
Nous nous intéressons aux résultats de l'Enquête nationale et notamment au pessimisme et à la nostalgie qui habitent une majorité de répondants. Pourquoi a-t-on le sentiment que "c'était mieux avant"? Réponses avec Jean-Benoît Pilet, professeur de sciences politiqu...
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Host
Il y a une perte d'espoir dans
Jean-Benoît Pilet
l'avenir chez les jeunes.
Narrator
C'était mieux avant. J'ai connu les 30 glorieuses, mais je ne me suis pas aperçu que c'était les 30 glorieuses.
Host
Quand le jeune grandit dans un environnement qui ne nourrit pas son imaginaire, il a quoi comme ressources pour faire face à ses angoisses?
Narrator
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un numéro où l'on va prendre la température des sentiments des Belges deux ans après les élections. La grande enquête nationale réalisée par l'ULB et l'université d'Anvers auprès de plus de 5000 citoyens partout en Belgique laisse apparaître beaucoup de pessimisme pour l'avenir, une nostalgie aussi d'un passé jugé plus enviable, ainsi qu'une polarisation qui interpelle. Alors on a choisi de prendre une demi-heure dans les clés pour essayer de mieux comprendre les résultats de cette enquête.
Host
La première, les clés.
Narrator
Comment est-ce que vous voyez votre futur? Est-ce que vous avez l'impression que l'avenir s'annonce mieux qu'aujourd'hui? Ou bien, justement, vous êtes inquiet du fait qu'il soit moins bien qu'aujourd'hui?
Jean-Benoît Pilet
Je ne suis pas spécialement pessimiste, mais je pense qu'il y a de fortes chances qu'il soit moins bien qu'aujourd'hui, et qu'on vive dans beaucoup plus de contraintes, que ce soit dans tous les aspects de la vie. Mais j'essaie de garder un optimisme par rapport à ça.
Narrator
Il s'appelle Antoine, 31 ans. Il vit à Bruxelles. Et ce qui l'inquiète, lui, ce sont les conflits qui se multiplient, le climat qui se dérègle, la pression sur certains droits humains. Jamila, elle, a 55 ans. Et quand on lui demande si elle pense que son avenir sera meilleur que sa situation actuelle, Honnêtement, non, non.
Pauline Gripa
Au contraire, je vois que les choses se dégradent à fond pour moi, c'est mon point de vue. Et si vous voulez, en tant que Jamila, et le prénom ça veut dire que je suis une étrangère résidente en Belgique, pour moi c'est... C'est pire. Vous voyez, la situation, parlons de situation économique, sociale, culturelle, tout, tout, tout, tout, pour moi, est en train de s'effondre. C'est un peu fort le terme, mais c'est mon ressenti, en fait.
Narrator
Un vif pessimisme, donc, que Djamila relie aussi à sa situation de Belge d'origine étrangère, puisqu'elle dit ressentir plus de racisme aujourd'hui qu'hier. Elle s'inquiète aussi des mesures prises par l'actuel gouvernement fédéral.
Pauline Gripa
Le nouveau gouvernement, au lieu de faire grimper l'économique, je crois qu'il va encore faire dégrader et détériorer l'économique.
Narrator
Et je pourrais encore vous parler d'un autre Antoine, 30 ans, rencontré lui par Tidiemquash sur le marché de soignies. Il estime que son confort de vie aujourd'hui n'est pas le même que celui qu'ont connu ses parents.
Jean-Benoît Pilet
J'ai un salaire, oui, mais j'ai pas un salaire mirobolant, on va dire. Donc c'est plus survivre que vivre, en fait. Moi, mon papa, quand je parlais avec lui, forcément, l'époque n'est pas la même, mais il y a des années, c'était vivre que les gens faisaient. À ce moment-ci, je dois beaucoup les rechercher sur mon compte épargne, parce que je n'ai pas le choix, si je veux dire, de pouvoir manger, de payer mes factures.
Narrator
Trois témoignages, trois ressentis qui illustrent plutôt bien le résultat de la grande enquête nationale menée par l'ULB et l'université d'Anvers pour l'ARTBF, l'AVRT et le quotidien de Standard. Cette enquête, menée auprès de plus de 5 000 Belges entre le 9 mars et le 5 avril dernier, est venue démontrer ce que pressentaient les chercheurs. Le pessimisme et la nostalgie d'un passé que l'on estimait plus enviable vivent très largement dans la population belge. Comme nous l'explique Jean-Benoît Pillet, professeur de sciences politiques à l'ULB, qui est l'un des auteurs de l'étude.
Jean-Benoît Pilet
Au départ, c'était plutôt une intuition. Classiquement, dans les enquêtes en sciences politiques, pour essayer de comprendre le vote, on pose la question du sentiment par rapport à l'évolution de l'économie. Et donc, est-ce que ça va moins bien ou mieux que les années précédentes? Et quels sont vos perspectives pour le futur? Et donc, cette idée de ce qu'on appelle un vote économique prospectif et rétrospectif, elle est présente depuis longtemps, mais on sentait, et on avait déjà certains éléments dans l'enquête 2025, on sentait que ça allait au-delà de la simple évaluation de l'économie. On voyait aussi des discours qui portent sur une nostalgie assumée, l'idée que la société allait mieux avant. Et on voit des partis qui portent ces discours, qui gagnent les élections dans plein de pays. On voit bien que le sentiment n'est pas simplement économique, mais qu'on a aussi d'autres ordres de discours où on renvoie par exemple au fait que la société était plus solidaire, au fait que la concertation sociale était plus forte. Et donc autour de ces questions-là, on s'est dit on va approfondir la question du pessimisme. Donc le pessimisme, c'est plutôt quand on regarde vers l'avenir. Est-ce que vous êtes optimiste ou pessimiste? Et puis après, la nostalgie, c'est plutôt quand vous regardez en arrière. Est-ce que vous avez l'impression que les choses vont mieux ou moins bien? Pas simplement économiquement, mais aussi politiquement. votre capacité à influencer les décisions politiques. Culturellement, le fait que vos modes de vie soient valorisés ou plutôt dénigrés. Socialement, le fait que vous avez l'impression que vous avez des liens assez forts avec vos voisins, avec vos amis. Et donc on a voulu interroger ça. Et on a été frappés de à quel point ces différentes questions révèle un pessimisme et une nostalgie très présentes, en particulier en Wallonie, mais aussi révèle des différences entre électorats. Et donc, ce n'est pas simplement que les Wallons, les Bruxellois et les Flamands seraient nombreux à être nostalgiques par rapport au passé et pessimistes par rapport à l'avenir. C'est aussi que ça structure des différences de choix politiques qui ne sont pas totalement expliquées par les éléments classiques que sont le clivage gauche-droite ou la structure majorité-opposition.
Narrator
Prenons alors d'abord l'enjeu du pessimisme. Une très large majorité de Belges craignent donc aujourd'hui que leurs conditions de vie se dégradent dans le futur par rapport à ce que ils et elles vivent aujourd'hui. Et ça, c'est vrai dans les trois régions du pays.
Jean-Benoît Pilet
On est à 65% des répondants flamands qui se disent plutôt pessimistes ou très pessimistes par rapport au devenir de la Belgique, au devenir de la société, son évolution sur le court et le moyen terme. On atteint les 78% en Wallonie, 74% en Bruxelles. Donc on ne parle pas d'un sentiment qui serait minoritaire. C'est véritablement massif. C'est tellement massif qu'en fait, si on divise par électorat des partis, en fait, dans tous les partis, une majorité des lecteurs se disent plus pessimistes qu'optimistes. Le seul parti qui n'est pas à ce niveau-là, c'est Anders. Mais encore, même Anders, c'est 42% de répondants qui se disent pessimistes. Ça reflète aussi des différences de revenus assez importantes, puisque chez les personnes qui appartiennent aux 25% de revenus le moins élevés, on est à quasiment 80% de pessimisme. Et comme je le disais tout à l'heure, ça structure pas tout à fait les logiques de vote comme simplement le clivage gauche-droite ou le clivage majorité-opposition, parce qu'on a certes des partis d'opposition, et en particulier des partis d'opposition qui critiquent fortement le gouvernement, qui ont un électorat très pessimiste, plus de 85% d'électeurs pessimistes au PTB, au PVDA, au Vlaams Belang, mais aussi au PS. Mais à l'inverse, on a un parti qui pourtant est dans l'opposition et plutôt de gauche, Écolo, et dans une moindre mesure Groen, qui eux n'ont pas particulièrement un électorat aussi pessimiste. Et donc on voit bien que cette logique pessimisme-optimisme, et de la même manière la nostalgie, parce qu'en fait les deux dimensions sont très corrélées, ne reflète pas totalement un clivage gauche-droite classique ou un clivage majorité-opposition. Et donc on pense que c'est intéressant. C'est intéressant parce que ça permet de dire un peu autre chose que simplement ces logiques classiques.
Narrator
Retenons donc que le pessimisme est très largement répandu, davantage au sud du pays qu'au nord. Retenons aussi que ce sont dans les partis les plus radicaux, à droite comme à gauche, que les électeurs sont les plus pessimistes. Que sans surprise, c'est dans les catégories sociales les moins favorisées aussi que le pessimisme est le plus grand. Mais attention, même les électeurs des partis qui sont actuellement au pouvoir disent majoritairement s'inquiéter pour leur avenir. Ça, c'est pour la dimension du pessimisme, à savoir l'idée que demain risque d'être moins bien qu'aujourd'hui. Mais l'étude, elle parle aussi de nostalgie. Et là, on va voir en compagnie de Sarah Pousset qu'une majorité de Belges estime que c'était mieux avant.
Host
La potentielle nostalgie des Belges a été interrogée sur quatre thèmes différents, mais deux ressortent clairement. Ce sont sur les conditions économiques et sociales que porte davantage ce sentiment de régression qui vit dans une partie de la population. Ainsi, 63% des répondants wallons sont convaincus que la situation sociale des gens comme eux s'est détériorée, qu'auparavant, ils appartenaient davantage à des communautés soudées. En sentiment partagé par environ 55% des répondants bruxellois et flamands. Ce qui est frappant aussi, c'est que justement la situation financière des personnes a une influence sur leurs réponses. Toutes thématiques confondues, ce sont les personnes avec le moins de revenus qui sont les plus nostalgiques de conditions de vie passées. D'un point de vue politique, ce sont les électeurs des parties les plus extrêmes qui ressentent le plus ce sentiment de régression. Les différences sont surtout marquées en Flandre, où les électeurs du Vlaams Belang et du PTB-PVDA sont très majoritairement nostalgiques, alors que ce sentiment ne vit que chez moins d'un tiers des électeurs de Groen. On ne constate pas de différence aussi marquée côté Wallons et Bruxellois, même si ce sont quand même les électeurs du PTB et du PS qui s'inquiètent le plus de la situation actuelle. Globalement, les Wallons sont les plus nostalgiques dans cette enquête.
Narrator
Une nostalgie prononcée donc, doublée d'un pessimisme qui augmente. Et tout cela traduit aussi, nous dit Jean-Benoît Pilet, un manque de confiance dans la capacité du politique à venir améliorer les choses.
Jean-Benoît Pilet
Ça se relie aussi à une perception de la démocratie et des élus, et notamment cette idée qu'on ne croit plus véritablement que la classe politique et que le système politique actuel pourra apporter des solutions pour nous ramener vers des temps meilleurs, pour aller vers une perspective positive. Et ça c'est intéressant parce que ça se voit aussi dans les électorats des partis au pouvoir, l'idée que Il faut faire des choses, il faut faire des réformes, mais que, en tout cas, c'est pas à très court terme que les choses vont aller mieux. Et même si elles vont mieux économiquement, ça veut pas dire que, sur le plan sociétal ou sur le plan culturel, ça va aller vers un mieux.
Narrator
Alors, il y a un élément qui peut apparaître un peu paradoxal par rapport à tout ça, c'est quand vous interrogez les citoyens belges sur leurs propres revenus, savoir si, de manière générale, ils arrivent à faire face aux dépenses qu'ils estiment les plus importantes. Et là, on voit quand même qu'on a une majorité. Alors, c'est différent en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles, mais au global des Belges, quand même une majorité qui disent que oui, ils sont assez satisfaits de ce que leur permettent leurs revenus. Est-ce que ça veut dire qu'il y a une forme de décorrélation entre à la fois ce sentiment que ça va de moins en moins bien et la réalité qui fait qu'en fait il y a finalement quand même pas mal de Belges qui disent qu'ils s'en sortent pas si mal dans le contexte économique actuel et avec les décisions prises.
Jean-Benoît Pilet
En fait, il y a une corrélation partielle, c'est-à-dire que quand vous êtes dans cette configuration où vous avez du mal à vous en sortir avec votre revenu, à payer la totalité de vos dépenses et que vous devez renoncer à certaines dépenses, vous êtes clairement dans une perspective pessimiste et dans une perspective nostalgique. Mais il y a aussi une partie de la population qui ne fait pas face directement à ces difficultés et qui a à la fois cette nostalgie et ce pessimisme. Et ça interroge sur l'incertitude par rapport au futur. Et on a d'autres questions dans l'enquête où on demande aux gens d'exprimer par leurs propres mots quel est le problème principal pour eux aujourd'hui en Belgique. Et la réponse qui revient le plus souvent, c'est la détérioration de l'économie et la détérioration du pouvoir d'achat. Et quand on analyse de façon un peu plus fine ces questions ouvertes, c'est l'avantage, c'est que les répondants utilisent leurs propres mots. On voit que cette inquiétude porte sur des choses qui se produisent déjà maintenant. J'ai déjà du mal à payer mes factures, mais ça va être compliqué quand même de m'en sortir avec ce nouveau système de pension. Ça va être compliqué quand même de m'en sortir si on doit effectivement augmenter la TVA ou si la fiscalité ne s'allège pas. Et donc c'est pas forcément un problème immédiat, mais il y a cette idée que certaines des réformes qui sont mises en place pourraient vous placer dans une situation inconfortable alors que pour l'instant vous n'y êtes pas encore.
Narrator
Alors, question évidemment un peu plus compliquée pour le politologue. Là, vous partez d'une enquête où on a interrogé les gens sur ce qu'ils ressentent, sur ce qu'ils pensent, comment ils voient l'avenir, etc. Est-ce qu'on peut faire l'exercice de mettre ça en face de la réalité, quelque part? Est-ce que les gens ont raison d'être aussi pessimistes, ont raison de penser que c'était beaucoup mieux avant? Ou bien est-ce qu'il y a une part de perception qui se décale de la réalité, à votre avis?
Jean-Benoît Pilet
Mais je pense qu'il ne faut pas nier le fait que pour une bonne partie des répondants qui se sentent pessimistes et nostalgiques, il y a une réalité objective qui est problématique. On le voit en particulier quand on voit les très hauts niveaux de pessimisme chez des personnes qui, soit sont dans des situations fragiles au niveau de l'emploi, soit sont dans des situations fragiles au niveau du revenu. Et ce n'est pas un hasard si les taux de pessimisme sont beaucoup plus élevés en Wallonie et à Bruxelles qu'en Flandre parce qu'objectivement, il y a plus de personnes qui sont dans une situation de précarité sociale et économique. Donc il y a un élément objectif qui est Présent, il y a d'autres éléments. Ce n'est pas que du socio-économique. On peut parler d'un des autres enjeux importants aujourd'hui dans la vie sociale et politique, qui est le réchauffement climatique. C'est un fait objectif. Il y a un réchauffement climatique qui va entraîner une détérioration des conditions de vie pour toute une série de personnes. Ça, ça n'amène pas à être forcément optimiste par rapport à l'avenir. Et ce sont des faits objectifs démontrés scientifiquement. Après, ça ne veut pas dire qu'on n'est que dans une logique objective. Sinon, en fait, on ne pense pas qu'on aurait des chiffres aussi importants et on pense qu'il y a une part de subjectif. Mais là, on reste au stade de l'hypothèse. C'est d'ailleurs un projet qu'on espère mener avec les autres chercheurs impliqués dans l'Enquête nationale. Stéphane Walgraaf et Jonas Lefebvre de l'Université d'Anvers, et voir si le discours des partis renforce ce sentiment pessimiste et ce sentiment nostalgique, parce que En tout cas, à ce stade-ci, on peut émettre l'hypothèse que beaucoup des discours des partis politiques sont des discours qui sont plutôt pessimistes et qui font référence à une situation où ça allait mieux. C'est vrai dans le cadre des partis traditionnellement conservateurs, voire de droite radicale. On sait que la droite radicale a toujours eu un discours nostalgique en disant où on avait un pays unifié, homogène, culturellement, où on respectait les gens. Mais ça va au-delà de ça. Les discours des partis de gauche sont sur le déclin de la concertation sociale, le gouvernement imposerait les choses de façon unilatérale et violente, le détricotement de l'État-providence. On va aussi avoir des partis de droite qui sont au pouvoir, qui ont des discours selon lesquels la Belgique va devenir la Nouvelle-Grèce, qu'on va tomber en faillite, que si on ne fait pas des réformes, c'est la catastrophe qui s'annonce. Ça ajoute un discours logiquement inquiétant sur le réchauffement climatique de la part des partis verts. Donc quel parti produit un discours qui ne combine pas à la fois du pessimisme et une certaine forme de nostalgie par rapport à un moment qui aurait été formidable? Et ce qui est intéressant, c'est que là où on voit bien un découplage, c'est que ce discours nostalgique, il se retrouve plus fortement chez les hommes que chez les femmes. Enfin, il se retrouve aussi chez les répondantes. Or, en termes d'égalité homme-femme et de droit des femmes, Si on regarde ce qu'était être une femme dans les années 50, c'était souvent bien pire que ce que ça n'est maintenant, sans pour autant dire que la situation est parfaite. Mais on voit qu'il y a quand même un découplage qui peut se donner à voir, qui est peu importe si on sait bien que ce passé n'était pas tout à fait parfait. En tout cas, on ressent une angoisse par rapport à l'avenir et par rapport au présent, qui amène à être ouvert à des discours nostalgiques.
Narrator
Venons-en alors à un autre élément très intéressant développé dans cette grande enquête nationale. L'idée de ce que l'on va appeler la privation relative. car on est dans une société où l'on se compare beaucoup, on le sait, et que l'on va forcément juger de notre situation aussi en fonction de celle des autres. Si on a l'impression qu'un groupe qui ne le mérite pas est mieux servi que nous, alors notre ressentiment face aux politiques menées va être d'autant plus fort. Et à ce niveau-là, nous dit Jean-Benoît Pilet, On peut lire des évolutions profondes de nos sociétés ces dernières années dans les rapports entre groupes sociaux, dans une logique de plus en plus méritocratique que montre bien, là aussi, cette grande enquête nationale.
Jean-Benoît Pilet
Ça, c'est quelque chose qu'on voit de façon assez nette depuis maintenant un peu plus de 20 ans dans les études, par exemple, sur les attitudes par rapport aux politiques sociales, où on a cette logique qui n'est plus simplement de dire est-ce qu'on doit avoir un système qui, de façon universelle, redistribue les richesses, qui, de façon universelle, donne accès aux soins de santé, qui, de façon universelle, donne accès à l'aide judiciaire, donne accès à un statut de demandeur d'asile, donne accès au chômage, mais de se dire est-ce qu'on doit avoir un système qui va mettre les groupes en relation et ne soutenir que les groupes qui sont jugés méritants. Et donc on voit ça notamment dans, par exemple, la réforme des pensions ou dans la réforme du chômage ou dans la modification du régime par rapport aux personnes qui sont malades de longue durée, cette idée qu'il y aurait des groupes qui profitent. D'autres groupes qui ne sont pas assez récompensés des efforts qu'ils fournissent. Et donc cette logique intergroupe et cette polarisation intergroupe, cette idée qu'il y a de l'animosité ou en tout cas qu'il y a du rejet l'un de l'autre, des stéréotypes qui se présentent. Et au cœur de ces stéréotypes se retrouve la question de qui est méritant, qui n'est pas méritant. Et ça permet de construire un agenda de réforme. Ça permet aussi de construire une mobilisation électorale. Et donc ça, c'est quelque chose qu'on a vu très fortement émerger à partir des années 90, ce type de discours et qu'on a commencé à voir dans les grandes enquêtes internationales. Il y a une enquête qui s'appelle l'Enquête sociale européenne, qui a mené tous les 3-4 ans dans toute une série de pays européens et qui a interrogé sur les attitudes par rapport justement aux politiques sociales. Et on voit vraiment ce shift d'une perspective universaliste à une perspective liée au fait d'être méritant. Cette idée même que les quelques discours qui portent des perspectives réjouissantes, on ne les voit pas tellement émerger en Belgique, mais on les voit parfois émerger dans d'autres pays, ce sont des discours qui portent sur ça va aller mieux pour notre groupe, notre groupe qui est maltraité va maintenant être bien traité, mais il y a quand même un groupe adversaire qui, lui, profite trop. et auxquels on doit se relier. Et ça, c'est au cœur de la rhétorique populiste, cette idée qu'il y a le «nous» et le «eux », que nous sommes les maltraités méritants et qu'eux sont les profiteurs qui nous écrasent. Et donc cette dialectique entre groupes se retrouve très fortement dans notre enquête et vient s'ancrer sur ce discours pessimiste, vient s'ancrer sur ce discours nostalgique.
Narrator
En rassemblant tout cela, on voit donc les ingrédients d'un cocktail émergé. un pessimisme, une nostalgie qui ont tendance à s'accroître, et en arrière-fond, une polarisation entre groupes, articulée surtout autour de l'enjeu du mérite. Est-ce que mon groupe est suffisamment reconnu, récompensé pour ses mérites, et est-ce que cet autre groupe que je considère moins méritant n'est lui pas trop privilégié? L'une des promesses du gouvernement Arizona incarne très bien cette évolution vers une dominante de plus en plus méritocratique. L'objectif, de donner à ceux qui travaillent au moins 500 euros de plus qu'à ceux qui bénéficient d'allocations. L'enjeu était à la fois d'augmenter les revenus nets des travailleurs, mais aussi, en parallèle, de diminuer le régime d'aide aux allocateurs.
Jean-Benoît Pilet
On travaille dans les deux sens.
Narrator
Donc on fait des réformes et des économies dans la Sécu, C'est beaucoup trop facile d'être inactif dans notre pays. On est le seul pays où c'est encore un choix de vie de ne pas travailler. Et d'autre part, on va récompenser ceux qui bossent. Et certainement, les bas salaires et les
Jean-Benoît Pilet
salaires moyens, on va augmenter.
Narrator
L'enquête montre que la mesure de limitation des allocations de chômage dans le temps est d'ailleurs soutenue par une majorité de Belges, comme d'ailleurs la mesure de remise au travail accélérée des malades de longue durée.
Jean-Benoît Pilet
Ils veulent nos pensions au futur, ils veulent réutiliser tout l'argent que nous on devrait toucher pour le mettre dans le militaire américain notamment, pour faire la guerre, pour protéger leurs propres intérêts et nous on ne veut plus de ça.
Narrator
que ces réformes sont menées dans un climat de vive tension sociale, qui s'exprime dans la rue, mais qui s'exprime aussi sur les réseaux sociaux, avec tout ce que les algorithmes favorisent en matière de colère, de ressentiment, d'inquiétude, et qui peuvent encore rajouter une couche de polarisation. Pauline Gripa, qui est chercheuse au Centre d'études de la vie politique de l'ULB, spécialiste en psychologie sociale, estime que tout cela contribue à faire monter une forme de stress sociétal.
Pauline Gripa
d'un point de vue très psychologique et même biologique, on est en état de stress constant parce qu'on doit soit attaquer et être en colère envers quelqu'un, soit se défendre et se sentir menacé parce que le parti de l'opposition ou le parti avec lequel on n'est pas en accord attaque notre parti ou nos valeurs. Et donc on est constamment dans un état d'hypervigilance et je pense que c'est juste épuisant.
Narrator
Et ça, c'est renforcé évidemment par notre système médiatique actuel, ces réseaux sociaux qui font qu'on est en permanence soumis à des petites vidéos très courtes avec telle clash, telle position, telle indignation, telle colère, etc. On sait que la colère, c'est quelque chose qui est fort favorisé par les algorithmes. Tout ça entretient ce climat, comme vous dites, de stress permanent.
Pauline Gripa
Oui, je pense que les réseaux sociaux sont très bien pour plein de choses, parce qu'ils abordent l'actualité, ils abordent les politiques, ils démocratisent un petit peu tous ces débats politiques qui pouvaient avant y avoir un niveau un peu moins abordable. Mais le contre-coup de ça, c'est qu'effectivement, une fois qu'on s'engage dans ce genre de vidéos, une fois qu'on s'engage dans ce genre de contenu, en fait on est exposé constamment à ça. Et donc on est vraiment dans une bulle bulle politique qui peut être vraiment épuisante d'un point de vue émotionnel mais aussi d'un point de vue cognitif parce qu'on se lève le matin on va sur instagram et en fait c'est ça qu'on voit ou sur facebook ou même dans les médias dans les médias de manière générale quoi et donc c'est vraiment quelque chose je pense qui est épuisant qui fait qu'on est dans une boucle de laquelle c'est compliqué de sortir quoi
Narrator
D'autant plus, dit encore la chercheuse en psychologie sociale, qu'alors que cette situation de stress devrait sans doute nous conduire à prendre un peu de distance vis-à-vis des réseaux sociaux, elle a plutôt tendance à provoquer l'effet inverse.
Pauline Gripa
Imaginons que je vois une vidéo sur les réseaux qui attaque mon groupe, que ce soit au niveau partisan, que ce soit au niveau groupe social. On pourrait se dire, je me sens attaqué, donc je vais peut-être un petit peu prendre du recul. Mais non, justement, ça engrange une espèce d'énergie qui est l'émotion inverse, qui est du coup la colère, qui est du coup de se sentir attaqué et qui est du coup de contre-attaquer. Donc, on va aller voir justement comment notre groupe ou comment les leaders ou les représentants de notre groupe vont justement nous défendre et alors d'un côté ça réduit un petit peu cette attaque et cet inconfort psychologique mais d'un autre côté je pense que ça augmente aussi la perception de ce qu'on appelle la perception d'anomie et donc l'anomie c'est vraiment l'idée qu'il y a un espèce de chaos social, un chaos des normes, il n'y a plus de normes, il n'y a plus de lois, il n'y a plus grand chose qui est respecté parce que c'est juste un petit peu la guerre entre tout le monde quoi et donc on se demande où se retrouve le vivre ensemble, justement, les normes sociales et un peu d'apaisement. Et en fait, cette perception d'anomie, elle a été fortement reliée à justement chercher des leaders forts, on appelle des leaders forts, très agentiques, qui vont être capables de nous défendre pour justement réduire cette perception d'anomie et cette perception d'attaque. Mais du coup, en fait, ça contribue juste à continuer ce cercle visuel.
Narrator
Reste alors une grande question. Qui, politiquement, va le plus profiter de ce climat, de ce cercle vicieux? Qui a intérêt aussi à l'alimenter, voire à le renforcer? Réponse de Jean-Benoît Pilet.
Jean-Benoît Pilet
La recherche en sciences politiques montre que ce sont principalement les partis de droite radicale qui bénéficient de ce type de situation, qui l'alimentent, mais qui aussi en tirent parti. Ce qu'on voit, nous, dans notre étude, c'est que ça semble aussi bien fonctionner pour la gauche radicale dans les deux communautés linguistiques. Le PTB et le PVDA arrivent à aller capter ce sentiment pessimiste, ce sentiment nostalgique. Mais on pose quand même le constat qu'en tout cas, en termes de discours, c'est quelque chose qu'on retrouve aussi dans d'autres parties. C'est aussi quelque chose qu'on retrouve dans le discours du PS, qu'on trouve dans le discours du MR, qu'on trouve dans le discours des engagés. Mais ça semble être plus fort et surtout, ça semble s'ancrer sur des perceptions de pessimisme plus radicales quand ça va au PTB, au Vlam the Lang et au PVDA. Et alors, un autre élément qui nous a interpellés dans les résultats, c'est qu'on a bien montré effectivement qu'il y avait un lien entre ce pessimisme et cette nostalgie et les performances de ces deux familles qui se situent aux deux opposés du spectre politique et qui, idéologiquement, n'ont vraiment rien à voir, mais qui, en tout cas en termes de groupes électoraux qu'elles arrivent à aller chercher ont des points communs. Donc, ces deux familles politiques captent donc ces groupes très nostalgiques, mais les captent mieux en Flandre que de nouveau en Wallonie et à Bruxelles. Et donc, on retrouve cette interrogation autour de l'absence d'un parti de droite radicale populiste en Wallonie et à Bruxelles. Il n'y en a pas, alors qu'on le savait déjà qu'il y a une insatisfaction démocratique qui est élevée, alors qu'on sait que quand on parle des attitudes sur les questions d'immigration, les Wallons ne sont pas plus ouverts que les Flamands. Et là, on voit un autre élément, c'est qu'il y a un pessimisme et une nostalgie forte qui sont présents en Wallonie, qui sont captés certes par le PTB et dans une certaine mesure par le PS, mais le potentiel est plus grand que le score électoral des partis qui essayent de capitaliser là-dessus. Et donc, c'est un ingrédient de plus qui nous renvoie à cette question qu'on se pose depuis les années 90. C'est qu'est-ce qui fait qu'il n'y a pas de droite radicale qui émerge en Wallonie? Parce que là, on a un ingrédient de plus de ce cocktail explosif qui est présent.
Narrator
Est-ce que ça veut dire qu'un Georges Louis Boucher OMR qui a tendance à radicaliser parfois son discours à droite, à aller vers des inflexions plus conservatrices que certains de ses prédécesseurs OMR, c'est illustré par le fait qu'il estime que son parti, par exemple, serait mieux au PPE maintenant que dans la famille libérale, sur le plan européen. Il a bien compris, justement, ce que vous nous expliquez là, qu'il y a une niche électorale importante qui aujourd'hui n'est pas complètement captée par les partis?
Jean-Benoît Pilet
Alors, je ne sais pas si c'est sur la base d'études comme les nôtres ou si c'est une intuition liée à son parcours personnel et au terrain, mais en tout cas, il a bien compris qu'il y avait un espace. à la droite économique, mais aussi à la droite culturelle, qui avait un espace dans le mécontentement à droite qui était à prendre et qui l'a très bien capté en 2024. Notre enquête montre qu'il est en train de perdre une bonne partie de cet électorat-là qu'il avait réussi à capter en 2024. C'est ce qui explique notamment la baisse des intentions de vote en partie pour l'EMR. Et en fait, ce qui manque peut-être dans l'analyse, c'est que ce discours-là, Il est porteur, mais il est porteur surtout quand on est dans l'opposition. Quand on est au pouvoir, et singulièrement quand on met au pouvoir et qu'on met en place des réformes qui vont toucher aux pensions des personnes, qui vont toucher éventuellement aux allocations de chômage, même pour ceux qui estiment qu'ils ont longtemps travaillé et que donc ils mériteraient de les avoir plus longtemps, quand on a des difficultés, vu la situation socio-économique, à véritablement produire ce surplus de salaire, parce que le différentiel de 500 euros, ce n'était pas perçu comme on va augmenter l'écart. C'était perçu comme je vais avoir un gain portefeuille, moi, qui gagne assez peu. Quand on a aussi des discours autour de l'augmentation de certains impôts, quand on est au pouvoir, c'est difficile de capter ça. Et donc pour qu'un parti de droite radicale puisse émerger autour de ces questions-là ou qu'un parti de droite conservatrice, comme est en train de le devenir le MR, puisse capter cet électorat-là, ça se passe bien. Quand on est dans l'opposition, quand on est au pouvoir, on est directement confronté au fait, oui, mais concrètement, vous avez fait quoi pour nous sur les cinq dernières années? Concrètement, votre réforme des pensions, qu'est-ce qu'elle fait de bien pour nous? Et donc ça, c'est plus difficile à mettre en place. Par contre, si on avait un MR dans l'opposition face à un gouvernement qui avait un agenda de cette même nature, ce durcissement pourrait être très payant électoralement.
Narrator
De la matière à penser donc pour les partis politiques, pour les médias aussi, pour tous ceux qui aspirent également à une démocratie qui puisse redonner des perspectives positives, susciter de l'espoir. Je vous recommande la lecture des résultats extrêmement complets et riches de cette grande enquête nationale réalisée par l'ULB et par l'Université d'Anvers. Merci à Antoine Duhart pour la réalisation sonore de cette émission, à la préparation Sarah Poussey et Arnaud Reussen, et si vous souhaitez nous écrire, je vous rappelle l'adresse.
Date : 8 juin 2026
Durée analysée : ~00:00–29:44
Principaux intervenants :
Exploration du climat socio-politique belge deux ans après des élections marquantes, à travers une grande enquête nationale de l’ULB et l’Université d’Anvers.
L’émission se penche sur le sentiment massif de pessimisme, une nostalgie du passé, la méfiance envers les institutions/élites, et la montée d’une polarisation articulée autour de la “méritocratie” et du ressentiment intergroupes.
Les intervenants analysent et contextualisent le malaise, ses racines, ses manifestations et ses implications pour l’avenir politique du pays.
Témoignages de terrain marquent le ton :
Antoine (31 ans) à Bruxelles s’inquiète des conflits et des droits humains ([01:11])
Jamila (55 ans), Belge d’origine étrangère :
« Je vois que les choses se dégradent à fond… pour moi, tout, tout, tout est en train de s’effondrer. » — Jamila, via Pauline Gripa ([01:57])
Elle relie ce pessimisme à un ressenti croissant du racisme et à la politique du gouvernement actuel.
Un autre Antoine (30 ans) :
« J’ai un salaire, mais c’est plus survivre que vivre… Pour pouvoir manger, payer mes factures, je dois taper dans mon épargne. » — Antoine ([03:20])
« Ce n’est pas simplement un clivage gauche-droite ou majorité-opposition : le sentiment pessimiste traverse tous les partis, mais il structure différemment les choix politiques. » — Jean-Benoît Pilet ([06:42])
Deux thèmes majeurs : régression des conditions économiques et sociales ([09:23])
Confiance en chute dans la capacité des politiques à “améliorer les choses” :
« On ne croit plus véritablement que la classe politique […] pourra apporter des solutions… » — Jean-Benoît Pilet ([11:11])
Même si la majorité déclare parvenir à satisfaire ses besoins immédiats, la crainte d’une détérioration future domine ([11:43]).
La perception l’emporte sur l’objectivité :
« Beaucoup de personnes qui sont pessimistes et nostalgiques vivent une réalité difficile. Mais il y a aussi une part de subjectif, amplifiée par les discours politiques. » — Jean-Benoît Pilet ([14:05])
Le rôle des partis politiques : tous, à droite comme à gauche (voire les Verts sur le climat), mobilisent des récits “pessimistes” et “nostalgiques” — ce qui alimente ce sentiment collectif ([14:05]).
« Quel parti produit un discours qui ne combine pas à la fois du pessimisme et une certaine forme de nostalgie par rapport à un moment qui aurait été formidable ? » — Jean-Benoît Pilet ([14:05])
« C’est au cœur de la rhétorique populiste : il y a le “nous” méritant et le “eux” profiteur. » — Jean-Benoît Pilet ([17:51])
« On est en état d’hypervigilance… je pense que c’est juste épuisant. » — Pauline Gripa ([22:18])
« On se lève le matin, on va sur Instagram… et c’est ça qu’on voit. On est dans une boucle de laquelle c’est compliqué de sortir. » — Pauline Gripa ([22:59])
« Cette perception d’anomie a été fortement reliée à justement chercher des leaders forts… Mais du coup, ça contribue juste à continuer ce cercle vicieux. » — Pauline Gripa ([24:04])
Profiteurs principaux :
« Ce sont principalement les partis de droite radicale qui bénéficient… mais ça fonctionne aussi pour la gauche radicale. » — Jean-Benoît Pilet ([25:34])
En Flandre, le basculement vers la droite radicale/populiste s’opère plus facilement qu’en Wallonie/Bruxelles (où l’équivalent n’existe pas, malgré une base potentielle).
Les partis plus “centristes” comme l’EMR ont tenté d’occuper cet espace par un discours plus conservateur — mais le “burn-out” politique existe : « Ce discours-là est porteur surtout quand on est dans l’opposition. Quand on est au pouvoir, on est confronté aux résultats concrets… » — Jean-Benoît Pilet ([27:59])
« Je ne suis pas spécialement pessimiste, mais je pense qu'il y a de fortes chances qu'il [l'avenir] soit moins bien qu'aujourd'hui, et qu'on vive dans beaucoup plus de contraintes… »
— Antoine, 31 ans ([01:11])
« Je vois que les choses se dégradent à fond pour moi… pour moi, c'est pire. »
— Jamila, via Pauline Gripa ([01:57])
« 65% des répondants flamands […] 78% en Wallonie, 74% à Bruxelles […] ce n’est pas un sentiment minoritaire. »
— Jean-Benoît Pilet ([06:42])
« On ne croit plus que le système politique pourra ramener des temps meilleurs… »
— Jean-Benoît Pilet ([11:11])
« C’est au cœur de la rhétorique populiste : il y a le “nous” méritant et le “eux” profiteur. »
— Jean-Benoît Pilet ([17:51])
« On est en état d’hypervigilance… c’est juste épuisant. »
— Pauline Gripa ([22:18])
« Cette perception d’anomie a été fortement reliée à justement chercher des leaders forts... ça contribue juste à continuer ce cercle vicieux. »
— Pauline Gripa ([24:04])
Cette émission met en lumière une société belge traversée par une anxiété croissante, un pessimisme viscéral, une nostalgie du passé et une polarisation fondée autant sur le ressenti de déclassement que sur un discours politique omniprésent et les effets démultiplicateurs des outils numériques.
Les résultats d’enquête invitent à la fois à comprendre, avec nuance, le malaise démocratique, et à s’interroger sur les réponses à y apporter, tant du point de vue des partis politiques que des médias et de l’ensemble du tissu social.
Pour aller plus loin, l’équipe recommande la lecture intégrale des résultats de la grande enquête nationale réalisée par l’ULB et l’Université d’Anvers.