
Le président des Engagés, Yvan Verougstraete, a annoncé qu’il renonçait à former un gouvernement bruxellois. Après cet échec supplémentaire dans les négociations, on s'interroge : les Bruxellois pourraient-ils aller revoter ? Et si non pourquoi ? Explications avec ...
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Yvan Verhoekstraat
Je pense que les Bruxellois et les Bruxelloises méritent mieux que ce qui se passe aujourd'hui.
Béatrice Delvaux
Je pense que l'Open VLD prend un risque énorme pour la région.
Journalist / Host
J'ai besoin de repères. Je veux m'inscrire dans une démarche qui est constructive.
Béatrice Delvaux
Il y a toujours un problème d'égo, il n'arrive pas à se mettre d'accord.
Journalist / Host
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans Les Clés pour une fois encore constater le blocage politique bruxellois. Cette fois, c'est la tentative initiée par Yvan Verhoekstra, président des Engagés, qui a échoué. Toujours pas de gouvernement en vue donc, malgré une situation budgétaire catastrophique et des conséquences de plus en plus concrètes pour des citoyens, des organisations, des associations, des entreprises. Alors que nous dit cette crise de la responsabilité politique, de la capacité encore à nouer des compromis dans l'intérêt des citoyens Que nous dit-elle aussi de l'état des institutions bruxelloises Y a-t-il encore des moyens de surmonter le blocage C'est tout cela que l'on va tenter d'explorer en commençant par revenir sur les raisons de ce nouvel échec.
Béatrice Delvaux
La première, les clés.
Yvan Verhoekstraat
Voilà Madame, installez-vous. Merci beaucoup d'être là aujourd'hui. Pas dire que c'est ma journée préférée. C'est avec compréhension pour la colère des Bruxellois que je commence cette conférence où on est dans l'obligation d'acter qu'aujourd'hui, nous ne sommes pas dans la possibilité d'offrir une solution et la solution que méritent les Bruxellois et les Bruxelloises.
Journalist / Host
C'est donc une porte de plus qui s'est fermée dans les interminables négociations bruxelloises en ce mardi 20 janvier 2026. Près de 600 jours après les élections, la tentative d'un gouvernement sans l'EMR côté francophone, emmené par le président des engagés, Yvan Verhoekstraat, a échoué. Pourtant, malgré la complexité de l'équation sur papier, le chemin paraissait possible. Les engagés, faisant le constat qu'avec le MR, il était difficile de convaincre les partis de gauche de monter dans l'attelage, avaient tenté une option sans le parti de Georges-Louis Boucher. Et disposaient, avec le PS, Écolo, Défi, ainsi qu'un transfuge du PTB, d'une courte majorité possible côté francophone. Des ponts avaient aussi été lancés vers la minorité flamande sur base de propositions de réformes concrètes afin d'assainir les finances.
Yvan Verhoekstraat
On a travaillé pour définir un cadre budgétaire ambitieux, plus ambitieux que ce qui n'a jamais été fait, avec des mesures qui nous permettaient de proposer un retour à un déficit ou de limiter le déficit en 2029 à 248 millions. On a essayé de préparer un plan d'action crédible. 14 chantiers, 65 réformes bien concrètes avec des deadlines précises, une obligation et un engagement sur lesquels on voulait négocier avec les partenaires sur des mesures à prendre dès cette année.
Journalist / Host
Deux fils en aiguille. Le CDNV bruxellois, malgré un état-major pourtant très réticent, avait accepté l'idée de soutenir les efforts de l'extérieur. Et donc, une majorité côté néerlandophone semblait possible également, avec Groen, Loppenvelde, Voorheut et le soutien de l'extérieur des chrétiens démocrates flamands. Ivan Varoukstrat commençait donc à y croire.
Yvan Verhoekstraat
Et à ce moment-là, alors que ça fait 19 mois, que la dette sur la tête des Bruxellois a augmenté 2 milliards, on a l'Open VLD, Anders, qui vient avec une nouvelle exigence. On avait trouvé la solution pour rassembler une double majorité. On avait trouvé la solution pour avoir une amélioration de plus d'un milliard au niveau de la trajectoire budgétaire. Et là, maintenant, il faut en plus qu'on puisse mettre dans un fichier Excel que la certitude ou la garantie, parce qu'elle serait dans un fichier Excel, on reviendrait à l'équilibre dès 2029. Moi, je peux vous dire que ça commence à m'agacer. et que je pense qu'il y a de quoi être en colère, et je comprends la colère des Bruxellois, quand certains privilégient un symbole qui n'est demandé ni par l'Union Européenne, ni par les agences de notation, un symbole plutôt que de privilégier la crédibilité.
Journalist / Host
Pour Ivan Varoukstrat, il y a donc un responsable principal à cet échec. En l'occurrence, l'Open VLD qui vient tout juste de changer de nom pour s'appeler Anders et qui, par ses exigences, aurait fait dérailler le processus. Interrogé à ce sujet, le président de l'Open VLD Anders, Frédéric de Gucht, s'explique.
Frédéric de Gucht
Ce n'est pas la première fois qu'on met le voilet noir chez nous. On est dès le début très clair sur ce qu'on veut pour Bruxelles. Bruxelles doit être dans le meilleur état en 2029 et je constate dans les textes et dans les tableaux qui ont été présentés, ce n'est pas suffisant pour nous. Nous on veut faire de la politique d'une autre façon, on a d'autres idées pour le futur, on est à une croisière. Et soit on décide de continuer sur la même route, ce que j'ai lisé dans plein d'éléments dans le texte, soit on prend pour Bruxelles une autre direction. Le but n'est pas d'avoir un gouvernement, le but est d'avoir un bon gouvernement.
Journalist / Host
Alors, à qui la faute Est-ce la responsabilité d'un parti, de plusieurs, d'une incapacité à sortir de posture, à oser des décisions, des concessions difficiles pour nouer des compromis Ce qui est certain, en tout cas, c'est que près de 20 mois maintenant après les élections, on est toujours à peu près au milieu de nulle part.
Yvan Verhoekstraat
Alors voilà, ça, c'est la réalité dans laquelle on est aujourd'hui. Nous n'avons pas pu, Malgré que j'y ai cru, je dois l'avouer, donc la déception n'en est que plus grande, rassembler une majorité pour pouvoir commencer des négociations.
Journalist / Host
Bonjour, Béatrice Delvaux.
Frédéric de Gucht
Bonjour.
Journalist / Host
Merci d'être avec nous. Vous êtes éditorialiste en chef au journal Le Soir. Un petit mot, d'ailleurs, sur cette dernière phrase que l'on entend ici d'Yvan Verhoekstraat. On n'a pas pu rassembler une majorité nécessaire pour commencer des négociations. C'est bien de cela dont on parlait, pas encore d'aboutir à un gouvernement. C'est dire quand même comme on est loin et qu'on est profondément ancré dans cette crise qui dure depuis près de 600 jours.
Béatrice Delvaux
Oui, il y a un terme en anglais qui existe, une situation qui s'appelle un catch-22, qui vient de l'idée qu'on se trouve dans une situation où quoi qu'on fasse, si on ouvre une porte, on trouve sur une autre porte fermée. On a l'impression d'une situation impossible, un casse-tête. Personne ne trouve la porte de sortie ou ne veut prendre le risque d'ouvrir une porte. L'expression juste avant, c'est quand Frédéric de Guck dit qu'on ne veut pas un gouvernement, on veut un bon gouvernement. Mais avec le temps, on se dit finalement qu'un bon gouvernement, c'est peut-être juste un gouvernement.
Journalist / Host
Oui, et c'est ce que disent d'ailleurs certains experts, y compris sur les questions financières, qu'aujourd'hui, rester dans ce qu'on appelle les douzièmes provisoires, c'est-à-dire de reporter de mois en mois le budget d'avant les élections, est un problème en soi et que seul un vrai gouvernement pourrait permettre de sortir de cela. Donc, même sans avoir un programme très très très ambitieux, ça pourrait permettre de corriger déjà cet aspect-là.
Béatrice Delvaux
C'était l'idée, en fait, d'Ivan Verhoekstra, président des Engagés, qui était de dire, partons du budget. Un budget, évidemment. Un budget, c'est faire un gouvernement dans la foulée. C'est là que les gens ne voulaient pas se laisser prendre les autres parties. Ils avaient l'impression qu'ils disaient oui au budget et ils mettaient la main dans le reste du projet. Mais quand même, un budget, aujourd'hui, c'est une nécessité absolue. C'était le minimum vital en fait, et c'est un minimum vital peut-être pas pour les partis, bien qu'ils devraient commencer à se poser des questions, mais c'est un minimum vital pour les hôpitaux publics, pour les gens qui ont des problématiques d'allocations familiales. On l'a entendu, votre reportage c'était hier je pense. absolument dramatique sur la manière dont les travailleurs sociaux à Bruxelles se débattent, faute de moyens renouvelés, avec des problématiques sociales énormes qui ne font évidemment qu'abîmer la situation bruxelloise, mais qui surtout la précarisent. Parce que je dois vous dire aussi, c'est très compliqué pour nos journalistes. Hier soir, avant d'écrire l'éditorial, on se réunit à plusieurs, on dit qu'est-ce qu'on va dire. Et c'est vrai que Le risque c'est d'utiliser des mots qui salissent, des mots qui sont trop difficiles. De nourrir l'antipolitisme en disant ce que j'ai fait ce matin, chaos, néant, scandale. On sait que c'est difficile et en même temps on n'a plus tellement les mots pour le dire. Et il y a un terme que j'utilise parfois qui est presque pire en fait. Je dis que la crise c'est un tueur silencieux. Un peu comme ce gaz dans les salles de bain qui à mon avis s'échappe et qui tue les gens qui sont dans la baignoire sans s'en rendre compte. Et ici j'ai l'impression que les partis ne se rendent pas compte qu'il y a quelque chose de Bruxelles et de la population bruxelloise et du tissu bruxellois qui est en train de mourir. Et on ne veut pas le voir, en fait, ou on ne le voit pas.
Journalist / Host
Et il y a la question qui est centrale, on l'a dit, d'un budget, d'une dette qui ne cesse de s'alourdir au fil du temps qui passe. Et chaque jour de plus de la crise complique la difficulté. Je vous propose peut-être d'entendre un certain Guillaume Delvaux, qui est chercheur en droit.
Béatrice Delvaux
Mon frère qui m'a emmené là-haut, qui est grand spécialiste.
Journalist / Host
Voilà, un chercheur droit constitutionnel de l'UCLouvain qui est par ailleurs économiste et qu'on recevait il y a quelques mois justement pour parler de la situation bruxelloise et voilà ce qu'il disait à propos du coût de la dette pour la région bruxelloise.
Guillaume Delvaux
Là, le problème que l'on a à Bruxelles, c'est que les charges de dette dont ce que la région doit payer chaque année pour pouvoir emprunter, on va dire, ne cessent d'augmenter. Donc maintenant, on est passé à 415 millions d'euros. Il faut se rendre compte que c'est assez énorme, parce que 415 millions d'euros, alors que la région a plus ou moins 6 milliards d'euros de recettes. Donc c'est un montant très important qui doit aller juste pour la dette. C'est du montant de l'argent qui est perdu pour pouvoir faire d'autres projets publics. Donc on est à 415 millions alors qu'on était 85 millions d'euros en moins un an avant. Donc ça veut dire qu'en plus, même si on faisait des efforts, ces efforts seraient totalement absorbés juste par ces charges de dette.
Journalist / Host
Voilà, ça c'est évidemment un constat terrible, c'est que pour le moment, et c'est en train de s'aggraver encore, c'est déjà plus de 400 millions d'argent par an, simplement pour payer la charge d'une dette qui devient de plus en plus lourde. Comment est-ce qu'on peut expliquer, alors Béatrice Delvaux, ou essayer de trouver en tout cas des éléments d'explication, au fait que ce ne soit pas la mobilisation générale, que tout le monde ne se dise pas, ben là tant pis, il faut qu'on y aille parce qu'il y a un enjeu d'avenir même de la région, de choses très concrètes qui peuvent tomber sur la tête des Bruxellois quand on a une telle difficulté budgétaire.
Béatrice Delvaux
C'est peut-être simpliste mais c'est vrai qu'on doit quand même considérer que les partis qui ne se mouillent pas veulent pas abîmer le parti en fait. Et peut-être parfois en se disant que ce qui est sur table ne convient pas pour ce qu'il pense être le futur de Bruxelles, Mais là maintenant c'est même un argument que je trouve, comme journaliste et comme analyste, un peu irrecevable parce qu'à un moment donné la situation est tellement grave que parfois il faut faire mal peut-être au parti pour prendre ses responsabilités. Alors évidemment il y avait l'autre option qui est celle qui a été prise par Yvan Verhoekstraad, c'était de jouer l'idée de dire mon parti va se grandir, lui va gagner et moi-même comme personne en prenant mes responsabilités. Ça c'est un autre discours. Il faut quand même reconnaître aujourd'hui qu'il a quand même fait son effort. Seules les urnes à un moment donné diront comment le citoyen, l'électeur, va juger tout ça. Moi, par exemple, si j'entendais de nouveau Frédéric de Gulle qui disait que ça ne correspond pas à son projet pour Bruxelles, Je ne suis pas sûre que je comprends ce que c'est son projet pour Bruxelles. Je ne sais pas encore ce que c'est. En fait, il veut faire autrement. Mais peut-être qu'aujourd'hui, faire autrement à Bruxelles, ça voudrait dire gérer aussi à Bruxelles. C'est la même chose pour le CDNV qui veut bien en être, mais pas en être. C'est des postures qui ne sont pas claires, qui ne sont pas franches. Il y a eu le véto socialiste aussi par rapport à la N-VA. C'est vrai que peut-être que c'était impossible, du point de vue de M. Laouetche, de le faire. Mais à un moment donné, c'est comme si on se regardait tous autour du bassin, quelqu'un en train de se noyer, on dit, vas-y toi parce que moi ça va mouiller, j'ai pas mon maillot, je vais pas y aller maintenant, on va attendre un peu pour voir s'il n'y a pas mieux en fait, si on va pas changer l'eau avant, s'il va quand même pas savoir nager finalement. Mais moi je comprends plus en fait. Et ce qu'il y a surtout, c'est qu'on voit nous en parallèle cette idée que les gens trouvent que la politique ne sert à rien, que la démocratie est desservie. C'est très très mauvais pour l'image de la démocratie et aujourd'hui pour beaucoup de gens, Autrement, on le voit dans plein de coins du monde, ce ne sont pas les partis démocratiques qui gagnent nécessairement la vote des électeurs quand il s'agit de faire autrement. C'est ceux qui viennent à une proposition radicale et qui donnent l'impression que de lancer des missiles sur une capitale ou que de couper la tronçonneuse en des dépenses publiques sans tenir compte de personne font vraiment autrement. Une élection, ça peut marcher. Donc il faut faire très attention avec ce à quoi on joue.
Journalist / Host
Donc il y a la question du sens des responsabilités, de la capacité des partis à oser encore peut-être sortir d'intérêts électoraux à court terme pour se dire ben là je fais un effort parce que c'est dans l'intérêt de la région bruxelloise. Et là-dessus c'est difficile d'isoler un seul coupable, parce que là ici les regards se tournent très fort vers Anders, mais vous l'avez rappelé, il y a eu d'autres exclusives du PS vis-à-vis de la N-VA, des parties de gauche francophone qui voulaient pas trop aller avec le MR, etc. C'est un peu dans tous les sens qu'on a eu des exclusives jusqu'ici.
Béatrice Delvaux
Il faut se dire qu'au départ, en fait, il faut leur reconnaître que la première responsabilité, la première difficulté vient de la manière dont les cartes ont été distribuées après l'élection, qui correspond aussi à une nouvelle distribution de la population, la manière de voter aussi, un éparpillement des votes. La présence d'un nouveau parti, Fouad Haïdar, etc. Donc il y a eu une difficulté pour eux de trouver des accords. La deuxième chose, on dit beaucoup qu'en fait, Et c'était connu un peu, c'est qu'il vaut mieux dans les régions faire les majorités avant que le fédéral ne se mette en place parce qu'après ça entre en collision avec d'autres intérêts qui ne sont les intérêts partisans et pas les intérêts de la région. La troisième raison c'est qu'il n'y a pas de compatibilité entre certaines personnalités qui n'arrivent pas à faire front pour faire des choses. Mais je pense que les responsabilités, aujourd'hui, elles sont nettement partagées. Pour d'un certain moment, tout le monde autour de la table doit se regarder, mais il faut qu'il y soit plusieurs. Comme on dit « We must be two to tango ». Et là, à Bruxelles, ils doivent être beaucoup plus que deux pour danser le tango.
Journalist / Host
En fait. Mais pour le moment, ça ne prend pas et on se pose aussi des questions plus institutionnelles. Est-ce que c'est l'institution bruxelloise qui est mal conçue ou qui est tordue aujourd'hui dans son fonctionnement On se pose aussi la question de savoir si on ne devrait pas tout simplement revoter. Et pour y voir un peu plus clair sur tous ces enjeux-là, on a avec nous un spécialiste du droit constitutionnel. Bonjour.
Julien Clarenne
Julien.
Journalist / Host
Clarenne. Bonjour. Vous êtes professeur invité de droit constitutionnel à l'UCLouvain Saint-Louis, Bruxelles. Commençons d'abord peut-être par cette question d'une possible nouvelle élection, puisque dans tout autre système politique ou État, on se dirait, bon là, quand ça va faire presque deux ans qu'on n'arrive pas à trouver de solution, que personne n'arrive à s'entendre pour former un gouvernement, on se dirait que la réponse la plus logique est de retourner vers les urnes. Pourquoi est-ce qu'à Bruxelles, ça paraît extrêmement compliqué, voire impossible.
Julien Clarenne
Voire impossible. En effet, ça permet de comprendre aussi que la crise n'est pas que l'effet de facteurs politiques. Il y a des facteurs institutionnels qui contribuent à aggraver cette crise. Et l'un d'eux, c'est en effet l'impossibilité, a priori, de retourner aux urnes parce que le choix a été fait lorsqu'on a élaboré, lorsqu'on a confectionné ce qu'on appelle le parlementarisme fédéré, les règles du jeu parlementaire au niveau des régions et des communautés, singulièrement au niveau de la région de Bruxelles capitale, eh bien on n'a pas rendu possible des élections anticipées. On n'a pas rendu possible un droit de dissolution du Parlement, de dissoudre le Parlement en cas de crise, finalement, comme on le voit aujourd'hui. Et l'objectif, il était légitime, il pouvait se justifier à l'époque, c'était un objectif de stabilisation du gouvernement. Mais on voit qu'évidemment, ça a des effets pervers lorsqu'on se retrouve, comme actuellement, face à une impossibilité tout simplement de former un gouvernement en première ligne après.
Journalist / Host
Les élections. Donc ça c'est un vrai problème auquel on n'avait peut-être pas spécialement songé quand on a créé cette disposition particulière, à savoir que ces parlements ne peuvent pas s'auto-s'aborder en quelque sorte en cours de mandat pour pouvoir aller vers de nouvelles élections. Si on voulait changer ça, qu'est-ce qu'il faudrait faire si là tout d'un coup maintenant on se dit ben non il n'y a vraiment plus moyen et on doit trouver une solution pour pouvoir revoter Qu'est-ce qu'on devrait mettre en.
Julien Clarenne
Oeuvre Alors il y a une ouverture actuellement, mais elle se joue au niveau fédéral. Donc la règle des parlements de législature, comme on dit, donc l'idée que les parlements fédérés doivent être intégralement renouvelés tous les cinq ans et pas avant, elle se trouve dans la Constitution. Et l'absence de dispositifs permettant une dissolution anticipée, c'est aussi une règle constitutionnelle. Donc si on veut changer les règles, il faut réviser la Constitution. Alors la procédure de révision de la Constitution en Belgique est particulièrement rigide. C'est l'article 195 de la Constitution qui prévoit une révision de la Constitution en plusieurs temps. Et il y a notamment une déclaration de révision de la Constitution qu'il faut faire et qui entraîne une dissolution des chambres. Donc un retour aux urnes au niveau fédéral. Et puis dans un second temps, avec des chambres renouvelées, on peut réviser les articles qui ont été déclarés à révision. Ici, bonne nouvelle, entre guillemets, lors de la précédente déclaration de révision de la Constitution, on a mis dans la déclaration, non pas les articles qui concernent l'interdiction d'une dissolution anticipée au niveau fédéré, mais l'article 195 lui-même. Ça signifie quoi Ça signifie qu'on peut changer les règles du jeu quant à la révision de.
Journalist / Host
La Constitution. Donc ça veut dire que dans ce cas-ci on ne devrait pas d'abord faire tomber les chambres au fédéral pour pouvoir mettre la déclaration sur la table et puis réviser la constitution. On peut le faire avec les chambres telles qu'elles sont composées là pour le moment au fédéral parce qu'on a cet article.
Julien Clarenne
Joker 195. Exactement, donc par un tour de passe-passe qu'on a déjà utilisé pour réaliser la sixième réforme de l'État entre 2011 et 2014, par un tour de passe-passe on pourrait intégrer dans l'article 195 une disposition transitoire qui serait donc en quelque sorte une disposition dérogatoire qui permettrait une dissolution anticipée exceptionnelle du Parlement régional bruxellois et qui donc conduirait aux élections. Cela paraît donc techniquement possible. Évidemment, il y a toute une série de questions pratiques qui vont malgré tout se poser parce que le Parlement bruxellois, il est intrinsèquement lié à d'autres parlements. Quand on vote notamment aux élections pour composer le Parlement régional bruxellois, par exemple, si on choisit de voter pour des listes flamande, eh bien on a une deuxième possibilité de voter. Dans la foulée, on va également élire six députés bruxellois au niveau du Parlement flamand. Donc on voit que le Parlement bruxellois et le Parlement flamand sont liés. Et par ailleurs, il y a une partie des parlementaires bruxellois francophones, cette fois-ci, qui siègent au niveau du Parlement de la communauté française. Donc vous voyez, il y a deux parlements, indépendamment du Parlement régional bruxellois, qui seraient concernés par la question de la dissolution et dont il faut donc déterminer ce qu'ils vont advenir, est-ce qu'eux aussi doivent être renouvelés Oui, ça.
Journalist / Host
Fait des questions évidemment éminemment complexes, sans compter le fait que pour pouvoir réviser la Constitution dans le sens de permettre qu'on puisse dissoudre le Parlement bruxellois, il faut des majorités spéciales, majorité des deux tiers au total, ça veut dire qu'il faut un accord politique je dirais encore plus large et peut-être plus compliqué à trouver pour construire cette solution qui en plus prendrait du temps et ouvrirait comme un peu une boîte de pandore aussi d'autres questions pour d'autres parlements, c'est pas demain la veille qu'on va y arriver même si on.
Julien Clarenne
Le décidait. Donc en effet cela impliquerait d'avoir une coalition élargie pour pouvoir activer cette hypothétique solution. dont on voit aussi bien que politiquement, elle n'est que hypothétique cette solution dans la mesure où on ne sait pas ce que vont donner d'éventuelles nouvelles élections, potentiellement le Parlement restera morcelé et donc on arrivera avec les mêmes problèmes à l'issue.
Journalist / Host
D'Éventuelles élections. Et donc on comprend avec vous pourquoi, même si on sait qu'il y a un étroit chemin vers une solution pour revoter, on ne l'envisage pas vraiment, tant ça paraît compliqué à mettre en œuvre. Il y a un autre élément qui a été pointé par Yvan Verhoekstraat pour expliquer le blocage actuel, c'est ce qui se joue en particulier à l'intérieur du groupe linguistique flamand dans la formation de ce gouvernement. Je vous propose d'entendre ce que disait à ce sujet le président des engagés au micro de.
Yvan Verhoekstraat
Thomas Gadis. Pour la première fois depuis l'histoire de la création de la région Bruxelles-Capital en 1989, on a une minorité qui a peut-être dépassé un tout petit peu la raison pour laquelle on avait créé cette double majorité. On a créé une double majorité à juste titre pour protéger, et c'était normal, la minorité néerlandophone. Mais il faut que cette minorité néerlandophone puisse quand même s'inscrire dans une majorité démocratique et qu'on puisse trouver, dresser, tisser les.
Journalist / Host
Ponts nécessaires. Alors là, ce qui est pointé du doigt, c'est le fait que pour former un gouvernement bruxellois, il faut trouver une majorité et du côté des partis francophones et du côté des partis flamands. Et puis que tous ces gens se mettent ensemble après pour former le gouvernement bruxellois. Et ce que semble dire ici Yvan Verhoekstraat, c'est que c'est anormal qu'on puisse avoir, alors que les Flamands sont minoritaires, des partis qui, en Flandre, de peser sur l'ensemble de la négociation du gouvernement pour mettre leur agenda en premier lieu. Est-ce que là-dessus, au regard de nos institutions et en tant que constitutionnalistes, vous voyez aussi un problème Sur.
Julien Clarenne
Le principe, ce n'est pas un problème qu'un parti politique décide de ne pas monter dans un attelage qui lui convienne. Et c'est d'ailleurs des exigences et des exclusives qui ont été posées par tous les partis, y compris le parti d'Ivan Verhoekstraat. Et ce que j'aimerais ajouter quand même, c'est aussi qu'au fil de la crise, depuis ces 591 jours, il y a eu des évolutions sur les lignes de certains partis. Certains partis avaient dit « je choisis l'opposition », ils sont quand même venus à la table des négociations, prêts à monter dans un attelage gouvernemental. D'autres partis ont assoupli leurs exigences en termes d'exclusifs par rapport à d'autres partis. Donc on le voit, ce sont des exigences qui sont posées à la base par tous les partis. Ici, la particularité, et c'est ce que Béatrice Delvaux a déjà souligné, c'est qu'on ne voit pas trop pourquoi l'Open VLD, Anders, bloque. Il n'y a pas véritablement de ligne claire sur le type de gouvernement qu'ils veulent, le type de coalition gouvernementale qu'ils veulent et le type de projet politique qu'ils.
Journalist / Host
Veulent pour ce gouvernement. et utiliser le fait qu'on soit même dans une minorité indispensable pour essayer de peser et obtenir le maximum de la négociation, ça on sait que c'est vrai dans n'importe quelle négociation gouvernementale et le reproche qui est fait ici à la minorité flamande est souvent le reproche qui est fait aussi par les flamands.
Béatrice Delvaux
À la minorité francophone. Même si ici, c'est vrai que si on regarde le CDNV qui s'oppose depuis le début, qui aurait pu en fait, il y avait une solution possible, c'était un gouvernement MRPS avec le CDNV qui simplement n'avait pas de poste de secrétaire d'Etat, mais pouvait avoir un poste externe au gouvernement, mais quand même avoir une représentation. Et ils ont très peu de voix en fait. Donc ils pèsent très peu, ça se compte en centaines de voix, en milliers de voix, mais c'est très peu. C'est la même chose pour l'Open VLD, la même chose pour NVA. Et donc c'est là qu'à un moment donné, On se pose la question, il faut protéger la minorité flamande et ça paraît évident, mais avec une espèce de surpoids fou aujourd'hui dans la constellation telle qu'elle se présente. Et donc il y a aussi le fait qu'il y a des perversions qui existent, c'est-à-dire qu'il y a des francophones qui ont voté pour des partis flamands, qui font notamment ce nombre de voix. Il y a quelque chose qui est recommandé par des constitutionnalistes ou de certains chercheurs qui proposent des solutions pour sortir de cette situation constitutionnelle structurelle qui ne correspond plus à ce que Bruxelles est aujourd'hui, ni à ce que les Bruxellois ne se répartissent pas toujours en intérêts flamands et francophones qui constituent quand même à certains endroits des ensembles assez homogènes de Bruxellois qu'ils.
Journalist / Host
Soient flamands ou francophones. En un mot, donc, Béatrice Delvaux, cette crise, elle doit aussi, pour le futur, nous imposer peut-être.
Béatrice Delvaux
De repenser la région bruxelloise Oui, pour autant qu'il y ait des gens qui.
Journalist / Host
Ont envie qu'elle subsiste. Les mots de Béatrice Delvaux qui renvoie en somme chaque partie devant ses responsabilités puisque l'on voit que plus la crise dure, plus l'avenir de la région s'assombrit, plus on prend le risque de voir Bruxelles devoir aller frapper à la porte d'autres niveaux de pouvoir, en particulier le fédéral, pour faire face à une situation budgétaire et à une dette devenue insoutenable. Tout cela donne aussi du grain à moudre à ceux et celles qui ne croient pas que Bruxelles doit être ou puisse être une région à part entière, libre et maître de ses choix et de son destin. Alors, qui osera se mouiller au raton Un vrai gouvernement, avant la fin de la législature la suite au prochain épisode, a-t-on envie de dire. Merci en tout cas d'avoir choisi Les Clés pour tenter de comprendre. Merci à Laurent Nélissen pour la réalisation sonore de cette émission, avec à la préparation Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Je vous rappelle que si vous souhaitez nous écrire, vous pouvez le.
Podcast Host: RTBF – Arnaud Ruyssen
Date: January 20, 2026
Guests: Yvan Verhoekstraat (président des Engagés), Béatrice Delvaux (éditorialiste en chef au Soir), Frédéric de Gucht (président Open VLD/Anders), Julien Clarenne (professeur invité de droit constitutionnel à l’UCLouvain), Guillaume Delvaux (chercheur UCLouvain, économiste).
Cet épisode de Les Clés explore la crise politique persistante à Bruxelles, où aucun gouvernement n’a pu être formé près de 600 jours après les élections. Le blocage soulève des questions fondamentales sur la capacité des partis à trouver des compromis, la viabilité institutionnelle de la région et l’urgence budgétaire. Les intervenants analysent les raisons de cet enlisement, ses conséquences pour les citoyens bruxellois, et les pistes institutionnelles et politiques pour en sortir.
"Il faut en plus qu’on puisse mettre dans un fichier Excel que… on reviendrait à l’équilibre dès 2029. Moi, je peux vous dire que ça commence à m’agacer… quand certains privilégient un symbole qui n’est demandé ni par l’Union Européenne, ni par les agences de notation..."
"Le but n’est pas d’avoir un gouvernement, le but est d’avoir un bon gouvernement."
"On a l’impression d’une situation impossible, un casse-tête. Personne ne trouve la porte de sortie ou ne veut prendre le risque d’ouvrir une porte."
"Un budget, aujourd’hui, c’est une nécessité absolue… c’est un minimum vital pour les hôpitaux publics, pour les gens qui ont des problématiques d’allocations familiales…"
"La crise c’est un tueur silencieux. Un peu comme ce gaz dans les salles de bain… ici j’ai l’impression que les partis ne se rendent pas compte qu’il y a quelque chose… qui est en train de mourir."
"415 millions d’euros… c’est du montant de l’argent qui est perdu pour pouvoir faire d’autres projets publics… même si on faisait des efforts, ces efforts seraient totalement absorbés juste par ces charges de dette."
"C’est comme si on se regardait tous autour du bassin, quelqu’un en train de se noyer, on dit, vas-y toi parce que moi ça va mouiller, j’ai pas mon maillot… on va attendre un peu… Mais moi je comprends plus en fait."
"On n’a pas rendu possible des élections anticipées… on n’a pas rendu possible un droit de dissolution du Parlement dans ce cas de crise."
"Par un tour de passe-passe… on pourrait intégrer… une disposition dérogatoire qui permettrait une dissolution anticipée exceptionnelle du Parlement régional bruxellois… Cela paraît donc techniquement possible. [Mais] il y a toute une série de questions pratiques…"
"On se pose la question, il faut protéger la minorité flamande… mais avec une espèce de surpoids fou aujourd’hui…"
La paralysie institutionnelle bruxelloise met à nu les limites du pacte régional et du jeu politique, dans un contexte d’endettement aigu et de lassitude démocratique. L’épisode invite à réfléchir d’urgence au sens des responsabilités, à la nécessité d’un gouvernement, même a minima, ainsi qu’à une profonde révision institutionnelle pour préserver l’avenir de Bruxelles.
À suivre : qui osera se mouiller avant la fin de la législature ?
Résumé préparé par Les Clés, RTBF.