
Le 3 janvier, les Etats-Unis ont capturé le président vénézuélien Nicolas Maduro et sa femme et les ont exfiltrés vers New-York. Ils doivent comparaitre devant la justice pour des faits de narcoterrorisme. Nous revenons sur cette attaque directe au droit internatio...
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Narrator / Host
Je suis Nicolas Maduro, président réélu de la République Bolivarienne du Venezuela.
Donald Trump
La première...
Narrator / Host
Les clés des colonnes de fumée qui s'élèvent au-dessus de la capitale vénézuélienne. Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour notre premier numéro de cette année 2026. Une année qui a démarré par une opération fracassante menée par les États-Unis de Donald Trump au Venezuela. Après que des forces spéciales aient capturé le président Maduro, le président américain a annoncé vouloir carrément diriger le pays pour le plier aux intérêts américains. Alors, comment analyser cette intervention ? Sonne-t-elle le glas d'un certain ordre mondial basé sur le droit international ? C'est à ces questions et à d'autres que nous allons tenter de répondre, en commençant par retracer la chronologie.
Sarah Poussey
Des faits. La première.
Narrator / Host
Les clés. Vendredi 2 janvier, il est 22h45 à Washington, lorsque le président américain Donald Trump donne le feu vert à une opération baptisée Absolute Resolve, résolution absolue. Dans la foulée, quelques 150 appareils militaires décollent de plusieurs bases américaines et prennent la direction du territoire vénézuélien. À deux heures du matin, hors de Caracas, les premières frappes commencent. Elles visent surtout des bases aériennes avec l'objectif de neutraliser la défense antiaérienne et affaiblir les capacités de réaction de l'armée vénézuélienne. En très peu de temps, l'US Air Force prend le contrôle du ciel. Dans le même temps, des hélicoptères acheminent alors des unités d'élite de l'armée américaine dans le centre de Caracas, du côté de Fort Tijuana, l'un des grands complexes militaires de la ville. C'est là, dans une résidence, que se trouve le président Nicolas Maduro et son épouse, Cilia Flores. Tous deux sont capturés, embarqués à bord d'un hélicoptère et acheminés sur un navire de guerre américain qui doit les amener à New York. À 4h29 du matin, l'opération est déjà considérée comme terminée. L'information commence alors à faire le tour des médias du monde entier. De fortes explosions, donc, entendues cette nuit à Caracas, à des kilomètres à la ronde, des colonnes de fumée qui s'élèvent au-dessus de la.
Anne Laguerval
Capitale vénézuélienne. Pour ma part, moi, j'ai été réveillée aux alentours de 2 heures du matin par une très forte détonation.
Sarah Poussey
Et on a suivi.
Donald Trump
Plusieurs autres. Breaking news tonight, Venezuela's leader captured by American forces arriving in New York just moments ago after a daring raid inside the.
Narrator / Host
Country'S capital. À 5h30, heure de Washington, 11h30 chez nous, la confirmation de la capture de Nicolas Maduro tombe sous la forme d'un cliché publié par Donald Trump sur son réseau social. On y voit le président vénézuélien en training gris, masque sur les yeux, casque anti-bruit sur les oreilles et les mains menottées à bord de l'USS Iwo Jiwa. Il faudra attendre quelques heures encore pour une conférence de presse où Donald Trump ne ménage pas les superlatifs pour se féliciter du succès de l'opération. Tard hier soir et tôt.
Donald Trump
Ce matin, sous ma direction, les États-Unis ont mené une opération militaire extraordinaire dans la capitale du Venezuela. La puissance militaire américaine écrasante, aérienne, navale et terrestre, a été utilisée pour lancer cet assaut spectaculaire, un assaut comme on n'en avait plus vu depuis la Seconde.
Narrator / Host
Guerre mondiale. Il confirme la capture de Nicolas Maduro et de son épouse, Cilia Flores, en expliquant qu'ils vont être déférés devant la justice new-yorkaise pour narcoterrorisme. Et dans cette même conférence de presse, Donald Trump annonce aussi ceci. Nous allons diriger le pays.
Donald Trump
Jusqu'À ce que nous puissions assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse. Nous voulons la paix, la liberté et la justice pour le grand peuple du Venezuela. Nous allons aussi faire intervenir nos grandes compagnies pétrolières, les plus grandes du monde, qui vont investir des milliards de dollars pour réparer les installations pétrolières vitustes et relancer l'économie.
Narrator / Host
Du pays. On sent donc bien qu'il n'y avait pas juste l'idée d'amener Nicolas Maduro devant la justice américaine, mais bien de changer de régime et de donner accès aussi aux entreprises américaines à l'incroyable manne pétrolière du Venezuela. Et pour commenter tout cela, il y a tout d'abord avec nous dans les clés Anne Laguerroel. Bonjour. Merci d'être là. Vous êtes professeur de droit international à l'ULB. Alors, on savait que Donald Trump n'avait pas beaucoup d'égard pour le droit international. On avait déjà pu le mesurer depuis son premier mandat et celui-ci. Mais là, on a l'impression qu'on a franchi encore un ou deux pas plus loin dans ce piétinement du.
Anne Laguerval
Droit international. Mais en tout cas, ce qui est évident et qui est d'ailleurs très peu contesté parmi les spécialistes du droit international, c'est que cette opération viole la Charte des Nations Unies de manière extrêmement claire et viole toute une série d'autres principes tout à fait fondamentaux du droit international. En particulier, il s'agit là d'une opération qui viole la Charte des Nations Unies en ce qu'elle interdit aux États de recourir à la force dans leurs relations internationales. Et donc cette opération, qui est une opération militaire d'envergure, comme vous l'avez rappelé, c'est une violation flagrante de la charte des Nations Unies. Alors il y a des cas où parfois les États peuvent être autorisés à recourir à la force lorsqu'ils y sont autorisés par le Conseil de sécurité, ce qui n'est absolument pas le cas ici, ou lorsqu'éventuellement ils sont eux-mêmes attaqués par un autre État et qu'ils peuvent alors utiliser la force pour mettre fin à cette agression armée, comme c'est le cas en Ukraine par exemple, qui peut bien sûr réagir à l'agression armée de la Russie, mais ce n'est pas du tout le cas ici non plus. Et puis il y a d'autres principes fondamentaux qui sont violés par cette opération militaire, c'est une violation aussi du principe de non-intervention dans les affaires intérieures de l'État, c'est-à-dire qu'on ne peut pas, même quand un régime se rend responsable de violations extrêmement graves des droits humains, on ne peut pas renverser un chef d'État pour y mettre éventuellement une autre autorité. Ça c'est un principe extrêmement fondamental du droit international. Et puis un troisième principe qui est extrêmement important, c'est qu'on ne peut pas capturer un chef d'État et le faire juger par des tribunaux nationaux. En fait les chefs d'État sont des personnes inviolables et qui disposent d'une immunité de juridiction. Pourquoi ? Parce qu'on estime qu'il y a un principe qui est l'égalité souveraine entre les États et que donc les tribunaux d'un État ne peuvent pas juger un autre chef d'État d'un État étranger parce que sinon on rompt cette égalité souveraine. Donc, il n'y a aucun doute, cette opération militaire, elle viole le droit international de manière extrêmement claire. Mais là où je vous rejoins, c'est que ce qui est particulièrement inquiétant ici, c'est que le président des Etats-Unis n'a pas même tenté, je dirais, de justifier cette opération militaire au regard du droit international. Alors, ne nous cachons pas, c'est vrai qu'il y a déjà eu des violations de la Charte des Nations Unies, notamment par les Etats-Unis, On se souviendra bien sûr de l'opération militaire qui a été menée contre l'Irak en 2003 avec le Royaume-Uni, et d'ailleurs avec la coopération de plusieurs États européens. Mais là, il y avait quand même tout un argumentaire juridique qui avait été déployé, avec des résolutions du Conseil de sécurité qui avaient été adoptées. dont les Etats-Unis estimaient qu'ils autorisaient quand même le recours à la force. Je ne veux pas dire par là que c'était simplement une argumentation formelle, c'était aussi tout un jeu multilatéral auquel les Etats-Unis prenaient part en négociant les termes de ces résolutions. Donc il y avait une participation des Etats-Unis, de leurs représentants aux Nations Unies, à ce jeu multilatéral. Et ce qui est inquiétant ici, c'est qu'on a l'impression qu'il n'y a même plus de volonté d'essayer d'utiliser ces procédures multilatérales et de justifier cette opération qui.
Narrator / Host
Est clairement illégale. Oui, par le passé, et on peut le rappeler, notamment pour l'Irak, les Etats-Unis avaient décidé finalement d'intervenir sans mandat du Conseil de sécurité, en présentant aussi des fausses informations pour tenter de convaincre ce Conseil de sécurité sur les prétendues armes de destruction massive. Mais enfin, ils avaient tenté ou fait mine de respecter les procédures. Ici, rien de tout ça. Ceci dit, Anne Laguerval, est-ce que l'argument du narcoterrorisme invoqué par Donald Trump, de dire que Nicolas Maduro viendrait déstabiliser les Etats-Unis en organisant un trafic de drogue à destination des Etats-Unis, et cela sans préjuger de la véracité ici de cette accusation, est-ce que ça non plus, en droit, ça ne peut pas justifier une telle intervention ? Mais.
Anne Laguerval
En tout cas, l'idée qu'un chef d'État s'est rendu coupable de crimes internationaux, ça ne nous habilite pas à aller le capturer, le kidnapper et le ramener sur votre territoire pour qu'ils y soient jugés. Si vous voulez juger un criminel, un ressortissant étranger, il y a des procédures, des procédures d'extradition dans laquelle vous devez demander l'extradition d'une personne. Ici, ce ne serait pas n'importe qui, c'est un chef d'État, donc il faudrait aussi que le Venezuela renonce à l'immunité de son propre chef d'État. C'est des situations qui ont parfois existé, mais donc il y a des procédures qu'il faut suivre. Donc ce qui est certain, c'est que ça ne légitime aucunement une opération menée de manière tout à fait unilatérale, sans passer par ces procédures-là. Et donc je peine à comprendre exactement quel pourrait être le fondement juridique qui pourrait venir justifier cette opération. Alors c'est vrai que depuis quelques semaines, depuis quelques mois, il y a des opérations qui sont menées par les États-Unis contre des navires dans les Caraïbes qui se prévalent d'une forme de menace que les trafiquants de stupéfiants feraient peser sur la population américaine en anéantissant une jeunesse qui est détruite par ces stupéfiants. Mais ça ce n'est pas une justification acceptable en droit international. La seule possibilité, ce serait donc de considérer qu'on est en légitime défense en droit international pour pouvoir recourir à la force unilatéralement. Mais la légitime défense, elle est prévue par la Chaire des Nations Unies, par l'article 51 de la Chaire des Nations Unies, et elle est très claire. Il faut une... On ne peut réagir en légitime défense qu'à une agression armée qui a été menée par un État étranger contre son propre État. Et donc on ne rentre pas du.
Narrator / Host
Tout dans ces critères-là. Et l'argument démocratique, aussi mis en avant du côté de l'administration Trump, du fait que Nicolas Maduro a manipulé les dernières élections pour se maintenir au pouvoir, ça non plus, ça ne peut pas être un argument légitime.
Anne Laguerval
Pour une telle intervention. Non, on ne peut pas se prévaloir du régime, même si c'est un régime autoritaire, même si c'est un régime qui viole les droits humains, ce qui est certainement le cas du régime du président Maduro, qui est d'ailleurs des violations des droits humains qui sont parfaitement documentées par les Nations Unies. Il y a une mission d'administrement des faits qui a été mise en place depuis 2019, qui atteste vraiment d'une série de violations particulièrement graves des droits humains. des opposants politiques qui sont détenus, des journalistes qui sont détenus, qui sont soumis à des traitements inhumains ou dégradants. Il y a même des... On ne sait parfois ou pas où sont ces personnes. Donc ça, ça ne fait pas non plus de doute. Mais ce n'est pas parce qu'un régime se rend responsable de ces violations des droits humains, même lorsqu'elles sont particulièrement graves, qu'on peut unilatéralement le capturer et le ramener dans son propre territoire pour le juger pour ses crimes ou pour des crimes tenant au trafic de stupéfiants comme l'ont.
Narrator / Host
Dit certaines autorités états-uniennes. Alors avec nous aussi dans cette émission, il.
Anne Laguerval
Y.
Donald Trump
A.
Narrator / Host
Sébastien Santander. Bonjour. Bonjour. Merci d'être là. Vous êtes professeur de relations internationales à l'Université de Liège. Vous suivez en particulier, même si pas seulement, ce qui se passe en Amérique latine. Votre avis tout d'abord sur les raisons du timing de cette opération. Comment est-ce qu'on peut expliquer que Donald Trump, même s'il y avait des signes avant-coureurs, avec des bateaux à résonner ces dernières semaines, Pourquoi cette intervention comme ça est maintenant, selon.
Donald Trump
Vous, de la part de Donald Trump ? Je pense qu'il y a plusieurs facteurs qui ont joué. Il y a un facteur indéniable qui est celui des midterms aux Etats-Unis. Il faut associer ça à la division à laquelle fait face le mouvement MAGA. On voit bien qu'au sein de ce mouvement, Il y a des fractures qui commencent à apparaître et notamment par rapport justement à la question de l'intervention. Donc vous avez des gens comme D.G. Evans qui sont totalement opposés à une intervention américaine à l'étranger. Il l'avait déjà évoqué par rapport au Yémen. Steve Bannon, quelqu'un qui est un conseiller très influent auprès de la Maison Blanche, avait également évoqué une opposition à l'égard des interventions américaines aux côtés d'Israël pour bombarder l'Iran. Et donc, ce que rappellent ces différents membres éminents du mouvement MAGA, c'est que l'administration Trump a été élue pour d'abord s'occuper des affaires internes. Et puis vous avez d'autres personnalités au sein du mouvement MAGA, je pense notamment à Marco Rubio, parce que je pense que celui qui est l'artisan de cette intervention c'est surtout Marco Rubio. qui déjà durant la première administration poussait Trump pour intervenir davantage au Venezuela. Mais on voit bien qu'il y a une division interne de plus en plus forte. Et on voit aussi que l'administration Trump, Trump lui-même, est en train de se faire rattraper par l'affaire Einstein. Il a voulu l'étouffer à un moment donné en disant mais c'est quoi cette affaire alors qu'il s'était engagé durant la campagne électorale à dévoiler tout ce qu'il y avait en dessous de cette affaire. Donc il est en train de se faire rattraper. Et puis il ne faut pas oublier autre chose, c'est qu'il a été affaibli ces derniers temps, notamment par la magistrature aux Etats-Unis, qui en fait de la magistration, je pense, c'est bien la force aujourd'hui qui essaie de s'opposer à l'administration Trump. Et donc Trump a essuyé un certain nombre de revers judiciaires et il a été obligé de retirer la garde nationale de Los Angeles, de Portland, de Chicago. Et donc tout ça, ça affaiblit en fait le mouvement MAGA. Et on est à quelques mois des midterms. Donc je pense que là, il y a une dimension interne qu'il faut prendre en considération. Mais bien sûr, il y a des dimensions géopolitiques énormes. Il faut se rappeler qu'à la veille de la capture de Maduro, Maduro recevait une délégation chinoise. Donc c'est à la veille de cette intervention-là. Donc c'est pas anodin que ça a été lancé à ce moment-là. mis à part les conditions météo qui ont été évoquées et que cette intervention était préparée depuis des mois, mais elle a été menée à ce moment-là aussi pour donner un signal, envoyer un signal très clair aux puissances extra-continentales qui ont pris pied en Amérique latine, et notamment en Vénézuéla. Si le régime autocratique de Maduro n'a pas chuté durant ces décennies, c'est grâce notamment, parce qu'il y a des puissances étrangères qui l'ont tenu, qui l'ont porté à bout de bras, c'est notamment l'Iran, c'est la Chine et la Russie. Et donc on a là, pour l'administration Trump, un pays qui est devenu la base d'acteurs ennemis pour les États-Unis.
Narrator / Host
Et pour les intérêts américains. Donc il y a dans ce choix de Donald Trump d'intervenir maintenant une façon, on le comprend dans ce que vous nous dites, de reprendre un peu la main dans un moment compliqué politiquement pour Donald Trump et qui doit marquer des points en vue des prochaines élections, ces midterms. Et puis il y a aussi cette idée de dire là c'est mon précaré le Venezuela Je veux montrer que c'est les Etats-Unis qui décident qui on met au pouvoir là-bas. Et il y a cette idée, on a l'impression, on l'a très clairement énoncé, de pouvoir reprendre la main aussi économiquement sur les ressources pétrolières colossales du Venezuela. — Il ne s'est pas caché, là-dessus, Donald Trump. On voit bien que, directement après le renversement de Maduro, il y a.
Donald Trump
Aussi cet enjeu-là qui vient s'installer. — Oui, totalement. Il ne s'est pas caché. Il était très clair, d'ailleurs. Dans son exposé de 20 minutes, il a prononcé 20 fois le mot « pétrole ». Donc oui, Donald Trump est une sorte de prédateur de matières premières. Il a des visées sur le Grundland comme il a des visées sur le pétrole vénézuélien et il voudrait bien que les entreprises énergétiques américaines puissent aller relancer l'appareil pétrolier et productif du Venezuela. Après, il faudra voir si les entreprises pétrolières américaines sont d'accord pour y aller parce que Il y a des dirigeants de certaines entreprises américaines, comme Exxon, qui ont déjà montré leur réticence à aller investir parce que la situation est.
Narrator / Host
Assez, je dirais, floue pour le moment au Venezuela. La situation est floue, notamment politiquement, puisque là maintenant, On a un président qui a été capturé et emmené aux Etats-Unis. Je propose qu'on s'arrête quelques instants d'ailleurs sur ce président Nicolas Maduro. On parlait justement de son régime déjà avec Anne Lagerwald. C'est peut-être le moment d'un portrait de Nicolas Maduro et.
Sarah Poussey
C'Est Sarah Poussey qui nous le dresse, ce portrait. Nicolas Maduro vient d'un quartier modeste de Caracas. Homme du peuple, il était chauffeur de bus avant de devenir un puissant syndicaliste. Repéré par Hugo Chavez, il est propulsé en politique avec une ascension fulgurante. Député, président de l'Assemblée nationale, puis ministre des Affaires étrangères. Une nomination qui surprend puisqu'il n'a aucune expérience diplomatique. Mais c'est à ce poste qu'il rapproche son pays de la Russie. Nicolas Maduro devient ensuite vice-président et puis président par intérim à la mort du coach Aves. Il est ensuite officiellement élu à la tête du pays en 2013, avec un score qui dépasse à peine les 50%. Déjà à l'époque, l'opposition pointe des irrégularités, mais les bulletins ne seront pas recontés. 2014, c'est le début d'une crise profonde pour le Venezuela. Les prix du pétrole dégringolent, or l'or noir est presque la seule source de revenus du pays. Hyperinflation, pénuries alimentaires, la population vénézuélienne sombre dans la pauvreté et Maduro est largement critiqué pour sa gestion de la crise. En 2015, c'est l'opposition qui occupe la majorité des sièges au Parlement, mais l'homme à la large moustache refuse de partager son pouvoir. Les Vénézuéliens descendent dans la rue, l'armée et la police répriment les manifestations. Depuis plus de 10 ans, le pouvoir de Nicolas Maduro repose en effet sur la force militaire et l'autoritarisme. Et même un coup d'état et une tentative d'assassinat en 2018 n'ont pas pu y mettre fin. La communauté internationale a déjà sanctionné à plusieurs reprises les dérives du dirigeant vénézuélien. Mais depuis la guerre en Ukraine et le boycott du pétrole russe, il faut dire que les relations s'étaient plutôt assouplies. En échange d'achats de pétrole.
Narrator / Host
Maduro avait quand même promis d'organiser des élections libres. « Je suis Nicolas Maduro, président réélu de la République bolivarienne du Venezuela et.
Sarah Poussey
Je vais défendre notre démocratie, nos lois et notre peuple. Des élections, oui, mais libres, non. Des accusations de fraude pèsent sur le scrutin de 2024 qui a réélu Nicolas Maduro pour un troisième mandat. La population est à nouveau sortie dans la rue. Amnesty International comptabilise une vingtaine de personnes tuées par les pouvoirs publics. Des milliers de manifestants arrêtés et détenus dans des conditions inhumaines. Une enquête de la CPI est en cours pour des suspicions de crimes contre.
Narrator / Host
L'Humanité. commis par le régime de Nicolas Maduro depuis 2014. Voilà, pour le profil de Nicolás Maduro, c'est important aussi d'avoir en tête dans ce qui se passe là-bas. Un mot sur, justement, la situation aujourd'hui, Sébastien Santander. Comment est-ce qu'on peut expliquer une relative apathie, on a l'impression, au Venezuela face à la situation ? On n'a pas l'impression qu'il y a des soulèvements massifs. Les mots prononcés par Delcy Rodríguez, qui était la vice-présidente et qui, là, va assurer une forme d'intérim aujourd'hui, sont relativement conciliants avec Washington malgré ce qui vient de se passer et malgré qu'elle dénonce aussi l'intervention. Comment est-ce qu'on peut expliquer cette situation ? C'est le fait aussi d'un.
Donald Trump
Nicolas Smaduro qui avait perdu très largement le soutien de sa population. Alors, en ce qui concerne la première partie de la question, cet apathie, bon, c'est vrai qu'on a vu des gens manifester leur approbation par rapport à cette intervention, mais il y a eu également des manifestations en faveur du gouvernement en place. Il est clair qu'il y a pas mal d'inquiétudes sur place et les gens cherchent d'abord et avant tout à trouver de quoi manger, à trouver des médicaments, mais ils sont dans une situation un peu floue et donc très inquiétante. Après, en ce qui concerne Delci-Rodriguez, c'est vrai qu'il y a eu deux temps. D'abord, Delci-Rodriguez a réclamé qu'on libère Maduro. Et puis, par la suite, quand Donald Trump a menacé Delci-Rodriguez, elle a été obligée, en quelque sorte, de dire bon, on va être à l'écoute, on va certainement entamer des négociations avec l'administration Trump et notamment avec Marco Rubio. Ici, Delcy Rodriguez est vue par l'administration Trump comme quelqu'un de plus ouverte. Il faut savoir qu'elle a vécu en France, c'est quelqu'un qui a un profil de diplomate, qui a occupé plusieurs ministères et qui est aussi à la tête du ministère du Pétrole au Venezuela. Donc, il est clair que Delcy Rodriguez a des canaux internationaux et a été en.
Narrator / Host
Contact avec les acteurs privés. Et ça, ça intéresse profondément l'administration Trump. — Donc il y a un peu un principe de réalité chez elle, de se dire « Oui, je pourrais défendre Maduro, mais là, j'ai pas trop le choix. Les États-Unis ont montré à quel point ils pouvaient intervenir, intervenir de manière forte. Et donc si je veux rester au pouvoir et pouvoir gérer les choses dans l'intérêt de mon pays, Là, je dois faire une.
Donald Trump
Forme de courbe rentrante vis-à-vis des États-Unis, en un mot ? Oui, tout à fait. En fait, l'administration Trump.
Narrator / Host
A dit qu'il faut négocier et on lui a mis un revolver sur la tempe. On comprend donc ici que le but des États-Unis, c'est en quelque sorte de gouverner à distance et par la menace, le Venezuela, afin de le plier aux intérêts américains, intérêts de défense d'un précaré géostratégique, mais aussi intérêts économiques pour accéder aux immenses ressources du pays en hydrocarbures. Et tout cela en violant de manière très grave et tout à fait décomplexée les principes du droit international. Pour Anne Laguerval, professeure de droit international à l'ULB, cette violation est en soi extrêmement inquiétante, elle.
Anne Laguerval
L'A dit. Mais ce qui l'inquiète aussi, ce sont les réactions suscitées par ces violations. Alors que l'illégalité de cette opération militaire est manifeste et que je ne connais aucun professeur de droit international en Belgique ou par le monde qui a essayé ces derniers jours de justifier cette opération militaire, alors que cette opération est vraiment une violation flagrante de l'achat de Nations unies. Les condamnations de cette opération et la dénonciation de ce caractère illicite n'est ni très ferme ni très unanime. C'est-à-dire qu'on a des États qui ont clairement dit qu'il s'agissait là d'une violation du droit international. Je pense évidemment à la Russie, à la Chine, à toute une série d'États américains, le Brésil, la Colombie, le Mexique. En Europe aussi, on a eu des voix qui semblent avoir condamné fermement l'opération, comme l'Espagne ou même comme la Norvège. Mais il y a aussi toute une série d'États qui se contentent d'un rappel très général au droit international, mais sans considérer qu'il s'agit ici d'une violation très grave de la Charte des Nations Unies, et d'autres qui semblent même, soit ne rien dire, ou peut-être même soutenir cette opération. Et donc là, je trouve qu'il y a un risque extrêmement important parce qu'il y a bien sûr toujours un risque dans l'opération qui viole elle-même la Charte des Nations Unies. Mais il me semble que le risque, il réside aussi au-delà de cette violation dans la réaction qu'elle suscite ou qu'elle ne suscite pas de la part des autres États. En 1945, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, les Nations Unies ont été créées autour de certains principes qui devaient structurer l'ordre juridique international, notamment ce principe d'interdiction du recours à la force qui devait éviter que les états ne recourent unilatérément la force comme bon leur semblait. Et donc on a réussi à trouver un consensus à ce moment-là au sein de certains états qui étaient caractérisés par des régimes politiques et économiques qui étaient très très différents mais ils se sont mis d'accord sur ces principes-là. Et lorsque ces principes sont violés, la seule façon de les faire vivre, c'est d'être extrêmement clair que de telles opérations ne sont pas acceptables et qu'il s'agit là de violations flagrantes du droit international. Et si on reste simplement silencieux ou si on laisse faire les.
Narrator / Host
Choses, eh bien c'est là, à mon avis, que le droit international est véritablement menacé. Donc ici, quelque part, il y a une double menace selon vous. A la fois, le droit international est attaqué et cela remet en question, du coup, l'ordre mondial basé sur ce droit international. Mais il est affaibli aussi par le fait que tous ces autres États qui seraient censés le défendre, s'émouvoir, protester de manière la plus forte possible contre cette violation, ne le font.
Anne Laguerval
Pas. Et c'est ça qui l'affaiblit de manière d'autant plus forte cet ordre mondial aujourd'hui. Oui, parce qu'au fond, la violation du droit international, lorsqu'elle est faite par un État, si elle est condamnée par une écrasante majorité d'États, ça montre que le principe est maintenu, que sa validité est reconnue et qu'il reste un principe fondamental des relations internationales. Lorsqu'on commence à se taire ou lorsqu'on commence à accepter ce type de violation de la Charte des Nations Unies, on change un petit peu l'ordre mondial qu'on a voulu créer. Donc c'est ça que je trouve particulièrement inquiétant. Il faut rappeler aussi qu'évidemment cette interdiction du recours à la force, elle est là pour protéger tout état, tout état souverain, mais elle protège d'autant plus les états plus faibles, c'est-à-dire les états qui pourraient à l'avenir être menacés par ce type d'opérations militaires. Et on sait, et on a déjà entendu le président Donald Trump évoquer la possibilité d'intervenir au Panama, la possibilité d'intervenir en Colombie et puis même aussi d'intervenir sur le territoire européen parce que ces volontés de s'approprier au fond le Greenland est quelque chose qui revient très régulièrement dans le discours du président Trump et encore il y a quelques heures. Et donc cette Charte des Nations Unies, elle nous protège aussi. Elle nous protège contre ces opérations militaires unilatérales qui, à mon avis, ne vont pas uniquement peut-être viser des États qui sont loin, mais qui pourraient éventuellement nous viser aussi directement. Et c'est là où il me semble qu'il est extrêmement important que tous les États du monde, de toutes les régions du monde, et aussi les États européens, soient bien plus fermes dans leur condamnation de cette opération.
Narrator / Host
Et dans leur réaffirmation de la Charte des Nations Unies et de ses principes fondamentaux. On comprend donc, au travers de ces analyses croisées, que c'est un véritable tournant que l'on est en train de vivre, avec l'effacement progressif de relations internationales basées sur le respect du droit, le respect de la charte des Nations Unies, au profit d'une primauté de plus en plus affirmée de la loi du plus fort. Et on comprend que cet effacement risque de se faire d'autant plus vite si les réactions de pays comme les nôtres ne sont pas à la hauteur de la gravité de la situation. Voilà, c'était Les Clés avec, à la réalisation sonore, Adrien Schoekert, à la préparation, Sarah Poussey et Arnaud Reussen. Et.
Host: RTBF – Arnaud Ruyssen
Date: 4 janvier 2026
Durée Résumée: ~29 minutes
Invités principaux :
L’épisode décode l’opération militaire américaine menée sous Donald Trump au Venezuela — la capture du président Nicolas Maduro —, en interrogeant sa légalité, ses motivations réelles, et ses conséquences géopolitiques. Présenté comme un moment charnière pour l’ordre mondial, l’événement questionne le respect du droit international et la transition vers un monde gouverné par la force.
[00:56–05:03] Le récit des faits
[05:47–12:29] Intervention d’Anne Laguerval (Droit international)
[12:32–18:02] Dialogue avec Sébastien Santander (Relations internationales)
[18:26–21:06] Biographie par Sarah Poussey
Situation sur place et attitude de Delcy Rodríguez (Vice-présidente)
Réactions internationales (Anne Laguerval)
La prise de contrôle du Venezuela par les États-Unis inaugure possiblement une nouvelle ère des relations internationales, où la force prime désormais sans même chercher à se justifier par le droit. L’opération américaine, ouvertement assumée, constitue une rupture majeure par son illégalité flagrante et sa justification « décomplexée ». Mais ce qui inquiète tout autant, selon les experts, c’est la tiédeur de la réaction internationale, annonçant potentiellement l’effritement de l’ordre juridique instauré après 1945, avec des conséquences imprévisibles pour la sécurité mondiale.
Résumé préparé par Les Clés – RTBF.