Les Clés – Bruxelles : peut-on surmonter le blocage ?
Podcast Host: RTBF – Arnaud Ruyssen
Date: January 20, 2026
Guests: Yvan Verhoekstraat (président des Engagés), Béatrice Delvaux (éditorialiste en chef au Soir), Frédéric de Gucht (président Open VLD/Anders), Julien Clarenne (professeur invité de droit constitutionnel à l’UCLouvain), Guillaume Delvaux (chercheur UCLouvain, économiste).
1. Aperçu général de l’épisode
Cet épisode de Les Clés explore la crise politique persistante à Bruxelles, où aucun gouvernement n’a pu être formé près de 600 jours après les élections. Le blocage soulève des questions fondamentales sur la capacité des partis à trouver des compromis, la viabilité institutionnelle de la région et l’urgence budgétaire. Les intervenants analysent les raisons de cet enlisement, ses conséquences pour les citoyens bruxellois, et les pistes institutionnelles et politiques pour en sortir.
2. Principaux points de discussion & analyses
Contexte du blocage politique (00:16-02:50)
- Échec de la dernière tentative de gouvernement : Yvan Verhoekstraat, président des Engagés, a échoué à former une majorité sans le MR ; l’option avec PS, Écolo, DéFI et un ex-PTB offrait une courte majorité côté francophone, et Groen & CDNV côté néerlandophone semblaient ouverts.
- Exigences de l’Open VLD/Anders : Selon Verhoekstraat, le parti flamand a imposé in extremis une nouvelle condition budgétaire, exigeant un retour à l’équilibre dès 2029 inscrit "dans un fichier Excel", ce qui a fait dérailler l’accord.
- Citation clé – Yvan Verhoekstraat [03:57] :
"Il faut en plus qu’on puisse mettre dans un fichier Excel que… on reviendrait à l’équilibre dès 2029. Moi, je peux vous dire que ça commence à m’agacer… quand certains privilégient un symbole qui n’est demandé ni par l’Union Européenne, ni par les agences de notation..."
- Citation clé – Yvan Verhoekstraat [03:57] :
Le point de vue de l’Open VLD/Anders (05:16-05:58)
- Frédéric de Gucht affirme la clarté de son parti :
- Citation clé – Frédéric de Gucht [05:16] :
"Le but n’est pas d’avoir un gouvernement, le but est d’avoir un bon gouvernement."
- Citation clé – Frédéric de Gucht [05:16] :
Impressions des analystes et sentiment de ’Catch-22’ (07:11-08:12)
- Béatrice Delvaux parle d'une situation d’impasse totale, où chaque porte qui s’ouvre semble en fermer une autre :
- Citation clé – Béatrice Delvaux [07:11] :
"On a l’impression d’une situation impossible, un casse-tête. Personne ne trouve la porte de sortie ou ne veut prendre le risque d’ouvrir une porte."
- Citation clé – Béatrice Delvaux [07:11] :
- Discussion sur l’urgence d’avoir un gouvernement, ne serait-ce que pour sortir du système « des douzièmes provisoires » et répondre à la crise sociale.
Conséquences humaines et sociales (08:12-09:43)
- Le prolongement du blocage a des effets dramatiques pour les plus vulnérables. Les hôpitaux publics, les bénéficiaires d’allocations familiales, et les travailleurs sociaux sont en grande difficulté.
- Citation clé – Béatrice Delvaux [08:12] :
"Un budget, aujourd’hui, c’est une nécessité absolue… c’est un minimum vital pour les hôpitaux publics, pour les gens qui ont des problématiques d’allocations familiales…"
- Métaphore percutante :
"La crise c’est un tueur silencieux. Un peu comme ce gaz dans les salles de bain… ici j’ai l’impression que les partis ne se rendent pas compte qu’il y a quelque chose… qui est en train de mourir."
- Citation clé – Béatrice Delvaux [08:12] :
Explosion de la dette régionale (10:19-10:56)
- Le coût de la dette ne cesse d’augmenter pour Bruxelles : près de 415 millions d’euros par an, soit une part non négligeable du budget (~6 milliards d’euros).
- Citation clé – Guillaume Delvaux [10:19] :
"415 millions d’euros… c’est du montant de l’argent qui est perdu pour pouvoir faire d’autres projets publics… même si on faisait des efforts, ces efforts seraient totalement absorbés juste par ces charges de dette."
- Citation clé – Guillaume Delvaux [10:19] :
Pourquoi rien ne bouge ? Obstacles psychologiques et politiques (11:26-13:36)
- Les partis refusent de "se mouiller" pour ne pas abîmer leur image électorale, même dans une situation d’urgence.
- Image marquante – Béatrice Delvaux [12:20] :
"C’est comme si on se regardait tous autour du bassin, quelqu’un en train de se noyer, on dit, vas-y toi parce que moi ça va mouiller, j’ai pas mon maillot… on va attendre un peu… Mais moi je comprends plus en fait."
- Image marquante – Béatrice Delvaux [12:20] :
- La situation alimente l’antipolitisme croissant et fragilise la démocratie.
Responsabilités partagées et facteurs aggravants (14:08-15:03)
- Explosion des petits partis, vote fragmenté, arrivée de nouveaux acteurs (ex : Fouad Haïdar), difficiles convergences personnelles et stratégiques.
- Béatrice Delvaux rappelle : "We must be two to tango. Et là, à Bruxelles, ils doivent être beaucoup plus que deux…" [14:48]
3. Dimension institutionnelle et question de nouvelles élections
Impossibilité quasi totale de revoter à Bruxelles (15:03-20:44)
- Julien Clarenne explique que la Constitution belge ne permet pas de dissolution anticipée des parlements régionaux, l’objectif initial étant d’assurer la stabilité gouvernementale, mais cela s’avère aujourd’hui contre-productif.
- Citation clé – Julien Clarenne [15:52] :
"On n’a pas rendu possible des élections anticipées… on n’a pas rendu possible un droit de dissolution du Parlement dans ce cas de crise."
- Citation clé – Julien Clarenne [15:52] :
- Modifier la Constitution pour remédier à cela est un parcours du combattant, nécessitant une majorité des deux tiers fédérale, avec des implications pour d’autres institutions (Parlement flamand, Parlement de la communauté française).
- Citation clé – Julien Clarenne [18:52] :
"Par un tour de passe-passe… on pourrait intégrer… une disposition dérogatoire qui permettrait une dissolution anticipée exceptionnelle du Parlement régional bruxellois… Cela paraît donc techniquement possible. [Mais] il y a toute une série de questions pratiques…"
- Citation clé – Julien Clarenne [18:52] :
Spécificité du système bruxellois (21:38-24:04)
- Blocages supplémentaires liés à la nécessité d’une double majorité linguistique (francophone & néerlandophone), donnant un "surpoids" à des partis minoritaires du côté néerlandophone.
- Analyse – Béatrice Delvaux [24:04] :
"On se pose la question, il faut protéger la minorité flamande… mais avec une espèce de surpoids fou aujourd’hui…"
- Analyse – Béatrice Delvaux [24:04] :
4. Quotations et moments mémorables
- « La crise c’est un tueur silencieux » (Béatrice Delvaux – 08:51)
- « On ne veut pas un gouvernement, on veut un bon gouvernement. Mais avec le temps, on se dit finalement qu’un bon gouvernement, c’est peut-être juste un gouvernement. » (Béatrice Delvaux – 07:11)
- Image du sauvetage dans la piscine : "C’est comme si on se regardait tous autour du bassin, quelqu’un en train de se noyer..." (Béatrice Delvaux – 12:20)
- "Le but n’est pas d’avoir un gouvernement, le but est d’avoir un bon gouvernement." (Frédéric de Gucht – 05:16)
5. Timestamps des segments-clés
- 00:16-02:50 – Mise en place du contexte et échec de la dernière tentative de gouvernement
- 03:57-04:53 – Verhoekstraat accuse l’Open VLD/Anders
- 05:16-05:58 – Réponse de Frédéric de Gucht (Anders)
- 07:11-08:12 – Béatrice Delvaux, sentiment de blocage/« Catch-22 »
- 08:12-09:43 – Urgence du budget pour l’administration sociale
- 10:19-10:56 – Explosion de la dette : explications économiques
- 11:26-13:36 – Pourquoi aucun parti ne prend le risque ?
- 14:08-15:03 – Multiplicité des responsabilités, fragmentation du paysage politique
- 15:03-20:44 – Dimension constitutionnelle : impossibilité de nouvelles élections
- 21:38-24:04 – Surpoids de la minorité flamande, critique structurelle
- 25:15-Fin – Vers une réinvention institutionnelle de Bruxelles ? (mot de la fin)
6. Enjeux soulevés et perspectives
- Blocage institutionnel : Bruxelles paie le prix d’un système pensé pour la stabilité, devenu un piège en l’absence de majorité.
- Gravité sociale : Les citoyens paient la crise, alors que les représentants politiques restent enfermés dans des stratégies de préservation.
- Délégitimation démocratique : L’impuissance des partis traditionnels nourrit l’antipolitisme et crée un risque de virage vers les extrêmes.
- Nécessité de réformes structurelles : Sur la structure institutionnelle de la région, sur la règle de la double majorité, sur la possibilité d’élections anticipées.
7. Conclusion
La paralysie institutionnelle bruxelloise met à nu les limites du pacte régional et du jeu politique, dans un contexte d’endettement aigu et de lassitude démocratique. L’épisode invite à réfléchir d’urgence au sens des responsabilités, à la nécessité d’un gouvernement, même a minima, ainsi qu’à une profonde révision institutionnelle pour préserver l’avenir de Bruxelles.
À suivre : qui osera se mouiller avant la fin de la législature ?
Résumé préparé par Les Clés, RTBF.
