
À quelques jours de l'atterrissage de la mission Artémis II, nous nous intéressons aux ressources disponibles et aux enjeux politiques qui ont poussé le gouvernement américain à relancer des missions lunaires avec Jean-François Mayence juriste spécialisé dans le dr...
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Valérie Van Grotel
L'artemis 2 mission est une mission de test de la capsule de l'Orient.
Radio Host 1
La première.
Radio Host 2
Les clés.
Valérie Van Grotel
Arne Rössen.
Narrator / Main Host
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un voyage qui va nous emmener sur la Lune. Dans cet épisode, on va essayer de comprendre pourquoi, plus de 50 ans après la fin du programme Apollo, l'homme veut aujourd'hui retourner sur la Lune, notamment avec le programme Artemis porté par la NASA. Quel est l'enjeu de cette nouvelle projection vers la Lune? Est-il scientifique ou alors surtout géostratégique, économique? C'est ce que nous allons creuser dans ce numéro en commençant par revenir tout d'abord plus de 53 ans en arrière.
Radio Host 1
La première, les clés.
Narrator / Main Host
Décembre 1972, à la surface de la Lune, deux astronautes, Eugene Cernan et Harrison Schmitt, engoncés dans leur scaphandre blanc, tentent tant bien que mal de forer le sol lunaire. Armés de petites carotteuses fabriquées expressément pour la mission, ils prélèvent des échantillons de roches lunaires. Et comme la gravité est là-bas six fois moindre que sur Terre, la tâche n'est pas mince et donne lieu parfois à des chutes assez cocasses.
Radio Host 2
Oh non! Allez, bébé!
Jean-François Maillance
Maintenant que je l'ai!
Radio Host 2
Ok, ok, ok! Merci! Les gars, vous savez ce qu'il s'agit d'aller au travail?
Narrator / Main Host
Ces images de deux astronautes marchant ou tombant sur la Lune, ce sont les dernières à ce jour. Puisque la mission Apollo 17, achevée le 19 décembre 1972, sera la dernière à emmener des hommes sur le satellite naturel de la Terre. Et les médias, au moment même de cette mission d'ailleurs, savaient que l'on ne foulerait plus le sol lunaire avant très longtemps.
Jean-François Maillance
Au nom de toute l'humanité, les deux hommes ont dit plus qu'un au revoir à la Lune. Ce départ, on peut le dire, contenait l'émotion des aléas.
Radio Host 2
Et voici le départ. 10, 9, 8, 7, RS-25, moteur. 8, 4, 3, 2, 1. Ignition du booster. Et décoffre. 53
Narrator / Main Host
ans et un peu plus de trois mois plus tard, le 1er avril 2026, sur le pas de tir du Centre spatial Kennedy en Floride, la mission Artemis II décolle et quitte la Terre en direction de la Lune. C'est la première fois depuis 1972 que l'humain retourne donc vers la Lune. À bord, une femme et trois hommes qui ne mettront pas le pied sur le sol, mais feront le tour de la Lune. Survolant aussi sa face cachée, avec à la clé un record, il et elle vont plus loin que la mission Apollo 13. Aujourd'hui, pour toute l'humanité, vous vous appuyez
Valérie Van Grotel
au-delà de cette frontière.
Radio Host 2
Au point
Narrator / Main Host
le plus lointain, ils sont à plus de 406 000 km de la Terre. Aucun humain ne s'était aventuré jusque-là. Et, au travers des hublots, ils font le plein d'images extraordinaires, notamment un coucher de terre Images magiques du sol lunaire en avant-plan avec, en fond, dans le noir profond, un croissant bleu qui se couche. Ils scrutent pendant des heures la Lune sous tous les angles, mais à cette distance, ils ont aussi une vision particulièrement complète de la Terre.
Jean-François Maillance
On a pu voir tout le globe d'un pôle à l'autre. On a pu voir l'Afrique et l'Europe, et en regardant de plus près, des aurores boréales. C'était le moment le plus spectaculaire.
Sarah Poussey
Rien ne vous prépare à cette expérience à couper le souffle, voir sa propre planète comme en plein jour.
Radio Host 2
Cette
Narrator / Main Host
mission, C'est une étape qui doit, en 2028, ramener l'Homme sur la Lune elle-même, mais avec quel objectif? Quand on sait que l'on connaît déjà très bien la Lune, qu'elle a été cartographiée de très près par de précédentes missions, par des satellites, par des robots, Le but est-il principalement scientifique, pour mieux comprendre notre univers, ou bien de se servir de la Lune comme instrument de puissance, comme coffre-fort de ressources, ou encore comme étape transitoire pour la conquête de Mars? C'est tout cela que nous allons maintenant explorer. Et avec nous pour cela, il y a notamment Valérie Van Grotel. Bonjour. Vous êtes chercheuse FNRS, astronome et astrophysicienne à l'Université de Liège. D'abord, une question simple. Pourquoi est-ce qu'on a mis tant de temps à retourner vers la Lune, pas encore sur la Lune? Parce qu'on rappelle souvent qu'il y avait, en termes de force de calcul, pas plus qu'une grosse calculette pour faire voler les premiers programmes Apollo. Technologiquement, j'imagine qu'on avait les moyens de continuer si on avait voulu. Pourquoi est-ce qu'on a mis autant de temps pour y retourner?
Valérie Van Grotel
Il faut se replacer dans le contexte de l'époque. C'était vraiment les programmes Apollo. C'était vraiment une course à la lune entre les USA et l'URSS. Et c'est les USA qui ont gagné. La course était terminée, ils ont gagné. Apollo n'était pas conçu pour être un programme durable. En se replaçant encore une fois à l'époque, la suite a été le développement de l'accès à l'espace de façon plus routinière. notamment avec la navette spatiale. Ils ont développé la navette spatiale qui avait vraiment des promesses d'accès à l'espace de façon extrêmement simplifiée, entre guillemets, mais limitée à l'orbite terrestre. Et effectivement, pendant des décennies, on s'est limité à l'orbite terrestre. Et petit à petit, le savoir-faire, j'ai envie de dire, s'est perdu. Les ingénieurs sont partis à la retraite, tous les procédés industriels pour fabriquer les fusées, les capsules et tout ça s'est arrêté parce qu'il n'y avait plus de justification politique, géostratégique de retourner sur la Lune. Et ici, récemment, un peu sous la pression d'une nouvelle rivalité géopolitique avec la Chine, Sous la pression aussi, il faut bien le dire, des acteurs privés du spatial SpaceX en tête. Il y a eu une certaine pression pour retourner vers la Lune et vers l'espace plus lointain que l'orbite terrestre. Et je pense que c'est ça qui explique principalement pourquoi c'est maintenant qu'on y retourne.
Narrator / Main Host
Oui, parce que si je ne m'abuse, depuis 1972, on n'avait plus non plus quitté l'orbite basse autour de la Terre. Et donc là, c'est aussi un enjeu. Ça veut dire que ça n'est pas si simple. C'est pour ça, d'ailleurs, que c'est construit en plusieurs missions. Il devrait y en avoir encore une, Artemis III, encore pour faire des tests, avant Artemis IV, où en 2028, normalement, on devrait remettre le pied sur la Lune. On doit réapprendre des choses qu'on connaissait déjà en quelque sorte.
Valérie Van Grotel
Tout à fait. On n'a pas perdu, la physique est la même, le calcul des orbites, tout ça, on n'a pas perdu ça, mais on a perdu tous les procédés industriels qui vont derrière, toutes les validations techniques, etc. Donc voilà, c'est ce qui explique qu'on n'y retourne pas du jour au lendemain. Et puis aussi, il faut bien dire qu'on est beaucoup plus sécuritaire aussi à l'heure actuelle. On prend probablement beaucoup moins de risques qu'à l'époque. Et donc voilà, il y a toutes les procédures de validation beaucoup plus strictes et beaucoup plus encadrées, je pense, qu'à l'époque.
Narrator / Main Host
Alors Valérie Van Grotel, vous êtes, on l'a dit, une scientifique, chercheuse au FDRS, astrophysicienne. Est-ce qu'il y a un intérêt scientifique à retourner sur la Lune? Est-ce qu'il y a des choses importantes qu'on ne sait pas encore ou qu'on ne peut savoir qu'en faisant des expériences sur la Lune, en allant y mettre le pied, et qui font que c'est intéressant d'y retourner?
Valérie Van Grotel
Alors la réponse est nuancée, la réponse est oui, il y a des choses à faire sur la Lune, il y a des manipulations que seuls des humains peuvent faire ou de façon plus précise et plus approfondie qu'avec des robots, etc. Maintenant il faut être, je le dis très clairement, il ne faut pas être naïf et ce n'est pas l'enjeu majeur. a des enjeux, mais ça sert surtout un peu de caution pour le grand public. Mais l'enjeu majeur, pourquoi est-ce qu'on retourne sur la Lune maintenant, c'est pas pour y faire des expériences. Alors, il y aura des choses intéressantes que les astronautes qui y retourneront vont faire. Par exemple ici, ils ont pris des photos de la face cachée, ils sont un peu entraînés à repérer certaines choses, etc. Mais enfin, scientifiquement, ça n'a pas apporté directement quelque chose. On connaissait déjà très bien la face cachée de la Lune. Donc j'ai envie de dire Il faut quand même être assez conscient que la science sert plus un peu de prétexte, un peu de caution à tout ça. Il n'y a pas vraiment d'enjeu scientifique. Ce n'est pas le driver principal de la mission Artemis et du retour vers la Lune en général.
Narrator / Main Host
Parce que vous l'avez dit, il y a aussi un vrai enjeu géopolitique, géostratégique. Une nouvelle course qui s'est ouverte, non plus tellement avec la Russie et l'URSS à l'époque, mais cette fois-ci avec la Chine. et je propose qu'on prenne le temps un instant de s'arrêter sur le programme chinois qui est aussi en cours avec là aussi des objectifs d'aller poser le pied pourquoi pas sur la Lune et on va parcourir le programme chinois en compagnie de Sarah Poussey.
Sarah Poussey
Le grand objectif de la Chine, c'est d'envoyer des astronautes, ou plutôt des taïkonautes, sur la Lune d'ici 2030 et d'y construire une base permanente en collaboration avec la Russie. Une ambition de taille donc, surtout si on se rappelle que le premier alunissage d'un véhicule chinois remonte à décembre 2013. Mais en 13 ans, l'Empire du Milieu a bien développé et affiné son programme spatial, notamment grâce au budget public conséquent d'une quinzaine de milliards de dollars par an. Tout le programme spatial est en effet piloté par le gouvernement et incarne la puissance du régime chinois.
Radio Host 1
En nouveau pas dans la conquête spatiale, la Chine a réussi à faire atterrir un robot sur la face cachée de la Lune. C'est une grande première avec peut-être à la clé de nouvelles informations sur le satellite naturel de la Terre.
Sarah Poussey
Nous sommes en 2019. La Chine parvient donc à poser une sonde sur le pôle sud de la Lune dans le cadre de sa mission Chang'e 4. Les vidéos de la face cachée de l'astre sont diffusées dans le monde entier et ce n'est qu'une première étape, comme se réjouit à l'époque ce chef de projet de l'administration spatiale chinoise.
Jean-François Maillance
C'est un bon début.
Narrator / Main Host
C'est un événement marquant dans la course à la construction de notre pouvoir spatial.
Sarah Poussey
En 2020, Chang'e 5 rapporte des échantillons collectés sur la face visible de la Lune. Et puis quatre ans plus tard, la sonde Chang'e 6 collecte deux kilos de matériaux lunaires provenant de l'un des plus grands cratères d'impact connus de notre système solaire sur la face cachée de la Lune. Et c'est un vrai exploit, car la profondeur des cratères complique la communication avec la Terre. Et puis ce petit rover a résisté aux températures glaciales de ce côté de la Lune, entre moins 150 et moins 250 degrés. Deux prochaines missions, toujours au pôle Sud, sont prévues cet été. Et en 2028, elles se concentreront sur l'étude des ressources en eau disponibles de ce côté de la Lune.
Narrator / Main Host
Et on sent que la Chine avance et avance vite, elle aussi, vers la Lune. Avec nous Jean-François Maillance, bonjour.
Jean-François Maillance
Bonjour.
Narrator / Main Host
Vous êtes juriste chez Belspo, l'organe qui coordonne la politique scientifique belge au niveau fédéral. Vous êtes spécialisé en droit de l'espace, en droit des espaces même, doit-on dire. Vous êtes d'accord avec ce que disait Valéry Van Grotel. Aujourd'hui, le principal enjeu n'est sans doute pas scientifique, mais plutôt géopolitique, géostratégique, dans cette course précisément des États-Unis avec la Chine.
Jean-François Maillance
À mon avis, oui. Je crois que c'est un point commun avec le programme Apollo. Il y a toujours la volonté d'une démonstration de puissance, d'une démonstration de capacité. Ce qui a changé, évidemment, c'est le contexte. Effectivement, il y a une réalité comme quoi la Chine est le nouveau rival des États-Unis par rapport à à ce qui existait avec le programme Apollo. Maintenant, la Chine est aussi un prétexte. La Chine est aussi montrée parfois comme étant la bonne raison pour que les États-Unis étendent leur domination, que ce soit dans l'espace ou dans d'autres espaces. On a quand même, en tant qu'Européens, et je crois que ça vaut pour tout le monde sur cette planète, on a quand même intérêt à ce qu'il n'y ait pas une seule puissance en présence et qui justifie d'accaparer, que ce soit les ressources, que ce soit les données scientifiques, à son seul bénéfice. Donc je crois que, en soi, le fait qu'il y ait au moins deux puissances, comme il y a eu deux puissances par le passé, reste aussi quelque part un gage de communication au niveau international et le fait que les États vont être entraînés à devoir parler entre eux.
Narrator / Main Host
Qu'est-ce qu'on va aller chercher en fait sur la Lune alors? Parce qu'il y a un enjeu de puissance, de domination, de montrer pour les États-Unis qu'ils sont capables d'y retourner, pour la Chine de montrer qu'ils sont capables d'y aller pour la première fois. Mais j'imagine que ça ne suffit pas à expliquer cet intérêt pour la Lune. Qu'est-ce que ça peut avoir comme intérêt pour des grandes puissances comme la Chine ou les Etats-Unis ou d'autres de retourner aujourd'hui sur la Lune?
Jean-François Maillance
Il y a d'abord la démonstration de puissance technologique liée à l'espace qui, elle, n'a pas diminué. Vous regardez ça avec les startups, les milliers de startups qui se sont développées dans ce qu'on appelait le New Space. Le fait de travailler dans l'espace, de travailler dans le domaine spatial, de travailler dans le domaine des technologies spatiales, c'est toujours évidemment un élément très important d'une marque. C'est un peu la même chose pour les gouvernements. Aujourd'hui, l'espace est vu comme stratégique. Pour l'Europe, l'important, c'est d'être autonome, par exemple. Pour les États-Unis, l'important, c'est d'être dominant. Pour les Chinois, l'important est sans doute de montrer qu'ils existent face aux États-Unis. Donc il y a toujours, à mon avis, dans cette nouvelle course à la lune, cette volonté de montrer qu'on peut. Et si on peut, alors pourquoi ne pas le faire?
Narrator / Main Host
On retient donc, de cette première partie, que même s'il y a des enjeux scientifiques qui restent intéressants dans cette mission vers la Lune, le principal enjeu n'est pas là. Il faut surtout y voir des questions de domination, de puissance, de course entre les blocs, qui se voient comme des empires, avec en plus le privé qui pousse très fort là-derrière. On sait par exemple tout ce que pèse aux Etats-Unis aujourd'hui, le SpaceX d'Elon Musk en particulier. Ce que l'on entend souvent aussi, c'est qu'il y aurait un intérêt à aller exploiter également les ressources du sol et du sous-sol lunaire. On parle notamment beaucoup de l'hélium-3, que certains imaginent aller exploiter sur la Lune pour l'utiliser comme carburant pour la fusion nucléaire. Cette fusion qu'on est toujours en train d'essayer de réaliser à grande échelle sur Terre. Alors question à Valéry Van Grotel, est-ce qu'il est crédible d'imaginer qu'on va aller exploiter le sol lunaire? Est-ce qu'il y a là une course économique qui se joue?
Valérie Van Grotel
À l'heure actuelle, économiquement, ce n'est pas encore vraiment viable de se servir de la Lune comme une mine terrestre. Parce que le coût de l'accès à l'espace et de ramener des matériaux de la Lune ou de n'importe où dans l'espace est absolument gigantesque. Alors sur la Lune, il y a certaines ressources. Un petit mot sur l'hélium-3. Alors oui, effectivement, il y en a sur la Lune, apporté par le vent solaire, vraiment implanté dans le sol. Donc il faudra déjà mettre au point toute une filière pour l'extraire. du régolithe, du sol lunaire dans lequel il est. Et puis sur Terre, on ne maîtrise pas encore du tout la fusion nucléaire basée sur l'hélium-3. Les démonstrateurs technologiques et industriels pour le moment comme ITER pour la fusion nucléaire, c'est basé sur la fusion d'eutérium-tritium, pas du tout sur l'hélium-3. Et l'eutérium et le tritium, on en a sur Terre, il n'y a aucun intérêt à aller les chercher sur la Lune. Donc j'ai envie de dire l'hélium-3, c'est un petit peu l'arlésienne de la conquête lunaire. Mais à l'heure actuelle, il n'y a absolument aucun plan crédible économiquement pour aller miner de l'hélium 3, le ramener sur Terre et l'exploiter sur Terre pour faire de la fusion. On a encore des décennies, voire des siècles de faire ça. Donc c'est vraiment de la science-fiction. Pour tout ce qui est métaux sur la Lune, il y a des oxydes de fer, de silice, de titane, etc. Mais là aussi, c'est tout à fait mélangé. Il faut imaginer des tas de procédés chimiques assez compliqué que pour imaginer ramener ça sur Terre et que ça ait une valeur qui compense le coût de tout ça. Disons que le jour où on sera capable de faire ça, technologiquement capable de faire ça, je pense qu'il sera beaucoup plus rationnel, avec trois guillemets, d'aller chercher ces ressources-là sur des astéroïdes, notamment des astéroïdes métalliques qui sont des petits corps mais composés quasi exclusivement de métal comme le fer, le nickel, etc. et d'imaginer ramener et capturer ces astéroïdes-là pour les mettre en orbite autour de la Terre, si on n'a pas trop peur, ou autour de la Lune, et d'aller miner directement sur les astéroïdes et pas sur la Lune. Voilà, je ne pense pas que la Lune sera un jour une mine pour la Terre. Économiquement, à l'heure actuelle et dans un moyen terme, c'est tout à fait inenvisageable. et je pense que ça le restera. Par contre, là où les ressources lunaires sont intéressantes, c'est pour l'exploitation in situ. L'objectif derrière tout ça, c'est d'installer des bases semi-permanentes ou permanentes sur la Lune, d'avoir des astronautes qui y vivent et pas qui y restent seulement quelques jours pour y revenir. Alors là, il faudra construire des bases lunaires. Là aussi, on imagine qu'on ne va pas expédier des modules directement depuis la Terre mais qu'on va expédier en gros des imprimantes 3D et qu'on va fabriquer sur place tous les modules et puis qu'il va falloir se protéger des radiations et tout ça. Donc en gros, le sol lunaire va servir à ça. Et puis l'eau aussi, il y a une quantité d'eau quand même assez importante au pôle sur la Lune et qu'on va utiliser l'eau de la Lune non seulement pour les astronautes et aussi comme carburant donc H2O, on sait faire les carburants de fusée avec ça donc H2O2 et qu'on exploite très belle ressource de la lune pour ça.
Narrator / Main Host
Donc si je vous comprends bien, les ressources de la Lune pour les exploiter à grande échelle et pouvoir s'en servir sur Terre, ça n'a pas un intérêt énorme, ce serait extrêmement compliqué. Si on utilise les ressources qui sont sur la Lune, ce serait plutôt pour pouvoir y installer des astronautes de manière semi-permanente. D'où ma question, quel serait l'intérêt alors d'installer des astronautes de manière semi-permanente sur La Lune, c'est quoi l'intérêt pour des puissances comme les Etats-Unis, comme la Chine, comme d'autres, d'installer aujourd'hui des bases avec des astronautes sur la Lune?
Valérie Van Grotel
Deux éléments de réponse. La première, je pense que ça rejoint un petit peu ce que Jean-François disait tout à l'heure, c'est pour montrer qu'on est là. C'est une démonstration de force, en quelque sorte, qu'on est capable de le faire, qu'on y est. Et puis aussi, là je reviens à des choses un tout petit peu plus scientifiques, on peut imaginer donc avec cette fameuse eau avec laquelle on a fabriqué du carburant pour fuser, du H2O2, on peut imaginer que si on veut aller vers Mars ou plus loin, dans le système solaire, on amène juste suffisamment de carburant pour arriver sur la Lune et puis là on fait le plat en quelque sorte, la Lune devient une station service et on redécolle de la Lune pour aller plus loin. Et on sait que c'est beaucoup plus facile de décoller de la Lune, de s'arracher à la gravité lunaire que la gravité terrestre comme la Lune est beaucoup moins massive et la gravité beaucoup plus faible. Donc voilà ça reste un petit peu des choses à plusieurs décennies de perspective. Je ne parle pas du tout qu'on va faire ça d'ici dix ans mais on peut imaginer ce genre de choses.
Narrator / Main Host
Donc on voit la Lune plutôt comme une étape, un lieu relais quelque part pour aller plus loin encore dans l'exploitation de l'espace.
Valérie Van Grotel
Et encore une dernière chose, vivre sous la Lune, c'est vraiment un terrain d'apprentissage pour apprendre à vivre dans l'espace de façon un petit peu plus permanente que les quelques jours qu'on reste via l'émission Apollo ou l'émission Artemis. Et c'est très différent que de vivre en orbite autour de la Terre où on est bien protégé des radiations. on reste à distance de communication de la Terre, etc. Distance d'évacuation aussi en urgence si besoin, tandis que vivre sur la Lune, ce sera déjà une étape plus loin d'apprendre à vivre dans l'espace.
Narrator / Main Host
Jean-François Mayence, vous, on l'a dit, vous êtes juriste. Est-ce qu'on peut faire ce qu'on veut aujourd'hui sur la Lune? Si un État veut installer une base semi-permanente sur place, par exemple, ou si une société privée veut aller installer une sorte de station service sur la Lune, est-ce que chacun peut faire ce qu'il veut ou bien est-ce qu'il y a des règles qui sont discutées et établies internationalement?
Jean-François Maillance
Alors il y a une série de traités qui datent des années 60-70 qui prévoient ce qu'on peut faire, ce qu'on ne peut pas faire. L'un des principes fondamentaux c'est qu'on ne peut pas approprier l'espace, en toute ou en partie. On ne peut pas y exercer une souveraineté nationale. Ça c'est interdit par le traité et par le droit international. Ces traités ont déjà prévu la possibilité de stations. C'est un régime qui est un petit peu similaire à celui qu'on connaît pour l'Antarctique, c'est-à-dire un système où une nation peut visiter la station d'une autre nation et vice-versa. Donc il y a une espèce de contrôle mutuel qui n'existe évidemment pas aujourd'hui, mais qui est déjà prévu depuis 1979. qu'on était déjà visionnaire à l'époque. Alors tout ce qui est fait dans l'espace l'est sous la responsabilité des Etats. C'est-à-dire que même si ces traités ne s'appliquent pas aux entreprises privées, ne s'appliquent pas aux particuliers, ils s'appliquent aux Etats et ces traités leur disent, vous Etats, vous devez mettre en place des législations nationales qui vont garantir le respect par vos nationaux des dispositions des traités.
Narrator / Main Host
Ça veut dire que si Elon Musk lui-même se dit tiens il y a des opportunités, moi je voudrais faire quelque chose sur la Lune, que sais-je, y installer un hôtel, il doit répondre du droit alors des Etats-Unis. C'est aux Etats-Unis de vérifier s'il ne contrevient pas aux règles internationales de gouvernance de l'espace.
Jean-François Maillance
Exactement. Et c'est quelque chose que malheureusement, les gouvernements ont un peu tendance à oublier. C'est que, évidemment, il y a aussi une réalité qui est qu'une société comme SpaceX, avec un personnage à sa tête comme Elon Musk, pèse un poids très important, même vis-à-vis de l'administration des Etats-Unis. Et donc, bon, là, il y a un rapport de force. Mais il n'empêche que d'un point de vue de droit international, ce sont les Etats-Unis qui sont responsables de toutes les activités de SpaceX en orbite ou éventuellement sur la Lune ou peut-être un jour sur Mars.
Radio Host 2
Et
Narrator / Main Host
cet enjeu-là, il n'est pas mince du tout. Réguler l'utilisation de l'espace au moment où les grands États veulent y projeter leur puissance, au moment où des acteurs économiques l'utilisent pour s'enrichir sur Terre, avec par exemple le déploiement de maillages de satellites, savoir comment on va venir encadrer toute cette course à l'espace devient un enjeu transnational absolument majeur.
Jean-François Maillance
Oui, tout à fait. Il y a même plusieurs courses en même temps, parce que ce n'est plus tellement une question aujourd'hui la régulation, notamment de l'accès aux ressources et d'utilisation de l'espace, y compris de la Lune. Ce sont des travaux qui ont lieu actuellement au sein de l'ONU, qui rassemblent plus d'une centaine d'États sur cette question-là. Alors le but n'est pas de refaire un grand traité, mais le but est de trouver des principes qui permettront aux États de travailler ensemble. Et donc, c'est une course À côté de la course des ingénieurs et des scientifiques, il y a la course des juristes, parce que les juristes se rendent compte que même si ce n'est peut-être pas la question qui aujourd'hui paraît la plus pressante dans l'actualité mondiale, ne pas réagir aujourd'hui risquerait de laisser une situation de fête s'installer. qui pourraient être exploitées alors, y compris par des entreprises privées qui auraient les moyens. Il y a des entreprises aujourd'hui qui ont des moyens qui dépassent ceux des États et qui auraient la possibilité d'utiliser ce vacuum juridique.
Narrator / Main Host
Dernière question pour vous alors Valérie Van Grotel. En tant que scientifique, comment est-ce que vous voyez tout ça? Cette course qui, justement, s'éloigne un peu des enjeux scientifiques au profit d'enjeux de puissance, de politique économique, tout ce que ça peut générer aussi comme nuisance, comme pollution dans l'espace qui perturbe le travail scientifique ensuite. Comment est-ce qu'on voit tout ça quand on est scientifique?
Valérie Van Grotel
C'est très partagé. D'un côté, la plupart des scientifiques sont quand même des enthousiastes de l'espace. Je crois qu'on ne peut être qu'enthousiaste quand on voit des êtres humains faire le tour de la Lune, prendre des photos de l'Ouverture de Terre, etc. En tout cas, il y a toujours une émotion. certaines derrière ce genre de photos, derrière ce genre d'exploits. C'est un peu le meilleur de ce dont est capable l'humanité, ou une des meilleures choses, quand on voit tout ce qui se passe sur Terre à l'heure actuelle. Maintenant, on est parfois tout petit peu naïf vis-à-vis de la finalité qu'il y a derrière tout ça, des enjeux qu'il y a derrière tout ça. Pourquoi est-ce qu'on le fait? Ce n'est pas pour faire plaisir aux scientifiques. On sert parfois, comme je le disais tout à l'heure, un petit peu trop de caution. Maintenant, je dirais pour conclure que la leçon de tout ça, notamment des très belles photos d'Artemis, où on voit vraiment la Terre comme une petite bille bleue dans l'espace, et même la leçon finale que nouille la science, La science en général et l'astronomie, c'est que la Terre est indispensable à l'humanité et qu'on n'a pas de planète B et qu'on ne peut pas imaginer une civilisation humaine dans l'espace. Et que vraiment, l'enjeu le plus important finalement, qu'on oublie peut-être un peu avec cette course à la Lune, c'est que notre Terre, il faut la garder habitable parce qu'il n'y a pas de planète de rechange pour le moment.
Narrator / Main Host
Eh bien voilà, une jolie conclusion pour cette émission. C'était Les Clés, un podcast de la première avec à la réalisation sonore de cet épisode Antoine Duhartz, à la préparation Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Et si vous souhaitez nous écrire pour réagir à cette émission, pour nous suggérer d'autres thèmes à creuser, je vous rappelle notre adresse lesclés.artbf.be.
Cet épisode s’attache à comprendre les véritables enjeux derrière le retour vers la Lune avec le programme Artemis de la NASA, marquant plus d'un demi-siècle depuis la dernière mission Apollo. L’émission questionne la nature de ces nouveaux objectifs : sont-ils essentiellement scientifiques, géopolitiques, économiques – ou représentent-ils les prémices d’une nouvelle ère dans l’exploration spatiale ?
[01:04 – 03:47]
Notable Quote:
« On a pu voir tout le globe d'un pôle à l'autre. On a pu voir l'Afrique et l'Europe, et en regardant de plus près, des aurores boréales. C'était le moment le plus spectaculaire. »
— Jean-François Maillance [04:22]
[06:04 – 07:47]
Notable Quote:
« La suite a été le développement de l'accès à l'espace de façon plus routinière... et petit à petit, le savoir-faire, j'ai envie de dire, s'est perdu. »
— Valérie Van Grotel [06:04]
[08:16 – 09:36]
Notable Quote:
« Il ne faut pas être naïf... la science sert plus un peu de prétexte, un peu de caution à tout ça. Il n'y a pas vraiment d'enjeu scientifique. Ce n'est pas le driver principal de la mission Artemis. »
— Valérie Van Grotel [08:37]
[10:02 – 11:18]
Notable Quote:
« Le grand objectif de la Chine, c'est d'envoyer des astronautes... sur la Lune d'ici 2030 et d'y construire une base permanente en collaboration avec la Russie. »
— Sarah Poussey [10:02]
[12:24 – 15:16]
Notable Quote:
« Ce qui a changé, évidemment, c'est le contexte... la Chine est aussi montrée parfois comme étant la bonne raison pour que les États-Unis étendent leur domination... »
— Jean-François Maillance [12:48]
[16:21 – 19:10]
Malgré les fantasmes sur l’hélium-3, Valérie Van Grotel est sceptique :
Le vrai usage des ressources lunaires serait pour l’autonomie « in situ » (construction de bases, utilisation de l’eau locale pour carburant).
Notable Quote:
« L'hélium-3, c'est un petit peu l'arlésienne de la conquête lunaire... il n'y a absolument aucun plan crédible économiquement pour aller miner de l'hélium 3, le ramener sur Terre... »
— Valérie Van Grotel [16:21]
[19:44 – 20:47]
Notable Quotes:
« La Lune devient une station-service et on redécolle de la Lune pour aller plus loin. »
— Valérie Van Grotel [19:44]
« Vivre sous la Lune, c'est vraiment un terrain d'apprentissage pour apprendre à vivre dans l'espace de façon un petit peu plus permanente... »
— Valérie Van Grotel [20:47]
[21:17 – 24:59]
Notable Quote:
« Ce sont les États-Unis qui sont responsables de toutes les activités de SpaceX en orbite ou éventuellement sur la Lune ou peut-être un jour sur Mars. »
— Jean-François Maillance [22:59]
[24:59 – 26:48]
Notable Quotes:
« La science sert plus un peu de caution. Maintenant... la leçon de tout ça... c'est que la Terre est indispensable à l'humanité et qu'on n'a pas de planète B... »
— Valérie Van Grotel [25:25]
Cet épisode pédagogique et vivant offre un panorama complet : si le retour sur la Lune suscite toujours de l’enthousiasme et fasse miroiter des bénéfices scientifiques, le moteur principal du programme Artemis, comme de ses rivaux chinois, reste l’affirmation de puissance. Qu’il s’agisse de démontrer une capacité technique, de contrôler des ressources ou de préparer la conquête martienne, la dimension géopolitique prime – laissant la science en second plan. Mais la leçon la plus universelle, rappelée en conclusion, tient dans l’humilité devant la fragilité de notre planète d’origine.