
L'Iran, à la confluence des passions 2/3 : L’Iran médiéval à la croisée des peuples
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A
Bonjour, c'est Xavier Mauduit. La répression des molas et de leur soutien est féroce contre les Iraniens et les Iraniennes qui se soulèvent pour leur liberté. L'occasion d'écouter la série d'émissions que le Cours de l'Histoire a consacrée à l'histoire de l'Iran, dont celle sur l'Iran médiéval, à la croisée des peuples et des passions. Bonne écoute. Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans le Cours de l'Histoire. Dites donc, vous vous souvenez de cette histoire incroyable? C'était il y a si longtemps, pourtant elle a fait beaucoup causer. Mais si, souvenez-vous, le sultan venait d'apprendre qu'il était trompé par son épouse et il l'a fait condamner. Mais si, c'est alors que le sultan, pour être certain que son épouse lui resterait fidèle, a pris une incroyable décision. qu'elle allait changer d'épouse tous les jours. En la faisant tuer au petit matin, il faisait tuer l'épouse de la veille. Nous, nous avions les yeux écarquillés à l'annonce de cette nouvelle. 365 épouses par an, pire encore les années bisextiles. Mais si, ça y est, ça vous revient. Quand le sultan épouse la fille du vizir, chère Azad, elle le prend au piège. Elle lui raconte chaque nuit une histoire qui reste en suspens alors que le jour se lève. Et comme le sultan veut connaître la suite du récit, il ne la tue pas. Mais ça y est, cette histoire incroyable est le propos des mille et une nuits. qui fait rêver ce sultan fabuleux et qui a fait rêver tant de générations. Ce sont des contes, des contes au cœur de l'histoire persane, des contes qui nous conduisent jusqu'à l'histoire de la Perse et de l'Iran médiéval à la croisée des peuples et des cultures. Cette semaine, dans le cours de l'histoire, nous allons en Iran, et nous y sommes d'ailleurs, et nous y sommes bien, à la Confluence des Passions, une semaine consacrée à cette région, un carrefour, il faut le dire, c'est ce qui nous intéresse particulièrement, plus que de dire que l'Iran est une zone de conflit, c'est plutôt un carrefour de peuples, de cultures, sans cesse en contact avec ses voisins. Et puisqu'il est frais et puisqu'il fascine, et bien tout simplement, comment porter un regard perçant sur l'Iran? Des émissions que vous pouvez réécouter en ligne sur le site internet du cours de l'histoire franceculture.fr ou bien en baladodiffusion, le podcast. Et puis vous pouvez nous rejoindre sur le groupe Facebook, le cours de l'histoire. Et aujourd'hui, l'Iran médiéval à la croisée des peuples. Avec vous Camille René, bonjour.
B
Bonjour.
A
Vous êtes maître de conférence en histoire du monde arabo-musulman médiéval à l'université d'Aix-Marseille. Vous êtes l'auteur d'une thèse intitulée « La défense du territoire en Iran nord-oriental ». Jusque là, on voit sur la carte nord-orientale et vous rajoutez, c'est nécessaire de le mettre. Coraçan, Transoxiane. C'est vrai que ce sont des régions, et vous devez vous en rendre compte, qui sont méconnues. Votre champ d'études, vous, c'est du 9e ou 11e siècle. C'est un champ d'études immense parce qu'il est longtemps resté.
C
En marge. Tout à fait, c'est un champ d'études qui est considérable et qui surtout offre de nombreuses possibilités dans la mesure où extrêmement peu de travaux ont été réalisés en France sur ce sujet-là. Il faut plutôt se tourner vers les Anglo-Saxons pour avoir des informations sur cette histoire qui est pourtant fondatrice pour l'histoire de l'Iran, du monde islamique en général, et même de l'Europe. On y reviendra plus tard, je.
A
Le suppose. Vous avez raison de le souligner parce que l'Iran est sans cesse au cœur de l'actualité et se rendre compte que l'on connaît mal son histoire, c'est vraiment un défaut qu'il faut.
C
Vite corriger. J'entendais ajouter aussi sur l'étendue de l'Iran médiéval qu'il déporte très largement l'Iran au sens actuel du terme. Vous l'avez précisé dans la thèse sur laquelle j'ai travaillé, je me suis intéressée à l'Iran nord-oriental, c'est-à-dire les régions du Khorasan et Transoxienne, qui correspondent en réalité à une partie du nord-est de l'Iran actuel, à l'Afghanistan, mais aussi à des régions comme l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, voire même jusqu'au sud.
A
Du Kazakhstan. Avec nous également ce matin pour parler de l'Iran médiéval, Eve Feuillbois.
B
Eve.
A
Bonjour! Bonjour! Vous êtes l'auteur d'un ouvrage intitulé « L'Iran médiéval », ça tombe bien, c'est aux belles lettres. Eve Feuillbois, vous êtes maître de conférence en littérature persane à la Sorbonne Nouvelle. Dites-nous, nous entendions avec Camille René, que les limites géographiques de l'Iran médiéval dépassent l'Iran d'aujourd'hui. Le mot médiéval, le Moyen-Âge de l'Iran, ne peut pas être calqué à notre Moyen-Âge. À nous, comment on joue.
B
Sur les bornes chronologiques? Effectivement, c'est un problème qui est souvent évoqué. D'ailleurs, dès que je présente ce livre, on critique les deux mots qui sont appelés dans le titre, c'est-à-dire l'Iran d'une part et médiéval de l'autre. La période médiévale en Iran n'a pas les mêmes limites que celles que l'on imagine en Europe, notamment, pour le début, on pourrait dire que ça commence avec la conquête musulmane, la conquête arabo-musulmane, et on pourrait le faire finir, disons, à la veille de l'accession au pouvoir des safavides, donc à la fin du XVIe siècle, début du XVIIe siècle. C'est un millénaire, ça représente un millénaire d'histoire et ce n'est pas du tout une période qui est uniforme. Il y a énormément de dynasties qui se succèdent. Il y a en plus une disons des périodes de grands empires, suivie de périodes d'invasion, suivie de périodes où le territoire se morcelle en petites dynasties locales, etc. Donc c'est extrêmement varié. Et puis comme le disait Camille, ça s'étend sur un territoire immense. Donc ce n'est pas quelque chose que l'on peut.
A
Résumer en quelques mots. Mais c'est un choix que nous avons fait dans le corps de l'histoire justement de prendre ce territoire immense sur un temps très long pour essayer de comprendre à la fois les constantes et à la fois comment tout ce territoire est un lieu d'échange, d'échange de culture et notamment nous allons en parler avec vous Kadhimji Hassan, bonjour. Bonjour. Vous êtes poète, traducteur, vous êtes critique littéraire, vous êtes professeur Alinalco et l'auteur d'une préface d'un numéro de la revue Europe que vous avez coordonné, un numéro consacré aux mille et une nuits, les mille et une nuits. C'est vrai que nous l'attachons à la tradition, à des origines de personnes, mais en vérité, très vite, cette œuvre échappe à son monde d'origine et devient une œuvre, je ne sais pas si on peut utiliser le mot, internationale.
D
Mais c'est complètement anachronique. Oui et d'abord je tiens à commencer par rendre hommage à la revue Europe et à son directeur littéraire Jean-Baptiste Barra qui est même un grand poète français et grand traducteur de l'italien, du russe et critique littéraire aussi. Donc il a ouvert ce numéro, ça a commencé avant même parce qu'il y a deux ans, j'ai coordonné aussi pour la revue à la demande de Jean-Baptiste Barra un numéro consacré entièrement au poète palestinien Mahmoud Darwish. Et là, c'est sur les millénies et nuits. Donc, vous savez, les millénies et nuits sont très étudiées dans le milieu académique, universitaire auquel j'appartiens. Mais c'était plutôt, les études étaient plutôt centrées sur les aspects narratifs et génétiques, les origines de textes, les transformations, les métamorphoses. Là, nous avons essayé, c'est-à-dire comme je suis à cheval sur le monde littéraire et le monde universitaire, On a donné, si vous voulez, une approche multiple, diversifiée. Il y a des aspects philosophiques, possiblement historiques de textes. Il y a aussi l'impact sur les littératures actuelles. Il s'agit des Français, par exemple. Il y a une très belle étude écrite par Florence Godot sur l'énui chez Marcel Proust. Tout le monde savait qu'il a consacré une page au milieu d'une nuit dans le temps retrouvé. Mais là, on voit que dans la structure même de la recherche du temps perdu, il y a une trace, il y a un filou, un filant qui vient des nuits. Dans ce numéro-là, j'ai la préface, comme le veut la formule, le coordinateur préface. D'ailleurs, il faut dire que j'étais co-responsable du numéro parce que Jean-Baptiste Barrat est intervenu massivement ici. en traducteur, en rédacteur, etc. Il a fait plus que ce qu'il fait d'habitude parce que le sujet, comme nous avons invité des intervenants américains, français, italiens et arabes, exigeait cela. Dans ce numéro-là, j'ai aussi une étude sur l'impact des milliers de nuits sur la littérature arabe actuelle. Maintenant.
A
On revient aux perçants. Alors, attendez, parce qu'avant de revenir aux perçants, on va mettre en place, vous évoquiez, Nadim Jihad Hassan, ses origines de ce texte des milliers de nuits. Et justement, on va construire ses bases, mais on va les construire en faisant un petit détour par la radiodiffusion française en 1949. Oui, en 1949, Alfred Fouché, historien d'art, se demandait Mais pourquoi y a-t-il tour à tour dans l'histoire des civilisations.
E
Favorisées et d'autres sacrifiées? Pourquoi y a-t-il ainsi tour à tour dans l'histoire des générations relativement favorisées et d'autres impitoyablement sacrifiées? Qui nous le dira jamais? Par bonheur, le VIe siècle n'est pas clos, que déjà l'éphémère puissance de ces barbares nomades a été détruite sous les efforts conjugués des princes indiens et iraniens, ceux-ci aidés dans leur tâche par la nouvelle horde qui débouche de la steppe, celle des turcs. Au milieu d'un tel revue-ménage, il semble que ce soit une gageure que de prétendre tracer un tableau de l'Iran oriental au.
A
Milieu du 7e siècle. L'Iran oriental dans l'émission Heures de culture, le 29 août 1949. Cet Iran oriental évoqué par Alfred Fouché, historien d'art, est insaisissable. Il le dit lui-même. Comment va-t-on faire? C'est tellement grand, c'est tellement vaste. Il y a des successions. De dynasties, mais également de peuples, Eve Feuillbois. Cet Iran-là est le successeur d'un monde qui était connu comme étant le monde perse. Ce monde regardé par les Grecs. L'invasion arabe.
B
Est une véritable rupture. Oui, on peut dire que c'est une véritable rupture dans la mesure où toutes les infrastructures, enfin plutôt le pouvoir, Sassanide s'est effondré complètement, la religion zoroastrienne qui avait un rôle très important, a aussi perdu de sa superbe n'a plus voix au chapitre et l'islam a petit à petit remplacé les religions locales mais ça a pris énormément de temps on voit que dans les campagnes la conversion ne se complète véritablement qu'au XIIIe siècle donc plus de six siècles pour convertir petit à petit l'Iran à l'islam. Donc cette conversion elle s'est effectuée par stade. Il y a eu en quelque sorte des précurseurs qui souvent ont été soit des militaires, soit des nobles parce qu'ils avaient beaucoup à perdre en restant zoroastriens. Ensuite il y a eu les villes qui se sont converties et les campagnes ont été les dernières à se convertir avec souvent des un syncrétisme établi entre les anciennes religions et l'islam. Donc ce qui donne un mélange tout à fait intéressant et puis surtout un islam des villes qui est né assez tôt par rapport aux régions environnantes et qui a permis à l'Iran, aux Iraniens, aux Persans, de se positionner disons de manière très intéressante dans la création de la culture arabo-persane que ce soit au niveau des sciences profanes.
A
Ou des sciences religieuses. C'est vrai qu'il suffit d'imaginer une carte mentale et de regarder la situation de l'Iran, de se rendre compte que c'est un carrefour, un carrefour évident. Nous sommes entre plusieurs mondes. Dites-nous Camille et René, ces mondes, ces contacts ne sont pas que des contacts d'opposition. Bien sûr, c'est une zone de carrefour, les échanges ne se transforment pas, le commerce ne se transforme pas quand il y a des changements religieux, surtout qu'ils prennent du temps. Comment ce monde de l'Iran médiéval, regarde ses voisins. C'est-à-dire que nous sommes toujours dans une zone d'échange ou dans.
C
Un moment de renfermement. Alors, cela reste une période d'échanges, d'échanges économiques très importants, d'échanges intellectuels, culturels. On pourra peut-être évoquer tout à l'heure, par exemple, au Qalila et au Dhimna, ce genre de productions littéraires qui traversent l'espace iranien et qui mettent en contact différentes régions. Je laisse les côtés culturels de ces échanges pour plus tard. En ce qui concerne les échanges économiques, l'un des intérêts de l'Iran, c'est qu'il se trouve, je dirais, sur ce qu'on appelle avec beaucoup de facilité les routes de la soie, qui ont connu des hauts et des bas en termes de fréquentation, aussi bien qualitatives que quantitatives. et sur ces espaces de circulation sont échangés, à cette époque-là, beaucoup de marchandises qui viennent notamment des steppes du Nord et de l'Est, par exemple des fourrures, qui sont très prisées dans le monde islamique médiéval, mais l'une des denrées qui est aussi très prisée, ce sont les esclaves. Les esclaves qui viennent des steppes, que l'on va appeler bien souvent roulam ou mamelouk, qui constituent des esclaves militaires, dont le fonctionnement est encore l'objet de nombreuses discussions parmi les historiens de l'époque. Et parmi ces roulames, certains vont arriver à s'emparer de l'intérieur du pouvoir au sein du monde islamique. Et si je souhaiterais revenir simplement sur quelques étapes de transformation politique de la région, Ève Feuillebois évoquait le bouleversement des conquêtes arabo-musulmanes. Donc celles-ci, dans ce vaste Iran, ont lieu entre, disons, les années 640 et les années 710, si on s'intéresse à des villes jusqu'à Samarkand, qui tombent en 712. C'est un processus qui prend un certain temps, mais qui couvre des espaces considérables. Et à partir de cette conquête-là, sont mis en place des gouverneurs arabes, dans un premier temps. puis iraniens, et c'est là que vont émerger les pouvoirs provinciaux iraniens, principalement à partir du IXe siècle. Et dernière étape majeure, c'est l'arrivée au pouvoir des Turcs cette fois-ci. Donc là, c'est un processus qui commence à toute fin du Xe et.
A
Plutôt au XIe siècle. Avec cet espace intéressant, quand on parle de l'Iran médiéval, Camille René, c'est que nous sommes à l'extrémité, aux confins de ce monde arabe, arabo-musulman, c'est-à-dire que nous sommes complètement en Orient, nous sommes au contact.
C
Avec un autre monde. Oui, tout à fait. Alors, je n'ai pas complètement répondu à votre question précédente. Comment l'Iran perçoit-il l'ennemi? C'est important de savoir précisément qui est au pouvoir à cette époque-là pour pouvoir réfléchir à cette question de la représentation de l'ennemi. Lors de la mise en avant de gouverneurs d'origine iranienne, ceux-ci vont construire leur légitimité et leur accession à une indépendance de fait sur la figure de l'ennemi turc. qui est une figure largement rhétorique, d'un ennemi qui peut être l'objet de descriptions physiques stéréotypées, et qui en même temps fascine les iraniens, qui est très prisé pour ses compétences guerrières, et c'est aussi une opposition entre l'Iran et le Touran, dont j'imagine Eve Feuillbois parlerait.
A
Beaucoup mieux que moi. C'est quoi cette opposition? Ce regard que les Perses, qui sont islamisés, portent sur ces Turcs. Les Turcs, ce sont des nomades.
B
Ils viennent des steppes. Oui, alors ce nom, en fait, cette appellation Iran-Touran, elle a été extrêmement popularisée par le Livre des Rois, qui est l'un des premiers chefs-d'œuvre de la littérature persane, on dit classique, mais disons après la conquête musulmane. Donc il s'agit d'une énorme épopée, en 50 chapitres, qui parle des différents souverains iraniens jusqu'à la conquête arabe. Donc on n'entre pas dans le monde médiéval, on reste dans le monde, disons, antique. Et ce qui est tout à fait remarquable, c'est que la partie centrale de ce livre est occupée par la description des interactions entre, d'une part, les Iraniens, qui sont considérés comme le peuple sédentaire, civilisé, et d'autre part, le Touran, donc les Turcs nomades, qui ne sont pas du tout méprisés, au contraire, ce sont des adversaires de valeurs, mais ce sont des adversaires qu'on essaie de présenter comme étant finalement toujours vaincus par les iraniens en dépit justement de.
A
Leurs valeurs militaires extraordinaires. C'est vrai que dans cette histoire médiévale, il y a cette double construction, c'est comment décrire l'ennemi, le voisin, l'autre, l'étranger et puis comment unifier un monde qui par définition est extrêmement divers par les cultures, par les langues. C'est un monde qui s'étend et un monde d'échanges. Cet échange apparaît à travers les sources, à travers les textes et notamment un traité de gouvernement de Nissam Al Mulk du 11e siècle. Un extrait de ce traité nous est lu ce matin en direct dans le cours de.
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L'Histoire par Daniel Koenigsberg. Quand des ambassadeurs viennent des pays étrangers, il n'en faut donner avis à personne jusqu'à ce qu'il soit arrivé à la cour. À l'aller comme au retour, nul ne les fréquentera ni ne leur fournira de renseignements. Il faut recommander aux fonctionnaires placés aux frontières, lorsque quelqu'un se présentera à eux, d'envoyer un cavalier, de faire connaître à la cour le nom de la personne, le lieu d'où elle vient, le nombre des cavaliers et des gens de pied qui forment sa suite, la nature de ses bagages, l'importance de son train et le but de son voyage. On leur fournira des vivres à chaque étape. on les traitera avec égard et on les fera partir satisfaits. Si on se conduit bien ou mal à leur égard, il en sera comme si on avait traité bien ou mal leurs souverains. Si parfois la division a éclaté entre des souverains et si des ambassadeurs ont été renvoyés. Jamais ils n'ont été molestés et jamais on a manqué à l'habitude de les bien traiter, ce qui serait désapprouvé par tout le monde. C'est ainsi que nous voyons qu'il est dit, et l'envoyé ne peut recevoir.
A
Qu'Un bon traitement évident. Un extrait du traité de gouvernement de Nissam Al Mouk, un ouvrage du 11e siècle, lu par Daniel Koenigsberg, où nous entendons clairement que les échanges sont codifiés, que ce monde de l'islam médiéval, c'est ce qui nous intéresse aujourd'hui dans le cours de l'histoire sur France Culture, ce monde-là est un monde traversé de routes, de circulation. Ce n'est pas du tout un monde fermé. Elfeuillebois, c'est un monde, vous regardez l'islam médiéval dans son ensemble.
B
Où on circule énormément. Oui, c'est un monde où on circule énormément, mais pas pour le plaisir. Derrière la notion de voyage, il y a toujours la notion d'un intérêt supérieur. Soit pour faire la guerre, soit pour rechercher la science. Ou soit pour faire du commerce. Ce sont les trois grands axes motive les personnes pour voyager. La science, donc la recherche de la science, c'est la science religieuse mais aussi les sciences profanes et on a à cœur de, disons après avoir reçu une éducation de base dans sa province d'origine, de faire un peu le tour des lieux où l'on qui sont réputés pour leur savant, etc. Et donc on va voir différentes personnes et on s'instruit auprès de ces différentes personnes de manière relativement informelle. Il n'y a pas d'école ou d'université avant justement naissant Moll Mollk. Donc ça reste très informel dans un premier temps. Donc le deuxième but du voyage ce sont les grands marchands. Donc là il s'agit d'apporter des denrées rares et en général donc c'est quelque chose C'est un commerce assez prestigieux, assez dangereux, qui est basé sur la confiance au sein d'entreprises familiales. Et enfin, la guerre, qui est aussi une manière de voyager, même si ce n'est pas ça peut nous paraître assez brutal, mais qui souvent se fait accompagner de la cour. C'est-à-dire, il y a les armées, mais il y a aussi la cour. Et avec la cour, il y a des tas d'intellectuels qui voyagent également. Et parmi ces intellectuels, il y en a qui se sont intéressés justement aux autres peuples, comme Biruni, par exemple, qui va décrire l'Inde, comme d'autres qui ont décrit, par exemple, les partis plus au nord ou plus à l'est des territoires, le Caucase, l'Asie centrale. Et on s'étonne, on note les différences qui existent entre ces différents peuples et on en fait même des livres. Donc c'est tout à.
A
Fait une approche ouverte. C'est ça, les déplacements dans les rangs médiévals ne se limitent pas dans le monde arabo-musulman. Ils vont plus loin. Vous Camille Roné, vous avez étudié ce qu'on pourrait appeler une frontière. Mais là encore, notre imaginaire nous pousse à porter des notions anachroniques. Cette limite, ce confin, comment pourrait-on dire? Ce confin, c'est une zone, évidemment, de rupture, mais aussi de.
C
Contact. C'est une interface. Tout à fait. La question de frontière pour l'époque médiévale suppose de se départir totalement des représentations modernes que nous pouvons véhiculer. C'est-à-dire qu'à l'époque médiévale, il n'y a quasiment aucun exemple de frontière linéaire au sens moderne du terme. Le seul exemple véritable de frontière linéaire qu'on retrouve de manière récurrente dans cette histoire médiévale de l'Iran, c'est la frontière que constitue la Moudaria. Donc ce fleuve gigantesque qui, à plusieurs reprises, sépare des pouvoirs islamiques. Donc il s'agit plutôt en fait d'une frontière qui rapidement est une frontière intérieure au monde islamique médiéval et qui va séparer des pouvoirs provinciaux. les provinces étant en l'occurrence des entités gigantesques à cette époque-là, je pense notamment à des affrontements entre des pouvoirs iraniens tels que les safarides et les samanides, ou plus tard entre des pouvoirs turcs islamisés tels que les raznevides et les qalqanides à partir de l'an 1000 et.
A
Des années qui suivent. Camille René, vous voyez je ne vous pose pas des questions de précision sur tous les noms que vous devez citer parce que c'est vrai que ça sort de notre sphère culturelle à tort et tout doucement d'ailleurs les études permettent de créer des repères mais de mettre en place tout cela ce matin nous éclaire sur ce monde qui est nous était encore inconnu. Les recherches arrivent notamment en France, vous l'avait expliqué Camille René. Dites-nous, Kadhim Jihad Hassan, quel regard portez-vous sur ce que vient de dire Camille.
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René et F. Feuillebouin? Oui, c'est-à-dire, dans le siège de ce qui vient d'être dit par mes chers collègues, je dois rappeler que l'apport des Iraniens à la culture arabe est immense de la mesure E. Comme l'on dit d'ailleurs, il ne s'agit plus de culture purement arabe, mais d'une culture arabo-musulmane. Et comme le rappelle le professeur André Michel, dans plusieurs de ses ouvrages, la littérature arabe, par exemple, ou l'islam et sa civilisation, ou la géographie humaine dans le monde musulman avant l'Auming, à partir d'un certain moment, et cela durera pendant plusieurs siècles, l'arabe est devenu ce qu'a été le latin pour l'Europe, c'est-à-dire un creuset de savoir, un véhicule, un laboratoire, tout ce que vous voudrez, c'est-à-dire un élément, un signe fédérateur dans lequel les énergies venant de toutes les régions qui venaient d'intégrer l'islam venaient, si vous voulez, s'exprimer, ajouter à ce creuset commun. Dès le début, comme l'a dit ma collègue Madame de Hautebois, les Iraniens ont joué un rôle précurseur pour la fondation de littérature administrative, bureaucratique. et ensuite à intervenir dans la littérature elle-même.
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Ou à proprement parler. Eh bien, justement, Kadhim Jehad Hassan, nous allons écouter un poète, un poète iranien, poète perse du XIIIe siècle. Il s'appelle, et je vais bien le prononcer, Mawlana Jalal ad-Din Mohamad. Je ne sais pas si je l'ai bien prononcé. Mais en tout cas, c'est sublime et il est repris dans une version contemporaine par Alireza Ghorbani, une grande voix de la musique classique iranienne. C'est un album qui s'appelle Éperdument, mais le titre que nous allons entendre, donc qui vient tout droit du XIIIe siècle, c'est Deldar. Deldar. Tchoui tchoui, comme.
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Ça on n'est pas, comme ça on n'est pas, comme ça on n'est pas.
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Bégo, bégo, à ça on n'est pas ... ... ... ... Ali Reza Ghorbani qui chante Deldar, un poème venu tout droit du XIIIe siècle, du XIIIe siècle perçant. Aujourd'hui dans le cours de l'histoire sur France Culture, une émission réalisée par Milena Elig avec à la technique d'Ali Yaha. Aujourd'hui dans le cours de l'histoire, nous nous intéressons à l'Iran médiéval pour comprendre l'Iran d'aujourd'hui. L'Iran médiéval, c'est un territoire pris en tenaille entre plusieurs empires. L'empire ottoman à l'ouest, l'empire mongol où on pourrait même évoquer les turcs dans un premier temps à l'est. L'Iran médiéval qui apparaît véritablement comme un territoire à la croisée des peuples, des cultures, tout simplement à la croisée des mondes. Cette croisée des mondes se fait par la littérature. Nous avons évoqué cette langue, la langue arabe. Peut-on dire que l'arabe est cette langue qui unifie un monde extrêmement divers en fait? Quels sont les points communs à cet ensemble, ce territoire immense qui est le monde arabo-musulman et en tout cas l'influence que peut avoir l'Iran médiéval? L'arabe est-elle le point.
B
Commun? Alors qui va me répondre? Eve Feuillbois. Oui, l'arabe est certes la langue qui va vraiment être employée par les iraniens aussi bien pour la littérature que pour les sciences. La littérature disons jusqu'au 10e siècle et pour les sciences bien plus tard et pour les sciences religieuses pratiquement jusqu'à aujourd'hui. Ceci dit, les Iraniens n'ont jamais perdu le contact avec leur langue. Les élites étaient bilingues, complètement bilingues, et parfois trilingues. Donc elles connaissaient l'arabe, qui était la langue de culture, le persan qui était la langue vernaculaire, celle qu'on parlait à la maison, et parfois aussi le turc ou le soghdien ou d'autres langues iraniennes d'Asie centrale, selon l'endroit où ces populations se situaient. Donc on passait d'une langue à l'autre avec une très grande facilité. Donc l'arabe est restée cette langue de communication pour tout ce qui est religion à cause justement de l'islam puisque le Coran étant en arabe et les sciences religieuses s'étant développées en arabe, on a continué sur cette lancée. Et puis ça permettait justement d'être, de communiquer à tout cet ensemble de peuples divers du monde musulman, de communiquer ensemble grâce à cette langue. Par contre, au niveau littérature, à partir du Xe siècle naît une littérature écrite en persan, et le persan redevient une langue de culture à côté de l'arabe, une langue littéraire, donc dans laquelle on va écrire de grands chefs d'œuvre comme le.
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Livre des rois qu'on évoquait tout à l'heure. Le Livre des Rois et, évidemment, quand on évoque la littérature persane, apparaissent les Mille et Une Nuits. Les Mille et Une Nuits, ça fait partie de notre culture parce que nous l'avons redécouvert sans doute tardivement. Nous allons écouter un extrait des Mille et Une Nuits, ces contes arabes, dans la traduction d'Antoine Galland. Écoutez, ce matin, dans le cours de l'Histoire, Sheherazade et Camille André. C'est Camille.
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André.
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Qui lit les Mille et Une Nuits. Ma chère soeur, j'ai besoin de votre secours dans une affaire très importante. Je vous prie de ne pas me le refuser. Mon père va me conduire chez le sultan pour être son épouse. Que cette nouvelle ne vous épouvante pas, écoutez-moi seulement avec patience. Dès que je serai devant le sultan, je le supplierai de permettre que vous couchiez dans la chambre nuptiale afin que je jouisse cette nuit encore de votre compagnie. Si j'obtiens cette grâce, comme je l'espère, souvenez-vous de m'éveiller demain matin une heure avant le jour. et de m'adresser ses paroles. Ma sœur, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour qui paraîtra bientôt, de me raconter un de ces beaux contes que vous savez. Aussitôt je vous en conterai un. Et je me flatte de délivrer par ce moyen tout.
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Le peuple de la consternation où il est. Camille André qui nous lisait un extrait des « Mille et une nuits » chez Razad. Chez Razad, pauvre, chez Razad et en fait sublime, chez Razad parce qu'elle risque la mort avec son époux forcé, le sultan, mais elle arrive par une ruse à rester en vie en lui racontant des histoires nuit après nuit. Dites-nous, Kadhim Jihad Hassan, quelle est l'origine en fait de ces « Mille et une nuits »? Nous imaginons bien qu'il n'y a pas.
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Un auteur qui s'installe un beau matin et qui écrit son livre. Oui, si vous me permettez, juste, sans vouloir abuser de votre temps, compléter un peu ce qui vient d'être dit par Mme de Rothenburg, ma chère collègue, concernant l'apport iranien à la culture arabe, parce qu'elle a parlé de côté iranien. Les Iraniens étaient, disons, tenus d'utiliser de l'arabe comme langage ou comme langue de savoir, surtout religieux, mais ils ont gardé, en effet, et heureusement, pour l'humanité, pour nous tous, et l'usage de la langue iranienne comme langue véhiculaire, comme langue de littérature. Le rapport de l'arabe aux iraniens est tout à fait ordre, parce qu'à partir d'un certain moment, dans la mouvance musulmane, comme des milliers d'Iraniens venaient vivre en Irak, le pays de l'Émitrofe, il y a eu la naissance, que la France connaît très bien à travers la francophonie, d'auteurs arabes d'origine iranienne, dont les parents sont iraniens, mais ce sont, si vous voulez, comme les beurres de l'époque. Ils jugeaient de l'Arabe, et nous, les critiques littéraires arabes, on tient à l'exactitude, à la précision, on les appelle des auteurs arabes d'origine iranienne, sans oblitérer l'origine, parce qu'on voit dans la thématique qu'il y a des traces, quand même, il y a une traduction, même s'ils ne parlaient pas l'iranien. Vous connaissez sûrement le poète Abou Noas, une renommée internationale, qui a innové beaucoup la poésie amoureuse et basique en Europe. Ce n'est pas une male affaire, n'est-ce pas? Il y a des philosophes bilingues comme Avicenne, qui a écrit des récits visionnaires dans les deux langues. Nos amis iraniens l'appellent l'auteur persan. Certains arabes, plus ou moins chauves, l'appellent l'auteur arabe. Or.
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C'Est simple, l'affaire est simple et c'est l'auteur bilingue. Revenons en nuit. C'est vrai, on va reparler des nuits, mais c'est vrai que vous avez raison de souligner qu'Aïd Kadhim Jihad Hassan se mélange de langues, ses origines plurielles. Et.
D
Pour les nuits, est-ce que l'on peut se contenter d'une origine persane? Oui, il y a l'idée d'origine, mais ça exige précision. On dit que ce sont des contes perçants. Non, ce n'est pas vrai. Techniquement parlant, ce n'est pas vrai. Pourquoi? Parce que dans l'Inuit, on a des substrats très bien délimités dans la climatique et dans la forme. Des substrats d'abord indiens, ensuite arabes venant de l'Irak et de l'Egypte. Ce sont les trois couches narratives ou substrats très connus. Quant au rapport à la culture personnelle, c'est à la fois plus modeste et plus décisif. Vous voyez? Dans la mesure où l'ouvrage, comme le dit un témoin de l'époque, c'est-à-dire le grand historien arabe Ibn Nanim, qui a laissé un grand index général pour la culture, une somme biographique et socio-historique. L'idée de 2008, c'est pourquoi on les appelle Arabian Nights, vous savez, en anglais, c'est les contes arabes. Parce que c'est écrit en arabe, les personnages sont arabes, l'ambiance est arabe, mais il y a l'intrigue, il y a le canvas de l'oeuvre, ça vient de Persan, c'est très important, parce qu'il y a une oeuvre dont on a perdu la trace en persan, qui s'appelle Hezar Afsane, littéralement « mille contes ». Donc, l'idée d'abord de cette multiplicité. Il n'y a pas que ça comme dette. Il y a le reste qui cadre, c'est-à-dire, à savoir que Chahriar, le roi, épouse Shahrazad, et elle envoie une ruse féminine de génie pour l'empêcher de la tuer, comme il avait la hantise parce qu'il a été adultéré une fois, il a tué toutes les femmes qu'il épousait. Après une nuit, je ne sais pas, de débat amoureux, pour l'étudier en Allemagne, il était toujours gardien de l'Histoire. L'aube venue, elle arrête l'histoire, elle lui dit on reprend le lendemain, et ainsi de suite, elle est devenue mère, elle a eu trois enfants, elle a inculqué à ce roi le sens de la patience, de la paternité, un peu d'empathie qui lui manquait, et finalement elle a sauvé la gente féminine à travers cela, le sexe féminin, le genre en plus. Donc le canva est très important, à part cela.
A
Tous les récits sont plutôt, si vous voulez, d'atmosphère et de composition à rap. de composition arabe d'origine perse avec des fils que l'on peut tirer jusqu'en Inde, vous l'avez dit, en Égypte. C'est intéressant cette construction de la littérature dans l'Iran médiéval parce qu'il y a évidemment ici le plaisir du récit. Mais il y a toujours des volontés dans les constructions littéraires de se construire une image, de s'imposer. Et en l'occurrence, hors des Mille et Une Nuits, il y a d'autres ouvrages. Il y a le Livre des Rois qui a déjà été cité. Ces livres-là présentent le monde de l'Iran médiéval de façon à le légitimer. Comment ça se construit? Quels sont les angles qui sont présentés? Camille Roné.
C
On présente souvent ce monde-là comme un monde guerrier. C'est bien en avant, toujours. Non, tout dépend évidemment du type de littérature que vous allez consulter. Le Livre des Rois évoqué par Ève Feuillebois, ce fameux charnamé, a été l'objet d'une tradition orale, d'une transmission orale mettant en avant le combat entre la civilisation et le monde des barbares, pour simplifier les choses, pour caricaturer un petit peu le récit. Si vous vous intéressez à une histoire dynastique, vous allez trouver quelques éléments un petit peu plus nuancés. Par exemple, au XIe siècle, on a l'histoire dynastique de Bayaki qui propose un récit de légitimation de la dynastie qu'il sert en tant que secrétaire de chancellerie. Et là, on va retrouver aussi bien des éléments renvoyant au rôle de héros militaire du dirigeant, du sultan turc en l'occurrence, que des éléments sur la culture, l'avis de cour, les intrigues de cour, puisque l'auteur est issu de cette chancellerie. Donc tout dépend évidemment de la littérature que vous allez consulter. Et comment cela se construit-il? et bien les sources d'inspiration sont extrêmement diverses. Je voulais ajouter par rapport à ce qu'on a évoqué tout à l'heure, le fait qu'il y ait eu tout un effort de traduction dans le cadre de l'Empire islamique, sans se restreindre à l'Iran, il y a eu tout un phénomène de traduction et d'appropriation des héritages pré-islamiques par le pouvoir homéade et abbasside. Cet effort de traduction a reposé sur les savants de la région, on a mobilisé des iraniens, différents types de populations et de confessions religieuses pour s'approprier notamment des livres de gouvernement hérités de l'époque sassanide, des supports du savoir profane par exemple, des traités de gouvernement inspirés de la tradition indienne. Voilà, donc les sources d'inspiration sont vraiment multiples. L'idée est d'inscrire l'islam.
A
Et l'Iran dans une logique d'héritage finalement auquel se serait ajoutée la religion musulmane. Camille René, on entend bien cet héritage, mais multiple, cet héritage dans le temps, même par rapport à l'Antiquité, à cette Antiquité parfois fantasmée, héritage venu de toutes les parties du territoire Conquis ou là où s'est installé l'islam. Et puis héritage encore plus lointain. C'est ce qu'on retrouve dans des échos contemporains. Par exemple, dans un film en 1958, un film de Nathan Juran. C'est le septième voyage de Sinbad. Ah ben oui, ça fait rêver. Nous sommes pas.
H
Loin du peplum, mais là aussi, il y a des contacts, des contacts lointains. Sois le bienvenu, Sinbad.
A
Toi qui a fait merveille pour éviter la guerre. Et quelle merveilleuse beauté ramènes-tu. La princesse Parisa, fille du sultan de Chandra.
H
Qui a promis de devenir mon épouse, gage d'amitié durable entre les deux royaumes. Je.
I
Te reçois comme ma fille, mon enfant. Car j'aime Sinbad comme mon propre fils. Je vous remercie, votre hôtesse. Mon père, le sultan, forme des vœux pour votre santé.
H
Il me charge de vous dire qu'il arrivera d'ici une semaine pour notre mariage. Ce sera un mariage.
A
Royal. Il en aura tout l'éclat. J'ai hâte d'entendre le récit de ton voyage. Un étrange voyage dont le récit vous semblera incroyable. incroyable postérité de cet étrange voyage. C'est le septième voyage de Sinbad qu'on vient d'entendre, extrait d'un film de 1958 de Nathan Durand, mais qui évoque les mille et une nuits. Et ces mille et une nuits, en fait, sont un succès parce que la trame narrative est merveilleuse déjà en soi. Il y.
D
A une parole universelle, ce qui explique aussi, j'imagine, son succès. Kadhim Jihad Hassan. Oui, c'est-à-dire que l'élystrique est très séduisante. Le récit est poussé à l'infini. Du moment qu'il y a des récits emboîtés, on envoie des récits à partir de l'autre. Parfois, les rapports entre un récit et celui qui précède sont très tenus, très bien évidents, manifestes. Parfois, il suffit d'un prétexte pour relancer l'histoire un peu plus loin. Cette technique a eu, si vous voulez, un succès magnifique et un impact majeur, sans vouloir trouver les nuits là où elles ne le sont pas, ou un peu partout, comme si c'était la clé de ses âmes. On voit, en effet, des façons déclarées par les auteurs eux-mêmes, qu'ils s'addisent de Proust, de Borges, de Gabriel García Márquez, de Mishima ou d'autres, on voit que cela a donné une sorte de libération pour l'esprit. Cette dérive mentale et imaginative, c'est l'importance, je crois, est là. Cette élan donné à l'esprit, l'invention, pour peu qu'elle soit fondée, qu'il y ait une cohérence, le récit devient un exercice apte à être poussé à.
A
L'Infini. Il se doit mentionner aussi Salman Rushdie qui a beaucoup profité des nuits. Oui voilà, c'est un exercice qui parle à tout le monde, qui est très bien structuré mais qui est réinventé. C'est-à-dire que notre regard aujourd'hui sur l'islam médiéval, quand on est historien, historienne et qu'on s'intéresse à cette période-là, il faut savoir se détacher, j'imagine, de plein de constructions imposées par l'islam médiéval lui-même et puis par le regard porté sur les autres. L'une et l'autre, Camille René et Afeuillebois, c'est vrai que souvent, ce sont les oppositions qui ont été mises en avant avec ce monde-là. Les échanges et la culture sont aussi importantes.
C
Pour voir les implications avec notre monde, si on parle de l'Occident. Camille René. Oui, tout à fait. J'évoquais tout à l'heure la nécessité de bien distinguer le type de littérature, le type d'ouvrage que l'on va consulter. Les ouvrages ont été produits dans des intentions bien précises, c'est-à-dire qu'on va retrouver le même principe en termes de discours en général. Le discours qui est produit dans l'entourage d'un dirigeant ne va pas être nécessairement le même que celui que va produire quelqu'un qui est consacré plutôt à la science, disons. Et au sein de la pratique du pouvoir, on peut très bien trouver des éléments qu'on considère a priori comme contradictoires. C'est-à-dire que la construction d'un discours qui va insister sur les frontières, sur la représentation de l'ennemi, d'une part, n'empêche pas nécessairement qu'on va échanger avec celui qui est censé incarner l'ennemi. Je pense en particulier à ce qui s'est passé notamment à l'époque des amirats iraniens, donc vers les IXe et Xe siècle, où on va s'appuyer sur la représentation du Dar al-Islam, c'est-à-dire le monde dominé politiquement par l'Islam, comme étant opposé au Dar al-Khufr, le monde dominé politiquement par des infidèles. Donc on s'appuie sur ce discours-là, très centralisateur finalement à l'échelle du monde islamique. Mais en même temps, on va s'intéresser extrêmement aux Turcs, à leurs produits, échanger avec eux. Et finalement, il n'y a pas véritablement de frontières fermées, ce qui matériellement était de toute façon impossible. Mais évidemment, il.
A
Faut se départir d'une vision beaucoup trop dichotomique, beaucoup trop simpliste de la situation. Oui, merci beaucoup Camille René de le souligner parce que c'est ce qui m'a marqué également, c'est l'opposition entre un discours d'opposition majeure et puis le travail de l'historien, de l'historienne qui permet de voir qu'en fait les échanges sont nombreux, notamment les échanges culturels. Merci beaucoup Kadhim Jihad Hassan. Donc c'est la revue Europe, le dernier numéro sur l'Émilie, une nuit que vous avez coordonnée. Merci Camille René, merci Ève Feuillebois, Ève Feuillebois, l'Iran médiéval, c'est aux belles lettres. Merci à vous trois, mais dans le cours de l'histoire maintenant.
I
Il est l'heure de retrouver Anaïs Kien.
A
Avec son journal de l'histoire. Bonjour Anaïs. Bonjour Xavier, bonjour à toutes et tous. Alors.
I
Ce matin dans le journal de l'histoire, vient une histoire de chasse au trésor. Effectivement. En 2013, une statue d'Apollon de peut-être plusieurs millénaires est retrouvée au large de la bande de Gaza. Un trésor dont la découverte fait bientôt vibrer le monde entier. Les spécialistes se bousculent pour l'expertiser, les musées rêvent à l'idée de pouvoir l'exposer. Mais l'enthousiasme tourne court, la statue disparaît quelques semaines plus tard. Nicolas Vadimoff et Béatrice Guelpa sont partis en quête des traces du dieu disparu dans un film, l'Apollon de Gaza. Les spéculations restent en suspens, les doutes aussi.
J
Sur l'authenticité de l'objet. Jean-Baptiste Imbert, père dominicain et archéologue, témoigne dans ce film. Ce qu'il faudrait savoir d'abord, c'est clarifier son histoire.
I
D'où vient-il? Qui l'a trouvé? Comment l'a-t-on trouvé? mais l'enquête sera difficile à mener. La piste de l'Apollon de Gaza nous plonge dans un curieux mélange d'évocations entre l'ambiance monacale d'un couvent dominicain, les rues de la Gaza contemporaine et les mystères de la mythologie grecque associés en un beau sac de noeuds. Les réalisateurs partent à la rencontre des acteurs de cette histoire interrompue, Du pêcheur qu'il aurait retrouvé en passant par l'atelier d'un bijoutier encore sous le charme de sa rencontre, avec la finesse des détails de la statue, la taille des cheveux crépus, les mains et la pierre noire logée dans l'un des yeux de cet Apollon. On croise aussi un tailleur de pierre, les remises des antiquaires et les quelques experts qui ont pu approcher l'Apollon avant sa disparition. Une oscillation entre l'extase.
J
Grandiose de la découverte merveilleuse et la réalité des moyens du gouvernement de Gaza. L'hypothèse d'une découverte dans la mer nous a semblé totalement improbable. Quand on dit trouver dans la mer à Gaza, ça veut dire que la mer n'appartient.
I
À personne. Donc de dire qu'on l'a trouvée dans la mer, c'est nulle part. Si l'Apollon de Gaza pourrait naître qu'un artefact truqué, une mystification, les acteurs s'interrogent malgré tout sur les conditions de sa production. Comment une statue de près de 2 mètres, élaborée à partir de plusieurs centaines de kilos de bronze, aurait-elle pu être fabriquée à Gaza sous blocus depuis 2007 et ensuite abandonnée? La statue aurait été escamotée des examens des spécialistes et des appétits.
A
Du marché des antiquités par les autorités gazaouites qui le cacheraient en lieu.
F
Sûr. C'est unique, c'est une découverte inestimable.
A
On ne pourrait pas donner un prix, cela reviendrait à tenter d'évaluer un tableau.
I
Comme la Joconde au musée du Louvre. Ça n'a pas de prix, c'est unique. L'Apollon de Gaza génère de grandes ambitions, de la convoitise, des rêves de gloire retrouvés. Chacun rêve son Apollon, mais à travers le mystère du sort de cette statue, c'est tout un horizon d'attente qui se montre à nous. Sa découverte agit comme une capsule temporelle, un rappel de ce qu'avait été Gaza lorsqu'un temple d'Apollon fut construit dans la florissante cité commerciale, lorsqu'Alexandre le Grand est passé par là, un âge d'or relégué par l'histoire d'un conflit israélo-palestinien sans fin, celle d'une ville en état de siège. La vérité emporte finalement peu dans cette histoire de statue évanouie dans la nature, c'est sa force de fable qui l'emporte. L'Apollon prisonnier incarne Gaza et lui restitue in absentia un trésor précieux, un patrimoine de l'inestimable, un objet chargé d'affect, d'image et d'évocation. Peu importe son prix, c'est sa charge symbolique qu'il donne sa valeur. L'Apollon de Gaza, c'est une histoire à se raconter, à l'image de ce personnage qui fabrique sans cesse ses.
A
Têtes d'Apollon, en attendant sa réapparition, la reproduction d'un espoir nécessaire à chaque jour. Aujourd'hui, dans le cours de l'histoire, nous nous sommes intéressés à l'Iran médiéval. Et c'est vrai que le monde contemporain fait sans cesse des échos au passé, notamment pour l'Iran. Le chat avait regardé l'héritage antique perse. Dites-nous à Feuillebois, l'Iran médiéval.
B
A été récupéré. Est-ce qu'il l'est encore aujourd'hui regardé et notamment dans l'Iran actuel? Oui, il est regardé, mais c'est assez ambigu parce qu'on a tendance, ça dépend de quel point de vue on se place, le pouvoir en place va plutôt avoir tendance à mettre en valeur l'héritage musulman et la spécificité de l'islam iranien. Mais pour les iraniens cultivés, même n'importe quel iranien, on va immédiatement penser à cet héritage antique. Et on a parlé de rupture tout à l'heure. Il y a aussi une continuité remarquable, aussi bien dans les institutions que dans les arts. dans les manières d'être, etc. Donc en quelque sorte, les iraniens ont toujours réussi à marier différents apports d'où qu'ils aient pu venir. Et je pense que leur force, c'est justement une sorte de soft power. Même lorsqu'ils sont, disons, vaincus par leurs adversaires, au bout d'un moment, ils reviennent au pouvoir par la petite porte en tant que conseillers. ministres, etc. Et ils apportent aussi tout leur savoir-faire. Et du coup, ils influencent.
A
Considérablement la manière dont on va concevoir aussi bien le pouvoir que la culture. Merci beaucoup pour cette précision. Ève Feuillebois, l'Iran médiéval, à l'Iran aujourd'hui. Une histoire, c'est l'histoire, ça continue, c'est toujours en continu. C'était le Cours de l'Histoire sur France Culture, une émission préparée par Marion Dupont, Anne Toscane-Vudès, Camille André et Aurélie Lachecard. Des émissions à réécouter en balado-diffusion ou en direct sur le site du Cours de l'Histoire, franceculture.fr. Demain, nous restons en Iran. Mais au moment de la révolution 1979, ces années 1980, la violence de la République islamique au cœur des familles. Oui, nous entrons dans les.
Episode Title: L’Iran médiéval à la croisée des peuples (2/3)
Podcast: France Culture – Le Cours de l'histoire
Host: Xavier Mauduit
Guests: Camille René (Historian, Université d’Aix-Marseille), Ève Feuillebois (Persian Literature, Sorbonne Nouvelle), Kadhim Jihad Hassan (Poet, Translator, Literary Critic)
Date: January 25, 2026
This episode explores how medieval Iran stood at a crossroads of peoples, cultures, and passions. Moving beyond reductive images of conflict, the discussion spotlights Iran’s role as a major cultural and intellectual hub, crucial not just to Islamic history but to European history as well. Drawing on literature, political structure, and cross-cultural exchanges, the guests untangle the layers that shaped Iranian identity and illustrate how medieval Iran became a site of both encounter and transformation.
On medieval Iran’s diversity:
“La période médiévale en Iran n’a pas les mêmes limites que celles que l’on imagine en Europe... c’est un millénaire d’histoire et ce n’est pas du tout une période qui est uniforme.”
—Ève Feuillebois [05:00]
On the slowness of religious conversion:
“La conversion ne se complète véritablement qu’au XIIIe siècle, donc plus de six siècles...”
—Ève Feuillebois [10:29]
On the flexible meaning of frontiers:
“À l’époque médiévale, il n’y a quasiment aucun exemple de frontière linéaire au sens moderne du terme… c’est une interface.”
—Camille René [22:59]
On multilingualism and cultural transmission:
“Les élites étaient bilingues, complètement bilingues, et parfois trilingues… on passait d’une langue à l’autre avec une très grande facilité.”
—Ève Feuillebois [29:10]
On the origins of “Les Mille et Une Nuits”:
“Le canvas de l’oeuvre, ça vient de Persan, c’est très important, parce qu’il y a une œuvre dont on a perdu la trace en persan, qui s’appelle Hezar Afsane, littéralement ‘mille contes’.”
—Kadhim Jihad Hassan [35:06]
On “Les Mille et une nuits”’s universal appeal:
“Cette technique a eu... un impact majeur... cela a donné une sorte de libération pour l’esprit. Cette dérive mentale et imaginative... le récit devient un exercice apte à être poussé à l’infini.”
—Kadhim Jihad Hassan [43:13]
On the persistence of Iranian identity:
“Les iraniens ont toujours réussi à marier différents apports d’où qu’ils aient pu venir. Et je pense que leur force, c’est justement une sorte de soft power.”
—Ève Feuillebois [51:50]
This episode richly deconstructs stereotypes of medieval Iran as insular or stagnant. Instead, medieval Iran emerges as a dynamic center, shaped by exchange, negotiation, and creative adaptation. The episode reminds us: the medieval Persian world, through its literature, science, and language, forged bridges between worlds—and continues to inform Iranian identity and the imagination of the globe.
For further exploration, see Ève Feuillebois’ book “L’Iran médiéval”, and Kadhim Jihad Hassan’s special issue on “Les Mille et Une Nuits” in the Revue Europe, both mentioned during the episode.