
Photographie, une histoire sans cliché : Les débuts de la photographie, chambre ouverte sur le monde
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Xavier Mauduit
France Culture. Le cours de l'histoire. Xavier Mauduit.
Host/Interviewer
Les débuts de la photographie, chambre ouverte sur le monde. Qui, où et quand ? Qui a inventé la photographie ? Où ? En quel lieu ? Dans quel pays ? Et est-il possible d'en préciser l'année ? C'est une histoire des techniques bien sûr, mais aussi une histoire de bricolage, une histoire de course de vitesse qui se déroule en quelques années quand se joue une révolution, celle de.
Paul-Louis Roubert
Notre manière de voir le monde. Je.
Host/Interviewer
Vais.
Paul-Louis Roubert
Vous.
Host/Interviewer
Demander.
Paul-Louis Roubert
Un.
Brassaï
Léger.
Paul-Louis Roubert
Sourire. Ça. Ça. Ça. Ça.
Brassaï
Voilà. Attention, on ne.
Paul-Louis Roubert
Bouge plus. On ne bouge pas. On ne.
Host/Interviewer
Bouge pas.
Paul-Louis Roubert
On ne bouge pas. Et.
Jeannine Niepce
Voilà.
Xavier Mauduit
C'est terminé. Vous pouvez bouger. Voilà. Le.
Paul-Louis Roubert
Cours de l'histoire. Merci M. Nadar. Vous montrerez le.
Host/Interviewer
Résultat très rapidement, d'ici deux semaines. Super, Christine Barthes, vous n'avez pas bougé. C'était un extrait de la venue de l'avenir, le film de Cédric Lapiche en 2025. Un superbe film. Vous êtes responsable Christine Barthes de l'unité patrimoniale des collections photographiques du musée du Quai Branly Jacques Chirac à Paris. Et aujourd'hui avec vous pour discuter des origines de la photographie. Paul-Louis Roubert, bonjour. Bonjour. Vous êtes historien de la photographie, professeur d'histoire de l'art contemporain à l'Université Paris-Nanterre. Dites-nous, je posais la question, mais quand ? Quand la photographie est-elle.
Paul-Louis Roubert
Née ? Alors, qui se lance ? Paul-Louis Roubert. La photographie c'est une invention perpétuelle en fait. C'est ce dont on se rend compte encore aujourd'hui, c'est-à-dire qu'on parle encore de photographie et on s'étonne encore qu'elle existe. Elle aurait pu commencer n'importe quand à partir du moment où on met en présence deux éléments qu'on connaît depuis très longtemps, c'est-à-dire la chambre obscure d'un côté, la chambre noire, et puis le fait que le nitrate d'archan noircisse à la lumière. Quand est-ce qu'on aurait pu très bien l'inventer au XVIIIe siècle ? D'ailleurs, deux anglais, au tout début du XIXe siècle, commencent à faire des premières expériences sur la fixation, ou en tout cas l'enregistrement de la lumière lunaire de la Lune, renvoyée par la Lune, Le problème, c'est qu'ils n'arrivent pas à fixer le phénomène, c'est tout l'enjeu. Et donc, petit à petit, Niepce, Daguerre et les autres en viennent à produire des expériences pour pouvoir arriver à enregistrer, fixer le point de vue de la chambre obscure. Et c'est un peu tout l'enjeu, en fait. c'est.
Host/Interviewer
De savoir comment le faire et comment stabiliser le procédé. Christine Barthes, plus que connaître l'année de l'invention de la photographie, c'est déjà définir ce qu'est la photographie. Et ce que vient de faire Paul-Louis Roubert, c'est mettre en place les éléments d'une définition parce qu'il y a plein de.
Xavier Mauduit
Choses qui précèdent la photographie telle que nous l'entendons aujourd'hui. Oui c'est ça, ça dépend si on remonte aux traités d'optique d'Alazaine au XIIe siècle, les traités arabes qui mettent en évidence la chambre noire ou alors si on se focalise sur la question de l'apparition de l'image ou sur la question beaucoup plus compliquée de comment stopper cette image qui apparaît et puis qui est.
Host/Interviewer
Difficile à effectivement instabiliser. C'est tout l'enjeu du XIXe siècle. Alors, quelle date a été retenue pour l'invention de la photographie ? Parce qu'à côté de toutes ces réflexions d'historien, d'historienne, c'est vrai.
Paul-Louis Roubert
Que la mémoire retient des dates. On a besoin de cela. Alors, l'histoire a retenu au moins deux dates qui ont un peu évolué. En 1925, on a fêté le premier centenaire de l'invention de la photographie. Parce qu'on pensait que Niepce, Nicéphore Niepce, du côté de Chalon-sur-Saône, avait réalisé et fixé la première image enregistrée au fond d'une chambre obscure. Maintenant, on pense que c'est plutôt 1826-1827. Donc ça, c'est la première fois qu'on enregistre. Et puis, c'est surtout la date de la première image aujourd'hui conservée. Et puis, il y a une seconde date qui va revenir en 2039, c'est 1839. C'est la date de la publication libre et gratuite de la recette de la photographie sous la forme du daguerreotype inventé par un décorateur parisien. Donc après, certains disent que c'est plutôt 1824. C'est un enjeu qui n'est plus tellement un enjeu historiographique. Maintenant, c'est rentré dans l'histoire de la photographie, cette histoire d'enregistrement, de date de l'invention. Ça a été, au début du XXe siècle, dans un contexte de.
Host/Interviewer
Concurrence culturelle et mémorielle extrêmement fort dans les années, dans l'entre-deux-guerres. Voilà, donc en tout cas, du point de vue des institutions, pour le ministère de la Culture, le bicentenaire de la Photographie, c'est 2026-2027. Comme ça, on est un peu sur deux années. Christine Barthes, un nom a été prononcé parce que le « quand », nous sentons qu'il est difficile à définir, mais le « qui », ni Seyfford ni Epps, ça c'est un nom qui apparaît. L'importance de Nicephore Niepce.
Xavier Mauduit
Dans cette histoire, elle est fondamentale. On ne peut pas passer à côté de Niepce. Oui, oui, oui. Je.
Paul-Louis Roubert
Vais laisser Paul-Louis répondre sur Niepce.
Host/Interviewer
Parce que sur la France, moi.
Xavier Mauduit
Je suis moins... Tu es plus sur le.
Paul-Louis Roubert
Monde. Vous, vous êtes sur le monde. Moi, je suis sur le reste du monde. Paul-Louis Roubert. Niepce... Nicephore Niepce, il a un métier au XIXe siècle, c'est inventeur. En fait, c'est un propriétaire terrien qui vit de la rente de ses terres. Il a des vignes, il a des terres, il a des bêtes. Lui et son frère vont engloutir une grande partie de cette fortune et de cette sorte d'accumulation primitive dans le but de réaliser des inventions. Ils vont réaliser un métier à tisser pour les bas. Ils vont inventer la Dresienne, qui est ce vélo sans pédale, qu'on connaît encore pas mal dans les rues de Paris et d'autres villes. Et puis, pour les enfants surtout, Yvon Niepce a une idée qui naît sans doute des conséquences de l'invention de la lithographie et de son introduction en Europe. Et l'idée, c'est de pouvoir reproduire des images avec ces mots spontanément. c'est-à-dire automatiquement. Et donc il va chercher pendant de très nombreuses années, il va commencer ses expériences dans les années 1816-1820 et jusqu'à son décès en 1833, il va chercher cette cette solution à la reproduction spontanée des images, c'est-à-dire comment faire en sorte qu'une image dont on a perdu la plaque originelle gravée puisse être reproduite par elle-même, en tout cas par des forces naturelles, sans l'intervention de la main. Et c'est tout l'enjeu de cette photographie. qui est là dans un système proto-industriel, c'est-à-dire qu'à la campagne, dans sa propriété du gras, Nice et Fornieps, seuls.
Host/Interviewer
Sans aucune formation scientifique, essayent d'inventer un système qui reproduit de lui-même les images.
Paul-Louis Roubert
Spontanément. Les images, c'est-à-dire qu'il y a une image imprimée qu'il veut reproduire ou c'est une image de la réalité ? Non, alors dans un premier temps, c'est vraiment, il a une image imprimée, il veut la reproduire à l'identique, sans avoir à graver, à tracer le quelconque trait avec sa main. Donc c'est vraiment l'idée d'une production, on dirait aujourd'hui automatique, il appelle ça spontanée. Mais pour faire ça, donc il a à sa disposition le nitrate d'argent et puis le bitume de Judée et puis de l'essence de lavande. Il utilise, c'est de la cuisine. Donc il fait un peu de cuisine, il essaye des choses, différentes choses. Il est vraiment tout seul. Il n'a aucun contact parce qu'en plus, c'est dans un contexte d'émergence des inventions et il est très jaloux de ses recherches. Donc il ne veut pas les partager. Il ne les partage qu'avec très peu de personnes. Donc, ce qu'il veut trouver, là, c'est une substance suffisamment sensible à la lumière pour pouvoir être imprimée par l'action de cette même lumière pour laisser une trace. Par faire ces expérimentations, il va utiliser un appareil qui est une sorte de concentrateur de lumière qu'on appelle une chambre noire, qu'on connaît, comme le disait Christine, depuis très longtemps, qui a été utilisé par des artistes comme Vermeer, comme Canaletto, etc. pour faire des relevés topographiques. Cette chambre obscure, munie d'une lentille, permet de concentrer la lumière. Il va utiliser ça pour faire des expériences sur la photosensibilité de certaines substances. Ce faisant, il met au fond d'une chambre obscure un support. qu'il va photosensibiliser et qui, à terme, va enregistrer le point de vue, c'est-à-dire la projection à l'intérieur de la chambre obscure, de l'image qui se trouve devant, c'est-à-dire, en l'occurrence, pour la première.
Host/Interviewer
Image, le point de vue qu'il a de la fenêtre de son laboratoire à la campagne. Voilà, les toits d'une maison, quelques champs un petit peu au loin. Alors, pour la date de cette première photographie qui est présentée comme telle, Beaucoup de discussions, donc longtemps 1825, aujourd'hui peut-être plus 1826.
Michael Gray
Peut-Être 1827. Moi, je vous donne une autre date, c'est 1822 avec un grand.
Brassaï
Photographe, Brassaï. Il y a une chose curieuse, n'est-ce pas ? C'est que la photographie, qui est née en pleine époque.
Michael Gray
Romantique, en 1822, en même temps que se déroulaient les grands événements romantiques, toutes les phases de développement de la photo correspondaient à l'époque romantique. Parce que même quand.
Brassaï
Daguerre et Niepce ont signé leur contrat, c'était l'année de la bataille de.
Michael Gray
Hernani, n'est-ce pas ? Eh bien, c'est.
Brassaï
À l'opposé du romantisme.
Host/Interviewer
La photo est née C'était quelque chose qui rappelait le réel, qui ramenait les esprits sur le réel. Nous étions en 1964 avec Abraçagui qui évoque les débuts de la photographie et le rôle de Nicephore Niepce. Donc nous sommes dans ces années 1820, comme ça c'est beaucoup plus simple. Et nous avons ici l'exploit de fixer une image. Elle est fixée au sens où ça y est, nous avons un support.
Paul-Louis Roubert
Qui permet de voir quelque chose et cela dure dans le temps. Dès lors, on a une photographie. On a une première version de la photographie. Cette photographie, elle existe, elle existe toujours. Elle est conservée à Austin, au Texas, parce qu'elle appartenait à un grand collectionneur de photographies qui a cédé sa collection au tout début de la guerre, qui s'appelait Gabriel Cromer. Ce sont les Américains qui ont acheté cette collection. Donc, elle se trouve à Austin, au Texas, dans un coffre-fort. Mais certes, l'image du réel est enregistrée, mais sauf qu'il faut un jour et demi, voire deux jours de pause. Donc, ce qui fait que lorsque Niepce va essayer de faire la démonstration de son invention, il va montrer cette image à des scientifiques, et notamment des scientifiques anglais, qui vont dire, bon, c'est très joli, mais à quoi ça sert votre machin ? Pourquoi ? Parce que sur deux jours de pause, les objets qui sont enregistrés n'ont plus d'ombre propre. Donc, il y a très peu de relief sur cette image. Il manque à cette image, elle a le côté automatique. Il lui manque la promptitude, c'est-à-dire le fait d'avoir un temps de pause suffisamment réduit pour que les objets, les êtres, quand on va suffisamment réduire son temps de pause, garde une certaine forme de réalisme. Pour l'instant, en un jour et demi, en deux jours de pause, on.
Host/Interviewer
Ne reconnaît rien ou très peu de choses. Et du coup, l'image semble inemployable ou sans objet pour le moment. Christine Barthes, on sait bien que dans l'histoire des sciences, il n'y a pas tant de frontières que cela. Les sciences, par les échanges, font que nous sommes sur des phénomènes au-delà du national. Le génie d'un individu s'inscrit dans un contexte particulier, si bien que d'autres individus au même moment subissent le même contexte. Est-ce.
Xavier Mauduit
Qu'On a d'autres gens, en même temps que Nice et Fornieps, dans ces années 1820, qui réfléchissent à reproduire la réalité ? Alors oui, il y a pas mal de personnes. Enfin, ça dépend comment on situe le nombre. Geoffrey Batchen, qui est un grand historien de la photographie, a situé autour de 25 personnes le nombre d'inventeurs qui avaient vraiment des pratiques qu'on peut qualifier d'assez proches de celles de Niepce. Le point particulier c'est que sur ces 25, il y en a 24 qui sont en Europe quand même. Donc on est en Angleterre, on est aux Etats-Unis, on est en Allemagne, dans différents lieux. Mais c'est quand même assez concentré. Et il y a un seul cas qui échappe un petit peu à cette situation qui est celui d'Hercule Florence. qui est un franco-monegasque, un niçois qui part en 1823 au Brésil et qui a une histoire assez incroyable. Un personnage un peu comme Niepce, comme le décrivait Paul Louis, c'est-à-dire vraiment un inventeur. quelqu'un qui cherche aussi, également comme Nièvre, c'est un moyen de fixer une image de reproduction, comment reproduire une image avec les caractéristiques techniques du nitrate d'argent notamment. Donc on a ce cas un peu atypique en fait, d'un inventeur ou d'un expérimentateur de ces débuts de la photographie, parce que c'est vraiment des débuts, je crois, on peut dire vraiment au pluriel, ces différentes expérimentations. Et lui va mettre au point des choses, des images dont on a partiellement des traces aujourd'hui. On a beaucoup d'écrits aussi qui sont restés. Mais ces premières traces un petit peu attestées où il dit voilà, j'ai réussi à former moi aussi une image.
Host/Interviewer
À partir de ma vue de la fenêtre. C'est la même date que le décès de Niepce, puisqu'on est en.
Xavier Mauduit
1833. D'accord, donc c'est particulièrement tôt avec Hercule Florence, né à Nice, sachant que Nice n'appartient pas encore au territoire français. Voilà.
Host/Interviewer
C'Est ça, donc ça varie. Il a un père sard, une mère française, il habite à Monaco. Les nationalités sont diverses. Comment s'opère le passage du travail de Nicephore Niepce, avec un temps de pause particulièrement long, à quelque chose qui devient plus facile pour produire.
Paul-Louis Roubert
Des images ? Alors.
Host/Interviewer
Le temps de pause, c'est vrai que vous.
Paul-Louis Roubert
Nous avez dit, pour Niepce, ça peut être deux jours. Un jour et demi. Pour faire poser quelqu'un, ce n'est pas possible. Voilà, ce n'est pas possible. C'est le problème de l'application, en fait. Comment on va passer le stade qui permet de mettre cette invention, je dirais, sur le marché. C'est le travail qui va être fait par un décorateur parisien qui rencontre Niepce dès les années 1820. Niepce sent qu'il est coincé. Il pense que le problème vient de son maniement de la chambre obscure. Il pense qu'il n'est pas assez habile. Par l'intermédiaire d'un opticien parisien, il va rentrer en contact avec Louis-Jacques Mandé Daguerre, un décorateur de théâtre qui a fait faire énormément de progrès à la science du décor au théâtre dans la période romantique. Il invente des trucages pour la première fois. Il invente des décors avec des doubles entrées, etc. Donc, c'est la révolution du théâtre romantique qui devient spectaculaire, véritablement. Et puis parallèlement, comme il est fort de cette science de l'artifice, il monte une salle de spectacle qu'il appelle le Diorama, qui est à la place de la République, enfin ce qui était avant la place de la République. Il y a toujours une plaque. Et dans ce Diorama, les spectateurs qui viennent, on le dit à l'époque, même de Londres, même d'Angleterre, on vient voir ce spectacle. où on assiste pendant une quinzaine de minutes à un paysage qui va changer de nature. On a la vallée du Goldo qui est une vallée des Alpes sous la neige et puis il y a un cataclysme Et puis, tout à coup, le berger qui était là est décédé par un changement de lumière en passant d'une lumière frontale à une lumière par l'arrière du décor. Tout le décor change. Et donc, c'est une science absolument formidable. Et il n'y a pas d'histoire. L'image raconte une histoire, mais qui est très courte. Donc Niepce va faire une association avec Daguerre à partir de 1829. Ils vont signer un contrat d'association pour pouvoir faire progresser cette invention que Niepce a baptisée l'héliographie. Donc l'héliographie, l'écriture par la lumière. Dans cette héliographie, il y a donc ces deux parties, la reproduction d'une image et puis la reproduction de l'image produite par la chambre obscure. Dans la tête de Niepce, il y a déjà l'idée de pouvoir produire une matrice dans la chambre obscure dont on va pouvoir faire des tirages, comme en gravure, à une infinité d'exemplaires pour pouvoir les vendre. Niepce meurt en 1833, Daguerre reste seul, et il ne va garder de cette invention, de ce concept, que la première partie, c'est-à-dire la reproduction de la Chambre Obscure, et non pas la démultiplication des images. Et c'est comme ça qu'il met au point un système qu'il va baptiser de son propre nom, le Daguerreotype, dont il a le système à peu près complet en 1837, c'est-à-dire qu'il va comprendre cette étape essentielle qui est celle du développement. A partir de là, le système est à peu près viable. Il ne reste encore qu'à raccourcir suffisamment le temps de pause pour pouvoir faire du portrait. Ça, ça arrivera au début des années 1840. Mais en 1839, date.
Host/Interviewer
À laquelle François Arago va déclarer l'invention de la photographie devant la France et le monde. Le système est viable et commercialisable. Avec ici, la volonté de la France d'offrir la photographie au monde. Christine Barthes, on retrouve le monde ici parce qu'il y a la conscience, dès les origines de la photographie, que nous.
Michael Gray
Ne sommes pas sur une.
Xavier Mauduit
Invention en marge. Offrir la photographie au monde et contre cela, Louis Daguerre reçoit une rente, ce qui n'est pas mal d'ailleurs. Oui, il y a quelque chose de vraiment fascinant sur cette clairvoyance du gouvernement français à l'époque de dire tiens voilà quelque chose dont on peut s'emparer et dont on peut faire une annonce comme ça mondiale et c'était vraiment une démonstration de soft power qui a extrêmement bien marché parce qu'effectivement le discours d'Arago il est très intéressant à lire et à relire parce qu'il dit beaucoup de choses Il projette beaucoup de choses, il donne un rôle à la photographie, notamment, qui est liée à l'exploration mondiale, qui est liée aux colonies, qui est vraiment très, très programmatique. Donc, ça lance beaucoup, beaucoup de choses. Et le fait est que, sans doute, Paul Louis pourra parler de On voit bien qu'il y a deux positions entre la divulgation d'un procédé, totalement contre l'idée du secret de l'inventeur, et comment cette opération de communication a extrêmement bien marché. Dans les jours et dans les semaines qui suivent cette annonce en France, on voit vraiment que dans le monde entier, les journaux font écho de cette annonce. Et alors, c'est pour ça que ça peut expliquer que la date de 1839 ait été si longtemps vue comme la seule date d'invention de la.
Host/Interviewer
Photographie, parce que ça a écrasé un peu toutes les recherches précédentes par cet effet de grande communication par Arago et Daguerre. avec l'idée qu'il est certain que le 200e anniversaire de l'invention de la photographie sera aussi fêté en 2039 lorsqu'on a besoin de ces anniversaires-là. Pour le rappeler, Aguerre Niepce meurt en 1833, il a 68 ans, c'est un vieux monsieur, ce n'est pas une mort précoce. Sachant que Daguerre, lui, est plus jeune, vit plus longtemps, il en.
Paul-Louis Roubert
Tire les bénéfices. Mince, alors que c'est Niepce quand même qui a fait une grande part du boulot. Hommage à Aguerre.
Jeannine Niepce
Niepce. J'aimerais que nous rendions hommage à Nicephore Niepce avec sa petite nièce, le photographe que vous aimez, qui est Jeannine Niepce. En 1813, la mode était de faire des lithographies et il a commencé, comme son fils faisait des dessins et qu'il dessinait très bien et que ce fils est parti, il s'est engagé, il n'avait plus de dessinateur et il était ennuyé parce que la lithographie, il fallait savoir dessiner pour faire de la lithographie. Alors il a pensé avec son frère Claude à employer la chambre noire de leur grand-mère maternelle Et la grande idée, l'idée de l'invention, c'était évidemment de mettre une surface sensible au fond de cette chambre noire où se formaient les images renversées. Entre 1816 et 1822, tous les jours, il consignait ce qu'il faisait, ses nouveaux progrès, mais on peut situer à 1822 l'invention de la photographie c'est très clair il écrit à son frère je te fais passer quatre nouvelles épreuves que.
Paul-Louis Roubert
J'Ai obtenues de telle et telle façon et ce sont les premières photographies c'est la photographie de.
Host/Interviewer
La grange qui Il faut d'ailleurs préciser qu'à cette époque-là, pour obtenir une telle photographie, il fallait une pause d'environ huit heures. Ce qui est beaucoup trop long, c'était Janine Niepce qui s'exprimait ici à propos de Nice et Fort-Niepce. Paul-Louis Roubert, vous êtes président de la Société Française de Photographie, vous coéditez la superbe revue Photographica, avec notamment un numéro à consacrer sur ses origines de la photographie, entre autres. Mais dites-nous, pour parler technique, Nicephor.
Paul-Louis Roubert
Niepce, cette première photographie que nous évoquions tout à l'heure, le point de vue du grain, c'est ça ? Quel support ? Alors c'est une plaque d'étain, voilà. C'est une plaque d'étain sur laquelle il a étendu ce qu'on appelle du bitume de Judée, Donc ça fait un peu comme les poudres de momie, etc. Ça fait partie de ces substances de pharmacie qu'on utilise. Le bitume de Judée existe sous plusieurs formes, liquide ou poudre. Il a la caractéristique de se solidifier sous l'action de la lumière. Donc, c'est très intéressant, solidifié sous l'action de la lumière, étendu sur cette plaque d'étain, après insolation, après mise en contact avec la lumière, on le lave à l'essence de lavande, et le butyme de Judée qui n'a pas été insolé, est évacuée. Et donc ça laisse, si vous voulez, une petite surface solide là où la lumière est arrivée, ce qui permet d'ancrer et de faire comme de la gravure. Donc c'est une plaque d'étain. Quand on la voit aujourd'hui, elle est venue il y a une dizaine d'années à Mannheim parce qu'il y a eu une exposition sur la collection Gernsheim qui a été produite à ce moment-là. on a du mal à voir. C'est vraiment un fantôme, c'est très très loin et on ne sait pas si c'est notre esprit qui calque sur cette image la mémoire que nous avons de l'image elle-même ou si véritablement nos yeux voient quelque chose et qu'ils cherchent pendant plusieurs minutes. Mais cette plaque d'étain qui vient de la gravure évidemment, c'est les mêmes tailles, va être rapidement, ou en tout cas, elle va être abandonnée par Daguerre pour essayer d'autres supports, mais qui vont.
Host/Interviewer
Rester en métal. Et donc, c'est un peu le problème. Le problème, c'est que ça reste une image unique et non reproductible par elle-même. Le point de vue du gras, cette photographie, cette première photographie, alors 1826, peut-être 1827, nous la connaissons et vous avez raison, Paul-Louis Roubert, de dire.
Paul-Louis Roubert
Que nous plaquons ici ce que nous avons en tête par une reproduction ou quelque chose qui serait proche d'une interprétation beaucoup plus tardive. Oui, parce qu'en fait, lorsqu'on voit directement la plaque, c'est vrai qu'on voit très peu de choses. Il faut vraiment trouver des angles. Et il y a plusieurs générations de reproductions de cette plaque. La première, elle a été faite au milieu du XXe siècle. Elle avait été produite par la société Kodak, qui avait reproduit avec des appareils photographiques et qui avait retouché cette reproduction pour faire comprendre au public ce qu'on pouvait voir sur cette image. Et je ne sais plus, on avait compté, mais pour le numéro 10 de la revue, combien de reproductions il y avait eu, mais jusqu'à la dernière qui est sur le site de l'Université d'Austin au Texas, qui est libre de droit, qu'on peut télécharger, tout le monde peut la prendre. et qui a été, elle, produite numériquement, mais effectivement avec.
Host/Interviewer
Des outils de retouche numérique pour faire venir cette image, mais qui n'apparaît pas véritablement lorsqu'on voit.
Paul-Louis Roubert
En direct cette plaque devant nos yeux. Une plaque d'étain pour Nicéphore Niepce, Louis Daguerre et le Daguerreéotype, nous sommes sur un autre support. On est sur une plaque de métal, c'est une plaque de cuivre, qui a été, elle, argentée, comme un miroir. On met de l'argent dessus, il est poli, vraiment jusqu'au miroir. Et puis, par des vapeurs de mercure, on va rendre cette plaque, ce miroir, sensible à la lumière. C'est vraiment un fantasme de la littérature. C'est de la science-fiction pour les premiers spectateurs. C'est-à-dire qu'on réalise ici un miroir.
Host/Interviewer
Qui garde les traces de ce qu'il a vu. Et donc ce miroir, photosensibilisé au vapeur, va.
Michael Gray
Garder l'image de la chambre obscure projetée. C'est de la science-fiction, vous avez raison, c'est pourquoi il faut faire intervenir un mathématicien, Georges Lion. Les images d'agérotypées s'obtenaient sur des feuilles d'argent pur, plaquées sur du cuivre. Cinq opérations successives étaient nécessaires pour les obtenir. Près de mot, le nettoyage et le polissage des plaques. On les saupoudrait de ponce pulvérisée, puis on les frottait à plusieurs reprises avec un chiffon imbibé d'huile d'olive. Second do, la sensibilisation. Les plaques, nettoyées et polies, étaient placées au-dessus d'une boîte au fond de laquelle était une capsule contenant de l'iode. Les vapeurs émises par ce corps s'unissaient à l'argent des plaques et formaient à leur surface une couche d'iodure d'argent. Troisième opération, les plaques ainsi préparées étaient exposées à la chambre noire. Le temps de pause variait de 3 à 30 minutes. Quatrième opération, les plaques insolées devaient être révélées le plus tôt possible. Cinquième opération enfin, l'image apparut, il fallait débarrasser les plaques.
Host/Interviewer
De l'iodure d'argent non atteint par la lumière, ce qu'on obtenait en les plongeant dans un bain fait d'une solution faible d'hyposulfite de soude. Nous étions en 1951 dans l'émission à rue de culture française avec ici l'explication de l'image d'Aguerre éotypée. Dites-nous Christine Barthes, ce n'est pas facile à réaliser, nous l'entendons bien avec toutes ses étapes. 1839, c'est.
Xavier Mauduit
Une date retenue, sachant que déjà en 1839, la photographie sort simplement du laboratoire de Louis Daguerre et déjà elle peut parcourir le monde. Oui, très rapidement en fait. On voit que dès les annonces pendant cet été 1839, il y a beaucoup de choses qui se mettent en place et beaucoup de marins notamment qui sont en train d'organiser des départs de navires se disent tiens, voilà un instrument intéressant. Et donc on a vraiment des traces sur ces premiers bateaux qui partent avec des chambres photographiques vers l'Afrique et la côte du Ghana. Il y a Boué Villomès, un marin dont les dégraux types ne sont pas n'ont pas perduré malheureusement. Et puis il y a un cas assez intéressant qui est celui de Goupil-Fesquet qui part avec Horace Vernet et qui vont aller en Afrique et ils vont réaliser la première image photographique prise en Afrique à Alexandrie, en Égypte. Et il y a aussi d'autres bateaux qui partent notamment vers l'Amérique. Il y a un cas formidable qui est celui du bateau L'Oriental Hydrographe que l'historienne brésilienne Marianne Stourazzi a étudié pendant 20 ans avec une histoire absolument fantastique d'un bateau qui part de... de France et qui va faire des démonstrations de daguerreotypie au Brésil notamment, où ça va lancer tout un intérêt, un engouement et même une politique de la photographie très très tôt dans ces régions. Au Brésil, en Uruguay, au Chili, c'est une histoire absolument fantastique que un de ses premiers bateaux, l'Oriental Hydrographe, qui part vraisemblablement avec plusieurs appareils pour faire des daguerreotypes, puisqu'on sait qu'il y a des démonstrations à la cour de l'empereur. L'empereur lui-même va se mettre à faire des daguerreotypes. Et puis une partie de l'équipage, enfin tout l'équipage repart, mais une partie s'arrête en Uruguay où on sait que l'abbé Comte, qui était donc un des premiers praticiens qui avait appris la technique du daguerreotype auprès de Daguerre, s'arrête et puis continue à donner là des cours de photographie. Donc il y a vraisemblablement des appareils qui restent ici. Et puis le bateau part, arrive au Chili et là il y a une histoire assez incroyable de naufrages dont on a réalisé après que c'était un faux naufrage. Donc avec des images supposées perdues dans le port de Valparaiso qui en fait rien n'est perdu. ne repart pas, mais il y a un autre bateau qui arrive, qui part vers l'Australie, et on sait que quelques mois plus tard, en avril 1941, il y a un nouveau daguerreotype, donc un de ceux qui sont partis de France, qui est mis en vente en Australie, qui ne trouve pas de vendeur tout de suite, mais on sait que quelques semaines, quelques mois après, il y a.
Host/Interviewer
Des images qui sont des daguerreotypes qui sont réalisés en Australie. Donc il y a des histoires de de transfert de technologie très rapidement. Le personnage que vous avez cité tout à l'heure, est-ce que Florence, un des pionniers de la photographie.
Xavier Mauduit
Et qui revendique d'ailleurs avoir inventé le procédé de la photographie, si ce n'est avant Nicéphore Niepce, en tout cas au même moment, lui assiste à tout cela ? Alors, il y a une conjonction assez intéressante qui fait qu'en janvier 1840, quand les démonstrations sont faites par les Français à la cour de l'Empereur à Rio, il y a des journaux qui commencent à relayer ça en disant mais finalement, Hercule Florence, il avait étudié ça, etc. Lui-même, il a parlé de l'annonce qu'il avait reçue par ces fameux journaux qui ont disséminé la nouvelle tout de suite en 1839. Et il a fait une description à quel point il était atterré de voir qu'il s'était Il a fait voler un peu une invention finalement. Il en a reparlé 20 ans plus tard. Donc il y a une, oui, une conjonction en même temps. Lui, il dit à ce moment-là qu'il a arrêté de faire de ses recherches sur la photographie. Mais comme c'était vraiment un inventeur né, Il a fait plein d'autres recherches qui sont très intéressantes à mettre en comparaison avec cette question de fixer une image par l'action de la lumière, donc la photographie, et qui sont des essais de pratique de papier dit inimitable, donc une espèce de tentative de faire des billets de banque avec des motifs graphiques là aussi. Et une autre invention qui ne semble pas avoir de rapport immédiat, qui est l'enregistrement, la notation des sons des animaux, qui en fait est vraiment intéressant du point de vue de cette idée d'enregistrer le réel par toutes des formes, et des formes graphiques surtout. Et ces recherches qu'il appelait la zoophonie sont à la base d'une des plus grandes collections aujourd'hui d'enregistrements de sons d'animaux au monde. Donc la base est toujours au Brésil. Donc voilà, Hercule Follorance, il est isolé, il fait des tentatives, ces tentatives, c'est difficile de voir aujourd'hui à quoi ça pouvait ressembler. On a pas mal d'images, ceci dit, mais ce sont surtout des images de reproduction, reproduction d'étiquettes de pharmacie, de diplômes, de franc-maçonnerie, des choses comme ça. Mais une image dite naturelle, et notamment une des premières images qui décrit qu'il y a un buste de Lafayette, ces images-là n'ont pas survécu malheureusement. Donc ce qu'on connaît, c'est beaucoup certaines des images, des.
Host/Interviewer
Écrits, et notamment un des écrits où il utiliserait très tôt le terme de photographie. C'est aussi un des aspects très intéressants de ses recherches. Oui, parce que si c'est lui qui est à l'origine du mot photographie, ce n'était pas rien, sachant, je le rappelle, qu'il est né à Nice, mais il est né en 1804, ça tombe bien, parce que Nice, à ce moment-là, sous la Première République française, c'était un département français, donc on peut dire qu'il est français. La photographie a été inventée en France et en tout cas, en 1839, c'est Daguerre qui propose ce procédé, qui a été.
Brassaï
Vraiment référencé comme étant, pendant longtemps, le début de la photographie. Dès 1840, dans les journaux au Brésil, il est question du travail d'Hercule Florence. Je ne sais pas si quelqu'un aura compris que je confonds la polygraphie, découverte entièrement mienne, avec la photographie, sur l'invention de laquelle je n'ai aucune prétention, après avoir appris ce qui s'est produit à son sujet en Europe. Il est vrai que j'utilisais la photographie pour dessiner depuis des années, et comme jusqu'en août 1839 je n'ai jamais entendu parler que les mêmes expériences étaient menées en Europe, il ne serait peut-être pas téméraire de dire que j'ai aussi inventé la photographie. Non qu'il n'était pas inconnu de moi lorsque je le vis pour la première fois dans les journaux de Rio de Janeiro. Mais le fait est que je.
Host/Interviewer
N'Ai pas poursuivi mes expériences. Et pour cette raison, je ne veux pas m'attribuer une découverte à laquelle un autre aurait peut-être un meilleur droit. Thomas Beau qui nous lisait cet extrait du journal de Commercio, nous étions le 10 février 1840 avec une traduction de Maria Inès Durazzi. Dites-nous, Paul-Louis Roubert... Niceph Orniebs nous l'avait dit, il avait la volonté de reproduire des documents déjà imprimés, une sorte de photocopieuse avant l'heure, mais on l'entend bien. Ici, Hercule Florence, c'est un peu la même démarche. Et puis, Christine Barthes nous disait que dans le voyage pour réaliser la première photographie en Égypte, il y a Horace Vernet. C'est un peintre Horace Vernet. On peut dire ici que tous ces milieux se mélangent. On est vraiment dans les premiers temps. Il ne faudrait pas imaginer la photographie complètement autonome comme.
Paul-Louis Roubert
Elle l'est aujourd'hui. On est dans un monde de l'invention, de la science, du bricolage. de la création aussi. Puis, tout ça est extrêmement poreux. Oui, tout ça est extrêmement poreux. En fait, il faut envisager, voilà, Daguerre entre les mains, en 1837, un système plus ou moins viable. Il est encore trop long en temps de pause, donc on ne peut pas faire le portrait. Mais il a très peur, lui aussi, de se faire voler son invention. Donc il va chercher une issue et c'est François Aragaud, député des Périnées-Orientales et secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences qui va lui offrir cette issue, c'est-à-dire le fait que, comme vous le disiez tout à l'heure, l'État français va acheter la recette du daguerreotype, va la livrer au monde, sauf à l'Angleterre, et va octroyer une rente viagère à Daguerre jusqu'à son décès en 1851. Mais ce système est loin d'être parfait. Et donc en fait, ce que je disais tout à l'heure, photographie, invention perpétuelle, c'est-à-dire qu'il faut... sans faire d'anthropomorphisme. C'est un bébé qui ne sait pas marcher. Il y a une grosse potentialité, mais il va falloir le rendre reproductible, pérenne, faire en sorte que les tirages qui vont être faits, produits, tiennent dans le temps et résistent à la lumière. acquiert cette qualité qui ne va apparaître qu'à la fin du XIXe siècle, c'est-à-dire l'instantanéité. C'est-à-dire la photographie que nous on fait aujourd'hui tous les jours et qui nous permet d'attraper un enfant en train de courir, un chien, je donne toujours ces exemples... d'éléments mobiles immétrisables, c'est-à-dire un enfant, un animal, mais aussi ça peut être une calèche, voilà, puisse être fixée sur la plaque sans laisser un fantôme, ça n'arrivera que dans les années 1880 avec la photographie instantanée. Jusque-là, La photographie, c'est très beau, ça fait peur, ça menace des graveurs, ça menace des peintres, peut-être. Mais c'est vrai que ça manque de praticité. Et pour revenir un tout petit peu sur cette histoire-là, c'est-à-dire que, en fait, si cette invention met autant de temps, c'est que tous ces gens-là, Niepce, Hercule Florence, Daguerre, ce ne sont pas des scientifiques. Ce sont des gens qu'on entendait le professeur Lion tout à l'heure parler. Lui, il connaît très bien tous ces éléments-là et la conjonction de tout ça. Un scientifique à l'époque peut résoudre l'équation en une semaine et trouver le système viable. Le problème, c'est que tous ces gens-là ne sont pas scientifiques, donc ça va mettre des années. Et donc, ça va devenir un système autonome, véritablement heuristique, qui va pouvoir nous permettre.
Host/Interviewer
De nous renseigner sur le réel que dans les années 1880. Et c'est à ce moment-là que ça deviendra un outil véritablement pour la science. Voilà, il ne faut pas plaquer notre connaissance de la photographie sur ces premiers temps. de la photographie avec, malgré tout, Paul-Louis Roubert, quand en.
Paul-Louis Roubert
1839, la France donne la photographie au monde, sauf à l'Angleterre. Pourquoi pas au Royaume-Uni ? Pourquoi ? Parce qu'on n'est pas particulièrement ennemis à ce moment-là. Ah, scientifiquement et industriellement, on n'est pas forcément les meilleurs amis du monde. Et surtout que, en fait, quand Arago va faire les premières annonces en janvier 1839 sur l'invention de la photographie, ça va réveiller un inventeur ou en tout cas un mathématicien philologue anglais qui s'appelle William Henry Fox Talbot, qui était parti en voyage de Norse en 1833 au lac de Côme et qui avait trouver ce paysage absolument merveilleux. Il avait essayé de le reproduire par non pas une chambre obscure mais une chambre claire. Ce sont ces petits instruments qui permettent de faire en sorte que dans le même champ de vision se superpose à la fois la feuille sur laquelle vous voulez dessiner et le paysage qui est devant vous. C'est un tout petit appareil que vous pouvez avoir dans vos valises, etc. Il fait ça, il dessine le paysage qu'il voit depuis la terrasse de son hôtel et puis il enlève, il regarde la feuille toute seule et c'est d'une pauvreté épouvantable. Il se rend compte qu'il ne sait pas dessiner. En rentrant chez lui, il se dit mais si on pouvait trouver un système qui enregistre automatiquement le point de vue de la Chambre Obscure, on pourrait garder la mémoire de ces merveilleux paysages. Et c'est comme ça qu'il, lui-même, sans connaître les recherches ni de Niepce ni de Daguerre, va inventer un système qui va devenir un système concurrent et donc anglais concurrent du système français. Il a un nom ce système-là ? Ça s'appelle le calotype. Ça va être breveté en 1841. Et lui, c'est lui qui va gagner, si vous voulez, la palme de la photographie moderne. Puisqu'en histoire de la photographie, c'est toujours une histoire de vainqueur. Ce qui compte, c'est l'usage. Et donc, ce qu'il va utiliser, c'est non pas une feuille de métal pour enregistrer le point de vue de la chambre obscure, mais c'est une feuille de papier qui peut être rendue transparente. Et donc, ça produit une première génération d'images qu'on appelle un négatif. Et à partir de ce négatif, on peut tirer une infinité.
Host/Interviewer
De positifs. Et donc, c'est la photographie reproductible par elle-même qu'il invente ici et dont il dépose le brevet en 1841 et.
Paul-Louis Roubert
Qui va se développer jusqu'à aujourd'hui. Vous voyez, on est à deux doigts à ce que les Britanniques disent que ce sont eux-mêmes les inventeurs de la photographie. Dès 1833, un Anglais, William Henry Fox Talbot, s'intéresse aux recherches photographiques de Niepce. En 1835, il réalise sa première image sur papier. Aujourd'hui, le musée Niepce présente le premier album de l'histoire entièrement illustré de photos, des photos réalisées selon le procédé du calotype. Le musée a donc saisi l'occasion d'inviter un héritier de Fox Talbot, lui aussi anglais, Michael Gray. Il va expliquer aux amateurs toute la finesse du procédé, l'ancêtre du négatif d'aujourd'hui. Le photographe prépare tout d'abord à la lumière, puis dans l'obscurité du laboratoire, le papier à impressionner. Une technique chimique longue, plusieurs heures avant de pouvoir charger la chambre noire. Selon le sujet photographié, le temps d'exposition varie de 3 à.
Host/Interviewer
30 minutes. Un long travail encore pour réaliser le négatif avant de passer au tirage de la photo. Un tirage qui se fera par contact sur papier salé. FR3 Bourgogne en 1987. L'évocation ici de tous ces procédés Christine Barthes nous permet de réfléchir à l'appropriation par ces photographes un peu partout dans le monde de ce qui a pu être inventé ailleurs. Au sens où ce n'est pas simplement appliquer ce.
Xavier Mauduit
Que dit la notice et le mode d'emploi de ce qu'on a acheté en Europe. C'est aussi essayer d'apporter des améliorations. On a ça à travers le monde ? Oui, ce qui est intéressant de voir, c'est à quel point cette technique va être prise, utilisée, transformée dans différents lieux du monde. Assez rapidement en réalité, d'abord par le biais du daguerreotype, mais toutes les techniques vont être utilisées par la suite. Et on a souvent pensé ça en termes un peu simplistes de l'influence. Vous voyez l'appareil qui vient d'Europe et qui est utilisé. Et on a souvent pensé qu'elle était utilisée et transmise par le biais des Européens. Et ce n'est pas si vrai que ça au final. Il y a beaucoup de recherches dans ce sens depuis plusieurs années qui nous font relativiser beaucoup cette idée d'influence. Il est vrai qu'il y a eu évidemment des premières caméras qui ont voyagé. Mais c'est assez passionnant d'étudier comment après des choses se sont mises en place de façon assez différenciée selon les pays. Parce que c'est vrai que par exemple si on prend le cas de l'Iran qui était à ce moment là une dynastie effectivement très tournée vers l'Europe. Mais on voit que les premiers souverains, les Shah d'Iran, Mohamed Shah et puis surtout son fils Nasser al-Din Shah, à partir de 1848, s'intéressent très vite à la photographie au daguerreotype. C'est à la demande du Shah d'Iran que deux daguerreotypes, deux appareils à faire des daguerreotypes, sont envoyés. par la Russie et par le Royaume-Uni en Iran. Donc on voit bien les sphères d'influence déjà. Et c'est un diplomate russe qui s'appelle Nikola Pavlov qui fait des démonstrations en 1942 à la cour du Shah d'Iran. Et donc le souverain est très intéressé. Lui aussi, comme Pedro II au Brésil, va faire de la photographie du daguerreotype. Mais il va aussi vraiment lancer toute une collection qui existe toujours, une énorme collection de photographies qui est conservée au Palais du Golestan toujours. Il va faire traduire énormément de traités de photographies. Donc beaucoup d'informations qui circulent évidemment par le texte à travers les mers, pas seulement les appareils, pas seulement les images, mais les textes, comment faire de l'image. Et puis il va aussi mettre en place un système d'enseignement de la photographie dans l'école, l'équivalent de l'école polytechnique de Téhéran. Donc il y a plusieurs souverains qui, très tôt, perçoivent l'intérêt de cette technique, à titre personnel et récréatif, mais aussi à titre de représentation. Ça leur permet de se faire photographier. Donc Nasser al-Dinja va se faire photographier par Nadar quand il va en France. Mais il a aussi ses propres photographes officiels qui sont formés très très rapidement. Donc il y a ces usages-là. Évidemment qu'on peut assez bien relayer de plusieurs souverains, monarchies qui adoptent assez vite la photographie. Et puis il y a aussi évidemment des usages beaucoup plus vernaculaires, la photographie commerciale, la photographie de studio, qui va se mettre en place assez rapidement, principalement dans les grands ports et les zones d'échanges mondiales, que ce soit au Japon, au Chili, dans multiples centre d'échanges et de vente et d'échanges commerciaux. Donc c'est assez divers et il ne faut pas oublier le rôle très important de l'influence missionnaire. Les missionnaires adorent utiliser la photographie, c'est un instrument qui permet de faire beaucoup de choses très différentes. Mais c'est souvent aussi.
Host/Interviewer
Par ce biais-là qu'il y a des apprentissages qui se font. Donc vraiment des répartitions assez multiples pour différents usages, par différents canaux, qui vont très vite en réalité. Dans les années 1820 avec.
Paul-Louis Roubert
Nicephore-Niepce, nous avions un support plaque d'étain, plus tard avec Daguerre c'est la plaque de cuivre, mais tout ça n'est pas reproductible. Et c'est important avec Talbot, là c'est reproductible, quel support cette fois-ci ? C'est une feuille de papier. C'est du papier à lettres, en fait. Avant que le papier ne devienne photographique lui-même. Mais ça, ça raconte une autre histoire. C'est que, avant la fin du 19ème siècle, faire de la photographie, c'est un artisanat. Il faut tout faire soi-même. Il faut acheter du papier, il faut l'insoler soi-même, il faut le développer, il faut faire les tirages. On peut fabriquer sa chambre obscure, il n'y a pas de normalisation, il n'y a pas de standardisation. C'est une affaire de professionnels et d'amateurs fortunés qui ont le temps et les moyens de se consacrer à ce loisir ou à cette distinction de pouvoir faire de la photographie. Et on va passer du papier avec Talbot, donc avec le calotype, au verre dans les années 1850. Au début des années 1850, on invente un autre système et on remplace le papier qui laisse tout de même sa marque, son empreinte dans l'image photographique. Lorsqu'on reproduit le négatif en positif, on voit toujours la trame du papier. Et donc, c'est un désavantage parce que ça rend les images un peu molles. Ça fait des très, très, très beaux tirages. Mais en termes de qualité, de performance telle comme on l'associe à la photographie au 19e siècle, ça manque de netteté, ça manque de profondeur de champ, etc. Et donc, on va remplacer ce support papier par un support vert et on va inventer un négatif vert.
Host/Interviewer
Qui va devenir le négatif que tous les photographes vont utiliser du milieu des.
Paul-Louis Roubert
Années 50 jusqu'aux années 1880 quand on va inventer.
Xavier Mauduit
Des plaques sèches dans les années 1880. Avec ce négatif vert, il est possible d'avoir des tirages de qualité avec beaucoup de précision, c'est cela ? D'une très grande qualité, oui. Oui, ça va donner effectivement de la précision. Et on voit qu'il y a des écoles d'utilisation, ceux qui aiment bien le négatif papier parce que ça donne un espèce de sfumato assez intéressant. Et puis ceux qui vont être vraiment les tenants de la précision, de la netteté, qui était un vrai plus depuis le daguerreotype, qui est quand même le procédé le plus précis possible depuis l'invention de la photographie. Il.
Host/Interviewer
N'Y a jamais plus précis que ça. Et donc on voit bien qu'il y a des nostalgiques de cette précision-là et le négatif vert va répondre à ce besoin en fait. On a un premier temps, ces années 1820 jusqu'à les 1839, on va dire, où c'est un vrai temps de pionnier. 1839, ça y est, il est possible de se faire photographier. Ça demande un peu d'argent quand même. Ce n'est pas si simple que ça dans.
Xavier Mauduit
Les années 1840. À quel moment est-il.
Paul-Louis Roubert
Possible de se faire photographier pour pas trop cher ? C'est-à-dire que ce ne soit pas réservé uniquement à l'élite ? Je dirais, ça dépend où et ça dépend dans quelle classe sociale. En fait, ce qui est assez impressionnant, c'est que, comme on le disait tout à l'heure, le daguerreotype tombe dans le domaine public, finalement, en 1839. Et c'est ce qu'explique Christine. C'est un système ouvert aux améliorations. Donc, tout le monde va pouvoir s'en emparer. Donc très vite, il va y avoir des améliorations. On va raccourcir le temps de pause. On va permettre qu'on va pouvoir faire du portrait parce que c'est plus une torture de se faire photographier, etc. Et très vite. Dès le début des années 40, en fait, la photographie rentre dans le système des choses banales, pour citer Daniel Roche. Ça rentre, c'est un objet de consommation. Donc, comme objet de consommation, il va rapidement ne plus vraiment faire le... l'événement. Donc on va commencer à avoir des dégâts au type de portrait, on va pouvoir collectionner. Bon, ça pose beaucoup de problèmes parce que ce n'est pas reproductible. Mais les améliorations vont permettre cette reproductibilité. Dans les années 1850, on a des grands portraitistes qui produisent une élite photographique. C'est des nadards, des gens comme ça, qui produisent, disons, un portrait photographique.
Host/Interviewer
C'Est 100 francs, la pose. Une plaque de verre, une pose, on photographie la personne, et puis à.
Paul-Louis Roubert
Partir du négatif vert, on produit un tirage. C'est 100 francs. Ça reste très cher. C'est très cher parce qu'un ouvrier gagne entre 3 et 5 francs par jour. Ça fait beaucoup d'argent. Et à la fin des années 50, un photographe qui s'appelle Disdéry va prendre cette même plaque de verre et au lieu de faire une image dessus, il va en faire huit. 6 ou 8. Le prix est divisé par 6 ou 8. Donc déjà on peut avoir pour moins de 100 francs 8 portraits de soi ou de la grand-mère ou de l'enfant ou même de Napoléon III. Et on va commencer à rentrer dans l'univers de la consommation des images photographiques multiples. qu'on va pouvoir collecter. Vous trouvez encore au puce ces gros albums avec des gros fermoirs, avec des fenêtres déjà faites pour ces portraits qu'on appelle des portraits cartes, qui ne sont pas d'une grande, grande qualité, mais qui permettent d'être produits en très grand nombre. Et donc, la concurrence est dans.
Host/Interviewer
L'Industrie, la proto-industrie du portrait photographique arrivant. On sait que dans les années 1860, dans des barraque de foire, on peut avoir chez des photographes.
Brassaï
Ambulants des portraits à 1,50 ou 2 francs. Ah oui, là, c'est particulièrement accessible. Il n'est pas étonnant que le poète s'y intéresse, vu qu'il est si en phase avec la vie moderne. Dans ces jours déplorables, une industrie nouvelle se produisit, qui ne contribua pas peu à confirmer la sottise dans sa foi et à ruiner ce qui pouvait rester de divin dans l'esprit français. Cette foule idolâtre postulait un idéal digne d'elle et approprié à sa nature. En matière de peinture et de statuaire, le credo actuel des gens du monde, surtout en France, est celui-ci. Je crois à la nature et je ne crois qu'à la nature. Je crois que l'art est et ne peut être que la reproduction exacte de la nature. Ainsi, l'industrie qui nous donnerait un résultat identique à la nature serait l'art absolu. Un dieu vengeur a exaucé les voeux de cette multitude. Daguerre fut son messie. Et alors la foule se dit, puisque la photographie nous donne toutes les garanties désirables d'exactitude, ils croient cela les insensés, l'art c'est la photographie. A partir.
Host/Interviewer
De ce moment, la société immonde se rua comme un seul narciss pour contempler sa triviale image sur le métal. Une folie, un fanatisme extraordinaire s'empara de tous ces nouveaux adorateurs du soleil. Au moment de commenter le Salon de 1859, Charles Baudelaire évoque la photographie de lecture dans le cours de l'histoire de Raphaël Lalloum, Christine Barthes. Pour bien réfléchir à la photographie, en écho à ce qu'on vient d'entendre sur Baudelaire, il faut se méfier aussi de toutes ces lectures a posteriori. C'est tout à fait le cas avec Baudelaire. Si on limitait Baudelaire à la méfiance vis-à-vis de la photographie, ce serait complètement erroné. Lui-même qui s'est fait photographier, mais il a l'air un peu revêche. On sent qu'il n'aime pas le temps de pause, ça ne lui plaît pas beaucoup. Mais c'est ça aussi, c'est se départir de cette histoire nationale, peut-être nationaliste, qui a longtemps été écrite sur la photographie inventée en France.
Xavier Mauduit
La fierté que nous avons d'avoir accueilli Anis Effornievs, Louis Daguerre, pourquoi pas Hercule Florence vu qu'il est né à Nice. Non mais c'est ça, c'est porter un autre regard sur cette histoire-là. C'est vrai qu'on sent bien avec ce texte-là de Baudelaire que la photographie a déjà suissamment perdu son attrait de nouveauté pour devenir quelque chose d'un peu vulgaire et un peu trop à la portée de tout le monde, donc pas recommandable. Et ça va suivre des chemins un peu différents selon les pays. Et c'est vrai qu'on disait que le daguerreautisme a coûté très cher. rapidement on a essayé de trouver d'autres techniques qui vont coûter moins cher pour pouvoir justement avoir un marché plus large. Et ce qui est intéressant dans ces débuts c'est de voir aussi comment il y a des transformations qui se font et je pense notamment au cas des utilisations du collodion humide où Il a cette propriété, si on fait un négatif au collodion et qu'on le sous-expose un petit peu, et puis qu'on le passe sur une surface sombre, une surface noire, il va apparaître en positif. C'est un petit truc d'optique comme ça, assez intéressant. Et du coup, on a commencé à produire ce qu'on appelait des ambrotypes, parce que ça ressemblait à un agrotype dans la mesure où on faisait un étui équivalent, et puis ça coûtait beaucoup moins cher à faire. Et donc, ça a eu un certain succès en Europe, aux États-Unis, mais ça a eu un succès totalement énorme au Japon, par exemple. qui venait de se mettre un peu à la photographie après une période évidemment de fermeture importante, donc il commence un petit peu après les autres, mais il découvre ce procédé-là. Par exemple, le verre, à ce moment-là, c'est un matériau qui est extrêmement valorisé au Japon parce que c'est un matériau rare. Et du coup, ce qui nous paraît un sous-produit du daguerreotype, l'embretype, paraît au Japon une image extrêmement précieuse parce que justement c'est sur du verre. Et donc, ils vont mettre au point ces embretypes, mais avec des montages à la japonaise, donc en utilisant ce bois de Polonia qui est utilisé pour les estampes. Donc, ça fait pour nous un objet très différent comme ça. Et puis ça va répondre à une demande très très forte, qui est une demande mémorielle, au fait de pouvoir représenter, avoir une image des gens avant leur décès. Donc il y a une tradition comme ça, de pouvoir représenter les ancêtres sur les hôtels domestiques. Et du coup la photographie, notamment par l'embrotype, va répondre totalement à cette pratique au Japon. Donc on voit comment il.
Host/Interviewer
Y a des objets comme ça qui vont se transformer et répondre à des juges culturellement un petit peu différents, bien qu'évidemment la pratique mémorielle c'est une des grandes fonctions de la photographie. Avec ici Paul-Louis Roubert, l'importance de ces premiers temps de la photographie et pour terminer quand même on.
Paul-Louis Roubert
Peut parler du génie inventif de ces gens-là. L'utiliser au pluriel, c'est pas simplement faire affront à Nice et Fournieps. Ils étaient nombreux mais on est quand même sidérés. Si peu de temps. Oui, c'est vrai que je disais tout à l'heure, le problème, c'est qu'ils n'étaient pas scientifiques. C'est de la physique amusante d'une certaine manière, mais ça répond. C'est peut-être.
Host/Interviewer
Aussi ça l'idée. Pourquoi ça a été inventé dans les quatre coins du monde ? parce qu'après la lithographie, il y avait une demande de reproductibilité. Et donc ça, ça commence à ce moment-là. Avec ces origines.
Paul-Louis Roubert
De la photographie.
Host/Interviewer
Que vous nous avez présentées, Christine Barthes. Merci beaucoup, Paul-Louis Roubert. Merci beaucoup à la Revue Photographica avec le numéro de mai 2025. Bientôt 200 ans. La photographie inventée comme ça. Bientôt 200.
Paul-Louis Roubert
Ans. On n'a pas la date précise. Merci beaucoup à tous les deux. Prochain épisode dans le corps de l'histoire. Attention.
Host/Interviewer
Aux yeux. Une histoire du flash. Flashman, Flashman, Flashman, Flashman Combattant au merveilleux pouvoir Flashman, Flashman, Flashman, Flashman Justicier descendant de l'espace Flashman, Flashman, Flashman, Flashman Vaillant triomphant de la lumière Flashman, Flashman, Flashman, Flashman Merveilleux prince de l'univers Flashman, le héros absolu de Thomas Beau qui réalise le cours de l'histoire sur France.
Le Cours de l’histoire – Photographie, une histoire sans cliché : Les débuts de la photographie, chambre ouverte sur le monde
France Culture – 12 janvier 2026
Host: Xavier Mauduit
Guests: Paul-Louis Roubert (Historien de la photographie), Christine Barthes (Responsable des collections photographiques, Quai Branly), interventions d’archives (Brassaï, Jeannine Niepce, Michael Gray…)
L’épisode explore l’origine et les premiers temps de la photographie, en questionnant les notions de date et d’inventeur unique. Chronologique et comparative, la discussion met en lumière l’invention collective, les tâtonnements techniques et les multiples foyers d’invention, tout en interrogeant la portée mondiale et le mythe national entourant la naissance de la photographie.
Paul-Louis Roubert introduit l’idée que la photographie est une « invention perpétuelle » (01:30), fruit de la combinaison ancienne de la chambre noire et de la photosensibilité de certaines substances, mais dont la fixation fut le vrai défi du XIXe siècle.
« La photographie c’est une invention perpétuelle en fait. [...] On parle encore de photographie et on s’étonne encore qu’elle existe. » – Paul-Louis Roubert (01:30)
La définition même de la « naissance » de la photographie dépend de critères variables : on peut remonter aux traités d’optique arabes (XIIe siècle) ou au problème technique spécifique de la fixation de l’image.
Deux dates essentielles sont généralement retenues :
« Du point de vue des institutions, pour le ministère de la Culture, le bicentenaire de la Photographie, c’est 2026–2027. » – Host (04:51)
La recherche historique récente a corrigé plusieurs légendes, et d’autres inventeurs contemporains de Niépce sont aussi reconnus, dont Hercule Florence au Brésil.
Paul-Louis Roubert campe Niépce comme un inventeur acharné, animé par l’idée de reproduction automatique sans intervention manuelle :
« Il veut trouver […] une substance suffisamment sensible à la lumière pour pouvoir être imprimée par l’action de cette même lumière » – Paul-Louis Roubert (07:28)
« Nicephore Niepce, il a un métier au XIXe siècle, c’est inventeur. » – Paul-Louis Roubert (05:30)
« Geoffrey Batchen [...] a situé autour de 25 personnes le nombre d’inventeurs qui avaient vraiment des pratiques qu’on peut qualifier d’assez proches de celles de Niepce. » – Xavier Mauduit (12:37)
La rencontre entre Niépce et Daguerre (un décorateur et illusionniste du théâtre) aboutit à la signature d’un contrat d’association en 1829. Après la mort de Niépce (1833), Daguerre poursuit et perfectionne le procédé :
« Le système est à peu près viable. Il ne reste encore qu’à raccourcir suffisamment le temps de pose pour pouvoir faire du portrait. » – Paul-Louis Roubert (17:43)
L’annonce française, orchestrée par Arago, a un impact mondial :
« C’était vraiment une démonstration de soft power qui a extrêmement bien marché. » – Xavier Mauduit (18:55)
« C’est la photographie reproductible par elle-même qu’il invente ici et dont il dépose le brevet en 1841 et qui va se développer jusqu’à aujourd’hui. » – Paul-Louis Roubert (41:11)
« Le daguerréotype tombe dans le domaine public, finalement, en 1839. Et c’est un système ouvert aux améliorations. » – Paul-Louis Roubert (49:36)
Christine Barthes détaille comment la photographie est adaptée dans chacun des pays :
« Il ne faut pas oublier le rôle très important de l’influence missionnaire. Les missionnaires adorent utiliser la photographie, c’est un instrument qui permet de faire beaucoup de choses très différentes. » – Christine Barthes (45:51)
« Invention perpétuelle... on aurait pu très bien l’inventer au XVIIIe siècle »
— Paul-Louis Roubert (01:30)
« Seul, sans aucune formation scientifique, il essaye d’inventer un système qui reproduit de lui-même les images. »
— Host (07:21)
« Il invente des trucages pour la première fois, des décors... le Diorama. »
— Paul-Louis Roubert (15:05)
« C’était vraiment une démonstration de soft power qui a extrêmement bien marché. »
— Xavier Mauduit (18:55)
« Dès le début des années 40, la photographie rentre dans le système des choses banales... on va commencer à avoir des daguerréotype de portrait... »
— Paul-Louis Roubert (49:36)
« Un dieu vengeur a exaucé les vœux de cette multitude. Daguerre fut son messie. [...] l’art c’est la photographie… A partir de ce moment, la société immonde se rua comme un seul narciss pour contempler sa triviale image sur le métal. »
— Charles Baudelaire (Citation, 52:35–53:40)
« On a souvent pensé que la photographie était utilisée par le biais des Européens. Et ce n’est pas si vrai que ça... »
— Christine Barthes (42:42)
L’épisode manie l’érudition, la passion d’atelier et respecte le sens du détail technique, mais n’hésite pas à questionner les mythes nationaux, à croiser histoire sociale et histoire des techniques, tout en offrant des moments d’humour complice et de curiosité pour la mondialisation précoce du médium photograpique.
La naissance de la photographie, loin d’être le fait d’un seul géni en un lieu et un temps précis, est l’aboutissement de multiples essais jalons, d’une course à la fixation et à la reproductibilité de l’image, menée aux quatre coins du monde mais cristallisant son récit autour du mythe national français… et ce, jusqu’à sa diffusion et adaptation globale, qui en font dès l’origine un médium mondial.