
Indexation plafonnée des salaires, changements de TVA, remise au travail des malades de longue durée… Nous décryptons les différentes mesures qui composent le budget fédéral du gouvernement Arizona avec Bertrand Henne, éditorialiste de La Première.
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A
La Belgique ne devra pas attendre Noël pour avoir un budget.
B
Après neuf mois déjà, on a dû surmonter un col hors catégorie.
C
La première, l'OMR va aller chercher 1,3 milliard d'euros dans la poche des travailleurs. Celui qui voudra travailler plus va gagner plus.
A
Les clés, Arnaud Royssen.
B
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode où l'on va explorer l'accord budgétaire intervenu au sein du gouvernement fédéral Arizona. Des efforts pour plus de 9 milliards qui viennent s'ajouter à un grand plan d'économie déjà présenté en début de législature. et qui passe, cette fois, par un plafonnement de l'index, par une pression qui s'accentue pour le retour au travail des malades de longue durée, par des axes sur le gaz ou le mazout de chauffage. On va prendre le temps de décrypter ce nouveau testament du gouvernement Arizona, présenté en ces termes par le Premier Ministre Bardo Ever.
A
« La première, les clés.
B
Je ne peux pas éviter qu'on va sentir ça. On ne peut pas faire un assignatissement de presque 10 milliards et dire aux gens, vous n'avez rien remarqué de tout.
C
Ce qu'on a fait.
B
Ça, c'est impossible. Notre budget est tellement désastreux qu'il faut.
C
Oser prendre des mesures qui ne sont.
B
Parfois pas populaires et difficiles. Et on l'a fait. On a osé des mesures qui ne sont pas populaires et qui sont difficiles. Dis donc le Premier ministre, bonjour Bertrand Henne.
C
— Mais bonjour.
B
— Tout le monde va le sentir passer. C'est un peu le message du gouvernement fédéral suite à ces nouvelles mesures d'économie budgétaire. Vous estimez, vous, que c'est aussi un peu la fin des illusions. Qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
C
Alors, j'ai voulu dire ça sur deux plans. D'abord, la fin des illusions de l'accord de gouvernement qui était basé sur des perspectives budgétaires pas très sérieuses et que beaucoup d'économistes, tous en fait, ceux que j'ai pu lire, ont considéré notamment que les fameux effets retours des politiques qui étaient menées, notamment de remise à l'emploi, allait générer jusqu'à 8 milliards d'euros sur la législature de retour. Ça a été considéré comme excessif et un peu fantasque en fait par beaucoup de gens. Et la fin des illusions c'est ça, c'est que si on fait un budget aussi difficile maintenant, c'est que dans l'accord de gouvernement il y a presque dix mois maintenant, eh bien on n'avait pas suffisamment été réaliste. Donc ça c'est retour au réel. La deuxième dimension c'est plus une dimension politique qui est celle de dire que ce gouvernement s'est fait sur une promesse qui unissait ces cinq parties qui avaient gagné les élections sur l'idée qu'il fallait revaloriser le travail et qu'on allait faire ça, revaloriser le travail en exerçant de l'impression quelque part sur ceux qui sont inactifs de manière forcée ou non, que ce soit les chômeurs, que ce soit les malades de longue durée. Ce qui permet effectivement de faire rentrer de l'argent dans les caisses, mais pas suffisamment pour faire face au budget. Et donc aujourd'hui c'est retour au réel aussi, fin des illusions, parce que ceux à qui on avait promis de revaloriser le travail se retrouvent aujourd'hui à être soumis à une pression fiscale ou budgétaire plus importante. Le cœur de cible des électorats des partis qui gouvernent sont désormais touchés alors qu'on a laissé l'illusion au début qu'ils allaient être épargnés par les difficultés budget.
B
Il y avait une sorte de refrain de dire, on va préserver la classe moyenne. Au fond, elle n'est pas vraiment préservée. Dans ce cas-ci, c'est-à-dire qu'elle va devoir contribuer à cet effort général budgétaire.
C
Oui, c'est ça. Il y avait déjà des éléments qui touchaient la classe moyenne dans le précédent accord de gouvernement, en réalité. Mais ici, ça devient clair. Il y a une différence, je crois, entre les volumes budgétaires, autant de milliards par-ci, par-là, et puis les symboles. dire que la part des salaires au-dessus de 4 000 euros ne va plus être indexée deux fois de suite, c'est toucher directement tous les travailleurs qui ont des salaires qui dépassent ces 4 000 euros. Et en fait, c'est presque la moitié des travailleurs, à peu près, puisque le salaire médian est à 4 000 euros aujourd'hui. Donc en fait, il y a la moitié qui est au-dessus, la moitié qui est en dessous. Donc il y a la moitié des travailleurs qui sont essentiellement des électeurs du MR et des engagés, puisqu'on sait que ces électorats-là votent plutôt MR et engagés, ceux qui sont au-dessus de 4000 euros, mais aussi de la NVA, du CDNV et même en partie de vos Reuters en réalité, qui vont être touchés. Et ça, quelque part, alors c'est... C'est déjà, oui, une appréciation de le dire, mais on peut dire que c'est courageux. Quand un politique accepte de prendre une mesure qui va directement à l'encontre de son électorat, on peut dire que c'est courageux. Quand Di Rupo avait pris la mesure de l'imitation dans le temps des allocations de chômage, on pouvait dire que c'était courageux parce que ça touchait son électorat. Ici, on prend des mesures qui vont toucher la classe moyenne, donc quelque part il y a une forme de courage. De ce point de vue-là, De Wever n'a pas tout à fait tort de le dire.
B
Alors on va prendre au fil de cette émission toute une série de mesures et les explorer un peu plus en profondeur et on va commencer par celle-là que vous venez d'évoquer, ce plafonnement de l'indexation des salaires et on va essayer de voir ce que ça peut représenter avec un cas concret. Prenons le cas de Baptiste. Il a 42 ans et est technicien spécialisé dans le laboratoire d'un hôpital. Chaque mois, il gagne 5000 euros bruts. avec une indexation normale des salaires, son salaire brut aurait dû augmenter en mars prochain de 100 euros, c'est-à-dire 2% de 5000 euros. Mais comme le gouvernement vient de décider d'un plafonnement de l'index, on ne calculera pas les 2% de l'indexation sur l'ensemble de son salaire, mais seulement sur les 4000 premiers euros de ce salaire. Ce n'est donc pas de 100 euros bruts qu'il sera augmenté, mais bien de 80. Mais ce qui intéresse le plus Baptiste, c'est évidemment de voir ce qu'il en sera pour son salaire net. Là, avec 5000 euros bruts, il gagne 3030 euros nets chaque mois. Avec une indexation classique, son salaire aurait dû monter à 3075 euros nets en mars prochain. Finalement, il ne montera qu'à 3066 euros. Pour le dire autrement, là où il aurait dû être augmenté de 45 euros, il ne le sera que de 36. La mesure va donc lui coûter 9 euros chaque mois, à compter de mars prochain.
C
Evidemment.
B
Si Baptiste gagnait moins, s'il était sous ce plafond des 4000 euros bruts, il n'aurait vu aucune différence. Il aurait été immunisé par cette mesure. Mais ici, selon les calculs réalisés par l'économiste Philippe Defeit de l'Institut pour un développement durable, il perdra environ 110 euros sur une année, en comptant tout, y compris pécule de vacances et 13e mois. Et si son salaire avait été de 6 000 euros bruts, plutôt que 5 000, là, il aurait perdu 220 euros sur une année. Si ça avait été 7 000 euros bruts, il aurait perdu 330 euros chaque année. Et ainsi de suite. Plus le salaire de base est élevé, plus le manque à gagner du salarié, avec cette mesure de plafonnement de l'indexation, sera important. Le vice-premier ministre Vohreuth, Frank Vandenbrouck, parle de solidarité. Le prix du bain est le même pour tous les citoyens, et donc on organise un système d'indexation forfaitaire de façon exceptionnelle, deux fois pendant la législature, qui protège une grande majorité des salariés, mais qui organise une certaine solidarité dans le chef de ceux qui gagnent plus que la moyenne. Voilà pour l'analyse qui est faite par Frank Vandenbrouck, l'un de ceux qui porte cette mesure dans cet accord Arizona. Bertrand, important de rappeler, parce que ça vient d'être dit ces deux fois sur la législature, on ne parle pas d'une modification du principe de l'indexation des salaires, en tout cas pas encore, peut-être qu'un jour on en viendra à ça. Ici, on parle bien d'une mesure de crise, d'une mesure transitoire. Est-ce que c'est effectivement une mesure de solidarité, comme le dit Frank Vandenbrouck ?
C
Alors non, je crois pas qu'on peut parler de solidarité, mais je pense justement, peut-être au contraire de ce que vous dites, Arnaud, que c'est quand même touché. C'est la première fois qu'on fait ça. C'est un mécanisme, alors qu'on dit transitoire, mais bon, quand on le met en place une fois, on sait qu'on pourrait le remettre d'autres fois. Donc c'est une première et c'est, oui, le mécanisme historique de l'index qui se voit pour une première fois profondément modifié de cette manière-là. Parfois, on modifie le panier de ce qu'il y a dans l'index. Ça, c'est ce qu'avait fait Jean-Luc Dehaene dans les années 90. Ici, on touche quand même à la nature de l'index qui était jusqu'ici universelle. Point. Peu importe votre salaire, vous êtes augmenté et vous suivez l'inflation. Ça, c'est important. Il y aura deux sauts d'index au-delà de 4 000 euros, si on veut le dire comme ça, alors que de Weaver en provoyait un généralisé. Il a abandonné l'idée. Il en fait deux demi. Mais deux demi, ça fait un. Donc, le rendement budgétaire est le même. Et c'est pour ça qu'il y a un accord, finalement, qui a été trouvé. Et enfin, sur la solidarité, Non, je ne crois pas que c'est très solidaire. En tout cas, c'est au sein du monde du travail, une forme de rééquilibrage, c'est vrai. Mais en même temps, les hauts salaires, ils payent beaucoup de cotisations sociales. Donc ils participent beaucoup à la sécurité sociale. C'est pour que les syndicats défendent en fait une indexation généralisée parce qu'ils voient bien que ça permet aussi de financer la sécu. En fait, la solidarité sur le travail, elle se fait par la fiscalité. L'idéal, si on veut de la solidarité, si c'est vraiment la mesure qu'on prétend mettre en avant, et ça c'est politique, alors c'est d'indexer tous les salaires et puis de taxer plus les plus hauts salaires. Alors à ce moment-là, on a plus de solidarité. Ici, finalement, il ne faut pas oublier que 800 millions d'euros vont arriver dans la poche des entreprises, qui s'en réjouissent d'ailleurs, notamment pour être plus compétitives à l'exportation, etc. Les syndicats disaient évidemment que ça va aller du côté des dividendes. Alors chacun a sa lecture de l'affaire. Mais vous voyez que parler de solidarité est un petit peu exagéré, je pense, sur cette mesure de l'indexation, on va dire de la demi-indexation ou l'indexation modérée, je sais pas comment on doit le dire.
B
— L'indexation plafonnée, on pourrait peut-être le dire comme cela. Et ce que vous évoquez pour les entreprises, c'est effectivement important de le rappeler, c'est que quand on prend une mesure comme celle-ci, eh bien pour les entreprises qui ont des salariés qui gagnent plus de 4 000 € brut par mois, C'est de l'argent qu'on ne doit pas sortir au moment de l'indexation obligatoire, donc on peut dire que c'est de l'argent gagné pour les entreprises, de la même manière que l'État gagne aussi de l'argent par une mesure comme celle-là, parce qu'il ne doit pas augmenter le salaire de toute une série de fonctionnaires. Et même s'il a moins de recettes en impôts sur les personnes physiques, moins de cotisations sociales, il fait le calcul que c'est quand même une mesure qui lui permet de gagner de l'argent. Donc ça, c'est pour la mesure sur l'index.
C
Juste en passant, ça va faire du bien aux finances de la Fédération Olénie-Bruxelles, qui a beaucoup, 70% de ses budgets c'est de la masse salariale, dont beaucoup, notamment dans les enseignants du supérieur, les enseignants de secondaire, dépassent ce plafond des 4000 euros, et donc pour elles, c'est plutôt une bonne nouvelle. Je parle des finances de la communauté, j'en parle pas évidemment des gens qui ne vont pas être indexés autant que prévu.
B
Ça ne sera pas sans doute vécu comme une bonne nouvelle par les enseignants, mais pour les finances de la communauté, pour le budget de la communauté, c'est plutôt une bonne nouvelle. Ça c'est pour le volet Indexation plafonnée. On va parler maintenant d'un autre chapitre qui est au cœur de ces économies budgétaires présentées par le gouvernement, c'est l'accélération de la remise à l'emploi des malades de longue durée. On sait que c'est déjà un chapitre important de l'accord de gouvernement Arizona, mais le gouvernement veut maintenant accélérer encore le tempo pour la remise à l'emploi de ces malades de longue durée. Alors comment compte-t-il s'y prendre pour gagner près de 2 milliards sur cet enjeu-là ? C'est énorme. Et bien c'est ce qu'on va voir avec Sarah Poussey.
A
L'objectif du gouvernement est clair, remettre 100 000 malades de longue durée sur les 526 actuels au travail et ce d'ici 2029 pour au total économiser 1,9 milliard d'euros. Et pour y arriver, une boussole, le plan de retour au travail. C'est un plan dont on parle déjà depuis un moment puisque les deux premières phases sont déjà entrées en vigueur sous la précédente législature. Par exemple, des rencontres fixes entre le malade et le médecin-conseil ont été instaurés durant la première année d'incapacité. La troisième phase de ce plan sera d'application dès janvier. Frank Vandenbrouck, le ministre de la Santé, a déjà évoqué les grands changements mais il souhaite désormais ajouter une quatrième phase. Il doit encore détailler les mesures précises mais on reste dans la continuité du plan. L'idée est toujours d'encourager la responsabilisation de tous les acteurs, la médecine du travail, les mutuels, le malade et bien sûr l'employeur, avec des contrôles renforcés à différents échelons. Alors dans les mesures déjà annoncées qui entreront en vigueur dès janvier, on peut rappeler la cotisation solidaire des entreprises. Elles doivent contribuer à 30% à l'indemnité payée par l'INAMI aux malades, et ce pour les 2e et 3e mois de maladie. Dans la quatrième phase du plan que le ministre de la Santé souhaite instaurer, cette participation vaudra aussi pour le quatrième mois de maladie. Et en contrepartie, les entreprises qui remettent leurs malades au travail seront récompensées. Autre changement pour cette quatrième phase, le certificat remis par le médecin traitant sera limité dans le temps. Plus question d'accorder 3 ou 6 mois d'invalidité dès le premier rendez-vous. Ce certificat sera limité à 3 semaines, peu importe le diagnostic. Et seul le médecin qui a accès au dossier global du patient, donc son médecin traitant, pourra l'octroyer. Le but ici est d'éviter la pêche au certificat chez différents médecins. Enfin désormais, les contrôles réguliers de la médecine du travail s'appliqueront aussi aux Belges qui résident à l'étranger.
B
Voilà quelques éléments sur la manière dont le gouvernement compte s'y prendre pour mettre un peu plus de pression, on pourrait le dire comme ça, sur ces travailleurs malades de longue durée pour qu'ils reviennent au boulot. Et aussi la pression sur les entreprises, on le sent bien, pour qu'elles soient plus proactives dans la façon dont elles organisent ce retour au travail des malades de longue durée. C'est un énorme point de ces mesures d'économie, on parle de pas loin de 2 milliards, on l'a dit Bertrand Henne, est-ce que c'est réaliste d'imaginer qu'on puisse arriver comme ça à remettre 100 000 malades de longue durée à l'emploi et du coup faire rentrer autant d'argent dans les caisses ?
C
C'est très ambitieux en tout cas, et ceux qui travaillent depuis longtemps dans ce secteur, que ce soit du côté des mutualités ou même des économistes ou des experts, universitaires sont quand même assez sceptiques, il faut le dire. Maintenant, bon, voilà, c'est le volontarisme politique qui peut jouer. Pour plusieurs raisons, on pense que c'est difficile. D'abord, 100 000, c'est un chiffre énorme. Il faut le reconnaître. Deuxièmement, les moyens de contrôle qui sont annoncés, on le sait, sont déjà insuffisants parce que notamment les médecins du travail sont rares. Donc, c'est difficile de faire des contrôles. On pourrait imaginer qu'il y aurait des contrôles sans médecin, avec des infirmières ou des choses comme ça. C'est ce qu'essaye de faire Frank Vandenbrouck. Il faudra de l'imagination quand même. Donc c'est un problème. Et puis alors il y a la réalité du marché de l'emploi. Parce qu'il y a non seulement ces 100 000 personnes aujourd'hui malades, mais qui ont des capacités partielles de travailler, qui devraient retravailler. Vous ajoutez à ça presque autant de chômeurs de longue durée qui vont devoir retrouver du travail. Et vous ajoutez à cela les nouveaux travailleurs que le gouvernement favorise, que sont les flexi-jobbers, donc des gens qui ont déjà un travail et qui travaillent pour un deuxième job quelque part, largement défiscalisés ou en tout cas avec peu de cotisations sociales, et les travailleurs étudiants. Donc ça fait beaucoup de gens qui arrivent sur le marché de l'emploi, qui se retrouvent, et c'est la volonté du gouvernement, flexibilisés. Donc dans ce cadre-là, si vous ajoutez tout ça, ça a de quoi rendre sceptique ceux qui observent en effet depuis longtemps ces mouvements sur le marché du travail et ne voient pas comment on va faire pour réintroduire autant de personnes, dont souvent en plus, il faut le dire, et ça c'est plutôt du côté des mutuelles et des syndicats qu'on le souligne, les employeurs ne veulent pas toujours, parce que ce sont des gens qui sont restés longtemps hors du marché du travail, qui ont parfois perdu ce qu'on appelle des soft skills, c'est la capacité d'arriver tous les jours à l'heure, habillés correctement, etc. Vraiment des choses toutes simples. Et donc les employeurs se méfient un petit peu de cela quand il faut réengager.
B
— Oui, et si on reprend quelques chiffres, parce qu'on les avait évoqués récemment dans une émission que l'on a faite autour de l'emploi, en se demandant s'il y aurait assez d'emplois pour tout le monde. On peut rappeler que le gouvernement pointe souvent le fait qu'il y aurait 170 000 emplois vacants en Belgique. Mais déjà, il faut voir si c'est des emplois équivalents temps plein. En général, c'est pas le cas. Parfois c'est quelques heures, ce sont des intérims, donc ce chiffre-là, 170 000, à mettre au regard de presque 200 000 personnes qui pourraient perdre leurs allocations, plus 100 000 malades de longue durée. Si on fait les comptes comme ça, on voit qu'on n'y est pas. Ceci dit, le gouvernement compte là-dessus. Il a inscrit un chiffre, presque 2 milliards, parce qu'il espère devoir verser, on l'imagine, moins d'allocations et récupérer par contre sur le salaire des cotisations et de l'impôt un double effet. Ça veut dire qu'il y a encore des paris, des espèces d'effets retours comptés dans ce nouvel exercice budgétaire, des éléments qui sont un peu empointillés, un peu.
C
Flous, et donc on ne peut pas.
B
Dire qu'ils vont d'office rapporter ces montants-là.
C
Non, en effet, et de même sur l'indexation, on compte des effets retours d'à peu près 800 millions pour les entreprises, ça non plus, c'est pas évident, même si on sait que ça rapporte évidemment aux entreprises, de ne pas augmenter. Mais donc, oui, il reste des effets retours, il faut dire qu'ils sont moins important que dans l'accord de gouvernement où ils étaient à peu près à 8 milliards. Mais c'est vrai qu'ici on est quand même sur des sommes très importantes, à 2 milliards d'euros sur les 9, donc c'est plus de 20%, c'est pas difficile à calculer, qui reposent là-dessus. Donc c'est énorme. C'est vraiment, on va dire, la cheville ouvrière et qui permet au gouvernement, malgré, pour reprendre ce que je disais tout à l'heure, le fait qu'il touche à la classe moyenne, à la classe qui travaille, cet électorat qu'il avait réussi à convaincre côté francophone et côté flamand, pour les membres de la majorité, et bien il peut quand même dire oui, mais on fait des efforts pour remettre au travail des gens qui aujourd'hui sont inactifs, mais qui devraient selon eux retrouver du travail.
B
Oui, c'est le mantra de ce gouvernement, récompenser ceux qui bossent, on essaye de le mettre en place aussi au travers de mesures comme celle-ci. Alors par contre il y a des mesures en recette dans cet accord de gouvernement, où là on peut sans doute du côté du gouvernement être un peu plus sûr et même presque certain de ce qui va rentrer, ce sont notamment les taxes qu'on peut apporter sur la consommation ou les axes. Et je propose que l'on se penche sur un petit chapitre en particulier, celui qui s'appelle « Dans l'accord et dans le tableau budgétaire, éco-fiscalitate », donc pour éco-fiscalité, et on va voir ce que recouvre ce chapitre dans cet accord budgétaire. Dans les mois qui viennent, le gaz va coûter plus cher pour les particuliers. Il sera toujours à un taux de TVA de 6%. Ça, ça ne change pas. Mais on va y ajouter des axis pour un équivalent de 6% supplémentaire. La facture de gaz va donc augmenter, un peu comme si on était passé d'une TVA de 6% à 12%. En parallèle, le gouvernement a par contre décidé de baisser les axes sur l'électricité. Une sorte de tax shift, en somme, puisque l'idée, dans le cadre de la transition énergétique, est de pousser les citoyens à moins utiliser d'énergie fossile, comme du gaz ou du mazout, pour se chauffer, et à se tourner davantage vers l'électricité que l'on est occupé à décarboner, en installant, par exemple, des pompes à chaleur. Attention, ceci dit, quand on regarde les chiffres, le gouvernement espère faire rentrer deux fois plus d'axis sur le gaz qu'il ne va en ristourner sur l'électricité. La mesure ne sert donc pas qu'à orienter les comportements. Elle a bien une visée budgétaire, faire rentrer de l'argent dans les caisses. Dans ce même chapitre, écofiscalité de l'accord, on trouve également des axes en augmentation sur le mazout de chauffage, sur le diesel et sur l'essence pour la voiture. On y découvre aussi une augmentation de la taxe sur les biais d'avion ou encore un changement de taux de TVA sur les pesticides. Ce taux était à 6 %, il va passer à 12. En tout, les rentrées espérées pour ces diverses mesures présentées comme environnementales s'élèvent à 680 millions d'euros. 680 millions, c'est sur l'ensemble de la législature quand on fera les comptes à la fin en 2029. Bertrand Henne, on a beaucoup entendu certains des partis qui sont à la table de ce gouvernement dénoncer l'écologie punitive des écolos durant la campagne. Est-ce que les mesures qu'ils prennent aujourd'hui, ce ne sont pas des mesures qu'ils auraient eux-mêmes qualifiées d'écologie punitive quand ils étaient en campagne ?
C
— Ah bah si. Ah oui, oui, non. C'est évident. Là, je crois que... Mais pour d'autres mesures, d'ailleurs, on voit bien. C'est ce que je disais tout à l'heure quand je parlais de fin des illusions. C'est aussi la fin des illusions issue des slogans. Enfin je veux dire c'est évident que quand on dit... Alors que le pays est le plus endetté quasiment de la zone euro... Enfin le déficit... On n'est pas le plus endetté du tout de la zone euro. Mais le déficit menace de devenir le plus important de la zone euro. Dire... Faire que des dépenses, couper dans les dépenses et ne rien augmenter en recettes, c'est illusoire. Enfin, je veux dire, il n'y a personne qui y croit sérieusement pour ceux qui suivent la politique depuis longtemps et je pense que la plupart des citoyens, en fait, ne peuvent pas y croire. Ou alors voilà, ils ont été trop naïfs et aujourd'hui, ils retombent sur leurs pattes. C'est la même chose en matière de transition énergétique. On sait, parce qu'il y a des objectifs européens, notamment, qui sont là derrière, qu'à terme, les combustibles fossiles vont être plus taxés. C'est inscrit dans des directives européennes et dans des décisions prises au niveau européen. Et donc, ben oui, le gouvernement suit ça, et donc, moi je n'ai jamais parlé d'écologie punitive quand il y avait des mesures de transition, mais eux l'ont fait, notamment Georges-Louis Boucher, mais même, c'est vrai beaucoup du côté des engagés aussi, où on estimait qu'Ecolo était plutôt là-dedans, et que eux présentaient une autre forme d'écologie, ben oui, on en revient toujours à ça, et c'est pas critiquable d'un point de vue politique, je ne fais que constater qu'à un moment donné, pour que la transition soit effective, il faut plus taxer les fossiles et moins l'électricité, puisque c'est sur cette énergie-là qu'on va prétendre décarboner l'économie belge. Mais c'est vrai aussi sur d'autres mesures, si vous prenez les augmentations de TVA sur les hôtels et les campings, ça rapporte 158 millions d'euros. Vous voyez, c'est encore une mesure On pourrait parler de rage taxatoire, quoi. Pourquoi, finalement ? Moi, je ne parle pas de rage taxatoire, mais vous voyez les slogans, à un moment donné, ils s'écroulent face à une réalité budgétaire. Oui, bien sûr, des parties, même de droite, et qui ont fait campagne sur le consentement à l'impôt qui s'effrite, peuvent prendre des mesures de taxation et des nouvelles recettes.
B
Et on pourrait évoquer les questions que ça peut poser en matière énergétique si on n'accompagne pas les gens et notamment dans les revenus les plus faibles sur cette transition parce que c'est pas parce que tout d'un coup l'électricité coûte moins cher et le gaz coûte plus cher qu'on peut sur un claquement de doigts changer son système de chauffage encore moins évidemment si on est locataire ou on est un peu pieds et poings liés mais ça on y consacrera à l'occasion une émission spécifique. Je voudrais qu'on revienne encore sur un autre chapitre important De cet accord, c'est ce qu'on appelle les mesures pour les épaules les plus larges. Expression qui s'est imposée en Belgique depuis quelques mois pour parler des plus riches, en somme. Et là, on a quand même quelques mesures qui vont les toucher, Bertrand Henne. Un doublement de la taxation sur les comptes-titres. On était à 0,15% sur les comptes-titres de plus d'un million d'euros. à 0,30, on a une taxe qui va viser les sociétés de management, par exemple, et puis on a aussi un parquet financier pour lutter contre la fraude sociale et la fraude fiscale, mais donc en particulier aussi sur ce qu'on appelle la grande fraude fiscale. Est-ce qu'on peut dire que là-dessus, Vorreuth a su peser dans cet accord de gouvernement pour une série de totems qui, en tant que parti de gauche, lui permettent de défendre cet accord de gouvernement ?
C
– Oui, Vorreuth soutenu par les centristes CDNV et engagés, qui poussaient quelque part Vohreuth là-dedans. Et d'ailleurs, Bart de Wever l'a bien résumé en disant qu'il y avait d'un côté Vohreuth et les centristes, et de l'autre le MR. Et la N-VA qui rejoignait le MR aussi. Mais il a dit que si on veut faire un accord, c'est entre ces deux familles-là. Vohreuth et les centristes mis dans un même sac. et l'EMR. Donc c'était Bardeboeuf en lui-même qui a dit ça, c'est pas moi. Mais donc effectivement, il y a des mesures qui sont quand même importantes en termes de rendement budgétaire, mais aussi en termes de symboles. Il n'y a pas cette fameuse taxe sur la fortune qu'a évoquée à un moment donné Conor Russo. Il ne l'obtient pas, mais il obtient un doublement de la taxe sur les contrites. C'est quand même beaucoup d'euros. Ça doit générer 460 millions d'euros. Donc c'est beaucoup. Ça commence à être des rendements importants. La taxe bancaire également aussi. Alors, est-ce que c'est équitable ou pas ? Ça, c'est toujours évidemment un point de vue politique plus général. Il faudra regarder l'œuvre complète du gouvernement en 2029. Mais en tout cas, c'est sûr qu'il y a là une tentative d'équilibre par rapport aux efforts qui sont colossaux en sécurité sociale, que ce soit sur le chômage, que ce soit sur les malades de longue durée. Évidemment, on n'en a pas parlé aujourd'hui. Les pensions, l'accord de l'été sur les pensions, il est confirmé avec un bonus, malus, etc. Et s'il y a des gens qui font grève, ces trois jours-ci, c'est évidemment parce qu'ils estiment être injustement frappés par les mesures du gouvernement. Donc le gouvernement a voulu montrer qu'il faisait quelque chose. Et effectivement, en termes de rendement budgétaire, il y a quand même des vraies mesures qui comptent dans le budget. Ce n'est pas juste des symboles.
B
En très très bref, Bertrand N, si on fait un peu la ventilation, qu'est-ce que ça représente en termes d'économie dans les dépenses par rapport à des recettes nouvelles en termes d'impôts notamment ? Si on regarde les chiffres, c'est quoi à peu près la balance ?
C
On est à peu près à 60-40 sur cet exercice budgétaire.
B
60 d'économies en dépenses, 40 de recettes nouvelles.
C
Qu'on trouve notamment sur les malades de longue durée, c'est 2 milliards. Des économies en général, 3 milliards. Donc vous avez 3 et 2, ça fait 5. Le reste, ce sont des nouvelles, les 40% qui restent, ce sont des nouvelles taxes, les hausses des axes dont on a parlé, la TVA, la taxe bancaire et les épaules, les plus larges, les riches, comme on dit, qui font le reste. Donc c'est 60-40, ce qui est assez classique en politique belge. C'est un équilibre qu'on retrouve souvent, parfois c'est 50-50, 60-40. et qui tranche avec l'accord du gouvernement où on est plus du 80-20, même 90 selon certaines estimations. Donc encore une fois là, je le dis, il faudra attendre l'oeuvre complète. Parce qu'un budget, c'est pour les prochaines années. Maintenant, il faudra attendre tout pour voir vraiment quel était l'équilibre. Mais ici, on assiste à un recentrage quand même dans l'action du gouvernement.
B
Un recentrage, tant du point de vue des modalités choisies pour ce retour à l'équilibre, puisqu'on en revient à une formule plus classique, on l'a dit, où on fait des économies en dépenses, mais où on va chercher aussi des recettes nouvelles, substantielles, par de l'impôt. Et puis il y a un recentrage aussi sur le type de mesures puisque l'on a sans doute ici davantage de mesures qui conviennent à Voreult et aux partis du centre que dans la première mouture de l'accord de gouvernement qui penchait plus à droite. Reste un élément important à avoir en tête tout de même au terme de ce très gros ajustement budgétaire, On sera toujours, à la fin de la législature, très loin d'un retour à l'équilibre puisque, selon les estimations, en 2029, la Belgique sera toujours à un déficit de 4,2%. Ce n'est donc peut-être pas le dernier col hors catégorie de la vie de ce gouvernement Arizona. Voilà, c'était Les Clés. Merci de nous avoir suivis. A la réalisation sonore, il y avait Antoine Duhartz. A la préparation, Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Et si vous souhaitez nous écrire, je vous rappelle notre adresse. lesclés.artbf.be.
Host: Arnaud Ruyssen (RTBF)
Guests: Bertrand Henne, Sarah Poussey
Date: November 24, 2025
Duration: ~28 minutes
Dans cet épisode, Arnaud Ruyssen et ses invités décryptent l’accord budgétaire du gouvernement fédéral "Arizona", qui vient d’aboutir à plus de 9 milliards d’euros d’économies et de nouvelles recettes jusqu’en 2029. L’émission passe en revue les principales mesures, leurs implications pour la classe moyenne, les malades de longue durée, le monde du travail et les recettes fiscales, tout en questionnant les illusions politiques entourant ce plan d’austérité budgétaire massif.
| Timestamp | Segment | |-----------|-----------------------------------------------------------------------------------| | 00:17 | Introduction au plan Arizona, rappel des enjeux | | 01:07 | Citation De Wever et début du débat : sentiment de difficulté généralisée | | 01:42 | "Fin des illusions" : analyse politique et budgétaire | | 04:56 | Explication chiffrée du plafonnement de l’indexation (cas Baptiste) | | 08:33 | Débat sur la solidarité réelle de la mesure index | | 12:17 | Accélération du retour à l’emploi des malades de longue durée (Sarah Poussey) | | 15:02 | Réalisme de l’objectif de 100 000 retours à l’emploi (scepticisme) | | 18:50 | Nouveau chapitre : écofiscalité, tax shift gaz/électricité/mazout | | 21:57 | Écologie punitive, slogans de campagne, réalité budgétaire | | 23:58 | Problèmes d’accompagnement social de la transition énergétique | | 25:04 | Fiscalité sur les « épaules les plus larges », équilibre politique | | 26:49 | Bilan économique : ventilation 60% économies / 40% nouvelles recettes | | 27:58 | Recentralisation de la politique budgétaire, avenir du déficit |
En bref :
Cet épisode démonte les engrenages et les conséquences du plan budgétaire Arizona, mesure par mesure, et montre à quel point les promesses de campagne butent finalement sur les arides réalités budgétaires. L’effort de 9 milliards, réparti entre économies sévères et nouvelles recettes, suscite courage, scepticisme et débats sur la justice sociale et fiscale – confirmant que, même en 2025, « les cols hors catégorie » ne manquent pas sur la route politique belge.