Les Clés – "C’est quoi une aurore boréale ? (et pourquoi en a-t-on vu en Belgique ?)"
Podcast Host: Arnaud Ruyssen (RTBF)
Date: 21 janvier 2026
Invités principaux :
– Emmanuel Jehin, astrophysicien (FNRS, Université de Liège)
– Marie Dominique, chercheuse à l’Observatoire Royal de Belgique
Aperçu de l’épisode
Dans cet épisode, Arnaud Ruyssen s’accorde une pause poétique dans le tumulte de l’actualité pour explorer le phénomène fascinant des aurores boréales. La surprise a été d’autant plus grande qu’elles ont récemment été visibles jusqu’en Belgique, un événement rare. À travers les témoignages et les explications d’experts, le podcast répond à plusieurs questions : qu’est-ce qu’une aurore boréale, pourquoi a-t-on pu en observer en Belgique, que nous disent-elles du Soleil, et ces spectacles célestes pourraient-ils se reproduire ? L’épisode s’attarde aussi sur les enjeux scientifiques, les risques pour la technologie et la santé, et les moyens de prévoir — ou non — ces phénomènes.
1. Un spectacle céleste exceptionnel en Belgique
(00:00–04:43)
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Contexte de la nuit magique du 19 au 20 janvier 2026 :
– Des aurores boréales visibles à travers toute la Belgique, mais aussi au nord de la France, aux Pays-Bas, et jusqu’en Grande-Bretagne. – Un phénomène non prévu à cette ampleur, s’offrant à tous ceux qui ont eu la curiosité de regarder le ciel. -
Témoignages de citoyens émerveillés :
« J’ai 48 ans bientôt et en 48 ans, c’est la première fois que je vois ça. » (00:12)
« C’est simplement magique, j’étais comme un enfant qui reçoit son cadeau d’anniversaire. » (01:08)
« J’ai vu des aurores boréales vertes… en Belgique très très rare. En Laponie… jamais vu des rouges. » – Robin (02:57) -
Enjeux soulevés :
– Un spectacle « onirique », une pause bienvenue dans l’actualité lourde, mais aussi une envie de comprendre l’origine du phénomène.
2. Comment se forme une aurore boréale ?
Avec Emmanuel Jehin, astrophysicien
(04:44–07:36)
- Un phénomène complexe, mais bien compris depuis les années 1970 :
– À l’origine : une « énorme explosion sur le Soleil » (éjection de matière coronale) envoyant une grande quantité de particules chargées (surtout des électrons) vers la Terre à une vitesse record (1 600 km/s). – Ces particules percutent l’atmosphère terrestre, excitant les atomes d’oxygène (donnant du rouge à haute altitude, du vert à plus basse) essentiellement entre 100 et 300 km de la surface. – Le spectacle coloré dépend de ces interactions : plus éloigné des pôles, on peut voir davantage de rouge.« Je dois dire que c’est les plus belles que j’ai vues de toute ma vie. De par la dynamique, de par les couleurs. » – Emmanuel Jehin (06:02)
3. Les secrets du Soleil et de son activité
Avec Marie Dominique, Observatoire Royal de Belgique
(07:39–10:56)
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Qu’est-ce que le Soleil ?
– Une boule de gaz (hydrogène, hélium) avec un cœur brûlant, mais aussi une « couronne » (son atmosphère) exceptionnellement chaude et constituée d’un plasma (noyaux et électrons séparés). – Rôle clé du champ magnétique solaire :
– Très dynamique, il permet à certains endroits l’évasion de particules (vent solaire), dont les vitesses varient de 300 à 800 km/s. – Parfois, des « éruptions solaires » expulsent d’énormes quantités de matière (éjections de masse coronale) directement vers la Terre. -
Pourquoi observe-t-on généralement les aurores vers les pôles ?
– Les particules du vent solaire sont presque toujours présentes, mais le champ magnétique terrestre les canalise d’habitude vers les pôles où elles peuvent provoquer des aurores. – Pour voir le phénomène à des latitudes plus basses, il faut une éruption solaire très puissante et orientée vers la Terre.
4. Le rôle protecteur (et sélectif) du champ magnétique terrestre
(10:56–15:39)
- Explications de Emmanuel Jehin :
– Le champ magnétique de la Terre agit comme un bouclier : il protège la vie de ces particules délétères.
– Lors d’une « collision » entre le champ magnétique solaire et terrestre (reconnexion magnétique), les particules sont canalisées le long des lignes de champ vers les régions polaires (« ovale auroral »).
– Exceptionnellement, l’intensité et la rapidité de l’éruption ont permis à l’ovale auroral de « descendre » jusqu’à l’Europe.
« On avait quasi deux aurores différentes, une aux zéniths, à basse altitude, très vert intense, et une vers le nord, plus rouge. » – Emmanuel Jehin (14:15)
5. Peut-on prévoir les aurores boréales ?
(15:39–18:03)
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Surveillance, modèles et prédictibilité (ou son absence) : – Les taches solaires sont surveillées, et leur configuration donne un indice sur l’activité à venir, mais il reste très difficile de prédire précisément le moment, la puissance et la direction d’une éruption majeure. – Les satellites solaires et les modèles mathématiques améliorent la prévision, mais il subsiste une marge d’erreur importante.
« Dire dans telle zone, il va y avoir une éruption de cette ampleur-là à tel moment, ça, on n’y arrive pas encore. » – Marie Dominique (16:08)
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Cycles solaires : – Le Soleil connaît un cycle d’activité d’environ 11 ans (en fait variable entre 9 et 13 ans), alternant entre maximum et minimum d'activité. – Le maximum solaire (octobre 2024) a justement précédé l’événement belge.
6. Risques et enjeux : au-delà de la beauté
(18:03–25:08)
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Conséquences potentiellement graves sur Terre : – Exemple fameux : le blackout du Québec, mars 1989
– Une tempête géomagnétique coupe le courant à 6 millions de personnes pendant plusieurs heures. – Les réseaux électriques situés près des pôles, avec de longues lignes de transmission, sont particulièrement vulnérables. – Effets secondaires : pertes de contact radio, perturbations satellites, impacts sur les infrastructures critiques. > « Il n’aura fallu que 90 secondes pour déstabiliser l’ensemble et provoquer la panne générale. » (19:44) -
Risques modernes accrus :
– Aujourd’hui, l’économie, le stockage des données, la navigation GPS et la communication reposent sur des systèmes vulnérables aux tempêtes solaires. – Les satellites et data centers sont scrutés et protégés, mais l’intensité d’une éruption majeure de type Carrington (1859) pourrait avoir des conséquences massives, jusque sur les serveurs de nos photos et nos réseaux.« On peut imaginer le chaos qui pourrait arriver […] Si une énorme éruption arrive, on peut se demander si aujourd’hui on est bien protégé. » – Emmanuel Jehin (22:29)
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Santé et aéronautique : – Les particules arrêtées par l’atmosphère ne menacent pas les humains au sol, mais les pilotes de ligne et les équipages polaires reçoivent plus de radiations. – Les astronautes, hors du champ magnétique terrestre, sont à risque lors de telles tempêtes (y compris pour des missions vers Mars).
« Les astronautes, à bord de la Station Spatiale Internationale, se réfugient dans un coin avec une grosse épaisseur de plomb quand il y a ce genre d’événement. » – Emmanuel Jehin (23:56)
7. Quel avenir pour l’observation des aurores en Belgique ?
(25:08–26:50)
- Prédiction et outils pour les amateurs :
– Plusieurs applications existent : « Space Weather Live », « Aurora » permettent de surveiller les indices KP (niveau d’activité géomagnétique) ou Bz (champ magnétique).
– KP de 9 = fort potentiel en Belgique ; Bz vers -50 aussi. – Selon les invités, il est possible d’observer à nouveau des aurores dans les prochains mois, tant que l’activité solaire reste haute et les nuits suffisamment noires. – Accès permanent possible dans les régions polaires naturelles (Norvège, Laponie…).« Il n’est pas exclu qu’on puisse encore revoir dans l’année ou les deux années qui viennent des aurores boréales en Belgique. » – Arnaud Ruyssen (26:50)
8. Citations marquantes & Moments mémorables
- « C’est quelque chose qui est complètement irréel pour moi. C’est magique. C’est hors du temps. » – Robin (03:27)
- « Le Soleil, c’est une boule de gaz… abritant en son cœur des températures extrêmement chaudes. » – Marie Dominique (07:56)
- « C’est grâce au champ magnétique de la Terre que la vie a pu se développer sur notre planète. » – Emmanuel Jehin (11:37)
- « On aimerait bien en voir encore et pour ça il y a des petits outils, des applications, qui peuvent être utiles… » – Emmanuel Jehin (26:00)
- « Si on n’avait pas ce champ magnétique pour nous protéger de ces particules, on ne pourrait tout simplement pas vivre sur Terre. » – Arnaud Ruyssen (24:27)
9. Timestamps des séquences clé
- 00:12–01:23 La surprise et l’émerveillement : témoignages belges sur la nuit des aurores.
- 04:43–06:38 Première explication scientifique (Emmanuel Jehin) : nature et couleurs des aurores.
- 07:40–10:56 Plongée dans la structure du Soleil (Marie Dominique).
- 13:36–15:10 Interaction Soleil–Terre, rôle du champ magnétique (Emmanuel Jehin).
- 18:38–21:19 Retour sur le blackout du Québec 1989.
- 22:29–23:56 Discussion sur la vulnérabilité de nos systèmes modernes.
- 26:00–26:50 Outils pour les amateurs et perspectives pour les prochaines aurores.
Conclusion
Cet épisode éclaire le phénomène rare des aurores boréales sous nos latitudes, mêlant émerveillement scientifique, précisions techniques, enjeux technologiques et conseils pratiques pour les futurs observateurs. Les experts rappellent que, même si la prédiction parfaite reste illusoire, l’essor de la « météo spatiale » permet aujourd’hui d’anticiper (un peu) et de protéger nos sociétés — tout en continuant à s’émerveiller devant ce lien invisible entre le Soleil et notre ciel.
