
[Nouvelle diffusion] À l'occasion de l'anniversaire du gouvernement Arizona en février, nous avons analysé l'état de santé et la stratégie des différents partis composant la majorité et l'opposition. Notre premier épisode est consacré au parti libéral. Le MR semble...
Loading summary
Laurent Nellysen
Cet épisode a été réalisé début février dernier pour le premier anniversaire de la coalition Arizona. Mais au vu de l'actualité et des récents sondages, les constats qui y sont dressés nous semblent encore pleinement d'actualité. Alors, bonne écoute!
Sarah Poussey
Un accord est obtenu sur la partie la plus compliquée des négociations. La première.
Laurent Nellysen
Et à la fin, on a coupé les grands nœuds, on a conclu cet accord socio-économique.
Jean-Benoît Pilet
Les clés.
David Clarinval
Par exemple, la question de la fiscalité, j'ai dit qu'il n'y aurait pas d'augmentation d'impôts.
Jean-Benoît Pilet
Arnaud Ruisson.
Laurent Nellysen
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour une série consacrée à la situation politique un an après la mise en place du gouvernement Arizona. Dans cette série, en quatre numéros, on a choisi non pas d'analyser les dossiers traités par ce gouvernement mais de s'intéresser aux partis qui composent l'Arizona ainsi qu'à ceux qui combattent ce gouvernement depuis l'opposition. Alors, dans ce premier épisode, on va s'intéresser au MR, le premier parti francophone qui a fortement imprimé sa marque dans l'Arizona, mais qui ne semble pas, en tout cas selon les sondages, en tirer profit aujourd'hui. Alors, comment expliquer cet apparent paradoxe? Comment analyser l'action aujourd'hui du parti de Georges Louis Boucher? Eh bien, on a 27 minutes pour tenter d'y voir clair.
Jean-Benoît Pilet
La première, les clés.
David Clarinval
On a le programme de gouvernement qui est certainement le plus en phase avec notre programme électoral depuis des décennies et donc c'est très enthousiasmant aussi quand on voit ce qui s'est passé au niveau des régions. Donc oui, c'est cette satisfaction mais aussi surtout un grand sens de responsabilité.
Laurent Nellysen
C'était le 3 février 2025. Les yeux cernés de fatigue, mais le sourire aux lèvres, Georges Louis Boucher se félicitait de la mise en place d'un gouvernement fédéral, avec en son sein le MR et les engagés, côté francophone, l'ANVA, Voreut, et le CDNV, côté flamand. Une gestation et un accouchement très compliqués, puisque ce gouvernement, il avait fallu 7 mois pour le mettre en place.
David Clarinval
On a eu de nombreux moments où ça pouvait chuter, mais à aucun moment, en fait, on a remis en cause véritablement l'Arizona et nié d'ailleurs la figure de Bardo Weaver comme Premier ministre. Donc je pense que ça, c'est quand même positif et ça montre le ciment de cette coalition.
Laurent Nellysen
Un an plus tard, la coalition a montré des fragilités quand même, des moments de très vive tension en particulier sur le budget. Mais elle a aussi et surtout mis en œuvre des réformes, des réformes chères OMR précisément. En particulier, la limitation des allocations de chômage dans le temps, dossier porté par le vice-premier MR et ministre de l'Emploi, David Clarinval. C'est vraiment le message que le chômage n'est pas un plan de carrière, qu'il faut chercher du travail. Il y a 170 000 emplois vacants aujourd'hui dans la construction, dans l'horeca, dans le transport, dans les titres services. Il y a du travail disponible. Celles et ceux qui sont au chômage doivent maintenant comprendre qu'il faut travailler. Et ce n'est pas la seule réforme de taille incarnée par David Clarinval puisque l'emploi est au cœur de la stratégie de ce gouvernement. Il y a eu aussi la flexibilisation du travail ou encore le développement du travail étudiant. Des réformes qui, avec d'autres en matière de pension ou d'activation des malades de longue durée, ont provoqué durant toute l'année 2025 un long chapelet de grèves, de manifestations et de mouvements de protestation en tous sens.
Martine Dubuisson
Tous les avantages qu'on a eus, on
Jean-Benoît Pilet
nous les enlève carrément.
Martine Dubuisson
La pension, les contrats. En fait, on se bat pour regarder ce qu'on a.
Sarah Poussey
Si on épuise les gens à la
Laurent Nellysen
tâche et leur promettre un avenir de
Sarah Poussey
toute façon pénible, je ne vois pas comment ça peut motiver les gens à donner le meilleur d'eux-mêmes aujourd'hui. Ce n'est pas possible.
Laurent Nellysen
des mobilisations sociales. D'ampleur, il y avait de 2 à 300 000 personnes dans les rues en novembre, mais qui n'auront généré que quelques ajustements à la marge. Pas de quoi faire sortir l'Arizona de ses rails. Ce qui a sans doute le plus mis en danger l'Arizona, ce sont surtout les oppositions internes. En particulier en novembre dernier, au moment des négociations budgétaires, où l'on a même cru un moment que le gouvernement de Weaver pouvait tomber.
Martine Dubuisson
C'est le véritable blocage depuis plusieurs semaines. Bart de Weaver s'était fixé un ultimatum, soit j'ai un accord pour le 6 novembre, soit j'irai chez le roi. On est le 6 novembre, il n'y a pas d'accord, Bart de Weaver est donc chez le roi.
Laurent Nellysen
Au cœur du bras de fer, la façon d'équilibrer le budget et une ligne intransigeante tenue alors par l'EMR, pas question de venir avec de nouveaux impôts.
David Clarinval
Vous savez, taxer c'est la solution de facilité. C'est exactement ce qu'on fait dans ce pays depuis 50 ans. Ça nous a conduit à la faillite et c'est pas comme ça qu'on arrive à récompenser les gens qui travaillent et à attirer des investissements et c'est ce qu'on doit faire aujourd'hui.
Laurent Nellysen
Le match durera des semaines car l'EMR ne veut pas entendre parler d'un saut d'index ou d'une augmentation généralisée des taux de TVA. Les échanges seront parfois très durs et, dit-on en coulisses, vont laisser des traces entre l'EMR et ses partenaires de majorité. pour au final aboutir à un compromis alambiqué sur la TVA dans lequel consommateurs comme journalistes peinent encore à se retrouver.
David Clarinval
Eh bien c'est 6.
Laurent Nellysen
Ça aurait dû être 12, mais pas pour les produits de boulangerie. Donc il y a une petite exception dans l'exception.
Martine Dubuisson
La gaufre emballée, ça reste à 6?
Laurent Nellysen
Ça reste à 6, parce que ça peut se conserver plus de 2 jours. Mais la gaufre fraîche, elle passe à 12. Un dossier qui est un peu à l'image d'autres avec ce gouvernement. Quand les grandes idées de rupture défendues en campagne viennent se confronter à la réalité complexe de la mise en œuvre, la ligne claire voulue apparaît parfois brouillée. Alors qu'en est-il spécifiquement pour le MR? C'est ce que l'on va à présent explorer. Et avec nous pour cela, il y a notamment Jean-Benoît Pillais.
Jean-Benoît Pilet
Bonjour.
David Clarinval
Bonjour.
Laurent Nellysen
Merci d'être là. Vous êtes professeur de sciences politiques à l'ULB, membre du SEVIPOL, le Centre d'études de la vie politique. Alors d'abord, un commentaire général sur ce gouvernement et la patte du MR dans celui-ci. Est-ce qu'on peut dire que le MR avec l'Arizona est ce que l'Arizona est parvenu déjà à faire en un an? a montré cette rupture que l'EMR voulait imprimer, notamment dans l'idée que si on arrivait à faire un gouvernement sans l'EPS francophone, on allait entrer un peu dans un monde différent. Est-ce que ça, ça se vérifie un an après la mise en place de ce gouvernement?
Martine Dubuisson
Je pense que dans une certaine mesure, on peut dire que le MR a réussi son pari sur certaines questions socio-économiques très symboliques. La limitation dans le temps des allocations de chômage est le dossier le plus symbolique. Mais il y a eu aussi un effort budgétaire qui s'est concentré essentiellement sur des réductions de dépenses, même si on s'attendait à plus. On a quand même un gouvernement qui est clairement marqué à droite. On a un MR qui est capable de venir avec certains trophée important par rapport à finalement son électorat traditionnel, c'est-à-dire un électorat qui est fait de personnes des classes moyennes supérieures, d'entrepreneurs, de personnes qui travaillent dans le secteur privé. Et donc sur ces éléments-là, le MR a réussi à engranger certains points. Mais cette rupture, elle est au-delà de la question purement socio-économique et purement concernant plutôt les classes moyennes supérieures et les personnes qui était travailleuse dans le secteur privé. Elle allait aussi vers une forme de droite populaire, de dire on va récompenser le travail, y compris le travail des personnes qui gagnent moins. Et là, il faut bien admettre que le MR n'a rien engrangé jusqu'ici. Ça viendra peut-être. La réforme fiscale est annoncée pour la fin de la législature. Tant qu'on n'en aura pas vu la couleur, ce sera difficile d'y croire. On avait aussi annoncé une rupture sur des questions culturelles. Il y avait un repositionnement du MR au-delà du socio-économique qui ne se traduit pas dans des dossiers très importants, même sur les questions migratoires, sur la limitation de l'immigration. C'est plutôt la N-VA qui porte ces dossiers-là. Et le MR n'en fait pas véritablement des trophées. Et si on prend le dossier symbolique de la sortie du nucléaire, certes, la loi de sortie du nucléaire a été abrogée, mais en même temps, on voit bien que la mise en œuvre concrète de la réouverture ou du maintien ouvert de certaines centrales, de la construction d'autres centrales, est très compliquée. Et donc on peut dire qu'on est un peu dans un entre-deux. Je pense que l'MR est bien plus satisfait de sa participation après un an à l'Arizona qu'il n'a été satisfait de sa participation au gouvernement précédent et qu'il a plus de trophées à faire valoir. Mais en même temps, c'est pas la révolution libérale qui était annoncée.
Laurent Nellysen
Et le fait que dans les sondages, aujourd'hui quand on les regarde, alors on peut toujours dire ce ne sont que des sondages, mais quand ils se répètent ils veulent sans doute dire quelque chose. Dernier sondage du journal Le Soir il y a quelques semaines, on voyait un MR qui perdait 7 points en Wallonie, 5 points à Bruxelles. Vous y voyez la traduction de cela, le fait que oui il y a des ruptures, oui le MR a gagné des points importants, Mais en même temps, sur ce sur quoi il était attendu par rapport au salaire poche, par exemple, à la récompense sur le travail, là, les électeurs, de manière générale, ne le voient pas encore venir?
Martine Dubuisson
Effectivement, c'est ce qui est en train de se passer. Quand on fait une analyse fine à la fois des enquêtes électorales de 2024, mais aussi des sondages qui ont lieu depuis lors, on constate deux choses. Premièrement, le MR avait une part de sa victoire qui s'expliquait par le fait d'être allé chercher des travailleurs à faible revenu. c'est-à-dire des personnes qui travaillent, qui ne sont pas des allocataires sociaux, mais qui ont des revenus assez faibles, en leur promettant que grâce aux diminutions de dépenses qui allaient être faites sur le chômage, sur les malades de longue durée, on allait récompenser le travail de ces personnes et on allait augmenter le salaire poche. Mais là, il n'y a rien pour l'instant. On a même eu un durcissement de certains éléments, puisque ces personnes voient quand même que les conditions d'accès à la pension, que le calcul de la pension sera souvent plus Donc on a même plutôt dans l'impression que non seulement on n'a pas obtenu notre bonus, mais on est même en train de perdre. Et dans les sondages, on voit que ce sont ces électeurs-là qui avaient voté en 2024 pour le MR et qui, ici, annoncent – on verra si ça se traduit en 2029 – mais qui annoncent qu'ils sont moins tentés de voter pour le MR. L'autre élément, c'est qu'on a un renforcement d'une tendance qu'on avait déjà vue en 2024, qui est que les électeurs plus modérés du MR, pas sur les questions socio-économiques, mais sur les questions culturelles, sur l'immigration, sur les identités de gens à identité sexuelle, sur le rapport à la démocratie, ces électeurs-là de centre droit traditionnel, Mais ils sont de plus en plus inquiets de certains discours de certains responsables du MR. Et donc ils sont tentés par les engagés. Et donc en fait, ce mouvement d'électeurs qui vont du MR vers les engagés, c'était déjà vu un petit peu en 2024 et se voit encore ici quand on fait une analyse des sondages. Et donc le MR perd la droite populaire qu'il avait gagnée et continue à avoir une petite hémorragie des personnes de centre-droits plus modérées, surtout sur les questions culturelles. Et donc si l'OMR n'arrive pas à changer la ligne actuelle, et surtout s'il n'arrive pas à obtenir l'augmentation du salaire poche pour la droite populaire, l'OMR risque effectivement d'avoir une déconvenue en 2029, en particulier dans les provinces comme le Hainaut, où il avait fait de très bonnes performances auprès de cet électorat.
Laurent Nellysen
Oui, mais on ne vote pas avant 2029, ça vous fait effectivement bien de le rappeler, on est un an après la mise en place de ce gouvernement. Et on va accueillir aussi pour analyser les choses Martine Dubuisson, bonjour. Vous êtes journaliste au journal Le Soir, chef adjointe du service politique au quotidien. D'abord un mot là-dessus, est-ce que pour l'EMR, ce qui se passe aujourd'hui, c'est le fait qu'on doit mettre en place des mesures, qui sont certes des mesures de rupture que l'EMR avait annoncées, mais qui dans un premier temps, en fait, sont assez douloureuses pour une partie de la population, sur la fin des allocations de chômage, mais aussi sur une flexibilisation du travail qui pourrait toucher aussi toute une série de travailleurs aujourd'hui dans leurs fonctions actuelles, alors que les mesures qui doivent récompenser vraiment le travail, elles ne viendront plutôt qu'en fin de législature. Est-ce que c'est ça une vraie difficulté aujourd'hui du MR selon vous Ça?
Jean-Benoît Pilet
participe certainement des difficultés du parti et de ce paradoxe effectivement. C'était un peu le gouvernement des rêves, Jean-Joël Boucher le disait dans la séquence, sans le PS et on allait pouvoir faire des réformes historiques. Il y a quelques réformes historiques effectivement. Et malgré tout, l'EMR est un peu le parti le plus vocal dans la coalition, contre ou en tout cas négativement. On l'a vu lors du conclave budgétaire, lorsqu'ils ont dû faire le budget, c'est l'EMR qui a le plus calé, notamment avec l'histoire de la TVA, on l'a rappelé. Mais du coup, c'était celui qui apparaissait presque le plus contre l'Arizona ou en tout cas l'élément perturbateur au sein de l'Arizona. Et ça, c'est quand même un paradoxe, c'est un petit peu étonnant. Sous la Vivaldi, on l'a rappelé, l'EMR était presque dans la participe-opposition, comme on appelle ça. Ils étaient très critiques vis-à-vis de la Vivaldi. Alors ici, les premiers mois de l'Arizona, pas du tout. C'était presque un mariage exceptionnel, de rêve. Avec les engagés aussi, on s'entendait super bien. Et puis petit à petit... On ne peut pas dire que Georges Ouiboucher ait repris tout à fait le costume de participe opposition, mais il est quand même très vocal et parfois négativement sur l'accord budgétaire. Il a d'ailleurs dit que s'il avait été à la table, il y a quelques éléments, 2-3 choses qu'il n'aurait pas accepté et d'autres choses qu'il aurait fait autrement. Donc ça c'est quand même un petit peu étonnant quand on voit que c'était un des partis qui était le plus heureux de ce gouvernement Arizona, et on l'a entendu dans la séquence aussi, lorsqu'ils ont formé le gouvernement, à aucun moment, dit Georges Louis Boucher, ils n'ont imaginé remettre en cause cet attelage-là. Donc ça c'est quand même un peu surprenant. Et pour rejoindre les arguments qu'on donnait pour la perte du MR, en tout cas ce qu'on imagine dans les sondages, les engagés perdent un petit peu aussi, mais pas autant. Et moi j'ai l'impression qu'il y a un aspect communication qui joue aussi, parce que les mesures qui sont prises et qui semblent douloureuses pour la population, le EMR, si je caricature un peu, c'est comme ça, il peut pas être romant, c'est un peu marche ou crève. Tandis que les engagés, ça leur est d'ailleurs reproché par leur position de gauche, ils disent oh là là, oui mais ça c'est vrai que c'est dur, mais il faut... Enfin ils montrent beaucoup plus d'empathie, ça leur est reproché dans l'opposition un peu. Oui, votre coeur saigne, mais vous le faites quand même. Mais malgré tout, au niveau du discours, peut-être que ça passe un petit peu mieux auprès de cette classe moyenne inférieure qui avait espéré Monts et Merveilles et qui est un peu sur sa faim parce que certaines réformes importantes pour le MR n'ont pas encore eu lieu fiscalement et auront lieu au mieux en fin de législature.
Laurent Nellysen
au mieux, vous dites, parce qu'on connaît aussi le contexte budgétaire qui est extrêmement compliqué et qui fait que peut-être ce sera difficile de tenir toutes les promesses qui avaient été faites en matière fiscale. Quand on voit aussi déjà dans ce début de législature qu'il y a des choses un peu inattendues qu'il a fallu prendre en compte au niveau du contexte international, des dépenses en défense et donc la réalité que l'on avait au moment de la campagne n'est plus la même et peut-être encore moins la même que celle qu'on aura en fin de législature.
Jean-Benoît Pilet
Tout à fait et s'ajoute à ça le fait que comme ils ont fait leur budget en retard qui va seulement être voté, il y a des réformes qui budgétairement auraient eu des conséquences entre guillemets quasi immédiates mais qui sont reportées aussi et donc ça entraîne des difficultés budgétaires supplémentaires. Donc c'est clair que ça ne va pas aider.
Laurent Nellysen
Et on peut se demander si sur la communication dont vous parliez, il n'y a pas eu, au vu des sondages d'ailleurs assez difficiles et qui se répètent pour l'EMR, un petit ajustement. J'avais l'impression en entendant par exemple David Clarenval ces dernières semaines que le discours était un peu modifié, peut-être un peu moins fermé radical par exemple sur les allocations de chômage, sans rien retirer sur le fond, mais peut-être dans la façon de le dire déjà une évolution. Est-ce que vous constatez ça aussi Oui,?
Jean-Benoît Pilet
et aussi, je pense chez Georges-Louis Boucher, mais c'est vraiment inégal. Par moment, il y a un adoucissement et puis paf, on retombe un petit peu. Et l'exemple le plus frappant, c'est l'exemple des aidants proches. Ils font une réforme et puis ils se rendent compte, après coup, que ça va toucher les aidants proches. Ils disent tous, mais ça, on ne veut pas. Donc, alors, on essaye de corriger, mais ça aurait dû être anticipé, me semble-t-il.
Laurent Nellysen
Donc, ça, c'est sur l'enjeu surtout socio-économique. Mais il y a aussi, on le disait, l'enjeu culturel, vous l'évoquiez Jean-Benoît Pilet, l'enjeu culturel sur lequel l'EMR se fait de plus en plus vocal. Il assume même l'idée d'une guerre culturelle menée dans l'espace public, menée notamment au départ du centre Jean-Gaulle. Et justement, c'est à cela que s'est intéressée Sarah Poussey.
Sarah Poussey
En septembre, lors d'une soirée controversée à l'université de Liège, Georges-Louis Boucher a célébré l'anniversaire de la mort de Jean Gaulle, mais aussi les 20 ans du centre d'études du MR. Dans son discours, le président libéral a clairement rappelé l'objectif de cette organisation, à savoir imposer les thèmes du débat public et ainsi gagner la guerre culturelle. Pour y parvenir, le libéral y a mis les moyens. Le centre Jean Gaulle reconnaît que Georges Louis Boucher est de loin le président qui a le plus travaillé et investi dans ce qu'ils appellent la bataille des idées. Avant les élections de 2024, le centre a redoublé d'efforts pour produire des études, des livres, des vidéos. Bref, du contenu à partager, avec des sujets particulièrement clivants dans le débat public, le wauquisme, l'islamisme ou encore la neutralité de l'enseignement. Il a aussi organisé plus d'une cinquantaine de conférences walloniennes à Bruxelles, c'est trois fois plus qu'auparavant. Corentin de Sales, le directeur scientifique du Centre Jean-Gaulle, parle du rôle évangélisateur de ces conférences. Lors de ses moments d'échange ou lors d'autres discours, Georges-Louis Boucher aime défendre les thématiques chères au MR, mais aussi cibler ses adversaires, c'est-à-dire la gauche, les minorités, les écolos, mais aussi le monde universitaire, comme il l'a rappelé lors de sa tournée des vœux du MR à Wallin.
David Clarinval
dans le monde intellectuel, il y a une facilité à être de gauche parce qu'ils se disent, en fait, on pense à un monde différent, on est contre l'économie de marché, contre le capitalisme, contre le consumérisme, etc. Et donc, ils se pensent hyper originaux. Non, on pense au-delà. Vous avez besoin d'une voiture. Vous n'avez rien compris à la vie, un bon vélo. Et alors, c'est toujours bien de lire des bouquins et d'aller dans le monde des idées. Le seul truc, c'est qu'en fait, ils ne sont pas originaux du tout parce que tous leurs collègues pensent la même chose. Donc, c'est un confort de penser à crever. Vous avez le triangle des Bermudes comme ça. RTBF, ULB, boulevard de l'empereur. Ça, c'est le triangle des Bermudes. Vous êtes au milieu de ça, vous mourrez.
Sarah Poussey
La stratégie de Georges Louis Boucher est claire. Il fait même référence à l'écrivain communiste italien Gramsci en l'expliquant. Pour gagner dans les urnes et déterminer des choix de société, il faut d'abord gagner les esprits et le débat intellectuel.
Laurent Nellysen
Alors Jean-Benoît Pilet, réaction là-dessus, pas en tant qu'ULB que vous représentez, on reste dans l'analyse ici de ce qui se joue là. Quand Georges-Louis Boucher tient des propos comme cela sur les universités, sur le service public notamment, c'est pas un dérapage, ça s'inscrit dans un discours qui veut construire quelque part un rapport de force différent, une culture différente en Belgique francophone.—
Martine Dubuisson
Oui, effectivement, c'est pas neuf. En fait, Jean-Louis Boucher défend cette ligne-là depuis avant les élections de 2024, a investi dans le centre Jean-Gaulle, mais aussi dans une bataille culturelle permanente. C'est une stratégie qui est claire, qui est assumée, qui est conséquente et qui s'inspire en fait de ce que Georges-Louis Boucher et les membres du centre Jean-Gaulle voient dans d'autres démocraties, à savoir qu'on peut faire basculer à l'avantage de la droite le paysage politique si on ne reste pas uniquement sur le socio-économique, mais si on va aussi sur des questions culturelles, migratoires, d'identité, de rapport à la démocratie. Et donc on a vu ça dans plein de pays européens, on a vu ça aux États-Unis, on a vu ça à plusieurs endroits. Et ça permet de faire deux choses. Ça permet à la fois de changer le curseur du débat pour peut-être faire oublier des décisions un peu plus difficiles en matière budgétaire, en matière sociale. Mais ça permet aussi de s'attaquer à ce qui est peut-être le moins populaire chez certains adversaires de gauche. Parce qu'effectivement, les grandes enquêtes en sciences sociales qui sont menées depuis des années, montrent bien que la population, sur ces enjeux culturels, il y a une frange de la population assez conservatrice, assez rétive à l'immigration, assez rétive à l'ouverture culturelle sur les questions, que ce soit le mariage pour les couples homosexuels et l'adoption pour les couples de même sexe, ou les transitions de genre. Donc on sait qu'il y a un potentiel plus conservateur, mais qui n'est pas forcément un électorat qui trouve ça prioritaire. C'est moins important que les conditions de vie. Et ce que se dit l'EMR, c'est qu'en faisant changer ça, en faisant des enjeux culturels quelque chose de plus saillant, de plus prégnant, on peut, à l'instar de ce qui s'est passé dans plein de pays européens, gagner les élections sur cet enjeu-là. Alors qu'effectivement, sur les enjeux strictement de la qualité de vie et de la discipline budgétaire, ça va être difficile parce que même les promesses qui sont formulées en ces matières-là, elles supposent un redressement budgétaire qui, lui, suppose de faire des diminutions d'aides à la population. à la fois stratégique et idéologique, mais c'est pleinement conséquent et c'est pleinement inspiré de ce qui se passe dans d'autres pays européens.
Laurent Nellysen
Dans d'autres pays européens et au-delà, on voit ce qui se passe aux États-Unis avec Trump. Certains des adversaires de Georges Louis Boucher font de plus en plus souvent cette comparaison en disant qu'il y a une forme de dérive trumpiste chez Georges Louis Boucher. Est-ce que là-dessus, il n'y a pas un danger quand même pour lui? Parce qu'à la fois, il y a cette stratégie dont vous nous dites que politiquement, ça peut fonctionner. Et en même temps, si on agite de plus en plus cette comparaison avec un Trump, dont on voit aussi à quel point ça peut alors partir dans tout autre chose qui n'est plus du tout une démocratie, est-ce que là ça ne peut pas jouer contre Louis Boucher par rapport à cette conquête électorale qu'il essaye de mener?
Martine Dubuisson
Tout à fait, c'est une ligne de crête qui est assez difficile à tenir parce qu'on peut se dire à un moment donné, c'est ce qui s'est passé sans doute avant 2024, se dire que les exemples de Giorgia Meloni, les exemples aux Pays-Bas où on voit la montée de cette droite radicale qui tient ce type de discours sont plutôt des exemples positifs. Mais ici, on a un peu le retour de bâton qui est que dans une partie de l'électorat qui pourrait voter pour le MR, qui d'ailleurs est le plus proche du MR sur les questions socio-économiques, on commence à être effrayé. On commence à se dire que des alternatives comme les engagés peuvent peut-être, sur ce point-là, être un peu plus raisonnables. Et puis surtout, ce qui se passe, c'est que ce n'est plus uniquement un discours qui se fait à l'encontre de questions migratoires ou à l'encontre de questions sur l'environnement. ou autre, mais qu'on va aussi avoir des choses sur la démocratie elle-même. Quand on a une critique des contre-pouvoirs, quand on a une critique répétée des contre-pouvoirs, on voit bien qu'à l'intérieur même du mouvement réformateur, ça commence à susciter un certain malaise. On l'a vu effectivement avec M. De Macte qui a quitté le MR, mais on le voit aussi dans la base libérale. Et donc ça, c'est un peu la difficulté. C'est qu'il faut à la fois, pour Georges Louis Boucher, réussir à tenir ce discours et à attirer un électorat plus conservateur, mais sans aliéner un électorat qui est profondément démocrate, qui est profondément ouvert sur ces questions-là et qui votait MR précédemment sur des questions socio-économiques.
Laurent Nellysen
Justement, parlons un peu de ce qu'a montré le cas Michel Demacte, député fédéral, on le rappelle, élu à Bruxelles sur des listes MR et qui a quitté le MR pour rejoindre les engagés. Voilà ce qu'il disait du mouvement réformateur au moment de quitter le parti.
David Clarinval
Je n'ai pas changé, c'est le parti dans lequel je siégeais qui n'incarne plus les valeurs que je veux défendre. Je ne suis pas populiste, je ne suis pas conservateur de droite, radical. Je suis un libéral authentique. Et l'illibéralisme, je le tiens en horreur. Je peux vous dire que j'ai reçu beaucoup de soutien ces derniers mois de mandataires et d'importance. Il y a des gens qui se posent de réelles questions. Il y a un malaise évident au sein du MR sur la ligne qui dévie.
Laurent Nellysen
Martine Dubuisson, on l'entend, les mots sont durs. Il dit qu'il n'était pas le seul à penser ça dans le parti. Est-ce qu'il n'y a pas un risque pour le président du MR, Georges Louis Boucher, de perdre une partie de sa base ou de se fâcher avec certains cadres en continuant dans sa stratégie actuelle.
Jean-Benoît Pilet
Mais comme on vient de le dire, ce qu'on pourrait appeler les libéraux classiques, certains disent libéraux sociaux ou centre droit, sont un petit peu mal à l'aise avec pas nécessairement le fond, mais surtout la manière, la communication ou le côté extrêmement clivant, voire agressif parfois, de Georges-Louis Boucher. Donc effectivement, il répulse comme il attire. Donc il a attiré un nouveau public plus conservateur, plus à droite, mais il ne doit pas s'aliéner effectivement à la base plus classique. Et pour le moment, si on en croit les sondages, il perd un petit peu, et notamment vers les engagés, comme on l'a dit, qui maintenant répètent à tout va, les vrais libéraux, ils sont chez les engagés, ce qui est quand même un petit peu embêtant pour le MR et paradoxal. Maintenant, c'est vrai que Georges-Henri Boucher, il a une conception non pas d'une gestion collective de son parti. Son idée, c'est dans une organisation, il faut un chef et le chef, c'est moi. Et puis c'est tout. Et donc il prend certaines décisions, surtout certaines prises de positions, je vais pas dire seules mais quasi, et que beaucoup découvrent dans la presse. Donc ça, ça n'aide pas non plus en interne. Alors de temps en temps il fait plus de réunions, il rediscute plus en interne, il ne concerte plus. Parce que lui dit toujours, mais moi on peut tout me dire, c'est vrai, mais est-ce qu'il entend? C'est toujours ça le problème. Donc il a une conception de la gestion de son parti, le MR maintenant c'est Georges Louis Boucher, on n'entend quasi que lui.
Laurent Nellysen
C'est de plus en plus le parti de Georges Louis Boucher, plus que le mouvement réformateur.
Jean-Benoît Pilet
Exactement, le parti de Georges Louis Boucher, il le conçoit comme ça, et donc ça entraîne des tas de choses avec ce côté extrêmement clivant qu'il a et qu'il assume. Et pour revenir à la question de la guerre culturelle, déjà il parle de guerre, c'est pas rien comme mot, mais tout pour lui, effectivement, c'est un clivage gauche-droite. Tout simplement. Même quand on dit, tiens, est-ce qu'il n'y a pas un aspect communautaire, donc nord-sud? Non, c'est gauche-droite.
Laurent Nellysen
Oui, et on rappellera d'ailleurs que le slogan en campagne du MR, c'était 50 nuances de gauche. Et nous, sous-entendu, tout ce qui n'est pas le MR est à gauche. C'est une stratégie, Jean-Benoît Pilet, qui tient quand même beaucoup à la personnalité, effectivement, de Georges-Louis Boucher, qui incarne en quelque sorte cette polarisation qu'il essaye de construire. Et on a l'impression que c'est un peu qui tout double. Soit il y parvient sur la durée de la législature et alors là il peut rester durablement vraiment le chef de ce parti. Mais ça peut aussi bien se crasher cette stratégie.
Martine Dubuisson
Mais c'est une stratégie qui est une évolution forte du positionnement idéologique du parti. C'est une stratégie qui est aussi une évolution forte du style du parti qui devient extrêmement centralisé autour de Georges-Louis Boucher alors qu'on avait un parti qui était historiquement divisé entre clans. Et donc ça marche tant qu'il gagne. Et ça part sur un parti effectivement compliqué, puisque l'idée c'est que le MR pourrait occuper tout l'espace à droite. Donc en 2024, la priorité c'était d'aller récupérer des électeurs qui étaient à droite du MR, qui avaient voté pour plein de petits partis de droite radicale, mais qui représentaient 7 ou 8%. Et ça ils ont bien réussi, mais l'espoir c'est qu'il n'y ait pas de concurrence au centre droit. Et ils ont constaté avec la montée des engagés qu'il y avait une concurrence au centre droit déjà aux élections de juin 2024, mais encore plus aux élections communales d'octobre 2024 où les engagés ont commencé grignoter dans des villes comme Oivre ou Nivelles et donc ils se sont constatés qu'il y avait certes un monopole à droite mais que ce monopole était progressivement grignoté et donc si l'EMR n'arrive pas à réaliser ce grand pari d'être le seul parti dominant de droite à 30-35% ça va commencer à frotter en interne et ceux qui sont moins sur cette ligne Georges-Louis Boucher, ceux qui sont plus au centre droit ou ceux qui simplement pour des raisons de D'occupation du pouvoir aurait intérêt à ne plus avoir Georges Louis Boucher, n'hésiterons pas à s'engouffrer dans la brèche d'une éventuelle défaite. On le voit déjà frémir un petit peu quand les sondages sont mauvais, mais s'il devait y avoir une grosse défaite électorale, effectivement ce serait très difficile de maintenir cette position ultra-dominante pour Georges Louis Boucher.
Laurent Nellysen
Oui, parce qu'au fond, ce qu'on comprend dans cette émission, c'est la difficulté du grand écart, en fait, pour pouvoir constituer cette base électorale forte. Et on a l'impression que comme Georges-Louis Boucher veut s'imposer via le rapport de force en étant le premier et donc que les autres soient obligés de compter avec lui plutôt qu'en essayant de maintenir des bons rapports avec telle ou telle autre partie. Donc pour ça, il faut être le premier et le plus grand parti. Mais ça impose cette espèce de grand écart où on arrive à aller chercher la droite et même la droite de la droite et encore une partie du centre droit. ça a été plus ou moins un bien réussi en 2024. Mais là, vu comment les choses évoluent pour le moment, c'est ce grand écart là qui est en train un peu de craquer, on pourrait le dire comme ça.
Martine Dubuisson
Il est en train de craquer d'une part parce que c'est un grand écart et donc c'est très difficile d'occuper un tel espace idéologique en plus sur deux clivages, sur le clivage socio-économique, mais aussi sur le clivage culturel. Donc, c'est difficile de faire un grand écart. Et d'autre part, parce que les engagés ont compris que, eux, plutôt que d'aller lutter pour le centre-gauche, c'était au centre-droit qu'il fallait aller. Et donc il tombe aussi un moment où les engagés, et en particulier avec Maxime Prévost, sont plutôt sur ce positionnement au centre-droit, n'ont pas de problème à récupérer des libéraux sociaux du MR. Et donc on a une concurrence qui n'existait pas auparavant. Et on a une posture qui est très complexe, parce qu'elle suppose d'être très fortement à droite. Et même au sein du gouvernement Arizona, qui est pourtant la coalition rêvée, disait Georges Louis Boucher, le centre de gravité, il n'est pas très, très à droite. Certes, il y a la N-VA et le MR, mais il y a aussi vos Reuters, les engagés et le CDNV qui, eux, tirent vers le centre. Et donc, même là, on voit que sur certaines questions, c'est difficile de faire un gouvernement qui, par exemple, ne taxe pas du tout le capital. Alors que si c'était seulement Georges Louis Boucher ou des partis de droite, on ne taxerait pas du tout ce capital.
Laurent Nellysen
On sent donc que derrière les espoirs d'une coalition très cohérente pouvant permettre au MR de réaliser pas mal de ses points de programme et la réalité concrète de la mise en œuvre, il y a un gap. quand les slogans et les idées viennent se heurter à la complexité du réel dans un contexte budgétaire compliqué, et quand il faut tenir compte aussi des partenaires de gouvernement qui n'ont pas forcément le même agenda. Quand le grand écart qui a permis de rassembler de la droite de la droite jusqu'au centre droit, en passant par un électorat populaire un peu dégoûté de la politique, quand ce grand écart devient de plus en plus difficile à tenir une fois au pouvoir, Le MR traverse aujourd'hui une phase de doute, mais on l'a dit, on n'est qu'au début 2026. Beaucoup, beaucoup d'eau peut encore couler sous les ponts d'ici le prochain scrutin prévu, on le rappelle, en 2029. Merci d'avoir écouté ce premier épisode de notre série consacrée à la situation politique un an après la mise en place du gouvernement Arizona. Dans notre prochain épisode, on parlera des engagés et de l'opération d'escotchage en cours vis-à-vis justement du MR pour le parti de centre qui est de plus en plus affirmé comme un parti de centre droit. Ce sera donc pour l'épisode suivant. Celui-ci était réalisé par Laurent Nellysen, avec à la préparation Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Et si ce contenu vous a intéressé, n'hésitez pas évidemment à le partager autour de vous.
Host: Laurent Nellysen (RTBF)
Invités principaux :
Cet épisode inaugure une série spéciale, un an après l'installation du gouvernement fédéral belge dit “Arizona”. Il propose une plongée dans la situation du MR (Mouvement Réformateur), parti francophone principal de la coalition, en mettant en lumière le paradoxe entre le pouvoir d’influence assumé par le MR et sa difficulté, selon les sondages récents, à en récolter les fruits électoraux. L’épisode questionne ce paradoxe, revient sur les réformes majeures portées par le MR, la stratégie de son président Georges-Louis Bouchez, les luttes internes et les défis de communication, le tout sur fond de tensions croissantes entre droite populaire et centre-droit modéré.
Un gouvernement à la droite marquée, piloté par le MR :
Le MR a vu nombre de ses réformes-phares incluses dans le programme du gouvernement Arizona, notamment la limitation dans le temps des allocations de chômage (02:26, 03:21).
“C'est vraiment le message que le chômage n'est pas un plan de carrière, qu'il faut chercher du travail. [...] Il y a du travail disponible.”
— David Clarinval (02:26)
Réformes phares et contestations sociales :
Tensions budgétaires internes :
Le MR s’est opposé à de nouvelles taxes ou à des mesures comme le saut d’index, tenant une ligne dure face à ses partenaires, ce qui a généré des bras-de-fer internes et fragilisé la coalition (04:33, 04:59).
“Taxer, c’est la solution de facilité. C’est exactement ce qu’on fait dans ce pays depuis 50 ans. Ça nous a conduit à la faillite.”
— David Clarinval (04:59)
Une ligne droite assumée, mais peu de “récompenses” électorales :
Le MR a pu présenter certains “trophées” à sa base traditionnelle (classes moyennes supérieures, entrepreneurs, secteur privé), mais la promesse de “récompenser le travail” ne s'est pas traduite par une augmentation tangible du salaire net pour les bas revenus — segment décisif en 2024 (07:11, 09:36).
Faiblesse sur d’autres thématiques :
Les “ruptures” annoncées sur la fiscalité, la migration, la sortie du nucléaire restent incomplètes ou contestées dans la pratique.
Chiffres sondages illustrant la problématique :
“Dernier sondage du journal Le Soir, on voyait un MR qui perdait 7 points en Wallonie, 5 points à Bruxelles.”
— Laurent Nellysen (09:01)
Double perte électorale selon Dubuisson (09:36, 11:30) :
“Le MR perd la droite populaire qu’il avait gagnée et continue à avoir une petite hémorragie des personnes de centre-droit plus modérées…”
— Martine Dubuisson (09:36)
Un parti vocal, parfois “perturbateur” dans la coalition :
Le MR, d’abord partisan enthousiaste de la coalition Arizona, est vite apparu comme l’élément le plus opposant sur certains dossiers, notamment budgétaires, jouant un rôle de “perturbateur” qui étonne (12:22, 14:50).
Question de style et de communication :
D’après Pilet, le MR reste perçu comme implacable, “marche ou crève”, notamment sur les mesures douloureuses prises, là où les Engagés semblent plus empathiques (14:05).
Difficultés à rester sur la ligne dure :
Un ajustement du ton semble amorcé, mais demeure inégal. Certains retours en arrière ou rectifications tardives (ex : réforme touchant les aidants proches) illustrent une gestion de la communication parfois défaillante (15:58).
Investissement massif dans la bataille des idées :
Bouchez s’inspire de stratégies internationales et s’investit dans la construction d’un nouveau discours hégémonique, via le centre Jean-Gaulle, pour “gagner la guerre culturelle” (16:46).
Thèmes abordés :
Wokisme, islamisme, neutralité scolaire, critique du monde universitaire et médiatique (“triangle des Bermudes : RTBF, ULB, boulevard de l’Empereur”)
“C’est un confort de penser à crever. Vous avez le triangle des Bermudes comme ça…”
— Georges-Louis Bouchez cité par David Clarinval (18:14)
Objectif affiché :
S’imposer sur les enjeux du débat public, déplacer les curseurs, gagner au-delà du socio-économique en galvanisant les thèmes conservateurs (18:54).
Un pari stratégique et idéologique inspiré de l’international :
Bouchez cherche à reproduire ce qui est arrivé dans d’autres démocraties occidentales : ramener la scène politique à droite par une polarisation sur les enjeux culturels (19:33, 21:31).
Le double tranchant de la méthode :
Cette stratégie peut faire fuir une partie de la base modérée, d’autant que certains thèmes commencent à être associés à une dérive “trumpiste” ou “illibéraliste”, ce qui fait craindre à certains une sortie du consensus démocratique (21:31–23:20).
Témoignage de Michel Demacte (député fédéral ex-MR) :
“Je ne suis pas populiste, je ne suis pas conservateur de droite, radical. Je suis un libéral authentique. Et l’illibéralisme, je le tiens en horreur.” (23:38)
— Michel Demacte
Un parti de plus en plus “bouchezisé” :
Bouchez centralise l’image et la décision, accentuant la personnalisation du mouvement, ce qui inquiète une frange des “libéraux classiques”.
“Son idée, c’est... il faut un chef, et le chef, c’est moi... le MR maintenant c’est Georges-Louis Bouchez, on n’entend quasi que lui.”
— Jean-Benoît Pilet (25:54)
Stratégie risquée de “grand écart” :
Bouchez cherche à occuper tout l’espace à droite, des électeurs “droite de la droite” au centre-droit, mais commence à se heurter aux limites de cette polarisation, face à la concurrence renforcée des Engagés et aux frictions internes (28:10, 28:48).
Entre slogans et réalité :
Il existe un fossé croissant entre le discours offensif, les attentes électorales et la réalisation concrète des promesses, avec un contexte budgétaire toujours plus difficile et une coalition de moins en moins homogène (29:52).
Un avenir incertain, beaucoup d’eau peut encore couler d’ici 2029 :
“Le MR traverse aujourd’hui une phase de doute, mais on l’a dit, on n’est qu’au début 2026. Beaucoup, beaucoup d’eau peut encore couler sous les ponts d’ici le prochain scrutin.”
— Laurent Nellysen (29:52)
“Taxer, c’est la solution de facilité. C’est exactement ce qu’on fait dans ce pays depuis 50 ans. Ça nous a conduit à la faillite.” — David Clarinval (04:59)
“Le MR perd la droite populaire qu’il avait gagnée et continue à avoir une petite hémorragie des personnes de centre-droit plus modérées...” — Martine Dubuisson (09:36)
“Le MR maintenant c’est Georges-Louis Bouchez, on n’entend quasi que lui.” — Jean-Benoît Pilet (25:54)
“Je ne suis pas populiste, je ne suis pas conservateur de droite, radical. Je suis un libéral authentique. Et l’illibéralisme, je le tiens en horreur.” — Michel Demacte (23:38)
Ce premier épisode de la série “Bilan de l’Arizona” donne à voir toute la complexité du positionnement du MR dans la coalition : un parti qui a imposé de nombreuses mesures clefs, mais qui peine à convertir cette influence en gains électoraux, notamment à cause d’un grand écart stratégique et d’une polarisation intense encouragée par son président. Le tout dans un contexte de coalition moins docile qu’attendu, de concurrence accrue au centre-droit et d’un chemin semé d’embûches jusqu’aux élections de 2029.
À suivre : Prochain épisode consacré aux Engagés et leur stratégie pour concurrencer le MR au centre-droit.