
Photographie, une histoire sans cliché : Copier, coller, manipuler, histoire du photomontage
Loading summary
Max Bonhomme
Histoire.
Interviewer/Host
Du photomontage. Dès les origines de la photographie, l'idée de retoucher les clichés paru comme une évidence, ne serait-ce que pour cacher un défaut, ajouter de la couleur. Et puis, il y a des essais, des superpositions de photographies, des assemblages. Mais ici, ce qui importe le plus est la démarche, l'intention. Pourquoi couper, coller des photographies ? Dans quel but ? Artistique.
Max Bonhomme
Ou propagande ? Alors, la photographie, effectivement, nous fournit le réel absolument tel qu'il est. Mais le photomontage, je l'ai fait, quand même, de clichés différents sur.
Interviewer/Host
La même feuille. Certains photographes comme Eugène.
Max Bonhomme
Appert n'hésitent pas à faire des.
Interviewer/Host
Mises en scène. Ici, ces Versaillais morts ne sont que des figurants. Une grosse partie de ce qui a se passé au XXe.
Max Bonhomme
Siècle part de l'audace qu'ont eue les artistes Zada et principalement de cette invention du collage qui date.
Interviewer/Host
Des années 1920. Qui étaient des photomontages dont la qualité artistique est encore aujourd'hui reconnue, qui.
Max Bonhomme
Était une.
Interviewer/Host
Innovation. artistique considérable. Le cours de l'histoire Pour débuter une émission consacrée au photomontage, il fallait bien un montage sonore où des voix se croisent. C'est une réalisation de Thomas Beau, qui réalise le cours de l'histoire avec à la technique aujourd'hui Marie-Claire Oumabadi. Et dans ce montage sonore, nous avons croisé Roland Barthes, critique, littéraire, sémiologue, Willi Ronis, photographe, Jean-Claude Gautrend, historien de la photographie et tant d'autres. L'histoire du photomontage, une histoire qui va nous faire traverser mes presque deux siècles de regards portés sur la photographie. Avec vous.
Damaris Amao
Damaris.
Interviewer/Host
Amao. Bonjour. Bonjour. Vous êtes docteur en histoire de l'art attaché de conservation au cabinet de la photographie du Centre Pompidou. Max Bonhomme, bonjour. Bonjour. Vous êtes historien du design graphique et maître de conférences à l'Université de Strasbourg. J'évoquais pour ouvrir cette émission l'idée que dès les origines de la photographie, les clichés ont été retouchés. On peut le rappeler quand même, la photographie c'est un résultat qui sort brut à un moment donné. Mais l'idée de mettre de la peinture par-dessus, de gratter, de corriger, ça c'est quelque chose qui apparaît très très tôt.
Damaris Amao
Dans Marisa Maho. Oui, c'est vrai qu'on a l'habitude d'attribuer le photomontage à une pratique d'artiste du XXe siècle, mais c'est vrai que dès le début de l'invention de la photographie, on commence à triturer, notamment avec l'apparition du calotype, ce médium spécifique inventé par Talbot, qui permet d'avoir un négatif et de produire plusieurs épreuves. Et déjà, à partir de ce moment-là, on s'amuse dans les années 1850 On ne se revendique pas comme photomonteur, on n'assume pas le fait de tricher, puisqu'il s'agit quand même de faire de la photographie, ce serait un document, un miroir du réel. Mais par exemple, si on pense à Gustave Le Gray avec ses célèbres marines, qui ne pouvaient pas avoir pris la prise de vue directement tel qu'elle, il a dû photographier le ciel, photographier la mer et les assembler pour faire ces célèbres photographies de mer. Donc, dès les années 1850-60, on s'amuse.
Interviewer/Host
Déjà à triturer. C'est ça le photomontage, c'est assembler des éléments qui viennent de deux photos différentes, Max Bonin.
Max Bonhomme
? Oui, c'est ça. C'est une pratique, une technique d'assemblage à partir d'images préexistantes. D'ailleurs, ça peut être... Généralement, c'est plusieurs photographies, mais ça peut être aussi parfois une seule photographie qui peut être détourer, retoucher et combiner aussi à d'autres éléments graphiques. Ça, c'est assez important au XXe siècle, c'est-à-dire la façon de combiner la photographie à la typographie, par exemple, à des slogans, à des textes. Et donc, en fait, cette technique, elle mélange, au fond, la photographie.
Interviewer/Host
À d'autres formes d'expression. de manière très technique d'ailleurs. Comment procède-t-on pour réaliser cela ? Alors j'entends bien, et vous l'avez dit Damaris Armao, ça dépend aussi du support avec un daguerreotype, c'est-à-dire une plaque de cuivre, c'est pas possible.
Damaris Amao
C'est compliqué en tout cas. En effet, c'est vrai que si on revient un peu sur la généalogie, si on reste un peu sur le XIXe, il y a le moment en effet de l'apparition du négatif et de la production de différentes épreuves à partir d'une même matrice qui est un moment déterminant pour qu'on puisse arriver au photomontage. Donc il faut déjà soit produire des images ou soit en collectionner. On n'est pas obligé de faire soi-même des photographies pour faire du photomontage, ça c'est intéressant. Et puis à l'ère analogique, on parle de la période avant l'ordinateur, vous avez quand même besoin un petit petit peu du ciseau, un petit peu de la colle. Et bien sûr, quand on parle du photomontage, si on doit le distinguer un peu du collage, on reste dans une approche ou dans une technologie strictement photographique. Avec cette idée que si on veut faire une distinction, le photomontage, à la fin, on ne voit plus du tout la couture, on ne voit plus le morceau de colle ou les petites irrégularités des motifs qui ont été assemblés pour faire cette image. à la fois composite et globale, alors que dans le collage finalement, si on pense au collage dadaïste ou au collage des amateurs de l'aristocratie britannique qui faisait elles-mêmes aussi des collages, eh bien on voit finalement la souture, la couture, la.
Interviewer/Host
Différence entre les différents morceaux. Avec l'idée qu'il est possible de prendre en photographie quelque chose qui a été transformé à partir de collages. Et dès lors, le collage n'est plus un collage, ça devient une autre photo. C'est dire qu'il y a tant et tant d'approches possibles autour du photomontage. Ça dépend aussi de la destination, si c'est destiné à être imprimé. Max Bonhomme, là, on va trouver tant de possibles. Ce photomontage, il peut être à usage personnel, domestique, avec des gens de la famille ou à usage beaucoup.
Max Bonhomme
Plus large pour être publié. Oui, tout à fait. Et c'est vrai que Damaris parlait du XIXe siècle. Et au XIXe siècle, ces pratiques-là, elles sont principalement dans le domaine privé. Effectivement, on va avoir des collages avec des photographies de famille. On va aussi avoir beaucoup de photographes de studio, donc des portraitistes en fait, qui vont réutiliser ces portraits pour en faire des composites, ce qu'on appelle parfois des photos mosaïques, ou mettre la tête de quelqu'un sur le corps de quelqu'un d'autre, à des fins humoristiques par exemple. Et puis progressivement, ensuite au XXe siècle, effectivement c'est une technique qui va rentrer dans le domaine de la communication politique, de la propagande et donc qui va s'appuyer beaucoup plus sur les médias imprimés, sur la presse, la.
Interviewer/Host
Fiche, la carte postale aussi. Oui parce que là vous avez raison, dans ce que vous disiez, j'avais en tête l'image de ces photographies du XIXe siècle où il y a presque toute la généalogie familiale et on pense notamment aux dynasties Si on est sous le Second Empire, on va avoir le couple impérial en haut, toute la famille, toutes les photos, c'est collé. C'est du photomontage. Oui, mais le Second Empire se termine en 1870 et quelques mois plus tard, un événement dramatique qui a marqué les contemporains, c'est.
Max Bonhomme
La Commune Insurrectionnelle de Paris. Certains photographes.
Interviewer/Host
Comme Eugène Appert n'hésitent pas à faire des mises en scène. Ici, c'est Versailles est.
Max Bonhomme
Mort, nous sommes les figurants. Et n'oublions pas qu'à l'époque, les gens, en voyant une image, il y avait une aura de vérité sur l'image. C'était vrai. Or, toutes ces photographies d'écrits de la.
Interviewer/Host
Commune, ce sont des montages. C'est-à-dire que.
Max Bonhomme
M. Hapert a fait les mises en scène, et sur chacun des personnages, il a recollé le véritable visage des personnages dont il décrivait, soi-disant, l'action. Tout est en.
Interviewer/Host
Photomontage. C'est superbement bien fait. C'est remarquable.
Max Bonhomme
De qualité et de technique. Mais c'est déjà, je veux dire, une histoire de propagande, parce que c'est déjà une utilisation du média à des fins idéologiques.
Interviewer/Host
Qui en appelleront bien d'autres. Jean-Claude Gautrend, historien de la photographie, qui s'exprimait à partir ici des photomontages de la Commune de Paris, donc on est en 1871, sur l'usage de propagande sur ce photomontage. D'ailleurs, quels sont-ils ces photomontages au moment de la.
Max Bonhomme
Commune ? Alors en fait c'est une série d'images qui s'appelle donc Les Crimes de la Commune, qui est réalisée par deux frères, les frères Appert, qui sont des photographes portraitistes, comme ceux qu'on vient d'évoquer, c'est-à-dire qui ont une pratique essentiellement commerciale, pas du tout militante. Il ne faut pas projeter sur Appert la figure du photographe ou de l'artiste militant du XXe siècle. Il réalise cette série en 1971 qui va venir reconstituer des scènes qui n'ont pas été réellement photographiées. Les exactions des communards, notamment l'exécution de prêtres, par exemple. Et cette série va s'appuyer sur des portraits de vraies personnes puisque les deux frères Appert ont photographié les communards emprisonnés et donc ils vont réutiliser ces portraits pour reconstruire ces scènes qui sont comme des petits tableaux, des petits tableaux d'histoire, mais photographiques. Et donc, on a ici une façon de reconstituer presque l'événement a posteriori. dans lesquelles on voit assez bien les ficelles. Si vous regardez ces images, l'opération d'assemblage est assez sensible. C'est une série qui a été assez bien diffusée à l'époque dans différents formats, mais pas encore imprimée, puisqu'en 71, on n'a pas encore la possibilité véritablement d'imprimer des photographies dans les journaux par exemple, ce sera avec les.
Interviewer/Host
Procédés photomécaniques que ça deviendra possible. Un usage de propagande évidemment, ces clichés du côté Versaillais bien sûr, pour discréditer toutes celles et ceux qui ont participé à la Commune de Paris. Et ici nous avons donc du photomontage à usage de propagande, à usage commercial aussi, au sens où il répond à une demande. On a envie de voir ces images-là, il n'y avait personne qui était là sur le moment, donc ça crée quelque chose. Dans l'histoire du photomontage, j'entends bien ici que la démarche première c'est d'un artiste, pour le dire simplement, en qualifiant le photographe qui réalise des portraits. C'est après l'usage que l'on en fait. La voie de propagande adoptée donc en 1871 au moment de la Commune se construit dans le même temps avec une autre démarche qui est une démarche artistique. Quand peut-on mettre en avant la volonté d'utiliser le photomontage comme une création artistique ?
Damaris Amao
Il y a un moment qui se distingue ici C'est vrai que cette question du moment premier est toujours une question difficile. On doit quand même convenir que les dadaïstes, notamment les dadaïstes berlinois, revendiquent la paternité du photomontage, même s'ils ont admis, dans des témoignages ou entre autres, qu'ils s'inspiraient, on a parlé de ces cartes postales créatives, de ces pratiques récréatives du XIXe siècle, et ils s'inspirent de ces pratiques-là. Donc les avant-gardes puisent beaucoup dans les pratiques extra-artistique pour fonder un nouvel art. Et c'est la volonté des dadaïstes comme Anna Euch, Raoul Osman, en utilisant le photomontage, d'aller à l'encontre des pratiques traditionnelles de l'expressionnisme de l'époque notamment, et de voir avec la photographie et.
Interviewer/Host
Le photomontage un art de ce temps. Avec ici ce paradoxe, la volonté d'offrir un art différent grâce au photomontage, mais tout en s'inspirant de ce qui plaît beaucoup à l'art un peu convenu ou populaire, c'est-à-dire ces cartes postales constituent elles-mêmes de photomontages. Donc il y a.
Damaris Amao
Un renversement ici de l'utilisation du photomontage. Oui, on est chez des artistes. Je pense par exemple à Anna Hösch qui, bien sûr, avait des études d'art graphique, mais qui a travaillé une grande partie de sa vie dans la presse, dans un grand groupe de presse allemand et qui est pétri, nourri par l'univers de la presse et des médias et qui, en même temps, va utiliser cet univers en piochant directement dans les magazines pour en.
Interviewer/Host
Livrer.
Max Bonhomme
Une critique culturelle, sociétale et politique. Dada. Dans le Berlin des années 1920, un virus fait rage. Il vient de Suisse et s'attaque à l'art, particulièrement celui des valeurs établies. Son nom claque comme un mot d'enfant, Dada. Il ne veut rien dire, mais porte la révolte de toute une génération. Une jeune femme du nom de Anna Hoch pourfendra ainsi, à coups de collages iconoclastes, l'ordre politique et moral d'une Allemagne déjà emportée vers le fascisme. C'est un mouvement de.
Damaris Amao
Révolte contre les codes établis et d'invention.
Max Bonhomme
Et je crois qu'une grosse partie de ce qui va se passer au XXe siècle part de l'audace qu'ont eue les artistes Zada et principalement de cette invention du collage qui date des années 1920 avec Anna Huch, mais aussi Haussmann, Hartfield et un certain nombre d'autres artistes. Le mouvement Dada passé, Anna Hoche poursuivra ses collages jusqu'au bout de sa vie, accédant à son tour au.
Interviewer/Host
Panthéon des artistes, un panthéon passablement transfiguré. Nous étions sur FR3 en 1992 avec une interview, une intervention de Patrick Lenoën, un historien d'art qui évoque ce mouvement Dada. Max Bonhomme, vous êtes co-commissaire avec Aline Theret de l'exposition « Couper, coller, imprimer, le photomontage politique au XXe siècle », c'était à la contemporaine Annanterre. Le moment du photomontage est à inscrire dans un mouvement beaucoup plus vaste. C'est l'image d'Adda, c'est une réaction à la première guerre mondiale où la photographie est aussi omniprésente sous forme de propagande. C'est-à-dire que les gens qui désirent avoir des photographies, désormais, peuvent.
Max Bonhomme
Les trouver dans des magazines, peuvent les découper facilement. Oui, c'est vrai que le mouvement Dada est une réaction à la guerre et que les photomontages dadaïstes berlinois s'appuient beaucoup sur un imaginaire qui est celui de cette image manipulée qui circule pendant la Première Guerre mondiale. à la fois du côté de la propagande, on va dire officielle, et à la fois du côté de bricolage qui circule aussi par voie postale. Ça fait vraiment partie des sources d'inspiration. Et puis, il y a évidemment l'enjeu politique, puisque Dada Berlin, c'est 1918, c'est le spartakisme, c'est un mouvement révolutionnaire avorté quelque part. et la mémoire de cette tentative révolutionnaire qui va devenir assez cruciale dans les développements ultérieurs du photomontage parce que des gens comme John Hartfield, qui est allemand comme son nom ne l'indique pas puisque c'est un pseudonyme. Il a choisi ce pseudonyme anglais par anti-nationalisme. Donc John Hartfield, mais aussi George Gross vont vraiment faire du photomontage, à partir de ce moment-là, à une technique d'Agitprop. Très clairement, c'est-à-dire qu'on a à la fois une adhésion au programme du parti communiste allemand, ils adhèrent au KPD dès sa fondation, Et puis un dialogue assez étroit avec ce qui se passe du côté de l'Union soviétique et avec le constructivisme qui joue aussi le rôle de référence. Cette idée d'un art mécanique aussi est assez importante dès le début. À la fois un art mécanique et un art révolutionnaire. Il.
Interviewer/Host
Y a vraiment ces deux choses qui fonctionnent ensemble. Dans cette effervescence créatrice de l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, c'est la République de Weimar, on a ici tant de personnages qui tentent tant de choses. On a cité Anna Hoch d'Amaris Amau, c'est là aussi une figure qui se dit, il faut créer des choses, saisir tout ce qui est possible. Et dans les voix qui sont proposées, en l'occurrence ici, il y a l'idée de Alors couper, coller, pour.
Damaris Amao
Réaliser quoi ? Des collages ? Des photomontages ? Un peu de tout en fait ? Oui, on est à la croisée des pratiques. Pour Dada, on a peut-être l'habitude de parler plutôt de collage, de photocollage. Parce que si on prend par exemple l'exemple d'Anaheuch, je l'évoquais tout à l'heure, Elle ne prend pas directement, de rares exceptions, de tirages photographiques, d'épreuves photographiques. Elle puise directement, elle prend son ciseau et elle découpe des motifs dans des revues imprimées. L'entre-deux-guerres, l'après-Première Guerre mondiale... et une période de boum de l'illustré, du magazine illustré. Je l'ai dit, Anna, eux, je travaille aussi dans le milieu de la presse, donc elle a à disposition autour d'elle d'un certain nombre de magazines, mais des figures comme Georges Kraus, on a aussi des témoignages où il raconte qu'il Il passe des journées à découper, à constituer ce qu'on appelle sa morgue, sa morgue d'images, qui est un terme de la presse pour désigner ces boîtes où on répartit par thématique les motifs qu'on a découpés. Donc Georges Kraus, Anna Eusch, également Eurochenko, étaient des grands praticiens de la découpe et du collage pour finalement créer quoi ? recréée dans l'un de ses, par exemple, de ses photocollages les plus connus. Alors le titre est un peu long mais où elle propose de couper avec le couteau de cuisine d'Adda finalement l'image de la société de Weimar. L'idée est de reprendre des motifs ou des portraits de figures importantes de la société de Weimar, de les recomposer dans une sorte de composition complètement chaotique, cacophonique et à la fois de montrer l'absurdité de.
Interviewer/Host
Cette société de Weimar et de poser un regard ironique dadaïste sur cette situation. Avec ici l'évocation de mouvements qui se côtoient, qui s'observent et qui au même moment cherchent à créer et peut-être à bousculer un peu le monde. Vous avez cité Rodchenko qui nous conduit du côté de la Russie, le constructivisme russe regarde ce qui se passe avec le dadaïsme à Berlin mais ailleurs aussi. Ces mouvements là, ce sont des mouvements vraiment européens de création et l'intention artistique ou propagande ou chambouler le monde, en fait, n'a pas vraiment de sens. C'est-à-dire que les choses peuvent se croiser. On peut être artiste.
Damaris Amao
Et on veut chambouler le monde. C'est la définition même, sans doute, de l'artiste. On est chez des avant-gardes qui cherchent à réunir l'art et la vie, qui s'opposent strictement, si on prend par exemple Dadaïs de Berlin, qui s'oppose au mouvement expressionniste allemand, jugé beaucoup trop romantique, avec cette figure de l'artiste qui reste en dehors de la société. Nous sommes chez des figures, des artistes, on devrait aussi citer le nom de Laszlo Molyneux, qui se conçoivent comme des acteurs de la société. Et donc, ils produisent, ils utilisent le.
Interviewer/Host
Mot produire pour la société et doivent prendre part aussi au changement de celle-ci. Est-ce que l'on peut voir Max Bonhomme, des orientations nationales sur ces mouvements-là, parce que je dis d'une manière un peu affirmative, c'est un mouvement européen, non mais il y a peut-être des écoles qui se distinguent ici, il se passe quelque chose de particulier en URSS désormais, parce que dans les années 1920.
Max Bonhomme
On sait bien qu'il y a là-bas une volonté de produire un art particulier. Oui, il y a un développement assez spécifique du photomontage en Union soviétique qui découle de la culture artistique particulière de ce pays, en tout cas de la Russie, c'est-à-dire l'héritage de Malevitch, d'une conception de la surface comme une surface plane, abstraite. Et l'intégration de la photographie là-dedans va être effectivement un des traits spécifiques de cet endroit-là, avec des figures comme Elissitsky, Rodchenko, on vient d'en parler. En Union soviétique, d'ailleurs, c'est à cet endroit-là que le terme même de photomontage va véritablement être adopté. C'est-à-dire qu'on cite à raison les dadaïstes berlinois qui parlent effectivement de montage, mais photomontage, il semblerait que ce soit plutôt En l'occurrence, une invention de vocabulaire soviétique, en dialogue assez étroit avec le cinéma d'ailleurs, puisque ça va être dans des revues comme Kinofot ou la revue Lef, dans laquelle on a aussi bien des théoriciens du cinéma comme Dziga Vertov que des artistes constructivistes comme Rodchenko. On va penser cette idée d'un assemblage d'éléments préexistants. Donc il y a quelque chose de très particulier à la culture artistique et même intellectuelle soviétique. Il y a aussi l'influence du formalisme russe qui est aussi assez importante. Et les photomonteurs soviétiques, parmi lesquels on doit mentionner aussi Gustav Cloutis, qui va produire une importante série d'affiches autour de 1930, donc dans le contexte du premier plan quinquennal. ils revendiquent vraiment leur différence par rapport au développement d'Europe occidentale. C'est-à-dire, Gustave Cloutis va dire, le photomontage occidental, disons d'Europe de l'Ouest, c'est de la publicité. C'est quelque chose qui a toujours une proximité plus ou moins, qui est plus ou moins au service du capital. Tandis que le photomontage soviétique est l'art authentique du socialisme. et donc n'a rien à voir dans ses développements. Donc il.
Interviewer/Host
Y a une façon aussi de se différencier et d'affirmer son autonomie comme ça. Avec des affiches, vous venez de le dire, comment se construit ce photomontage ?
Max Bonhomme
C'est-à-dire quel type d'éléments de photographie sont assemblés pour transmettre un message ? Alors, la plupart du temps, Damaris en a parlé un petit peu, on va principalement utiliser des images qui sont en fait déjà imprimées, c'est-à-dire qui sont trouvées dans la presse, dans les journaux, qu'on va venir découper, assembler, coller, par collage, et ensuite refotographier, et ensuite les imprimer, puisque c'est très souvent des images qui ont vocation à être diffusées par les médias imprimés. Donc il y a ces différentes opérations. Et quelque part, on boucle la boucle de l'image imprimée, puisqu'on prend des images imprimées, on les découpe manuellement, puis on les réimprime. Mais il existe aussi des cas dans lesquels les photomonteurs, photomonteuses vont réaliser des photographies. Par exemple, Cloutis, avec sa compagne Kulagina, en Union soviétique, vont se mettre en scène. Ils réalisent eux-mêmes des photos. se mettre en scène en tant qu'ouvrier, en train de marcher avec le marteau et la faucille à la main. Il y a aussi ce travail de mise en scène, de réalisation de prise de vue, qui va être aussi pratiqué par quelqu'un comme.
Interviewer/Host
Hartfield. Presque une sorte de petit théâtre. qui va servir de base ensuite pour ses montages. Et puis il n'y a pas que de la photographie sur ces affiches au sens où il y a un apport supplémentaire qui peut être du dessin, qui peut être des aplats de couleurs. Ce ne sont.
Max Bonhomme
Pas que des photographies, c'est ça d'ailleurs qui en font des œuvres, qui aujourd'hui nous parlent. Oui, tout à fait. En fait, ça, des gens comme Artfield ou Clotis l'affirment très clairement, le photomontage, c'est toujours l'adjonction à la photographie d'un élément externe quelque part. Typographie, effectivement, couleur. ou même un slogan, ne serait-ce que l'interaction d'un élément photographique avec le discours, le langage, crée quelque chose comme un troisième sens. C'est-à-dire que la prise de vue en tant que telle, l'enregistrement, est muet quelque part. Enfin, on pourrait le voir comme ça. Et donc, l'acte essentiel du photomontage, c'est de venir faire parler l'image. On peut la faire parler de plein de façons différentes. Parfois, il suffit simplement de juxtaposer deux images ou deux fragments d'images. Parfois, il suffit d'y ajouter une légende ou de la couleur ou d'isoler un motif. Mais dans tous les cas, on transforme quand même.
Interviewer/Host
La perception de l'image d'origine et on n'est plus dans l'enregistrement, on est dans autre chose. Damaris Amaho, vous avez co-dirigé l'ouvrage Photographie, Armes de classe, Photographie sociale et documentaire. Là nous sommes en France, dans l'entre-deux-guerres, mais ça vaut parce que par les partis communistes on sait bien qu'il y a ces échanges et cette volonté graphique simplement d'envoyer un message. On reconnaît une affiche du parti communiste parce que par l'utilisation de couleurs, par ses figures d'ouvriers, d'ouvrières, on a des messages envoyés. La porosité avec le monde des arts est très forte ici parce que les créations des.
Damaris Amao
Artistes inspirent d'autres artistes qui d'ailleurs parfois sont les mêmes pour la réalisation d'affiches de propagande. Oui, au début, donc là on avance un petit peu dans le temps, si on arrive au début des années 30 par exemple, vous parlez de ces artistes qui finalement prennent leurs responsabilités, on pourrait ajouter les intellectuels, ce qui fait penser par exemple à la création en 1932 de l'AER, l'Association des artistes et écrivains révolutionnaires, qui va rassembler les artistes et les intellectuels dans différentes sections, les photographes, les écrivains, les architectes, les danseurs, les chanteurs, qui vont devoir faire pousser leur pratique artistique vers l'engagement, vers le militantisme, et trouver des formes les plus efficaces. Et donc dans cette idée, notamment dans la section photographique, il y a cette idée qu'il faut proposer une alternative aux discours bourgeois et capitalistes dans la presse, et trouver des modalités pour faire mieux parler la photographie. Et c'est très intéressant parce que dans les années 30 en France, autour de cette association des artistes écrivains révolutionnaires, va se débloquer des débats sur quelle esthétique adopter pour être le plus engagé. Faut-il faire simplement de la photographie documentaire ou réaliste ? Ou faut-il adopter le photomontage ? on pourrait penser au texte d'Aragon, Louis Aragon, ex-surréaliste, qui va devenir un militant communiste et animer ses structures culturelles et artistiques dans les années 30, et qui va prendre parti pour Hurtfield, qu'a évoqué Max, et pour le photomontage, parce que le photomontage est un art qui donne du sens aux images. Et ça c'est quelque chose d'assez intéressant de voir.
Interviewer/Host
Comment cette question du militantisme et du politique va polariser faire des discussions au sein des groupes artistiques. Oui parce que Max Bonhomme, c'est vrai que le contexte que vient d'évoquer Damaris Samao est important pour saisir la place du photomontage dans l'univers culturel qui est proposé. C'est la montée des fascismes, du nazisme, enfin les artistes ne sont pas indifférents évidemment à tout cela. Et le photomontage.
Max Bonhomme
S'Est perçu comme un moyen de pas convaincre, mais au moins d'envoyer un message très clair, facilement perceptible. Oui, c'est ça. C'est aussi une façon d'intervenir dans un environnement médiatique. Parce que si on reprend l'exemple de John Hartfield, les montages de Hartfield, ils sont surtout, si on pense à ceux qui sont publiés dans l'A.I.Z, l'Arbeiter Illustrierte Zeitung, à partir de 1930, il s'appuie sur les images qui sont diffusées dans la presse des opposants, en tout cas dans la presse bourgeoise. C'est une sorte de critique des médias et aussi une critique de la rhétorique qui va être de plus en plus la rhétorique de l'extrême droite, en détournant ces images et ces discours, en fait. Mais en les détournant, pas seulement dans un champ qui va être celui du monde de l'art et des galeries, mais vraiment dans la presse à grande diffusion. C'est-à-dire que la IZ tire jusqu'à 400 000 exemplaires. C'est le deuxième illustré allemand À l'époque, l'idée, c'est vraiment de s'emparer des médias de masse pour intervenir politiquement et pour transformer la.
Interviewer/Host
Vision des choses en adoptant ce qui est une vision de classe, à ce moment-là, assumée comme telle. Oui, parce qu'on est dans une période de médias de masse, évidemment, partout en Europe. Il n'est qu'à songer au journal Regards, un regard avec un S. Là aussi, ça a beaucoup marché, parce qu'il y avait du photomontage. Et justement, Willy Musenberg, militant communiste, s'exprime à propos de ce journal. Je ne sais pas si vous vous souvenez d'un hebdomadaire qui, en France.
Max Bonhomme
S'Appelait Regards, et qui a été une.
Interviewer/Host
Sorte d'innovation, en ce sens qu'il y avait beaucoup de photos. Et c'était une imitation exacte, enfin directe, je veux dire, de l'AI-7, Arbeiter Illustrierte Zeitung, le journal ouvrier illustré, qu'il a publié pendant longtemps, qui avait un très gros succès. et dans lequel.
Max Bonhomme
En particulier ont publié les photomontages de John Hetfield, qui étaient des photomontages dont la qualité artistique est encore aujourd'hui reconnue, qui était une innovation artistique considérable. La photographie est devenue un outil de propagande indispensable et excellent dans la lutte de classe révolutionnaire. La bourgeoisie a déjà compris que l'image photographique a un effet très particulier sur le spectateur. Car un livre illustré est plus facile à lire et à acheter, et un journal illustré est une lecture plus divertissante que l'éditorial d'un journal politique. La photographie a un effet sur l'œil humain. Ce qui est vu se reflète dans la tête, sans que l'être humain soit contraint à une pensée complexe. Ce qui est important, c'est l'effet politique final qui est obtenu par la compilation de plusieurs images, signatures et textes d'accompagnement. C'est le facteur décisif. De cette façon, un éditeur intelligent peut falsifier n'importe quelle.
Interviewer/Host
Photo dans le sens contraire. Il peut influencer le lecteur politiquement non formé dans n'importe quelle direction désirée. Un autre montage dans le cours de l'histoire, nous avons entendu l'historien Gilbert Badia, historien... spécialiste du mouvement spartakiste après la première guerre mondiale de Rosa Luxembourg qui s'exprimait à propos de Willy Muzenberg et ensuite une lecture par Thomas Beau d'un texte de Willy Muzenberg. Et là, ce qui est dit, Max Bonhomme, est d'une.
Max Bonhomme
Clarté saisissante. L'outil est formidable d'efficacité. Le photomontage, ça parle tout de suite aux gens. Faut en faire. C'est ça, il y a une pensée de l'efficacité presque psychique, on pourrait dire, de l'image. Il y a cette idée formulée par Munzenberg qu'un journal illustré est toujours plus divertissant que du discours et donc politiquement plus efficace. mais politiquement plus efficace en court-circuitant, quelque part, l'étape de la réflexion. C'est-à-dire qu'il y a quelque chose qui est assumé chez Münzenberg de, finalement, d'éviter les longs discours, quelque part, et d'être dans une sorte d'efficacité directe de la propagande. Ce qui peut passer par, effectivement, le photomontage. Et donc, Hartfield va devenir un des exemples de cette approche-là dans l'A.I.Z., même si ses photomontages sont très complexes et, je pense, peuvent pas être réduits à cette idée d'une lecture directe parce qu'il y a beaucoup de couches de sens chez Hartfield, un détournement des slogans nazis, par exemple, donc des choses assez complexes. Mais par ailleurs, dans la propagande par l'image telle qu'elle est mise en œuvre dans les revues ouvrières de cette époque, donc dans Regards, par exemple, ou l'A.I.Z., Effectivement, l'idée d'une efficacité directe. Et d'ailleurs, de ce point de vue-là, ce théoricien de la propagande communiste qui est Münzenberg répond très directement à ce que font ses ennemis.
Interviewer/Host
C'est-à-dire les nazis, par exemple, qui eux aussi ont une certaine idée de l'efficacité de l'image, très différente. Oui, très différente, mais c'est ça aussi qu'il faut souligner. Ce n'est pas un mouvement lié à la volonté révolutionnaire, communiste. C'est pas que ça le.
Max Bonhomme
Photomontage. Tout le monde utilise le photomontage. On va le retrouver dans l'Italie fasciste, j'imagine, dans l'Allemagne nazie. Oui, alors. Il faut quand même considérer que c'est une pratique qui est, on l'a dit, avec Dada et le constructivisme, qui est quand même étroitement liée à une culture artistique et graphique de gauche, très clairement. Mais c'est aussi une technique qui déborde quelque part à la question de la propagande politique. On la trouve en publicité énormément. Donc, ce n'est pas nécessairement assignable en tant que tel à un bord ou l'autre. Et il est vrai que l'extrême droite, notamment l'Italie fasciste, va en tirer profit, notamment dans des grandes expositions qui commencent à être montées dans les années 30. L'exposition de la révolution fasciste à Rome en 1932 est une espèce de grande scénographie disons, qui déploie le photomontage à grande échelle. Donc cette fois-ci, plus seulement sous la forme de revues, de livres, mais en tant qu'éléments scénographiques. On est presque immergé. On parle aujourd'hui d'exposition immersive, mais les expositions fascistes sont très immersives. On est complètement plongé comme ça dans un grand photomontage. Et les commentaires de l'époque insistent sur ce côté de... On est écrasé par les images dans ces expositions-là. Donc ça, c'est un exemple assez typique de l'approche fasciste du photomontage.
Interviewer/Host
Qu'On va trouver un peu moins dans la presse et assez rarement, pour tout dire, dans l'univers nazi. Et qu'en est-il des artistes ? Parce que, Damaris Amao, vous nous avez bien expliqué que le dadaïsme se revendiquait comme ayant créé le photomontage, même si c'est pas vrai, on s'en fiche puisque c'est dada. Le surréalisme, là, dans ce mouvement, on a envie d'y reprendre la suite, mais avec des noms, et vous avez cité des noms qui sont à la fois des artistes et des militants, que ce soit Aragon, mais on pourrait en avancer d'autres. Comment s'inscrivent les artistes à ce moment-là ? C'est-à-dire qu'ils continuent à créer.
Damaris Amao
Avec du photomontage, sachant que le photomontage se trouve un petit peu partout désormais, en affiche ou dans la presse. Oui, c'est vrai que dans la continuité du dadaïsme qu'on a évoqué, le surréalisme, l'avant-garde surréaliste, littéraire, mais qui a aussi été révolutionnaire d'un point de vue des pratiques, en utilisant la photographie, en s'appropriant le photomontage ou le photocollage, a été déterminante et a disséminé comme ça dans certaines branches de l'avant-garde. On pourrait rappeler la phrase d'André Breton qui cite le conte de l'Entréamont à propos de la rencontre d'une machine à coudre sur une table de dissection pour résumer ce que serait l'esprit du collage ou du photomontage, c'est-à-dire du choc, de la coalition entre des univers différents pour provoquer de la bizarrerie et pour altérer finalement le réel. Dans le cas des surréalistes, il ne faut pas l'oublier, c'est une révolution qui est politique, qui est une révolution personnelle de la conscience, mais qui s'attaque à la société bourgeoise également. Et donc ces manières d'aller dans des chemins de traverse, dans ces types de pratiques, comme le photomontage, est une manière aussi de bousculer nos manières de voir, nos manières de percevoir le réel, qui est aussi la première étape d'une révolution. Et dans cette filiation, on pourrait penser à l'artiste Dora Maar, qui se rapproche des surréalistes dans les années 30, à l'occasion aussi d'un reprochement idéologique de son engagement politique à cette époque-là, du côté de l'AER et de l'antifascisme. Et finalement, Max évoquait les différents usages du photomontage en évoquant le fait que le photomontage est utilisé dans le monde de la presse. Et quelqu'un comme Dora Maar, qui est une très grande professionnelle de la photographie, qui va avoir une pratique de la presse avec la chambre, qui travaille aussi pour la presse, apporte la dimension professionnelle et fait rencontrer aussi l'esprit du surréalisme. Donc elle produit des photomontages qui sont remarquablement réalisés, qui sont la coexistence de réalités différentes qui vont donner lieu à des images de rêve finalement, des images complètement oniriques. et qui ont été célébrées par les surréalistes, par Éluard, par Breton, desquels elle était.
Interviewer/Host
Proche, comme des véritables images de rêve. Le caractère illusionniste de ces photomontages a beaucoup marqué cette histoire du surréalisme. Avec l'intention, nous le disions, pourquoi réaliser du photomontage ? Alors bien sûr, au fil du temps, nous nous sommes éloignés de ces photos évoquées de la fin du 19e siècle, où on bidouillait un petit peu et ça pouvait être joli, avec ici de la propagande. Mais il ne faudrait pas oublier que dans le même temps demeure le photomontage. ne serait-ce que pour de la mise en page dans la presse, sachant qu'on est sur des périodes de presse de masse. Le photomontage est partout, c'est-à-dire que les yeux, désormais, des lecteurs d'électrices sont habitués à voir des personnes détourées, des personnes.
Max Bonhomme
Déplacées de plus ou moins grande taille. Ça aussi, ça permet de saisir comment peut être perçue une affiche de propagande. Oui, c'est ça, c'est-à-dire que c'est effectivement une pratique qui, en fait, infuse complètement la culture visuelle et peut-être on s'en rend moins compte a posteriori parce que ce qui a pris le dessus, après ça, notamment dans l'après Seconde Guerre mondiale, c'est au contraire une approche de la photographie, notamment de la photographie de presse qui va être non manipulée. On va essayer de préserver l'intégrité du document. En réalité, la retouche et la manipulation d'images a toujours existé, existera toujours, d'accord ? Mais dans l'entre-deux-guerres, si on regarde effectivement la mise en page des revues illustrées, on a une très grande liberté dans le rapport à l'image. C'est-à-dire qu'on va très volontiers venir découper, assembler. Ça, on le voit très bien dans un magazine comme vue. qui est un des plus importants magazines illustrés en France, qui paraît à partir de 1928, on va avoir énormément de ces collages, de ces détournements d'images. Donc c'est vrai que c'est une pratique qui... au fond, et vraiment fait partie de cette culture de la modernité dans l'entre-deux-guerres. C'est vraiment associé.
Interviewer/Host
À l'idée presque du moderne et d'ailleurs dans une proximité très forte avec le cinéma. Le montage, c'est aussi le montage cinématographique. Et oui, c'est vrai, d'ailleurs, au cinéma, c'est de la photo assemblée avec vraiment cette idée de transmettre quelque chose, de provoquer une émotion et pourquoi pas de faire réfléchir dans un temps de communication.
Max Bonhomme
De masse avec, écoutez, c'est Roland Barthes, le sémiologue, mais au milieu de son.
Interviewer/Host
Propos, écoutez bien, il y a un.
Max Bonhomme
Mais. La photographie, effectivement, est, disons, le moyen technique relativement récent qui accrédite très fortement cette idée que nous avons une information, en quelque sorte, brute et littérale qui.
Interviewer/Host
Nous fournit le réel absolument tel qu'il.
Max Bonhomme
Est. Mais, là où les choses commencent.
Interviewer/Host
Évidemment à se compliquer, c'est que si.
Max Bonhomme
On étudie un petit peu la structure.
Interviewer/Host
Le fonctionnement de cette information qui est.
Max Bonhomme
En principe ou en espoir, en tout.
Interviewer/Host
Cas littéral, on s'aperçoit qu'il n'y a.
Max Bonhomme
Pas un seul message des communications de masse qui ne véhicule en même temps que ce sens en quelque sorte premier, fondamental, littéral, des sens second, des sens.
Interviewer/Host
Associés, qui sont des significations idéologiques, globales, diffuses, affectives, qui se rattachent et qui dessinent.
Max Bonhomme
En quelque sorte une sorte de mythologie générale de notre temps. Roland Barthes, en 1968. Max Bonhomme, faut toujours écouter Roland Barthes. J'adore écouter Roland Barthes. Mais oui, oui, en fait, ce qui est fascinant aussi quand on met en rapport l'analyse que fait Barthes ici, là, dans les années 50, avec la période de l'entre-deux-guerres, c'est que justement, certaines des figures du photomontage et de la presse militante de l'entre-deux-guerres avaient quelque part déjà un peu l'intuition et.
Interviewer/Host
En fait la mise en pratique de ce qu'explique Roland Barthes ici, c'est-à-dire l'orientation idéologique implicite de toute image, en fait, médiatique. Et c'est ça, on n'y échappe pas, on ne peut pas y échapper. Et dans l'idée de la création artistique d'Amaris Samao, nous sentons bien que la démarche militante est également assumée avec la volonté de diffuser l'image. Et le photomontage pour cela est intéressant parce que, nous l'avons cité plein de fois, il y a l'efficacité de l'image. Donc.
Damaris Amao
On est loin de l'artiste qui crée son œuvre unique, il veut aussi qu'elle soit diffusée et quel que soit le support. Oui, il faudrait que, par exemple, si on a évoqué le cas de Doramar qui s'appuie véritablement sur les ressorts de la propagande publicitaire dont elle est experte à cette époque-là et qu'elle adapte aussi à la manière de créer. On pourrait évoquer aussi d'autres figures du surréalisme qui ont quitté. On a parlé d'Aragon, mais on pourrait parler par exemple de Jacques-André Boisfard, de par exemple aussi de Lou Tchimoukov, qui vont être proches du surréalisme et qui vont assumer finalement de faire du photomontage pour par exemple un numéro spécial de l'humanité, qui parle de l'antimilitarisme et qui est notamment un des numéros communistes qui est présenté dans l'exposition à Nanterre. Donc on est chez des figures artistiques, pas toutes, peut-être ceux qui sont convaincus aussi d'une... qui sont des militants de gauche avec des degrés assez variables.
Interviewer/Host
Qui sont assez persuadés de l'importance de leur voix. et le fait d'œuvrer aussi à la lutte des classes et à l'antifascisme. Dans le livre « Couper, coller, imprimer, le photomontage politique au XXe siècle » publié par Anna Mossa et en lien avec l'exposition à la contemporaine à Nanterre, on a évidemment tant et tant de reproductions. C'est toujours facile au sens où reproduire dans un livre des images qui étaient destinées à être produites elles-mêmes dans des magazines, ça fonctionne bien, on a l'efficacité de l'ensemble. de ces images avec. Et ce qui nous surprend toujours.
Max Bonhomme
L'Inventivité, l'audace de ces photomontages. Nos affiches d'aujourd'hui, même publicitaires, sont, je ne veux pas dire assez ternes, mais enfin, ça allait drôlement loin. Et oui, justement, cette exposition, elle couvre une période qui va de la Première Guerre mondiale jusqu'aux années 90, en fait, c'est-à-dire qu'on s'arrête au tournant numérique, au fond, et à l'ère technique dans laquelle on vit, pour justement essayer de garder cette cohérence d'une culture de l'imprimé du XXe siècle, qui, comme vous le dites, je pense, est très, très riche, vraiment foisonnante de créativité dans le domaine de l'affiche, de la presse. Et c'est vrai qu'on peine à oublier quand on quand on regarde les affiches qui nous entourent aujourd'hui dans la rue ou dans le métro. Je vais.
Interviewer/Host
Un peu vite, mais c'est vrai qu'on peut avoir le sentiment qu'il y avait une liberté graphique supplémentaire, en tout cas au XXe siècle. Ah oui, avec cette véritable audace. Tout à l'heure, Damaris Amao, vous citiez les chants de Maldoror, Lautrey-Hamon à la fin du XIXe siècle. Beau comme une rencontre fortuite, celle d'une table de disque-section, d'une machine à coudre avec un parapluie, etc. C'est un peu.
Damaris Amao
Ça le photomontage tout au long du XXe siècle. C'est ce qui se retrouve aussi dans la presse. Lecture d'une revue soviétique en 1932. Le photographe veut montrer un haut fourneau et, à côté, la silhouette géante d'un travailleur qui s'appuie dessus et le dépasse en taille. C'est un symbole de la grandeur du prolétariat qui érige les gigantesques constructions de la technique socialiste tout en gardant la maîtrise sur elle. Comment réaliser une telle photographie ? Comment trouver le moyen de transformer.
Interviewer/Host
La proportion qui existe réellement entre une.
Damaris Amao
Silhouette d'ouvrier et un haut fourneau de 70 mètres de haut ? Avec une photographie isolée.
Interviewer/Host
C'Est presque impensable. Alors le photographe les prend séparément avec une échelle différente, puis fait un découpage et place les deux éléments sur la même feuille. Et bah voilà.
Max Bonhomme
C'Est tout simple en fait. Nous étions en 1932, c'est Maïwen Giziou qui lisait cette revue soviétique Proletarskoye Foto. Donc, revue de photographie, c'est ça ? Oui, c'est un tuto, c'est un tuto soviétique des années.
Interviewer/Host
30.
Max Bonhomme
C'est-à-dire, oui, de façon extrêmement simple et voilà, dans un langage qui est volontairement, quelque part, simplifié comme ça. Comment finalement créer une image de quelque chose qui n'existent pas, ou en tout cas dont on n'a pas une réelle prise de vue. Donc, comment on va venir finalement pallier ce problème ? Eh bien, c'est très simple, il suffit d'avoir recours au photomontage. Et dans cet extrait, on voit aussi comment va être mise en avant une des particularités de cette technique, c'est-à-dire la façon dont elle est très souvent utilisée, c'est-à-dire en jouant sur des jeux d'échelle. C'est-à-dire que là où une photographie ordinaire, non manipulée, est quelque part un petit peu soumise à la perspective, à l'optique. Au contraire, le photomontage peut s'émanciper de cette construction en perspective et privilégier plutôt ce qu'on pourrait appeler une perspective hiérarchique. C'est-à-dire que c'est l'élément le plus important, d'un point de vue conceptuel ou politique, qui va prendre plus d'espace dans l'image.
Interviewer/Host
On a cette possibilité offerte par le montage qui va permettre encore une fois de faire parler l'image, de vraiment donner du sens et même d'appuyer assez fort. Avec ici l'idée que ces images sont réalisées plus par des artistes que par des publicitaires. Pour le dire simplement, c'était... C'est très beau à voir, il y a une esthétique qui se dégage de ces différentes affiches. Mais dès lors, Damaris Samao, comment les artistes peuvent se positionner quand l'univers visuel des affiches dans la rue.
Damaris Amao
Des tracts à l'intérieur des magazines, il y a cette proposition aussi folle ? Il faut toujours inventer autre chose pour ne pas paraître simplement devenir dans la norme. Oui, ça me fait penser à la figure de Charlotte Perriand qu'on pourrait faire intervenir dans le contexte français qui est connu principalement pour son travail de designer et d'urbaniste et d'architecte et qui a été une figure quand même assez importante dans l'entre-deux-guerres pour faire comprendre sa vision du monde. Et par le photomontage, on évoquait le côté tuto proposé par les magazines soviétiques à l'époque. Charlotte Perriand est quelqu'un qui est pétrie de cette culture visuelle soviétique. Elle va en Russie deux fois, elle visite l'exposition de 1925, l'exposition des arts décoratifs où c'est une démonstration de force de la culture visuelle soviétique. Donc elle va même suivre des cours de propagande politique dans une université ouvrière à Paris. Et elle en revient convaincue de la nécessité de l'usage de la photographie, de l'usage du photomontage et à une échelle monumentale. Et donc, par exemple, en 1936, comme on existe à côté de la publicité, à côté de la propagande, elle va proposer un photomontage monumental au Salon des Arménagers où elle va exposer sa vision très critique des autorités parisiennes qui ne s'occupent pas ou ne pensent pas l'aménagement et le développement urbanistique de la ville de Paris. Le photomontage, c'est en 1936. Et c'était un très long mur, ça allait jusqu'au plafond. Et j'avais demandé à André Hermand de faire l'historique de Paris, pour commencer. Comment Paris s'est agrandi. Et puis j'en arrivais ensuite à Paris intra-muraux. C'est les fortifications qu'on avait démolies et qu'on aurait dû remplacer par des arbres et de la verdure. Et qu'on a remplacées par des bâtiments de briques, les uns sur les autres. J'avais pris des photos de ça, donc je les avais mis. Et j'avais pris des citations du moniteur, c'est-à-dire des grandes déclarations. Par exemple, une.
Max Bonhomme
Ceinture de Verdure va.
Damaris Amao
Entourer Paris. Puis ça n'entourait rien du tout. Enfin, toute cette misère de Paris. Et.
Interviewer/Host
Ensuite, j'avais pris des jeux de foule que j'avais découpés. presque politique, au fond. Quoique j'étais pas politique, mais enfin je.
Damaris Amao
Veux dire, c'était vraiment provocateur, en tout cas. En 1996, à Charlotte Perriand, qui s'exprimait sur sa démarche de 1936 d'Amaris Amau, il y a cette conscience d'action politique. Oui, dans ses mémoires, elle raconte aussi qu'il y a eu des personnes qui étaient impressionnées par ce photomontage, d'autres qui étaient très critiques et qui l'ont taxé de communiste, même si dans ce témoignage, elle atténue un peu son positionnement. de son engagement. A l'époque, c'est clairement une démonstration d'une vision très affirmée, très engagée, avec cette première partie qui dénonce finalement l'impossibilité de vivre dans Paris avec ce développement de la banlieue, de la zone, des îlots insalubres, de la pollution, de la manière dont il est impossible de vivre dans ce développement urbain infernal et qui n'est pas du tout géré. et elle oppose dans ce même photomontage qui fait quasiment 16 mètres de long, 3 mètres de haut, elle oppose une projection finalement de ce que serait une vie rêvée entre le sport, en harmonie avec la nature et cela véritablement dans la continuité de.
Interviewer/Host
La logique et de l'imaginaire soviétique. Donc il y a cette dialectique dont on peut retrouver finalement l'influence de ce modèle soviétique dont elle est complètement imprégnée à l'époque. C'est pas du tout celle qui est en couverture de votre ouvrage. Max Bonhomme, propagande graphique, photomontage et culture de l'imprimé dans la France des années 1930. C'est publié aux éditions de la Sorbonne et pour la couverture de l'ouvrage. C'est une image de 1933, un photomontage. conservée au musée Nicéphore Niepce à Chalons-sur-Saône. C'est un bel hommage à un pionnier de la photographie, au créateur de la photographie. Et dans cette image du magazine Vu, que vous avez déjà cité, nous voyons un homme torse nu, ouvrier sans doute broyé par les engrenages d'une machine... La force de ces images-là est encore.
Max Bonhomme
Efficace aujourd'hui. C'est-à-dire que même avec tous les outils dont nous disposons aujourd'hui, ça serait difficile de réaliser quelque chose qui envoie un message aussi net et aussi clair. Oui, c'est une image très forte et qui a d'ailleurs eu quelques descendants déjà à l'époque. On peut penser par exemple que Chaplin, dans les temps modernes, quelque part, je ne sais pas qui l'a vu ça, mais en tout cas, il y a un imaginaire qui circule. Et c'est intéressant, cette image est quelque part un peu l'opposé de ce qu'évoquait Damaris avec le photomontage de Perriand, c'est-à-dire comment il y a une partie... D'un côté, on va quelque part faire rêver, et ça c'est aussi un peu l'imaginaire soviétique, voilà, le monde nouveau, on construit comme ça un imaginaire enviable, quelque part, de ce que peut être la planification socialiste. Et d'un autre côté, on va pouvoir construire aussi des visions qui sont aussi des visions d'anticipation, mais des visions d'anticipation négatives. C'est ce qu'on voit sur ce montage de Hitchcock en couverture de vue. Un homme broyé par des engrenages, c'est les dangers du développement de la technique. Ça, ça renvoie à tout un débat dans les années 30, à ce que.
Interviewer/Host
Georges Duhamel a appelé la querelle du machinisme. C'est-à-dire, est-ce qu'on est allé trop loin dans le développement technique ? Effectivement, là, on peut parfois faire le parallèle avec aujourd'hui. Ah oui, on peut. Je vous l'assure, on peut. Et puis, dans toute cette réflexion, nous voyons que l'utilisation du photomontage à des fins de propagande, mais avec la signification très large du mot propagande. Pour convaincre les gens, va se retrouver dans tous les domaines pour la lutte anti-impérialisme, alors anti-colonial dans un premier temps. Et vous, Damaris Amahou, vous êtes la co-autrice de cet ouvrage. Décadrage colonial, surréalisme, anti-colonialisme, photographie moderne. C'est publié aux éditions textuelles. Voilà, on a ici l'idée que On peut s'emparer du photomontage pour convaincre. Mais le problème de cette histoire-là, c'est que tout le monde s'en empare. C'est-à-dire que dans le même temps, les mouvements.
Damaris Amao
Fascistes s'emparent aussi de ces outils-là parce qu'ils sont très efficaces. On arrive à les distinguer. Est-ce qu'il y a une patte spécifique dans ces différentes écoles ? C'est vrai que dans cette recherche que j'ai menée sur le contexte colonial et comment les photographes ou artistes manifestent leur opposition à l'impérialisme, notamment français, dans le contexte que j'étudiais, Eh bien, on a eu, c'est peut-être quelque chose sur lequel on pourra évoquer, qu'est-ce qu'on trouve, quelles sont les traces aujourd'hui de ces objets très précieux, le photomontage parfois destiné à être détruit, qu'il faut difficilement retrouver dans la presse. Ça a été difficile de trouver de nombreux exemples de photomontage politique et anticolonialiste. Il faut dire qu'à l'époque, il y a aussi beaucoup le dessin qui est un vecteur pour véhiculer de la charge anticoloniale, mais on a retrouvé par exemple dans un des magazines périodiques qui est exposé dans l'exposition de la contemporaine commissariée par Max Bonhomme, dans l'almanach ouvrier paysan, un précieux photomontage de Simone Kabi Duma, qui est une charge virulente à l'égard de l'exposition coloniale de 1931 et qui va prendre pour fond comme décor le plus beau, ce qui est l'emblème de l'exposition coloniale de 1931, le temple d'Ankor Wat, qui est diffusé dans toutes les revues en carte postale. à des milliers, même millions d'exemplaires. Et dessus, elle va faire un photomontage de tous les revers de la colonisation, la maladie du sommeil, le.
Interviewer/Host
Travail forcé, les lynchages à l'écart des indigènes, et donc faire dérailler cet imaginaire colonial à partir de ce photomontage. Mais c'est un des rares exemples que l'on trouve à l'époque. Des cadrages coloniales, c'est votre ouvrage, Anna-Marie Samao, avec votre co-autrice... Lila Rémy. Qui, ici, apporte ce regard vaste et riche sur le photomontage qui n'est pas simplement de l'image trafiquée pour de la publicité ou pour de la propagande. Et surtout, Max Bonhomme, on sent bien que c'est aussi la matrice de notre manière aujourd'hui de percevoir les choses. Quand on regarde.
Max Bonhomme
Comme ça, couper, coller, imprimer cet ouvrage, on a tant d'éléments qui nous évoquent des univers historiques particuliers et puis simplement des fonctionnements, des codes que nous lisons sans aucun problème. Oui, c'est ça. Cette exposition, c'est aussi une façon de faire une histoire de la culture graphique, du graphisme aussi, et pas seulement du photomontage. C'est-à-dire de nous faire comprendre comment, de notre point de vue aujourd'hui, qui est celui d'une culture essentiellement numérique, Finalement, ce rapport à l'image vient quand même de beaucoup de choses qui ont été élaborées au cours du XXe siècle. Et ce rapport à la photographie, en particulier, où la photographie n'est plus.
Interviewer/Host
Encore une fois, le document brut, mais elle est insérée dans un discours réagencé. Tout ça, évidemment, se construit dans une culture de l'imprimé telle qu'on la présente dans cette exposition. Merci beaucoup à tous les deux, Damaris Samaraud, décadrage colonial, photographie arme de classe, merci beaucoup Max Bonhomme, propagande graphique aux éditions de la Sorbonne et coupé-collé-imprimé c'est aux éditions Anamosa et c'est la contemporaine aussi à Nanterre.
Max Bonhomme
La série du cours de l'histoire photographie.
Interviewer/Host
Une histoire sans cliché, des débuts de.
Max Bonhomme
La photo au photomontage est à écouter.
Interviewer/Host
À podcaster sur notre site franceculture.fr et.
Max Bonhomme
L'Appli Radio France. Est-ce que c'est beau.
Interviewer/Host
La photographie ? Les souvenirs sur papier classé Pas d'raison pour qu'on les oublie Les beaux yeux, les beaux jours passés Est-ce que c'est beau, la photographie ? Le soleil qu'on fait prisonnier Pas d'raison pour qu'on les Les Frères oublie Jacques qui chantent la photographie dans Le Cours de l'Histoire sur France Culture, une.
Podcast: Le Cours de l’Histoire, France Culture
Date: 15 janvier 2026
Hôtes: [Interviewer/Host], Max Bonhomme (historien du design graphique), Damaris Amao (docteure en histoire de l’art, Centre Pompidou)
Durée: 9h00-10h00
Cet épisode explore l’histoire fascinante du photomontage, de ses origines au XIXe siècle à son essor comme arme artistique et politique au XXe siècle. Les intervenants analysent les multiples formes, techniques et intentions derrière le photomontage – entre manipulation artistique, propagande, critique sociale et invention visuelle. À travers l’exemple de grands mouvements (dadaïsme, surréalisme, constructivisme) et la circulation des images dans la presse, l’épisode questionne nos perceptions de la photographie comme reflet fidèle du réel et ses détournements, toujours puissants aujourd’hui.
[00:11–04:11]
[05:25–09:37]
« Il a recollé le véritable visage des personnages… tout est en photomontage. »
— Jean-Claude Gautrend (08:07)
[10:26–13:35]
« Les avant-gardes puisent beaucoup dans les pratiques extra-artistique pour fonder un nouvel art. » (10:26)
[13:35–18:50]
« Les photomontages dadaïstes berlinois s’appuient beaucoup sur un imaginaire… de l’image manipulée qui circule pendant la Première Guerre mondiale. »
— Max Bonhomme (13:35)
« Le photomontage occidental… au service du capital. Le photomontage soviétique, l’art authentique du socialisme. »
— Max Bonhomme rapporte Cloutis (20:52)
[21:38–24:14]
« L’acte essentiel du photomontage, c’est de venir faire parler l’image… un troisième sens. »
— Max Bonhomme (23:09)
[24:14–26:55]
« La photographie est devenue un outil de propagande indispensable… »
— Willy Münzenberg, lu à 29:03
[26:55–32:17]
« Il y a une pensée de l’efficacité presque psychique, on pourrait dire, de l’image. »
— Max Bonhomme (30:26)
[34:23–39:26]
« Le caractère illusionniste de ces photomontages a beaucoup marqué cette histoire du surréalisme. »
— [Interviewer/Host], (37:04)
« Nous n’avons jamais un seul message dans les communications de masse qui ne véhicule… des sens associés, idéologiques, affectifs… une mythologie générale de notre temps. »
[43:17–45:25]
« Le photographe les prend séparément avec une échelle différente, puis fait un découpage… »
— Maïwen Giziou, lecture d’une revue soviétique (45:14)
[47:14–49:56]
« Toute cette misère de Paris… c’était vraiment provocateur, en tout cas. »
— Charlotte Perriand, extrait de ses mémoires (49:56)
[54:10–55:50]
« Elle va faire un photomontage de tous les revers de la colonisation… faire dérailler cet imaginaire colonial à partir de ce photomontage. »
— Damaris Amao (55:50)
[56:27–57:15]
« Ce rapport à l’image vient de beaucoup de choses qui ont été élaborées au cours du XXe siècle… la photographie n’est plus le document brut, mais insérée dans un discours réagencé. »
— Max Bonhomme (56:27)
Max Bonhomme :
« Le photomontage, c’est toujours l’adjonction à la photographie d’un élément externe quelque part. Typographie, couleur, ou même un slogan… Ça crée un troisième sens. » [23:09]
Damaris Amao :
« On est chez des avant-gardes qui cherchent à réunir l’art et la vie… produire pour la société et prendre part au changement. » [18:50]
Roland Barthes (1968) :
« Pas un seul message des communications de masse qui ne véhicule… des sens idéologiques, globales, diffuses… une mythologie générale de notre temps. » [40:26]
Willy Münzenberg (lu par Thomas Beau) :
« Ce qui est important, c’est l’effet politique final… un éditeur intelligent peut falsifier n’importe quelle photo dans le sens désiré. » [29:03]
Charlotte Perriand :
« Toute cette misère de Paris… c’était vraiment provocateur, en tout cas. » [49:56]
Cet épisode montre la richesse, la complexité et la puissance du photomontage à travers l’histoire. Technique d’invention artistique, outil de propagande, critique sociale, il façonne nos regards et notre culture visuelle contemporaine. Les intervenants appuient sur la diversité des usages, la porosité entre art et militantisme, et la capacité du photomontage à synthétiser, critiquer ou magnifier le réel – tout en soulignant l’impossibilité, à l’ère des médias de masse, de séparer image et intention idéologique.
Pour aller plus loin
Episode hautement recommandé pour quiconque s’intéresse à la photographie, à la propagande, à l’art engagé et à l’histoire culturelle.