
Les Etats-Unis sont ébranlés par l’affaire Epstein, du nom de ce financier pédocriminel lié à de nombreuses personnalités publiques. Des millions de documents ont été publiés par l’administration américaine sur cette affaire. De quoi alimenter les rumeurs mais auss...
Loading summary
Arnaud Ruyssen
Chapitre international, l'affaire Jeffrey Epstein prend de plus en plus d'ampleur.
Sarah Poussey
La première.
Arnaud Ruyssen
Plus de 3 millions de pages avec.
Romuald Ciorra
Des milliers de photos et de vidéos issues du dossier du criminel sexuel ont été rendues publiques.
Arnaud Ruyssen
Bill Gates, la princesse métamaride de Norvège, le prince Laurent ou encore Donald Trump.
Antoine Duhart
Les clés.
Arnaud Ruyssen
C'est une bombe mondiale. Arnaud Ruyssen.
Podcast Host
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans un numéro des clés qui va nous emmener aux Etats-Unis puisqu'on va.
Romuald Ciorra
Essayer de mieux comprendre l'affaire Jeffrey Epstein et pourquoi les révélations qui se succèdent autour de ce financier pédo-criminel constituent une déflagration mondiale. Une affaire qui n'a d'ailleurs sans doute.
Podcast Host
Pas encore livré tous ses secrets alors.
Romuald Ciorra
On va essayer en 27 minutes de prendre la mesure d'un scandale qui ne peut qu'accentuer la méfiance déjà très grande aujourd'hui vis-à-vis des élites Et pour cela, on va d'abord remonter le fil de cette histoire.
Antoine Duhart
Mars.
Podcast Host
2005. Nous sommes dans un commissariat de Palm Beach, en Floride. Une femme demande à pouvoir faire une déposition devant un policier. Elle explique qu'elle vient en réalité pour sa belle-fille, âgée de 14 ans. Car quelques jours plus tôt, elle a retrouvé 300 dollars dans le sac de la jeune fille, une somme très inhabituelle pour une lycéenne de cet âge-là. Alors, elle a essayé de comprendre et la jeune fille a fini par raconter. C'est en fait une autre adolescente mineure qui lui a parlé d'un moyen facile de gagner de l'argent chez un homme très riche qui paye pour des massages. Alors, elle s'est rendue sur place. A découvert une grande villa très luxueuse, avec même du personnel de maison. On l'a amenée dans une chambre. On lui a demandé de se déshabiller pour pratiquer le massage. Jeffrey Epstein est alors entré, âgé d'une cinquantaine d'années, une serviette nouée autour de la taille. Il ne se contentera pas de se faire masser. Il se masturbe durant le massage, s'adonne à des attouchements sexuels sur la jeune fille et puis, à la fin, lui donne 300 dollars. Dans sa déposition, la jeune fille restée anonyme expliquera au policier qu'Epstein lui a proposé de lui donner davantage d'argent une autre fois si elle revenait et si elle ramenait d'autres filles. Et il a ajouté cette phrase. Plus elles sont jeunes, mieux c'est. Cette histoire, elle fait écho à des dizaines et sans doute des centaines d'autres racontées par des victimes dont les langues se sont déliées ces dernières années. Comme ce témoignage de Courtney Wild dans le magazine de nos collègues de complément d'enquête sur France 2.
Antoine Duhart
Un jour, mon ami et moi sommes allés à une fête d'anniversaire et quelqu'un a dit, qui veut gagner 200 dollars? Écrivez votre nom et votre numéro de téléphone sur ce morceau de papier. Il nous a dit, tu dois juste faire un massage à un type à Palm Beach, il est super riche. Une semaine plus tard, elle reçoit un coup de fil. Jeffrey a demandé à l'un de ses chauffeurs de venir nous chercher dans une grosse voiture noire.
Podcast Host
Elle raconte alors comment elle s'est retrouvée chez Epstein quasiment exactement dans les mêmes circonstances que la première plaignante.
Antoine Duhart
Lorsque je l'ai vu, il était vêtu d'un peignoir. Il s'est présenté et s'est installé à plat ventre sur la table de massage. Il m'a demandé si je pouvais enlever mon soutien-gorge. Et c'est ce que j'ai fait. Mais je lui ai dit que je n'étais pas à l'aise avec le fait d'enlever ma culotte. Et avant que je ne m'en rende compte, une fois la conversation terminée, il s'est donné du plaisir et m'a agressé sexuellement pendant ce temps.
Podcast Host
Et d'autres témoignages font encore plus froid dans le dos. Des jeunes filles racontent comment elles ont été emmenées aussi sur l'île personnelle d'Epstein, dans les îles vierges, une toute petite île des Caraïbes qui servait en quelque sorte de terrain de jeu pour le prédateur sexuel, où ils recevaient aussi de nombreux invités. Sarah Ransom, l'une des victimes, raconte que les filles étaient toujours obligées d'être habillées de bikinis très suggestifs, à la merci du maître des lieux, violées parfois plusieurs fois par jour. D'autres victimes encore, comme Virginia Roberts, qui s'est aujourd'hui suicidée, racontent comment elle était à la fois un jouet sexuel pour Epstein et une rabatteuse chargée d'attirer d'autres jeunes filles mineures dans les filets du Prédateur et de sa garde rapprochée dont une certaine Guylaine Maxwell, l'âme damnée d'Epstein, d'abord sa compagne, puis son associé dans l'organisation de ce vaste réseau pédocriminel Un réseau dont on ne mesurera l'ampleur que bien plus tard. Car pour bien comprendre, il faut remonter encore un peu plus loin dans l'histoire. Dans les années 70, Jeffrey Epstein, issu d'un milieu modeste, à l'aise avec les maths et les sciences, mais qui n'est pas parvenu pourtant à décrocher un diplôme universitaire, va tout de même parvenir à devenir professeur de mathématiques et de physique dans un collège réputé de Manhattan. Là, il va côtoyer la jeunesse ultra riche de New York. Séducteur et décrit comme charismatique, il va nouer des relations auprès des familles qui ont énormément d'argent et de fil en aiguille parvenir à entrer lui-même dans le monde de la finance. Il fera plusieurs rencontres déterminantes, dont une en particulier, celle de Leslie Wexner, le milliardaire fondateur de la chaîne de magasins Abercrombie Fitch et de la marque de lingerie Victoria's Secret. C'est un tournant décisif. Epstein, qui a entre-temps créé sa société de gestion de fortune, va pouvoir gérer une bonne partie des avoirs de Wexner et s'enrichir lui-même très rapidement. Et c'est à cette époque-là qu'Epstein commence à tisser sa vaste toile. Il capitalise sur sa réussite, sur son charisme, sur le réseau qu'il a déjà construit dans le monde de la finance, et commence à organiser des dîners, des soirées, des séjours dans ses diverses résidences. À Palm Beach, à Manhattan, dans son ranch du Nouveau-Mexique, sur son île privée dans les Caraïbes, même dans son appartement à Paris. Et dans les fêtes de Jeffrey Epstein se croisent des chefs d'État, des financiers, des stars du show business ou encore des intellectuels. Et dans les photos de ces soirées ou ces jours, on découvre Bill Clinton, Donald Trump, le prince Andrew, frère du roi Charles, Elon Musk, Bill Gates, Woody Allen, Naomi Campbell, Michael Jackson et des dizaines et des dizaines d'autres. Epstein aime être aux côtés des puissants. Il passe sa vie à nouer des contacts avec toutes ces sphères de pouvoir sans qu'on sache toujours très bien ce que ces personnalités savaient, jusqu'à quel point certaines ont participé au délit du pédo criminel. Tout cela aurait pu s'arrêter, ceci dit, en 2008, car Epstein va être arrêté une première fois et même condamné à de la prison. Mais alors, la décision de justice sera étrangement clémente. Un accord de non-poursuite négocié avec une procureure fédérale pour l'Etat de Floride. Jeffrey Epstein va accepter de plaider coupable pour deux infractions seulement, sollicitation de prostitution et sollicitation auprès d'une mineure. Il n'écopera que de 18 mois de prison, une peine très allégée en plus puisqu'il sera dans une cellule VIP qu'il pourra sortir jusqu'à 12 heures par jour, 6 jours sur 7 pour gérer ses affaires. On estime aujourd'hui qu'il a sans doute continué d'ailleurs ses crimes sexuels durant cette période. Et une fois sorti de prison, il reprendra pratiquement sa vie d'avant. Certaines personnalités vont désormais éviter de le croiser suite à cette condamnation, mais il va conserver beaucoup de ses relations dans l'élite. Il faudra attendre 2018 pour qu'une enquête journalistique approfondie relance l'affaire. En 2019, il sera arrêté pour trafic sexuel de mineurs. Les enquêteurs ont cette fois un dossier très solide avec des dizaines de témoignages. La déflagration est énorme, bien au-delà des Etats-Unis, et son procès s'annonce comme une véritable bombe. Sauf que de procès, il n'y aura pas. Le 10 août 2019, Epstein est retrouvé pendu dans sa cellule. Officiellement, c'est un suicide, mais les circonstances sont particulièrement troubles. Les gardes qui devaient le surveiller n'ont pas effectué les rondes obligatoires. La surveillance anti-suicide avait été levée quelques jours à peine avant sa mort. Et bizarrement, les caméras près de sa cellule étaient défectueuses. On aurait voulu donner du grain à moudre aux théoriciens du complot qu'on ne s'y serait pas pris autrement.
Romuald Ciorra
Et avec nous pour y voir plus clair dans cette affaire, il y a Romuald Ciorra.
Podcast Host
Bonjour.
Arnaud Ruyssen
Bonjour.
Romuald Ciorra
Vous êtes avec nous depuis New York, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis à l'IRIS, l'Institut de recherche internationale et stratégique. Alors, d'abord un mot quand même sur ce qu'on l'a évoqué à la fin de ce récit, ces ingrédients de la méfiance, de la méfiance vis-à-vis des élites. même tout ce que cela peut nourrir dans le complotisme, on a l'impression que cette affaire, elle peut faire énormément de dégâts justement au niveau de la méfiance vis-à-vis d'une sorte de caste comme cela qui vivrait un peu au-dessus des lois, qui échapperait à la justice. C'est cette image-là notamment qui est renvoyée par l'affaire Epstein.
Arnaud Ruyssen
Bien évidemment, déjà dans une Amérique qui est de plus en plus allergique, si je puis dire, à l'establishment, cela n'aide pas. Depuis maintenant près d'un an que l'affaire est revenue sur le devant de la scène, ce sont pour l'instant essentiellement les démocrates qui sont touchés. On a vu l'ancien président d'Harvard, l'ancien secrétaire au Trésor, le conseiller économique de Barack Obama se retirer de l'avis public. des personnalités internationales qui font la une de la presse américaine. Donc effectivement, il y a ce sentiment de cet entre-soi de la part de l'establishment. Et je dirais un peu encore plus grave, c'est que des personnalités comme l'actuel président des États-Unis, qui était considéré comme l'ami du peuple par la base MAGA à son socle électoral, semble avoir traîné de la patte pour rendre public, bien qu'il l'ait promis, l'entièreté des dossiers Epstein et donc cela alimente les soupçons quand ce ne sont pas les théories du complot.
Romuald Ciorra
Justement, est-ce qu'on peut expliquer un peu où on en est là aujourd'hui? Parce qu'on s'est arrêté dans l'histoire à ce moment où en août 2019 Jeffrey Epstein va mourir en prison, un suicide officiellement même si on l'a dit les circonstances sont un peu troubles. La raison pour laquelle cette affaire revient à la une de l'actualité, c'est en lien avec une promesse, notamment faite par Donald Trump durant sa campagne, de dire qu'il allait rendre public tous les dossiers de cette affaire Epstein. On parle des Epstein Files. Est-ce qu'on peut expliquer d'abord pourquoi Donald Trump, qui savait évidemment qu'il l'avait fréquenté Jeffrey Epstein, qu'il allait apparaître dans ce dossier, qu'il y allait avoir des photos, plusieurs dizaines, centaines même d'apparitions dans ce dossier, a estimé que c'était une bonne idée politiquement d'aller vers la révélation de cette affaire?
Arnaud Ruyssen
Il faut bien avoir en tête que Trump, de haut, n'a rien à voir avec le Trump du premier mandat. Ce n'est plus un homme isolé, c'est un homme qui a été élu avec l'aide de l'extrême droite américaine, une extrême droite ultra radicale, religieuse. Mais néanmoins, avant que cette extrême droite n'accède au pouvoir en janvier 2025 avec lui, il était durant sa campagne un électron libre et il fallait flatter l'opinion. Et rien de mieux pour flatter l'opinion que de surfer justement sur les fameuses théories du complot. Et les dossiers Epstein font partie des théories complotistes favoris des Américains. N'oublions pas quand même que près de 60% des Républicains sont toujours convaincus de cette fameuse histoire, la pizzaguette, vous savez, cette théorie du complot. Comme quoi les démocrates, avec Hillary et Bill Clinton à leur tête, auraient ouvert un centre pédophile en plein cœur de Washington qui aurait été abrité dans la cave d'une pizzeria, donc la fameuse pizzaguette. Donc bref, l'électorat de Trump friand de ce genre de choses, a été toutoui quand le tribun leur promettait, une fois réélu, de rendre public l'entièreté des dossiers Epstein. Une fois cela dit, et une fois que ce dernier, Donald Trump, est arrivé au pouvoir, il a commencé à traîner de la patte. Néanmoins, beaucoup d'observateurs pensent, et je crois que c'est possible, que le président n'ait pas grand-chose à se reprocher dans cette affaire. Dieu sait qu'il a d'autres choses à se reprocher, mais visiblement, on pourrait sous conditionnel imaginer que ce qu'il craignait, une fois arrivé au pouvoir, en rendant publique l'entièreté des dossiers, ne soit que quelques photos compromettantes, mais rien de plus grave. Sinon, pourquoi aurait-il promis de rendre public ces dossiers? Donc on pourrait imaginer que Donald Trump pensait qu'il n'y aurait rien de trop compromettant, en sachant que même des révélations prouvant, ce qui n'est pas le cas pour l'instant, que Donald Trump aurait couché avec des prostituées via Epstein glisseraient sur lui. Nous sommes aujourd'hui aux États-Unis dans une époque très différente de celle qui avait vu le scandale Bill Clinton, Monica Lewinsky. Et surtout, les Américains, et même sa base électorale, se sont habitués au frasque du président américain. Donc, bref, sans aucun doute, il ne pensait pas qu'il pourrait y avoir des révélations qui pourraient vraiment lui nuire. Les choses ont un petit peu changé. Donc, à l'heure qu'il est, oui, cela semble encore glisser sur le président américain. C'est surtout les démocrates pour l'instant qui sont taboussés par les révélations de ces dossiers. Donc, Larry Summers dont je viens de parler, l'ancien secrétaire au Trésor qui s'est retiré de l'avis public. Bill Clinton en photo. Alors, il n'y a rien d'illégal, vous me direz, dans une jacuzzi avec des femmes qui doivent aujourd'hui se justifier devant le Congrès. Donc, pour l'instant, tout glisse sur Trump. Malheureusement pour lui, et pour conclure là-dessus, il y a un peu plus d'une semaine, est revenu sur le devant de la scène, via les dossiers Epstein, cette accusation dont on avait parlé déjà en 2016 d'une mineure de 13 ans qui accuserait le président américain de viol. Ce sont des accusations un petit peu brumeuses. On ne sait pas qui est cette personne. La plate a été retirée en 2016. Néanmoins, cela revient aujourd'hui dans les médias. Et là, c'est une chose très, très différente. Une fois encore, tout pourrait glisser sur Donald Trump. Mais si des mineurs sont impliqués et si, surtout, il y a suspicion d'une accusation qui pourrait être prise au sérieux concernant le viol d'une gamine de 13 ans par le président, là, les répercussions seraient ou seront gigantesques.
Podcast Host
C'est peut-être l'occasion de préciser ce que l'on trouve comme type de document dans les millions de pages du dossier Epstein révélé par le ministère de la Justice américain. On y trouve des rapports d'enquête, des comptes rendus de plaintes, des échanges de communication, des e-mails et autres messages instantanés, des photos très nombreuses, plus de 180 000 images saisies notamment lors des perquisitions chez Epstein. Mais on trouve aussi dans le lot des plaintes soumises par le public aux FBI. Et ces plaintes ne sont pas toujours vérifiées. Certaines sont potentiellement fausses ou exagérées. En résumé, c'est un énorme fatras de documents bruts qui sont désormais livrés au public et aux médias. et il est très difficile de savoir comment traiter un tel dossier puisque voisine dans ces millions de pages à la fois les noms de personnes qui n'ont pour certaines même jamais rencontré Epstein, des personnes qu'il espérait rencontrer ou qu'il a tout simplement mentionné au détour d'un échange, mais on trouve aussi des personnalités qui ont beaucoup fréquenté Epstein et qui pour certaines non seulement ne pouvaient pas ignorer ses activités pédocriminelles mais y ont sans doute participé. Le public, lui, reçoit tout d'un bloc, sans hiérarchie, sans le fil de l'enquête, dans l'illusion que cette transparence permettrait naturellement d'accéder à la vérité.
Arnaud Ruyssen
Exactement. Et c'est pourquoi on pense aussi que l'administration, l'actuelle administration, a tout intérêt à mettre en avant certains documents où sont impliqués, toujours entre guillemets, des démocrates ou des progressistes. On se rappelle de cette photo de Noam Chomsky, l'intellectuel de la gauche radicale américaine, dans un avion avec Epstein. Ici, on en a parlé, ça fait scandale. Mais bon, qu'est-ce que l'on a vu? Noam Chomsky assis dans un avion avec Epstein. Ce qu'il faut garder à l'esprit, comme vous l'avez très bien dit, c'est que Epstein régnait sur le Gotha new-yorkais dans les années 90, des années 2000, une partie des années 2010. Toute personne, plus ou moins people, l'a rencontré. Vous-même, vous auriez vécu à New York, vous auriez peut-être été en photo avec Epstein. Donc, il n'y a rien d'incriminant là-dedans. Simplement, nous sommes aujourd'hui aux États-Unis dans une période où les théories du complot font recette et où, comme vous l'avez dit au début de l'émission, l'establishment est plus impopulaire que jamais. Bref, toute personne semblant faire partie de l'élite ou de l'establishment, un tant soit peu, vue aux côtés de Epstein est aujourd'hui soupçonnée. Mais bien évidemment, 80% des personnes, même plus, qui ont été vues avec Epstein n'ont rien été impliqués dans ces réseaux pédocriminels ou dans ces malversations financières. Pour l'instant, je le répète, le président américain n'a rien à se reprocher. Il le sait que je ne suis pas son fan. Quelques photos, on le voit rigoler avec Epstein, des dessins de très mauvais goût, je vous l'accorde, mais n'oublions pas que Donald Trump est quand même celui qui a dit devant les caméras qu'il attrapait les femmes par la chatte. Pardonnez-moi l'expression, mais je reprends ça. C'est rhétorique, c'est antique. Donc bref, pour l'instant, beaucoup de personnalités n'ont rien visiblement à se reprocher. Même Bill Clinton, on connaît le peu de moralité de Bill Clinton. Et être dans un jacuzzi avec une femme qui semble majeure n'a pour l'instant rien d'illégal. Néanmoins, tous ceux-là sont très mauvais. Évidemment, fait le chou-gras de la presse à sensation et des adeptes des théories du complot.
Romuald Ciorra
Et alimente évidemment la méfiance déjà très vive vis-à-vis des élites dirigeantes dans une bonne partie de la population américaine. Alors ce qui est interpellant aussi c'est que cette affaire elle a très rapidement aussi traversé l'Atlantique touchant des personnalités européennes qui pour certaines d'entre elles là sont.
Podcast Host
Ciblées par des documents qui pourraient être.
Romuald Ciorra
Beaucoup plus compromettants que de simples photos ou des simples échanges de mails et.
Podcast Host
Ça on va le voir tout de.
Romuald Ciorra
Suite avec Sarah Poussey.
Sarah Poussey
Parmi les personnalités européennes, on trouve plusieurs têtes couronnées. Le prince Andrew bien sûr, titre que son frère le roi Charles d'Angleterre lui a désormais retiré. On retrouve une photo de l'ancien prince assis sur une femme dont le visage est flouté. Une des victimes d'Epstein a aussi témoigné contre lui en disant avoir été envoyée au Royaume-Uni pour satisfaire aux besoins sexuels d'Andrew. Celui-ci, en retour, aurait invité son ami américain à Buckingham après sa première condamnation pour prostitution de mineur. L'ex-épouse d'Andrew, Sarah Ferguson, était également proche du milliardaire américain. Elle lui a notamment demandé de l'argent et dans ses mails, elle parle de lui comme d'un frère dont elle a toujours rêvé, allant jusqu'à lui proposer de l'épouser. Autre famille royale touchée, celle de Norvège, la future reine, la princesse Mette Marit, a échangé des centaines de mails avec Epstein. Chez nous, le nom du Prince Laurent a également émergé. Après avoir déclaré n'avoir assisté à aucun événement avec Epstein, il a confirmé l'avoir quand même rencontré deux fois, seul à seul. Côté politique, c'est le nom de Jacques Lang, l'ancien ministre français de la culture, qui revient à près de 700 reprises dans les documents publiés fin janvier. Le socialiste était proche d'Epstein, il en parle même comme d'un membre de la famille. D'ailleurs, sa fille Caroline Lang avait des contacts réguliers avec le milliardaire. Elle a ouvert avec lui une société offshore aux Îles Vierges. Et dans son testament, Epstein lègue 5 millions de dollars à Caroline Lang, qui elle, dit ne pas être au courant.
Antoine Duhart
Je n'en avais jamais entendu parler. Je n'avais jamais vu ce document.
Sarah Poussey
Olivier Collomb, l'ancien conseiller diplomatique de Sarkozy, est lui aussi cité à de nombreuses reprises. Ses échanges avec Epstein sont bien plus clairs, salaces, racistes, mais aussi géopolitiques. Il était une sorte de contact à Paris pour Jeffrey Epstein et lui faisait rencontrer du monde. Citons aussi l'ancien ambassadeur britannique aux Etats-Unis, désormais licencié, qui aurait transmis des informations sensibles aux milliardaires, tout en apparaissant aussi en sous-vêtements sur plusieurs photos du dossier. Et puis le patron du forum de Davos, ancien ministre norvégien, qui a dîné à trois reprises avec l'homme d'affaires juste avant son arrestation, le forum a ouvert une enquête indépendante sur les agissements de son directeur.
Podcast Host
Alors, Romuald Sciorra, quand on entend tout.
Romuald Ciorra
Ça, on reste pantois quand même de la toile qu'avait réussi à tisser Jeffrey Epstein.
Podcast Host
Tant ça va dans tous les domaines.
Romuald Ciorra
Au niveau politique, au niveau financier, au niveau, on l'a dit, du show business, mais aussi d'intellectuel. Ça dépasse très, très largement les États-Unis. Qu'est-ce qui attirait tant toutes ces personnalités chez une personne comme Jeffrey Epstein, à votre avis?
Arnaud Ruyssen
Écoutez, premièrement, ce qu'il faut quand même garder à l'esprit, c'est que Epstein était, au-delà d'être un homme d'affaires, c'était un homme de réseau. C'est un homme qui a été certes multimillionnaire, une fortune estimée à environ 500 millions de dollars, mais qui vivait largement au-dessus de ses moyens, si je puis dire. Il vivait comme un multimilliardaire. Son objectif, depuis le départ, a été un petit peu comme ces personnes, vous savez, qui vivent en empruntant à l'un et en remboursant à l'autre. Ça a toujours été de monter des coûts financiers et d'élargir ses réseaux, de tisser sa toile d'araignée où le trafic d'influence a régné. C'était son objectif, c'était son grande œuvre. Donc ce qui attirait les personnes, c'était ce réseau, les connexions qu'il pouvait offrir. Et puis aussi, il était un donateur, un sponsor, mécène. Et évidemment, cela a attiré un grand nombre de personnalités ou de personnes à travers le monde. Pour ce qui est justement de cette toile d'araignée, alors une fois encore, il faut faire attention, il y a des gens visiblement comme le prince Laurent de Belgique qui l'ont rencontré, mais alors qu'il est, il me semble qu'il n'y a rien de vraiment qui pourrait incriminer le prince. Bon, l'avoir rencontré, déjeuner, Par contre, ce qui se passe du côté français avec Jacques Land là est un petit peu différent. C'est plus qu'un lien, c'est plus que quelques e-mails, c'est plus qu'un dîner ou plus qu'un sponsoring ou un mécénat. Ensuite, cette histoire pour Caroline Langue de 5 millions d'euros dont elle a arrêté. Arrêtons, Efteling n'est pas mort il y a trois mois, il est mort en 2019. On est aux États-Unis, il y a des avocats, croyez-moi, quand vous avez une vérité de 5 millions, quelqu'un vous tient au courant. Vous pouvez les refuser, certes, mais vous êtes au courant. Donc là, effectivement, on va vers quelque chose d'un petit peu plus sérieux. Et alors là, l'ancien Prince Andrew, je n'en parle pas, lui, il est totalement incriminé, évidemment, c'est évident, dans les réseaux pédocriminels d'Einstein. Bref, Epstein était avant tout un aventurier, c'est-à-dire que c'est quelqu'un qui certes a voulu bâtir une fortune, mais c'était un homme de pouvoir, d'influence qui lui importait plus que sa fortune. La preuve, une fois encore, il a dépensé des centaines de millions pour alimenter et créer ce réseau. Ce qui l'intéressait, c'était de régner, en mettre sur cette toile d'araignée gigantesque. Et effectivement, il attirait dans cette toile, mais aussi des personnalités éblouies par son côté solaire et qui souhaitaient bénéficier de certains de ses contacts ou tout simplement son mécénat.
Podcast Host
Sauf qu'ici, on parle, et c'est essentiel à rappeler, d'un homme qui a commis des crimes sexuels sur des centaines de jeunes filles mineures. Et l'on peine à croire que ceux qui l'ont fréquenté très régulièrement aient pu complètement ignorer cette facette de sa personnalité. Pourtant, les faits se sont poursuivis durant des dizaines d'années et ont même continué après une première condamnation. Tout cela va très certainement alimenter le complotisme, on l'a dit, mais doit sans doute interroger aussi ces lieux de pouvoir qui échappent à la démocratie, ces lieux où se croisent le monde de l'argent et le monde de la politique à l'abri des regards, où l'on se co-opte, où l'on se protège, où peuvent se prendre aussi des décisions qui vont concerner beaucoup de ceux qui n'auront jamais accès à ces cercles-là. Il y a donc sans doute, au-delà de l'affaire pédocriminelle elle-même, de vraies questions à se poser sur tout ce que nous dit cet incroyable réseau que Jeffrey Epstein était parvenu à tisser. Voilà, c'était Les Clés, un podcast de la première avec à la réalisation sonore de cet épisode Antoine Duhart, à la préparation Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Et si ce contenu vous a intéressé, n'hésitez pas évidemment à le partager autour de vous.
Podcast by RTBF | Episode Date: 8 février 2026
Cet épisode du podcast Les Clés s’attache à décrypter l’affaire Jeffrey Epstein, l’un des plus grands scandales contemporains mêlant crimes sexuels, trafic d’influence et réseaux de pouvoir internationaux. L’objectif affiché de la discussion est double : retracer minutieusement le parcours d’Epstein et explorer ce que la révélation progressive de ses archives, les “Epstein Files”, entraîne en matière de défiance envers les élites et de montée des théories du complot.
(00:55 - 09:59)
Déclencheur du scandale
Multiplication des témoignages
[03:21] Témoignage glaçant de Courtney Wild (victime) sur la mécanique du recrutement, l’argent facile et la violence psychologique exercée lors des “massages”. (« Lorsque je l'ai vu, il était vêtu d'un peignoir [...] il s’est donné du plaisir et m’a agressée sexuellement [...] », Courtney Wild, 03:57)
[04:29] D’autres témoignages exposent le rôle de l’île privée d’Epstein dans les îles Vierges, où de très jeunes filles étaient forcées de porter des bikinis suggestifs, victimes de viols multiples chaque jour.
Réseau et complicité
Ascension sociale et financière
La clémence de la justice américaine (2008)
Epstein plaide coupable pour sollicitation de prostitution (y compris sur mineure), mais bénéficie d’un accord de non-poursuite :
Poursuite de ses activités après cette condamnation, réseau restant intact.
Relance médiatique et choc planétaire (2018-2019)
(10:26 - 17:48)
Explosion de défiance et montée du complotisme
[11:13] Arnaud Ruyssen : « Déjà dans une Amérique qui est de plus en plus allergique, si je puis dire, à l’establishment, cela n’aide pas. [...] Cela alimente les soupçons quand ce ne sont pas les théories du complot. »
Exemple de l’affaire “Pizzagate” (complot sur des réseaux pédocriminels liés aux démocrates), mobilisée par Trump pour rallier son électorat lors de la promesse de publication des “Epstein Files”.
Difficulté à démêler le vrai du faux dans les documents
[16:29] Explication de la masse documentaire mise à disposition du public :
« Un énorme fatras de documents bruts [...] à la fois des noms de personnes n’ayant jamais rencontré Epstein, des personnalités qui l’ont beaucoup fréquenté [...] Le public reçoit tout d’un bloc, sans hiérarchie, dans l’illusion que cette transparence permettrait d’accéder à la vérité. » (Podcast Host)
[17:48] Distinction entre fréquentation mondaine d’Epstein et implication criminelle réelle :
« 80% des personnes vues avec Epstein n’ont rien été impliquées dans ces réseaux pédocriminels… » (Arnaud Ruyssen)
(19:41 - 25:48)
Riposte aux USA : révélations et récupération politique
Élargissement à l’Europe – les personnalités impliquées
[20:13 – 22:42] Sarah Poussey détaille les ramifications européennes :
[22:44] Romuald Ciorra : « On reste pantois de la toile qu’avait réussi à tisser Jeffrey Epstein. [...] Ça dépasse très largement les États-Unis. »
Pourquoi toutes ces personnalités s’en rapprochaient ?
(25:48 - 27:00)
Interrogations sur l’impunité des lieux de pouvoir
La persistance du doute et du complot
[01:05] (Déposition initiale anonymisée) :
« Plus elles sont jeunes, mieux c’est. »
[03:57] Courtney Wild (victime) :
« Lorsque je l'ai vu, il était vêtu d'un peignoir [...] il s’est donné du plaisir et m’a agressée sexuellement pendant ce temps. »
[09:44] Podcast Host (sur la mort d’Epstein) :
« On aurait voulu donner du grain à moudre aux théoriciens du complot qu’on ne s’y serait pas pris autrement. »
[11:13] Arnaud Ruyssen :
« Cela alimente les soupçons quand ce ne sont pas les théories du complot. »
[16:29] Podcast Host (sur la masse de documents) :
« Le public, lui, reçoit tout d'un bloc, sans hiérarchie, sans le fil de l'enquête, dans l'illusion que cette transparence permettrait naturellement d'accéder à la vérité. »
[22:44] Romuald Ciorra :
« On reste pantois quand même de la toile qu’avait réussi à tisser Jeffrey Epstein. »
[25:48] Podcast Host (en guise de synthèse) :
« Il faut s’interroger sur ces lieux de pouvoir qui échappent à la démocratie, où se croisent argent et politique, à l’abri des regards… »
Note : L’épisode se concentre uniquement sur les faits, les mécanismes d’influence, la nature tentaculaire du réseau, et ses conséquences sociopolitiques, sans entrer dans l’exploitation sensationnaliste.