
Pourquoi le Nord est-il en haut de nos cartes ?
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A
Vous avez déjà vu une carte avec l'Afrique en haut ? Aujourd'hui, certains géographes proposent d'inverser le planisphère, pour rappeler que nos cartes cachent des rapports de force, des visions du monde. Le monde est une sphère, sans haut ni bas, alors pourquoi le Nord est toujours en haut ? Pour le comprendre, il faut revenir au Moyen-Âge. Les cartes chrétiennes mettaient plutôt l'Est en haut. Prenez la plus grande carte, celle de Herford, du XIIIe siècle, à environ 1m60 par 1m30 de parchemin. 420 villes, 32 peuples réels ou imaginaires, des animaux, des hommes à tête de chien et bien sûr, une licorne. Bref, l'Asie est en haut, l'Europe en bas à gauche, l'Afrique en bas à droite. Cette orientation vers l'Est permet de placer au centre Jérusalem, la ville sainte, et tout en haut, le paradis terrestre. Car la Bible dit que c'est du côté de l'Orient. D'ailleurs, orientation vient du latin oriens, l'orient, le lieu du lever du soleil, symbole de lumière, de salut et de résurrection. Normal qu'il soit en haut. Et les cartes arabes médiévales, alors ? Elles mettent plutôt le sud en haut. Pourquoi ? Pour mettre en valeur la Mecque, la ville sainte de l'islam, qui se trouve au sud, du moins par rapport à Bagdad. La plus célèbre de ces cartes, celle que le géographe andalou Al Idrissi fait pour le roi Roger II de Sicile en 1154. Un savant arabe rencontre un roi chrétien en Sicile, le résultat, la carte la plus précise de l'époque, inégalée pendant trois siècles, et bien sûr, orientée vers le sud, l'Afrique en haut, l'Europe en bas. Et le nord alors ? A partir des XIIe-XIIIe siècles se diffuse la boussole magnétique, venue de Chine. L'aiguille pointe vers le pôle Nord, et le Nord s'impose progressivement d'aller portulant les cartes nautiques utilisées par les marins européens. Puis à la Renaissance, les perspectives s'élargissent. Il faut désormais cartographier le monde entier. En 1569, le géographe flamand Gérardus Mercator publie sa fameuse carte avec la projection dite cylindrique, qu'on retrouve encore dans nos planisphères, où le gros élan semble aussi grand que l'Afrique. Avec la diffusion de l'imprimerie et l'expansion maritime et coloniale de l'Europe, le Nord-Ao est devenu la norme. La cartographie moderne est née, le capitalisme aussi. Le Nord-Ao est resté comme une convention graphique qui cache une hiérarchie silencieuse, car la domination passe aussi par les représentations du monde. Alors oui, proposer des cartes alternatives, c'est un geste symbolique et un choix politique, un moyen de remettre en question notre vision eurocentrée du monde, de décoloniser notre regard. Car chaque carte exprime un point de vue, une vision du monde, même celle qui est accrochée dans votre salon. Alors, retournez-là dans le sens de votre choix. Si le corps vous en dit, perdez l'honneur. Et si on vous demande si c'est woke, répondez que c'est médiéval. Enfin, Saint-Licorne, malheureusement.
Podcast: Le Cours de l’histoire (France Culture)
Date: September 5, 2025
Host: France Culture
Episode Theme: Uncovering the historical and symbolic reasons behind the convention of placing the North at the top of world maps.
This episode delves into the historical, cultural, and political origins of why the North is positioned at the top of our maps. The host guides listeners through a journey from medieval Europe and the Islamic Golden Age to the Renaissance and modern cartography, highlighting the power dynamics and symbolism embedded in the way we visually represent the world.
This episode offers a fascinating exploration of how maps reflect power, religion, and worldview. The “North on top” orientation is neither natural nor neutral but the product of historical shifts in technology, religion, and imperial ambition. By showcasing alternative orientations from different cultures and periods, the host underlines that the way we see the world is always a matter of perspective—and invites us to turn our maps (and our minds) upside down.