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Contrairement à ce que l'on entend parfois, la colonisation a coûté très peu d'argent à la France et ce n'est pas la colonisation qui a construit des routes, des écoles et des hôpitaux dans les territoires colonisés. Ce sont les impôts et le travail des populations colonisées elles-mêmes qui ont financé ces infrastructures. Au Niger, en 60 ans de colonisation par la France, à peine 60 km de routes goudronnées ont été construites pour un territoire qui fait deux fois la France. Si si peu d'infrastructures ont été mises en œuvre dans cette colonie, c'est que la colonisation française y réalisait peu de recettes. Or, à partir de 1901, une loi française fixe la règle d'autosuffisance des colonies et impose qu'elles ne reçoivent aucun transfert budgétaire de la métropole. Pour les dépenses civiles, chaque colonie fonctionne sur budget propre, c'est-à-dire sur ce qu'elle produit comme revenus. Les investissements sont donc réalisés avec les impôts qui y sont perçus. Pendant 20 ans, des économistes français comme Denis Cognon et Elise Huillerie ont cherché à comprendre à qui la colonisation avait coûté quelque chose. Pour ça, ils ont réalisé le calcul coût-bénéfice de la colonisation à partir d'une étude quantitative des données directes issues des budgets de l'État français et des colonies. Grâce à l'analyse de milliers de documents d'archives, ils ont démontré que sur l'ensemble de la période coloniale entre 1833 et 1962, la France avait dépensé à peine 1% du produit intérieur brut métropolitain annuel dans ses colonies du Maghreb, d'Asie et d'Afrique. Mais ce qu'ils ont surtout démontré, c'est que globalement, l'argent venu de métropole, dans son immense majorité, environ 80%, a servi pour des dépenses militaires. Là où la France a le plus dépensé dans ses colonies, c'est dans la répression, le maintien de l'ordre et les guerres de décolonisation. Mais alors, qui a payé pour les dépenses civiles? Avec quel argent des routes, des écoles et des hôpitaux ont-ils été construits? Ce sont les impôts et les taxes perçus sur les populations colonisées qui ont servi à payer les coûts de fonctionnement très élevés des administrations coloniales, notamment les salaires des administrateurs, tout comme les coûts d'infrastructures. Lorsqu'un hôpital ou une route étaient édifiées, les fonds ne venaient pas de Paris, mais étaient pris sur les recettes générées dans le territoire par les taxes et le travail de ceux et celles qui y résidaient, un travail le plus souvent peu rémunéré, voire contraint. C'est dans les colonies de peuplement qu'ont été construites la plupart des infrastructures. En Algérie, par exemple, c'est dans les villes côtières où résidaient les colons européens qu'ont été bâties la plupart des hôpitaux, des routes et des écoles. Les États coloniaux ont façonné des systèmes où la plupart des coûts de la colonisation ont été reportés sur les colonisés, tout en construisant au sein de ces territoires des structures économiques au profit du centre métropolitain. Certes, des routes ont parfois été construites, mais toujours vers le reste de l'Empire, et surtout vers les ports et les lieux permettant d'exporter les marchandises intéressantes à la métropole. Donc, quand vous entendez que la colonisation a coûté à la France, dites-vous bien que c'est avant tout aux populations colonisées que cela a coûté.
