
L'Iran et les Etats-Unis doivent finaliser un protocole d'accord pour mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février. Donald Trump y va de ses superlatifs pour qualifier cette entente mais le contenu de cet accord reste flou. Nous verrons donc s'il s'agit d'une dé...
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Caroline Azad
Il y a tellement d'infos que je m'y perds.
Host / Moderator
Je trouve que c'est difficile d'y voir clair quand même.
Sarah Poussey
Souvent je trouve que tout est trop superficiel.
Donald Trump (quoted)
Je pense qu'il y a trop d'infos et...
Caroline Azad
C'est très angoissant. La première...
Host / Moderator
J'ai besoin de repères.
Richard Werly
Bonjour à toutes, bonjour à tous et
Host / Moderator
bienvenue dans Les Clés pour un numéro où l'on va tenter de décrypter l'accord cadre conclu ce dimanche 14 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février dernier. Au bout de trois mois et demi de conflit, L'impression est que l'enjeu était surtout devenu la réouverture du détroit d'Hormuz, bien loin des ambitions annoncées au départ. Alors cet accord signifie-t-il un échec stratégique de Trump sur le front iranien? On va tenter d'y voir clair en commençant par revenir sur les mots choisis par le président américain pour annoncer précisément cet accord.
Caroline Azad
La première, les clés.
Donald Trump (quoted)
L'accord avec la République islamique d'Iran est maintenant finalisé. Félicitations à tous. J'autorise pleinement la réouverture du détroit de Hormuz, sans droit de passage et parallèlement la levée immédiate du blocus naval américain. Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche, que le pétrole coule à flot.
Host / Moderator
C'est donc par ces quelques lignes que Donald Trump a annoncé l'accord sur son réseau True Social. Trois mois et demi après avoir lancé des frappes sur la République islamique d'Iran, il semble surtout se réjouir d'avoir obtenu le déblocage du détroit d'Hormuz, un détroit qui était pourtant ouvert avant que la guerre ne soit déclenchée. Alors, prenons le temps de revenir sur ce que disait le même Donald Trump le 28 février dernier au déclenchement de cette guerre, afin d'analyser le bilan, pour lui, de cette très coûteuse opération militaire. Lorsqu'il prend la parole, quelques heures après le début des premières frappes, Donald Trump explique que cette opération vise surtout à neutraliser la menace militaire que constitue l'Iran pour les États-Unis et pour leurs alliés. Notre objectif est de défendre le peuple
Donald Trump (quoted)
américain en éliminant les menaces imminentes qui émanent du régime iranien. Un groupe cruel composé de personnes très dures et terribles. Ces activités menaçantes mettent directement en danger les États-Unis, nos troupes, nos bases à l'étranger et nos alliés dans le monde entier.
Host / Moderator
Sur ce plan-là, Trump pourra dire qu'il a globalement rempli son objectif. Les coûts portés à l'appareil militaire iranien sont très importants. Une large part de ses stocks de missiles longue portée a été détruite. Mais la menace était en partie fantasmée. Beaucoup d'experts militaires, y compris dans l'armée américaine, estiment que l'Iran n'avait pas de missiles intercontinentaux capables de frapper les États-Unis, ni même l'Europe, et que la République islamique n'aurait pas pu s'en doter avant au moins dix ans. Parmi les objectifs annoncés par Trump, il y avait aussi celui-ci.
Donald Trump (quoted)
Nous allons nous assurer que l'Iran ne tienne pas l'arme nucléaire. C'est un message très simple. Ils n'auront jamais d'arme nucléaire. Ce régime apprendra bientôt que personne ne doit défier la puissance et la force de l'armée des États-Unis.
Host / Moderator
Sur ce point-là, l'opération ressemble plutôt à un échec puisque, selon toute vraisemblance, l'Iran dispose toujours de son stock d'uranium enrichi qui pourrait être transformé en matière utile pour une arme nucléaire. Et les négociations sur l'avenir du programme nucléaire iranien sont renvoyées à des discussions techniques après cet accord cadre. Le troisième grand but annoncé par Trump au déclenchement des frappes, c'était de favoriser la chute du régime. Même s'il n'annonçait pas qu'il allait lui-même renverser la République islamique, il disait quand même ceci.
Donald Trump (quoted)
Au fier et grand peuple d'Iran, je dis ce soir que l'or de votre liberté est à portée de main. Restez à l'abri, ne quittez pas vos maisons. C'est très dangereux dehors. Des bombes vont tomber partout. Et quand nous aurons fini, prenez le contrôle de votre gouvernement. Ce sera à vous de le prendre et ce sera sans doute votre seule chance pour des générations.
Host / Moderator
À ce niveau-là, il faudra voir quelle sera la suite après l'accord. Mais le fait que le régime soit toujours là, réprimant toujours ses opposants, le fait aussi qu'il a obtenu visiblement le dégel de plusieurs milliards de dollars d'avoir gelé, tout ça semble bien loin des promesses faites par Donald Trump au peuple iranien. Faut-il dès lors considérer que cette campagne de frappe est au global un échec stratégique? C'est ce que nous allons maintenant explorer. Et avec nous pour cela, il y a notamment Richard Whirley. Bonjour.
Richard Werly
Bonjour.
Host / Moderator
Vous êtes journaliste au quotidien suisse Blic et vous êtes en ce moment au G7 à Evian. Vous connaissez bien l'Amérique de Trump à laquelle vous avez consacré un livre intitulé «Cette Amérique qui nous déteste» sorti l'an dernier. Alors j'ai envie de vous demander d'abord votre avis sur ce qu'on vient d'entendre ici. Est-ce que pour vous, au vu justement des objectifs qui étaient annoncés en amont de ces frappes et le résultat là maintenant au moment de conclure cet accord cadre, est-ce que pour vous il faut parler d'une forme de revers stratégique pour Trump par rapport à ses intentions de départ?
Richard Werly
Alors vous savez, ici à Evian, au sommet du G7, dans le centre de presse international où je me trouve, tout le monde a la même réflexion. Qui y a-t-il dans cet accord? Qu'est-ce qui s'y trouve exactement? C'est un accord qui a été signé électroniquement, dit-on, dimanche dernier et qui sera signé à Genève ce vendredi, peut-être par le vice-président américain, Jenny Vance. Pourquoi je fais ce préambule? Parce que toute notre discussion va dépendre des mots, des phrases qui figureront dans cet accord de principe. Alors il y a ce dont on est sûr. Ce qu'on sait, c'est que cet accord ouvre. 60 jours de négociations durant lesquels la question du nucléaire iranien sera détaillée, abordée et a priori réglée. Maintenant, si vous écoutez Donald Trump, tout est déjà fait. Pour Donald Trump, il est acquis que le détroit d'Hormuz est rouvert. D'ailleurs, il a dit aux Européens que ce n'est même pas la peine d'envisager de le sécuriser. C'est bon, les navires commerciaux peuvent y aller. On est revenu à un des trois dormeaux ouverts. Et deuxième chose, Trump n'arrête pas de répéter, il vient de le faire lors d'un entretien bilatéral avec l'émir du Qatar ici à Evian, que le nucléaire iranien, l'idée même que l'Iran puisse avoir une arme nucléaire un jour, c'est terminé. Alors voilà. On est dans cette position, on écoute Trump dire qu'il a tout gagné, mais on n'a aucun détail concret sur l'accord qu'il a apparemment signé, ou en tout cas que les États-Unis et l'Iran ont signé électroniquement, ce qui, avouez-le, est très bizarre. Je crois que c'est une première dans les relations diplomatiques du monde.
Host / Moderator
Ceci dit, il y a quand même des choses qui interpellent, Richard Wehrli, on le disait, le fait que la communication de Donald Trump porte surtout dans un premier temps sur le fait que ce détroit d'Hormuz va être rouvert, alors qu'on sait qu'avant que la guerre ne soit déclenchée, il était ouvert ce détroit d'Hormuz. On a l'impression qu'il y a eu une forme de déplacement sur l'objectif où on se dit maintenant il y avait un vrai enjeu notamment par rapport à tout ce que ça a comme impact pour le commerce mondial avec les répercussions aussi sur la population américaine notamment et la perspective des élections de mi-mandat que c'était ça qui était un peu devenu un des objectifs majeurs. Il fallait vite vite maintenant rouvrir ce détroit d'Hormuz. Et on a l'impression que les objectifs premiers, notamment sur le nucléaire, passent un peu au second plan avec en plus, vous nous l'avez dit, une espèce de grand flou, on ne sait pas ce vers quoi on va. Et ce qu'on sait en tout cas, c'est qu'il n'y aura pas un accord formel au moment de la signature puisque tout ça va être négocié un peu plus tard. Est-ce qu'on n'essaye pas du côté de Washington, selon vous, de rhabiller un peu en une semi-victoire le fait qu'on n'a pas obtenu grand chose des objectifs de départ?
Richard Werly
Evidemment, vous avez absolument raison et je peux vous dire que c'est le sentiment général ici au sommet des Vian de la part de tous ceux qui observent cette réunion du G7. Alors il faut quand même rappeler une différence. Donald Trump avait dès le départ été non pas flou, mais il avait laissé, je dirais, une sorte de marche de manœuvre dans les objectifs. Il a toujours dit que l'Iran ne devrait pas avoir d'armes nucléaires au sortir de ce conflit et qu'il avait eu raison de dénoncer le fameux accord de 2015. Vous savez qu'il en était sorti en 2018 au motif que c'était un accord trop favorable à l'Iran. Alors, on verra ce à quoi l'Iran s'est engagé sur ce plan. Deuxième élément, Donald Trump a appelé les Iraniens à se révolter. Vous avez passé tout à l'heure cet extrait où vous le rappeliez. Eh bien, aujourd'hui, la population iranienne, elle n'a jamais été autant. asservi par le régime parce qu'en plus il y a une situation de guerre et le régime en gros fait ce qu'il veut. Alors ces deux objectifs, il faudra voir comment ils pourront être tenus mais on peut d'ores et déjà dire qu'ils ne sont pas tenus, qu'ils ne sont pas au rendez-vous au moment de ce sommet du G7. Ensuite Hormuz, et bien Hormuz c'est la guerre qui l'a fermée et au fond c'est la grande découverte pour l'Iran. L'Iran a compris qu'ils avaient deux armes de destruction massive, le nucléaire potentiel qu'on leur demande et qu'on leur force d'abandonner, on verra ce que dit l'accord, mais le détroit dormouse et la personne ne pourra les empêcher, demain ou après-demain, de refermer ce détroit s'il y a une nouvelle crise internationale. Donc oui, Donald Trump s'est beaucoup éloigné des objectifs annoncés de guerre, mais surtout, rappelons aussi qu'il y avait à ses côtés Israël, Israël qui est complètement absent de ce sommet du G7 alors qu'il y a des pays arabes représentés, notamment Qatar et les Emirats Arabes Unis. Or, Israël avait fixé trois objectifs. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou avait dit renversement du régime, fin du programme nucléaire, fin du programme balistique des missiles et de l'aide aux proxys. Vous savez, ces milices pro-Iran qui sont disséminées dans la région. A ce jour, tous ces objectifs, aucun n'a été tenu. C'est vous dire qu'Israël a raté cette guerre et semble-t-il Donald Trump n'en a pas beaucoup. Je dirais qu'il est prêt à abandonner son allié en race campagne.
Host / Moderator
Oui, et on a vu que les relations ont semblé évoluer, se tendre aussi entre Washington et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou. Ceci expliquant peut-être cela ou étant peut-être la conséquence de cela, on y verra sans doute plus clair là aussi dans les jours et dans les semaines qui viennent. Avec nous aussi pour cette émission, il y a Caroline Hazard.
Richard Werly
Bonjour.
Caroline Azad
Bonjour.
Host / Moderator
Vous êtes, vous, chercheuse à l'ULB, spécialiste de l'Iran. La première chose qu'on a envie de vous demander, vous qui avez d'ailleurs encore beaucoup de liens, j'imagine, avec la population sur place, vous avez la double nationalité, je pense belgo-iranienne. Quelles sont les nouvelles de la population là-bas sur place? Est-ce qu'on sait d'ailleurs comment on réagit à ce protocole d'accord avec tous les flous que l'on vient d'évoquer?
Caroline Azad
Alors la population, il faut savoir qu'elle est en grande souffrance parce qu'on a oublié les massacres de janvier qui ont provoqué un choc traumatique absolument terrible sur la population puisque le régime iranien a réprimé de manière absolument monstrueuse la population là-bas. Et c'est vrai que ces manifestations qui se sont produites au moment fin décembre et début janvier se produisait dans un contexte de crise inflationniste absolument sans précédent. Crise inflationniste qui a été exacerbée par la guerre. Et donc aujourd'hui, la population ne souhaite qu'une chose finalement, c'est l'arrêt des bombardements et de pouvoir au moins manger à sa faim. Évidemment, la colère sociale est toujours présente et le divorce qui a été acté avec le régime iranien actuel est définitif.
Host / Moderator
Donc là, il y a une superposition d'enjeux. Il y avait déjà de très, très vives tensions qui avaient conduit, on s'en souvient, à ces manifestations de janvier, qui ont été très durement réprimées avec des massacres. On parle, selon les sources, de plusieurs dizaines de milliers de personnes qui pourraient avoir été tuées, même si c'est évidemment très, très difficile à établir. Mais donc, tout ça, c'était déjà un substrat sur lequel est venu s'ajouter La guerre, il a fallu vivre pendant des mois sous des bombes. Il y a aussi toutes les sanctions. La fermeture même du détroit d'Ormuz, elle a eu des conséquences aussi sur l'Iran, sur l'approvisionnement. Donc là, la situation pour la population, on a l'impression, elle est presque pire que jamais. Pour autant, est-ce que ce que Donald Trump avait évoqué, c'est-à-dire de dire une fois qu'on aura fini de frapper eh bien vous pourrez prendre le pouvoir parce que, sous-entendu, le régime sera tellement affaibli que vous n'aurez plus qu'à prendre le pouvoir. On le comprenait un peu comme ça. Est-ce qu'on est dans cette situation-là?
Caroline Azad
Alors il faut bien se remettre dans le contexte de l'époque parce que lorsque démarrent les manifestations finalement, cette colère sociale qui, donc de nouveau, se produit dans un contexte économique désastreux, se répercute directement vis-à-vis du régime en place avec des demandes très claires de changement de régime. À ce moment-là, Donald Trump intervient au Venezuela. Il désingue Nicolas Maduro et à ce moment-là, la population se dit c'est le moment, c'est l'instant, venez chez nous et nous délivrez finalement de nos bourreaux.—
Host / Moderator
Donc là, il y a une partie quand même de la population iranienne qui voit d'un bon œil le fait que peut-être les États-Unis puissent intervenir et faire tomber le régime. En tout cas, c'est l'espoir nourri par une partie de la population en ce moment-là.—
Caroline Azad
Écoutez, à ce moment-là, il y avait déjà des morts avant les coupures d'Internet et le massacre à Wiklo qui a eu lieu, et toute l'intensification de la répression jusqu'à aujourd'hui. il y avait déjà des morts et donc il y avait une sorte de détresse et un sentiment d'impuissance de la part de la société civile. D'ailleurs, ce qui se pose aujourd'hui, c'est qu'effectivement, personne n'était dupe sur les intentions des Américains. Quand on regarde l'histoire contemporaine de l'Iran, personne n'a jamais voulu d'un Iran libre et puissant. Donc ce qu'il y a, c'est que la situation était tellement désastreuse d'un point de vue social et économique que c'était un espoir. Mais ce qui se passe aujourd'hui, c'est qu'il y a une réflexion au sein de la société civile qui consiste à dire que finalement, les mobilisations sociales, qui se sont d'ailleurs amplifiées de manière très régulière depuis ces neuf dernières années, ont été faites de manière pacifique. Et ça ne fonctionne pas parce que, la dernière fois, nous avons ramassé des balles de guerre. Et donc, il y a un débat qui dit, voilà, est-ce que soit on attend une intervention terrestre de l'armée américaine après les élections de mi-mandat, puisqu'on sait que la population est tellement mécontente, c'est un euphémisme du régime iranien, que les portes sont ouvertes pour collaborer avec les Israéliens et les Américains en cas de venues terrestres. Et puis il y a ceux qui plaident plutôt pour aussi une insurrection armée.
Host / Moderator
Il y a des ferments très très forts dans l'opposition avec des divergences sur les façons de procéder. Mais aujourd'hui, la tension est telle, la détresse est telle, qu'on n'imagine pas une population finalement se ranger, se calmer en quelque sorte derrière ce régime qui aurait repris la main après l'accord.
Caroline Azad
Écoutez, à partir du moment... Ce sont des gens comme vous et moi qui sont partis dans les rues marcher et dire qu'ils n'étaient pas d'accord. Ce sont des pères de famille, des mères de famille qui ont vu leur enfant se prendre une balle dans la tête à côté d'eux parce que c'était surtout les jeunes qui étaient visés. Donc on était vraiment dans une stratégie d'extermination, de destruction. Et c'est ça toute la problématique aujourd'hui parce qu'on ne parle pas uniquement d'opposants. On parle véritablement d'un problème social à grande échelle.
Host / Moderator
On a donc les ingrédients d'une situation extrêmement instable en Iran, avec un régime aux abois mais qui veut absolument garder le pouvoir, une population en grande détresse économique et sociale marquée au fer rouge par la répression terriblement violente de ces derniers mois. Une situation interne explosive qui a sans doute poussé le régime à son corps défendant à chercher finalement un terrain d'entente avec les États-Unis de Donald Trump pour tenter de se maintenir encore.
Caroline Azad
Vous savez, le régime iranien, ce n'est pas un bloc un peu abstrait qui serait homogène. C'est ce qu'on appelle un autoritarisme fragmenté qui est composé de toute une série de clans et de groupes qui tantôt se coordonnent et tantôt se confrontent les uns avec les autres, avec des individus qui changent de clan en fonction des intérêts et des circonstances, mais qui convergent tous vers une nécessité c'est la nécessité de leur survie sociale et politique. Donc, ils donnent tout pour justement cet objectif-là. Mais le problème, c'est que pour arriver à survivre, ils sont obligés de sacrifier soit leur stratégie sécuritaire, c'est-à-dire la question du nucléaire qui permettrait à ce système de se sanctuariser, soit la question économique. Or, ce qu'ils ont visiblement atteint comme compromis entre eux c'est d'éviter l'effondrement économique. C'est pour ça qu'ils se mettent à discuter avec les Américains. Mais discuter avec les Américains, ouvrir les vannes aux Américains, ça veut dire revenir sur des fondamentaux du régime, des fondamentaux de l'idéologie. Parce que tel que la République islamique existe au niveau constitutionnel, au niveau politique, au niveau idéologique, cet anti-américanisme, s'il disparaît, ce n'est plus la République islamique.
Host / Moderator
Mais tout cela va dépendre aussi de ce que dira précisément l'accord sur l'enjeu nucléaire. Et là, il demeure beaucoup de flou à ce stade, d'autant qu'on sait que les modalités de la mise en œuvre de cet accord ne seront négociées que plus tard. Et dans ce contexte, beaucoup se demandent si Donald Trump pourra vraiment finalement obtenir davantage que ce qu'avait obtenu Barack Obama en 2015 dans le cadre d'un accord sur le nucléaire iranien négocié à l'époque avec le concours également des Européens et très critiqué par Donald Trump précisément. Alors justement, prenons le temps avec Sarah Poussey de revenir maintenant sur ce qui avait été précisément négocié à l'époque sous Barack Obama.
Sarah Poussey
C'est en janvier 2016 que l'accord nucléaire iranien porté par Barack Obama est entré en vigueur. En pratique, cet accord a été le fruit de longues négociations, débutées fin 2014 entre les États-Unis, l'Iran, mais aussi les autres membres permanents du Conseil des Nations Unies, c'est-à-dire la Chine, la France, le Royaume-Uni et la Russie, et en plus l'Union européenne et l'Allemagne. Cet accord prévoyait donc la levée de sanctions économiques contre l'Iran à condition que le pays ne se dote pas de l'arme nucléaire. La République islamique a donc consenti à ce que trois quarts de ces 20 000 centrifugeuses qui permettent d'enrichir l'uranium soient mises sous scellés. Ses stocks d'uranium ont aussi été limités ainsi que leur enrichissement. Pour être utilisé dans une bombe atomique, l'uranium doit être enrichi à 90% Les normes imposées à l'Iran limitaient cet enrichissement autour de 3% pour un usage civil. Les capacités de production de plutonium militaires ont également été condamnées. Le réacteur de la centrale d'Arak a ainsi été rempli de béton. Et puis surtout, l'Iran avait accepté de se soumettre au contrôle de l'agence atomique. Elle était autorisée à entrer dans le pays et contrôler les sites iraniens à sa convenance, comme s'en est réjoui Barack Obama lors de l'entrée en vigueur de l'accord.
Donald Trump (quoted)
En résumé, alors que l'Iran développait son programme nucléaire, nous avons désormais bloqué toutes les voies qui auraient pu lui permettre de se doter d'une bombe. Alors qu'il aurait fallu deux à trois mois à l'Iran pour se procurer suffisamment de matière première pour fabriquer une bombe, nous avons porté ce délai à un an. Grâce aux inspections internationales sans précédent et à l'accès aux programmes iraniens, nous saurons s'Iran tente un jour de se doter de l'arme nucléaire. Et plus important encore, nous avons réalisé ce progrès historique par la voie diplomatique, sans recourir à une nouvelle guerre au Moyen-Orient.
Sarah Poussey
Durant les deux premières années de l'accord, l'Agence internationale de l'énergie atomique a effectué plus de 400 inspections. Et en parallèle, l'Iran a récupéré des fonds gelés et vu certaines sanctions économiques levées au fur et à mesure. Le pays n'était pas pour autant libre d'agir à sa convenance. Des embargos sur les armes lourdes ou les missiles balistiques ont été maintenus, tout comme des sanctions économiques liées au bafouement des droits humains au sein de la République islamique.
Host / Moderator
Alors Richard Wehrli, vous êtes toujours avec nous. Est-ce qu'il n'y a pas un risque au fond pour l'administration Trump d'arriver au bout des négociations techniques à une situation qui ne serait finalement pas tellement différente de ce qui avait été négocié sous Barack Obama en 2015-2016 alors pourtant que Trump avait fait de son arrivée à la Maison Blanche un point fort de dénoncer justement cet accord avec l'Iran?
Richard Werly
L'opération de dénonciation de l'accord de 2015 de la part de Donald Trump est encore en cours. Je peux vous donner un exemple. Hier soir, lorsque Donald Trump a rencontré Emmanuel Macron à son arrivée au sommet du G7, l'une des premières choses qu'il a dit, c'est qu'Obama avait même accepté de remplir un avion d'argent pour les Iraniens acheter leur accord lors de ce traité qu'on appelle le JCPOA de 2015. Donc l'objectif de Donald Trump reste toujours le même, c'est discréditer au maximum cet accord arraché à l'époque par les Européens. Il faut le dire, les Européens s'étaient beaucoup impliqués. et par celui que Donald Trump nomme toujours Barack Hussein Obama. Ensuite, que peut-il se passer? Au fond, il y a deux scénarios. Soit effectivement, il y a d'abord dans l'accord de principe dont on ne connaît pas, je le répète toujours le contenu, il y a des phrases et des mots... qui confirme l'engagement de l'Iran à abandonner l'arme nucléaire. Ca, c'est la version de Donald Trump, mais on ne sait pas si ce sera le cas. Ensuite, il y a les 60 jours qui doivent mettre tout cela en pratique. Que peut-il se passer? Il y a deux possibilités. La première, c'est que des vraies négociations se mettent en place. Emmanuel Macron a déjà dit qu'à son avis, ce qu'il fallait, ça paraît évident, c'est réimpliquer l'Agence internationale pour l'énergie atomique, de manière à ce qu'elle ait un accès à tous les sites iraniens, qu'elle puisse contrôler et qu'elle puisse en faire un état, une sorte d'inventaire, après toutes les frappes qu'il y a eues depuis le 28 février. Et puis, il y a une autre option, c'est que ça ne marche pas, c'est que ces deux mois ne mènent à rien, que ce sont des deux mois de tergiversation et qu'à l'issue de cette période de 60 jours, peut-être plus tard, après les mid-term, Donald Trump prenne prétexte du refus des Iraniens d'avancer et de confirmer leur abandon du nucléaire militaire pour de nouveau frapper le pays, peut-être à nouveau avec Israël. On ne peut pas écarter cette possibilité.
Host / Moderator
Mais on imagine que tout ça serait après les élections de mi-mandat. Richard Werly, tout ça, ça semble quand même peser, cet agenda électoral aux Etats-Unis. Là, Trump avait besoin de pouvoir mettre un peu le dossier iranien sur le côté, en quelque sorte, le temps de gérer cette élection.
Richard Werly
Vous avez tout à fait raison. Rappelons la chronologie, elle est importante. Donald Trump, dimanche, il fêtait son anniversaire. C'était ça sa priorité et d'où son empressement à annoncer une signalure électronique dont on ne sait d'ailleurs même pas si elle a eu lieu. Il l'annonce mais personne n'a vu la trace de cette signature électronique d'un accord. avec l'Iran. Ensuite, il est au G7. Il va repartir aux États-Unis. Il aura le 250e anniversaire de la déclaration d'indépendance du pays, des grandes manifestations à Washington. Puis, il y aura un sommet de l'OTAN début juillet. Et ensuite, il y aura les midterms. Ce qui est très probable, c'est que Donald Trump veut faire oublier ce conflit aux Américains jusqu'au mid-term de manière à repartir en campagne, à expliquer que c'est une guerre zéro mort et du côté américain c'est vrai, il faut le rappeler, il n'y a eu qu'une quinzaine de morts, ce qui est vraiment très peu voire rien du tout pour une opération de cette ampleur. Je ne parle bien sûr pas des morts en Iran. Je parle des morts dans les rangs de l'armée américaine. Et donc, il va à coup sûr, dans les prochaines semaines, dire aux Américains, j'ai réglé le problème nucléaire, j'ai remporté une victoire, l'Iran est maintenant disposé à accepter tout ce qu'on demande, chers citoyens américains, votez pour moi.
Host / Moderator
Caroline Azad, un dernier mot là-dessus. On peut évidemment compter sur Donald Trump pour se présenter en héros de la nation. Ça, on y est habitué. Ceci dit, vous vous tenez aussi à insister sur le rôle discret, mais sans doute important, joué par la Chine aussi dans ce dossier.
Caroline Azad
Mais bien sûr, parce que la Chine a un rôle extrêmement important au niveau, déjà, c'est une puissance mondiale et puis dans la région, elle est très présente. C'est le premier partenaire, c'est le premier acheteur de pétrole iranien et un soutien économique très important pour la République islamique. et aussi une sorte de garantie diplomatique. Mais donc la Chine n'a aucun intérêt à ce que la libre circulation des flux d'hydrocarbures et énergétiques soit bloquée. Et donc le régime iranien l'a même reconnu que la Chine intervenait de manière indirecte et plutôt discrète dans les négociations avec les États-Unis et notamment via la médiation pakistanaise. Donc je crois qu'il ne faut pas non plus, il faut relativiser la puissance de l'Iran. L'Iran continue d'avoir une capacité de nuisance très importante, mais la question du nucléaire, qui est quand même le cœur de la raison d'être de cette guerre, qui n'a pas commencé le 28 février, elle a commencé en juin 2025.
Host / Moderator
Oui, puisque rappelons-le, c'est en juin 2025 qu'Israël avait mené deux premières frappes sur l'Iran, complétées ensuite par des frappes américaines sur les installations nucléaires. Cela fait donc un an que des coups de boutoir très durs sont portés au régime, un régime qui semble pourtant toujours tenir le choc aujourd'hui. au prix d'une situation de plus en plus catastrophique pour sa population, au prix d'une répression meurtrière. Malgré les promesses de Trump, le bout du tunnel semble donc toujours bien loin aujourd'hui pour les Iraniennes et les Iraniens. Voilà, c'était Les Clés, un podcast de la première avec, à la réalisation sonore, Valentine Gourdange, à la préparation, Arnaud Royssen et Sarah Poussey. Et si ce contenu vous a intéressé, n'hésitez pas bien sûr à le partager autour de vous.
Podcast par RTBF, animé par Arnaud Ruyssen
Épisode diffusé le 15 juin 2026
Dans cet épisode de “Les Clés”, Arnaud Ruyssen et ses invités décryptent l’accord-cadre signé entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée en février 2026. Ils analysent la portée de cet accord, les objectifs de départ de Donald Trump, ainsi que la situation interne iranienne et les conséquences géopolitiques – notamment en ce qui concerne la question nucléaire, le détroit d’Hormuz, le rôle d’Israël, et l’influence chinoise. Les intervenants débattent d’une possible “défaite stratégique” de Donald Trump vis-à-vis de ses ambitions initiales.
« Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche, que le pétrole coule à flot. » — Donald Trump, [00:59]
« Il semble surtout se réjouir d’avoir obtenu le déblocage du détroit d’Hormuz, un détroit qui était pourtant ouvert avant que la guerre ne soit déclenchée. » — Host, [01:19]
« Beaucoup d’experts militaires… estiment que l’Iran n’avait pas de missiles intercontinentaux capables de frapper les États-Unis… la menace était en partie fantasmée. » — Host, [02:54]
« Sur ce point-là, l’opération ressemble plutôt à un échec. » — Host, [04:01]
« On écoute Trump dire qu’il a tout gagné, mais on n’a aucun détail concret sur l’accord qu’il a apparemment signé... » — Richard Werly, [07:13]
« L’Iran a compris qu’ils avaient deux armes de destruction massive, le nucléaire potentiel… et le détroit d’Hormuz. » — Richard Werly, [09:33]
« A ce jour, tous ces objectifs, aucun n’a été tenu. C’est vous dire qu’Israël a raté cette guerre et semble-t-il Donald Trump n’en a pas beaucoup. » — Richard Werly, [10:30]
« La population ne souhaite qu’une chose finalement, c’est l’arrêt des bombardements et de pouvoir au moins manger à sa faim. » — Caroline Azad, [11:51]
« Ce sont des pères de famille, des mères de famille qui ont vu leur enfant se prendre une balle dans la tête à côté d’eux… On parle véritablement d’un problème social à grande échelle. » — Caroline Azad, [16:24]
« Discuter avec les Américains, ouvrir les vannes aux Américains, ça veut dire revenir sur des fondamentaux du régime… » — Caroline Azad, [17:31]
« Nous avons bloqué toutes les voies qui auraient pu lui permettre de se doter d’une bombe… Nous avons réalisé ce progrès historique par la voie diplomatique, sans recourir à une nouvelle guerre. » — Barack Obama (cité), [21:00]
« Peut-être plus tard, après les mid-term, Donald Trump prenne prétexte du refus des Iraniens d’avancer et de confirmer leur abandon du nucléaire militaire pour de nouveau frapper le pays. » — Richard Werly, [24:28]
« La Chine n’a aucun intérêt à ce que la libre circulation des flux d’hydrocarbures soit bloquée. » — Caroline Azad, [26:26]
| Citation | Intervenant | Horodatage | |----------|-------------|------------| | « Navires du monde entier, mettez les moteurs en marche, que le pétrole coule à flot. » | Donald Trump | 00:59 | | « Beaucoup d’experts militaires… estiment que l’Iran n’avait pas de missiles intercontinentaux capables de frapper les États-Unis… la menace était en partie fantasmée. » | Host | 02:54 | | « Sur ce point-là, l’opération ressemble plutôt à un échec. » | Host | 04:01 | | « À ce jour, tous ces objectifs, aucun n’a été tenu. C’est vous dire qu’Israël a raté cette guerre et semble-t-il Donald Trump n’en a pas beaucoup. » | Richard Werly | 10:30 | | « La population ne souhaite qu’une chose finalement, c’est l’arrêt des bombardements et de pouvoir au moins manger à sa faim. » | Caroline Azad | 11:51 | | « Ce sont des pères de famille, des mères de famille qui ont vu leur enfant se prendre une balle dans la tête à côté d’eux… On parle véritablement d’un problème social à grande échelle. » | Caroline Azad | 16:24 | | « Nous avons bloqué toutes les voies qui auraient pu lui permettre de se doter d’une bombe… Nous avons réalisé ce progrès historique par la voie diplomatique, sans recourir à une nouvelle guerre. » | Barack Obama (cité) | 21:00 | | « Peut-être plus tard, après les mid-term, Donald Trump prenne prétexte du refus des Iraniens d’avancer… pour de nouveau frapper le pays. » | Richard Werly | 24:28 | | « La Chine n’a aucun intérêt à ce que la libre circulation des flux d’hydrocarbures soit bloquée. » | Caroline Azad | 26:26 |
| Segment | Sujet | Timestamps | |---------|-------|-------------| | Accord annoncé par Trump | Annonce, réouverture d’Hormuz | 00:59 – 02:28 | | Bilan des objectifs américains | Sécurité, nucléaire, régime | 02:28 – 05:06 | | Avis de Richard Werly | Accord flou, réalignement | 06:17 – 11:04 | | Analyse du contexte iranien | Population, régime, opposition | 11:23 – 18:52 | | Historique JCPOA | Accord nucléaire Obama | 19:38 – 22:10 | | Scénarios politiques | Suite des négos, élections US | 22:10 – 26:10 | | Insertion chinoise | Diplomatie, pétrole, médiation | 26:10 – 27:32 |
Le podcast dévoile un accord-cadre dont les fondements restent très flous, permette à Donald Trump d’afficher une “victoire” symbolique à court terme (“zéro mort côté américain”), mais qui laisse la majorité des enjeux de fond (nucléaire, stabilité iranienne, alignement israélien, situation humanitaire) non résolus. L’émission insiste sur la souffrance persistante de la population iranienne, la duplicité stratégique du régime, la portée largement médiatique des annonces américaines, et le rôle discret mais déterminant de la Chine.
Le ton global reste critique, analytique, et préoccupé par l’instabilité durable et le peu de “gagnants” à ce stade, sauf peut-être la classe politique américaine en période électorale.
Résumé par section et attribution des citations garanti.
Conçu pour offrir un panorama complet et nuancé de l’épisode sans publicité, introduction ni conclusion hors contenu.