Les Clés – 1 an d’Arizona : Ecolo, une crise durable ? (4/5)
Podcast: Les Clés
Host: RTBF
Date: 4 février 2026
Bref Aperçu de l’Épisode
Cet épisode explore la crise profonde traversée par le parti écologiste Ecolo en Belgique, un an après la mise en place du gouvernement "Arizona". Après une défaite électorale dévastatrice, un échec de refondation et des sondages en berne, la question centrale est posée : l’écologie politique telle que portée par Ecolo a-t-elle encore un avenir ? Le podcast propose une analyse historique et idéologique des difficultés d’Ecolo, tout en revenant sur ses errements récents, ses défis internes, et sa nécessaire transformation.
Points Clefs & Analyses
1. La Chute d’Ecolo : Retour sur un Annus Horribilis
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Défaite électorale majeure (09/06/2024)
- Ecolo chute à moins de 7% en Wallonie, moins de 10% à Bruxelles, perdant environ la moitié de ses électeurs depuis 2019.
- Démission immédiate des coprésidents Jean-Marc Nollet et Rajae Maouane.
« Les écologistes sont parmi les battus du scrutin. Nous ne pouvons que l'acter, sans en rajouter bien entendu, mais avec lucidité et avec humilité. »
— Marie Lecoq (01:09) -
Nouvelle direction & promesses de renouveau
- Élection du duo Marie Lecoq/Samuel Kogolati, porteurs d’« écologie populaire » mais sous une pression électorale constante.
« C'est en faveur de l'écologie populaire que le choix des militantes et militants d'Ecolo aujourd'hui s'est porté. »
— Marie Lecoq (02:16)- Tentative de rebond symbolique lors des élections communales d’octobre, mais sans inversion de tendance significative.
2. La Crise de Leadership et l’Échec de la Refondation
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Tensions et divergences internes
- Ruptures entre les coprésidents Lecoq et Kogolati, conduisant à la démission de Kogolati.
« Je vous annonce donc ce matin que je remettrai ma démission à l'ensemble des militantes et des militants. »
— Samuel Kogolati (05:17) -
Problème de crédibilité et de discours
- Les autres partis de gauche (PS, PTB) reprennent la dynamique de l’opposition, tandis qu’Ecolo stagne.
- Paradoxe : la crise climatique est criante, mais le vote écologiste décline.
3. Les Raisons Profondes de la Crise, avec Bertrand Henne (RTBF)
a) Le Paradoxe de la Perte de Sens : Quand la Réalité Dépasse l’Idéologie
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La société est plus dépendante que jamais de la technologie et de la technique, que l'écologie politique initiale voulait justement interroger.
« L'utilité ne fait pas débat, mais pourtant Ecolo n'arrive plus, ou moins qu'avant, à montrer aux gens pourquoi il pourrait être utile, alors que les problèmes restent présents. »
— Bertrand Henne (08:51) -
L’écologie politique avait pour moteur la critique de la technique et du productivisme (Gortz, Illich à l’origine du mouvement), mais ces tendances se sont accentuées au lieu de régresser.
« Le grand thème des écologistes, on n'est pas moins soumis à la technique, et on n'est pas moins soumis à la pression du modèle productiviste, ... Non, ça n'a pas diminué. »
— Bertrand Henne (11:35)
b) La Difficulté à Maintenir un Positionnement « Ni Droite, Ni Gauche »
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La « troisième voie » défendue à la création du parti s’est diluée dans une polarisation gauche-droite retrouvée.
« Nous ne nous situons pas exclusivement sur ce dualisme gauche-droite. Nous avons une dimension supplémentaire. »
— Paul Lanois (archive, fondateur d’Ecolo) (13:11)« C’est un projet de rupture, antiproductiviste... mais Ecolo a toujours eu une difficulté à tenir ce public ensemble, notamment face au retour du clivage gauche-droite. »
— Bertrand Henne (14:54)
c) Fragmentation de l’Électorat et Mutation des Attentes
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Ecolo attire aujourd’hui surtout un électorat jeune, davantage mobilisé par les thèmes de sociétés et minorités que par l’antiproductivisme écologique fondateur.
« Beaucoup de jeunes, notamment qui s'engagent encore à Bruxelles, le font pour les questions de droit, moins pour l'environnement ou le productivisme. »
— Bertrand Henne (17:22) -
Acceptation croissante du nucléaire parmi la jeunesse écologiste, révélant les décalages idéologiques internes.
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Difficulté à incarner le pouvoir sur des dossiers clés (gestion de l’eau, pifas…).
4. Regarder Vers l’Avenir : Nouvelle Direction et Chemin de Croix
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Nouveau duo attendu à la coprésidence : Marie-Coline Leroy (spécialiste égalité des chances, sociale et enseignement) et Gilles Vandenburghe (expérience bruxelloise, développement durable).
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Ligne affichée : « Rassembler et riposter », deux axes qui résonnent comme une nécessité face à la violence du climat politique.
« Ensemble, ils adoptent une posture basée sur deux R : rassembler d'abord, être à l'écoute de tous, mais aussi riposter face à la violence de la politique actuelle. »
— Sarah Poussey (22:10) -
Immense difficulté à sortir de l’étiquette d’« écologie punitive », notamment vis-à-vis des classes moyennes périurbaines.
« Il faut qu'ils sortent de cette critique que la mise en place de politiques écologiques, elle coûte cher, elle coûte aux gens et elle change nos modes de vie... »
— Bertrand Henne (22:46) -
Risque d’électorat résiduel si Ecolo ne clarifie pas plus nettement son projet et son positionnement, quitte à renoncer à une partie de ses ambiguïtés historiques.
5. Un Blocage Structurel et Sociétal
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Les Belges savent que leur mode de vie est insoutenable, mais peinent à accepter le changement ; cette « dissonance cognitive » fait particulièrement mal à Ecolo.
« Une large part des Belges sait que le mode de vie actuel nous fait sortir des limites planétaires, ... Et pourtant, on n'a pas envie de changer de mode de vie. »
— Narrator / Host (25:59) -
Ecolo a trop souvent fait reposer l’effort écologique sur les individus plutôt que sur le collectif, alimentant la perception de mesures pesant sur les citoyens.
« Avec Ecolo, eh bien c'est les gens qui payent. Et ça c'est un gros problème pour eux. »
— Bertrand Henne (29:10)
Citations Marquantes
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« Clairement, on a merdé, on a déçu les gens et donc on doit absolument changer. »
— Marie Lecoq (03:58) -
« Je vous annonce donc ce matin que je remettrai ma démission à l'ensemble des militantes et des militants. »
— Samuel Kogolati (05:17) -
« Les préoccupations sont intégrées... on peut dire qu'on voit un résultat. Le grand thème des écologistes, on n'est pas moins soumis à la technique. »
— Bertrand Henne (11:35) -
« Nous avons une dimension supplémentaire. »
— Paul Lanois (13:11) -
« C’est la crédibilité dans les solutions qui va compter de plus en plus. »
— Bertrand Henne (24:10) -
« Ecolo doit changer plus vite et plus fort. »
— Bertrand Henne (25:57) -
« Avec Ecolo, eh bien c'est les gens qui payent. »
— Bertrand Henne (29:10)
Timestamps des Segments Importants
- 00:32 – Retour sur la défaite électorale du 9 juin 2024
- 02:16 – Élection du duo Lecoq/Kogolati et ambitions affichées
- 03:58 – Admission des erreurs et début d’introspection
- 05:17 – Rupture du duo Lecoq/Kogolati et nouvelle crise interne
- 08:05 – Entretien avec Bertrand Henne : analyse du paradoxe écologique
- 11:35 – Comparaison avec la réussite du socialisme ; échec de l’écologie politique à atteindre ses buts fondateurs
- 13:11 – Archive Paul Lanois (fondateur) sur la « 3ème voie »
- 17:22 – Mutation des attentes de l’électorat et composition sociologique d’Ecolo
- 20:30 – Présentation du (futur) nouveau duo de coprésidents
- 22:46 – Bertrand Henne sur « l’embouteillage » à gauche et le besoin de clarté
- 25:59 – Dissonance cognitive autour du changement sociétal
- 29:19 – Problème fondamental de perception : « c’est aux individus de payer »
Ton et Ambiance de l’Épisode
Épisode de fond, sans sensationnalisme, porté par une volonté de compréhension en profondeur et une lucidité parfois mordante sur la crise identitaire et structurelle que traverse Ecolo. Le ton oscille entre analyse historique, autopsie d’un échec, et frustration devant l’écart grandissant entre l’urgence écologique et l’impuissance du parti à convaincre.
Conclusion
L’épisode propose un diagnostic sans complaisance sur la crise durable d’Ecolo : essor contrarié, remise en cause de ses fondamentaux, difficultés internes, et décalage avec la société. La nouvelle direction devra choisir entre l’affirmation nette d’un projet clivant ou la dilution dans l’opposition, sous peine de rester un acteur marginal — alors même que les enjeux écologiques n’ont jamais été aussi présents.
Pour continuer l’analyse, retrouvez les autres épisodes du cycle "1 an d’Arizona" sur Ovio ou vos plateformes de podcast préférées.
