Les Clés – « Chine et climat : une ambition sincère ? »
Podcast RTBF, Host: Arnaud Ruyssen | Date: 16 novembre 2025
Bref aperçu de l’épisode
Dans cet épisode, Arnaud Ruyssen s’interroge sur la sincérité et les motivations de la Chine dans sa politique climatique. Alors que le pays est à la fois le premier émetteur mondial de gaz à effet de serre et un leader sur les technologies vertes, la discussion explore si la transition écologique chinoise tient davantage de l’engagement environnemental ou d’une stratégie industrielle et géopolitique. Ses invités, Virginie Arantes (chercheuse CNRS, spécialiste de la politique environnementale chinoise) et Tancrède Voiturier (chercheur à l’IDDRI, Sciences Po), décryptent ambitions, réalisations, contraintes et paradoxes du « virage vert » chinois.
Points clés & Temps forts
1. La Chine, pollueur ou usine du monde ?
- Trompe-l’œil des émissions territoriales ([01:02] – [03:28])
- 30% des émissions mondiales de GES proviennent de la Chine, mais ce chiffre doit être nuancé car une part importante résulte de la production de biens exportés et consommés en Occident.
- Quote:
« Une partie des émissions chinoises, ce sont nos émissions, les émissions de notre consommation. »
— Arnaud Ruyssen [02:40]
2. Les ressorts multiples de la mobilisation écologique en Chine
- Mobilisation politique, sociale et industrielle ([05:09] – [10:34])
- La croissance rapide a engendré pollution et troubles sociaux majeurs (smogs des villes, scandales alimentaires, eaux contaminées), forçant le régime à agir, ne serait-ce que pour la stabilité sociale.
- Sécurité énergétique & vulnérabilité des approvisionnements (70% du pétrole importé).
- Opportunité de leadership technologique et d’ordre moral (renversement de la faiblesse écologique en force).
- Quote:
« La Chine se préoccupe des questions environnementales vraiment dans une stratégie industrielle. Elle a vraiment pris... la question de l'environnement comme une opportunité de leadership et technologique. »
— Virginie Arantes [06:33] - Quote:
« C’est une mobilisation pas tant pour le climat que pour l’économie du climat. (...) La Chine s’est intéressée aux technologies bas carbone... mais, encore une fois, c’est du business. »
— Tancrède Voiturier [08:41]
3. Idéologie et « civilisation écologique »
- Une écologie à la chinoise ([10:34] – [13:15])
- Le respect de l’environnement s’arrime à des valeurs classiques : harmonie, stabilité, « tianxia » et civilisation écologique.
- Notion inscrite dans la Constitution dès 2018 sous Xi Jinping.
- Quote:
« C’est la civilisation écologique. (...) L’environnement va bien au-delà d’un programme environnemental. C’est une stratégie industrielle aussi et un marqueur idéologique. »
— Virginie Arantes [11:51]
4. Des objectifs climatiques ambitieux... crédibles ?
- Chronologie et cohérence de l’action chinoise ([13:15] – [14:16])
- Pic d’émissions promis pour 2030, réduction de 7-10% des émissions d’ici 2035, neutralité carbone visée pour 2060 (10 ans après l’Europe).
- Historique de respect des engagements chinois, grâce à une planification forte, une capacité technologique et un accès aux capitaux.
- Question centrale : la vitesse et l’ambition plus que la faisabilité.
- Quote:
« La critique n’est pas tant ‘est-ce que vous allez y arriver ?’ mais ‘est-ce que vous ne pourriez pas faire plus vite et mieux ?’ »
— Tancrède Voiturier [15:46]
5. La Chine, producteur-clé des technologies vertes
- Leadership dans la voiture électrique et le solaire ([18:17] – [21:16])
- Dès le début des années 2000, la Chine mise sur l’électrique, subventionne massivement, bâtit la chaîne de valeur complète (extraction, raffinage, production batteries).
- Aujourd’hui, 60% des batteries mondiales sont chinoises et les constructeurs européens dépendent de cet approvisionnement.
- Quote:
« Même pour les métaux qu’elle n’exploite pas beaucoup... c’est quand même elle qui parvient à les transformer. »
— Philippe Diaro [19:38]
6. Boomerang géopolitique et dépendance occidentale
- Retour de flamme et nouveaux rapports de force ([20:46] – [22:26])
- Les tentatives européennes de taxer les produits chinois se heurtent à des mesures de rétorsion (suspension d’exportation de terres rares).
- La Chine parvient à utiliser sa position dominante pour rétablir l’équilibre face aux anciennes puissances économiques.
- Quote:
« Elle a su rendre une faiblesse... en une force industrielle mais aussi géopolitique. »
— Virginie Arantes [21:16]
7. Autoritarisme vert contre démocratie écolo
- Modèle gouvernance écologique chinoise : efficace, mais peu transposable ([22:58] – [25:09])
- Politique très verticale, planifiée, sanctions directes (fermetures de mines, relocalisations) peu contestées.
- Sociétés occidentales sont plus polarisées sur la question écologique, difficulté à imposer des mesures radicales.
- Quote:
« La Chine dans sa gouvernance environnementale, c’est très vertical, technocratique... On parle d’un système très autoritaire. »
— Virginie Arantes [23:33]
- Transposabilité du modèle
- Voiturier souligne que le blocage, en Europe, tient autant à la densité territoriale, à l’histoire industrielle, qu’aux contraintes démocratiques.
- Quote:
« Pour moi l’explication est territoriale… Pour le faire, il faudrait demander aux personnes si elles acceptent… on peut se douter que la réponse sera non. »
— Tancrède Voiturier [25:11]
Citations marquantes avec timestamps
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Arnaud Ruyssen :
« Une partie des émissions chinoises, ce sont nos émissions, les émissions de notre consommation. » [02:40]
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Virginie Arantes :
« La Chine se préoccupe des questions environnementales vraiment dans une stratégie industrielle. » [06:33]
« C’est la civilisation écologique. (...) L’environnement va bien au-delà d’un programme environnemental. C’est une stratégie industrielle aussi et un marqueur idéologique. » [11:51] -
Tancrède Voiturier :
« C’est une mobilisation pas tant pour le climat que pour l’économie du climat. (...) c’est du business. » [08:41]
« La critique n’est pas tant ‘est-ce que vous allez y arriver ?’ mais ‘est-ce que vous ne pourriez pas faire plus vite et mieux ?’ » [15:46]
« Pour moi l’explication est territoriale… on peut se douter que la réponse sera non. » [25:11] -
Philippe Diaro :
« Même pour les métaux qu’elle n’exploite pas beaucoup... c’est quand même elle qui parvient à les transformer. » [19:38]
Segmentation chronologique
- [00:00-03:28] Introduction – Le poids réel des émissions chinoises, l’articulation production/consommation mondiale.
- [03:28-08:41] Pourquoi la Chine agit ? Mobilisation sociale, sécurité énergétique, stratégie industrielle.
- [08:41-13:15] La transition verte : économie, idéologie, équilibre avec la nature.
- [13:15-18:17] Les objectifs climatiques chinois : cohérence, crédibilité, enjeux globaux.
- [18:17-22:26] Leadership technologique : filière batterie, solaire, monopole sur les technologies vertes, nouvelles tensions.
- [22:26-26:18] Autoritarisme vert, acceptabilité sociale, différence de modèles politiques, limites d’une éventuelle transposition en Occident.
Conclusion générale
L’épisode propose une analyse équilibrée du tournant écologique chinois, où idéalisme, urgence sociale et stratégies industrielles se mêlent. La Chine, bien que principale émettrice de gaz à effet de serre, s’impose comme leader des technologies vertes, bouleversant l’ordre mondial. Sa réussite repose sur une gouvernance autoritaire, une capacité de planification rare et une stratégie nationale qui lui permet de transformer contraintes écologiques en avantages économiques et politiques. Mais le modèle chinois, aussi efficace soit-il, reste difficile à transposer dans les démocraties européennes, confrontées à la complexité de leur tissu social, historique et institutionnel.
Pour creuser la réflexion
- La « civilisation écologique » chinoise est-elle un modèle ou une exception ?
- Jusqu’où l’Europe et les États-Unis doivent-ils accepter de dépendre de la Chine pour leur transition verte ?
- Peut-on accélérer la décarbonation sans quelques doses d’autorité… ou de protectionnisme ?
