
[Nouvelle diffusion] En deux épisodes, nous questionnons notre rapport à l'alcool, à l'initiative d'une classe de rhéto en sciences sociales de l'Athénée Royal de Waremme, et avec Thomas Orban, médecin généraliste et addictologue, auteur de "Alcool ce qu'on ne vous...
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Sarah Poussey
Il y a tellement d'infos que je m'y perds.
Interviewer / Host
Je trouve que c'est difficile d'y voir clair quand même.
Sarah Poussey
Souvent je trouve que tout est trop superficiel.
Student
Je pense qu'il y a trop d'infos et...
Sarah Poussey
C'est très angoissant. La première...
Dr. Thomas Orban
J'ai besoin de repères.
Sarah Poussey
Bonjour à toutes, bonjour à tous et
Interviewer / Host
bienvenue dans Les Clés pour un double épisode où nous allons questionner le rapport de notre société avec l'alcool. Une question épineuse que l'on va aborder au départ de questions et réflexions d'élèves de 17 et 18 ans venus de Ouarème, en province de Liège. C'est une émission spéciale jeunes donc, comme on le fait régulièrement dans Les Clés, Mais attention, vous allez entendre les constats qui sont dressés, l'analyse des effets de l'alcool sur notre santé. Tout cela nous regarde tous, jeunes et moins jeunes. Alors c'est parti pour un double épisode qui commence par un petit portrait de classe signé Sarah Poussey.
Sarah Poussey
La première, les clés. On vient de l'athénée royale de Ouarème.
Student
Et on est des élèves de dernière année.
Sarah Poussey
Donc là, on est tous une classe de réto en sciences sociales. C'est avec une classe de Ouarème que nous avons enregistré cette émission. Tous ces élèves partagent une option commune, les sciences sociales, et c'est dans le cadre de ce cours qu'ils sont venus à la RTBF. Alors, ils nous font découvrir ce qu'ils étudient dans cette option.
Student
On parle un peu des droits, les addictions, les maladies.
Sarah Poussey
On voit comment le handicap est accepté dans la société.
Student
On apprend les événements de la vie, les différentes personnes, pour le moment leur handicap et leur maladie. Et on apprend à vivre dans la société un peu.
On a du droit, un peu d'économie, et moi j'ai choisi le sens social parce que c'est quelque chose qui m'intéresse, mais je me voyais peut-être faire ça plus tard.
Sarah Poussey
Et dans le cadre du cours de sciences sociales, les élèves s'intéressent aussi au type d'addiction et notamment à l'alcool. Notre sujet du jour, ils l'ont donc déjà partiellement évoqué en classe. Souvent, nos cours nous mènent à des débats avec notre professeur et donc on parle de ce qui se passe entre les jeunes d'addiction, alcool, drogue. C'est plus de la prévention qu'autre chose et ça permet aussi à la professeure de faire un topo sur ce que les jeunes font en dehors, etc. Entre
Student
nous, l'alcool c'est quelque chose qui est fort présent. On a une facilité déconcertante à trouver de l'alcool, consommer avec nos amis ou de la famille, ça peut arriver. Et on a juste parlé de ça avec nos professeurs parce que c'est quelque chose qui nous touche tous.
Sarah Poussey
Voilà pour les premiers échanges que cette classe a déjà eu avant notre rencontre. Mais ensemble, on va essayer d'aller un peu plus loin pour questionner notre rapport à l'alcool.
Interviewer / Host
Et pour rentrer tout de suite dans le vif du sujet, on a commencé par demander aux élèves ce qu'ils pensaient que l'alcool fait à notre corps, à notre cerveau, en quoi l'alcool vient un peu nous transformer quand on en consomme.
Sarah Poussey
Donc moi, en tout cas, ce que j'ai entendu parler, c'est que l'alcool, ça grillerait des neurones dans le cerveau, ce qui fait qu'on est dans un état où on ne se souvient pas de grand chose, on oublie, on n'est plus nous-mêmes, on ne sait pas forcément comment on agit, qu'est-ce qu'on fait, avec qui on est, ce qu'on dit. Et en positif, je pense, en soi, il n'y en a pas trop, mais si les gens en boivent, c'est qu'il y en a forcément. C'est plus que ça permet un peu plus de se libérer, pour ceux qui sont un peu timides, un peu réservés et tout ça.
Student
Moi, j'ai un peu l'impression que l'alcool, ça enlève le filtre qu'on a en nous. Ça veut dire que peut-être qu'on va arriver, on est sobre, etc. On est peut-être un peu timide. Et une fois qu'on a bu quelques verres, on relâche tout. On a notre filtre qui s'en va et on dit le moindre mot qui nous passe par la tête. On pense des choses qu'on ne va pas forcément penser si on n'avait pas consommé d'alcool. Et ça peut être bénéfique s'il faut aller parler à une fille, mais ça peut aussi être négatif si on est dans un moment de sérieux avec des gens qui sont pas forcément dans le même état que nous.
Moi, j'étais plus sur le fait que l'alcool, ça nous déshydrate beaucoup. Le fait de boire, après, le foie, il doit travailler, on va dire. Et le lendemain, c'est souvent compliqué. La gueule de bois, la déshydratation. Je sais que le matin, par exemple, j'ai un gobelet dans ma chambre. Le lendemain, toujours j'affonne un verre d'eau parce qu'il faut que je me réhydrate parce que sinon ça va pas. Au début, ça allait, mais maintenant, les lendemains, il y a plus les mals de tête, il y a les mals de ventre. Ça devient de plus en plus galère.
Interviewer / Host
On sent que nos scientifiques en herbe n'ont pas hésité à déjà tenter quelques expériences pour évaluer les effets de l'alcool sur leur métabolisme, sur leur cerveau. Alors, ces retours d'expériences et impressions, on les a soumises au regard d'un spécialiste de ces questions que l'on avait invité, en l'occurrence le docteur Thomas Orban.
Dr. Thomas Orban
Donc, je suis médecin généraliste et je suis médecin addictologue, donc je passe le plus clair de mon temps à soigner des personnes qui ont des problèmes avec des drogues, dont l'alcool. L'alcool est une drogue.
Interviewer / Host
Alors vous avez entendu ce que les élèves ici pointent comme effet de l'alcool selon eux sur leur corps, sur leur esprit, sur leur cerveau. Qu'est-ce que vous retenez là-dedans et comment est-ce que vous vous définiriez justement ce que nous fait l'alcool?
Dr. Thomas Orban
L'alcool est un produit plaisir, c'est la première chose qu'on entend. L'alcool donne du plaisir, que ce soit parce que c'est euphorisant, c'est désinhibant. Donc, c'est assez fun. On n'a pas trop parlé de l'effet déplaisir, sauf les effets secondaires quand on en prend trop, donc les problèmes de gastrite, de vomissement, de nausée, de mal de tête, de gueule de bois, de réhydratation nécessaire. Ce sont les effets immédiats qui engendrent effectivement des risques. Il y a des risques de violence. On se tape dessus, on écrit des textos, on prend des photos. qu'on ne devrait pas faire nécessairement ou qu'on peut regretter le lendemain. Et puis, il y a les effets aussi sur le long terme, et ça, on n'en a pas beaucoup parlé, qui sont des effets sur le cerveau. L'alcool, effectivement, ça a été évoqué, est une drogue neurotoxique. Donc, sa particularité, c'est qu'elle atteint les neurones. Elle va faire fonctionner le cerveau autrement et elle va le faire fonctionner sur le long terme autrement. Pour donner un simple exemple, une ivresse ponctuelle garde des effets sur le cerveau pendant au moins six mois. Donc voilà, c'est important de le savoir parce que les effets sur le cerveau sont des effets qu'on appelle disexécutifs. C'est quoi? C'est le cortex frontal, celui qu'on a là devant, devant notre cerveau. C'est celui qui nous fait nous comporter un peu correctement quand on essaye de ne pas faire n'importe quoi. C'est aussi celui qui nous aide à prendre des décisions, à organiser notre vie, à anticiper, à mémoriser aussi ce qu'on est en train d'étudier. Ça, c'est le cortex. Et donc, s'il est perturbé dans son fonctionnement, un peu comme si on mettait un virus dans un ordi, eh bien, ça va moins bien fonctionner. Et donc, on sait, par exemple, aujourd'hui très bien, les études ont été faites dans les unives, qu'un échec sur quatre, par exemple, est lié à l'alcool. Très clairement, parce que ça fait dysfonctionner le cerveau, même si on ne boit plus depuis déjà quelques semaines, pour des gens qui ont l'habitude de faire des ivresses, on va dire, par exemple, une fois par semaine.
Interviewer / Host
Et concrètement, qu'est-ce qui se passe en fait dans notre cerveau quand on prend de l'alcool qui fait qu'on a à la fois cet effet qu'on peut considérer comme positif, des filtres qui s'en vont du fait qu'on va aller peut-être plus facilement vers les autres, qu'on va avoir ce sentiment de plaisir et en même temps qu'on va avoir ces effets négatifs et potentiellement destructeurs que vous nous décrivez ici.
Dr. Thomas Orban
Donc l'alcool va intervenir sur différents circuits du cerveau, qui sont des circuits à la fois de la mémoire, à la fois du plaisir, mais aussi à la fois des circuits qui vont créer petit à petit des réflexes. C'est un petit peu comme si vous mettiez un programme dans l'ordi qui fait fonctionner l'ordi autrement. C'est le principe d'un psychotrope. Donc n'importe quelle drogue est capable de faire ça. L'alcool a des particularités. Il est euphorisant. C'est important de rappeler aussi que par rapport à ses effets, on n'est pas égaux devant l'alcool. Dans beaucoup de familles, on connaît quelqu'un qui a un problème avec l'alcool. Il y a des aspects génétiques par rapport à la fragilité face à l'alcool qu'on ignore souvent. Il faut connaître sa carte d'identité, j'ai envie de dire. La carte d'identité, j'ai l'habitude de dire à mes patients, si vous avez une carte d'identité hollandaise ou japonaise, ça ne va pas déterminer votre avenir. Par contre, ça détermine quand même dans quel univers vous allez fonctionner. Ce n'est pas la même chose de vivre au Japon qu'en Hollande, aux Pays-Bas. Et donc, c'est la même chose pour la carte d'identité si vous avez une génétique particulière, vous avez des parents qui ont des problèmes d'alcool, des grands-parents, des frères, des soeurs, des cousins, des oncles, des tantes, des grands-oncles, des grands-tants, on peut s'arrêter. Et bien ça vous fragilise en fait. Et donc prendre ce produit, si vous êtes un homme et une femme aussi, ça change. Parce qu'une femme va devenir beaucoup plus vite ivre qu'un homme. Pourquoi? Parce que l'équipement qu'on a pour nettoyer l'alcool du corps n'est pas le même en fait. Ou pas en même quantité. Le poids n'est pas le même. La teneur en eau et en graisse n'est pas la même non plus. Et donc, il faut savoir que l'alcool, une fois qu'on le boit, il va monter plus ou moins vite. Donc, plus on boit vite, plus il monte vite dans le cerveau, plus il monte vite dans le cerveau, plus la tour de contrôle, notre fameux cortex cérébral, eh bien, elle fait grève. Et donc, si elle fait grève, ça veut dire que je prends encore un, je prends encore un, je prends encore un. Et puis, ça se termine avec des blackouts ou des tas d'autres choses horribles. On en parlera sans doute.
Interviewer / Host
Retenons donc que l'alcool vient pirater, en quelque sorte, le fonctionnement normal de notre cerveau. Et que s'il est piraté fortement et à répétition, cela peut engendrer des conséquences à long terme pouvant atteindre nos capacités cognitives. Retenons aussi que l'on n'est pas tous égaux face à l'alcool. En fonction de notre patrimoine génétique, de notre poids, de si l'on est un homme ou si l'on est une femme, tout cela crée des terrains de base différents qui font que les effets de l'alcool ne sont pas les mêmes chez tout un chacun. Mais penchons-nous alors maintenant sur la façon dont notre société considère l'alcool. Et pour cela, d'abord un petit sondage express. Par rapport à des drogues, je ne sais pas moi, la cocaïne, par rapport au cannabis, etc. Est-ce que pour vous, l'alcool, c'est aussi grave, plus grave ou moins grave? Qui considère que c'est moins grave, en fait, l'alcool que la consommation d'autres drogues? Un petit sondage à main levée qui montrait que deux tiers des élèves environ estimaient que l'alcool est moins grave que d'autres substances qui sont plus volontiers qualifiées de drogue dans notre société. Alors, retournons chez le docteur Thomas Orban pour voir justement où se situe l'alcool par rapport à d'autres drogues, d'autres psychotropes.
Dr. Thomas Orban
Il y a différentes manières de classer les drogues. La première, c'est quelle est la drogue qui rend le plus vite addict? Ça, c'est l'héroïne. Après, vous avez la cocaïne. Ensuite, vous avez, par exemple, des médicaments qu'on n'utilise quasi plus, qui sont des barbituriques. Puis, vous avez la nicotine, le tabac. On n'en a pas parlé, mais c'est aussi une drogue fort utilisée, surtout chez les jeunes qui commencent tôt. Et puis, vous avez l'alcool. Donc, l'alcool, de ce point de vue-là, il est derrière la cocaïne. Si on regarde l'impact de la drogue sur l'individu, sur son fonctionnement, sur son évolution, sur sa famille, sur la société, la drogue la plus dure, c'est l'alcool.
Interviewer / Host
Oui, ça, c'est assez perturbant de se dire ça, parce qu'on est dans une société où l'alcool est assez admis. On va en consommer régulièrement dans les familles aussi. On considère pas anormal aussi de proposer à ses enfants, à un moment donné, d'essayer un peu d'alcool, alors que vous nous dites que, quelque part, c'est aussi une drogue dure, l'alcool.
Dr. Thomas Orban
C'est la drogue dure la plus dure, c'est pas moi qui l'ai dit, c'est des spécialistes, à l'époque c'était britanniques, ils avaient été mandatés par le gouvernement pour faire cette étude et puis on les a virés parce que le résultat n'a pas plu au gouvernement justement. Ce qui veut dire quoi? Ce qui veut dire qu'on vit dans une société qui a dénormalisé le fait de ne pas boire. Aujourd'hui si vous êtes en groupe avec des copains ce soir et que vous ne buvez pas, la première chose qu'on va vous dire c'est ça va pas? T'es malade? Qu'est-ce qui t'arrive? On n'en est pas encore à vous dire, tiens, tu prends pas les rails de coke ce soir, qu'est-ce qui t'arrive? T'es malade? T'es pas bien? Ça va peut-être venir parce que la coke est en train d'augmenter assez fort. Mais l'alcool, c'est évident. Donc on a dénormalisé. Ça, c'est les faits d'entreprises qu'on appelle des alcooliers, ceux qui fabriquent de l'alcool et qui ont tout fait pour associer l'alcool à la fête. Et donc aujourd'hui, on est en fait biberonnés à cette idée-là que l'alcool, c'est fait pour s'amuser. Si on prend pas d'alcool, je dis souvent une fête sans alcool, ça s'appelle une réunion. Et donc voilà, dans notre société, c'est comme ça. Il y a un choix sociétal. Mais une drogue reste une drogue. Et notre société a décidé que ces drogues étaient légales et que d'autres drogues étaient illégales. Ça, on fait quand même des drogues.
Interviewer / Host
Et pour mesurer à quel point cette drogue est aujourd'hui ancrée dans nos pratiques sociales, à quel point elle est associée à des valeurs positives chez nombre d'entre nous, écoutez ce petit extrait de l'émission «Quelle époque?» sur France 2, télévision le rappel de services publics en France. La présentatrice, Léa Salamé, recevait l'humoriste et réalisateur, Artus.
Sarah Poussey
C'est quoi votre petit truc en plus pour vous blinder contre les angoisses? Parce que vous dites que vous êtes un très très gros angoissé.
Dr. Thomas Orban
Oui, alors j'ai fait plein de petits
Interviewer / Host
trucs en plus et ça va beaucoup mieux.
Dr. Thomas Orban
J'ai arrêté de boire, j'ai arrêté de fumer.
Sarah Poussey
Vous êtes devenu chiant. Non mais je veux dire, vous êtes plus angoissé, mais vous êtes chiant.
Student
Oui, c'est très français ça.
Dr. Thomas Orban
C'est marrant parce que dès qu'on dit
Student
qu'on arrête de boire, on devient chiant. Alors que putain, c'est bien de ne
Dr. Thomas Orban
pas boire de l'alcool, forcément.
Student
Mais quoi?
Interviewer / Host
Je vous emmerde?
Student
Mais c'est quoi ce truc-là?
Dr. Thomas Orban
Si j'avais dit j'arrêtais la coke, tout le monde m'aurait dit putain, bravo.
Student
Bravo, c'est cool, t'as arrêté la coque!
Interviewer / Host
C'est vrai en fait!
Student
Génial! T'arrêtes de boire!
Interviewer / Host
La séquence avait suscité beaucoup de critiques, mais elle montrait bien comment l'alcool s'est inscrit dans nos vies sociales et à quel point il est difficile d'en faire évoluer les représentations. Mais revenons à nos jeunes. Âgés, on le rappelle, de 17-18 ans, sur les 25 élèves présents, seuls trois disaient n'avoir jamais consommé la moindre goutte d'alcool. Tous les trois, d'ailleurs, pour la même raison.
Sarah Poussey
C'est pour raison religieuse et aussi, je ne vois pas trop l'intérêt.
Interviewer / Host
Les autres, eux, avaient déjà consommé au moins une fois une ou des boissons alcoolisées. Alors, je leur ai demandé de nous raconter tout simplement quel était précisément le cadre de la première fois.
Sarah Poussey
Moi, c'était au beach volé en 2023. Et franchement, j'ai vu une facette de moi que je n'avais jamais vue avant. Donc, ça m'a un peu fait bizarre.
Interviewer / Host
Donc, si je comprends bien, ce n'était pas juste un verre.
Sarah Poussey
Non, mais c'était quatre. C'est la première fois, donc ça va.
Interviewer / Host
Toi, la première fois, c'était quoi? C'était dans quel cadre?
Sarah Poussey
C'était avec mes parents. J'ai essayé un verre de vin, mais je n'ai pas aimé, donc voilà. Moi, j'ai bu très très peu. Maintenant, je ne bois plus du tout depuis deux ans. Mais au début, je buvais surtout pour essayer un peu d'échapper à mes problèmes personnels. Et puis après, j'ai remarqué qu'en fait, ça n'arrangeait pas du tout les choses, donc j'ai arrêté. Moi, c'était tout simplement chez moi. Lors d'un anniversaire, mes parents m'ont proposé un verre de vin. Et voilà, j'ai accepté, mais pas plus que ça.
Interviewer / Host
Et tu avais quel âge?
Sarah Poussey
14 ans, je pense. Moi aussi, c'était avec mes parents, pour une occasion, quoi, un petit cocktail. Voilà.
Interviewer / Host
À quel âge?
Sarah Poussey
15 ans.
Student
Moi, mes parents me faisaient goûter de temps en temps des petites bières. Donc voilà, je goûtais avec eux. Après, je ne prenais pas un verre complet, je prenais une petite gorgée ou deux. Et voilà, c'était ça, au début.
Interviewer / Host
À partir de quel âge?
Student
Je ne sais pas, mais j'étais petit.
Interviewer / Host
Cinq ans?
Student
Non, non. Quand même pas cinq ans, mais je pense que j'étais quand même en primaire. Ma première goutte d'alcool, c'était chez mon grand-père. On recevait des amis. Il m'a proposé une bière, une Desperados, et je l'ai bien bu. Elle était bonne et savoureuse.
Interviewer / Host
À quel âge, du coup?
Student
13 ou 14 ans, je ne me souviens plus très bien.
Moi, c'était avec des amis, mais je ne saurais pas dire à quel âge.
Sarah Poussey
Moi, c'était aussi avec mes parents. Lors de leur repas de famille, ils m'ont laissé goûter dans leur verre.
Student
Moi c'était quand j'étais petit, ils m'ont laissé goûter dans leur verre pendant un repas juste comme ça.
Interviewer / Host
Quand tu dis j'étais petit?
Student
Bah oui, 10 ans peut-être.
Dr. Thomas Orban
C'était chez mes grands-parents et j'ai goûté de l'alcool un peu fort, jamais pas trop. J'avais 11 ans je crois.
Interviewer / Host
On te l'avait proposé ou c'est toi qui t'étais dit d'initiative, j'ai envie d'essayer ce truc?
Dr. Thomas Orban
J'avais envie de goûter, ils m'ont laissé goûter.
Sarah Poussey
Moi c'était pour l'anniversaire de ma meilleure amie, comme ça on avait pris un verre, c'est tout.
Interviewer / Host
Thomas Orban, quand même quelque chose qui ressort ici de ce qu'on vient d'entendre, c'est que souvent le premier contact qu'on a avec l'alcool, c'est dans le cadre familial, avec les parents, les grands-parents.
Dr. Thomas Orban
Oui, c'est vrai, c'est assez connu. Alors, un petit clin d'œil quand même pour rigoler, peut-être ou pas, je ne sais pas, mais en fait, en Belgique, il est illégal de proposer, donner ou vendre de l'alcool à quelqu'un qui a en dessous de 16 ans. On pense toujours que ça concerne les magasins, mais en fait, ça concerne tout le monde. Donc, tout ce que je viens d'entendre est illégal. Ça, c'est la première chose. On l'oublie et les parents l'oublient aussi. C'est fait pour protéger les jeunes.
Interviewer / Host
Pourquoi?
Dr. Thomas Orban
Parce que c'est un deuxième point qui est important. J'ai parlé de la carte d'identité des fragilités à l'addiction. Donc moi je vois pas mal de patients qui sont addicts et une des questions que je leur pose c'est celle que vous venez de poser. A quel âge vous avez commencé? Plus on consomme jeune, plus le risque de dépendance est élevé. Donc ça, c'est un des facteurs de fragilité à mettre sur sa carte d'identité, de la fragilité à l'addiction. Si on rajoute à ça l'aspect génétique dans la famille, c'est-à-dire on retrouve papa, maman, les grands-parents ou les autres, eh bien, vous avez déjà un risque qui est encore plus multiplié. Si ça concerne directement vos parents, ça peut devenir un risque qui se multiplie fois 7, fois 6, fois 5. Donc ça devient très élevé. Consommer jeune, c'est prendre un risque parce qu'on met en fait une drogue dans cet ordinateur qui est en train de se fabriquer et qui ne sera terminé qu'à 25 ans. Donc là, il est en pleine fabrication. Donc, on ne voit pas aujourd'hui des parents proposer à leurs jeunes de sniffer un rail de coke. parce que ça tombe sous le sens, et bien ça devrait peut-être un peu plus tomber sous le sens de faire attention aux boissons alcoolisées. Mais ça montre bien, parce que je ne veux pas pointer les individus, ça montre bien que c'est une affaire de société. L'alcool, c'est la drogue de notre société. C'est celle avec laquelle on fait la fête, c'est celle avec laquelle on se rencontre, et donc on pense faire bien en faisant ça, et en fait, on rend nos enfants fragiles.
Interviewer / Host
Est-ce qu'il n'y a pas, de la part sans doute de beaucoup de parents, l'idée de se dire que comme cette drogue elle est présente dans notre société, comme les jeunes vont y être confrontés très rapidement, dans des soirées, dans une série de contacts sociaux, de se dire peut-être je l'organise dans le cadre familial au début, Comme ça, j'ai l'impression de donner un peu le contrôle, de pouvoir un peu mettre en garde, de pouvoir surveiller comment ça se fait. Est-ce qu'il n'y a pas presque un côté un peu éducationnel de la part de certains parents, c'est particulier de le dire comme ça, vu que c'est un risque, mais de le jouer comme ça dans le cadre familial.
Dr. Thomas Orban
Mais le fait d'avoir un risque n'empêche pas non plus d'avoir ce point de vue éducationnel. J'encourage beaucoup les familles à discuter d'alcool parce qu'encore trop souvent l'alcool est un sujet tabou. On parle de plein de choses mais pas de ça. On devrait en parler justement. Donc c'est une bonne chose d'en parler et c'est peut-être un moment de discussion en disant tiens mais comment ça se passe à l'école, avec les copains. On a vu évoluer entre les années 60 et maintenant justement l'initiation à l'alcool. Donc même si le premier contact se fait dans les familles, les premières ivresses se font rarement dans les familles par contre. Elles se font avec une bande de copains, on a été chercher en général une bouteille d'alcool fortement concentrée. C'est souvent de la vodka ou d'autres choses. Et puis, on fait des mélanges et on devient ivre ensemble. On n'est pas dans la surveillance de la famille, de la communauté, ce qui était le cas dans les années 60. On faisait ça à la fête du village ou à d'autres fêtes. Donc ça, ça a changé. Donc, je pense qu'effectivement, le sujet alcool doit revenir au sein des familles. C'est une bonne chose.
Interviewer / Host
Est-ce qu'il y en a parmi vous qui ont des discussions là-dessus avec leurs parents? Elles portent sur quoi alors, du coup, les discussions?
Sarah Poussey
Moi, c'est surtout de la prévention, surtout avec des cas du papa, de mon papa qui était violent, etc. Donc nous, on fait fort attention à ça. Puis à chaque fois que je sors, même s'ils savent très bien que je bois pas, ils me répètent si jamais fais attention à ton verre, quand te mette pas quelque chose dedans, tout ça. Donc c'est beaucoup de la prévention. Oui, moi aussi, surtout la prévention. Après, on me dit que boire un petit verre, ce n'est pas très grave. C'est plus vraiment quand ça arrive à des consommations extrêmes. Alors, il faut quand même faire attention. Oui, moi aussi, c'est beaucoup de la prévention. Par exemple, en soirée, il y a beaucoup de personnes qui viennent mettre quelque chose dans les verres. Donc, il faut faire très attention et aussi faire attention avec qui on est pour être bien entouré au cas où, si on a trop bu.
Student
Moi, il y a deux cadres différents. Il y a ma mère qui accepte plus la chose. Je lui raconte souvent mes soirées. Elle rigole. Elle est un peu dans mon délire, on va dire. Mais mon père, c'est complètement différent. Il me parle de ça. Souvent, on voit les soirées, c'est... Ouais, faut pas que tu boives trop. Faut pas que tu rentres trop sous. C'est souvent les mêmes choses. Et il n'a pas tort, mais voilà, on n'écoute pas trop ce qu'il dit, quoi.
Moi, ce qui me concerne, j'ai eu une discussion avec mes parents à propos de ça. C'était à l'âge de 15 ans, quand je commençais à sortir, etc. Ils m'ont bien expliqué les dangers que ça pouvait être, avec qui il fallait traîner dans les cas d'ivresse, etc. Et une deuxième discussion, après avoir passé le permis, etc., avoir la voiture, de surtout pas boire tout court au volant, faire attention sur la route parce qu'il y a des gens qui sont ivres sur la chaussée publique, enfin sur la voie publique, pardon. J'ai eu que deux discussions, mais c'était deux très clairs. Une
Interviewer / Host
étude de l'Institut de santé publique Siensano publiée en 2024 rapportait le fait que plus de la moitié, 56% des jeunes adultes aujourd'hui, ont commencé à consommer de l'alcool avant l'âge de 16 ans. Et alors que des mesures sont prises par les autorités pour augmenter la prise de conscience des risques aujourd'hui, cette même étude montre que le nombre de jeunes qui consomment comme cela avant 16 ans a plutôt tendance à augmenter par rapport aux générations précédentes. Et puis, il y a la question de quelle consommation aussi? Est-ce que c'est une fois de temps en temps, à de rares occasions, ou bien est-ce que ça devient une consommation véritablement régulière? Chez nos élèves de Ouarème, un quart des élèves environ disaient avoir une consommation régulière autour d'une fois par semaine. Alors, on leur a demandé dans quel cadre ils avaient pris l'habitude de boire de l'alcool.
Student
On en consomme en soirée, avec des amis, ça dépend, ou l'apéro avec les parents. Les parents sortent une bouteille ou un truc comme ça, et les soirées, voilà quoi.
Interviewer / Host
Et c'est meilleure la fête ou les moments d'interaction sociale quand il y a l'alcool en plus, selon toi?
Student
Ça détend l'atmosphère. Il y a un côté chaleureux, en guillemets, où tout le monde boit, c'est amusant. Ouais, voilà.
En soi, maintenant, le vendredi soir, on sait un peu tout ce que tout le monde va sortir pour un peu relâcher la pression et tout. Et du coup, ouais, un petit verre, ça fait pas de mal. Après, il y en a beaucoup, ils abusent vraiment trop. Quand je sors le vendredi et que j'en vois beaucoup complètement ivres dehors, C'est un peu dangereux entre guillemets. On ne sait pas ce qui peut arriver dehors. Je trouve ça un peu pitié.
Sarah Poussey
Moi, je vais souvent au restaurant avec mes parents. Donc on commande un apéritif pour commencer. Après, ça prend du vin. Puis encore, puis encore, puis encore.
Student
Par exemple, au sport, par exemple, après un match, par exemple de foot, il y a souvent un casier ou quelque chose qui est mis justement pour fêter la victoire ou juste pour détendre après. Ou alors, par exemple, c'est la saison des carnavals. Du coup, les gens veulent sortir pour fêter. L'alcool rentre beaucoup dans ça aussi.
Interviewer / Host
Bref, c'est souvent parce qu'il est associé à la fête, à la convivialité, que pour certains, pour certaines, l'alcool devient une sorte d'habitude. Un constat qui ne surprend pas du tout le docteur Thomas Orban.
Dr. Thomas Orban
Oui, parce que c'est lié au produit. L'alcool, c'est un euphorisant quelque part. C'est un des effets psychotropes du produit. C'est un euphorisant. Maintenant, on remarque finalement assez vite, l'alcool devient un réflexe aussi. Ce n'est pas seulement parce qu'on fait la fête. Aujourd'hui, on met un casier pour fêter la victoire, mais on met aussi un casier si on a une défaite. Parce que là, il faut qu'on se console quand même un peu. Donc on fait la fête, mais si on n'est pas bien, on va aussi en prendre pour se soulager. Donc finalement, tout devient bon pour consommer. Et c'est là que l'engrenage un peu vicieux s'enclenche, c'est qu'on consomme d'office. Et ça devient systématique. C'est là que j'attire l'attention. Quand on commence à consommer de manière automatique, chaque fois qu'on sort, chaque fois qu'on fait la fête, je dis là il y a déjà un problème. Parce qu'en fait le cerveau, qui est une super machine, est en train d'apprendre à cet âge-là. Et on est en train de lui apprendre que faire la fête c'est consommer. On est en train de lui apprendre à consommer régulièrement. Et comme tout bon cerveau, il va retenir ce qu'il a appris. Et donc, à un moment donné, il va le faire par réflexe, de manière assez conditionnée. Et c'est là que moi, je vais voir les patients qui me disent oui, quand je leur dis pourquoi vous buvez, la plupart me disent je ne sais pas.
Interviewer / Host
Et c'est comme cela que peut commencer la spirale de l'addiction, quand on ne consomme plus pour le plaisir de consommer, mais pour combattre un manque qui se manifeste lorsque l'on ne consomme pas. Tout cela, on en parlera dans le deuxième volet de ce numéro, puisqu'on a trouvé la discussion tellement riche avec les élèves que l'on a décidé de prolonger dans une suite. Donc, pour explorer les ressorts de l'addiction, comprendre aussi pourquoi l'alcool est si implanté dans notre société, analyser le poids des lobbies, la complexité de légiférer en la matière, rendez-vous dans notre épisode 2. A la réalisation de ce premier numéro, il y avait Valentin Gourdange. A la préparation, Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Et si ce contenu vous a intéressé, n'hésitez pas à le partager autour de vous.
Podcast : Les Clés
Épisode : Alcool (1/2) : une drogue sous-estimée ? (Spéciale jeunes)
Date : 26 juillet 2026
Host : Arnaud Ruyssen (RTBF)
Invités majeurs : Dr. Thomas Orban (médecin généraliste et addictologue), élèves de rhéto en sciences sociales de l’athénée royale de Ouarème
Cet épisode, premier volet d’un diptyque, questionne le rapport de la société à l’alcool, en particulier chez les jeunes. À partir de témoignages d’élèves de 17-18 ans, l’émission décortique la perception, la banalisation, les effets et la culture sociale entourant l’alcool, avec un éclairage d’un médecin addictologue.
L’épisode est introduit par des remarques sur la surcharge informationnelle et la difficulté à approfondir les sujets de société (00:00).
L’équipe présente la classe de rhéto en sciences sociales de l’athénée royale de Ouarème, cadre de l’enregistrement (01:09).
Les élèves étudient les addictions et s’intéressent déjà à l’alcool en cours, via des débats et de la prévention (01:52).
« Entre nous, l’alcool c’est quelque chose qui est fort présent. On a une facilité déconcertante à trouver de l’alcool, consommer avec nos amis ou de la famille... » – Élève (02:21)
Les élèves partagent spontanément leurs connaissances et expériences :
« L’alcool, ça enlève le filtre qu’on a en nous... on dit le moindre mot qui nous passe par la tête. » – Élève (03:39)
Effets immédiats : plaisir, désinhibition, mais aussi risques de violence, vomissements, troubles digestifs (05:32).
Effets à long terme : neurotoxicité, atteinte du cortex frontal (contrôle, organisation, mémoire), mauvais résultats scolaires.
« Une ivresse ponctuelle garde des effets sur le cerveau pendant au moins six mois. » – Dr. Orban (06:20)
Influence des facteurs génétiques et du sexe sur la sensibilité à l’alcool.
Plus on boit rapidement, plus le cerveau est « piraté » et les inhibitions disparaissent (07:40).
Sondage en classe : deux tiers voient l’alcool comme une drogue moins grave que cocaïne/cannabis.
Dr. Orban détaille les classements de drogues, selon la rapidité de l’addiction et l’impact social :
« La drogue la plus dure, c’est l’alcool. » – Dr. Orban (11:54)
La société a « dénormalisé » le fait de ne pas boire ; la sobriété est suspecte socialement, à l’opposé des autres drogues.
Extrait TV : cessation d’alcool perçue comme “devenir chiant”, là où l’arrêt de cocaïne suscite des félicitations (13:56).
Seuls trois élèves sur 25 n’ont jamais bu (motif principal : religieux).
La première expérience se fait majoritairement :
« Ma première goutte d’alcool, c’était chez mon grand-père... 13 ou 14 ans… » – Élève (16:59)
Rappel juridique : il est illégal de donner ou vendre de l’alcool à des mineurs de moins de 16 ans (18:00).
Plus la consommation démarre tôt, plus le risque de dépendance est élevé, particulièrement avec antécédents familiaux (18:25).
« Consommer jeune, c’est prendre un risque parce qu’on met une drogue dans cet ordinateur qui est en train de se fabriquer… qui ne sera terminé qu’à 25 ans. » – Dr. Orban (18:25)
Notion de “carte d’identité” génétique de la vulnérabilité à l’addiction.
La plupart des parents pensent « contrôler » la première consommation pour l’encadrer, mais cela contribue involontairement à la normalisation sociétale (19:44).
L’importance de (re)mettre l’alcool au centre des discussions familiales est soulignée (20:20).
Principaux contextes :
« Un petit verre, ça fait pas de mal. Après, il y en a beaucoup, ils abusent… C’est un peu dangereux. » – Élève (24:47)
Dr. Orban insiste sur le glissement insidieux de l’alcoolisation festive à la consommation réflexe, systématique.
Le risque : apprendre au cerveau que toute interaction sociale passe par l’alcool, ouvrant la voie vers une consommation conditionnée, puis éventuellement l’addiction.
« Quand on commence à consommer de manière automatique, chaque fois qu’on sort, chaque fois qu’on fait la fête, là il y a déjà un problème… » – Dr. Orban (26:36)
Cet épisode éclaire comment l’alcool, drogue socialement tolérée voire valorisée, s’insère très tôt dans la vie des jeunes via la famille et les rites de sociabilité. Mais il expose aussi, à l’aide de l’analyse d’un spécialiste, les enjeux de santé et de société liés à cette sous-estimation de ses effets, tout en ouvrant la réflexion sur le conditionnement culturel et les risques accrus par la précocité de consommation. L’épisode parvient à toucher, sur un ton direct et informatif, à la fois les aspects personnels, familiaux, médicaux et sociaux du phénomène.