
C’est une question qui habite de nombreux Bruxellois. La région bruxelloise est en effet prête à battre le record du monde des 541 jours sans gouvernement. Nous nous intéressons donc aux raisons du blocage et aux conséquences sur la capitale belge avec Caroline Säg...
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David Leister
Ça fait maintenant presque un an qu'on cherche à savoir qui va s'asseoir avec qui autour de la table.
Johan Batten
On met à mal le système démocratique nous-mêmes.
Caroline Sagesser
Il y a toujours un problème d'ego, il n'arrive pas à se mettre d'accord.
Antoine Duhart
La première.
Narrator / Host
Je veux m'inscrire dans une démarche qui est constructive.
Interviewer / Host
Les clés.
Caroline Sagesser
Arnaud Reussen.
Interviewer / Host
Bonjour à toutes, bonjour à tous et.
Narrator / Host
Bienvenue dans un numéro des clés où.
Interviewer / Host
L'On va se poser une question qui.
Narrator / Host
Taraude sans doute les bruxellois. La région bruxelloise aura-t-elle un gouvernement d'ici la fin de la législature ? La barre des 500 jours est déjà largement dépassée. Le record du monde des 541 jours sans gouvernement est en vue. et on ne voit toujours pas le début d'une solution. Alors on va essayer de comprendre pourquoi ce blocage perdure. S'agit-il de petits calculs de politique politicienne.
Interviewer / Host
Ou est-ce bien plus profond que ça ?
Narrator / Host
Quels sont les risques aussi pour Bruxelles si la crise se prolonge encore ? C'est à tout cela que l'on va tenter de répondre.
Antoine Duhart
La première, les clés.
Narrator / Host
Je suis affligé par la plus longue durée de mémoire d'homme de formation d'un gouvernement. Ca, c'était en juillet 2011. Le roi Albert II s'inquiétait alors de la plus longue crise politique qui est à ce jour connue notre pays. 541 jours sans gouvernement fédéral. Mais ce record, pourrait donc bien être battue d'ici quelques semaines à Bruxelles puisque la barre des 500 jours est maintenant déjà nettement dépassée et qu'on ne voit pas encore de dénouement à l'horizon. Faisons alors un petit retour en arrière pour retracer le fil de cette longue, longue et pénible crise. Revenons d'abord au 9 juin 2024, soir des élections régionales, avec une distribution des cartes particulièrement complexe pour Bruxelles. Du côté des francophones de Bruxelles, c'est donc l'EMR qui devenait premier parti, suivi par le PS puis le PTB. Ecolo et Défi, qui étaient dans la majorité sortante, connaissaient eux de lourdes défaites. Cette configuration allait pratiquement obliger l'EPS et l'EMR à gouverner ensemble, malgré une opposition frontale entre les deux formations. Première grosse difficulté. Autre verdict, en ce soir du 9 juin, un très grand éparpillement des voix chez les Flamands de Bruxelles. C'est Groon qui arrive en tête ce soir-là, juste devant un invité surprise, la team Fouad Haïdar.
Caroline Sagesser
On l'a senti au fur et à.
Johan Batten
Mesure de la campagne qu'il y avait.
Caroline Sagesser
De plus en plus de gens qui.
Interviewer / Host
Étaient prêts à nous soutenir, à nous accompagner.
Narrator / Host
C'est la deuxième grosse difficulté. Plusieurs parties vont pratiquement mettre un veto sur la Team Fouad Haïdar. Pas question de gouverner avec cette formation jugée communautariste. Ce qui veut dire alors qu'il va falloir allier 4 partis flamands pour dégager une majorité. Et problème, il n'y a que 3 postes ministériels pour l'aile flamande du gouvernement. La suite va être un long chemin de croix en forme de montagne russe avec des moments d'avancée et d'espoir et des moments de clash et de recul. Le 1er août 2024. on voit se dégager un attelage francophone possible entre MR, PS et engagés qui négocient et qui avancent. Mais voilà, ils savent qu'ils ne sont pas les seuls à la manœuvre et.
Interviewer / Host
Qu'Il faut aussi voir ce qui se.
Narrator / Host
Passe côté flamand, comme l'explique alors David Leister, MR et formateur à l'époque.
David Leister
« Tant qu'on n'a pas de majorité du côté néerlandophone aussi, c'est très compliqué de continuer à avancer sur un accord parce qu'on risque peut-être d'avoir un accord entre francophones, mais pas de majorité au Parlement et donc pas de vote de confiance, etc.
Narrator / Host
Du côté flamand, c'est Elke Vandenbrandt pour Groen qui est, elle, formatrice. Elle sait qu'elle est face à un mécano complexe, convaincre 4 parties de monter au gouvernement, mais pour seulement 3 postes ministériels. Finalement, le 28 novembre, déjà 5 mois et demi après les élections, elle parvient à construire un attelage avec Groen, Open VLD, NVA et Voorheut.
Antoine Duhart
On a travaillé dur pour trouver la majorité. Les cartes qui ont été mises par les électeurs étaient très difficiles.
Narrator / Host
On croit alors qu'on touche au but. Il y a un attelage côté francophone, un autre côté flamand qu'il suffira juste d'assembler pour avoir un gouvernement bruxellois. Mais voilà, patatras, l'EPS, lui, ne veut pas d'un gouvernement avec la N-VA. La N-VA, c'est vraiment faire entrer le loup dans la bergerie. on s'enfonce dans la crise. Les relations vont virer de plus en plus allègres entre PS et MR et le 21 février 2025, soit plus de huit mois après les élections, le formateur David Leister fait un premier pas de côté.
Antoine Duhart
Constat d'échec pour David Leister. Après 258 jours de négociations, aucune possibilité de former un gouvernement bruxellois.
Narrator / Host
Suite à cela, on va tenter de renouer les fils par divers moyens. Un duo d'informateurs va se former, avec Elke van den Brans Groen et, côté francophone, Christophe de Beukelaar, pour les engager, mais sans débloquer la crise. En avril, le MR évoque l'idée d'un gouvernement minoritaire, sans le PS. En mai, le PS annonce, lui, qu'il veut tester une majorité progressiste, sans le MR et sans la N-VA. On est de plus en plus dans un dialogue de sourds. Le 11 juillet, à la surprise générale, le président du MR sort un lapin de son chapeau. Il confierait un des postes qui revient normalement au MR à une personnalité indépendante, NVA compatible, de manière à ce que la NVA soit un peu dans le gouvernement, mais sans y être. L'idée va faire flop en quelques heures à peine. À la fin de l'été, il y aura encore le travail d'Ivan Verhoekstraat, président des Engagés, qui remet sur la table l'idée d'une coalition avec le CDNV, mais sans la NV, à côté flamand. Là, c'est l'Open VLD qui va dire non, par la voix de son chef de file, Frédéric Degus.
Johan Batten
Une proposition de coalition dont Magritte serait jaloux et que ferait palir Kafka.
Narrator / Host
Finalement, Le 28 octobre dernier, 506 jours déjà après les élections, le formateur et maire David Leister décide de rendre définitivement son tablier.
David Leister
Alors voilà, mes amis, je me retire du jeu. Je quitte la vie politique active, nationale et régionale. Parce que continuer dans les conditions actuelles, ce serait trahir ce en quoi je crois.
Interviewer / Host
Et l'heure de la solution n'a pas encore sonné.
Narrator / Host
On semble en être bien, bien loin.
Interviewer / Host
Bonjour Caroline Sagesser. Bonjour. Vous êtes politologue et chercheuse au CRISP, le Centre de Recherche et d'Information Sociopolitique. Avec vous, on a envie de revenir d'abord sur les données de fond du problème et cette impression, quand on fait le fil que l'on vient de faire ici, qu'on a déjà presque tout essayé. Est-ce que le constat, c'est que c'est impossible de créer un gouvernement bruxellois aujourd'hui ?
Caroline Sagesser
Je dois dire que ce brillant rappel que vous avez fait des événements des quinze derniers mois n'incite vraiment pas à l'optimisme. Et donc oui, les données, évidemment, elles n'ont pas évolué depuis le soir du scrutin. Ce qui me frappe, c'est cette incapacité véritablement des politiques à conclure des compromis, des compromis effectivement qui sont forcément toujours un peu douloureux, mais la Belgique a été globalement célèbre pour sa capacité à conclure des compromis. Et donc là, effectivement, il y a des problèmes, je dirais, structurels. On peut revenir sur l'architecture institutionnelle bruxelloise, on peut revenir sur le résultat des élections, sur le fait qu'il y a huit parties du côté flamand qui se partagent 17 sièges. C'est effectivement un problème de base. On peut revenir sur la conjonction funeste des scrutins avec les élections communales qui ont encore retardé beaucoup les négociations, tout ça. Mais à la fin, il faudrait quand même qu'à un moment donné, les protagonistes de cette affaire prennent conscience de l'urgence de la situation et acceptent quelque part de lâcher du lest. Et je suis effectivement extrêmement perplexe devant leur incapacité à faire les concessions nécessaires.
Interviewer / Host
Et quand je réécoutais en préparant cette émission le discours du roi en 2011, son discours c'était aussi de dire le vrai courage politique c'est de pouvoir à un moment donné faire des compromis et aller vers l'autre.
Caroline Sagesser
Tout à fait mais je crois qu'il y a une grosse différence avec la situation de 2011. Nous allons battre ce record à Bruxelles selon toute vraisemblance le 3 décembre, on aura plus que 541 jours. Et excusez-moi d'être un peu lapidaire voire vulgaire mais j'ai l'impression que tout le monde s'en fout. singulièrement du côté francophone. Il y a une différence là, je crois, entre les opinions publiques bruxelloises, flamandes et francophones. Mais du côté francophone, on a un bourgmestre, on a l'attention qui est dirigée vers le gouvernement arizona qui lui-même traverse en ce moment une crise et dont les citoyens vont être impactés par les mesures. On a aussi l'attention dirigée vers la Fédération Unie Bruxelles avec les économies annoncées dans l'enseignement, dans la culture. Ça, ça concerne effectivement les citoyens et je crois que Ce vide de pouvoir au niveau régional, les Bruxellois francophones n'en ont pas suffisamment conscience, ils n'ont en tout cas pas du tout conscience de la gravité de la situation.
Interviewer / Host
Un peu une crise sans public comme ça, il se passe quelque chose dans la pièce politique mais on a l'impression que les citoyens regardent ailleurs jusqu'à peut-être être très fondamentalement impactés dans leur quotidien parce que ça pourrait avoir cette crise des conséquences très concrètes pour les citoyens mais ça on va y venir un petit peu plus loin dans cette émission. Un petit mot quand même pour essayer de bien identifier les points de blocage, les bras de fer, les clivages les plus importants dans cette crise Caroline Saguessert. Il y en a un qu'on a déjà bien compris je pense dans le résumé, c'est cette incompatibilité pratiquement fondamentale entre le PS et la N-VA. Est-ce que c'est une forme de posture du PS par rapport aussi à tout ce qui est en train de se jouer au fédéral avec Bardo Weaver Premier ministre ? Ou bien est-ce que ça révèle au fond une différence tellement forte de conception de ce que doit être Bruxelles que c'est effectivement difficilement dépassable ?
Caroline Sagesser
Alors effectivement, il est extrêmement difficile de ménager les conceptions qu'ont le PS, la N-VA de Bruxelles, de son avenir, de ce que doit être la ville, effectivement. On comprend bien les difficultés rencontrées et la réticence du PS à monter dans un gouvernement avec la N-VA, à la fois en raison de la vision de la N-VA sur Bruxelles, ce modèle confédéraliste, et également en raison des déclarations de certaines personnalités de la N-VA par rapport notamment à la population bruxelloise. Donc on comprend ces réticences. Il n'en reste pas moins que, et c'est d'ailleurs peut-être un paradoxe, l'avenir de la région de Bruxelles-Capital ne se décide pas au niveau régional. Donc tout ce qui concerne la différence de vision sur le modèle institutionnel ne va pas avoir une influence sur le contenu de l'accord de gouvernement bruxellois. Donc on pourrait très bien dire, voilà, effectivement, nous n'avons pas du tout la même vision que l'ANVA, mais de toute façon, malheureusement, on ne nous demande pas notre avis. C'est au niveau fédéral que ça se décide. Donc finalement, l'impact d'une alliance entre l'EPS et l'ANVA, eh bien, il est moindre au niveau régional qu'il ne l'aurait été au niveau fédéral, certainement.
Interviewer / Host
Donc ça veut dire que, quelque part, la N-VA, du point de départ du fédéral, pourrait avoir beaucoup plus d'impact sur Bruxelles, sur l'architecture bruxelloise, qu'elle ne peut en avoir en étant un des membres d'un gouvernement où, en plus, il y aura beaucoup de membres. Ça, c'est plutôt votre analyse. Donc ça, c'est un premier point. L'autre point très important dans le clivage, on a l'impression, c'est entre PS et MR. Et ça ne se limite pas justement à cette question de la N-VA. On a l'impression que ça transparaît aussi du fil de cette crise. C'est qu'au fil du temps, les relations se dégradent de plus en plus entre MR et PS, qu'on a plus de mal aujourd'hui à les imaginer travailler ensemble dans un gouvernement bruxellois qu'on avait la possibilité de l'imaginer trois ou quatre mois après le scrutin.
Caroline Sagesser
Oui, la relation, elle est un peu en Dancie ou en montagne russe, mais effectivement, il y a une incompatibilité de départ. Il y a aussi, je pense, une difficulté à prendre en compte véritablement le résultat du scrutin. Au MR, on a triomphé le 9 juin sans apercevoir tout de suite les concessions qui seraient nécessaires. Au PS, on n'avait pas envie de monter dans un gouvernement. Et puis, on se rend compte qu'on est quand même finalement obligé de le faire à Bruxelles. Donc, dès le départ, il y a des postures qui sont certainement bien moins qu'enthousiastes à l'idée de travailler ensemble. Et puis, au fur et à mesure déroulement des événements, on peut rappeler aussi le vote de l'ordonnance reportant l'entrée en vigueur de la lèse, etc. Il y a eu des moments où, effectivement, il y a eu une bonne collaboration entre l'OMR et le PS, et puis il y en a d'autres où pas du tout. Et l'OMR, effectivement, est extrêmement mécontent de ce blocage, de cette hucasse du PS à l'égard de l'ANVA. Et puis il y a aussi les questions de personnes. Et donc là, maintenant, on entre dans une nouvelle phase avec Georges-Louis Boucher qui remplace David Lester. Je n'ai pas l'impression que ça va être de nature à apaiser les relations entre le PS et l'OMR.
Interviewer / Host
On peut imaginer que ça risque d'être tendu entre un Amedlawesh pour l'EPS et un Georges-Louis Boucher qui négocie maintenant au nom du MR. On va accueillir un deuxième invité dans.
Narrator / Host
Cette émission qui s'appelle Johan Batten.
Interviewer / Host
Bonjour.
Caroline Sagesser
Bonjour.
Interviewer / Host
Merci d'être avec nous. Vous, vous êtes journaliste bruxellois, bruxellois-flamand puisque vous travaillez pour Bruse, le média bruxellois-flamand. Et avec vous, j'ai envie qu'on évoque justement ce qui se passe un peu du côté des partis flamands en particulier, parce que c'est vrai et c'est normal, on regarde peut-être un petit peu plus ce qui se joue côté francophone jusqu'ici, mais il y a des éléments qui se jouent aussi côté flamands et on l'a évoqué dans le récit, notamment le fait que l'Open VLD en particulier ne semble pas vouloir entrer dans un gouvernement si la N-VA n'est pas avec. Et ça, ça peut paraître un petit peu particulier parce qu'on sait qu'au fédéral, depuis plusieurs années maintenant, les relations sont très très très dur entre l'ANVA et l'Open VLD et que l'ANVA parfois même piétine un peu l'Open VLD. Comment est-ce qu'on explique que l'Open VLD dise non, nous on trouve que l'ANVA.
Narrator / Host
Doit y être ?
Johan Batten
Je pense qu'il y a différentes choses. Côté néonophones, il y a eu beaucoup de tentatives d'essayer de mettre côté l'ANVA d'abord et d'accueillir CDNV, Benjamin Dalle, dans la coalition flamande, donc Groen, Open VLD, Verhulst et CDNV. Et là le problème était que, voilà, comme vous avez dit, trois postes pour quatre parties ça va pas. Benyamin Dal, il voulait vraiment peser sur cette coalition aussi parce que la coalition sortante était Groen, Vreuth et OPVLD. Il voulait pas juste être le quatrième parti et aller dépanner cette coalition. Donc il voulait vraiment peser et ça n'a pas réussi avec ces quatre parties. Et en même temps, il faut aussi constater que chez l'OPVLD on a eu un changement de pouvoir. Sven Gatz qui est tombé malade déjà l'année passée et durant son absence, après l'été je pense de 2024, Frédéric de Gucht est venu comme le nouveau chef, le nouveau leader de l'OPVLD et il a aussi un petit peu pris cette coalition, cette formation néerlandophone en main lui-même. Il a dit qu'il voudrait vraiment collaborer avec l'ANVA et il faisait aussi une sorte de geste en même temps de ne pas avoir un rôle dans ce gouvernement bruxellois. Il a dit, je n'ai pas besoin d'un poste de gouvernement, je vais prendre le commissariat de gouvernement. Et là, il y a eu une sorte de deal entre la N-VA et OPVLD. Aussi un deal avec des mandats et tout ça. Donc vraiment un deal entre ces deux parties. On sait que la relation entre Sylvain Nachter de la N-VA et Frédéric Rucht de l'OPVLD est pas mal. beaucoup plus mieux qu'entre Benjamin Dalla et Frédéric de Hucht. Donc je pense que ça a aussi aidé et c'est aussi un calcul personnel je pense de Frédéric de Hucht qui aujourd'hui est président, à l'époque pas encore.
Interviewer / Host
Président de l'Open VLD, avant il était juste le chef de file sur Bruxelles.
Narrator / Host
Maintenant il est le président de l'ensemble du parti de l'Open VLD.
Johan Batten
Il ne faut pas oublier qu'il a déjà participé aux élections présidentielles en 2024. Donc il y a toujours eu ce poste de président de l'Open VLD en tête je pense. et je pense que pour lui aussi c'est une sorte de calcul personnel, il faut peut-être avoir une bonne relation avec le plus grand parti de la Flandre, l'ANVEA, on est presque sûr que quelle que soit la coalition en 2029 en Flandre, l'ANVEA ferait partie. Donc je pense que pour lui c'est aussi une manière d'avoir une bonne relation avec la N-VA. Et aussi, personnellement, Frédéric de Gucht est quand même un peu plus centre-centre-droite. Svengat c'était quand même un peu plus.
Interviewer / Host
Progressiste que de Gucht.
Johan Batten
Je pense que de Gucht est plutôt pragmatique et il voit les enjeux à Bruxelles, budgétaire, sécurité, un peu plus comme la N-VA et pas vraiment comme le voyait Svengat avant.
Narrator / Host
Je propose que l'on s'arrête deux secondes sur tous ces éléments parce qu'ils sont importants. Si l'Open VLD semble en quelque sorte scotché aujourd'hui à l'ANVA à Bruxelles, selon Johan Batten, c'est en grande partie lié à l'arrivée de Frédéric de Gucht à la tête de l'Open VLD Bruxelles, puis à la tête de l'Open VLD tout court. Un Frédéric de Gucht qui déjà a plus de convergence avec l'ANVA dans sa vision de Bruxelles. Qui a su nouer aussi une relation de confiance avec Siltje Van Acter, la chef de file de l'ANVA pour Bruxelles. Et puis, qui se dit aussi que s'il veut pouvoir revenir au pouvoir en Flandre dans les années qui viennent, il doit retisser des liens avec le premier parti de Flandre aujourd'hui, en l'occurrence la N-VA. Mais voilà, le résultat de tout cela, c'est que l'on reste dans un nœud.
Interviewer / Host
Alors que l'heure tourne, que les jours.
Narrator / Host
Passent et que les nuages noirs commencent à s'accumuler au-dessus de Bruxelles. Avec notamment maintenant des banques qui menacent de ne plus offrir de crédit à la région capitale. Et ça, on va se pencher sur ce problème en compagnie de Sarah Poussey.
Antoine Duhart
La banque Belfus a annoncé qu'à partir du 1er janvier, elle suspendrait la ligne de crédit accordée à la région bruxelloise. Cet argent permet à la région de s'endetter à court terme pour combler la désynchronisation entre ses dépenses et ses recettes, comme nous l'explique l'économiste Eric Dore.
Eric Dor
Une région peut avoir certaines dépenses à effectuer tout de suite, par exemple le personnel doit être payé tous les mois, en temps et en heure, alors que les recettes vont seulement arriver un peu plus tard. Dans ce cas-là, il est utile de pouvoir emprunter auprès de la banque en utilisant la ligne de crédit. Les entreprises font ça tous les jours. Même les ménages font ça souvent quand ils utilisent leur possibilité de découvert bancaire sur leur compte en banque. En réalité, la région bruxelloise l'a rarement utilisé, mais c'est quand même une sécurité parce que de temps en temps ça peut être utile.
Antoine Duhart
Jusqu'en 2022, Belfus mettait à disposition de la région bruxelloise 1 milliard d'euros en ligne de crédit. La banque a ensuite réduit ce montant à 500 millions d'euros. Cela a forcé la région à nouer un contrat supplémentaire, avec ING cette fois, pour le même montant. A partir du 1er janvier, Belfus coupera donc l'accès à ces fonds. ING, quant à elle, n'a pas encore communiqué sa décision.
Eric Dor
Les banques refusent la ligne de crédit ou la suppriment lorsqu'elles pensent que le risque ne peut pas être remboursé. est trop grand. Ici en l'occurrence pour la région bruxelloise, c'est le fait que comme les négociations prennent un temps tout à fait déraisonnable, il n'y a toujours pas de visibilité sur la possibilité d'assainir les finances publiques. La banque elle est obligée d'être prudente, elle ne peut pas risquer trop l'argent de ses clients, ce qui explique alors une telle décision de ne plus renouveler la ligne de crédit. Et donc c'est assez inquiétant d'observer qu'une grandes banques comme Belfius trouvent à un moment donné trop dangereux d'octroyer une ligne de crédit à la région bruxelloise. Ça montre quand même à quel point la situation est critique.
Antoine Duhart
Si Éric Dor ne se dit pas inquiet dans l'immédiat pour les liquidités bruxelloises, il souligne quand même que cette décision aura des conséquences.
Eric Dor
C'est important pour le coût de financement global de la région, qui doit régulièrement négocier des grands emprunts, comme le fait l'État fédéral d'ailleurs. S'il y a plus de risques que la région et des problèmes de trésorerie, par manque justement de lignes de crédit, ces prêteurs vont trouver l'emprunteur bruxellois plus risqué, et vont lui demander des taux d'intérêt supérieurs. Donc c'est vraiment un cercle vicieux qui va s'enclencher.
Interviewer / Host
Le danger du cercle vicieux, donc, selon Éric Dor, est des problèmes potentiellement de trésorerie à court terme. Alors là, on commence à parler de choses qui sont assez sérieuses et assez concrètes, parce qu'une région qui manquerait de moyens à un moment donné, c'est pour payer ses fonctionnaires, c'est pour payer des primes, une série de choses qu'attendent les citoyens. Johan Batten, vous avez l'impression qu'on a tort, côté bruxellois, de regarder cette crise de manière un peu lointaine, chez les citoyens, en se disant, c'est des politiques entre eux, on s'en fiche. Il pourrait y avoir des conséquences très concrètes en vue, là, avec ce qui est en train de se jouer, là ?
Johan Batten
Oui, je pense qu'aujourd'hui, si on regarde Bruxelles, le métro roule, les sacs poubelles sont collectés. Je ne pense pas qu'il y a des grands problèmes pour les bruxellois vraiment, mais quand même pour les organisations. ASBL, c'est une différente histoire, qui ont déjà dû mettre des gens à la rue à cause de subventions qui sont coupées. Mais je pense aussi que les problématiques à Bruxelles, comme par exemple liées aux sécurités, liées aux conséquences de l'immigration, par exemple dans quelques quartiers, des choses comme ça, ce sont des problématiques fédérales. Et on n'a pas vraiment les moyens bruxellois ici pour changer ces problématiques. Si on regarde par exemple l'impact à l'écosystème chômage qui va finir, c'est aussi une thème fédérale.
Interviewer / Host
C'est un thème fédéral, mais on sait que tout ce qui est de l'accompagnement des chômeurs, la formation, etc. Ça, ça se joue par des leviers régionaux. Donc, s'il y en a une région qui n'est pas en mesure d'opérer, s'il y en a une région qui finit même par manquer d'argent, ça pourrait poser de vrais gros problèmes dans le suivi, l'accompagnement, justement, de ce qui est en train de se jouer.
Johan Batten
Oui, parce que j'ai compris que bientôt, peut-être il y a un risque que les fonctionnaires publics de Bruxelles ne vont pas pouvoir être payés. Donc, ce sont quand même des risques très graves.
Interviewer / Host
Est-ce que, si on fait le lien, là encore, Caroline Sagesser, avec ce qui s'était passé en 2010-2011, cette fameuse crise des 541 jours au fédéral, est-ce que la pression des finances publiques pourrait venir changer la donne ? On se souvient qu'à l'époque, c'était la crise grecque et qu'en coulisse, il y avait beaucoup d'inquiétudes sur le fait que la Belgique puisse se retrouver dans le collimateur des marchés et dans un scénario à la grecque et que ça avait quand même poussé à un moment donné les politiques à avancer. Est-ce que ce qu'on entend là, sur les banques, ces inquiétudes financières pourraient changer la donne dans les mois qui viennent ?
Caroline Sagesser
Oui, j'imagine d'ailleurs que c'est la raison principale de la décision de la banque Belfus, parce que honnêtement j'ai beaucoup de mal à imaginer que très sérieusement le conseil d'administration de Belfus puisse redouter qu'un pouvoir public comme la région de Bruxelles-Capital fasse défaut dans son remboursement de sa ligne de crédit. Donc j'ai l'impression que c'est avant tout une décision presque symbolique pour mettre un coup de pression sur les négociateurs —.
Interviewer / Host
D'une banque qui appartient d'ailleurs à 100% encore à l'État belge aujourd'hui, Belfus.
Caroline Sagesser
— Voilà. Ce qui n'empêche qu'à côté de cela, il y a des conséquences qui sont effectivement très lourdes pour les citoyens. Vous rappeliez la question de l'organisation des CPS qui vont être confrontés à un afflux de nouveaux allocataires sociaux avec la fin des allocations de chômage pour bon nombre d'entre eux. Il y a la question du logement. du logement public, il y a tout un dossier par rapport à la SLRB qui est maintenant sur la table cette semaine, il y a les questions des primes à la rénovation, il y a les questions de mobilité, évidemment le métro 3, il va falloir trancher dans ce chantier. On a maintenant une commission parlementaire qui va peut-être faire la lumière véritablement sur les dessous de ce dossier, mais il y a énormément de gros dossiers qui vont effectivement impacter les citoyens bruxellois dans leur quotidien, même si actuellement ils n'en ont pas toujours conscience.
Interviewer / Host
Dernier élément alors Caroline Sagesser, il y a toujours cette tension entre certains bruxellois qui disent Bruxelles c'est une région à part entière et elle doit pouvoir se gérer elle-même et pas être en quelque sorte parrainée par les autres niveaux de pouvoir. alors que côté de la NVR, mais d'autres parties flamands notamment, on a cette idée qu'il faudrait une sorte de co-gestion de Bruxelles. Quand on se retrouve dans cette situation d'impasse, est-ce que ça ne donne pas beaucoup de carburant à ceux qui disent qu'en fait Bruxelles ne peut pas se gérer toute seule et qu'elle devrait être en quelque sorte co-gérée par les deux communautés ?
Caroline Sagesser
Oui, naturellement, mais je trouve que ce que ça met vraiment en lumière, c'est le caractère bancal de notre fédéralisme, où on n'a pas vraiment choisi entre le niveau régional ou le niveau communautaire, et on sent bien toute une série de choses qui sont organisées au niveau, je dirais, de la communauté, je veux dire, par là, entre francophones et néerlandophones, dont les partis politiques, eh bien, ces choses impactent profondément la dynamique régionale, empêchent véritablement cette autonomie de la région.
Interviewer / Host
Parce qu'on n'a pas de parti bruxellois, vraiment, et qu'il reste lié à des enjeux qui dépassent complètement la région bruxelloise.
Caroline Sagesser
Tout à fait, et la façon dont les négociations vont être conduites en ce moment même nous indique encore une fois qu'effectivement les Bruxellois ne seront de toute façon dès maintenant pas maîtres de leur destin.
Narrator / Host
Puisqu'On peut rappeler que c'est un Wallon désormais qui s'est autodésigné formateur en succession à David Leister, en l'occurrence le président du MR Georges-Louis Boucher. On verra si ce changement de pilote.
Interviewer / Host
Et de nature a changé la donne.
Narrator / Host
Ce n'était sans doute pas la dernière émission que l'on consacrait à la crise bruxelloise. Merci à Antoine Duhart pour la réalisation sonore très riche de cet épisode. Merci à Sarah Poussey et à Hélène Lejeune pour la préparation. Si vous souhaitez réagir ou nous écrire pour nous suggérer d'autres idées d'émissions de questions à creuser, je vous rappelle l'adresse.
Podcast: Les Clés (RTBF)
Host: Arnaud Ruyssen
Date: 4 November 2025
Guests:
This episode explores the protracted political deadlock in the Brussels-Capital Region, which—at over 500 days—threatens to surpass Belgium’s previous record for time without a government. Host Arnaud Ruyssen brings in political scientists, journalists, and economists to analyze the reasons for the impasse, the underlying structural issues, and the risks for Brussels and its residents.
Post-election Stalemate: Since the 9 June 2024 elections, Brussels’ unique politics have yielded a nearly insurmountable deadlock.
Coalition Quagmire:
Fundamental Incompatibilities:
Institutional Design Failures:
Public Indifference:
The episode underscores how Brussels’ government crisis exposes not just personal egos but serious institutional flaws that threaten the city’s fiscal health, democratic legitimacy, and citizen welfare. As Arnaud Ruyssen and his guests reveal, the stakes are rising—from bureaucratic wrangling to looming financial perils—while most citizens remain spectators. The “Brussels record” could soon be less a matter of embarrassment than a precedent for deeper reforms, or perhaps, a warning sign of federal dysfunction.
Notable closing sentiment (07:42 - David Leister):
“Et l’heure de la solution n’a pas encore sonné. On semble en être bien, bien loin.”
For the full context and many intricate details, this summary provides the essential storyline, analysis, and voices that illuminate one of Brussels’ most consequential political crises.