
Miam ! L’histoire en cuisine : La bûche de Noël, du rondin magique au dessert crémeux
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A
La.
B
Bûche de Noël, du rondin magique au dessert crémeux ou glacé. Mais peu importe, dans tous les cas, il est question de magie. Car ce soir-là, c'est de l'histoire qui est servie en dessert. Mais oui, pourquoi un gâteau en forme de bûche ? Pour le savoir, il faut se plonger dans le temps et regarder du côté de la cheminée avec une authentique bûche, une souche, un rondin, tout cela en bois. Joyeux Noël ! Joyeux Noël ! Oui, entrez dans la maison du bon.
C
Dieu ! Attention, attention, c'est très chaud.
B
! J'ai réussi à le récupérer, ça.
A
Sort du four, c'est brûlant. Et ça, ce.
C
Sera la bûche.
D
De Noël. Non, c'est cloude. Et on ne l'allume qu'au bon.
E
Moment. Le cours de l'histoire. La bûche de Noël, c'est un arbre amphitier qui meurt pour l'année et qui.
B
Est réservé pour ce soir-là. Ah non.
A
! Non, non, non, non, non ! Monsieur Presklovik, on a fini.
F
Le dîner et ces personnes allaient partir.
A
Non, mais il nous jetterait la Russe.
B
En sucre, lui ! Mais moi j'en veux du dessert ! Joyeux Noël ! Joyeux Noël ! La bûche, incontournable à Noël. Et pour saisir l'histoire profonde de ce dessert, Anton Serdetchny, bonjour. Bonjour. Vous êtes docteur en histoire. Vous êtes ici avec une approche anthropologique de la bûche. La bûche et le gras, une anthropologie historique de la magie de Noël. C'est publié chez Chamballon. Expliquez-nous comment vous en êtes arrivé à réfléchir à cette bûche. Vous êtes parti.
A
Du dessert, du gâteau, pour remonter son histoire ? Alors je suis plutôt parti du sapin et des rites qu'il y avait autour de Noël aujourd'hui, jusqu'à m'interroger pourquoi on avait une bûche, pourquoi on a une bûche seulement à Noël. Et à partir de là, je me suis rendu compte qu'on avait.
B
Un objet qui avait été extraordinairement courant, extraordinairement.
A
Important et très oublié. Très oublié, vous avez raison de le souligner. Donc dans une grande partie de l'Europe, mon livre concerne que la France et l'Italie ont un souci de corpus solide. Mais on a la Scandinavie, l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal, l'Angleterre, la Serbie, la Roumanie, la France, l'Italie, la Suisse, la Belgique et encore d'autres jusqu'au Caucase où la bûche était brûlée au jour de l'an. On a jusqu'au début du XXème siècle et au moins depuis le milieu du Moyen-Âge un objet magique extrêmement puissant qui concernait la majorité de la population Donc une bûche qu'on mettait effectivement de côté comme ça a été annoncé avant Noël, qu'on mettait au feu la nuit du 24 décembre, et dont on récupérait les restes le lendemain, ou un peu plus tard selon les régions, elle pouvait brûler quelques jours. Et on l'utilisait pour guérir les maladies des hommes et des animaux, pour fertiliser les champs, pour se protéger de la foudre, c'est-à-dire.
B
Pour se protéger des incendies, ou encore pour faire en sorte que l'eau reste pure dans un puits. Parce qu'il y a vraiment cette idée aujourd'hui que nous parlons de la bûche de Noël, nous pensons au gâteau sous des formes différentes, mais cette histoire-là est récente. A partir.
A
De quand d'ailleurs cette bûche réellement en bois que l'on brûlait devient gâteau ? Alors la transformation de la bûche en gâteau, il faut la chercher à Paris dans les années 1870-1880. à une époque où l'urbanisation fait qu'une grande partie de la population ne peut plus brûler une bûche à Noël. Les cheminées parisiennes de la deuxième moitié du 19ème siècle sont trop petites pour une bûche. Et la bûche, c'est de toute façon la bûche souche. A chaque fois que je vais dire la bûche, ce sera la bûche en bois. La bûche souche est un objet avant tout agraire. Il est lié au champ, à la survie dans les campagnes. A Paris, on a donc la bûche qui est connue, mais qui n'est plus utilisable, et qui est récupérée commercialement assez vite, avant qu'elle devienne un dessert, pour, par exemple, donner la forme de petites boîtes à offrir aux femmes, ou pour donner la forme de petits jouets, donc des bûches en carton, creuses, dans lesquelles il y avait des petits soldats, qu'on donnait comme cadeau de Noël aux enfants. Et c'est dans ce cadre que, assez logiquement, un pâtissier ou plusieurs pâtissiers, pour savoir qui c'est, Il y a des débats, on a le nom de Charabaud qui est donné par Lacan. Mais Lacan, donc un pâtissier qui était.
B
Aussi un historien de la pâtisserie, Lacan était un ami personnel de Charabaud. Parce qu'il.
A
N'Était pas pâtissier, Lacan. Il se débrouillait bien. Donc voilà, psychanalyse et pâtisserie. Mais donc, le nom d'un porte-pierre, ce qui compte, c'est dans les années 1880, on sait que ça a du succès à Paris, et c'est assez logique puisque, en.
B
Fait, ça rejoint des dizaines de déclinaisons de récupération urbaine de la bûche. Oui, on le comprend bien dans ce XIXe siècle marqué par l'exode rural, tous ces gens qui quittent les campagnes, qui arrivent en ville et qui veulent reproduire des traditions. Mais aller trouver une bûche souche, un bout de bois en ville, ce n'est pas facile. Donc le remplacer par le dessert, c'est formidable. Mais dans la volonté de saisir les origines profondes de cette bûche, et j'entends bien ici ce bout de bois, Vous avez un regard qui vous conduit à traverser un XIXe siècle qui dans le même temps s'intéresse à ce qu'on nommait alors le folklore. Il y a tout un.
A
Intérêt aussi pour ces traditions rurales. C'est ici qu'on va retrouver un peu la bûche ? Alors vous faites bien de pointer ça. Dans la pertinence qu'a la bûche en ville, c'est aussi l'idée dans un siècle qui est un siècle de bouleversements sociaux importants et de bouleversements techniques inédits. On a cette idée que les campagnes restent immobiles et on commence à avoir ce regard nostalgique et romantique sur rien ne bouge dans les campagnes et la bûche est éternelle là, ou d'autres qui sont catastrophiques qui disent la bûche est en train de disparaître. Les deux visions sont très inexactes. Mais derrière la bûche, on a cette idée de, on a encore une identité qui, malgré.
B
Tous les changements de notre siècle, nous permet de vivre un Noël à l'ancienne. Oui, parce que ça facilite pas le travail du chercheur que vous êtes de retrouver ses origines à travers cette lecture folklorique du XIXe siècle, parce qu'il faut effacer des origines précises et les remonter le plus loin possible dans le temps, donner quelque chose d'un peu intemporel. Il y a de ça aussi dans la narration de l'utilisation de cette.
A
Bûche, donc ce gros bout de bois qu'on brûlait le soir du 24 décembre. Le problème du biais des documents est vraiment important. On a des choses complètement fausses qui sont dites, comme tous les foyers ont une bûche au XIXe siècle, ce qui était faux. D'abord, ce n'était pas possible. Ou la bûche a disparu, mais elle ne cesse de disparaître. On est déjà dans le dictionnaire de Furtière, les vieilles font encore ça, mais sous-entendu, ça ne va pas durer. En l'occurrence, au début du XXe siècle, la bûche est encore très présente dans les campagnes françaises. Donc, il faut se détacher de ça, connaître un peu ce type d'objet pour savoir que Il est souvent investi de constructions complètement mythologiques. Ce sera aussi le.
B
Cas pour le sapin de Noël d'ailleurs, dont on discutera peut-être tout à l'heure. Oui, il va falloir en parler du sapin parce que ça reste du bois. Donc il n'est pas brûlé directement parce qu'on en a besoin pour les décorations. Mais cette histoire du sapin, ça entre dans ce qui nous intéresse aujourd'hui dans le cours de l'histoire. ce bout de bois ou cette évocation du bois, que ce soit la bûche que l'on brûle dans la cheminée, que ce soit la bûche sous forme de dessert, que ce soit le sapin, le bois est important à Noël. Comment, avec un regard lié à l'anthropologie, Anton Cerdesni, on arrive à expliquer l'importance.
A
Du bois à Noël ? Est-ce qu'il y a des éléments d'explication ici ? Alors là, il faudrait que je fasse une séparation entre le sapin et.
B
La bûche parce que.
A
Je pense qu'on a deux complexes de Noël qui sont très différents. Commençons par la bûche. Alors commençons par la bûche. Je ne sais pas si le bois va être le principe majeur. Le principe majeur que je mets en avant, c'est le fait qu'on ait quelque chose qui change d'état. Ça pourrait être de la cire ou ça pourrait être une pâte qui cuit. Mais alors, si on commence à aller dans cette direction, il va falloir faire deux pas en arrière et parler de ce qu'est la magie de Noël pour les populations qui vivent plus dans la.
B
Culture orale que dans la culture écrite, qui ont des rites qui ne sont pas liturgiques. Oui, parce que Noël, c'est une fête liturgique, mais ce n'est pas qu'une fête liturgique. C'est-à-dire que le moment de Noël est associé à quelque chose de magique au-delà même.
A
De la religion, même si les deux sont complètement imbriqués. On ne peut pas les séparer. Les deux sont complètement imbriqués pour les populations qui les vivent. C'est pour ça que je rejoins le grand folkloriste Van Schenep pour dire qu'on est plus dans du magico-religieux que juste dans du magique. Donc l'idée clé, c'est que Noël est une période de grandes puissances magiques qui se déversent sur le monde. Dès avant, pendant l'Avent, donc maintenant, Et ensuite, pendant les 12 jours qui suivent Noël, on a cette magie-là avec le pic au 24 décembre à minuit. Pendant la.
B
Vent, en Bretagne, donc maintenant, les prêtres.
A
Sont censés être capables de se transformer en animaux. Ah oui, même maintenant encore ? Non, non, je veux dire maintenant parce qu'on est pendant l'Avent. Si je me situe dans cet.
B
Univers culturel-là, je ne sais pas si.
A
Ce sont des choses qui sont encore racontées ou pas. Donc l'Avent c'est quoi ? C'est 40 jours avant Noël ? Les dates changent selon les régions. On peut se fixer au nombre de dimanches qu'il y a avant Noël. D'une région à l'autre, ça peut aller de la Sainte-Barbe, de la Sainte-Lucie jusqu'à Noël, ou du 1er décembre. On ne va pas faire la liste parce qu'elle est très très longue. Encore une fois, c'est une des spécificités de Noël. Tout change selon les régions, parce que c'est un rite qui repose beaucoup sur le non liturgique, sur ce que les gens font, et donc il n'y a pas d'autorité normative qui viendrait leur donner ça. Donc, pour retourner à la bûche, on a une sorte de puissance magique qui se déverse sur le monde et qui est impersonnelle. Ça ressemble plus au mana qu'à quelque chose qui viendrait directement de la religion chrétienne. Et les animaux ont des comportements étranges. Pendant l'Avent, donc théoriquement maintenant aussi, toujours en Bretagne, les sabbats sont censés se réunir pour faire des sabbats. Les revenants sont là. À Montbéliard, on pense que c'est dans cette période-là, maintenant, qu'on fait les rêves qui sont les plus prémonitoires. Ce qui est un signe qu'on est bien dans une période magique. Mais la magie la plus forte est celle qui arrive le 24 décembre pendant les douze coups de minuit. Et à ce moment-là, des choses très étranges se passent. Des grandes pierres tournent sur elles-mêmes ou parfois vont à la rivière pour aller boire. ou simplement des gros rochers s'ouvrent et laissent voir des cavernes remplies de trésors et qui sont très dangereuses parce qu'elles s'ouvrent juste pendant les douze coups de minuit et elles se referment ensuite. Donc, si on y va, il faut y aller très vite. Et surtout, si on suit les légendes, il ne faut pas prendre un bébé avec soi parce qu'on a tendance à l'oublier là. Mais on peut le récupérer l'année suivante et il est en très bonne santé. En fait, il n'a pas bougé, il était dans un espace qui était hors du temps, qui en fait, assez clairement, est le monde des morts. On a une ouverture des passages entre le monde des vivants et le monde des morts pendant toute cette période, particulièrement à minuit. Les morts de la famille venaient par exemple s'asseoir près de la bûche, mais aussi la Vierge ou le petit Jésus venaient près de la bûche. Donc une ouverture par le haut des personnages célestes qui viennent, une ouverture par le bas. Les démons arrivent aussi, souvent pour attaquer les maisons quand tout le monde est à la messe de minuit. On a des régions où il y avait des gardes qui étaient employés pour surveiller que des lutins ou des gobelins ne viennent pas attaquer les maisons. Et pendant ce pic de magique, pendant ce pic de puissance magique, disons, impersonnel, Toute l'idée qu'il y a derrière les rites illiturgiques qu'on observe dans les populations qui participent plus de la culture orale, tous les rites cherchent à capter cette magie. Cette magie qui est relativement ponctuelle et à la stocker pour pouvoir l'utiliser pendant toute l'année. Et c'est là que la bûche rentre en jeu, c'est là que le.
B
Bois rentre en jeu. Et.
A
Toute l'hypothèse que j'ai essayé.
B
De suivre.
A
Et essayer de prouver dans ce livre. La bûche et le gras. Dans la collection d'autre part. Chez Chamballon. J'insiste sur la collection, j'aime beaucoup cette collection, je la dirige. Toute l'idée est de réussir à faire passer un matériau d'un état à un autre. Et quand il passe d'un état à un autre, il s'ouvre, est capable de prendre la magie qui est autour, Et une fois qu'on a stoppé la transformation, il la conserve à l'intérieur. C'était mon hypothèse. En l'occurrence, j'ai trouvé des confirmations. Ça marche avec le pain. Si on fait cuire du pain, il y a du pain qui était rituellement cuit pendant la minuit de Noël. Et ce pain était considéré comme magique. Il pouvait guérir de toutes les maladies. Il va avoir les mêmes pouvoirs que la bûche. En Moselle, il y avait même des personnes qui n'allaient pas à la messe pour pouvoir rester et enfourner le pain à minuit précisément. et ensuite revendre le pain très cher, pas comme du pain, mais comme un médicament universel. Une autre belle confirmation de Franche-Comté, qu'on trouve aussi en Suisse romande, c'est qu'un oeuf pondu par une poule pendant la nuit de Noël a les mêmes pouvoirs que la bûche. Il passe d'un état à un autre, de l'intérieur de la poule à l'extérieur de la poule. Et enfin, le gras, que j'utilise dans le titre, est le gras d'une petite région montagneuse dans les Apennins, dans les Marches, en Italie, où on faisait cuire un bouillon de chapon sur la bûche de Noël. Et une fois qu'on l'avait laissé là un bon quart d'heure, on le plaçait sur le rebord de la fenêtre à l'extérieur. Et le lendemain matin, tout le gras était allé sur le dessus, s'était solidifié et on le recueillait comme médicament pour toute l'année à venir. Et il pouvait guérir de toutes les maladies. Et donc la seule chose qu'il y a en commun entre tout ça, c'est à part les pouvoirs qu'ils ont, qui sont identiques, c'est le fait qu'il passe d'un état à un autre. Donc le bois pour moi n'est pas central, la capacité d'un matériau.
B
À passer d'un état à un autre au bon moment pour pouvoir capter une puissance magique, ça c'est l'essentiel. Avec cette date particulière de Noël, cette date qui est liée à un changement, c'est le solstice d'hiver, c'est le moment où les journées rallongent, ça.
A
Correspond à ce que vous dites, on passe d'un état à un autre, il y a un changement ici. Alors ici, ce qu'il se passe, c'est qu'on a un vieux schéma qui est bien connu des folkloristes et bien connu de tous ceux qui s'intéressent aux contes ou aux traditions orales. C'est que tout ce qui est lié à l'entre-deux est plus ou moins lié au passage à un monde magique, c'est-à-dire au passage à un monde des morts. On en est tous familiers. Le fait que la magie de Cendrillon s'arrête à minuit est parfaitement représentatif de ça. On va trouver cet entre-deux partout, que ce soit les entre-deux géographiques à un carrefour, c'est là où le diable est censé apparaître. Dans les entre-deux temporels, le diable apparaît à minuit, quand on n'est ni un jour ni l'autre, on est entre-deux. Et évidemment, quand le soleil arrête d'avoir une course normale et semble immobile, c'est le solstice, pendant plusieurs jours. Le solstice n'est pas limité à un jour. Essayer de dire qu'il y a un décalage entre le 21 et le 24 est assez inutile quand on est au niveau de l'observation humaine, surtout dans les campagnes. Là, on est dans une période vraiment d'entre-deux, d'entre-deux importante. parce que les jours vont commencer à rallonger et on a la perspective de l'année et des possibles récoltes qui vont arriver ensuite. Donc on est dans un grand entre-deux, deuxième grand entre-deux qu'on a très peu de temps après, c'est celui du jour de l'an où on n'est ni une année ni l'autre et à minuit on est dans cet entre-deux qui théoriquement déverse une puissance magique, qu'on utilise. C'est un des rares moments où on peut souhaiter bonne santé, et où tout le monde souhaite bonne santé. Et ça pour moi c'est une formule magique de captation de cette puissance de l'entre-deux qui se déverse sur nous. Même.
B
Si on ne s'en rend pas compte, même si.
F
On ne connaît pas cet héritage, on le vit encore. Et ce moment de l'entre-deux est l'occasion de fêtes. On est sûr que, sous les Romains par exemple, Le culte du soleil invaincu correspond parfaitement avec la date de Noël, c'est-à-dire le 23 décembre. Donc, c'est certainement une coutume qui remonte jusqu'à cette époque-là. Mais moi, je pense qu'elle est beaucoup plus ancienne. Elle doit être celtique et peut-être même pré-celtique. On parle d'hyperboréenne, c'est-à-dire.
C
Nordique. Il y avait une coutume qui.
F
Correspondait à peu près à cette fête qui existe encore à Châteauchelon. La fête à Château-Chalon se passe comment ? Des brandons préparés, qui sont en tilleules sciées, très fins, très secs. Ils les enflamment. Et au fond, le geste qu'ils ont, c'est, à mon avis, le geste de la.
C
Rotation du Soleil, comme le geste de la.
G
Rotation des planètes. Ça correspond tout à fait à une chose cosmique. M. le curé, cette fête des feuilles, parlez-nous-en. Eh bien, c'est une tradition qui s'est menue à Château-Chalon, mais qui autrefois se faisait non seulement dans cette région, dans les villages environnants, mais aussi, j'ai retrouvé, dans la région de Saint-Claude, on la faisait. On retrouve la même.
C
Tradition dans les Feuilles.
G
De la Saint-Jean. Tous ceux qui peuvent, tous ceux qui sont valides, viennent à la fête. En feuille ? Oui.
B
Oui. Comme disait cette brave femme. Dans ma vie, j'ai toujours vu failler et puis je faillerai toujours. Elle faille plus. Merci. Il y a bonne ambiance à Château-Chalon, dans le Jura, en 1972. Dites-nous, Antoine, cher Denys, il y a ici, dans cette évocation, tant et tant de choses où le curé évoque une fête qui pourrait sembler complètement païenne. C'est ce que vous évoquiez, il n'y a pas la magie et le religieux, les deux se mêlent sans cesse. Il y a aussi un clin d'œil, une pleine conscience à des continuités anciennes qui nous viennent de l'antiquité. Ces fêtes du solstice sont antiques, mais on peut les rapprocher à d'autres fêtes qui sont anciennes, au même moment, qui sont païennes. Auditeurs, auditrices du cours de l'histoire nous écrivent et évoquent la bûche de Yule, fête druidique du solstice. Et là aussi, on a des éléments.
A
Qui évoquent pour beaucoup de gens, des choses bien au-delà du simple gâteau crémeux.
B
Ou glacé que nous.
A
Servons à Noël. Alors, le cas des brandons est intéressant. Donc là, on était dans le Jura. Oui, dans le Jura. Les brandons sont un peu plus connus dans l'ouest de la France. On n'explique pas ce qu'on fait avec, mais je suppose qu'on devait les allumer de nuit, faire des processions et probablement les emmener dans les cultures pour favoriser les cultures, pour éloigner les animaux nuisibles. Ces brandons-là correspondent très bien au fait de faire changer quelque chose d'état. et de rediriger une magie qui va sur tout, par exemple sur les chats qui vont faire des sabats, ou sur les pierres qui vont se mettre à tourner, de prendre cette magie-là et d'aller les mettre sur les arbres fruitiers pour avoir de bonnes récoltes. Donc c'est le même principe que la bûche de Noël. Toutes les références à l'Antiquité sont très problématiques. Le Sol Invictus, il y a une très bonne analyse de ça par Alain Cabentou et François Walter qui se demandent dans quel sens c'est allé. Le problème aussi c'est qu'on a des sources pour l'Antiquité romaine alors qu'on n'a pas de sources de l'autre côté donc tout faire venir de là c'est toujours problématique. La fête de Yule, on a extrêmement peu de traces et elles sont relativement tardives. Le feu n'apparaît pas. Par contre, les anglais appellent bien la bûche de Noël « Yule Log » mais aussi « Christmas Log », donc ils ont les deux noms. Mais aller du côté de la celtomanie, d'aller chercher des choses sur la religion des celtes qu'on connaît extrêmement peu est dangereux. Par contre, là où je rejoins ce qui a été dit, c'est que Le fait que ce soit relié au solstice renvoie à des pratiques qu'on ne peut pas dater et qu'on ne peut pas vraiment documenter mais qui en toute vraisemblance existaient. Donc on a des continuités et des discontinuités. Moi je me garderais d'aller faire, de.
B
M'Aventurer sur d'où ça vient, quelle est l'origine. Je préfère transformer cette question en quelle est la signification et quelle est la logique rituelle derrière. Avec l'évocation de cette bûche, ce gros bout de bois qui est brûlé à Noël, vous avez évoqué le dictionnaire de Furtière, ce dictionnaire du XVIIe siècle où Furtier tiers, un tantine à méprisant, dit qu'il y a encore des vieilles qui font ça. Nous sommes au XVIIe siècle. A ce moment-là, quelle est la pratique ? C'est toujours compliqué de généraliser parce que c'est une étude qui nous permet de croiser plein et plein d'espaces différents, que ce soit des pays mais aussi des contextes différents. Nous sommes dans les campagnes, nous sommes à la montagne. c'est que pendant la période de l'Avent, donc cette période chargée.
A
De magie, il faut choisir un.
B
Gros bout.
A
De bois, il va être désigné pour être celui que l'on va brûler ce soir-là spécifiquement à Noël. Alors ça pouvait être encore avant. Encore avant. Oui, on essaie de choisir... Donc la souche, il faut que ce soit une souche. Il faut que ce soit le tronc d'où partent les branches. Donc quelque chose qui symbolise le fait de pouvoir pousser. Il faut que ce soit une souche, il faut qu'elle soit la plus grande possible. Donc il faut connaître la taille de la cheminée. Et on va la mettre de côté. Et donc je continue sur le rite. Une fois qu'on l'a mise de côté, bien sèche, assez à l'avance, on va l'amener en cérémonie le soir du 24, la bénir, ou la baptiser selon les régions, ça dépend. Généralement c'est le père de famille qui le fait, avec du sel, du vin, de l'huile. Parfois en prononçant quelques prières sur... surtout sur l'idée que la bûche va nous amener du bonheur et de la prospérité, et puis il faut la mettre au feu. La chose qui est essentielle et qui était un indice pour moi, c'est qu'elle doit absolument brûler par elle-même pendant la messe de minuit, donc seule. Cesse, c'est la.
B
Chose qu'on va trouver partout. Si jamais elle s'éteignait pendant ce moment-là, le père de famille allait mourir.
A
Dans l'année, donc c'était plutôt une mauvaise nouvelle. Ah oui frère, attention, faut qu'elle se consume pendant que tout le monde est parti à la messe. Donc je pense que si ce minuit est tellement important, c'est parce que c'est le moment de pic du déversement de la puissance magique et que c'est là qu'elle peut l'incorporer le mieux. Et après, redéverser sa magie quand on l'utilise, en la remettant au feu.
B
Par exemple, ou en l'ingérant, ou en la mélangeant au terre, pendant tout le reste.
E
De l'année. C'est une manière de stocker intelligemment de la magie. Voilà c'est ça, réussir à accumuler un accumulateur de magie avec cette bûche de Noël. C'est la bénédiction de la bûche de Noël. La bûche de Noël, c'est un arbre fruitier qui meurt pour l'année et qui est réservé pour ce soir-là. Vous avez les plus vieux.
A
Du masque.
D
Qui la bénissent avec du vin.
B
Chaud en disant ceci, à l'an prochain, s'ils ne sont pas plus, que nous ne soyons pas moins. France Culture. Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Mais cette dame en 1971 disait bien un arbre fruitier. Antone Serdesny, il y a la volonté de choisir une souche. Donc nous ne sommes pas.
A
Sur une branche, nous sommes à l'origine de l'arbre. Et arbre fruitier, par exemple, d'autres types d'arbres. Vraiment, c'est un bois spécifique pour choisir cette bûche. Alors ce qu'on observe, c'est qu'il faut se remettre dans l'idée qu'on est vraiment dans une tradition agraire, où la survie va dépendre des récoltes. Et assez logiquement, on observe que les arbres qui seront utilisés sont tous des arbres d'où l'homme peut tirer de la nourriture.
B
Le chêne, avec les glands. L'être aussi, le.
A
Châtaignier. Tout ça peut fonctionner très.
B
Bien, et le fonctionne souvent, comme bûche de Noël. Jamais de sapin. Parce que le sapin, on n'en mange pas. Ce sont deux traditions très séparées. Dans l'idée.
A
Que vous avez évoquée de ce moment de transition, de cet entre-deux, le lieu même où la bûche brûle, où elle se consume, c'est un lieu de transition ? C'est un entre-deux par excellence. La cheminée, c'est quelque chose qui n'a pas complètement disparu. Le Père Noël est encore censé passer par là. La béfane, la sorcière qui apporte les cadeaux aux enfants en Italie à l'épiphanie. Un peu plus tard, 12 jours après Noël, passer aussi par la cheminée. Donc on est dans un entre-deux entre le monde, le foyer familial et le monde extérieur, mais.
B
Aussi entre la surface du sol, la terre et le ciel. Donc c'est assez logique que ce soit un lieu privilégié.
A
Pour le passage entre les mondes. Avec cette bûche qui elle-même est entre deux, entre ce qu'elle est en bois et ce qu'elle va devenir en sang. Et qu'on va maintenir dans un entre-deux. Parce qu'il ne faut pas qu'elle se consume complètement. Ah bon ? Le mieux.
B
C'Est d'éteindre la bûche manuellement avec de l'eau quand elle est semi-brûlée. Semi-brûlée c'est.
A
Mieux que complètement brûlée. C'est là où elle va conserver le plus la magie. Mais qu'est-ce qu'on en fait alors de ce bout de bois tout noir ? Alors on pouvait le mettre en haut d'une armoire mais plus souvent on le mettait sous le lit du maître de maison. Et c'était là qu'il était censé protéger des sortilèges et censé prévenir de l'arrivée de la poudre. Mais.
B
Si l'orage était très grand, on ressortait le bout de bois, on en prenait un morceau et on le jetait au feu. Et là, c'était censé éloigner les orages. Vous savez que là, grâce à vous, le soir de Noël, beaucoup d'auditeurs, d'auditrices de France Culture, du cours de l'Histoire, vont dire que j'ai écouté une émission. Alors au moment d'évoquer le Père Noël qui va rentrer dans la cheminée, je vais t'expliquer d'où ça vient. Mais le Père Noël arrive avec des cadeaux dans notre histoire de bûche. Et nous sommes vraiment sur des temps où la.
A
Notion de Père Noël, on pourra y revenir, mais n'est pas tant présente que ça, que le sapin, c'est une autre histoire. Y a-t-il déjà des cadeaux quand même ? pour les enfants ? Alors, on a déjà des cadeaux pour les enfants, on les a depuis très longtemps. Adam, là, évoque le fait qu'il y avait des cadeaux offerts à Noël. La Béfana dont je vous ai parlé, je sais qu'au XVIIe siècle, je peux montrer qu'elle apportait déjà des cadeaux aux enfants. On est à l'épiphanie, mais on est dans la même période magique et c'est le même type de personnage. Et la bûche elle-même, apportaient des cadeaux. Alors, c'est-à-dire des friandises, parce qu'on est quand même dans un contexte majoritairement rural, et les friandises dont je parle, c'était souvent des noix ou des fruits secs. Pas des bonbons, qui sont difficiles à se procurer. Et on a beaucoup de rites à tester où, avant qu'on fasse les vrais rites magiques de la bûche, c'est-à-dire des unités de production agricole qui essayent de faire en sorte que leur récolte soit meilleure, On joue avec les enfants, avec la bûche d'abord, en leur faisant croire que la bûche va leur amener des bonbons. Parfois, dans les familles les plus aisées, des petits cadeaux. On a l'auteur Xavier Marnier, qui était à Pontarlier et qui explique que sous la bûche, qui s'appelle la Tronche là-bas, la bûche a des centaines de noms en France, dans les années 1810, donc dans son enfance, On lui disait qu'il fallait aller regarder sous la bûche pour trouver les cadeaux que le petit Jésus avait laissés. Le petit Jésus, on pourrait parler de qui a personnifié ce personnage qu'on appelle maintenant le Père Noël. Mais on a d'autres pratiques. En Bourgogne, il y en a une que j'aime beaucoup. On envoyait les enfants, avant d'allumer la bûche, prier la Vierge pour que la bûche apporte quelque chose. On les faisait passer dans une autre salle. Ça rappelle toutes les techniques qu'on peut avoir pour amener les cadeaux sous le sapin. J'espère que les enfants n'écoutent pas trop. Et on leur faisait prier la Vierge et on demandait à ce que la Vierge fasse pisser la bûche des bonbons. la bûche allait.
B
Pisser des bonbons. Quelque chose qu'on retrouve en Italie et en Espagne, un côté un peu scabreux autour de la bûche. Il redescendait et évidemment la bûche était couverte de bonbons. Vous nous dites que pour ces temps plus anciens, l'idée de bonbons, ce ne sont pas des sucreries obligatoirement, ça peut être des fruits secs, ça peut être beaucoup de choses. La bûche elle-même, et vous l'avez expliqué de manière très claire, la bûche bout de bois que l'on brûle dans un contexte urbain, fin du XIXe siècle, on ne peut plus la brûler, donc il y a la mise en place d'un gâteau qui remplace. Est-ce que tous ces bonbons, on va les retrouver sous forme de desserts ?
A
Parce qu'on.
B
Pense tout de suite à ce qui peut se passer dans des régions avec.
A
Un nombre de desserts souvent au-dessus de 12 et en dessous de 14, les 13 desserts. C'est ça ? C'est un peu l'origine de ces treize desserts. On pourrait imaginer ça, l'idée d'avoir... Je ne suis pas sûr que les treize desserts aient été liés aux.
B
Enfants. Par contre, le fait qu'il y ait quelque chose qui soit sucré et agréable, oui, on va le retrouver dans beaucoup de régions, il fallait faire un don.
A
Aux enfants cette nuit-là. Voilà, et puis, dans la.
B
Magie de Noël, bien sûr, il y a tous ces desserts. Alors, Anton Serdeny, je ne.
H
Vais pas vous demander d'énumérer les treize desserts. Personne ne pourrait, parce que ça dépend des familles. Ah, ça dépend des familles ! Bon bah, écoutez, on va voir ce que disent.
C
Les archives. Le melon confit, les pommes, les figues sèches, les raisins, les amandes, les prunes, les noix, les poires.
H
Les pâtes de couenne, les oranges confites, le nougat blanc et le nougat noir. Vous avez bien compté, ça n'en fait que 12. Il manque la pompe. Aujourd'hui une brioche, hier.
B
Juste du pain. Alors l'origine de la pompe, C'est lors de la dernière fournée du 24 décembre. Le boulanger améliorait sa dernière fournée avec de l'huile d'olive, des grains d'anis macérés dans l'huile d'olive. Dans tous les cas, ça fait envie et il y a ces spécificités régionales de partout. C'est pour ça que les 13 desserts, on pourrait les décliner de plein de manières selon là où nous nous trouvons. Antone Cervesni, on parle souvent de la magie de Noël. Cette magie, vous l'étudiez ? dans sa brutalité ou son authenticité. C'est-à-dire que c'est de la magie. Je dis brutalité parce que si les rythmes ne sont pas bien respectés, ça peut mal se tourner. La récolte qui disparaît, vous avez dit, la mort du père de famille. Mais c'est un moment intense dans la société. Et ça, quel que soit l'endroit où nous nous trouvons, c'est sans doute ça aussi la force des variations, sans doute. Mais si l'on cherche un trait commun Ce ne sera pas le nom de la bûche, ce ne seront pas les pratiques, mais c'est l'idée que.
A
Durant cette période, avant le solstice d'hiver, donc au ressenti qui dure quelques jours, je vous ai bien écouté, et bien il se passe quelque chose. Et ça, c'est un point commun sur cette période-là. Oui, alors la question c'est qu'est-ce qu'on va retrouver ? si je comprends bien, derrière la multiplicité des pratiques, la multiplicité des noms, le fait que ça bouge, c'est pas quelque chose d'immobile, contrairement à ce que certains folkloristes ont voulu voir, et contrairement aussi, quelque part, à ce qu'on veut voir, nous, une idée qu'on est à faire à un Noël qui est intemporel, le fait que le sapin soit aussi récent et presque angoissant, parce qu'on aurait envie de faire une fête qui viendrait des origines de l'humanité. J'ai un exemple pour ça. Entre le Xe et le XIIe siècle, on a commencé à avoir la culture de verre à soie en Italie. C'est arrivé aussi en France. Et je sais que la bûche de Noël s'est alors tournée vers les verres à soie. Parce que dans les campagnes où c'était ça qui allait permettre la survie, et plus le fait de faire pousser du blé, il fallait absolument faire en sorte qu'il n'y ait pas de catastrophe autour d'eux. Donc, que ce soit dans les Cévennes ou dans la moitié nord de l'Italie, on allait réallumer la bûche, c'est pour ça que c'était aussi important de ne pas la consommer complètement, au moment de la naissance des oeufs, des vers, pour qu'ils n'aient pas de maladie, pour qu'ils produisent plus de soie. Et donc là, la chose qui compte.
B
C'Est est-ce qu'on a exactement le même rythme ou est-ce qu'on a la même structure ? Et on a la même structure, c'est de quoi dépend notre survie, Et on va rediriger la magie de Noël dessus. Et c'est merveilleux d'entendre tout cela parce que ça donne des éclaircissements à des choses qui nous paraissent être évidentes. Et vous le dites avec raison, cette volonté de placer dans l'intemporel des phénomènes qui sont historiquement datés. La bûche, elle, elle nous plonge dans un passé lointain, cette bûche, ce gros bout de bois que l'on brûle. la bûche gâteau est beaucoup plus récente et puis il faut mettre du bois dans cette histoire avec le sapin.
A
De Noël. Donc vous nous dites qu'il est récent, il est possible d'avoir, alors.
B
Pas de chronologie précise bien sûr, mais.
A
Un moment de notre histoire où apparaît l'utilisation de sapin dans cette période de Noël ? Alors si par notre histoire c'est l'histoire de France, oui on peut aller relativement précisément. Ah oui ? C'est quand alors en France ? Alors en France on a attesté la présence de sapin dans des fêtes privées, du côté aristocratique, à Paris, dans la deuxième moitié des années 1840. On l'a au même moment dans des concerts publics, toujours à Paris. et des fêtes associatives. Et on sait même qu'à cette époque-là, même s'il faut trouver des indices indirects, les documents sont très rares, les grands magasins de luxe préparaient déjà des sapins que les gens très fortunés pouvaient acheter directement avec toutes les décorations et les jouets qui étaient suspendus. Parce qu'au départ, les jouets étaient suspendus aux branches du sapin. Donc on a tendance à croire, je ne sais pas si cette histoire vous intéresse, que le sapin nous vient d'Azaz Lorraine. Après la défaite de 1871, on a fait revenir Tous les Alsaciens lorrains qui optaient pour ne pas être allemands mais qui voulaient rester français, une bonne part arrivent à Paris, sont relativement pauvres et démunis. Et on a effectivement fait une grande fête à partir de 1872, la première fois à l'Alcazar et puis ensuite ça a été au théâtre du Châtelet. Une grande fête où on faisait venir un énorme sapin des Vosges d'ailleurs. qu'on décorait admirablement, avec beaucoup de drapeaux français aussi, et que les grands magasins parisiens dotaient gracieusement de centaines et de centaines de jouets. Et tous les petits pauvres Alsaciens qui étaient là pouvaient aller décrocher leurs jouets, et ensuite le sapin était débité et était donné en souvenir. À l'époque, les journalistes, d'abord Alsaciens puis Parisiens, disent que c'est de là que le sapin s'est implanté à Paris. ce qui est complètement faux. On le sait puisqu'on a des publicités pour décoration de sapins à Paris dans les années... les publicités dans les années 1860 et la preuve.
B
Qu'On avait déjà des familles qui le faisaient dans les années 1840. Donc c'est là où encore.
C
Il y a le biais de l'identité, un mythe patriotique est plus fort que ce qu'on pouvait voir dans les années qui précédaient. Donc pour trouver les origines du sapin de Noël, je sens qu'il va falloir quitter la France. Avec les sapins familiaux, Noël va renouer avec une tradition qui nous vient d'Alsace, où, jadis, les boules représentaient les planètes, les bougies le feu du ciel. Elle signifiait que l'année serait heureuse. Bonheur, espoir, tels sont les symboles de la rose qui, dit-on, fleurit en décembre dans le sanctuaire de Sainte-Dile. Tels sont les symboles du chêne abattu dans le béry à minuit. L'énorme bûche, qu'on appelle la cause de Nao, devra brûler trois jours durant. Les cendres répandues sous les meubles produiront un effet bénéfique toute l'année. En Limousin, la nuit de Noël, on donne double ration aux animaux. Et cette nuit-là, paraît-il, on peut surprendre le bœuf et l'âme, évoquant entre eux le souvenir de la nuit de Bethléem. Aux abords des castels de Gascogne, le 24 décembre, les esprits du mal disparaissent. C'est le moment de forcer la fortune en partant à la recherche des trésors enfouis, tandis que, miracle, le coq chante au clair de lune. Les vieux grimoires parlent de cassettes pleines d'or et l'on creuse jusqu'à l'aube. Disons tout.
B
De suite qu'aujourd'hui, il n'est pas nécessaire de se donner tant de mal, puisque la Loterie Nationale participe à la grande ronde du bonheur qui tourne, depuis des siècles et dans chaque province, autour de la fête de la nativité. Ces actualités françaises sont magiques. Nous étions en 1964 avec ces évocations qui deviennent beaucoup plus claires après vous avoir entendu Anton Cernychnits et ici cette magie qui est là, qui est présente. La magie de Noël, ce n'est pas juste un argument commercial aujourd'hui, même si ça l'est, on le sait bien, mais c'est surtout une histoire très ancienne avec ce sapin qui donc ne date pas de la perte de l'Alsace-Lorraine par Alsace-Moselle en.
A
1870-71. par la France face à l'Allemagne. Très bien, il était présent avant, mais d'où vient-il ? Parce que ce sapin, il vient bien de quelque part. On va en trouver des origines du côté de l'Allemagne justement, enfin des germains. Alors de l'Allemagne et de l'Alsace. C'est là où on a les sources les plus anciennes. Mais ce sont des choses qu'on a tendance à ne pas mettre dans les documents justement. Donc c'est très difficile de savoir de quand date quelque chose parce qu'on n'a généralement pas de raison d'aller parler d'un rite qu'on va faire dans le foyer. Et d'un rite qui en plus n'est pas forcément condamné mais pas non plus approuvé. On sait que ça pouvait être de simples branches de sapins qui étaient mises là. Et ça renvoie à toutes les décorations qu'on a aussi d'ailleurs autour de la bûche de tout ce qui reste vert pendant l'hiver. Et là, c'est la caractéristique principale de ce Noël du sapin. On va mettre en avant tout ce qui continue à être vivant quand le reste de la nature a l'air d'être mort. Mais je ne peux pas m'empêcher de revenir une seconde sur l'extrait qu'on a eu. Parce que les animaux qui parlent à minuit sont une des manifestations de cette puissance magique qui se déverse. Ils parlent à minuit, ou ils s'agenouillent aussi parfois. Ils ne vont pas tellement parler de la nativité. Le bœuf et l'âne ne sont pas les seuls animaux à parler. C'est tous les animaux qu'on va avoir, les animaux domestiques qu'on va avoir. Et les légendes disent plutôt qu'il ne faut surtout pas aller les écouter, parce que ce dont ils vont parler, c'est interdit, c'est tabou, et ceux qui vont aller écouter vont entendre de très mauvaises nouvelles. L'histoire générale, la légende générale qu'on a au XIXe siècle et qui est déclinée dans maintes et maintes régions, c'est le maître de maison, après avoir un peu trop bu, rompt cet interdit et va écouter ce que disent les bêtes dans les tables, Et généralement, elles disent, que ce soit le cheval ou le bœuf, quel malheur que dans deux jours, nous allons amener notre maître au cimetière. Et là, les versions divergent un peu. Il prend une fourche parce qu'il est très énervé pour aller tuer les animaux qui prédient sa mort. Et comme il a trop bu, il trébuche et s'empale sur sa fourche et donc effectivement ils avaient raison ou alors simplement il est pris de peur, il a une attaque et il meurt effectivement et.
B
Donc la prédiction se vérifie. Je voulais juste... Nous faire peur ! Revenir sur ça, je ne pouvais pas laisser dire qu'il s'agissait d'évoquer Bethléem. La légende est.
A
Trop jolie. Donc, on revient au sapin. Et votre question était, parce que les animaux l'ont perdu... Est-ce qu'il est allemand ce sapin ? Enfin, alsacien ? Il est ancien en tout cas, il date du XIXe siècle ou on peut remonter encore ? Non, on peut remonter au XVIe, on a des confréries qui commencent à mettre dans leur compte le fait qu'ils dépensent de l'argent pour acheter le sapin et le décorer. Et c'est logique qu'on arrive là. On ne peut pas dire, par exemple, que le sapin soit né dans les confréries. Ce qui est logique, c'est que des gens qui se réunissent dans un cadre relativement réglé, et qui a accès à l'écrit, et qui a des recettes où ils doivent noter toutes les dépenses, c'est normal que quelque chose comme ça arrive là. A mon avis, il n'est pas né.
B
Là. C'est probablement beaucoup plus ancien. Mais clairement lié au monde germanique. Par contre, il ne nous vient pas d'Allemagne.
A
Le sapin de Noël tel qu'on l'a en France est probablement passé via le monde germanique par l'Angleterre. La reine Victoria vient d'un milieu germanique. Ah ben ce sont des Allemands. Ils essaient de le dissimuler, mais ce sont des Allemands, la famille royale d'Angleterre. Elle fêtait Noël avec un sapin de Noël. Et elle avait un rapport assez particulier avec la presse, donc elle invitait, c'était des fêtes semi-privées, semi-publiques. Et elle s'est.
B
Fait représenter, que ce soit en peinture ou en photo, avec ce sapin accompagné des cadeaux. Et c'est au moment où ça se diffuse dans la presse européenne qu'on commence à avoir des traces de pratiques aristocratiques parisiennes qui imitent ce que fait la Reine. Je vois bien ici, comme vous le racontez, qu'il y a des histoires parallèles mais qui s'entrecroisent. Il y a l'histoire du sapin de Noël qui n'est pas l'histoire de la bûche de Noël que l'on brûle dans la cheminée. Et puis il y a cette intensité de magie mais pas au sens de cette magie lumineuse, colorée et joyeuse. C'est une magie qui peut être brutale, dure, avec de la mort, avec des pogroms aussi, les attaques contre des juifs, période de Noël. Alors, il y a des évocations comme ça au fil des siècles, au XIVe siècle, le jour de Noël. En fait, l'idée d'exclure des gens de la société ou à l'inverse, qu'une société se.
A
Retrouve à Noël, c'est l'idée du foyer et de l'église, c'est la communauté se retrouver, peut-être exclure des gens, chasser le mal et dans une perception antisémite, le mal c'est le juif, on peut avoir toutes ces lectures-là, c'est un moment intense pour la société. Un moment très ambivalent. Alors pour donner... C'est beaucoup moins important et ça redresse pas du tout le tableau. J'ai aussi quelques témoignages d'enfants juifs en Alsace qui étaient invités pour voir le sapin de Noël et qui recevait des cadeaux. Il y a quelques petits épisodes, mais qu'on ne pense pas du tout, qui sont un peu plus joyeux de ce point de vue-là. Je pense qu'on a effectivement un moment de reformation de la communauté, et plutôt de reformation de morceaux de communauté, parce qu'on a aussi.
B
Toutes les unités agricoles, donc pas seulement les familles, même si parfois ça correspond parfaitement, mais aussi les familles et les servants, qui vont se retrouver autour de la bûche, pour défendre leurs propres récoltes. Et l'idée c'était de recueillir plus que le voisin aussi. Oui c'est ça, parce qu'il y a le moment de Noël qui est un point dans l'année qui s'étend sur la longue période et on l'entend bien avec cette bûche qui n'est pas entièrement brûlée et dont il reste un morceau que l'on garde. Il y a vraiment cette idée presque...
A
Millénaire de rites, de fécondité, de bonnes récoltes. Il y a quelque chose d'extrêmement rassurant au cœur de l'hiver. C'est aussi cela, ce moment qu'on ressent aujourd'hui. L'année n'est pas finie, ça continue et l'été est encore loin, mais c'est rassurant ce moment de Noël. Oui, et je pense qu'autour de la bûche, il y avait une forme, si on peut aller sur l'interprétation psychologique, de tentative d'exorciser l'angoisse de la disette. Ce qui, je pense, correspond aussi à la crise de la bûche avec la révolution.
B
Agricole du 19ème siècle. Elle a moins lieu d'être, même si on la trouve encore dans les animés 1970. En France.
I
Elle était profondément liée à la peur de mourir de faim. Quelque chose qui, heureusement, n'est plus là pour nous en France, très peu. Avec un personnage dans cette histoire que nous avons déjà évoqué et sur lequel nous devons nous attarder, le Père Noël. Le Père Noël a été pendu hier après-midi aux grilles de la cathédrale de Dijon et brûlé publiquement sur le parvis. Cette exécution spectaculaire s'est déroulée en présence de plusieurs centaines d'enfants des patronages. Elle avait été décidée avec l'accord du clergé qui avait condamné le Père Noël comme usurpateur et hérétique. Il avait été accusé de paganiser la fête de Noël et de s'y être installé comme un coucou en prenant une place de plus en plus grande. Dimanche, à 3 heures de l'après-midi, le malheureux bonhomme à barbe blanche a payé, comme beaucoup d'innocents, une faute dont s'étaient rendus.
B
Coupables ceux qui applaudiront à son exécution. Le feu a embrasé sa barbe et il s'est évanoui dans la fumée. Dijon attend la résurrection du Père Noël, assassiné hier sur le parvis de la cathédrale. Il ressuscitera ce soir à 18h à l'hôtel de ville. Cette évocation du Père Noël supplicié nous conduit en 1951 avec un moment très particulier étudié, notamment par Claude Lévi-Strauss. Claude.
A
Lévi-Strauss, grande figure de l'anthropologie qu'on retrouve, Antoine Servesni dans votre ouvrage, bien sûr, la bûche et le gras parce que ce n'était pas possible de ne pas le faire intervenir. Avant de s'arrêter sur ce moment en 1951, le Père Noël lui apparaît quand dans notre histoire ? C'est extrêmement compliqué de répondre à cette question parce que là on n'est même plus dans les rites, on est plus dans ce qu'on disait aux enfants. Et donc même ne serait-ce que caractériser ce quel père Noël, le bonhomme Noël, Noël tout court qui peut être un personnage ou simplement une allégorie, nous envoie dans des tréfonds qui sont encore pour moi relativement indémêlables.
B
Mais ce.
A
Que je peux vous dire, c'est qu'au 19ème siècle, on le rencontre de plus en plus. Il côtoie le petit Jésus. Il est polymorphe. J'ai trouvé des Pères Noël qui étaient décrits comme des nains. En plus, plus pratique pour passer par la cheminée. C'est vrai. Avec des costumes qui changent beaucoup. Des noms qui changent beaucoup. L'ami Noël, le Père Noël, le bonhomme Noël. Donc lui donner une date de naissance, c'est impossible. Par contre, ce qui est clair, c'est qu'il correspond à quelque chose de relativement ancien. Et si je vais dans le sens d'autres.
B
Personnages, comme Saint-Nicolas, ou même des personnages de Carnaval, lui correspondre, c'est... Alors là.
A
Pour le coup, c'est Karin Ulschi qui pourrait questionner sur la question, qui a essayé de faire une généalogie du Père Noël, avec des éléments extrêmement convaincants. on pourrait aller extrêmement loin. Mais en 1951, alors l'idée de brûler le Père Noël, qu'est-ce que ce rite à Dijon ? C'est le côté extrêmement élégant de l'article de Lévi-Strauss. On ne peut pas faire plus païen que faire un sacrifice à ce moment-là et de tuer le roi de Noël comme on tuait les rois dans les paganismes comme Frazer l'a étudié dans son Rameau d'Or. C'est la conclusion de Lévi-Strauss. Ça ne pouvait.
B
Que se retourner contre eux, c'est quelque chose qu'on... et sont devenus ce qu'ils voulaient éviter. Il y a aussi derrière un côté de réaction du catholicisme traditionnel qui ne voulait pas voir se commercialiser la fête. Ça c'est quelque chose contre lequel on ne peut rien. Oui parce que c'est ce à quoi on assiste, qu'on le veuille ou non, durant le XXe siècle, nous voyons bien que les choses deviennent un peu uniformes avec le Père Noël qui prend une figure un peu plus commune à tout le monde, avec le gâteau qui s'impose qui est désormais la bûche, la bûche de Noël qui évoque l'ancienne bûche. Mais nous l'avons entendu aujourd'hui à travers toutes ces archives, il y a quand même l'idée que cette bûche sous forme de bois que l'on brûle dans la cheminée demeure, demeure très longtemps. C'est d'ailleurs paradoxal de voir à quel point L'origine de notre bûche gâteau, qui était une bûche en bois, est.
A
Oubliée, sachant que, par des effets de génération, ce n'est pas si vieux dans les années 1960, 1970, et peut-être aujourd'hui encore. Brûler une grosse bûche à Noël, c'est quelque chose de particulier. La magie est peut-être moins perçue, mais je suis sûr qu'elle est toujours là. Alors, le rite existe encore. En France, je ne suis pas au courant, je ne crois pas. Mais dans le sud de l'Italie, je sais que la bûche est toujours brûlée. En Serbie, elle l'est encore. Je pense que dans d'autres pays, on a le rite qui est toujours vivant. On a une grande distorsion, effectivement, entre le fait que cette bûche soit là et.
B
Qu'On ignore d'où elle vient. Mais elle a aussi complètement changé de sens. Et pour moi, elle prend sens par rapport au sapin. C'est quelque chose.
A
Qui va être relié, qui va prendre sens dans le nouveau complexe de Noël du 19e siècle avec le sapin. Mais... J'aime bien cette idée de complexe de Noël. C'est-à-dire qu'il nous faut une bûche, il nous faut un sapin et dans l'idéal, un feu de cheminée. Dans l'idéal, un feu.
B
De cheminée. Est-ce qu'on continue à le trouver magique ? Le feu lui-même, je ne suis pas sûr. Par contre, qu'on ait encore les éléments de la magie, ça c'est assez certain. Et qu'on les ait transférés en partie dans les yeux des enfants, ça c'est une certitude. Avec pour cette bûche, alors je parle là de la bûche souche, comme vous l'utilisez dans votre ouvrage, l'idée que c'est ce morceau de bois que l'on brûle. Les étincelles, tapez dessus. On l'a tous fait sur un morceau.
A
De bois qui se consume, on tape dessus, ça fait des gerbes d'étincelles, c'est absolument merveilleux. Mais ce sont nos guirlandes lumineuses aujourd'hui dans le sapin. Enfin, il y a tant de liens à tisser entre cette bûche ancienne chargée de magie et la magie de Noël d'aujourd'hui. Le rite des étincelles était assez important pour moi. Il s'agit de frapper pendant la nuit de Noël la bûche et d'accompagner la projection d'étincelles de paroles magiques. Autant d'étincelles, autant de petits poulets qui vont naître. Autant d'étincelles, autant de gerbes de blé que l'on va récolter. et parfois même, c'est ça qui en fait un des objets magiques les plus puissants, autant d'étincelles, autant d'âmes du purgatoire qui sont en train de passer au paradis. On est vraiment dans cette idée d'ouverture des mondes et les étincelles représentent un des changements d'état les plus puissants qu'on peut avoir, les plus forts qu'on peut mettre en oeuvre pendant la nuit. On fait passer la bûche d'un état à un autre, du pur feu qui disparaît immédiatement et ça c'est extrêmement magique. La chose qui est Pour moi, très importante autour des dessincelles, c'est qu'on va retrouver ce rite à l'identique du Caucase à la Catalogne en passant par l'Italie et.
B
La France. Et ça ne correspond à aucune norme, aucun pouvoir religieux ou politique qui expliquerait qu'on ait cette continuité-là. Et pour moi, c'est une des choses fascinantes dans les rites non liturgiques et qui remettent en cause beaucoup d'idées d'air culturel et plus encore d'identité civile. pseudo-civilisationnelle. Je veux dire la magie elle est authentique c'est celle du savoir et c'est par la recherche que nous comprenons des choses qui forment notre environnement, notre imaginaire aujourd'hui encore comme des évidences alors que la profondeur historique leur donne une dimension mais Moi, je ne vais plus jamais manger une bûche glacée de la même manière. Grâce à vous, Anton Cernetsny. La bûche et le gras, une anthropologie historique de la magie de Noël.
A
C'est.
B
Publié.
E
Chez Chamballon dans la collection D'autre Part. Merci. Vivons avec vous dans le.
B
Cours de l'histoire. Vous savez, toute la série du cours de l'histoire, Miam, l'histoire en cuisine, c'est à retrouver sur franceculture.fr et l'application.
D
Radio France avec évidemment cette émission sur.
B
La bûche, Miam. A l'an prochain, si nous ne sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins. Si nous ne.
D
Sommes pas plus, que nous ne soyons pas moins. Et surtout que vous soyez toujours là avec nous, Valérie Hanin. Bonjour Valérie ! Avec plaisir, cher Xavier Mauduit. Bah oui, directrice de rédaction du magazine L'Histoire, notre partenaire, l'histoire qui nous conduit en Chine avec le premier empire chinois. Pourquoi ce choix ? Pourquoi ce choix ? Parce qu'on s'est interrogé sur les Han. Pourquoi le nom a fini par désigner les Chinois eux-mêmes ? C'est 92% de la population chinoise. et les autres, les 55 autres nationalités, les Ouïghours, les Tibétains, finalement se partagent les 8% restants. D'où ça vient ? Les Han, c'est d'abord, il y a à peu près 2000 ans, une dynastie. Ça n'est pas tout à fait la première. Avant les Han, il y a eu un premier empereur en 221 avant notre ère, un empereur que l'on connaît parce qu'il a unifié la largeur des routes, ses caractères d'écriture, mais surtout, il s'est fait enterrer dans sa capitale, près de sa capitale d'Aixiane, avec son armée de tercuites de 8000 soldats qui le gardaient. Mais enfin, ce premier empereur, pour décisif qu'il fut, a été une affaire éphémère. Parce qu'en 202, donc il y a 2200 ans, Liu Bang, un aventurier, a surgi d'un peu nulle part, roi des Han, a participé à un complot contre l'empereur, a éliminé ses adversaires, et puis a fini par fonder dans sa nouvelle capitale, Chang'an, une dynastie qui va être la plus longue de l'histoire de la Chine. 400 ans, 200 avant notre ère, 200 après. 400 ans, ça n'est pas la première, donc on l'a dit, mais c'est elle qui va donner à la Chine et à l'empire chinois des bases très solides. C'est ce qu'on raconte dans ce dossier, les institutions d'abord, on achève d'unifier les routes, les provinces, l'impôt rentre bien, la Chine est assez prospère, il faut dire qu'on bénéficie du petit optimum climatique qui fait que lors du premier recensement, l'an 2, eh bien on compte 60 millions de Chinois à peu près, c'est-à-dire à peu près autant, c'est intéressant je crois, que la population de l'Empire romain à l'autre bout du monde connu à l'époque. Et puis le gouvernement central, des ministres dédiés. Et puis une bureaucratie de 30 000 lettrés fonctionnaires qui servent l'empereur il y a 2000 ans. Han Sheng nous raconte, dans ce dossier aussi, que c'est à cette époque que triomphe le confucianisme. Pas Confucius, qui a vécu 500 ans avant, à l'époque de Socrate et du Bouddha. Mais le confucianisme, fondé sur un corpus de lettres, de textes classiques, qui va devenir une véritable idéologie d'État, et ça, ça dure jusqu'en 1912, jusqu'à la révolution chinoise. C'est aussi sous les Hannes, excusez du peu, que les Chinois sortent leur berceau d'origine, c'est-à-dire en gros le bassin du fleuve jaune, pour une première expansion impériale. Alors au nord, ils se heurtent aux Xiongnu, les peuples de la steppe très puissants. Ils vont finir par établir une espèce de condominium avec eux, qui va d'ailleurs leur laisser ouvert la route de la soie, la route de l'Asie centrale. Et puis au sud, les peuples du fleuve bleu qui vont entrer dans le giron impérial. C'est-à-dire qu'on a là à peu près la première carte de la Chine, et que les.
B
Han, pour répondre à votre question cher Xavier, c'est quand même une sorte de cristallisation de l'identité chinoise, et puis ils ont leur place dans le grand récit chinois, comme expansion impériale, pour ne pas dire impérialiste, qui est une étape glorieuse dans l'histoire de cette Chine qui nous fait si peur aujourd'hui. Et dans l'histoire mondiale aussi Valérie, parce que qu'est-ce que ça fait du bien d'y voir claire sur des choses. Non mais c'est vrai on dit Léane, on connaît le premier empire chinois, c'est quand même un quart de la population du monde aujourd'hui, c'est bien de connaître cette histoire-là et c'est clair. Merci vivement à vous Valérie Hanin.
Podcast: Le Cours de l'histoire (France Culture)
Episode Title: Miam ! L’histoire en cuisine : La bûche de Noël, du rondin magique au dessert crémeux
Date: December 18, 2025
Host: Xavier Mauduit
Guest: Anton Serdetchny, docteur en histoire, auteur de La bûche et le gras. Une anthropologie historique de la magie de Noël (Chamballon)
This episode explores the fascinating evolution of the Yule log (bûche de Noël), tracing its journey from a magic-laden log burned in the hearth during Christmas festivities to the confectionary centerpiece of today’s celebrations. Mauduit and Serdetchny dive deep into the anthropological, ritual, and magical aspects of the tradition, revealing both continuity and transformation across centuries and geographies.
Historical Ubiquity & Magic
Magical Properties of the Log
Collecting and Keeping the Magic
Christmas as a Magical “Between Worlds” Time
Capturing and Using Magic
Traditions Vary Widely
Biases & Nostalgia in Historical Sources
The figure of Père Noël developed in parallel with these traditions—variable in name, size, costume, and only becoming uniform in the 20th century, sometimes facing fierce resistance as a “paganizer” of Christmas (46:13, archival burning of Père Noël, Dijon, 1951).
Quote (on Père Noël’s birth):
“Lui donner une date de naissance, c’est impossible. Par contre, ce qui est clair, c’est qu’il correspond à quelque chose de relativement ancien.” (47:30, Serdetchny)
Commercialization and Resurgence
On the magical power of the bûche (01:52, Serdetchny):
"On a jusqu’au début du XXème siècle et au moins depuis le milieu du Moyen-Âge un objet magique extrêmement puissant..."
On capturing magic through transformation (14:31, Serdetchny):
“La capacité d’un matériau à passer d’un état à un autre au bon moment pour pouvoir capter une puissance magique, c’est ça l’essentiel.”
On nostalgia and folklore (06:10, Serdetchny):
"On commence à avoir ce regard nostalgique et romantique sur rien ne bouge dans les campagnes et la bûche est éternelle là, ou… la bûche est en train de disparaître."
On the continued magic, modern or not (50:54, Mauduit/Serdetchny):
“Est-ce qu’on continue à le trouver magique ? Le feu lui-même, je ne suis pas sûr. Par contre, qu’on ait encore les éléments de la magie, ça c’est assez certain. Et qu’on les ait transférés en partie dans les yeux des enfants, ça c’est une certitude.”
On transmutation of tradition (52:37, Serdetchny):
"C’est une des choses fascinantes dans les rites non liturgiques, qui remettent en cause beaucoup d’idées d’air culturel et plus encore d’identité civile, pseudo-civilisationnelle."
On holiday wishes—from an old ritual (23:31, traditional blessing):
“À l’an prochain, s’ils ne sont pas plus, que nous ne soyons pas moins.”
This episode paints a vivid, complex history of the bûche de Noël—as agricultural talisman, object of community ritual, bearer of gifts, and finally as festive dessert—showing how deep-rooted needs for protection, prosperity, and meaning were carried forward, camouflaged and reinterpreted in successive forms. The discussion illuminates the interplay between magic, religion, community, and evolving traditions, inviting listeners to see the familiar Christmas log (the dessert and more) with new eyes.
Final Blessing:
"À l’an prochain, s’ils ne sont pas plus, que nous ne soyons pas moins." (23:31)