Les Clés – Comprendre la taxe Zucman sur les ultra-riches
Date : 17 novembre 2025 – RTBF – Host: Arnaud Ruyssen
Résumé Général de l’Épisode
Arnaud Ruyssen consacre cet épisode au décryptage de la “taxe Zucman”, une proposition avancée récemment pour mieux imposer les ultra-riches et combler la faille d’équité fiscale croissante mise en évidence par les travaux de l’économiste Gabriel Zucman. L’épisode détaille le pourquoi, le comment, la pertinence et les critiques de cette taxe plancher de 2% sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros, en dialoguant notamment avec Quentin Parinello (Observatoire européen de la fiscalité), l’économiste Étienne de Callatay et l’avocate fiscaliste Sabrina Skarna.
1. Introduction et Contexte : Pourquoi parler de la taxe Zucman ?
- [00:00–01:20]
- Croissance du débat sur la fiscalité des ultra-riches, nombre de questions d’auditeurs sur la taxe Zucman en particulier.
- Objectif : expliquer cette taxe, qui elle vise, sa faisabilité, et les critiques qu’elle suscite.
- Mise en lumière de Gabriel Zucman, économiste médiatique spécialisé sur les inégalités et les stratégies fiscales des très grandes fortunes.
2. Les constats de Gabriel Zucman : la régressivité de l’impôt au sommet
-
[01:44–03:32]
- Citation, Gabriel Zucman :
“Les milliardaires paient moins d’impôts que leurs secrétaires.” [01:44]
- Dossier-choc : Les ultra-riches parviennent à échapper à la progressivité de l’impôt, grâce à de multiples stratagèmes légaux (holdings, structures complexes).
- Autre citation, Zucman :
"Les milliardaires aujourd’hui paient deux fois moins d’impôts par rapport à leurs revenus que le français moyen." [02:30]
- Citation, Gabriel Zucman :
-
[03:32–04:41]
- Présentation du principe : un impôt plancher de 2% sur toute fortune dépassant 100 millions d’euros, prélevé au titre de “correction” de la régressivité de l’impôt.
- Calcul : si les impôts effectivement payés sont inférieurs à 2% du patrimoine, un impôt complémentaire est prélevé.
-
[04:41–05:16]
- Zucman précise :
“Cet impôt plancher que je défends, ce n'est pas la révolution fiscale. […] On leur demande de ne pas payer moins que les classes populaires et les classes moyennes. Ça ne créerait même pas de progressivité, ça viendrait simplement effacer la régressivité actuelle.” [04:41]
- Zucman précise :
3. Origine et fonctionnement de la taxe : Focus avec Quentin Parinello
-
[05:50–06:43]
- Le système fiscal, en théorie, est progressif (plus on gagne, plus on paie). En pratique, il devient régressif tout au sommet à cause de l’utilisation massive de holdings par les ultra-riches.
-
[06:43–08:57]
- Explication détaillée du mécanisme d’évitement :
- Les holdings “cassent” la chaîne de l’impôt sur le revenu en permettant de réinvestir les profits sans effectuer de retrait personnel imposable.
- Résultat : La classe moyenne française paie jusqu’à 50% de ses revenus en impôts divers, un milliardaire paie à peine 25%.
- Explication détaillée du mécanisme d’évitement :
-
[09:34–10:48]
- Précision sur la légalité de ces montages :
“En théorie, on a des règles contre l’abus de droit, mais elles fonctionnent assez mal pour ce cadre de montage.” [10:48]
- Illustration par l’exemple (Bernard Arnault, yacht en holding).
- Précision sur la légalité de ces montages :
-
[12:53–13:27]
- Pourquoi un taux plancher de 2% ?
“Nous ce qu’on dit c’est qu’avec ce taux de 2% en France, les personnes très riches paieraient autant d’impôts sur le revenu que les autres. Ça permettrait de corriger l’inégalité tout au sommet et ça nous semble effectivement une approche assez minimaliste du principe constitutionnel qui existe en France et qui existe dans plein d’autres pays, d’égalité devant l’impôt.” [13:27]
- Pourquoi un taux plancher de 2% ?
-
[14:57–15:29]
- Simulation chiffrée : au taux de 2%, les très riches seraient imposés effectivement à un niveau comparable à la classe moyenne supérieure (~55%).
4. Applicabilité nationale vs. internationale, et risques de fuite des capitaux
- [16:13–19:18]
- La taxe Zucman est-elle applicable efficacement à un seul pays ?
- Oui, selon Parinello, car l’histoire montre que les réformes fiscales internationales commencent souvent avec quelques pionniers.
- L’exil fiscal existe mais reste statistiquement limité ; il devrait toutefois être encadré par un mécanisme anti-évasion (taxation maintenue sur plusieurs années même en cas de départ).
-
“L’exil fiscal, ce n’est pas une loi de la nature. On peut décider de maintenir une forme d’imposition.” [16:33]
- La taxe Zucman est-elle applicable efficacement à un seul pays ?
5. Les critiques principales de la taxe Zucman (Débat pluraliste)
Étienne de Callatay – [19:49–22:21]
- Dénonce :
- L’arbitraire du seuil (100M€) :
“Est-ce que quelqu’un qui a 103 millions est beaucoup plus riche que quelqu’un qui en a 97 ? Non, pas vraiment.” [20:01]
- Risque de contournement par des montages familiaux/fonciers.
- Complexité de l’évaluation du patrimoine mobilier :
“L’État belge ne connaît pas la valeur de votre patrimoine. […] L’évaluation de ce patrimoine est souvent difficile.” [21:06]
- Prône plutôt une hausse des droits de succession et une progressivité accrue de l’impôt sur le revenu.
- L’arbitraire du seuil (100M€) :
Réponse de Parinello – [22:38–23:34]
- Effet de seuil atténué car la mesure prend en compte l’impôt déjà payé.
- Possibilité technique d’évaluation : plus simple pour les grandes fortunes (industriels, entreprises cotées, marché des fusions-acquisitions).
Sabrina Skarna (avocate fiscaliste) – [25:40–27:29]
-
Constate qu’il existe déjà de multiples taxes sur le patrimoine — impression d’un “patchwork” fiscal, particulièrement en Belgique.
-
Met en garde :
- Contre la complexification du système fiscal déjà peu lisible.
- Sur le besoin avant tout de percevoir efficacement les impôts en place, et de les réformer vers plus de clarté.
-
Citation forte :
“On part du postulat qu’une personne très riche ne paye pas d’impôts, ce qui n’est pas tout à fait exact.” [25:54]
Réponse de Parinello – [28:16–29:39]
- Les multiples taxes actuelles sont facilement contournables par les ultra-riches, qui paient au final moins que la classe moyenne/supérieure.
- Logique d’un impôt plancher : il s’applique quand toutes les autres taxes existantes ne remplissent pas leur rôle équitablement, et “ne peut être contourné ou abusé”.
“Ce que vient dire cette mesure, c’est peu importe la manière dont vous allez tenter de contourner le système d’impôt sur le revenu, quand vous avez un très gros patrimoine, vous devez payer beaucoup d’impôts.” [28:16]
6. Conclusion et Synthèse
- [29:39–fin]
- La taxe Zucman relance le débat sur la justice fiscale, l’égalité devant l’impôt et met en lumière les techniques d’optimisation des ultra-riches, désormais bien documentées.
- L’épisode vise à fournir des clés pour une opinion informée et stimulée.
Moments & Citations-clés (avec timestamps):
- “Les milliardaires paient moins d’impôts que leurs secrétaires.” – Gabriel Zucman [01:44]
- “Cet impôt plancher que je défends, ce n’est pas la révolution fiscale… Ça viendrait simplement effacer la régressivité actuelle.” – Gabriel Zucman [04:41]
- “...en France, un milliardaire paie environ 25% de son revenu économique en prélèvements obligatoires. Pour la classe moyenne, c’est 50%.” – Quentin Parinello [09:34]
- “On part du postulat qu’une personne très riche ne paye pas d’impôts, ce qui n’est pas tout à fait exact.” – Sabrina Skarna [25:54]
- “La seule manière de se prémunir de tous les contournements possibles de l’impôt sur le revenu, c’est d’avoir un impôt plancher.” – Quentin Parinello [28:16]
Structure du podcast par segments
| Segment | Sujet/Intervenant | Points-clés | |----------------------------------|-----------------------------|----------------------------------------------------------------| | 00:00–01:20 | Intro Arnaud Ruyssen | Pourquoi la taxe Zucman, enjeux, objectifs de l’épisode | | 01:20–04:41 | Présentation Zucman | Diagnostic sur la régressivité fiscale, explication de la taxe | | 05:16–16:13 | Quentin Parinello | Fonctionnement, justification, questions de seuil/taux | | 16:13–19:18 | Parinello, exil fiscal | Efficacité monopays vs. international, exil fiscal | | 19:49–23:34 | Étienne de Callatay | Critiques : seuil, évaluation, réponses Parinello | | 25:40–27:29 | Sabrina Skarna | Patchwork fiscal belge, surimposition ou manque de clarté | | 27:53–29:39 | Parinello | Importance d’un impôt plancher face à l’évitement | | 29:39–fin | Synthèse et conclusion | Lancement du débat, remerciements |
Pour aller plus loin
- L’épisode propose une vision nuancée : ni panacée, ni gadget politique, la taxe Zucman interroge sur la justice fiscale à l’ère des grandes fortunes mobiles et des systèmes complexes d’optimisation.
- Elle soulève la question cruciale de la faisabilité technique et du volontarisme politique au niveau national comme international.
Pour prolonger :
Envoyez idées de sujets à l’émission à lescles@rtbf.be
Résumé rédigé dans l’esprit clair, pédagogique et nuancé des échanges entendus dans l’épisode.
