
Vedettes ! Histoire de la célébrité 1/4 : De Rousseau à Marat, la célébrité en Lumières
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A
Bonjour, c'est Xavier Mauduit, l'histoire en vedette dans le Cours de l'Histoire de Rousseau Amara, la célébrité en lumière, coup de cœur de l'équipe du Cours de l'Histoire. Bonne écoute ! Xavier Mauduit. De Rousseau à Marat, la célébrité en lumière, face à la gloire, la popularité, à la renommée, à la réputation, à la notoriété, c'est la célébrité qui de nos jours semble avoir pris le dessus. Retour aux origines de cette notion à paillettes avec pour commencer un beau nom du siècle des lumières et de la révolution, Chanfort et ses.
B
Maximes. J'ai vu, dans le monde, qu'on sacrifiait sans cesse l'estime des honnêtes gens à la considération et le repos à la célébrité. Celui qui se fait connaître par quelques talents ou quelques vertus se dénonce à la bienveillance inactive de quelques honnêtes gens et à l'active malveillance de tous les hommes malhonnêtes. La célébrité est le châtiment du mérite et la punition du talent. Le sentiment a triomphé chez moi de l'amour propre même, et la vanité littéraire a péri dans la destruction de l'intérêt que je prenais aux hommes. La célébrité, c'est l'avantage d'être connu de ceux qui ne vous connaissent.
A
Pas. Les Maximes de Champfort pour débuter cette émission consacrée à la célébrité ou à l'invention de la célébrité. Antoine Lilti.
C
Bonjour.
A
Bonjour. Vous êtes historien professeur au Collège de France et je reprends le sous-titre de votre ouvrage sur ces figures publiques, l'invention de la célébrité 1750-1850 et avec vous aujourd'hui Guillaume Mazeau.
D
Bonjour.
A
Bonjour. Historien, maître de conférences en histoire moderne à l'université Paris 1, Panthéon Sorbonne, spécialiste de la révolution française. Moi je voudrais comprendre aussi pourquoi avoir mis en avant Antoine Lilti ce mot de célébrité, parce que dans le champ lexical, il y a le choix, il y a de la notoriété, il y a de la gloire. Pourquoi célébrité ? Alors pour.
C
Deux raisons. D'abord parce que la célébrité, c'est justement pas la gloire et la réputation. On vient de l'entendre chez Chanfort, on y reviendra peut-être. La célébrité, c'est le fait d'être connu d'un très large public de son vivant. Et ça, c'est un phénomène qui est nouveau au XVIIIe siècle. On a tendance à penser que c'est un phénomène très contemporain, très récent, lié au XXe siècle, aux médias de masse. En fait, c'est un phénomène nouveau au XVIIIe siècle, on aura le temps de le développer, lié à l'émergence de publics. Donc il y a des gens très nombreux qui peuvent connaître des figures publiques, des gens célèbres. Donc ça, c'est le premier élément. On le développera sans doute, mais c'est un phénomène nouveau au XVIIIe siècle qui n'est ni la gloire des héros traditionnels, ni la réputation des petits milieux. Et puis deuxièmement, pourquoi ce mot célébrité ? Parce que justement, il apparaît au XVIIIe siècle. On l'a entendu chez Chanfort. C'est un mot nouveau à partir du milieu du XVIIIe siècle et c'est un mot pour désigner cette réalité nouvelle et c'est un mot sur lesquels les moralistes, les écrivains, les philosophes s'interrogent pour essayer de comprendre ce qui est en train de basculer dans.
A
L'Histoire culturelle européenne. Et pour être célèbre, il faut être vivant. C'est aussi un des éléments qui distingue la célébrité d'autres notions, par.
C
Exemple la gloire. Oui, et du coup, ça a deux conséquences. C'est que souvent, en réalité, cette célébrité, elle est ambigüe, elle est ambivalente. Elle n'est pas simplement un phénomène d'admiration pour les grands hommes du passé. Elle est un phénomène qui peut être une empathie ou qui peut être une curiosité, mais qui peut être, comme le dit Chanfort, relativement malveillante aussi. Il y a des célébrités qui sont des célébrités négatives. Donc, elle est fondamentalement ambivalente dans le jugement qu'elle porte sur la personne célèbre et surtout, Le fait que ce soit des gens de leur vivance a une conséquence, c'est que ça a des effets retours. C'est-à-dire qu'eux-mêmes sont confrontés aux effets de leur célébrité qui peuvent être des effets positifs. On peut être très content d'être connu parce que c'est une marque du succès, surtout pour ceux qui ont, dans le champ culturel ou politique, affaire à un public. Mais c'est aussi très souvent une épreuve, un fardeau, et comme dit Chanfort, un châtiment.
A
Ou une punition. Dans l'invention de la célébrité, Antoine Lilti, vous commencez par évoquer l'homme le plus célèbre de son temps et même avant la période que vous étudiez, c'est-à-dire avant 1750, c'est la personne du roi. Parce qu'on peut quand même distinguer ici le fait d'être connu de tout le monde quand on est le roi et puis encore plus à la cour on est observé. Et puis le phénomène qui s'opère au 18e siècle où là ça se passe partout. Cette notion d'espace public, elle est au cœur.
C
De cette réflexion. Oui, absolument, parce que le roi, évidemment, il est connu très largement, mais il est connu en tant que fonction. Ce n'est pas la personne privée, c'est une personne entièrement publique. C'est une personne qui est prise totalement dans le cérémonial. Et ça, c'est la grande différence entre le roi comme figure publique, au sens traditionnel, qui incarne l'État. Donc le cérémonial, c'est justement un cérémonial où c'est la personne royale qui se donne en représentation, qui se donne en spectacle. parce qu'il représente l'État. Et puis, ces personnes publiques, ce que sont les célébrités ou les vedettes à partir du milieu du 18e siècle, qui, elles, sont publiques au sens où elles sont sous le regard du public. Et ce qui va être nouveau à ce moment-là, c'est que c'est leurs personnes privées qui intéressent. On commence à se passionner pour la vie privée de Voltaire, de Rousseau, des comédiens et des comédiennes, des musiciens, et y compris de la famille royale. Et c'est là que c'est intéressant. C'est que, justement, entre eux, la notoriété ou la gloire du roi jusqu'au XVIIe siècle et le type de célébrité dont la famille royale va être l'objet à la fin du XVIIIe siècle, on peut penser évidemment à Marie-Antoinette, on a un basculement justement du.
A
Public au privé. Oui, Guillaume Hazon, on voit vraiment cela quand on étudie le XVIIIe siècle, ces personnages incontournables dont nous sommes les héritiers. Il suffit de citer ces noms Rousseau, Voltaire et puis après sous la révolution, Marat, Robespierre. On les connaît, nous sommes les héritiers de leur.
D
Célébrité du passé. Disons que leur célébrité, leur image publique a forgé, c'est vrai, un patrimoine dans lequel on peut se reconnaître ou pas et qui donne lieu à beaucoup de déformations, parfois de malentendus, comme le dit très bien Antoine Lilti. Ambivalente dès le début, je dirais, au XVIIIe siècle et ambivalente aussi dans sa mémoire longue parce que, évidemment, ces figures qui ont participé à construire ce qu'on a appelé l'espace public, et puis ensuite la révolution, etc. Et une sorte, évidemment, d'identité commune. Elles ont été déchirées, tordues, mastiquées, je dirais, par des pamphlets, par des affiches, par des images, des estampes, etc. Et elles ont ensuite été travaillées pour donner une forme de culture commune, mais qui n'a jamais été une culture.
A
Commune très tranquille. Oui, parce que quand on parle de figure, c'est vrai qu'on évoque un personnage. C'est une grande figure de la philosophie ou de la littérature. Mais la figure aussi évoque des images et ces images-là, nous les avons en tête. Quand on dit Voltaire, globalement, on voit à.
E
Quoi il ressemble. Voici un buste de houdon représentant Monsieur de Voltaire. Mais soyons justes. Et si quelqu'un vous demandait ce que c'est que ce buste, bien qu'il soit de houdon, vous répondriez tous, c'est un buste de Voltaire. Et vous auriez raison. L'un des deux prime l'autre, et c'est le philosophe. Oui, le sculpteur doit s'effacer devant le modèle. Voltaire. Chapeau bas. Nous lui devons tous quelque chose. Cruel, sceptique, aigri, maussade et parfois sans pitié, pestant, rageant et blasphémant, tel fut ce philosophe, assez peu philosophe pour regarder la vie avec indifférence. D'ailleurs, un homme pareil ne se discute pas, car M. de Voltaire est un fait historique, et l'animosité de l'Église à son égard ne paraît pas admissible, puisqu'elle ne cesse de nous dire « Dieu fait bien ce qu'il fait ». S'il fait bien ce qu'il fait, c'est que sans doute alors il avait ses raisons de ne l'avoir laissé.
A
Si longtemps sur la terre. En 1954, Sacha Guitry qui se fait un petit peu philosophe en passant comme ça. Qu'est-ce qui se passe Antoine Lilti dans l'espace public au XVIIIe siècle pour expliquer la naissance.
C
L'Invention de la célébrité ? Il se passe toute une série de transformations qui sont liées notamment à l'expansion de l'imprimé. Évidemment, l'imprimerie, on sait bien, ne naît pas au XVIIIe siècle, mais jusqu'au début du XVIIIe siècle, le livre reste un objet relativement précieux, luxueux, et en tout cas qui est plutôt réservé aux élites, notamment aux élites savantes, intellectuelles. Or, au XVIIIe siècle, on a une expansion du public des lecteurs, on a beaucoup plus de gens qui lisent, on a des tirages beaucoup plus importants, on a l'apparition d'un phénomène nouveau qui sont les journaux, la presse qui raconte au quotidien En tout cas, chaque semaine, chaque mois, les faits et gestes des grands personnages. On a le développement de nouvelles images et notamment de la gravure et des bustes. Et donc, on a tout aussi une culture visuelle qui permet justement la circulation de ces figures et de ces images. Voltaire, dès le 18e siècle, on le reconnaît. Quand il arrive à Paris en 1778, à la veille de sa mort, il est reconnu aux barrières de Paris. Et puis ce buste de Houdon, les gens viennent le voir dans l'atelier de Houdon. Il y a vraiment une culture. On peut acheter un peu partout des gravures, des portraits gravés de Voltaire. Donc ça c'est quelque chose de totalement nouveau qui fait qu'une figure publique comme Voltaire, eh bien il a à la fois son image, son nom, toute une série d'anecdotes sur sa vie sont connues d'un public large qui est bien au-delà de la cour ou des milieux intellectuels. Et ça c'est une nouveauté parce que si vous pensez à des écrivains du XVIe ou même du XVIIe siècle, c'était pas du bélet ou des grands humanistes comme Erasme. Ils étaient connus à la cour, ils étaient connus des milieux littéraires ou intellectuels, ils étaient connus de gens qui les connaissaient directement, avec qui ils étaient en correspondance, avec qui ils étaient en lien. Au XVIIIe siècle, tout d'un coup, il y a une expansion de la notoriété qui fait, parce qu'il y a l'émergence d'un public, ça c'est une notion absolument fondamentale, une personne, à partir du moment où elle devient célèbre, son nom, son image, Et toute une série de traits qui lui sont associés circulent très largement bien au-delà des cercles d'interconnaissance.
A
Ou des espaces littéraires, culturels, habituels. Oui, parce que c'est ce monde qui est en plein bouleversement au 18e siècle, on l'entend bien. Il y a ce système qu'on connaît de la cour, celui des salons, mais il n'y a pas que ça. Et d'ailleurs, c'est très dur à mesurer ça, la notoriété d'une personne ou en tout cas la réception que peut avoir un public de la notoriété. C'est l'accumulation de documents qui fait qu'on peut se dire lui, voilà, il est connu tellement, il est cité tellement, il est présent. C'est comme.
D
Ça qu'on peut fonctionner, Guillaume Mazeau. Oui, alors notamment sur la Révolution française, il y a des archives qui le montrent, c'est les archives policières, judiciaires. Lorsque... Alors en période de crise, très forte justement, où le fait d'être reconnu peut apporter des choses et peut vous faire valoir une place, etc., une association sociale, mais en même temps peut vous condamner. Et donc tous les endroits où votre visage est saisi, c'est-à-dire notamment les barrières d'octroi, les endroits de contrôle, les relais de poste, etc. Ensuite, très vite, les rumeurs peuvent partir. Et en fait, il y a énormément d'individus qui sont frappés. du fait que leur visage leur échappe, littéralement. C'est-à-dire que, en fait, ça ne leur appartient plus, et leur réputation non plus. C'est-à-dire que le fait d'être reconnu, la reconnaissance désigne la notoriété, mais aussi la capacité d'être connu physiquement. Et donc ça, ça traîne dans ces archives-là. Ça traîne aussi dans les chansons, ça traîne dans toute une série de sources. Après, c'est vrai que c'est difficile. On a souvent plus les archives de la production, les images, les pamphlets, parfois même les archives de ceux qui veulent être reconnus et promouvoir leur image parce qu'on en joue aussi, évidemment. Une des manières d'exister socialement, c'est de jouer sur cette visibilité et cette capacité à faire reconnaître son nom et aussi son visage. Mais ça peut.
A
Être tourné contre soi très rapidement. Oui, puis il y a ce mélange de gloire et de célébrité. On l'a bien dit, nous retenons aujourd'hui les gens qui ont été célèbres par le passé parce que la gloire fait qu'on s'en souvient encore. On a commencé l'émission avec Chanfort. Il faut être honnête, Chanfort, ce n'est pas la personne la plus connue. Pourtant, c'est une célébrité en son temps, Nicolas Chanfort. Donc, il y a ça aussi. Vous croisez dans vos recherches des célébrités du passé qui ne sont plus du tout des gens connus au présent ou.
D
En tout cas connus des spécialistes. Alors souvent ces célébrités, parce qu'on les qualifie de célèbres, certaines d'entre elles sont restées. Moi je pense par exemple, surtout des hommes, c'est une définition beaucoup masculine de la célébrité, liée à la place que prennent les hommes dans l'espace public et le fait d'assumer et de jouer un rôle public. Je pense à Mirabeau, Lafayette, Necker, au tout début de la Révolution française, puis après Marat et évidemment Robespierre. Mais oui, elles sont vraiment restées dans le temps, ces figures-là. Mais il y en a plein d'autres qu'on a oubliées, qui se souvient de Omnes Omnibus, par exemple, porte-parole des jeunes gens de Nantes qui ont une sorte de célébrité très rapide, très fugace. La célébrité, c'est réversible et ça peut être aussi pour sa sécurité, mais aussi dans le temps. Qui se souvient de Saint-Uruge, du marquis de Saint-Uruge qui était connu comme le chef des sans-culottes pendant plusieurs années au début de la Révolution française, connu à l'étranger, et puis tout d'un coup qu'on a oublié. Voilà, donc c'est l'apprentissage aussi de cette réversibilité-là.
A
Qu'Est la célébrité au XVIIIe siècle. L'apprentissage de la modestie parce qu'être célèbre à un moment ne nous garantit pas d'être célèbre dans le futur et ça c'est tant mieux. Antoine Lilti, dans ce processus de l'invention de la célébrité, on entend bien l'importance de l'écrit et c'est un peu la même chose, difficile à mesurer comment les écrits se diffusent. Qui sait lire ? Qui ne sait pas lire ? A qui lit-on ce qui est diffusé ? Mais par le texte, ici, la célébrité naît. On voit bien au XVIIIe siècle que c'est par cela.
C
Vraiment qu'il y a des noms qui se diffusent. Oui, bien sûr. Alors, vous avez raison, c'est difficile à mesurer. Ça reste un phénomène qui est localisé, c'est-à-dire que c'est un phénomène essentiellement urbain. C'est un phénomène qu'on saisit très bien dans les grandes métropoles que sont Paris pour la France, Londres, Vienne, les grandes métropoles européennes. Sans doute un certain nombre de villes importantes. Évidemment, n'oublions pas qu'une grande partie, la grande majorité de la population française, par exemple, la population européenne au XVIIIe siècle, reste une population rurale. qui, au fond, a très peu accès à ses écrits, à ses ouvrages. Ça ne veut pas dire d'ailleurs qu'ils n'ont pas quelques échos de ces grands noms qui circulent. Mais évidemment, on n'est pas au 19e siècle, on n'est pas au 20e siècle, on n'est pas encore la presse de masse. Mais donc, il ne faudrait pas non plus croire qu'au 18e siècle, ce sont des célébrités comme on les connaît aujourd'hui. Ça reste un public qui est restreint par rapport à ce qu'on connaîtra plus tard, mais qui est déjà où les mécanismes sont déjà tout à fait identifiables et les discours, c'est ça aussi, les discours sur la célébrité, aussi bien pour les décrire, pour la critiquer, pour la dénoncer, sont déjà en place. Alors, comment est-ce qu'on peut le mesurer ? On a quand même des éléments, d'abord parce qu'effectivement, on a des éléments de tirage sur les journaux, sur la presse, et puis on a toute une série d'anecdotes qui permettent d'écrire, de raconter. Par exemple, Jean-Jacques Rousseau, quand il revient à Paris en 1770, après plusieurs années d'exil, et quand il se promène dans Paris, il est reconnu. Il est reconnu. Ça crée des attroupements. Quand il va jouer aux échecs au Palais-Royal, ça fait de tels attroupements que le responsable du café lui demande de ne plus venir, parce que les gens montent sur les tables pour l'apercevoir et cassent les tables. Donc là, on a quand même toute une série d'éléments qui sont racontés, qui sont décrits. Et puis, Jean-Jacques Rousseau, il reçoit des lettres de gens anonymes qui le connaissent parce qu'ils ont lu ses livres, parce qu'ils ont lu des anecdotes sur lui dans la presse. Et donc là.
F
Ça permet de mesurer quand même l'expansion de cette célébrité. « Vos divins écrits, Monsieur, sont un feu qui dévore. Ils ont pénétré mon âme, fortifié mon cœur, éclairé mon esprit. Depuis longtemps, livré aux trompeuses illusions d'une impétueuse jeunesse, ma raison s'égarait dans la recherche de la vérité. Il fallait un Dieu. et un Dieu puissant pour me tirer de ce précipice. Et vous êtes, Monsieur, le Dieu qui venait d'opérer ce miracle. Votre tendre et vertueuse Héloïse qui sera toujours pour moi le code de la puissance morale, et vous, Monsieur, la vénération et le respect le plus profond. J'adore votre personne et vos sublimes écrits. Tous ceux qui auront le bonheur de lire vos ouvrages trouveront en vous un guide sûr qui les conduira à la perfection, à l'amour et à la pratique.
A
De toutes les vertus qui font l'essence de l'homme de bien. Le 10 février 1761, Charles-Joseph Pancouc prend sa plume et crie à Jean-Jacques Rousseau « véritable groupie ». On l'entend.
C
C'Est à l'aune de ce que Rousseau est comme célébrité à ce moment-là. Oui, absolument. Et puis, au début, il évoque sa sublime Héloïse. Donc, on est dans les conséquences du succès incroyable de la nouvelle Héloïse. Ce roman qui est un des grands best-sellers, un roman sentimental de Rousseau, parce qu'évidemment, Rousseau, aujourd'hui, on dit c'est le philosophe, le contrat social. Le discours sur l'inégalité, c'est ça qu'on a retenu. Mais à l'époque, un des grands éléments qui va faire sa célébrité, c'est justement le succès de ce roman. Un succès absolument incroyable. Les gens vont non seulement être touchés, émus par le roman, y voir la base d'une morale nouvelle, qui est une morale de la sentimentalité, de l'affection, et puis ils vont transférer sur Grousseau lui-même cet enthousiasme qu'ils ont pour ces personnages. Et dans la citation de Pankouk qu'on vient d'entendre, Il y a un moment très intéressant, il dit « j'adore votre personne et vos sublimes écrits ». Donc ce n'est pas simplement, on n'est pas dans le registre justement de la République des Lettres classique et d'une discussion sur des écrits. Il y a vraiment « j'adore votre personne ». Et donc il y a quelque chose, et là on va avoir énormément de courriers. Le premier qui a étudié ça, c'est le grand historien américain Robert Darnton, qui a très bien montré qu'il y avait tout un courrier des lecteurs qui écrivent à Rousseau et encore Pankouk. On pourrait dire oui, mais Pankouk, c'est quelqu'un, ça va être un grand éditeur, c'est quelqu'un qui appartient au milieu intellectuel et culturel, même s'il est... C'est un provincial à Lille, mais il appartient quand même à ses milieux. Mais on a des horlogers, on a des artisans, on a des anonymes qui se mettent à écrire à Rousseau pour lui dire à peu près la même chose. J'adore votre personne et vos écrits. Et on a même qui disent mais je pense à vous tout le temps. Je ne suis heureux que quand je peux parler de vous avec mes amis. Donc on a vraiment là un phénomène de la naissance des fans. Effectivement, vous avez dit groupie. Donc là, on a un rapport à la célébrité qui est plus simplement la curiosité pour la vie publique ou privée de personnes.
D
Célèbres, mais véritablement un phénomène d'adhésion affective et sentimentale à la personne même de la personne célèbre. Oui, c'est complètement juste. Et ce qu'il faut dire aussi, c'est que du coup, c'est permis par le fait qu'au XVIIIe siècle, il y a, alors c'est pareil dans certains milieux plutôt urbains, plutôt erudits, etc., une promotion de la culture sensible. Il y a un changement culturel assez profond qui fait que ce qu'on appelle le sentimentalisme, dans la philosophie ça donne le sensualisme, une valorisation des affects. et de l'idée selon laquelle l'attachement, l'identification sensible crée du lien, peut créer du lien, peut faire se sentir appartenir à une communauté, une communauté qui peut dépasser les frontières habituelles, les frontières sociales, les frontières de la communauté d'habitants ou du quartier. et qui provoque des sentiments, justement, et non pas forcément une admiration seulement intellectuelle ou faite d'une sorte de subordination à une figure de gloire, le maréchal de Saxe, qui illustrerait justement la monarchie, le prestige de la monarchie. Une identification qui est réversible aussi, puisqu'elle court-circuit tout. C'est tout d'un coup un lien personnel, presque subjectif, qui est tissé. entre deux personnes, et ce qui est, au XVIIIe siècle, ce qui traverse toutes les règles sociales, en fait. Toutes les règles de la société d'ordre dans lesquelles les frontières sont nombreuses et quotidiennes. Et pendant la Révolution, notamment, mais pendant toutes les crises politiques du XVIIIe siècle.
A
Ça peut justement se retourner contre la personne adorée. Parce qu'elle peut être détestée en une seconde. Oui, c'est vraiment cela. Il y a ce rapport à l'intime, on l'entend ici, l'écrit, c'est très important, bien sûr. Mais la recherche de l'intime, c'est un phénomène aussi.
C
Lié à ce que disait Guillaume Mazeau, à cet aspect sensible qui se développe au XVIIIe siècle. Alors bien sûr, Guillaume l'a très bien dit, on est absolument dans cette nouvelle culture de la sentimentalité ou du sentimentalisme. On est aussi dans quelque chose qui est un phénomène proprement médiatique. C'est pour ça que l'imprimé est très intéressant. Ça a été étudié par des sociologues de la célébrité et des médias. Une sorte de chose paradoxale, c'est que ce lien qui passe par l'imprimé, qui est un lien tout à fait asymétrique entre une personne qui écrit et puis des lecteurs très nombreux, eh bien, produit un sentiment d'intimité à distance. Intimité à distance, c'est le terme qu'utilisent les psychologues sociaux et les sociologues des médias. Et c'est quelque chose, évidemment, qu'on connaît bien aujourd'hui, mais qui est un paradoxe. Et le paradoxe, c'est que Un best-seller, par exemple comme « La Nouvelle Héloïse », il y a énormément de lecteurs qui font tous, au fond, lisent le même livre, ont la même expérience, ne connaissent pas Rousseau et vraisemblablement ne le connaîtront jamais. Mais par la médiation de l'écrit, et notamment la du roman sentimental, on l'impression d'avoir une relation intime et extrêmement personnelle avec l'auteur, soit avec l'auteur, soit avec le personnage, soit avec la personne dont on rapporte ou dont on raconte la vie. Ça, c'est quelque chose évidemment qu'on connaît bien aujourd'hui avec les fans des célébrités qui écoutent la même chanson que tout le monde, mais qui sont persuadés, qui ont le poster dans leur chambre et qui sont persuadés d'avoir un rapport affectif, sentimental, Et ça, on le voit très bien se mettre en place, notamment autour de Rousseau, mais autour d'autres figures liées. C'est la rencontre entre cette nouvelle culture du sentiment, où la personnalité doit se marquer par les fusions, par l'attachement, et puis par des créations de la constitution, comme le disait Guillaume Mazeau, de communautés. Donc la communauté des lecteurs et des admirateurs de Rousseau en l'occurrence. Et puis de ces phénomènes spécifiquement médiatiques qui sont liés au fait qu'on est.
A
Plus simplement dans des sociétés d'interconnaissance par la conversation, la correspondance, mais par cette diffusion très large de l'imprimé. Et puis ça.
C
Peut se retourner, comme disait Guillaume Mazeau, en très peu de temps. Et tout.
G
Cela aussi grâce à l'imprimé. Et quand.
B
On était rédit à.
H
La reine que ses sujets n'avaient pas de point, savez-vous ce qu'elle a répondu ? Qu'il mange de la brioche. C'est ridicule. Jamais je ne dirais une telle chose. Et ici, on vous voit dans une orgie avec plusieurs personnes. On m'y voit vous sucer les orteils. Quand se lasseront-ils de ces histoires ridicules ? On dit que vous avez offert à Thomas Jefferson une petite visite de vos jardins. On voit.
A
Jefferson admirant le royal Buisson. C'est affreux. Vous ne réagirez donc pas ? Je n'ai pas l'intention de leur faire cet honneur. Marie-Antoinette et ses copines en train de lire la presse dans le film de Sofia Coppola. C'est en 2006. Antoine Milti, d'ailleurs, l'invention de la célébrité. Votre ouvrage commence avec ce film et Sofia Coppola. On voit ici une figure de la reine décriée à travers les écrits. C'est une.
C
Chose, mais surtout une reine qui n'a jamais été autant présentée dans son intime par rapport à toutes celles qui l'ont précédée. Bien sûr, parce que pour la raison qu'on évoquait tout à l'heure, c'est-à-dire qu'il y a plutôt deux raisons. Il y a à la fois Marie-Antoinette, justement, elle va essayer de rompre avec ce cérémonial, cette étiquette royale en défendant pour elle-même le droit aussi à une existence privée. Et donc c'est Trianon, bien connu, c'est son cercle d'amis, etc. Mais qu'il ne faut pas trop psychologiser. Des fois, on a dit Marie-Antoinette, voilà, elle n'a pas le sens de l'État. En fait, c'est comme à peu près tous les aristocrates de sa génération et de cette époque. Ils ont ce désir eux aussi d'avoir une vie privée, une vie intime. Et surtout, ce qui est très intéressant, c'est qu'elle va mettre en scène elle-même comme personne privée. Elle se rend à l'opéra. Elle se rend au bal à Paris. Elle se fait représenter. C'est très intéressant en termes de culture visuelle. Jusque-là, elle abandonne les grands portraits d'apparat pour se faire représenter dans des tenues très simples où il n'y a aucun signe de la royauté. Il n'y a pas de couronne. Une partie du public va croire qu'elle est quasiment en sous-vêtements, alors qu'en réalité, bon, en tout cas, c'est des vêtements de la vie privée. Et ça va avoir un double effet, c'est-à-dire que dans un premier temps, en fait, ça a quand même un grand succès. C'est-à-dire qu'évidemment plus tard, et notamment sous la Révolution, et puis dans les années qui précèdent, à partir du milieu des années 1780, elle devient assez largement impopulaire, elle est attaquée, mais au tout début, quand elle arrive, elle est au contraire la reine de la mode parisienne. Elle est à la fois une reine et une célébrité. Alors ça va se retourner contre elle, avec tous les pamphlets, mais ça se retourne contre elle à partir du moment où la situation politique se retourne contre elle. Et là, il y a eu, à mon avis, un contresens commis par beaucoup d'historiens et d'historiennes qui ont pensé que ces panflets ou ces attaques contre la vie privée de la reine avaient été le facteur qui avait provoqué son impopularité, puis la désacralisation de la monarchie. Or, si on regarde ce qui se passe en Angleterre au même moment, on a exactement le même type de mise en scène de la vie privée. du roi, surtout du dauphin, le prince de Galles, plus tard de la reine. Cette mise en scène de la vie privée des souverains, et on sait bien que pour la famille anglaise, ça va être encore plus vrai au XIXe siècle, et jusqu'à aujourd'hui, ça n'a pas forcément abîmé leur crédit politique. Ce qui est intéressant avec Marie-Antoinette, c'est qu'on a à la fois, comme vous l'avez bien dit, ce retournement d'une fascination pour cette jeune souveraine qui est beaucoup plus moderne, qui est dans la vie parisienne, qui casse les codes habituels de la représentation, qui apparaissait effectivement désuée, et puis ça va.
A
Se retourner négativement contre elle. Mais ce retournement, à mon avis, il est plutôt l'effet de la crise politique que son facteur. Guillaume Mazzotto, tout ce qu'on évoque là, c'est très important pour comprendre la Révolution française. Par des effets de génération, les hommes, les femmes de la Révolution française ont grandi, ont construit leur imaginaire avec tout ce qu'on.
D
Dit là. Donc cette notion de célébrité, l'importance des imprimés, les retournements possibles de la célébrité, c'est ce qu'ils ont en tête. Complètement. Et d'ailleurs, je voulais rebondir sur ce que disait Antoine Lilti sur Marie-Antoinette. Il ne faut pas oublier que la grande diffusion des pamphlets pornographiques, parce que c'est dans le lit royal qu'on rentre, et pas comme avant. C'est-à-dire que ce droit de regard qui est un petit peu revendiqué de plus en plus dans les années 1780 et qui est un facteur de démocratisation, c'est-à-dire le droit de n'importe quel sujet, puis citoyen, à pouvoir, par son intrusion dans la vie privée des grands, à juger, critiquer, se faire une opinion, etc. Il a son pendant négatif qui s'appelle le voyeurisme. Et donc rentrer dans le lit, alors c'est les panfils pornographiques qui sont publiés vraiment autour des années 1783, au moment où Marie-Antoinette se fait représenter au salon C'est le portrait de Vigée-Lebrun en déshabillé. C'est ce que disait Antoine, c'est-à-dire quasiment en tenue privée et très privée, avec une rose à la main. Et donc là, elle percute complètement la représentation de l'éthiquette royale, etc. Elle revendique le fait qu'elle commande des habits. à Rosebertin, qui est la marchande de modes du Palais Royal, de la boutique du Grand Moghol. Donc là, on a aussi une sorte d'affirmation un peu impériale, globale, de ces modes, de ces élites qui sont internationales et qui circulent et qui assument le fait de ce changement. Mais ces pamphlets, ils vont être avant tout utilisés contre elles en 1789, quand les archives de la Bastille, une fois la Bastille prise, vont être ouvertes. Et ça, c'est Jérémy Popkin qui le montre très bien, il y a un décalage. Et effectivement, c'est quand la situation politique bascule que là, ça devient une arme de destruction massive contre elle. Et oui, ces révolutionnaires, ceux qui deviennent révolutionnaires en 1780, entre 87, 88, 89, ils savent très bien utiliser tout de suite ces outils. visuels, mais aussi ses imprimés. Je pense à Mirabeau, je pense à Lafayette. Avant, parce que c'est aussi aux Etats-Unis, Benjamin Franklin qui vient en tant qu'ambassadeur de la jeune République entre 1776 et 1785 en France pour négocier le soutien à la France aux insurgents et qui arrive avec son chapeau de trappeur et qui joue de son image pour montrer qu'il y a un côté presque... Il joue le sauvage. En tout cas, il joue le sauvage vu par les Français, mais ça lui confère de la popularité. Et les révolutionnaires français, puisqu'ils défilent tous devant les collections privées de portraits, je pense à Déjabin, etc., une fois élus, pour se faire fixer le portrait. Et notamment.
A
Certains, je pense à Michel Gérard, député de Basse-Bretagne, qui pose en paysan, exprès. Donc, de la célébrité même à la popularité. Oui, puis de la construction de la célébrité. Parce que construction de l'image, ici c'est très intéressant, Benjamin Franklin, c'est sûr, qui arrive sans perruque, sans rien, il se dénote par rapport au reste de la population. Antoine Nilti, c'est ça aussi, la célébrité, c'est.
C
Pas simplement quelque chose qui arrive de l'extérieur. vers la personnalité. C'est aussi la personnalité qui peut alimenter pour attirer la célébrité. Bien sûr. D'ailleurs, par exemple, avant Benjamin Franklin, celui qui déjà avait joué de ça de manière à la fois très nette et ambulante, c'est Rousseau, parce qu'on revient à Rousseau, parce que Rousseau, justement, il va à partir du Dès qu'il commence à être célèbre, début des années 1750, après le succès de son livre sur le progrès des arts et des sciences, il va mettre en scène un personnage nouveau. Lui aussi, c'est vestimentaire, c'est-à-dire qu'il arrête de s'habiller comme s'habillaient les écrivains dans les salons. Il a ce qu'on appelle son habit d'arménien, qui est une espèce de grande robe dont il dit que c'est beaucoup plus pratique pour lui. Et puis il va se construire un personnage à la fois visuel et littéraire qui est tout à fait, qui ne respecte aucune des conditions. Et ça va jouer énormément dans son succès. Et puis ça, on y reviendra peut-être tout à l'heure, ça va finir par se retourner contre lui. Mais il.
A
A essayé de se construire.
I
Un personnage immédiatement identifiable qui va avoir évidemment des effets tout à fait considérables pour sa reconnaissance. Rousseau qui fuit la célébrité. Je devais, j'ose le dire, être aimé du peuple dans ce pays-là, comme je l'ai été dans tous ceux où j'ai vécu, versant les aumônes à pleine main, ne laissant sans assistance aucun indigent autour de moi, ne refusant à personne aucun service que je pusse rendre et qui fut dans la justice, me familiarisant, trop peut-être, avec tout le monde, et me dérobant de tout mon pouvoir à toute distinction qui put exciter la jalousie. Tout cela n'empêcha pas que la populace, soulevée secrètement, je ne sais par qui, ne s'anima contre moi par degré jusqu'à la fureur, qu'elle ne m'insulta publiquement en plein jour, non seulement dans la campagne et dans les chemins, mais en pleine rue. Ceux à qui j'avais fait le plus de bien étaient les plus acharnés, et des gens même à.
H
Qui.
A
Je continuais d'en faire, n'osant se montrer, excitaient les autres, et semblaient vouloir se venger ainsi de l'humiliation de m'être obligé. François Perrier sur France Culture qui lisait un extrait des confessions de Jean-Jacques Rousseau. Antoine Nilti, fuir la célébrité, c'est.
C
Pas mal aussi parce que ça en ajoute un petit peu à la célébrité Jean-Jacques Rousseau, Marie-Antoinette, c'est aussi un procédé ça. Mais oui parce que la célébrité, on parlait tout à l'heure des critiques qui lui sont faites, donc il y a deux types de critiques, l'une c'est d'être en fait une sorte de gloire illégitime, parce que fondée uniquement sur le goût du public, de la multitude, ce que Jean Faure appelait le châtiment du mérite, mais c'est aussi effectivement vécu comme un fardeau, vécu comme un châtiment. Pourquoi ? Parce que c'est l'idée que, tout d'un coup, on ne s'appartient plus. Chez Rousseau, c'est très clair. Cette idée qu'il y a un personnage public qui s'appelle Jean-Jacques, auquel les gens vont l'identifier. Il refuse d'être ce personnage public qui est Jean-Jacques parce que ce serait reconnaître qu'il n'est pas authentiquement lui-même. On a parlé beaucoup de la culture du sentimentalisme. Avec Rousseau, il y a une autre nouveauté au XVIIIe siècle qui est la culture de l'authenticité. Et on a ce paradoxe incroyable que les gens s'attachent à Jean-Jacques Rousseau parce que, justement, ils pensent que lui est un écrivain authentique, qui n'est pas dans les conventions, dans les salons, dans les manières habituelles de se comporter. Mais lui ne supporte pas, justement, d'être réduit à ce personnage public. Et donc, toutes les manifestations de la célébrité, il se met à les détester. Donc, par exemple, les visites, il ne supporte pas qu'on vienne lui rendre visite en disant « Je viens vous rendre visite parce que je vous admire, vous êtes tellement célèbres, etc. ». Donc à chaque fois, ça le rend complètement fou. Ce qui fait que très vite, il va refuser les visites. Par exemple, il y a une aristocrate qui lui écrit pour lui dire qu'elle l'admire énormément, qu'elle voudrait lui rendre visite. Tout écrivain du XVIIIe siècle habituellement, si une aristocrate veut le rendre visite, il est très content. Non, Rousseau lui écrit en lui disant, si vous voulez voir une bête féroce, une bête curieuse, vous n'avez qu'à aller à la foire. C'est presque injurieux de répondre à ça. Donc, toutes les manifestations de la célébrité, il se met à les rejeter. Et puis, alors là, c'est un peu là. La folie particulière et paranoïaque de Rousseau, il se convainc que le public le déteste et qu'il est manipulé par ses ennemis. Alors, dans l'extrait qu'on vient d'entendre, c'est un peu particulier parce que, de fait, c'est en Suisse, un moment politique très compliqué, et de fait, il y a vraiment une partie du public qui est mobilisée contre lui. Mais ça devient chez lui une vision plus complète de la célébrité comme une menace justement du public sur sa propre authenticité et sur sa propre personne, ce qui va l'amener en fait progressivement à essayer de fuir cette célébrité. C'est la fin de sa vie.
A
Les rêveries du promeneur solitaire. C'est la recherche, l'affirmation de la solitude comme une façon justement de fuir cette célébrité dont il ne veut pas. Et pour Marie-Antoinette, c'est aller au hameau de la reine. Et à ça aussi, ce hameau de la reine, c'est se réfugier, c'est trouver un refuge, s'écarter.
C
Mais le hameau de la reine est tellement connu qu'on peut dire que ça ajoute à sa célébrité. C'est aussi la construction du personnage lui-même. C'est exactement ça, c'est le paradoxe justement de ce qu'on disait tout à l'heure avec le portrait qui la représente en chemise, et bien le portrait de Vigée-Lebrun, en fait, la représente justement, alors peut-être au Hameau de la Reine, en tout cas dans son espace particulier, Ça a été très décrié par les élites, mais ça a eu aussi beaucoup de succès, ce portrait. Et donc, tout le monde voudra avoir ensuite cette robe à la reine et s'identifier. Donc, on voit bien là cette ambivalence. Et je rebondis un instant sur ce que disait tout à l'heure Guillaume Mazeau, c'est que même sous la Révolution, encore, Certains vont conseiller, par exemple il y a une lettre de Barnave à Marie-Antoinette, très intéressante, où il dit mais vous pouvez retrouver la popularité, vous avez eu cette popularité et en fait ça peut être un instrument politique. Donc tous ceux qui vont essayer quand même d'arrêter la.
D
Révolution à un moment donné vont, et notamment en reconstruisant le crédit politique de la monarchie, vont essayer de s'appuyer sur cette popularité de Marie-Antoinette. Il y a une petite séquence où ça aurait pu marcher. C'est à partir du moment où la cour est déplacée de force après la marche des femmes, des 5 et 6 octobre 1789, aux Tuileries, dans cet ancien palais qui avait été abandonné depuis la fin du XVIIe siècle. est loué à des courtisans, à des membres de la noblesse, etc. Et le 10 août 1792, quand les Tuileries sont prises, là, la monarchie s'engage dans une sorte de période test, on pourrait dire, puisque c'est un palais royal, mais un palais royal qui est désormais au cœur d'une ville très nombreuse, 650-700 000 habitants. Et qui fait que le roi, la reine et la cour qui les suivent, les ministères aussi, sont sous l'œil du peuple, littéralement. Et donc, il y a une petite palissade qui est construite autour de Tuileries pour qu'ils puissent continuer à faire leurs promenades, qui font partie des rues de cour. Mais ça casse complètement l'économie visuelle de la cour de Versailles. C'est un endroit où le roi gouverne ses apparitions. En tout cas, L'étiquette gouverne les apparitions du roi et ses disparitions. Il fait des disparitions et des apparitions, une sorte d'art de gouverner qui évolue, qui n'est jamais fixe. Et là, évidemment, aux Tuileries, ça change complètement la donne puisque c'est le roi et la reine qu'on place aux Tuileries, qu'on montre, qu'on exhibe. C'est la fameuse visite du roi du 17 juillet 1789. C'est le fait de lui faire coiffer un bonnet phrygien, de le mettre au balcon de l'hôtel de ville. Et ils essayent de faire une sorte de monarchie un peu familiale, justement en utilisant l'image de leur famille, d'une bonne famille, avec le dauphin qu'on promène. Ils favorisent la production d'estampes où on croise des jeunes enfants dans les tuileries, etc. avec des anecdotes. Mais ça ne marche pas. Ça ne marche pas parce que c'est tout le discours de la prison qui est beaucoup produit par les nobles, les plus conservateurs, les aristocrates, etc. qui mettent cette pression-là. Puis par la famille royale qui n'est pas éduquée pour ça. Et puis on est dans une gile et dans un contexte qui ne permet plus ça, en réalité, où les tensions sont tellement fortes que c'est une intrusion, une pression trop forte. Mais il y a un moment où ils testent ce que.
A
Réussira Louis-Philippe plus tard, cette monarchie familiale, où on joue de l'intime, on joue de la vie privée des rois comme un instrument de popularité. Oui parce que c'est cela la célébrité aussi, c'est savoir répondre à une attente à un moment donné mais sans trop savoir quelle est l'attente et on peut se planter, ce qui arrive parfois quand d'autres dans le même temps réussissent. Direction Aix-en-Provence au.
J
Tout de début de l'année 1789. Bah oui parce que bientôt il va y avoir les états généraux réunis à Paris, faut organiser tout ça. Nous sommes à Aix-en-Provence.
H
Le 26 janvier 1789. Entre deux haies.
D
D'Une foule attentive, bruyante, frémissante, se déroule la procession des trois ordres qui précèdent l'ouverture des états provinciaux. Tu l'as vu ? Je l'ai vu, qui ?
H
Imbécile, Mirabeau, bien sûr ! Mirabeau, il est là.
D
? Eh que oui ! Tiens, regarde-le.
C
Donc. Là, le dernier de l'ordre.
J
De la noblesse, juste avant le tiers état. Il est laid, mais il est beau quand même. Et celui qui lui fera baisser les yeux, il n'est pas encore né. Monsieur le Comte de Mirabeau porte, comme avec défi, la tête haute, renversée en arrière. Sa crinière se prolonge, derrière.
D
La tête, dans une large bourse de taffetas noirs. La main droite s'appuie sur.
J
Le pommeau de son épée. Il tient, sous son bras gauche, un chapeau à plumet blanc. Vive le Comte de Mirabeau ! Mais pourquoi tu cries ? Parce que Mirabeau, il est pour le peuple ! L'étrange personnage. D'une noblesse que nul ne s'aviserait de contester, il a mené depuis cinq ans une vie d'aventurier. Pourquoi ? Il était né monstrueux, avec une tête énorme, de molaires déjà formés, la langue nouée et une cheville tordue. La cheville se redressa.
E
La langue se dénoua, mais la tête resta.
A
Grosse et la petite vérole, en lui grêlant profondément le visage, ne le rendit pas plus agréable, au contraire. Monsieur de Mirabeau, le père, écrivit à son frère, « Ton neveu Et laid comme Satan. C'est pas bien gentil. Pas rien les fictions radiophoniques. En 1959, Guillaume Bazot.
D
On y était à Aix-en-Provence avec ce personnage de Mirabeau. Mirabeau qui sait jouer de son image. Il est très laid, il a la peau grêlée, mais il est très beau dans le même temps. Alors, Mirabeau, c'est le seul que l'on reconnaît physiquement dans la salle des menus de plaisir quand ces 1200, quelques 1200 députés arrivent à Versailles. Il est déjà célèbre et de ce fait, il peut déjà influencer l'Assemblée en jouant de son charisme. Je recommande d'ailleurs le très bon livre de David Bell, l'historien étasien sur le charisme politique, le culte des chefs. qui montre à quel point, et ça c'est un phénomène global, pas seulement français, puisqu'il parle de Paoli, il parle de George Washington, qui utilise beaucoup son image aussi à des fins politiques. Voilà, bon, Mirabeau, c'est le premier à utiliser ça, et c'est vrai qu'il fait cette popularité-là, bon, très réversible en Provence, puisque tout ne commence pas en mai 1789, loin de là. Et donc, ce qui fait qu'on le reconnaît, qu'on connaît son nom, etc., très vite. Alors après, il faut se méfier des descriptions physiques, justement, puisqu'elles sont toujours des enjeux moraux et politiques. La laideur, la beauté, c'est toujours une manière de parler, de tester, je dirais, ce qu'Antoine Nutti appelait l'authenticité, c'est-à-dire la sincérité. À une période où on choisit, où on élit ses représentants, là on est dans un moment de bascule très fort, la notion de représentation et de la fidélité de la représentation, et bien, elle change de sens. Un portrait n'est plus seulement un portrait de conditions avec des codes sociaux, etc., dans lequel la ressemblance physique est moins importante que, finalement, l'application des codes liés ou à la noblesse, ou à sa place, ou à son rang, mais à son portrait physique. Et au discours moral qu'on tient sur ce portrait physique, ça donnera des pseudo-sciences comme la physiognomonie, la craniométrie au XIXe.
A
Siècle, etc. Les descriptions physiques et même les portraits à ce moment-là, qui se présentent tous comme d'après nature, le plus vrai possible, fixés d'après les traits du modèle, sont toujours en réalité complètement minés. Avec une forme de caricature, Antoine Lilti, mais une réduction des choses. Un auteur, une autrice célèbre par sa production, avec la.
C
Célébrité, se réduit à quelques idées majeures et à une image. Est-ce qu'on assiste à ce phénomène-là de façon à diffuser encore plus simplement l'image, l'image mentale ou l'image physique d'une célébrité ? Oui, bien sûr. Mais le cas de Mirabeau est tout à fait intéressant parce qu'effectivement, cette idée de la laideur-beauté et de sa laideur devient un trait caractéristique. Et là, on voit bien l'ambivalence de la célébrité dans sa manière d'être traduite politiquement parce que ce qui est extraordinaire avec Mirabeau, c'est que c'est pas justement... Il n'a pas de gloire d'écrivain. Au contraire, c'est une célébrité presque scandaleuse. La célébrité, on l'entendait un peu en 89. C'est en fait un noble, mais un peu en rupture de banc, qui a fait de la prison, qui a écrit des pamphlets. Et donc, il va transformer. Mais il est identifiable. Et surtout, il est effectivement identifié à la fois comme un noble, mais un noble proche du peuple. Et c'est exactement au moment, au début de la Révolution, où le terme même de popularité, aujourd'hui, on dit toujours la popularité, on fait des sondages, la popularité des hommes politiques, le terme de popularité change de sens. Au XVIIIe siècle, la popularité de quelqu'un, c'est le fait qu'il aime le peuple, c'est-à-dire que c'est quelqu'un qui n'est pas distingué. Quelqu'un qui est populaire, c'est-à-dire qu'il n'a pas des goûts distingués. progressivement, ça change de sens, ça devient celui qui est aimé du peuple. C'est plus celui qui aime le peuple, celui qui est aimé du peuple. Et Mirabeau est exactement au moment de bascule de cette conception. Et au début de la Révolution, il y a plein de textes dans les journaux où on s'interroge sur ce qu'est-ce que c'est que la popularité. Est-ce que la popularité c'est un critère de légitimité politique, mais en même temps, ce n'est pas l'estime. Ce n'est pas l'estime publique. Donc, c'est plutôt plus proche de la célébrité. Et donc, ça peut être aussi dangereux parce que les gens peuvent s'appuyer sur un amour un peu irréfléchi du peuple pour construire une position politique. Et donc, au moment où la démocratie s'invente, c'est-à-dire où le public Le peuple devient un instrument, devient l'objet de la souveraineté. Cette question de la célébrité ou de la popularité et de ses effets politiques devient un sujet central et aussi une menace. On appellerait aujourd'hui évidemment le populisme, mais cette question du charisme.
A
Politique, est-ce qu'elle est une manière d'introduire le public, le peuple, dans le jeu politique ou au contraire de construire des formes d'autoritarisme fondées sur le charisme ? Et par exemple Bonaparte ou Napoléon va s'en saisir. avec ici l'intérêt de la célébrité pour une personnalité. Dans le cas de Mirabeau, il y a une utilité quand on se retrouve aux états généraux avec autant.
D
Et autant de personnes. Se distinguer, c'est bien parce que si on veut agir, il y a un peu d'ego aussi dans cette histoire-là avec Mirabeau. Il y a déjà un passé qui est assez riche d'aventures. Oui, bien sûr. Et pour Mirabeau et même par la suite, cette construction de la popularité, cette fabrication de sa propre image, qui construit des carrières, est développée comme une vraie stratégie par ses députés qui veulent l'aval du peuple et même aussi à l'échelle des municipalités. C'est-à-dire qu'on construit, on commande des portraits, des portraits officiels, mais aussi des portraits privés. On décline les choses sur des... sur des faillances. Enfin, je veux dire, c'est le 18e siècle, le siècle de la consommation, de l'invasion des objets dans la vie quotidienne, notamment dans les villes, mais pas seulement, et qui sont aussi des supports pour... S'ils avaient pu floquer des t-shirts, ils l'auraient fait, quoi. Benjamin Franklin, il est présent sur tous les services AT, etc. Et effectivement, le rôle que joue cette recherche de popularité, il est d'abord une sorte de... d'aiguillon de la démocratie, la démocratisation de la culture politique. Évidemment, puisque c'est quand même placé dans le peuple et le regard du peuple et l'estime du peuple, le crédit que donne le peuple, la pleine souveraineté, le plein choix. Mais en même temps, il peut être aussi un gros facteur de radicalisation, de radicalité, voire de violence. Je pense à Marat, qui utilise le côté scandaleux de sa personnalité, c'est-à-dire le côté à la violence, les vociférations. Il casse complètement les codes à l'Assemblée. Il jurie l'insulte pour faire peuple. Donc, il y a plein de formes d'appropriation aussi de ce que c'est le peuple et des classes populaires qui correspondent. Marat ne vient pas du peuple, enfin, ne fait pas partie des classes populaires. Et en même temps, qui relance la radicalisation en.
A
Permanence de la révolution et qui, là, joue un rôle assez nocif du point de vue de ce qu'on appellerait finalement l'esprit public, c'est-à-dire une sorte d'espace public réglé, polissé, qui est un peu l'idéal des Lumières. Oui, avec Marat, en plus, on a un phénomène.
G
De double célébrité parce qu'il y a la célébrité de Marat et Guillaume Mazeau, vous l'avez dit avec justesse, comment il joue le peuple. Et puis, par sa mort, il y a l'autre célébrité, celle de Charles. Charlotte ne m'échauffe pas les oreilles. Je ne sais pas ce qu'on t'a écrit au couvent, mais je te retrouve la tête farcido en romain, abonné à la quotidienne.
H
Le nez toujours fourré dans le courrier français, le courrier universel, le courrier.
G
Des départements, le patriote français, toujours rêvant de république et de mort aux tyrans, Lucrèce, Venturi, Porsche, sans compter les héroïnes de l'inoubliable grand-père. Les beaux temps de l'Antiquité retracent l'image des républiques grandes et.
H
Généreuses, père. Encore ta république ! Je fais la part de la jeunesse dans tes provocations, Charlotte. N'empêche que si quelqu'un t'entendait déclamer, il croirait, à ma parole, que tu es républicaine ! Et pour qui nous ferais-tu passer ?
G
Mais je suis républicaine ! J'étais républicaine.
C
Bien avant la Révolution. Malheureusement, les Français.
G
Ne sont pas dignes de ma République.
H
Puisqu'Ils tolèrent les excès de la montagne et souffrent des tyrans qui n'ont pas même le droit divin pour excuse. Le droit divin.
A
? Comment oses-tu profaner ? Tu es contente qu'on ait coupé le coup au roi Louis XVI ? Un si bon roi ! Un roi faible ne peut être un bon roi. Parfait ! Et sa faiblesse qui a fait son malheur cause aussi.
C
Le nôtre. C'est Charlotte Corday qui discute avec son père, fiction radiophonique 1954, Antoine Lilti. D'ailleurs, dans cet extrait-là, les idées d'un auteur sont réduites à son nom. C'est-à-dire que Charlotte Corday a autour d'elle un imaginaire construit de célébrités. Elle est issue de ce monde-là. Oui, bien sûr, elle a cette vision. Mais ce qui est intéressant, là, c'est effectivement la façon dont C'est moins la question de la pensée politique de Charlotte Corday, de son rappel, que la façon dont elle-même a été, alors ça c'est Guillaume Mazeau pour en parler parce que c'est lui le grand spécialiste, a été construite comme une célébrité au moment de son procès pendant la Révolution. Et ensuite, cette célébrité en a fait un personnage et un personnage qui va être ensuite.
A
Repris dans des fictions et jusqu'à ce type de fiction radiophonique. Donc là, on voit vraiment la façon dont cette culture à la fois littéraire puis politique de la célébrité du 18e siècle est reproduite jusqu'à.
D
Nous par justement toute une série de fictions littéraires, politiques, images d'épinal, etc. Guillaume Mazot, biographe de Marat et des ouvrages sur Charlotte Corday qu'on a en 30 questions, notamment Corday contre Marat. C'est aussi la construction d'une célébrité par l'assassinat de Marat par Charlotte Corday. Oui, donc Charlotte Corday, une jeune noble inconnue à part de ceux qu'elle connaît, je dirais, dans la Normandie du 18e siècle, de ce pays d'Auge. descendante de Corneille. Elle décide d'aller tuer Marat, assassiner Marat pendant la terreur en 1793, parce qu'elle estime qu'il est responsable, avec d'autres, avec Danton, Robespierre, de la violence trop forte, de la guerre civile, etc. Et elle devient, donc elle est arrêtée aussitôt, jugée, exécutée au tribunal révolutionnaire, qui est la vitrine médiatique de la justice révolutionnaire. Et elle utilise ce moment-là pour aussi construire sa postérité et une image qui est entre la gloire, puisque en tant que descendante de Corneille, elle justifie son geste comme un acte d'illustration qui ne déroge pas tellement au code de la noblesse. Évidemment, ce n'est pas tout à fait le cas, puisque très vite, elle fait venir un artiste dans la prison. Elle utilise le tribunal révolutionnaire comme une sorte de vitrine médiatique très forte. Et c'est d'ailleurs ce qui fascine et ce qui choque, parce que les femmes ne font pas souvent ça. Madame Roland revendique toujours le fait de rester derrière son mari, alors que c'est une des femmes les plus influentes avec Marie-Antoinette de son temps, une des femmes politiques les plus influentes de son temps. Celles qui font ça, peut-être, c'est les actrices. C'est leur métier. Olympe de Gouges est connue, mais beaucoup plus pour son travail dramaturgique que pour sa déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, d'ailleurs. qui est diffusée à très peu d'exemplaires. Donc voilà, Charlotte Corday, c'est rare qu'une femme fasse ça. Et d'ailleurs, ça se retourne aussi un peu contre elle. Parce qu'il y a tout un discours moral qui est appliqué au 18e siècle comme celui contre le luxe, de l'indécence qui consiste à vendre sa peau et à vendre son identité, son image de manière publique ainsi, surtout quand on vient de la noblesse et qu'on est une femme. Et puis, quand même, pendant tout le 19e siècle.
C
Elle a devenu une figure tellement célèbre qu'elle est aussi connue que Jeanne d'Arc et qu'elle est une des figures les plus promues par le régime de la monarchie de Juillet. Ça, on a oublié. Oui, un assassin politique, c'est toujours compliqué à admirer quand même. Le couteau.
A
Lui a fait tomber la plume des mains. À moi ! La lumière de la France s'est éclipsée à jamais. Marat, l'unique espérance, fut victime des forfaits. Trop tôt un fer homicide le ravit à notre amour. Sous les coups d'une perfide Hélas, il perdit le jour. Chanson révolutionnaire Simone Barthel qui interprétait cette chanson « La mort de Marat » en 1794, c'est-à-dire l'année suivant la mort de Marat.
C
Antoine Lilti, c'est vrai qu'on a un cas très particulier avec Charlotte Corday. On peut dire qu'elle a voulu se créer de la célébrité parce qu'il y a de lecture à avoir de l'assassinat de Marat. Elle a voulu tuer un tyran ou elle a voulu se faire connaître. Oui, bien sûr. Ça, de toute façon, c'est le type de registre critique et dénonciateur qu'on trouve toujours. C'est-à-dire qu'à partir du moment où quelqu'un devient célèbre, il y a toujours la possibilité de remettre en doute ses motivations en l'accusant d'avoir recherché justement la célébrité. Madame du Défend disait déjà ça à Drousseau. Elle disait qu'il serait prêt à commettre un crime qu'il enverrait à l'échafaud si ça devait augmenter sa célébrité. Donc il y a toujours cette idée que les gens font des choses pour être célèbres, ce qui n'est pas évidemment impossible. Dans le cas de Charlotte Corday, je pense que... La motivation politique était sans doute plus importante. Mais ce qui est intéressant, en tout cas, c'est ce qu'on disait à l'instant, ce qu'on voyait, c'est la spécificité aussi de la célébrité féminine. Parce qu'évidemment, ça, Guillaume Hazot l'a très bien montré aussi dans son livre, il y a un rapport qui est moins évident à la célébrité, y compris à la célébrité politique, mais à toutes les formes de célébrité. Et sous la Révolution, Il y a d'autres cas néanmoins, alors il y a un cas moins dramatique mais tout à fait intéressant qui est celui de Germaine de Staal. Germaine de Staal qui est la fille de Necker, et qui va, elle, à la différence de Madame Rolland, s'engager politiquement et se mettre au premier plan pendant la Révolution et aussi avec ses liens avec Benjamin Constant. Donc elle est très visible, on parle d'elle dans les journaux. Elle est attaquée, elle est critiquée, elle est attaquée sur sa vie privée. Et elle va dire d'elle-même « je suis condamnée à la célébrité ». Elle va commenter, elle va essayer de réfléchir à la spécificité d'une femme célèbre, et notamment d'une intellectuelle, de ce qu'elle appelle une « femme de lettre célèbre ». Elle a un très beau texte dans lequel elle a dit « les femmes célèbres, le problème c'est qu'elles n'ont pas les moyens de se défendre par rapport aux hommes célèbres, parce qu'on ne les écoute pas ». Elles n'ont pas d'alliés. Et elle dit, une femme célèbre, une femme de lettre célèbre, elle dit c'est comme un paria. Il est connu de tous, mais il est méprisé et il.
A
Est surtout totalement seul et isolé. Donc il y a cette réflexion sur la spécificité d'une célébrité féminine qui se met en place, je pense. par Jeanne Mendestal sur son propre cas et puis sans doute autour de Charlotte Cordée par ceux qui justement, éventuellement, vont remettre en cause les motivations politiques de ces actes. La mention de la célébrité, Guillaume Hazot d'ailleurs, le fait que l'on réfléchisse à ce qu'est la célébrité au moment même où il y a ce phénomène dont nous parlons aujourd'hui montre que le phénomène.
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Devient intéressant et je pense qu'on a évoqué tous les intérêts que peuvent avoir celles et ceux qui s'orientent vers la célébrité. C'est un phénomène complexe malgré tout, on sent que c'est très politique et dans tous les sens. C'est bien d'étudier son invention, c'est aussi très bien de critiquer la portée de cette célébrité. Oui, et celui qui va.
A
En faire le plus les frais, c'est Robespierre. C'est la figure peut-être aujourd'hui la plus connue de la Révolution française puisqu'on finit par la longue portée du terme. Un homme qui est muséifié de son vivant et qui voit son image publique se retourner complètement contre lui et qui provoque sa perte en juillet 94. Merci vivement à tous les deux d'avoir donné tous ces éléments sur l'invention de la célébrité. On sent combien il y a des écho avec notre temps. Je parle de la célébrité en général, je parle de la place.
I
Aussi des tribuns en politique. C'est vrai qu'on a besoin d'histoire à tout moment. Merci Antoine Lilti, ingénieur d'invention de la.
H
Célébrité. Merci Guillaume Mazot.
A
Vos ouvrages sur Charlotte Corday et Marat. Prochain épisode dans le cours de l'histoire, sur scène comme à la ville, nous restons au 18e siècle, le théâtre de la célébrité. Impopularité croissante de Louis XV, jadis nommé le bien-aimé, extension et virulence de l'esprit philosophique, anticléricalisme exaspéré, et le théâtre devient tribune, tribunal et gibet. C'était le.
Le Cours de l’histoire — « Vedettes ! Histoire de la célébrité » 1/4
De Rousseau à Marat, la célébrité en Lumières
France Culture, 4 janvier 2026
Invités : Antoine Lilti (historien, Collège de France), Guillaume Mazeau (historien, Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Cet épisode lance une série sur l’histoire de la célébrité, centrée sur l’émergence de cette notion au XVIIIe siècle, de Rousseau à Marat. Les invités décortiquent la façon dont la célébrité se distingue de la gloire ou de la notoriété, et comment l’espace public, l’écrit et les transformations culturelles de l’époque des Lumières créent un nouveau rapport entre les figures publiques et leur audience. Sont explorés, en particulier, la place de l’intime, l’ambivalence de la célébrité, sa construction visuelle et textuelle, et l’apparition des premiers « fans ».
« La célébrité, c’est l’avantage d’être connu de ceux qui ne vous connaissent pas. » (Chamfort, cité par B, 00:31)
« L'un des deux prime l'autre, et c'est le philosophe. Oui, le sculpteur doit s'effacer devant le modèle. Voltaire. Chapeau bas. » (Sacha Guitry, 06:56)
« J'adore votre personne et vos sublimes écrits. » (Lettre de Charles-Joseph Pancouc à Rousseau, lue à 16:47)
« Ce lien qui passe par l’imprimé [...] produit un sentiment d’intimité à distance. » (C, 21:11)
« Si vous voulez voir une bête curieuse, vous n’avez qu’à aller à la foire. » (Rousseau, réponse à une admiratrice, raconté par C, 33:16)
« Une femme célèbre, une femme de lettre célèbre, elle dit, c’est comme un paria. Il est connu de tous, mais il est méprisé et il est surtout totalement seul et isolé. » (C, 56:38)
Le ton alterne entre érudition, anecdotes piquantes et analyses à la fois historiques et contemporaines. Les invités et le présentateur partagent une sensibilité à l'importance de l’imaginaire, de l’image, et n’hésitent pas à souligner les paradoxes ou les continuités jusqu’à notre époque.
L’épisode démontre que la célébrité — loin d’être un phénomène purement contemporain ou superficiel — a des racines profondes au XVIIIe siècle, quand l’espace public, les médias de masse naissants, et la culture de l’intime et de l’authenticité font émerger de nouvelles figures publiques. L’ambivalence, l’instabilité, la constitution d’une culture visuelle et la distinction importante avec la gloire traditionnelle préfigurent nos propres enjeux autour de la célébrité.
Épisode riche pour comprendre les origines de notre fascination contemporaine pour les vedettes — dans l’histoire, rien n’est jamais tout à fait nouveau.