Le Cours de l’Histoire – “Pillage ! Quand l’art est dérobé : Pilleurs de pyramides, ce tombeau sera notre magot !”
Podcast: Le Cours de l’histoire | Date: 19 janvier 2026
Host: Xavier Mauduit (France Culture)
Guest: Marc Gabold (Égyptologue, Université Paul Valéry – Montpellier)
Épisode en un coup d’œil
Cet épisode retrace l’histoire fascinante des pillages de tombes en Égypte antique, depuis les premiers voleurs de pyramides jusqu’à la chasse moderne aux trésors archéologiques. Grâce à l’expertise de Marc Gabold, l’émission explore non seulement les techniques des pilleurs et les efforts de dissimulation, mais aussi la complexité des motivations derrière le vol d’art funéraire – entre appât du gain, crise économique et nécessité de survie. L’épisode propose également une réflexion sur la circulation des œuvres, leur présence dans nos musées, les enjeux de restitution et l’impact durable de ces pillages sur notre compréhension de la civilisation pharaonique.
1. L'Égypte des trésors funéraires : croyances et matérialité
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Importance de l'Au-delà et du mobilier funéraire
- Les Égyptiens préparaient l’au-delà avec soin, déposant de nombreux objets, textes religieux et offrandes dans les tombes.
- Statut social impactait la richesse du tombeau : “Il était évident qu’un pharaon va avoir des biens plus précieux dans sa tombe qu’un fellah ou un ouvrier.” (Marc Gabold, 01:25)
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Rôle crucial des tombes pour l’Histoire
- L’essentiel de la connaissance sur l’Égypte antique provient du matériel mis au jour lors des fouilles de tombes.
- “Notre connaissance de l’Égypte passe beaucoup par le matériel funéraire.” (Marc Gabold, 01:11)
2. L’évolution des tombes royales et la course contre les pilleurs
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Transition des pyramides à la Vallée des Rois
- Dès la 18e dynastie, les pharaons choisissent des vallons désertiques et isolés pour dissimuler les tombes (05:17).
- Les pyramides sont déjà d’anciennes ruines à l’époque de Toutankhamon. “Les pyramides sont déjà de vieilles choses. Elles ont déjà été pillées d’ailleurs.” (03:33)
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Techniques de dissimulation et surveillance
- Entrées cachées, escaliers rebouchés, labyrinthes et herses de granit – tout est bon pour ralentir les voleurs.
- Mise en place d’une police funéraire : les “Médjaïs”, effectuant des rondes régulières dans la nécropole, parfois impliqués eux-mêmes dans des vols :
“Vers la 20ème dynastie, l’appât du gain touche même visiblement les fonctionnaires de la tombe et les prêtres d’Amôn.” (06:12)
3. Témoignages de pillages : de l’Antiquité aux archives
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Pillage organisé, confessions et justice
- L’émission fait entendre la confession littérale d’un chef de bande de pilleurs, capturée dans les archives égyptiennes, notamment sous Ramsès IX (1125-1106 av. J.-C.), révélant à la fois technique et butin (19:50) :
“Nous avons forcé [...] et avons découvert ce dieu allongé au fond. [...] Nous avons mis le feu à leur sarcophage et nous sommes emparés des fournitures funéraires à côté d’eux. Vaisselle d’or, d’argent et de cuivre. Nous avons fait huit parts de l’or trouvé…” (Confession lue par Raphaël Lalloum, 19:50)
- L’émission fait entendre la confession littérale d’un chef de bande de pilleurs, capturée dans les archives égyptiennes, notamment sous Ramsès IX (1125-1106 av. J.-C.), révélant à la fois technique et butin (19:50) :
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Complicité et crime institutionnalisé
- “Au moment des grandes crises (fin XXe dynastie), le pillage devient presque institutionnalisé : des fonctionnaires, des prêtres… tout le monde s’y met, parfois pour survivre.” (Marc Gabold, 32:18)
4. Trésors, circulation et “effet Toutankhamon”
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Toutankhamon : la tombe emblématique
- Seule tombe à peu près “intacte”, cachée par hasard sous les décombres d’autres fouilles, elle fournit notre image-type des trésors égyptiens.
- “La tombe avait déjà été pillée dans l’Antiquité, mais les voleurs ont été surpris […] Il demeure qu’on est toujours un peu ému quand on pénètre dans la tombe de Toutankhamon […] c’est une tombe intéressante.” (13:25-14:29)
- Fascination universelle : “Tout en Camon est emblématique. […] Il y a un réel attrait des Français pour l’Égypte ancienne. Ça fait un peu partie de l’histoire de France.” (Marc Gabold, 25:55)
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Le problème de provenance des objets
- “C’est toujours le problème avec les objets archéologiques sans provenance déterminée.” (16:06)
- Difficulté accrue pour reconstituer l’histoire d’un objet ou d’une tombe lorsque les contextes sont brouillés par le pillage.
5. Motivations : de la cupidité à la survie
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L’or, le bronze… et même l’opium !
- On pille avant tout pour des ressources. Parfois, la lame de bronze ou des éléments d’opium valent davantage que l’or :
“Toutes les pointes de flèches en bronze ont disparu. […] Le bronze avait presque une valeur supérieure à l’or.” (Marc Gabold, 16:06)
- On pille avant tout pour des ressources. Parfois, la lame de bronze ou des éléments d’opium valent davantage que l’or :
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Pillages pour manger
- Famine et crise expliquent certains vols :
“L’année des hyènes, c’est une année de pénurie, et la faim – F-A-I-M – justifie les moyens et le fait d’aller piller pour acheter de la nourriture avec le butin.” (Marc Gabold, 31:15)
- Famine et crise expliquent certains vols :
6. Des objets dispersés, des tombeaux recyclés
- Recyclage et déplacement des trésors
- Tous types de tombes sont pillées, pas seulement les royales.
- Les meubles funéraires sont parfois recyclés d’un roi à l’autre :
“Dans la tombe du roi Psoucénès, le grand sarcophage est en fait celui de Merenptah, qui a été pris dans la Vallée des Rois et emmené jusqu’à Tannis.” (34:37) - Ce phénomène touche aussi bien les pharaons que les reines ou grands dignitaires.
7. Le goût occidental pour l’Égypte, marché de l’art et pillages modernes
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Du tourisme archéologique à la spoliation
- Dès le 18ème/19ème siècle, l’Égypte attire voyageurs, collectionneurs et archéologues, souvent prompts à exporter les trésors.
- Jusqu’aux années 1970, les fouilles pouvaient mener à des partages d’antiquités – la moitié à l’Égypte, la moitié aux institutions étrangères.
- “Jusqu’à la fondation du Service des Antiquités par Auguste Mariette dans les années 1860, il suffisait d’obtenir un firman du Pacha d’Égypte, et n’importe qui [pouvait] fouiller.” (41:36)
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Légende noire et contrôle accru
- Aujourd’hui, toute découverte appartient à l’État égyptien, mais le trafic clandestin perdure.
- Apparition des faux certificats de provenance liés à la demande sur le marché de l’art. (44:21)
8. Restitution, mémoire et musées : une question d’histoire mondiale
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Débat sur la restitution des œuvres
- Les grandes pièces emblématiques font l’objet de demandes ponctuelles (Pierre de Rosette, buste de Néfertiti, Zodiaque de Dendera…).
- Entre trésors “rapatriés” par Rome, butin colonial, “cadeaux” de souverains orientaux et partages à l’amiable, la circulation des œuvres suscite débat, mais doit être analysée sans manichéisme.
- Notable citation sur la restitution :
“Je crois qu’il faut être très prudent dans cette politique de restitution et ne pas s’emballer trop vite. [...] Si les Égyptiens un jour viennent à demander l’obélisque, on se posera peut-être la question. Mais pour l’instant, ce n’est pas le cas.” (Marc Gabold, 49:02)
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Le rôle universaliste des musées
- L’idée qu’un musée doit dépasser le strict cadre national et favoriser la compréhension de l’Universel (citant Souleymane Bachir Diagne, 51:35).
9. Secrets, labyrinthes et malédictions
- Stratégies d’intimidation et légendes
- Labyrinthes, herses et passages secrets protégeaient les sépultures (53:56).
- Les fameuses “malédictions” sont surtout des épigraphes de menace envers les profanateurs, bien différentes du storytelling popularisé par la presse et les romans (56:14).
- “On a des malédictions qui sont inscrites sur des tombes – on voue les profanateurs aux lions, aux crocodiles…” (56:14)
10. Citations marquantes
- “On passe beaucoup de temps, on met beaucoup d’efforts pour retirer l’or de la Terre. Et une bonne partie de cet or retourne dans la terre où il est thésaurisé et de nouveau inaccessible.” (Marc Gabold, 02:15)
- “Chacun de ces plans a été utilisé pour les sépultures royales et pas une n’a échappé aux profanateurs sans scrupules.” (Film, voix d’archive, 53:25)
- “Il y a beaucoup de profanateurs et peu de pharaons.” (Marc Gabold, 53:32)
11. Moments & Archives Inoubliables
- Lecture d’archives judiciaires antiques sur le procès d’un chef de bande de pilleurs (19:50)
- Extraits de films et d’émissions patrimoniales, mettant en avant l’imaginaire populaire du pillage et de la malédiction
- Intervention d’enfants sur la restitution des trésors égyptiens exposés en France :
“Nous si on nous prenait la Tour Eiffel et qu’on l’amenait en Égypte, nous aussi, on ne serait pas très contents.” (47:29)
12. Timestamps pour Segments Clés
| Temps | Sujet principal | |----------|----------------------------------------------------| | 01:25 | L’importance du mobilier funéraire en Égypte | | 06:12 | Surveillance et corruption dans la Vallée des Rois | | 13:25 | La découverte de la tombe de Toutankhamon | | 19:50 | Lecture d’une confession de pilleurs | | 25:55 | Fascination pour Toutankhamon et expositions | | 31:15 | Pillages motivés par la faim (“l’année des hyènes”)| | 34:37 | Recyclage des sarcophages royaux à Tannis | | 41:36 | Le Service des Antiquités et le marché de l’art | | 49:02 | Restitution, législation, et débats universels | | 53:56 | Labyrinthes, protections, malédictions | | 56:14 | Nature réelle des malédictions égyptiennes |
13. Conclusion
L’épisode propose un voyage haletant entre la réalité historique du pillage et sa résonance contemporaine : enjeux scientifiques, problèmes de trafic d’antiquités, fascination touristique et débats moraux sur la propriété et la circulation des œuvres. À travers récits, archives et analyses, “Le Cours de l’Histoire” offre ici une synthèse captivante des “aventures” du patrimoine égyptien — une histoire où le pillage, loin d’être une facette marginale, a accéléré la connaissance autant que dérobé les secrets des morts.
