
Paix, une histoire pas si paisible : Paix de Dieu, maintenir l'ordre en odeur de sainteté
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Xavier Mauduit
France Culture.
Dominique Barthélemy
Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Telles sont les paroles de Jésus rapportées par Jean dans son évangile. Mais puisque l'humanité se construit sur la violence et sur la force, comment l'Église peut-elle imposer cette paix ? Paix diocésaine, trêve de Dieu, paix de Dieu, maintenir l'ordre en ordre de.
Narrator/Actor (Jean Topard or similar)
Sainteté.
Xavier Mauduit
Tu n'es pas chrétien ? Tu n'as pas vu les croix ? C'est l'évêque qui les a.
Georges Duby
Plantées. Notre évêque. Ce sont les croix de la.
Xavier Mauduit
Paix de Dieu. Entre ces croix, chacun le protégeait de Dieu. Chacun un refuge. Tu.
Dominique Barthélemy
Te battrais, toi. Le cours de l'histoire. Les petits chanteurs de Strasbourg qui croisaient le téléfilm l'an 1000 de Jean-Dominique de La Rochefoucauld pour ouvrir cette émission consacrée à la paix de Dieu. Avec vous.
Xavier Mauduit
Dominique Martelmy, bonjour. Bonjour Xavier Mauduit, merci.
Dominique Barthélemy
De votre invitation. Merci d'être venu, historien médiéviste, membre de l'Institut, c'est l'Académie des inscriptions et belles lettres et avec vos travaux, vos recherches, votre réflexion sur cette période très particulière qu'est l'an 1000, les miracles de l'an 1000, je donne les titres de vos ouvrages mais ici tant de fantasmes autour de l'an 1000. Beaucoup trop.
Xavier Mauduit
De fantasmes, même. Absolument. Et il est vrai que c'est une période qui, pour la France, pour un historien de la France, représente un petit peu l'année zéro. Le moment à partir duquel, petit à petit, la dynastie capétienne a construit l'État, le pays. Et donc, on aime à se représenter l'an 1000 comme une espèce de chaos primitif, de barbarie. C'est ce qu'on appelle aujourd'hui un grand récit d'histoire de France et on le rencontre, disons, assez régulièrement depuis le XVIIe siècle dans les histoires de France. En plus, dans ces temps mignons, évidemment, il y a forcément une connotation religieuse importante et donc le mélange des deux donne une période captivante, un petit peu piégeante par instant. et qui peut mettre en difficulté l'esprit critique ou le désir de bien comprendre, mais enfin on essaye.
Dominique Barthélemy
D'Avancer quand même. Oui, parce que dans notre lecture du temps, il y a ces moments qui sont présentés comme des ruptures. Or, pour des habitants d'Europe de l'Ouest en l'an 1000, enfin ce qui est pour nous l'an 1000, il ne se passe pas grand chose. La période précédente, la période postérieure, ne sont pas si différentes que cela. C'est plus un processus, une évolution. Mais est-ce que cette période correspond justement à un changement, un changement dans la société et un changement peut-être dans la manière de percevoir le.
Xavier Mauduit
Monde ? Alors vous avez raison de dire l'an 1000 pour nous, parce que ça n'est pas forcément l'an 1000 pour les contemporains. Beaucoup ne savent pas très bien en quelle année de l'incarnation ils sont, cependant certains d'entre eux le savent. Les clercs, les moines sont quand même au courant, encore que leur connaissance des années et des chronologies soit parfois un petit peu hésitante. On est à ce moment-là dans une période, si vous voulez, que j'aime appeler post-carolingienne, que traditionnellement dans les histoires de France, on appelle féodale. Et la scansion la plus naturelle de l'histoire de France et même des pays d'Europe voisins, Allemagne, Italie notamment, c'est de marquer comme moment de rupture notable la fin du IXe siècle avec le déclin du pouvoir royal carolingien un peu centralisé, d'une part, et d'autre part, le début du XIIe siècle avec des phénomènes de croissance, de développement, de réforme de l'Église aussi. Entre les deux, il y a évidemment des choses qui bougent en l'an 1000, mais peut-être que c'est avant tout une période où soudain nous avons une documentation plus dense, plus importante. Mais les conciles de paix, dont nous allons parler, représentent quand même une véritable innovation. Aux abords de l'an 1000, en 1989, puis ensuite plus tôt en 1041 pour la trêve de Dieu, mais innovation dans le cadre d'une situation, d'un contexte social et religieux qui était, à mon avis, tout à fait celui du Xe siècle, qui est le contexte typiquement post-carolingien, après Charlemagne.
Dominique Barthélemy
Après les raids normands. Oui, puis il y a ce changement de dynastie, c'est majeur, les Carolingiens, donc issus de Charlemagne, en 987, il y a cette bascule. Est-ce que c'est un changement profond ? Ou alors est-ce que ces nouvelles dynasties veulent s'inscrire dans ce qui se passait avec les Carolingiens ? Est-ce que les Capétiens s'inscrivent dans.
Xavier Mauduit
Cette continuité ? Oui, parce qu'en réalité, ce n'est qu'à moitié un changement dynastique. Il y avait déjà eu des rois dans la famille du Capet, qui devient roi en 987 et qui parvient à associer son fils Robert le Pieux. Et donc son grand-père et son grand-oncle avaient déjà été rois. On était dans une période déjà de compétition. Et puis, d'autre part, ce n'est pas si important que ça non plus dans la mesure où, malgré tout, pendant le Xe et au XIe siècle, l'ère d'influence de la royauté française est relativement restreinte. On date les actes dans tout le royaume capétien du règne des rois, mais dans la majorité des régions, on n'a pas ou peu de contact avec eux. Même s'il ne faut pas trop les sous-estimer quand même, comme le fait parfois une certaine histoire de France. Donc, ce n'est pas un changement majeur, l'avènement du capital, ce n'est pas.
Dominique Barthélemy
Forcément tout à fait rien non plus. L'an 1000, c'est la même chose, ce n'est pas un changement majeur, mais ce n'est pas tout à fait rien non plus. Et d'ailleurs, vous l'avez dit, Dominique Barthélemy, il y a l'importance des sources, mais bon, c'est l'historien que vous êtes, vous ne pouvez pas faire autrement. Les sources, les sources, toujours les sources. Et parmi les sources, il y en a une importante pour la lecture que nous avons eue pendant longtemps de.
Jean Topard (actor reading chronicle)
L'An 1000, c'est celle de Raoul Glabert. À l'époque suivante, la famine commença à étendre ses ravages sur toute la Terre et l'on put craindre la disparition du genre humain presque entier. Les conditions atmosphériques se firent si défavorables qu'on ne trouvait de temps propice pour aucune sommeille et que, surtout à cause des inondations, il n'y eut pas moyen de faire les récoltes. On eût dit vraiment que les éléments hostiles se livraient bâtards. Et il n'est pas douteux qu'ils exerçaient la vengeance sur l'insubordination des hommes. Cette stérilité vengeresse avait pris naissance dans les contrées de l'Orient. Elle dévasta la Grèce. Elle arriva en Italie et de là, communiquait à la Gaule. Elle traversa ce pays et atteignit les tribus des Anglais. Comme le manque de vivres frappait la population tout entière, les grands et ceux de la classe moyenne devenaient haves avec les pauvres. Les pillages des.
Dominique Barthélemy
Puissants durent s'arrêter devant le dénuement universel. C'est le formidable acteur Jean Topard qui, en 1978, élisait cet extrait des chroniques de Raoul Glaberg. Raoul Glaberg, là, nous sommes avec un moine, nous sommes du côté de la Bourgogne. Il a connu l'an 1000, il était gamin, il avait une quinzaine d'années. Et ce qu'il raconte dans ces chroniques a profondément marqué. C'est l'effet.
Xavier Mauduit
De source que vous connaissez si bien. Il connaît deux anmiles. Il est sensible à la fois à l'anmile de l'incarnation, c'est-à-dire mille pour nous, et à l'anmile de la passion, 1033. Et je crois qu'il ordonne son livre autour de l'un et de l'autre, parce qu'il est très sensible à l'histoire chrétienne, parce qu'il est d'une sensibilité religieuse, on peut dire, un peu en avance sur son temps aussi, très centré sur le Christ, plus en tout cas que la majorité des autres auteurs. Et donc il vit cette période 1000-1033 comme une espèce de commémoration du Christ, comme nous avons vécu la commémoration de la Révolution française entre 1989 et 1994. C'est un peu comme ça qu'il voit les choses. Alors, comme tous ces contemporains, comme tout ce monde post-carolingien, il est confronté, évidemment, les monastères sont confrontés, à des périodes de disette et même de famine, des problèmes d'alimentation. Lorsqu'il y a une mauvaise année, l'économie agricole est capable de tenir. Mais là où c'est très grave, c'est quand il y en a d'autres suites. Et donc, c'est ce qui se passe juste avant 1033. C'est pour la famine de 1031-1032 qu'il parle. Néanmoins, il faut peut-être relativiser aussi certains éléments. Il n'est pas exact que les famines aient dépeuplé le monde occidental. Il n'est pas exact que les hommes de l'an 1000 aient vécu dans une économie agricole stagnante. En réalité, les recherches des historiens récents à partir de textes, à partir aussi de divers procédés archéologiques ou scientifiques, ont acquis la conviction qu'une lente croissance de l'agriculture, et aussi à partir d'elle des villes et des échanges, emplissait finalement toute la période 10e-11e, elle s'accélérait peut-être vers 1100. Je voudrais citer, si vous permettez, à ce sujet, le livre d'un maître que j'ai beaucoup aimé et admiré, qui nous a quittés récemment, c'est Pierre Toubert, qui était plutôt spécialiste de l'Italie, mais dont les travaux concerne l'Europe entière, et donc on peut lire le recueil de ces articles sur l'Europe de la première croissance, et c'est vraiment une mise au point magistrale. Et puis vous me permettrez de citer aussi un grand historien belge, alors de ma génération, Jean-Pierre Devroy, qui a écrit de beaux livres, récemment encore, sur les imaginaires paysans, et également sur les techniques agricoles et qui étudient les réactions aux famines, les discours qui peuvent être tenus. Il y a un discours clérical, un discours monastique dont Aoud Laberre est un bon exemple puisque À l'image de ce que dit la Bible au livre de Théronome, ils considèrent les fléaux comme des châtiments de Dieu. Et si Dieu punit les hommes en leur donnant des coups paternels, des coups paternels qu'on peut trouver un peu durs, le discours clérical et monastique prend comme tel, eh bien, si on surmonte les péchés, à ce moment-là, les récoltes seront à nouveau bonnes. Donc, à chaque époque, c'était le cas au temps de Charlemagne, on devra la montrer encore dans un autre livre, « La nature et le roi ». Donc, au temps de Charlemagne, c'était en période de famine, en période de mauvaise récolte, qu'on pouvait lancer des réformes et dire voilà ce qui ne va pas. Donc au temps de Charlemagne, c'était la Fed et la Vendetta et en l'an 1000, justement, les conciles de paix, les codes de paix dont nous avons parlé, sont promulguées en s'appuyant sur l'idée que c'est une réforme nécessaire dans le peuple chrétien, que de limiter les violences d'une certaine façon, je crois qu'on va y venir, pour que la grâce et la miséricorde de.
Dominique Barthélemy
Dieu, pour que la bienveillance de Dieu soient rétablies. Les famines sont à nuancer et j'entends bien ici ce regard porté par des travaux récents qui montrent que la période de l'an 1000 n'est.
Xavier Mauduit
Pas cette période de 17 absolus de famine terrifiante. Oui, bon, c'est pas non plus un long fleuve tranquille. Il y a aussi des violences qu'on sera amené à nuancer un peu peut-être. Mais enfin, il faut rester, essayer d'avoir un peu de tact et dire aussi qu'on ne mesure pas exactement parce que nous sommes loin, nous n'avons pas toutes les sources. Mais il faut rester un peu.
Dominique Barthélemy
Nuancé, mais sans doute pas trop pessimiste quand même. Mais qu'en est-il justement de la violence sur cette période-là ? Est-ce que les pillages qui sont évoqués par Raoul Glaber sont une réalité, une violence de seigneurs qui s'opposent à d'autres seigneurs.
Xavier Mauduit
? Est-ce que ça, c'est le quotidien des gens, tout simplement ? Alors je ne sais pas si c'est quotidien mais en effet c'est une violence caractéristique et c'est une violence qui n'est pas sanctionnée ou qui est en tout cas imparfaitement sanctionnée. Alors dans la représentation moderne que nous avons, que nous avons eu longtemps, Il faut essayer de ne plus l'avoir. Mais les sociétés dans lesquelles il y a des vengeances sous des formes diverses, vendettas pour des crimes de sang, échanges de meurtres ou de blessures, ou bien même des guerres féodales comme celles des Xe et XIe siècle où on se dispute des terres, des droits sur des châteaux, sur des villes même parfois, ou sur des églises, et bien dans tous ces cas, la violence est présente, mais on a l'impression tout de même que c'est quelque chose de relativement ordonné. Si on exerce une vengeance, ça veut dire que quand on a reçu un coup, Pour défendre son honneur, on est obligé de riposter. Mais la société environnante n'admettrait absolument pas que quelqu'un qui vient de frapper un coup frappe un deuxième coup préventivement. D'autre part, la société, le contrôle social, on peut le montrer, détermine clairement qui a le droit et le devoir de se venger. Et donc, les vengeances, les rétorsions sont circonscrites. Alors, dans la société de l'époque, il y a des vendettas, des échanges de meurtres. On a longtemps décrit tout le haut Moyen-Âge comme une période extrêmement sanglante. Mais en réalité, c'est sans doute méconnaître c'est ne pas voir tout ce que les sources nous disent sur les stratégies pour éviter la violence, pour conclure des trêves, pour faire la paix. À la limite, dans l'idée même de vengeance telle qu'elle est pratiquée, il y a la possibilité de négocier son droit de vengeance, de se le faire racheter, en tout cas de passer de l'inimitié à l'amitié. Par conséquent, si vous voulez, ce n'est pas des relations de confrontation maximales et sanglantes. Alors, les seigneurs, même, sont tellement désireux, plus ou moins consciemment, d'éviter de se tuer entre eux. Ça arrive parfois. Mais ils ont quand même une tendance à éviter de se tuer entre eux. Et ils sont tout à fait armés pour. Parce qu'ils ont quand même de fortes armures, des châteaux pour se réfugier, des chevaux pour s'enfuir. Enfin, ils ont tout ce qu'il faut. ne pouvant pas très facilement se tuer entre eux, ils ont pris la bonne ou mauvaise habitude, selon le point de vue où on se place, de s'en prendre aux paysans les uns des autres dans les processus de guerre féodale. Et donc, au lieu de tuer l'adversaire, on pille le bétail de ces paysans. Alors évidemment, les dits paysans en pâtissent, et d'ailleurs ils résistent, Leur Seigneur essaye quand même de réclamer à son adversaire des dédommagements mais enfin il y a un problème sur ce plan et c'est en.
Dominique Barthélemy
Effet un des problèmes que les conciles de paix essayent de résoudre. Avec ici ce mot qui a été prononcé, un féodal, il y a tant et tant à dire sur cette période parce que pour saisir ce que l'on appelle la paix de Dieu et avec vous Dominique Barthélemy nous allons voir combien Il n'est pas si simple de définir ce qu'est la paix de Dieu et que le pluriel, ici, a peut-être toute sa place parce qu'il y a tant à décomposer. Mais tout cela doit être placé dans une société, une société particulière. C'est cette.
Georges Duby
Société féodale qui nous est présentée maintenant par un historien, Georges Duby. Qu'est-ce que la féodalité ? Eh bien, c'est d'abord, je crois, le délabrement, la décomposition de l'autorité royale. Le moment où le souverain n'est plus obéi de loin. En Ormille, dans tout l'Occident, il y a des rois. Et partout, on pense qu'ils sont les représentants même de Dieu. Ce sont des personnages sacrés au sens très fort du terme. Ils font des miracles, ils guérissent les malades. L'idée de la royauté, par conséquent, se maintient très prestigieuse, nourrie par le souvenir légendaire de Charles Marx. Mais je dis bien l'idée car en fait la réalité de la puissance se trouve fractionnée, dispersée par morceaux entre les mains d'un très grand nombre de chefs locaux qui la détiennent comme leur bien personnel et qui l'exercent pratiquement sans aucun contrôle en toute indépendance.
Dominique Barthélemy
La féodalité c'est par conséquent d'abord cela. le morcellement du pouvoir de commander. C'est Georges Duby ici qui s'exprimait en 1959. C'est important de donner systématiquement la date parce que Georges Duby, grand historien bien sûr du Moyen-Âge, mais en 1959, il n'a pas lu les livres qui ont paru après 1959 et notamment des livres récents. Vous avez cité celui de Jean-Pierre Devroy, La Nature et le Roi, Environnement, Pouvoir et Société à l'âge de Charlemagne. D'ailleurs, je peux renvoyer à l'émission du Cours de l'Histoire avec Jean-Pierre Devroy. Pour le roi, la fin justifierait-elle les moyens ? C'est à retrouver sur franceculture.fr et l'appli Radio France. Dans la définition que donne Georges Duby de la féodalité, Dominique Bertelmy, on a des éléments qui nous aident à comprendre l'idée de la paix de Dieu au sens où cette période autour de l'an 1000 serait une période de violence qui justifierait le fait que l'Église ait besoin d'intervenir. Cela peut être mis en cause avec tout ce que vous nous avez dit là, l'idée même de paix existe déjà avant.
Xavier Mauduit
Même la mise en place de ce qu'on a appelé la paix de Dieu. Absolument, oui, donc vous avez raison. Dans cet extrait, Georges Duby, en réalité, se tient un petit peu en retrait de certaines de ses pages, de certaines de ses intuitions qui ne vont pas dans ce sens-là. Parce que Georges Duby a quand même été aussi un pionnier de la découverte de ce qu'il y avait de moins troublé qu'on ne l'aurait cru. C'est une de ses phrases dans la féodalité. Là, il donne une En effet, une définition qui remonte au XVIIe siècle, qui arrangeait les choses au temps du cardinal de Richelieu ou au XIXe, mais qui sous-estime certainement ceux qu'il appelle les chefs, qui sont quand même plutôt des comtes, des seigneurs de château investis d'une certaine légitimité. Donc, dans le même ordre d'idées, je rappelle qu'on peut lire la société féodale de Marc Bloch, qui est un grand historien, qui va être bientôt au Panthéon, sur lequel il y aurait Il y a aussi quelques remarques à faire, mais malgré tout, qui est une admirable introduction à la vision traditionnelle de la période. Mais enfin, il y a un préjugé. Un de ces préjugés, ça mériterait de faire partie de votre belle histoire des préjugés. Jean-Xavier Martini, ce livre que vous avez orchestré, parce que nous sommes obligés de nous débrouiller avec cet héritage. Alors mon maître Toubert, lui, véritablement m'enjoignait de ne pas en rester là et de ne pas sous-estimer la légitimité et l'action des seigneurs. Je voudrais citer aussi, pour les domaines où la paix diocésaine puis la trêve de Dieu se répandent dans le nord de la France, alors les très beaux livres, les très bonnes explications d'un historien aujourd'hui âgé, mais qui a une très grande oeuvre à son palmarès, c'est Michel Burr. Michel Burr a écrit un livre qui s'appelle « La formation du comté de Champagne », dans lequel vous avez une description des rapports de force autour de l'an 1000.
Dominique Barthélemy
À l'époque même de ces paix, de ces aînes et trêves de Dieu, qui est remarquable. Avec ici une distinction que vous faites, Dominique Bernadini, entre La paix diocésaine et la trêve de Dieu. La paix diocésaine, je l'entends au niveau des diocèses.
Xavier Mauduit
C'Est-À-Dire autour des évêques, précède la paix de Dieu. Qu'est-ce que cette paix diocésaine ? Alors, effectivement, une des difficultés du sujet, mais au fond, elle n'est pas insurmontable. Il faut comprendre que l'érudition moderne au XVIIe siècle a d'abord découvert la trêve de Dieu. Là encore, je reviens à Pierre Toubert, il a enseigné qu'en histoire médiévale, il faut toujours regarder toute l'historiographie depuis le début, savoir comment les documents nous sont parvenus et comment les préjugés ont cheminé, ou comment d'ailleurs, de pair avec les préjugés, faisant escorte aux préjugés, les découvertes, les réflexions critiques ont également pu progresser. Donc on a découvert d'abord la trêve de Dieu, parce qu'elle a un nom. parce qu'elle a aussi une présence dans les textes de concile du XIIe siècle. Et puis, ce n'est qu'au fil des années, selon les auteurs entre le XVIIe et le XIXe siècle, qu'on a de mieux en mieux compris qu'il y avait quand même deux systèmes différents, qui avaient des points communs, qui pouvaient autour de 1101 notamment, intervenir ensemble, être en quelque sorte mélangés, mais qu'il fallait quand même distinguer initialement. Alors, je dis paix diocésaine, j'essaye de dire paix commune, il y a plusieurs noms possibles parce qu'il n'y a pas vraiment de nom constant dans les sources du XIe siècle. Il y a un code qui est promulgué pour la première fois à Charoux en 989. qui est un code de sauvegarde et qui définit un certain nombre de violences qui sont interdites en tout temps. Qui sont interdites, c'est-à-dire que très probablement, très vite, on crée une assemblée de justice, un plai deux fois par an, où on peut se plaindre des infractions au code et obtenir des dédommagements. Ce code initial interdit de s'en prendre aux églises et aux espaces autour des églises. C'est une espèce d'extension du vieux droit d'asile. Il interdit aussi de s'en prendre aux ecclésiastiques s'ils ne portent pas d'armes. et à certaines autres personnes des armées, et surtout, il interdit de s'en prendre aux bétailles des paysans, et ensuite, on attardera aussi de les frapper, de s'en prendre à leurs autres biens, sous prétexte d'un tort commis par leurs seigneurs. Et donc c'est très important, parce que cela interdit, cela en tout cas gêne, freine, cette pratique essentielle dont je vous parlais tout à l'heure dans la guerre féodale, qui est que les seigneurs avaient l'habitude, pour éviter de se tuer, Il y avait d'autres hostilités quand même. Mais une de leurs grandes habitudes, c'était de se venger sur les paysans les uns des autres. Et c'est cette habitude sociale invétérée qui est réprimée. Mais la société n'était pas, par ailleurs, sans justice. Si on faisait un vol avec effraction, un vol qualifié, là il y avait une justice. Les conciles de paix n'ont pas besoin de l'interdire. Ils n'ont pas non plus tellement besoin d'interdire le meurtre, parce qu'on s'aperçoit qu'il est quand même freiné, régulé dans les systèmes de vengeance. En revanche, les auteurs de ces codes de paix tiennent à sauvegarder les églises, c'est ce que j'appellerais, si vous voulez, en termes modernes, une couverture sacrale sur les espaces et sur les hommes d'église, et ils tiennent à interdire cette pratique de la vengeance indirecte, en quelque sorte, et.
Dominique Barthélemy
Donc à mettre une couverture sociale, une sauvegarde sociale, en interdisant toutes ces violences en tout temps. Avec ce concile de Charoux, nous sommes à.
Xavier Mauduit
La fin du Xe siècle, en 989. Charoux, il faut le préciser, c'est du côté de Poitiers. C'est dans le Poitou. Ce n'a peut-être.
Dominique Barthélemy
Pas été le premier concile de paix de ce type, mais c'est le premier que nous connaissons. Voilà, c'est le premier que nous connaissons et qui a un effet autour de Charroux. C'est bien ça, on doit le saisir ainsi. Ce n'est pas un texte.
Xavier Mauduit
Qui est destiné à s'appliquer partout. Sinon, il faut qu'il y ait une adaptation dans chaque diocèse. Absolument, c'est renouvelé. On le trouve en Aquitaine occidentale, dans ce qu'on appelle aujourd'hui la Nouvelle Aquitaine, mais qui est l'ancienne Aquitaine pour un médiéviste. Et puis c'est un concile tenu au Puy en 994 qui a le.
Dominique Barthélemy
Plus d'effets pour la diffusion, pour le.
Xavier Mauduit
Succès et l'adoption et l'adaptation du code.
Dominique Barthélemy
Dans d'autres diocèses. Le Puy c'est ? Alors c'est.
Xavier Mauduit
Dans.
Narrator (from France Culture travel segment)
Le Velay, un peu au sud-ouest de Lyon. D'accord, donc c'est tout simplement le Puy en Velay. Oui. Il faut se mettre à la place d'un pèlerin qui arrive au Puy. Il commence à rendre hommage à la Vierge Noire. Ensuite, le passage obligé, c'est d'aller à Saint-Michel. Il arrive, il traverse la première petite chapelle en bas du rocher qui s'appelle la chapelle Saint-Gabriel, l'archange annonciateur, qui était près de l'abbaye Séguré. Puis, il monte et à mi-pente, il traverse la chapelle Saint-Raphaël. Là, vous êtes comme des milliers de pèlerins, vous montez. Ces milliers de pèlerins qui, siècle en siècle, depuis la dédicace de cette chapelle, ont gravité ces derniers escaliers en spirale, en quête du fondamental passage de la terre au ciel. Donc, on arrive, je ne dirais pas au nid de l'aigle Saint-Michel, mais à l'endroit où Saint-Michel, terrassant le dragon, habite et où les gens vont le chercher. Là, il est plutôt passeur d'âme. Tout le pays est un peu un pays de transhumance des âmes. On sort du fond des enfers tout en cendres et.
Dominique Barthélemy
On monte sur les montagnes, on monte là où on peut monter pour essayer de gagner le ciel. Le Puy-en-Velay présenté sur France Culture, dans une émission consacrée au voyage à Compostelle. Nous étions ici en 1993. Dominique Barthelmy, pour bien saisir cette paix, Diocésaine, puis la paix de Dieu, sachant que l'une n'efface pas l'autre, que les choses se superposent, qu'il y a des processus. Il faut peut-être rappeler, vous êtes aussi le grand spécialiste des reliques. Ce que cela signifie de croire à ce moment-là, ce que cela signifie quand un évêque demande quelque chose, quand plusieurs évêques réunis demandent.
Xavier Mauduit
Quelque chose. Il y a une force symbolique extrêmement forte et la religion imprègne la vie des gens. Alors, on a l'impression, effectivement, que la religion, au Moyen-Âge, avait un très grand pouvoir, une très grande influence, et c'est vrai qu'il faut garder ça en mémoire, mais est-ce que, véritablement, le christianisme touchait si en profondeur que ça ? C'est difficile à dire. Georges Duby, qui avait de belles intuitions, a dit une fois qu'au fond, qu'est-ce que le Christ, pour un paysan du XIe siècle, il dit « je n'en sais rien ». on n'en sait rien. Et Jean-Pierre Devroy, dont on parlait tout à l'heure, a essayé de partir en quête des imaginaires paysans qui seraient développés, en effet, il en a trouvé autant qu'à Rolinger un pain en l'an 1000, mais qui seraient, malgré tout, une preuve que le discours clérical et monastique est quand même assez mal reçu, que les paysans n'en tiennent pas tellement compte. Mais il est vrai que Décréter une nouvelle loi, prendre un décret de paix au milieu des reliques, avec le soutien des saints morts dont ce sont les reliques, c'est quelque chose. Cela étant, ce qui est quelque chose aussi, c'est que les évêques, escalités de par leur statut, disposent du pouvoir de lancer des anatèmes, des excommunications, et donc ils obligent les gens à prêter serment sous peine d'anatème. Et donc malgré tout, les anathèmes, ça peut faire peur. Alors c'est un peu comme les coups paternels de Dieu dont on parlait tout à l'heure. C'est pédagogique aussi parce qu'un évêque ne peut pas maudire quelqu'un sans faire immédiatement toute la démarche nécessaire pour l'amener à faire pénitence. Il doit donner du temps, il y a des procédures. On ne jette pas comme ça un anathème. Mais c'est tout de même une sanction grave, une sanction qui peut avoir des répercussions sociales. Les gens vont boycotter les victimes d'anathèmes. Ceux qui sont anathématisés peuvent craindre que ça leur porte malheur et d'avoir des accidents. Il y a des récits de miracles, vous faisiez allusion en effet à mon livre sur les miracles de l'an 1000 dans lequel j'en donne un certain nombre d'exemples. Ça ne devait pas être sans effet. Et puis alors, on appelle ça les armes spirituelles. Et alors, en plus, dans ces conciles de paix, sans doute assez tôt, mais les premiers grands exemples sont dans les années 1020 ou 1030, on lance une armée de la paix. contre ceux qui ne veulent pas prêter serment ou qui ne tiennent pas leur serment, ceux qui sont vraiment rebelles. À ce moment-là, les évêques demandent aux prêtres des paroisses de partir à la guerre pour la paix en tête de leur paroisse. Il faut le réaliser, c'est un élément important de la... de cette histoire des paix. Autant il faut que nous comprenions que dans la guerre féodale, il y a de la paix, autant il faut aussi que nous comprenions que dans la paix anti-féodale, il y a de la guerre. Il faut un petit peu que.
Dominique Barthélemy
Les frontières entre les deux soient relativisées. En tout cas, on passe facilement de l'une à l'autre dans les deux cas.
Xavier Mauduit
Mais c'est-à-dire que cette armée pour la paix, ce n'est pas une armée symbolique ? C'est pas une sorte de quelque chose de spirituel ? Non, pas du tout. Ils prennent les armes, ils leur arrivent de brûler des châteaux. Quand ils tuent des gens, on le leur reproche. Mais on leur reproche toujours aux gens de se tuer à la guerre. En revanche, ils ont une activité favorite qui est de faire des dégâts sur la terre des des rebelles ou des chevaliers qui sont parjures ou réfractaires aux serments. Ce sont de véritables armées. C'est pour ça que l'esprit moderne a commis quand même un peu longtemps une méprise. On a cru que dans un mouvement de paix de l'an 1000, la paix était le moyen On a cru que c'était en amenant des reliques qu'on faisait la paix. Mais la paix est en fait essentiellement le but. C'est-à-dire qu'on fait des guerres au nom de la paix. La notion de guerre au nom de la paix est souvent pratiquée. On peut se demander, à la limite, si ce n'est pas un peu un trait de communication de la part des évêques pour se justifier d'avoir à lancer des guerres, de dire mais nous voulons la paix. Au fond, il suffit de regarder l'actualité pour voir que les gens qui lancent des guerres et des campagnes, aujourd'hui aussi, prétendent chercher la paix, parce que leur victoire, effectivement, ce serait la paix. Donc, vous voyez, il faut être attentif au mode d'action de ces paix. Et donc, on appelait ça la commune, la commune du diocèse. Et il est probable, j'ai essayé de le montrer dans une recherche, effectivement, que les.
Dominique Barthélemy
Communes urbaines du XIIe siècle doivent quelque chose, ce n'est pas exactement pareil, mais doivent quelque chose à ce précédent des communes diocésaines. Ah oui, ça veut dire que, dans ce que vous nous dites, Dominique Bartémy, il y a l'évidence.
Xavier Mauduit
Que, rarement, Payer un individu, peu importe, s'engage dans une guerre en disant je le fais pour le pillage, pour l'accaparation des richesses. Il faut toujours que pour une guerre, même féodale, même tout à fait profane, on puisse se réclamer d'un droit. On se dit lésé, on se dit victime d'une injustice. Un seigneur se dit spolié, un vengeur se dit spolié du soutien du parent qu'on lui a tué. Il n'y a pas de conquête. Guillaume le Conquérant ne fait pas la conquête de l'Angleterre. Il revendique un héritage dont on le spoliait. Alors évidemment, Les croisés revendiquent l'héritage du Christ dont ils étaient spoliés. Et si on parle de croisade, je vous signalerais d'ailleurs aussi que même dans ces armées de la paix, c'est un peu plus tard que l'an 1000, c'est au XIIe siècle, on.
Dominique Barthélemy
Peut avoir des indulgences.
Narrator (reading oath of peace)
Comme dans une croisade pour participation à une armée de la paix. Une espèce de croisade de l'intérieur, absolument. Mieux vaut prêter serment. Je n'envahirai en aucune façon les églises. Je n'assaillerai pas le clair et le moine qui ne portent pas les armes du siècle, ni celui qui les accompagne, sans lance ni bouclier, à moins que je n'aie sujet de me plaindre d'eux ou qu'ils ne veuillent pas réparer, dans l'espace de quinze jours, la faute commise contre moi. Je n'enlèverai ni bœuf, ni vache, ni porc. Je ne saisirai ni le vilain, ni la vilaine, ni les sergents, ni les marchands. Je ne leur prendrai point leurs deniers, je ne les obligerai pas à se racheter. Et je ne les fouetterai point pour leur enlever leur subsistance. Je ne saisirai ni mule, ni mulet, ni cheval, ni jument, ni poulain dans les pâturages. Je ne détruirai ni incendierai les maisons. Je ne couperai ni déracinerai ni vendangerai les vignes d'autrui sous prétexte de guerre. Je ne détruirai pas les moulins et ne ravirai pas les grains qui s'y trouvent, sauf si je suis à l'ost ou enchevauché et sauf dans ma propre terre. Je n'assaillerai pas le marchand ni le pèlerin et ne prendrai pas leurs biens, sauf faute de leur part. Je ne tuerai pas le bétail des vilains, sauf pour ma subsistance et celle de mes gens. Je n'attaquerai pas les nobles dames ni ceux qui les accompagnent. Et de la même façon, je prendrai soin des veuves et des religieuses. J'observerai ceci envers tous ceux qui l'ont juré et qui l'observeront à mon égard. Je n'en accepte que les terres qui m'appartiennent. J'en accepte encore les cas où.
Dominique Barthélemy
Je bâtirai ou assiégerai un château, où je serai appelée à l'hoste du roi ou de nos évêques, où je ferai la chevauchée. France Culture, le cours de l'histoire. Xavier Mauduit. C'est à nous que milieu qu'il disait pour le cours de l'histoire cet extrait du serment de paix à Beauvais. Un serment de 1023, serment de paix donc.
Xavier Mauduit
Dit pour l'évêque, Guérin de Beauvais. Ça veut dire qu'ici nous sommes encore, Dominique Barthélemy, dans ce que vous appelez la paix diocésaine. La paix commune, je dis commune parce qu'une certaine façon la trêve de Dieu sera diocésaine aussi. Donc là, effectivement, on est dans la filiation de ce concile du Puy-en-Velay dont je vous parlais tout à l'heure, mais avec des développements nouveaux. Alors, on possède trois serments. Certains ont été retrouvés récemment. Nous ne connaissons ce serment de Beauvais que depuis 1885. Il a été découvert à la Bibliothèque Vatican et naturellement il a fait sensation chez les historiens. Il est très proche d'un serment pour le diocèse de Vienne et d'un serment pour le diocèse de Langres qui fait suite à un grand concile de Verdun sur le Doubs. Et donc, dans tous ces cas, on est en présence de sauvegardes sacrales et sociales qui correspondent d'assez près, mais avec beaucoup de détails, au code de Charrou, dont je vous parlais tout à l'heure, avec quand même cette version issue du Puy, on l'entend, qui fait dire attention, il ne faut pas frapper le vilain et la vilaine. Il y a déjà un gros effort dans ce sens. Vous aurez remarqué aussi nos auditeurs auront entendu que tout de même, ce serment est assorti d'un certain nombre de réserves. Des réserves qui peuvent faire sourire, par moments, je ne prendrai pas le métal sauf si j'en ai besoin pour manger la vie. Vous pourrez voir le texte exact d'ailleurs à cet endroit-là. Mais bon, je ne brutaliserai pas les paysans, sauf si j'ai quelque chose à leur reprocher. Donc, si vous voulez, il faut faire attention aussi à ces sauvetis, puisque les paix, en gros, font réserve de droits essentiels pour les nobles qui sont appelés à prêter serment. Ce sont des chevaliers qui prêtent ce serment essentiellement, mais les évêques peuvent le prêter aussi, parfois d'autres classe de la société. Donc on fait réserve du droit de propriété féodale et du droit d'autodéfense. C'est ça qu'on entend. Et je crois que s'il y a ces réserves, c'est intéressant aussi parce que ça nous montre qu'en pratique, il y avait des débats judiciaires à partir de ça. Comme les gens avaient prêté ce serment deux fois par an, en général au début de l'automne vers octobre, à la Saint-Rémy 1er octobre ou à la Toussaint, et ensuite au début du printemps aux alentours de la Saint-Jean ou de la Pentecôte, il y avait des plaies, la idée des assemblées, où les gens venaient se plaindre. Alors les gens, c'était peut-être pas les gens, je crois que c'était les seigneurs qui se plaignaient des torfaits à leurs hommes. Et dans le serment, dans la version de Vienne, les seigneurs avaient juré de se présenter à ces assemblées bisannuelles, de s'y remettre comme otages, c'est-à-dire comme s'ils étaient prisonniers. Pour s'en aller, il fallait qu'il dédommage les gens auxquels on avait reconnu, par voie de justice, qu'ils avaient fait tort. Donc c'est à ça que ces serments servaient. Mais donc, évidemment, à travers ces saufs-ci, on les entend se défendre et dire « mais non, mais non, j'avais besoin de cette vache, donc c'est pour ça que je l'ai prise.
Dominique Barthélemy
». Vous voyez, c'est là, on est vraiment dans la vie des gens, d'une certaine façon, et dans le débat, dans les paroles en justice. Et puis on est sur une chronologie assez.
Xavier Mauduit
Courte parce que ce concile de Charroux que.
Dominique Barthélemy
L'On évoque ici comme étant peut-être le premier, mais il y a toujours ce biais des sources. Oui, il y a ce biais des sources. Voilà, on est quoi, en 990, le serment de Beauvais, on est en 1023, une trentaine d'années quoi. Ça va très vite et ici, il est peut-être nécessaire de rappeler aussi le fonctionnement même de l'Église et la place du Pape parce que Où la décision est-elle prise ? Et on le voit bien, on est au plus proche des gens, on est dans les diocèses, ce sont les évêques. En gros.
Xavier Mauduit
Ce n'est pas une volonté qui viendrait du patron, enfin du pape, et qui descendrait. Là, dans ce premier temps, on est sur un fonctionnement local. Oui, c'est-à-dire local... Attention, c'est quand même à l'échelle d'une province ecclésiastique qui fait un dixième de la France. Il y a plusieurs... Un peu l'équivalent d'une région actuelle dans la dizaine de régions. Donc c'est pas si petit que ça, et diocèse par diocèse. Mais c'est une époque où, en effet, l'autorité des papes n'est pas encore dans la chrétienté exactement ce qu'elle va devenir. Devenir d'ailleurs assez vite, parce qu'il y aura la réforme grégorienne à partir des années 1059 ou 1073 et même un peu avant. Et il est normal qu'en concile, dans le cadre d'une province ecclésiastique ou de plusieurs diocèses, les évêques puissent légiférer. Mais donc la loi chrétienne peut encore être retouchée, être complétée. Mais s'ils prennent ces décrets, c'est parce qu'en réalité, ils trouvent aussi dans les conciles des époques précédentes, notamment des temps carolingiens, parfois de l'Espagne visigothique, ils trouvent des précédents. Il y a des précédents de la défense des églises, de la défense des ecclésiastiques, évidemment. Quand même, en cinq siècles de christianisme, on y avait déjà pensé. Et il y a aussi des condamnations de la rapine.
Dominique Barthélemy
Très nombreuses, mais dans d'autres contextes que la guerre féodale proprement dite, dès.
Xavier Mauduit
Le IXe siècle. On est dans un cadre assez normal, d'une certaine façon. Et puis le pape l'accepte, par logique même, cela ne retourne pas mal. Les papes, à ce moment-là, n'ont pas une grande autorité sur la Gaule, sur la France, ils n'ont aucune préférence. Mais le premier pape qui vient en Gaule depuis longtemps, Léon IX, en 1049, l'accepte. Et ensuite, ses successeurs... Alors, l'accepte, il y a une chose qui ne plaît jamais beaucoup aux papes, c'est ces armées de la paix. Là, ils font attention de ne pas trop cautionner ça. Mais ensuite, les papes et les conciles du XIIe siècle réclament que dans toute la chrétienté, les sauvegardes de charrues soient respectées. Mais ce qu'il y a, c'est que dans le droit canonique, dans le droit chrétien ultérieur, ils le demandent à tous les gouvernants chrétiens, indépendamment des institutions de paix. Donc, si vous voulez, Les sauvegardes, les éléments de code de Charru sont, en effet, entre par la suite dans le droit canonique, mais sans forcément le dispositif. Alors que la trêve de Dieu.
Dominique Barthélemy
A beaucoup plus les faveurs des papes, qui là, je crois, acceptent très vite et elles se développent dans la seconde moitié du XIe siècle surtout. Dominique Barthélemy, qu'est-ce que la trêve de Dieu ? Parce que, ici, nous saisissons bien ce que sont ces paix mises en place dans les diocèses, dans les différentes provinces, à une échelle européenne aussi, parce que c'est intéressant, on parle du cas français, mais vous avez co-dirigé un Allemagne et France au cœur du Moyen-Âge. C'est un livre publié chez Passé Composé. On est sur des réflexions qui dépassent le cadre de notre imaginaire national aujourd'hui, qui n'a aucun sens à ce moment-là, mais.
Xavier Mauduit
On a une trêve de dieux qui s'inscrit, qui.
Dominique Barthélemy
Se.
Xavier Mauduit
Superpose à ces paix que j'ai qualifié de diocésaines, mais vous m'avez dit non, c'est plus communal. Commune, oui, je préfère commune, mais elles sont diocésaines. Voilà. Sur un point, je vous permettrai, je retoucherai un peu, malgré tout, ces paix diocésaines sont vraiment quelque chose de français. Il y en a très peu en dehors du royaume capétien, et c'est un peu un point commun entre le sud et le nord de la France. Ça montre aussi que le royaume capétien n'est pas tout à fait rien. En revanche, la trêve de Dieu, que nous allons définir et évoquer maintenant, a une vocation beaucoup plus européenne, Elle est jugée de valeur universelle par ses promoteurs. Donc la trêve de Dieu, a priori, c'est un peu autre chose que les paix communes. C'est même presque l'inverse. Elle interdit toutes les violences en certains temps, en certaines périodes, alors que les paix communes, antérieures interdisait certaines violences en tout temps. On n'est pas tout à fait dans le même système. Mais souvent elles s'emboîtent l'une dans l'autre. Initialement, l'idée n'est pas la même. Donc la trêve de Dieu apparaît effectivement. Alors c'est difficile de dire où pour la première fois, sous forme de trêve du dimanche en 1027, en Catalogne, dans les Pyrénées-Orientales actuelles, dans le diocése d'Elne, mais ce n'est que la trêve du dimanche, ça pose un problème, et surtout en Provence, et dans le Languedoc, dans l'Occitanie, dans les années 1041 et suivante. Et là donc, on est dans un cadre qui ressemble à celui des paix diocésaines, on est dans un mode opératoire qui ressemble un peu, mais qui est un peu différent. C'est pour ça que les historiens ont parfois eu du mal à s'y retrouver. La trêve de Dieu, là, c'est vraiment une loi. Il y avait dans le haut Moyen-Âge une certaine expérience de la trêve. Dans le cours des vendettas ou des guerres féodales, on pouvait jurer une trêve. Et puis, il y avait des rois, des comtes, des ecclésiastiques qui pouvaient imposer des trêves. Dans ce cas-là, si on violait une trêve imposée par un roi ou par un ecclésiastique de haut rang, on était quand même coupable envers lui. Et si on violait une trêve garantie par un pape ou un évêque, à la fois on commençait à friser le sacrilège. Donc la violation de la trêve de Dieu va être une profanation et le système de la trêve de Dieu inflige des pénalités et des pénitences, ce qui n'était pas le cas. initialement des paies selon le code de Shahouk qui ne visait qu'au remboursement. Naturellement, la trêve de Dieu demande le remboursement aussi, mais elle ajoute quelque chose. Et puis d'autre part, elle s'occupe beaucoup des atteintes aux personnes. Et enfin, elle s'occupe des meurtres. C'est-à-dire que pendant les jours qui rappellent la vie du Christ, son passage sur terre, concomément chaque année, et même auxquels on peut penser chaque semaine, un meurtre pendant ces jours-là, c'est une souillure, c'est un grand crime. Un concile de Narbonne va dire que tuer un chrétien, c'est comme tuer le Christ. Il le dira d'ailleurs pour tout.
Dominique Barthélemy
Moment. Mais en tout cas, on s'en prend au meurtre d'une manière nouvelle en prescrivant l'exil et même l'exil à Jérusalem comme sanction. Un exil loin, longtemps. Ah oui, des véritables sanctions. Donc j'entends bien qu'il y a ces deux mouvements qui se superposent, qui s'emboîtent même à un moment avec des paix communes. Cette trêve de Dieu ou paix de Dieu, vous nous l'avez dit Dominique Barthelmy, il y a un.
Xavier Mauduit
Calendrier à prendre en compte. Alors, il ne faut pas faire n'importe quoi certains jours dans l'année. Donc j'imagine les périodes qu'on connaît bien, Pâques, Noël, etc. En ce moment, nous sommes en fin de la trêve de Noël. Nous sommes le jour de l'Épiphanie. Une trêve de Dieu va jusqu'à l'octave de l'Épiphanie. Dans ces jours-là, c'est la trêve de Dieu toute la semaine. Si on tuait quelqu'un un 6 janvier, c'était le pèlerinage à Jérusalem pour de nombreuses années. Mais à partir du 13 janvier, pour l'année actuelle, si on imagine que la trêve de Dieu est toujours en vigueur, ça n'est plus que du mercredi soir au lundi matin que les violences sont punies par la trêve de Dieu. Et les textes disent que c'est en mémoire, évidemment, de la passion.
Dominique Barthélemy
Du Christ, de sa résurrection. Ce sont les jours de la scène, de la passion, de la sépulture pour le samedi et de la résurrection le dimanche. Jeudi, samedi, vendredi, dimanche, etc. On a bien ici un calendrier qui s'inscrit à la semaine ou à l'année. Et dans la volonté ici, par l'Église, de mettre en place cette paix, cette trêve de Dieu, il y a une ambition sans doute. Quelle est-elle ? Est-ce que l'on peut dire que cette fois-ci, il y a la volonté de la part.
Xavier Mauduit
De la papauté d'imposer aussi une décision. Est-ce que c'est un élément qui nous montre une place de plus en plus importante de la part du pape ? Alors, au point de départ, c'est une loi qui est décrétée dans les Gaules, que les papes ne font qu'approuver. Ils ont même des réticences sur la pénitentance de très longue durée. L'un d'entre eux en tout cas. Mais à partir d'Urbain II et de la première croisade, qui va de pair en 1095 avec la promulgation d'une nouvelle trêve de Dieu, et bien là les papes y tiennent et soutiennent effectivement la trêve de Dieu. pendant un siècle environ, après quoi on n'en parle plus parce que ça ne marche pas bien. On a l'impression que ça ne marche pas bien, sauf dans deux ou trois régions, comme la Normandie ou le diocèse d'Urgel dans les Pyrénées. Pourquoi ? Eh bien parce que, je ne saurais pas vous dire toutes les raisons pour l'Urgel, mais en Normandie, parce que.
Dominique Barthélemy
Ça arrange le duc, parce que le duc sert de bras séculier à la trêve de Dieu, parce que c'est une coutume qui a tendance à identifier la Normandie, oui. Avec un processus qui commence à la fin du Xe siècle, qui se développe lentement, mais qui s'inscrit vraiment dans une histoire dans laquelle nous croisons ce que vous venez d'évoquer, Dominique Barthélemy, les croisades. Et là aussi, avec les croisades, nous avons une certaine idée.
Xavier Mauduit
De.
Narrator/Actor (Jean Topard or similar)
La violence. Sur ces croisades, on a tout un monde qui s'écrit, que l'on n'associe pas à la paix. Or, c'est dans ce contexte-là qu'existe la paix de Dieu. Je résume, seigneur comte.
Xavier Mauduit
Ce qu'a.
Narrator/Actor (Jean Topard or similar)
Dit le pape devant les évêques assemblés à Clermont, ce 27e jour de novembre, l'an de grâce 1095. Combien d'évêques ? Une bonne cinquantaine. Et les abbés en plus. C'est bon. Alors il a dit que vous, les comtes et les chevaliers de tout rang, vous êtes trop enclin à vous faire sans cesse des guerres. et qu'il n'est pas convenable qu'un chevalier chrétien n'ait d'autre occupation que de verser le sang d'autres chevaliers chrétiens. Si vous voulez vous battre et montrer.
Jean Topard (actor reading chronicle)
Votre prouesse.
Narrator/Actor (Jean Topard or similar)
Allez donc le faire pour une juste cause. C'est ce qu'a dit le pape. On appellera.
Dominique Barthélemy
Cela la.
Narrator/Actor (Jean Topard or similar)
Croisade. Parce que les chevaliers iront pour la croix du Christ. Bon, bon. De tout cela, le seigneur Urbain II m'avait parlé. C'est pour cela qu'il compte sur vous. Je sais. Donc le pape sera là. Pas en personne. Sa place est sur le siège de Saint-Pierre. Il sera représenté. Je vous le.
Dominique Barthélemy
Rappelle, il ne s'agit pas de conquérir des territoires, mais de libérer Jérusalem du joug des infidèles. La croisade, ce n'est pas une guerre comme les autres, c'est l'affaire de l'Église. Les croisades, l'appel 2095 d'une fiction de France Inter en 2000, Dominique Barthélemy. Nous avons souvent, pour expliquer les croisades, avancé l'idée que l'église a voulu canaliser la violence de tous ces seigneurs et leur a dit allez vous battre au loin. Mais est-ce.
Xavier Mauduit
Que l'on pourrait imaginer que cette paix ou trêve de Dieu, c'était bien difficile à appliquer donc on a trouvé d'autres solutions. On est à peu près dans la même période. Alors, dans le passage qu'on vient d'entendre, effectivement, on entend un discours qui se trouve dans une ou deux chroniques, mais pas si répandu que ça, disant que les chevaliers, au lieu de verser le sang chrétien entre eux, feraient mieux d'aller se battre pour la délivrance de la Terre Sainte. Mais ce qui est gênant dans ce discours, C'est que quand on y regarde de près, on s'aperçoit que les chevaliers ne se tuaient pas tant que ça en France, en Europe, un peu quand même. Et qu'en revanche, avec la croisade, on leur demande de pratiquer une guerre plus dure, plus dangereuse. C'est la lutte à mort dans laquelle il faut soi-même tuer et courir le risque d'être tué. Ce qui ne va pas sans poser question, puisqu'il y a même des des auteurs qui essayent de rassurer les croisés. Saint Bernard de Clairvaux dit mais non, non, non, si vous tuez un infidèle dans la mesure où vous n'avez pas d'autre moyen de l'empêcher de nuire à des chrétiens, il y a quand même une nuance, Eh bien, ce n'est pas un péché. Mais il faut expliquer aux gens que le meurtre n'est pas une souillure et de toute façon, on ne leur demande pas de tuer n'importe quand et n'importe comment. Il y a un courant aussi hostile aux croisades. Il y a un livre de Martin Orrell qui s'appelle « Chrétiens contre les croisades » qui reprend tout ça, paru il y a quelques années. Les croisades vont souvent de pair avec une trêve de Dieu décrétée pendant la croisade. La question qu'on peut se poser et que les gens se sont posées en 1095 ou à d'autres moments, c'est mais après tout, la trêve de Dieu, c'est bien joli. Ça neutralise environ 250 jours par an. Un peu plus, un peu moins, les conditions ne sont pas toujours les mêmes, mais il en reste quand même 100 ou 120. Et donc, comment peut-on ne pas mettre une trêve de Dieu permanente pendant la Croisade ? C'est aussi une question qui se pose. Mais donc, il est de fait qu'au début, en 1095, La trêve de Dieu va de pair avec la croisade. Elle est aussi plusieurs fois promulguée au moment où les royaumes chrétiens d'Espagne font des expéditions dans l'Espagne musulmane au XIe et au XIIe siècle, mais avec des clauses particulières adaptées à la situation. Mais la trêve de Dieu n'a pas un très grand succès, elle a une vie plus courte que la croisade, et c'est plutôt la formule de paix diocésaine avec commune, avec croisade de l'intérieur, qui va.
Dominique Barthélemy
Durer plus longtemps. Et même à l'époque de la croisade albigeoise, au début du XIIIe siècle, on va trouver des communes diocésaines méridionales qui donneront un coup de main.
Xavier Mauduit
Aux partisans de la croisade. Alors, on n'a pas de date précise, j'imagine, pour la fin de la paix de Dieu ou de la trêve de Dieu. Il n'y a pas... Pas quand même. Enfin, c'est-à-dire, un petit peu. On a quand même eu une petite idée de la manière dont ça s'arrête. Bon, de la trêve de Dieu, on a l'impression que ça s'arrête parce que, or, de la Normandie et de l'Urgel, ça ne marche pas bien. L'épée diocésaine, il y a beaucoup d'endroits où elles ne sont pas relancées. Dans la France du Nord, dans la zone capétienne ou chez les princes voisins, il n'y en a plus après 1120-1130. Mais dans le Midi de la France, ça dure assez longtemps. Et on a une documentation encore, qui est très intéressante, dans le diocèse de Mande, mais aussi dans le diocèse de Bordeaux, dans le diocèse de Caor et d'autres, on voit les dernières paix diocésaines qui sont véritablement détruites et remplacées par les agents des rois. Saint Louis dans le Gévaudan, Henri III d'Angleterre pour la région de Bordeaux. À un moment, le Sénéchal royal de Bocaire arrive à Mande et il dit « L'évêque a du mal, l'évêque commet l'imprudence d'appeler le Sénéchal royal. qui dit, je fais la paix avec vous, je vous aide.
Dominique Barthélemy
Et puis finalement, ayant mis la main dans le processus, le Sénéchal au royal remplace l'évêque dans cette action de paix diocésaine et puis l'abolit parce qu'on passe à d'autres procédures de paix du roi. Quelle démonstration Dominique Barthelmy, non mais voilà nous en sommes arrivés à l'autorité royale désormais pour assurer la paix. Merci vivant à vous d'être venu dans le.
Xavier Mauduit
Cours de l'histoire.
Dominique Barthélemy
Chevaliers et miracles. Les miracles de l'an 1000, c'est publié chez Armand Colin, Allemagne et France au cœur du Moyen-Âge avec Rolf Grosseux, c'est publié chez Passé Composé, merci beaucoup à vous. Merci à vous. Et puis prochain épisode dans le cours de l'histoire, toujours des questions de paix, maudite soit la guerre aux origines du pacifisme. Le pacifisme de conviction, le pacifisme catégorique, celui qui refuse absolument tout engagement armé, il faut bien dire qu'il est assez rare dans les doctrines, dans les écrits. C'est quelque chose qui est beaucoup plus ressenti que véritablement théorisé. La voix de Michel Vinoque. Dans le cours de l'Histoire sur France Culture, une émission préparée par Cassandre Puel, réalisée par Thomas Beau, avec à la technique Alex Deng. Le cours de l'Histoire.
Le Cours de l'histoire — France Culture
Date: 06 January 2026
Host: Xavier Mauduit
Guest: Dominique Barthélemy (historien médiéviste, membre de l’Institut)
This episode dives deep into the origins and significance of “la Paix de Dieu” and “la Trêve de Dieu” at the turn of the first millennium in France. Xavier Mauduit and renowned medievalist Dominique Barthélemy examine how the Church intervened to limit violence in a society shifting from Carolingian order toward feudal fragmentation, how chroniclers and historical sources shaped our view of the period, and the complex interplay between religious reform, social conflict, and the roots of French identity and governance.
[02:00–03:15] The idea of the year 1000 as a radical break or “chaos primitif” is more a product of historiography than reality; it’s perhaps “l'année zéro” for French identity but the actual daily life and societal structures changed more slowly and continuously.
[03:15–05:05] Difference between the historian’s chronology (l’an 1000) and the lived reality: for contemporaries, the precise date was often unclear; the period is best defined by the decline of Carolingian royal authority and the rise of local powers.
[13:30–15:55] Common violence (vendettas, seigneurial conflict) was real but also regulated; vengeance was culturally and socially circumscribed, not unbridled chaos.
[15:55–16:44] Key problem: seigneurs traditionally inflicted violence not directly on each other (due to armoured protection, castles, and the risks involved) but on each other’s peasants — a social dynamic these religious “paix” aimed to mitigate.
Initiated by bishops, first codified in Charroux (989), later at Le Puy (994)
Not universal: applied locally (diocesan/provincial assemblies) but gradually adopted elsewhere.
Focus: protecting churches, clergy, unarmed people, and most importantly, peasant property from feudal violence.
Enforced via assemblies where nobles took oaths; violations brought social and religious sanctions.
Emerged in the early 11th century, particularly in southern France and Catalonia.
Rather than banning certain acts all the time, the truce banned acts of violence at certain sacred periods (Sundays, major feast weeks, liturgical periods).
These periods were considered “under Christ’s protection” — infractions faced religious penalties, including penance and even exile.
More European in ambition; gained papal support by the time of the First Crusade but waned in later centuries.
[40:43–43:26] Initially decentralized—led by bishops at the provincial scale, not the pope—these movements predated papal centralization, but were later integrated into canonical law (especially the Trêve de Dieu).
[47:59–50:25] Over time, especially after 1120–30, such peace assemblies waned as royal authority took precedence (especially in northern France), but survived longer in the south, until royal or princely power absorbed or replaced them.
Urban II’s call for the First Crusade drew on the rhetoric of channelling knightly violence away from intra-Christian conflict and towards the Holy Land—but this was not the only or even primary motive in period sources.
The Trêve de Dieu and crusade movements overlapped temporally and thematically; enforcement and effectiveness remained mixed.
This episode debunks myths of medieval chaos and underscores the sophisticated ways in which the Church and secular authorities tried to channel and mitigate endemic violence, offering valuable insight into the complex origins of social order, collective discipline, and French political identity. The “Paix de Dieu” and “Trêve de Dieu” were not just spiritual ideals but legislative and judicial innovations—often enforced by both spiritual and material means—whose aspirations, limitations, and legacies echo into the emergence of royal power and the shaping of medieval Europe.