarbreuc,
Christophe Furon
et puis il y en a un autre, c'est Poton son prénom? Alors c'est son surnom. Son prénom c'est Jean. Et comme son frère aîné s'appelait Jean aussi, ses parents ont décidé de le surnommer Poton pour le distinguer. Et donc finalement c'est le surnom de Poton qui est resté. Donc Poton de Xintraille, oui, effectivement. Alors, Pouton d'Exintraille, c'est un compagnon d'armes de l'Aïr, qui entre à peu près au même moment, mais sans doute selon des modalités différentes, au service du dauphin Charles, donc en 1418, et qui va servir Charles VII jusqu'à sa mort en 1461, puisque les deux meurent à deux mois d'intervalle. Et il va finir sa carrière comme maréchal de France. Et durant la période 1435-1445, lui aussi se livrera l'écorcherie. Et d'ailleurs, ce qui est intéressant, c'est que dans l'imaginaire, dans la postérité, Lahir a laissé une image beaucoup plus plus importantes d'écorcheurs que Poton d'Oxentrail, alors qu'en fait, quand on étudie leur parcours, c'est Poton d'Oxentrail qui a davantage écorché que l'Aïr, puisqu'il s'est livré à trois ou
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quatre opérations d'écorcherie, alors que l'Aïr, on n'en a véritablement réalisé qu'une. Et puis on peut rappeler quand même, au moment où on évoque ces écorcheries, ces écorcheurs, que ce n'est pas la peau des gens qui est enlevée. Mais l'utilisation du mot est tellement symbolique et tellement forte, Comment il est perçu à ce moment-là? On l'a bien dit, c'est un mot utilisé plutôt du côté bourguignon pour désigner ses capitaines du côté armagnac qui, malgré la paix, sont toujours là à enquiquiner les gens. L'idée, c'est quoi? C'est qu'il dépouille de tout jusqu'à la peau? Ou c'est la violence
Valérie Toureille
qui est mise en avant quand on parle d'écorcherie au XVe siècle? Les deux, il y a un chroniqueur qui dit, en fait, on les surnomme ainsi parce qu'ils ne laissent à leurs victimes qu'une chemise. On leur laisse sur la peau qu'une seule chemise. Mais très clairement, effectivement, c'est la question de la cruauté qui est mise là en exergue à travers ce terme-là. Ce qui est d'autant plus paradoxal, c'est qu'on sait qu'à Paris, les principaux alliés des Bourguignons sont les bouchers
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parisiens qui les accompagnent en expédition. Mais voilà, c'est juste une parenthèse. C'est une parenthèse intéressante parce qu'il faut bien savoir utiliser une arme et puis un couteau, il faut l'avoir, il faut savoir l'affûter. Les bouchers maîtrisent cela très bien. Christophe Furon, les écorcheurs, violences et pillages au Moyen-Âge, 1435-1445. Y a-t-il un aspect particulier dans cette courte période, une dizaine d'années simplement, avec ce nom-là, écorcheur? en rapport avec d'autres formes de violences précédentes
Christophe Furon
ou postérieures. Il y a quelque chose de particulier sur ce moment? Je dirais que c'est plutôt l'intensité des violences qui sont commises, l'intensité des pillages qui sont commises. Parce qu'au final, les violences et les pillages, on les retrouve durant toute la guerre de Cent Ans. C'est un phénomène qui est structurel à la guerre, qui est structurel aux armées. puisque, comme on l'a dit tout à l'heure, il y a toujours ce problème de ravitaillement et de rémunération des hommes d'armes. En revanche, entre 1435 et 1445, il semble tout de même, même si les sources exagèrent, il semble tout de même qu'il y a une intensification des pillages. et certainement des violences, puisque, comme on l'a rappelé au début de l'émission, la guerre civile entre Armagnac et Bourguignon se caractérise quand même par une violence qui semble particulière, qui semble davantage paroxystique, pour reprendre une notion développée par les contemporanéistes, et... Et il semblerait que ces écorcheurs, qui sont d'ancien armagnac, comme on l'a dit, perpétuent ces pratiques de violence. Et c'est ce qui semble avoir frappé les contemporains, finalement.
Host / Narrator
C'est vraiment cette intensité, voire cette intensification des violences et des pillages. Avec le danger de... plaquer notre conception de la violence sur cette violence du XVe siècle, parce que nous avons en mémoire, nous, plein d'autres conflits qu'il n'avait pas à ce moment-là, qu'il ne connaissait pas. Cette violence-là du XVe siècle, Valérie Tourey, c'est celle que vous étudiez, crime et châtiment au Moyen-Âge, la violence ici est une violence qui nous est racontée. Mais puisqu'il y a deux camps opposés Vous allez me corriger si je dis une bêtise mais j'imagine bien un chroniqueur du côté armagnac qui va exagérer la violence des bourguignons et inversement. Et dès lors, cette violence-là est exacerbée tout simplement parce que la rivalité est
Valérie Toureille
très forte entre les deux camps. Est-ce qu'on peut le voir ainsi? Pour le coup, je choisirais une autre source, celle qui s'exprime à travers les États et qui est aussi l'émanation d'oléances des populations civiles, qui, elle, sollicite l'intervention du roi pour faire cesser ces violences. mais aussi en Bourgogne. On a parlé de cet intervalle 13-135, 14-145. Les États de Bourgogne, qui réunissent les trois groupes, les trois ordres de la société, se sont réunis à 15 reprises dans cette décennie pour trouver une solution pour les payer et les déloger de la Bourgogne. Donc, on a aussi cette pression sociale qui s'exerce à la fois du côté français, mais aussi un peu du côté bourguignon, pour
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qu'enfin, puisque la paix est signée, on ramène un minimum d'ordre public. Oui, voilà, parce que c'est ça aussi, c'est
Fictional Narrator / Chronicler
montrer le pouvoir par l'ordre public, laisser passer la justice du roi. Le roi s'achemina en Champagne en cette saison, et Monseigneur le Connétable s'adressait à lui pour ôter les pillages qui s'y faisaient, et pour mettre de l'ordre sur les gendarmes. Ils allèrent jusqu'à Ventcouleur, Monte-Claire, Langres, et par toutes les marches de Champagne, ils ôtèrent des capitaines, et en mirent d'autres. De là, ils y rabarrent sur Aube, où le bâtard de Bourbon vint devant le roi. Il avait causé beaucoup de maux et, entre autres choses, rassemblait une assemblée de routiers qu'il voulait mener hors du royaume, sans la permission du roi, dont il fut mécontent. En outre, un homme et sa femme vinrent se plaindre au roi et à Monseigneur le Connétable d'un grand outrage que le dit bâtard leur avait fait. Puis le roi dit à Monseigneur le Connétable qu'il le fit prendre
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et son procès fut fait immédiatement. Il fut jeté dans la rivière. qui nous disait la chronique de Guillaume Gruel. Ici, il est question d'Alexandre de Bourbon, dit le bâtard de Bourbon, un écorcheur, c'est bien cela. Et laisser passer la justice du roi parce que nous sommes en 1440. Et bon, ça se termine mal pour ce homme-là. Ça se termine un petit peu dans le lot. C'est ça, il est jeté dans l'eau. Voilà, là, on a une image quand même qui est très forte aussi. C'est une idée de justice contre les écorcheurs parce qu'il y a la volonté que cela s'arrête. On est en 1440. Je rappelle, c'est 1445, c'est dans 5 ans la fin de cette histoire-là. Donc déjà, il y a la volonté de faire stopper cette violence-là. Ces écorcheurs, ils sont condamnés, des deux côtés, même si ça arrange
Christophe Furon
un côté, on l'a bien compris, le côté armagnac et le dauphin. Oui, Charles VII, en tant que roi, se doit de ramener l'ordre dans son royaume, c'est son devoir. Et par conséquent, il est irraillé finalement entre deux choses. Ramener l'ordre, donc punir Sévire face aux Écorcheurs, mais en même temps, il doit quand même se garder de tous les supprimer, comme avec le bâtard de Bourbon, puisque ces capitaines-là vont lui servir ensuite dans sa guerre contre les Anglais. Donc il faut qu'il y ait une justice qui soit mesurée, un retour à l'ordre qui soit mesuré du point de vue de Charles VII, ce qui ne convient évidemment pas au Bourguignon. Alors, en ce qui concerne le bâtard de Bourbon, pourquoi il le fait exécuter? Eh bien, tout simplement parce que... Il appartient au lignage des Bourbons. Et le lignage des Bourbons s'est révolté contre lui, contre Charles VII, en 1440, durant la Prairie. Or, Charles VII ne peut pas s'en prendre directement au duc de Bourbon, puisque c'est quand même son cousin, c'est l'un des plus gros, les plus importants princes du royaume, donc ça ferait scandale. Et donc Charles VII prend finalement prétexte de ses exactions en Champagne pour pouvoir punir le bâtard de Bourbon. Il vise ainsi le lignage Bourbon, mais sans s'attaquer directement au duc. Et donc là, on voit un petit peu la mesure, selon les
Host / Narrator
critères de l'époque évidemment, la mesure de Charles VII dans cette justice-là. Et le bâtard de Bourbon est jeté dans l'aube, à barre sur aube, depuis un pont dans un sac et il disparaît. Mais Valéry Toureil, la violence passe aussi La justice passe aussi par de la violence. On le voit bien, c'est-à-dire que le corps est mortrice. C'est une histoire de violence. C'est ce qui nous intéresse aujourd'hui dans le cours de l'histoire. Comment c'est une histoire à vif, à fleur de peau. La justice, elle, par la flétrissure, par la marque sur le corps
Valérie Toureille
et puis jusqu'à la mort, bien sûr, génère de la violence aussi. Oui, c'est la violence légale qu'exerce la justice. Il faut rappeler que ce moment de reprise en main des capitaines est mené par celui qui dirige l'armée, c'est le connétable. Ce n'est pas la première fois qu'il utilise le sac. pour enfermer ceux qu'il considère comme des traîtres. C'est d'ailleurs une peine qu'on utilise pour la trahison contre ces individus. Il est l'un des artisans, il est à mon sens le principal artisan de la réforme de l'armée. sans doute parce qu'il connaît bien l'armée anglaise, que l'armée anglaise depuis longtemps déjà déploie une réglementation militaire beaucoup plus précise et beaucoup plus draconienne que du côté français. Il est vrai qu'on n'a pas forcément les moyens, mais la discipline y règne davantage. Et c'est ce que va chercher à faire Richemont. Pour la justice ordinaire, oui, elle frappe les corps. Mais là, on sort du cadre de la justice
Host / Narrator
de guerre, si je peux dire, et celle du prévôt des maréchaux. C'est absolument général, c'est cette justice telle qu'elle se pratique. avant, pendant et puis après la guerre. Il y a cette justice de tous les jours et ces victimes que nous avons évoquées. Là aussi, il n'y a pas de traces au moment de demander réparation. Est-ce que l'idée de la violence faite à la personne est quelque chose qui est mise en avant? Je pense au Duc de Bourgogne par exemple. Est-ce qu'il va dire on a tué des gens, il faut que ce soit réparé ou est-ce qu'il est plutôt
Valérie Toureille
là à regarder vraiment les dommages qui ont été faits, les pillages? C'est un ensemble. C'est un ensemble. Les désolations qui sont commises sur ces terres seront évidemment énoncées, négociées en termes d'arbitrage pour le traité et la paix de Tours. Ce qui est important, c'est de souligner combien la justice s'exerce traditionnellement au Moyen-Âge sur les corps. Là, on vient d'évoquer la peine du sac. Il y a quand même une hiérarchie dans les peines. Ces traîtres peuvent être enfermés et jetés dans la rivière. Les traîtres voient aussi généralement leur corps démembré, les poings coupés, etc. Donc il y
Host / Narrator
a des peines qui sont ciblées en fonction des crimes très particuliers. Mais il y a toujours cette idée qu'il faut que ce soit édifiant et quand on vous entend, on se dit c'est édifiant. Je n'ai pas envie d'être traite parce que je n'ai pas envie de subir ça. Les écorcheurs Christophe Furon, ils sont un réel souci. On l'entend bien dans cette période, alors qu'il y a la paix, demeurent ces bandes qui pratiquent le pillage et la violence. Comment est imaginé La fin de ces écorcheurs, à quel moment le
Christophe Furon
pouvoir se dit qu'il faut trouver une solution pour que cela s'arrête? En fait, il se le dit tout le temps. Le problème, comme l'a rappelé Valérie Touraille, c'est qu'il n'a pas forcément les moyens d'appliquer une réforme militaire. Il y a une première réforme militaire qui a été envisagée en 1439 et qui a échoué suite à la révolte de la Prairie. Donc Charles VII a fait marche arrière pour se réconcilier avec les princes, et il remet la réforme sur le tapis en 1445. En 1445, Charles VII a une autorité quand même plus affermie. Et surtout, ça fait dix ans que les écorcheurs sévissent et donc tout le monde en a marre, en fait, des écorcheurs. Et par conséquent, cette réforme sélectionne des capitaines, dont certains sont d'anciens écorcheurs, et ces capitaines vont être chargés de sélectionner les hommes d'armes, le plus souvent les mieux équipés ou les plus proches parents ou amis, et pour former des compagnies bien structurées et surtout bien rémunérées très régulièrement. Et cette réforme militaire institue une armée permanente payée régulièrement et les hommes et les capitaines qui ne sont pas sélectionnés ont le droit à l'abolition générale de leurs crimes, c'est-à-dire qu'on met fin à toute procédure judiciaire, et donc ils peuvent retourner à la vie non combattante sans craindre de poursuites judiciaires. Et c'est ce qui ramène la paix finalement dans le Royaume, puisque les hommes d'armes qui sont intégrés à l'armée permanente, ont un salaire, donc ont moins besoin de piller, et ceux qui ne le sont pas, eh bien, peuvent tenter un retour à la vie civile sans craindre de procédures judiciaires. Or, je dis bien peuvent tenter, puisque en réalité, le retour à la vie civile, comme on a dit tout à l'heure, est quand même très compliqué, et certains vont, par exemple, eh bien, intégrer des bandes de pillards ou de brigands, comme les Coquillards, dans la région de Dijon. Et donc, le retour à la vie civile est quand même très complexe. Mais globalement, cette réforme militaire, avec l'abolition générale, fonctionne bien et surtout, ça permet une reprise des opérations contre les Anglais. Puisqu'il ne faut pas oublier qu'il y a... L'objectif final, c'est de remporter une victoire contre les Anglais. Et donc cette armée-là va permettre, cette nouvelle armée va permettre de reprendre
Valérie Toureille
la
Host / Narrator
conquête de la Normandie tout d'abord, et de la Guyenne ensuite. Voilà. Faut booter les Anglais hors de France avec un personnage comme Laïr qui, lui, est mort. Donc la question ne se pose pas. Il est mort en 1443. Mais pour d'autres,
Christophe Furon
la question se pose. Notre pote Poton, par exemple, que devient-il, lui? Eh bien, il participe à la reconquête de la Normandie, de la Guyenne. Il exerce aussi des offices au service du roi, qui lui permettent d'avoir des salaires réguliers, des gages réguliers, puisqu'il est tour à tour baït-béri, c'est une échelle de limousin, et puis à partir de 1454, maréchal de France. Et donc, Poton d'Oxentrail va jouer un rôle véritablement essentiel dans cette dernière phase de la guerre de Cent Ans. De plus, c'est l'un des capitaines qui est intégré à l'armée de Charles VII. Et ce qui est intéressant de voir, c'est la manière dont il sélectionne finalement ces hommes d'armes, puisque j'ai pu étudier une partie de son recrutement. Et parmi ce recrutement, parmi ces hommes d'armes, il y a d'anciens capitaines décorcheurs. Par exemple, Pierre-Renaud de Vignolles, le frère bâtard de Lahir, puisque tout se fait en famille, devient un simple homme d'armes de Poton de
Host / Narrator
Xintraille à partir, certainement, de 1445 et sûrement à partir de 1451. Et après 1445, Robert de Sarbreuc, lui, que devient-il?
Valérie Toureille
Robert de Sarbreuc commercie. Évocation d'une madeleine, ici. Qu'est-ce qu'il devient, lui? Eh bien, il se range, si je puis dire, décline d'ailleurs, l'invitation du roi. Alors, c'est une invitation commandée. Il dit qu'il n'a plus les capacités pour combattre. Donc, il n'accompagne pas l'hoste royale en Guyenne. Et on le voit se concentrer plutôt sur les archives familiales et protéger, au fond, là encore, ces domaines. Quoi qu'il en soit, établir la discipline dans les armées, c'est un travail de longue haleine et c'est une question qui va se déployer encore sur les siècles suivants. Ne nous leurrons pas. Ces hommes-là sont désobéissants presque par nature. Il est extrêmement difficile de les faire rentrer dans le rang. Cette
Host / Narrator
violence ressurgira régulièrement et la question de la discipline militaire avec elle. Et hors des victimes, nous l'avons évoqué tout à l'heure, la place des femmes dans cette histoire-là, Christophe
Christophe Furon
Furon, vous en croisez, qui accompagne ces troupes de brigands, ces écorcheurs? Oui, effectivement. Déjà, il y a les prostituées qui divaguent en même temps que les armées, puisqu'il y a une belle clientèle avec les hommes d'armes. Et puis, il y a aussi des femmes qui appartiennent à la société civile, comme on dirait aujourd'hui, qui rejoignent les troupes d'écorcheurs avec leur mari, puisque comme on est dans une période de misère économique, la conjoncture épidémiologique est compliquée, et les récoltes sont très mauvaises. Et bien, du coup, certaines populations civiles choisissent de suivre les troupes d'écorcheurs pour espérer profiter d'une part du butin. Ce qui se produit très rarement au final, puisque ce sont surtout les hommes d'armes qui profitent du butin. Mais il n'empêche qu'on voit beaucoup de femmes, les sources nous indiquent qu'il y a beaucoup de femmes qui suivent les troupes d'écorcheurs, et puis il y a aussi parfois des marchandes, puisque le produit du butin doit être revendu. Et donc là, il y a tout un commerce
Host / Narrator
informel, plus ou moins formel, qui se crée autour de ces troupes-là. Avec l'ensemble de la société qui est concernée en tout cas là où cela se passe. Mais sans doute pas seulement. Valérie Toureille, quand on entend toute cette histoire là, on se dit à partir de 1445, ça y est l'armée est reprise en main par le pouvoir royal. Et que nous assistons ici à un renforcement du pouvoir royal qu'on inscrit sur un temps beaucoup plus long. Le renforcement du pouvoir
Valérie Toureille
royal. Est-ce que c'est juste de voir ici un de ces éléments? Oui, c'est une étape importante. C'est le moment où le roi s'efforce de monopoliser la force armée. Il n'y a plus qu'une guerre, c'est la guerre du roi. C'est là aussi un travail qui avait débuté sous Saint-Louis. On veut absolument domestiquer, même si ce n'est pas le terme qu'on utilise au Moyen-Âge, cette aristocratie militaire. Et on a évoqué la Prairie, il y aura encore d'autres frontes nobilières jusqu'à la fin du Moyen-Âge parce que ces nobles ont pour identité de combattre et qu'ils n'ont pas l'intention de servir simplement le roi. C'est d'ailleurs intéressant de travailler sur des zones frontalières comme la Lorraine, où on a à la fois des nobles qui se revendiquent de l'Empire germanique, qui disent que la noblesse a le droit de prendre les armes pour défendre ses intérêts, ce
Host / Narrator
qui n'est plus le cas dans le royaume de France, par exemple. D'ailleurs, c'est ce qui explique ce nom de Praguerie, à cette comparaison avec ce qui se passe du côté de la Bohème. Parce qu'on se dit une Praguerie en France, qu'est-ce que ça vient faire là? Ces nobles qui se révoltent, c'est la comparaison de ce qui se passe là-bas. Merci vivement à tous les deux de nous avoir éclairés sur ce XVe siècle compliqué, mais vous avez su nous remettre en place le contexte et puis nous rappeler qui sont ces écorcheurs, inscrits dans une histoire beaucoup plus vaste, Valéry Toureil. Crimes et châtiments au Moyen-Âge, c'est publié au Seuil, puis on retrouve vos autres ouvrages sur le site LeCoursDeL'Histoire, franceculture.fr et puis Christophe Furon, Les écorcheurs, violences et
Valérie Toureille
pillages
Host / Narrator
au Moyen-Âge, aux éditions Arke. Merci vivement à tous les deux. Merci. Prochain épisode dans LeCoursDeL'Histoire, des baffons à la médecine légale, le
Valérie Toureille
tatouage fait couler beaucoup d'encre.
Host / Narrator
Là sur sa peau gravée Un ombre bleu dessiné à la platine Etienne Daho bien sûr dans le cours de l'Histoire sur France Culture, une émission réalisée par Thomas Beau qui fut un excellent chroniqueur du 15ème siècle aujourd'hui, avec à la technique François Saint-Jour, émission préparée par Jeanne de Lecroix, Jeanne Coper, Raphaël Lalou, Maël, Vincent Randonnier et My One Gives You, le cours
Le Cours de l'histoire – "L'histoire à fleur de peau 2/3 : Les Écorcheurs de la guerre de Cent Ans, une histoire à vif"
France Culture, 24 juin 2025
Host: Xavier Mauduit
Guests: Valérie Toureille (historienne, Université de Cergy, spécialiste de Jeanne d'Arc, autrice de Crimes et châtiments au Moyen Âge) et Christophe Furon (docteur en histoire médiévale, auteur de Les Écorcheurs, violence et pillage au Moyen Âge)
This episode delves into the violent world of the "Écorcheurs"—notorious bands of mercenaries and soldiers active in France in the wake of the Hundred Years' War, between 1435 and 1445. The hosts and experts focus on unpacking what these “écorcheurs” really were, the political and social context that gave rise to them, their actions, and the lasting impact on French society and the development of the monarchy. The discussion is enriched by historical fiction references, primary source readings, and analysis of contemporary and later chroniclers.
Definition and Imaginary
Origins & Political Context
Violence and Society
Imaginaries and Fiction
Company Organization
Mercenaries or Loyalists?
Famous Écorcheurs
Changing Allegiances & Political Calculus
Extent and Perception
Victims and Society
Justice & Royal Response
Symbolism
Resolution: The Royal Army
Reintegration Difficulties
Strengthening of Royal Authority
On the Meaning of “Écorcheur”:
"[Écorcheur], c'est une image qui vise à stigmatiser la violence de certains hommes de guerre, que l'on compare à des bouchers..."
(Valérie Toureille, [02:35])
On the Social Condition of Violence:
"Pour un mort, chez nous, il y en a cinq, chez les Lannister. S'ils sont morts, prenez tout ce qu'ils ont sur eux..."
(Fictional interlude illustrating pillage; [01:19])
On Difficulty of Demobilization:
"La sortie de guerre, pour eux, est difficile. Ils ont du mal à se réintégrer à la société, on va dire, non combattante..."
(Christophe Furon, [09:04])
On the Place of Women:
"Il y a aussi des femmes ... qui rejoignent les troupes d'écorcheurs avec leur mari..."
(Christophe Furon, [54:31])
On the Intensification of Violence:
"Il semble tout de même qu'il y a une intensification des pillages et certainement des violences..."
(Christophe Furon, [39:44])
On Royal Justice:
"La justice, elle, par la flétrissure, par la marque sur le corps et puis jusqu'à la mort, bien sûr, génère de la violence aussi..."
(Valérie Toureille, [46:39])
Recommended Readings:
Memorable Takeaways: