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A
La première. Les scientifiques tirent la sonnette d'alarme depuis tellement longtemps.
B
Les clés. La situation est incontrôlable.
A
J'ai besoin de repères.
C
Une fois qu'on voit, c'est trop tard pour faire machine arrière.
B
Arnaud Reussen.
A
Bonjour à toutes, bonjour à tous et bienvenue dans les clés pour un épisode en mode remise des bulletins pour la Belgique. On va essayer de voir où en est notre pays sur son chemin vers la neutralité climatique. L'objectif, on le rappelle, c'est d'être neutre en carbone, neutre dans les émissions de gaz à effet de serre d'ici 2050. Et on va voir que malheureusement, même si globalement on est dans la bonne direction, la Belgique, si elle continue au rythme actuel, ne sera pas du tout dans les temps On a 27 minutes pour comprendre pourquoi. C'est un multin qui tient en une centaine de pages. Et la mention que l'on y retrouve le plus, c'est trop lent, trop lent, trop lent. Symbolisé par un petit escargot jaune qui revient chapitre après chapitre. Parfois, on a même droit à des pictogrammes sans interdit, qui signifie qu'on va carrément dans la mauvaise direction. Et puis, bien trop rarement, des petites cibles vertes pour marquer quelques bons points. Page après page, un bilan se dégage. Vu la direction prise et le rythme suivi, la Belgique ne sera pas au rendez-vous de la neutralité carbone d'ici 2050, à moins de mettre les bouchées doubles, voire davantage. Mais rentrons un peu dans le détail de ce baromètre réalisé par le Service public fédéral santé et environnement et qui synthétise en réalité toute une série d'études et de rapports réalisés par divers organismes et bureaux d'études en Belgique. Premier point, les émissions de gaz à effet de serre émises depuis le territoire belge. On peut considérer que la Belgique a fait aujourd'hui un peu plus de 30% de l'effort qu'elle doit faire pour atteindre la neutralité climatique. Le problème, c'est que cette réduction de 30%, on l'a réalisée sur 35 ans, entre 1990 et aujourd'hui. Il faut donc faire le reste maintenant sur les 25 années qui viennent d'ici 2050. 25 ans pour s'occuper des 70% restants. et les études prospectives montrent que dans l'état actuel de ses efforts et de ses engagements, la Belgique va manquer sa cible. Elle va continuer à réduire ses émissions, certes, mais pas du tout assez rapidement. Un autre ordre de grandeur intéressant à avoir en tête, c'est la répartition du gâteau entre les différents secteurs qui émettent des gaz à effet de serre chez nous. 28% des émissions viennent du secteur de l'industrie. 25%, un quart donc, vient du transport. Il faut regarder les bâtiments aussi, qui contribuent eux pour 18%, surtout parce qu'il faut les chauffer, ces bâtiments. Le secteur de l'énergie, c'est-à-dire les centrales électriques, mais aussi les usines de raffinage, contribuent pour 16%. Et puis le cinquième gros morceau, c'est l'agriculture qui représente 11% des émissions. Tous ces secteurs sont engagés dans des efforts de transition. Aujourd'hui, certains avancent vite, d'autres moins. Mais à l'heure qu'il est, dit le rapport, aucun ne peut dire qu'il est dans les temps pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Et avec nous pour nous plonger dans ce rapport, il y a Émilie Taylor. Bonjour.
C
Bonjour.
A
Vous êtes experte en politique climatique pour le SPF Santé et Environnement. Vous avez travaillé donc à ce rapport, à ce bulletin d'une centaine de pages. Un mot sur l'objectif, peut-être d'abord, c'est qu'on soit un peu tous d'accord en Belgique, parce qu'il y a évidemment un peu des études dans tous les sens sur là où on en est et l'ampleur de ce qu'il nous reste à faire. C'est pour les politiques, pour les citoyens, qu'on soit tous un peut sur la même longueur d'onde dans le constat de où on en est aujourd'hui dans nos efforts climatiques?
C
Oui, tout à fait. C'est pour aligner sur le constat, mais aussi aller voir vraiment des indicateurs plus précis, aller voir des dynamiques sous-jacentes qui permettent de comprendre vraiment pourquoi ce constat, en fait. Donc, c'est pour ça qu'on n'a pas juste regardé les émissions de gaz à effet de serre, mais qu'on a été voir toute une série d'autres choses beaucoup plus concrètes. Ça permet, bien sûr, des actions plus ciblées quand on a ça en tête.
A
Oui, puisque vous regardez pour ce rapport à la fois effectivement les émissions de gaz à effet de serre, mais aussi ce qu'on vend aujourd'hui comme type de voiture chez nous, où on en est dans l'installation des éoliennes, ce qui se passe aussi au niveau des pompes à chaleur, par rapport au chaudière, au gaz, enfin tout ça a été digéré, regardé pour fournir la vision la plus complète de l'état de nos efforts aujourd'hui.
C
Oui, tout à fait.
A
Alors, on va se plonger dedans en parcourant un peu les différents secteurs. Je disais, il y a cinq grands secteurs qui sont abordés dans ce rapport et on va commencer avec celui de l'énergie. Ce n'est pas le plus important en termes de volume de gaz à effet de serre, mais il est central parce qu'évidemment, tous les autres secteurs dépendent un peu de ce secteur énergie dans les efforts qu'ils doivent faire. Alors, ce qu'on remarque, Aujourd'hui, quand on lit votre rapport, c'est que l'installation du renouvelable avance plutôt bien en Belgique. Pour l'éolien en particulier, on est pratiquement même dans l'étant de nos objectifs pour 2050. Mais voilà ce que vous dites, c'est que ce rythme de croissance rapide du renouvelable reste quand même insuffisant pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Et ce, même si on continue à s'appuyer sur du nucléaire. C'est bien intégré aussi dans le rapport. Donc ça, c'est un premier problème. On ne décarbone pas assez vite notre énergie. Et puis, il y a un deuxième problème que vous constatez aussi, c'est qu'on n'est pas vraiment en train de muter assez vite vers l'énergie électrique. Or, ça, on sait que passer toute une série de consommations qui sont dans le fossile aujourd'hui vers l'électrique, c'est un enjeu de la transition. Donc, on a des gros efforts à faire encore au niveau du secteur de l'énergie.
C
Oui, oui, tout à fait. Donc d'une part, comme vous le disiez sur l'installation de renouvelables, donc en effet, on constate qu'en termes d'éolien, si on regarde les dix dernières années, on a une tendance qui est plutôt positive, mais ça veut dire qu'il faut quand même continuer au moins, au minimum, à la même vitesse pour être cohérent avec ces scénarios de neutralité climatique. Alors, continuer à la même vitesse, c'est pas si évident. On sait qu'il y a quand même toute une série par exemple de retard dans l'offshore, il y a toute une série de challenges aussi dans l'installation d'éoliens onshore, notamment en Flandre, il y a des grandes discussions sur ces questions-là. De continuer à la même vitesse, ce n'est pas forcément évident. Mais en effet, c'est quand même un bon point du rapport, cette énergie éolienne. Sur le solaire, on n'est pas tout à fait assez rapide, et donc ça ne permet pas en fait, selon les scénarios de neutralité climatique, on voudrait atteindre au moins 80% d'énergie renouvelable dans le mix électrique, et avec les évolutions actuelles, on n'arrive pas à ce niveau.
A
Et ça, c'est important à préciser parce que les efforts ne sont pas forcément toujours linéaires. Dans un premier temps, installer des éoliennes, c'est entre guillemets plus facile parce qu'il y a des portions de territoire qui sont disponibles, que ce soit sur terre ou en mer. Installer du photovoltaïque, il y a pas mal de toits et de citoyens demandeurs. Plus on va avancer, plus va falloir en rajouter, plus ça peut devenir difficile. Donc même continuer à ce rythme-là, dont vous nous dites que ce n'est peut-être pas suffisant, même continuer à ce rythme-là ne sera pas forcément si simple.
C
Oui, tout à fait. Même continu et même rythme demandent une série de mesures ambitieuses, effectivement.
A
Et de suivi d'une volonté politique forte sur ces questions-là. L'autre aspect que je mentionnais, c'est le fait qu'on n'électrifie pas assez vite. Alors, on va rappeler, l'idée c'est que, par exemple, dans l'industrie, vous avez un four qui fonctionne aujourd'hui avec de l'énergie fossile, du gaz, par exemple. Si on veut émettre moins d'émissions de gaz à effet de serre, il faut moins d'énergie fossile. Donc, il faudrait remplacer, par exemple, ce four par de l'électrique. Là, vous constatez qu'on n'avance pas assez vite.
C
Oui tout à fait, on va même, si on regarde au niveau belge total, dans la mauvaise direction en fait. Donc en effet, dans le cadre de la transition, on s'attend à avoir une augmentation de cette consommation électrique dans l'industrie, mais aussi dans les bâtiments avec les pompes à chaleur, avec les véhicules électriques, etc. Et ce qu'on voit, c'est qu'on est plutôt en train de réduire notre consommation d'électricité au niveau belge, donc c'est assez contre-intuitif en effet. On n'est en tout cas pas dans cette dynamique d'électrification massive à laquelle on s'attend.
A
Vous diriez que peut-être le changement de paradigme presque, l'idée aujourd'hui qu'il faut d'abord réfléchir électrique parce qu'on peut plus facilement décarboner de l'électricité que d'autres usages qui sont aujourd'hui basés sur du fossile, que ce changement de paradigme, que ce pli n'est pas encore tout à fait pris du passage à l'électrique?
C
Tout à fait. Alors est-ce que c'est une question de plis? Il y a bien sûr évidemment une question aussi de prix. On dit par exemple dans le bâtiment, et la question se pose un peu sous la même forme pour l'industrie, que pour qu'une pompe à chaleur soit rentable dans le bâtiment, il faut que le ratio prix de l'électricité sur prix des énergies fossiles, du gaz principalement, soit autour de 2. Aujourd'hui on est plutôt autour de 4. Et donc ça veut dire qu'aujourd'hui c'est pas vraiment rentable d'installer une pompe à chaleur. Donc là il y a vraiment Il y a une des raisons pour lesquelles on n'assiste pas à cette modification massive.
A
On peut donc retenir déjà ici quelques éléments importants qui concernent le secteur de l'énergie. D'une part, le fait qu'on avance bien dans le renouvelable, mais qu'il va falloir continuer au même rythme jusqu'en 2050, et ce ne sera pas forcément simple. Le nombre de panneaux photovoltaïques à installer, le nombre d'éoliennes à construire, reste très conséquent et on est encore loin de l'objectif final. D'autant que les scénarios qui nous disent aujourd'hui qu'on est sur la bonne voie en matière de renouvelables sont des scénarios qui intègrent aussi une large part de sobriété, de modération de la demande. Or, jusqu'ici, on n'en prend pas vraiment le chemin. Autre constat important, le switch du fossile vers l'électrique se fait bien trop lentement aujourd'hui. Et ça, ça peut s'expliquer notamment par un coût de l'électricité très élevé chez nous qui ne rend pas ce switch suffisamment attractif pour les entreprises et pour les consommateurs. Venons-en alors au secteur du transport. Un gros secteur à décarboner, puisqu'on l'a déjà dit, il représente pratiquement 25% de nos émissions de gaz à effet de serre aujourd'hui. Et malheureusement, les avancées actuelles sont beaucoup trop timides par rapport aux objectifs.
C
Dans le transport, on est à un niveau, en termes d'émission, qui est supérieur à celui de 1990. Donc en effet, on a un vrai gros challenge. Ce qu'on constate, c'est qu'il n'y a pas de transfert modal aujourd'hui, donc on se déplace encore principalement en voiture. On ne voit pas de modifications vers le train, vers les transports en commun ou vers les transports actifs. Actuellement, c'est un problème parce qu'en fait, que ce soit le fédéral ou les trois régions, dans leur plan énergie-climat, toutes les entités comptent sur ce transfert modal et donc on voit que ce n'est pas encore le cas aujourd'hui. Donc là, il y a un vrai challenge dans ce secteur. L'autre challenge, bien sûr, c'est aussi l'électrification. Donc on voit qu'on électrifie une partie de la flotte de voitures. C'est principalement le cas pour les voitures de société. qui s'électrifient rapidement. Mais quand on parle des véhicules privés, alors là, on constate pas du tout la même chose. On a une légère augmentation, mais c'est beaucoup plus lent. Donc là aussi, on a encore un vrai challenge dans ce secteur. Et ça, c'est juste en parlant du transport de passagers. Mais il y a aussi le transport de marchandises qui est... En fait, on constate un peu la même chose. Pas du tout de transfert modal vers le train ou vers le bateau en Belgique. Et une électrification qui est encore plus lente des camions et des véhicules de transport de marchandises. Donc oui, un vrai challenge dans ce secteur.
A
Oui, parce que c'est intéressant de rappeler qu'on avance sur deux jambes, entre guillemets, dans la décarbonation du transport. D'une part, il faudrait essayer de se déplacer moins ou de se déplacer différemment, par exemple en transport en commun, si on parle du transport de personnes. Et puis, quand on doit quand même se déplacer, il faudrait que les moyens de transport, eux, n'émettent plus de CO2. Et donc, c'est pour ça qu'on parle notamment des voitures électriques. Vous constatez, on vient de l'entendre, que sur ces deux plans-là, on est en retard, on n'avance pas assez vite. Et sur le transfert modal, si je vous comprends bien, là, presque tout est encore à faire. On continue à vendre chaque année encore plus de voitures aujourd'hui en Belgique. Ça veut dire que ce changement de paradigme, là aussi je reprends ce mot, il n'est pas du tout en train de s'opérer.
C
Non, en effet. Alors après, il y a peut-être des dynamiques qu'on va voir avec du retard, ça je ne peux pas évidemment, je n'ai pas de boule de cristal, mais en effet, actuellement dans les chiffres, on ne voit absolument pas de transfert modal. Donc là, il y a vraiment quelque chose à creuser. D'une part, est-ce que c'est un manque d'investissement dans les infrastructures? Est-ce que c'est autre chose? Il y a clairement des points à creuser là-dessus, oui.
A
Donc là, il y a un vrai défi politique qui n'est pas juste de dire on va remplacer du fossile par de l'électrique, mais comment est-ce qu'on change les comportements, il faut le dire comme ça?
C
Oui. Alors quand on parle de changement de comportement, j'aime bien quand même toujours rappeler que c'est pas juste en effet des décisions individuelles. Evidemment moi je peux vouloir prendre le train, mais si le train, si j'ai pas de gare à côté de chez moi, j'aurai pas de solution. Donc il y a en effet aussi des vraies questions d'infrastructures et aussi peut-être d'aménagement du territoire d'ailleurs. On continue par exemple
A
L'étalement urbain.
C
L'étalement urbain, exactement. Ça pose question, évidemment, si on pouvait limiter cet étalement, avoir des centres urbains qui soient peut-être un peu plus denses, ça faciliterait largement le recours au transport en commun.
A
Sur le transport donc, le défi est gigantesque encore. Il ne suffit pas de décarboner notre mobilité actuelle. Si on veut réussir la neutralité climatique, il faut carrément modifier notre façon de nous déplacer, notre façon de concevoir aussi le transport de marchandises. Et là, on est très loin du compte. Venons-en alors à un troisième secteur où le bulletin est aussi plutôt sévère. C'est le secteur de l'agriculture et ce chapitre-là, on va le parcourir avec Sarah Poussey.
B
L'agriculture représente un dixième des émissions de gaz à effet de serre de la Belgique. C'est donc un poste important, mais qui inquiète aussi, parce que si globalement les émissions du secteur ont diminué depuis les années 90, eh bien on observe une légère réaugmentation depuis 2010. Le secteur devrait en fait diviser ses émissions par deux, voire par cinq selon certains scénarios, pour atteindre la neutralité climatique. En agriculture, les gaz à effet de serre, ce sont le CO2, mais aussi le protoxyde d'azote, lié aux engrais pour fertiliser les sols, et puis surtout le méthane, lié à l'élevage. L'élevage, justement, parlons-en, car c'est le plus gros problème. C'est de là que viennent la moitié des émissions de l'agriculture, En fait, le secteur s'est amélioré au début des années 2000, mais depuis 2007, la courbe des émissions est une ligne droite, elle augmente même à certains moments. Décarboner le secteur agricole, ce n'est donc pas seulement faire baisser l'usage des produits phytosanitaires, Il faut agir sur l'élevage et revoir les pratiques agricoles, mais il faut aussi bien sûr agir sur la demande, c'est-à-dire nos régimes alimentaires et limiter le gaspillage. Actuellement, la Belgique produit 200% de ses besoins en viande. Dans ce rapport, on apprend aussi qu'au fur et à mesure, l'élevage de bovins ou de porcs a diminué au profit de la volaille et ce changement a des conséquences sur la fertilisation des sols. Puisqu'il y a moins d'animaux dans les pâtures, ces terrains deviennent des champs cultivables où on va disperser de l'engrais pour augmenter le rendement. Globalement, les émissions liées à la fertilisation des sols ne diminuent donc pas assez vite. Enfin, le dernier point noir du secteur agricole, c'est sa consommation énergétique. Les terrains deviennent plus grands, détenus par de plus grandes fermes qui peuvent se payer plus de machines. Les surfaces cultivables ont aussi augmenté, tout comme les surfaces sous serre. Bref, un tas de machines supplémentaires gourmandes en énergie. Pour que le secteur agricole soit neutre en termes d'émissions énergétiques, eh bien ces émissions devraient tout simplement être diminuées de 100% d'ici 2050. Or depuis 10 ans, elles ne font qu'augmenter, et ce malgré le changement progressif du mix énergétique vers l'électricité et la biomasse.
A
Donc là, à entendre tout cela, Emily Taylor, on a un souci, c'est qu'on n'est pas vraiment en train de diminuer dans le secteur de l'agriculture, alors qu'on doit, dans tous les secteurs, atteindre cette neutralité carbone. Ça veut dire que... on ne peut le faire qu'avec un changement de modèle agricole, un changement même aussi de notre mode de consommation, de la façon dont on s'alimente. Si on veut pouvoir vraiment prendre le taureau par les cornes, si je puis dire, il y a des changements plus profonds à opérer que ce qu'on est en train de faire aujourd'hui dans ce secteur.
C
Alors certainement, avant de répondre plus concrètement à cette question, j'ai envie de faire un tout petit pas en arrière. Le secteur de l'agriculture, c'est un secteur sur lequel on ne s'attend pas à atteindre la neutralité climatique d'ici 2050. Autant sur les autres secteurs, le bâtiment, le transport et l'énergie aussi, on veut atteindre la neutralité climatique. Dans l'industrie et dans l'agriculture, on s'attend à ce qu'il reste quand même une part d'émissions qui vont devoir être compensées. L'agriculture, c'est un secteur particulièrement complexe à décarboner. Alors qu'est-ce qu'il faut faire concrètement pour décarboner ce secteur? Il y a trois grands postes dans le secteur. Il y a l'élevage. Dans ce poste-là, il faut réduire le nombre de têtes de bétail. Et ça passe évidemment aussi par des changements dans les modes de consommation, etc. Ça n'aurait évidemment pas de sens de réduire ce nombre de têtes de bétail si on continue à manger plus de viande. On note dans le rapport qu'on diminue notre consommation de viande rouge, qui est la viande qui émet le plus de CO2. Donc ça, on va quand même un pas dans la bonne direction. Il y a toute une série d'autres choses qui peuvent se mettre en place dans l'élevage, notamment on peut réduire un peu les émissions par tête de bétail en changeant un peu la nourriture qu'on leur donne, etc. Mais c'est plutôt à la marge. Donc il y a vraiment le grand levier qui est la réduction du cheptel. En termes de fertilisation, là aussi on a besoin en effet d'un vrai changement de modèle. Il faut soutenir toute une série de modèles agricoles qui soient alternatifs et qui aient besoin de moins d'intrants, moins de fertilisants, d'engrais et d'intrants de manière générale. Ça veut dire soutenir potentiellement l'agriculture biologique, l'agroforesterie, des modèles de polyculture élevage, etc. Donc là en effet il y a des gros changements et bien sûr il faut soutenir aussi la demande comme toujours Et alors dans l'énergie, alors là, en effet, pour cette partie-là, on voudrait atteindre zéro émission. Et donc ça passe notamment par l'électrification comme on en parlait tout à l'heure, potentiellement des tracteurs, des modes de chauffage pour les bâtiments d'élevage, etc. Donc, il
A
y a énormément de pain sur la planche aussi, mais on le comprend. On ne peut pas juste agir un peu en silo, en essayant de gratter un peu des émissions à tous les niveaux. Il faut une réflexion un peu globale, intégrée, qui intègre aussi le consommateur pour pouvoir avancer et y arriver. Si on se penche maintenant sur le secteur de l'industrie, dont on n'a pas encore parlé, pourtant 28% des émissions, c'est le plus gros des secteurs aujourd'hui en termes d'émissions de gaz à effet de serre. On voit, quand on regarde votre rapport, que la trajectoire n'est pas si mal. On n'est pas tout à fait à temps non plus, mais ça se passe pas trop mal au niveau de l'industrie. Comment est-ce qu'on peut l'expliquer ça? Qu'est-ce qui fait que dans l'industrie, ça semble avancer relativement vite dans la décarbonation aujourd'hui?
C
Alors, il y a toute une série de facteurs qui peuvent expliquer cette diminution, mais notamment un outil qui a été mis en place au niveau européen, qui est le système des quotas d'émission, le système qu'on appelle ETS, qui joue certainement un rôle majeur dans cette réduction. Maintenant, comme on le disait tout à l'heure, sans doute que les solutions qui ont déjà été mises en place dans l'industrie sont les solutions entre guillemets les plus faciles. Et donc si on veut continuer dans cette direction, il y a certainement toute une série d'autres mesures à mettre en place. Il y a un rapport notamment qui est sorti début septembre, dans le courant du mois de septembre à ce sujet, qui fait un focus sur le secteur de l'industrie et qui identifie différentes mesures à mettre en place pour soutenir l'industrie dans cette décarbonation. Il faut notamment investir dans toute une série d'infrastructures, notamment les réseaux d'électricité, les réseaux de transport de CO2 si on veut pouvoir déployer les technologies de capture et de stockage du carbone. Il faut aussi déployer des marchés pour ces produits verts et décarbonés, notamment via des marchés publics qui intégreraient des critères qui vont dans ce sens-là. Il y a aussi toute une série de supports à faire pour aider les industries dans leurs innovations à décarboner. Il y a des solutions au niveau européen qui sont proposées.
A
Mais donc c'est un peu comme ce qu'on disait tout à l'heure sur le renouvelable. On ne peut pas se dire que parce que la trajectoire est bonne, on peut laisser faire et que ça va continuer à aller aussi bien jusqu'à atteindre la neutralité carbone en 2050. S'il n'y a pas un support plus important, des régulations qui viennent en plus, on ne va pas forcément y arriver parce qu'on a fait la partie la plus facile du travail et que tout ce qui vient là, c'est vraiment rentrer dans le dur pour la décarbonation de l'industrie.
C
Oui, tout à fait, c'est un excellent point. Continuer à la même vitesse, ça ne veut pas dire ne plus rien faire, c'est bon, on est lancé. L'inertie n'est pas suffisante et si on ne fait rien de plus, on n'y arrivera pas en effet.
A
Et cet avertissement-là, il est évidemment très important, surtout à l'heure où certains acteurs économiques demandent justement qu'on revoie plutôt à la baisse certains des objectifs du Green Deal. Autre élément de ce rapport que je trouve très interpellant, C'est ce qui concerne l'empreinte carbone de notre pays et de ses habitants. Parce que là, dans tout ce qu'on vient d'évoquer, on parle des émissions qui partent de notre territoire, ce qui est fabriqué chez nous, les émissions de nos voitures, de nos centrales, de nos usines, etc. Or, il y a aussi toute une série d'émissions qu'on appelle des émissions importées, importées par notre consommation. Exemple, si vous achetez un téléphone qui est fabriqué en Chine, les émissions du processus de sa fabrication sont comptées pour la Chine, alors qu'elles nous servent en réalité ici, en Belgique, où l'on va utiliser ce téléphone. C'est cela qu'on considère comme l'empreinte carbone des Belges, en comptant leur consommation, y compris pour les produits fabriqués à l'étranger. Or, si on regarde les chiffres de cette empreinte carbone, on voit qu'on est très loin de la diminution de 30% de 1990 que l'on a évoquée pour les émissions territoriales. La diminution est beaucoup moins rapide au niveau de l'empreinte carbone. parce qu'on consomme de plus en plus et de plus en plus de produits fabriqués à l'étranger, des produits qui, dans les chaînes de valeur, font souvent beaucoup de trajets aussi à travers le globe, ce qui ajoute encore à leur empreinte climatique. C'est essentiel à avoir en tête, car l'enjeu climatique, il est global, planétaire et non national. Bon, mais si on prend alors maintenant l'ensemble du rapport, j'ai envie d'entendre les conclusions que vous vous en tirez, parce qu'on va rappeler ce qu'on a dit au tout début. On a fait aujourd'hui à peu près 30% de réduction des émissions de gaz à effet de serre par rapport au point de référence de 1990, donc ça veut dire en 35 ans. et il nous reste 25 ans pour les 70% restants. C'est énorme, évidemment, de faire les 70% en 25 ans, surtout que, vous nous l'avez dit, dans certains secteurs, c'est plus facile au début, ça va devenir plus difficile à la fin et de plus en plus difficile pour aller chercher les derniers pourcents de réduction. Est-ce que quand on voit ça, on doit déjà se dire, c'est fichu en fait, on ne va pas y arriver? C'est ça la conclusion de votre rapport?
C
Non, c'est certainement pas la conclusion du rapport. La conclusion, c'est qu'on va trop lentement, qu'il faut accélérer. Mais il y a toute une série de choses qui sont déjà là pour pouvoir accélérer. Les voitures électriques sont déjà là sur le marché, les pompes à chaleur sont disponibles, etc. Et donc, il y a toute une série de choix politiques pour accélérer cette transition. On peut l'accélérer. Le vrai enjeu, c'est de mettre en place les solutions maintenant pour ne pas se retrouver bloqué à l'avenir et stagné dans nos émissions.
A
Alors vous travaillez pour l'administration, le SPF Santé Environnement, donc vous, votre rôle, c'est pas de faire de la politique, et j'imagine qu'on est prudent dans les messages qu'on envoie aux politiques, mais quand même, quand on amène en tant que service public fédéral un rapport comme celui-là, c'est quand même de dire aux politiques, si vous continuez de la manière dont vous êtes en train d'opérer là aujourd'hui, on va pas y arriver. Ça, c'est le principal message qui est quand même envoyé aux différents gouvernements du pays aujourd'hui.
C
Alors c'est un message important, mais bien sûr on essaye d'aller plus loin, c'est pour ça qu'on a été voir vraiment concrètement, on leur dit, voilà, ces indicateurs-là, si vous voulez qu'ils évoluent, sachez qu'aujourd'hui ce n'est pas le cas, donc il faut mettre des choses en place additionnelles. Donc on essaye quand même d'aller de manière plus constructive et de donner un peu plus des outils, c'est pour ça qu'on creuse un peu plus que juste montrer les émissions. Mais en effet, c'est une des conclusions qu'il faut accélérer.
A
Donc c'est une sorte de boussole aussi pour le politique, de dire bon, là on n'y est pas, si on veut y arriver, ben voilà toute une série de curseurs, toute une série de choses sur lesquelles vous pouvez agir pour qu'on essaye d'y arriver.
C
Oui, exactement, c'est le but de l'exercice.
A
Et on sent aussi, quand on lit ce rapport, à quel point tout est lié, évidemment, et que donc c'est difficile de réfléchir cette question-là, silo par silo, parce qu'une mesure qu'on va prendre qui touche la consommation, elle a des impacts sur l'agriculture, elle a des impacts sur l'industrie. On voit aussi dans votre rapport que si on continue à utiliser le sol de manière intensive, non seulement on émet du CO2, mais en plus, on réduit la capacité du sol à capter du CO2. On a vraiment l'impression, quand on vous lit, que tout est dans tout et que si on n'a pas une réflexion politique, je dirais globale, systémique intégrée, ça va être difficile d'y arriver.
C
Oui, en effet, et en plus d'une réflexion systémique et globale, j'ai envie de dire aussi long terme, parce qu'il y a toute une série de choses dans ce rapport qui ont des dynamiques qui sont en fait lentes. Quand on parle, en effet, d'utilisation des sols, d'absorption naturelle, mais aussi d'aménagement du territoire, etc. C'est toutes des politiques qui ont des dynamiques lentes, et donc si on veut qu'elles aient un impact d'ici 2050, c'est maintenant qu'il faut y réfléchir, trouver des solutions, les mettre en place, et ça donnera des résultats que dans quelques années. Donc oui, en effet, important à avoir en tête.
A
Le rapport présenté ici est donc une synthèse et un mode d'emploi pour le politique, mais aussi pour vous qui nous écoutez, puisque ce rapport, il s'adresse aussi aux citoyens et aux citoyennes. N'hésitez pas alors à le parcourir. Vous tapez simplement baromètre de la transition dans un moteur de recherche et vous allez le trouver très facilement, avec beaucoup de données précises et accessibles, des graphiques aussi qui permettent de comprendre. Je vous invite vraiment à vous en saisir. C'était Les Clés, un podcast de la première avec à la réalisation sonore de cet épisode Guillaume Desmet et Valentine Gourdange, à la préparation Sarah Pousset et Arnaud Reussen. Si ce contenu vous a intéressé, n'hésitez pas évidemment à le faire connaître autour de vous.
Host: Arnaud Ruyssen
Guest Experts: Émilie Taylor (SPF Santé-Environnement), Sarah Pousset
Episode Date: 30 June 2026
Episode Focus: Where does Belgium really stand on its journey to climate neutrality? Dissecting the national climate “report card” and identifying the biggest bottlenecks to reaching net zero by 2050.
This episode offers a critical, sector-by-sector analysis of Belgium's progress toward climate neutrality—specifically carbon neutrality—by 2050. Using a new official barometer report as a guide, Arnaud Ruyssen and his guests break down where Belgium is currently making headway and, more often, where progress remains painfully slow. They aim to clarify the facts for both policymakers and citizens, providing a candid assessment of the "pace and direction" of decarbonization efforts across energy, transport, agriculture, industry, and more.
Status Quo:
Sector Contribution to Emissions:
On the pace:
"Trop lent, trop lent, trop lent." ([01:30])
On the scale of the challenge:
“25 ans pour s’occuper des 70% restants.” – Arnaud Ruyssen ([03:20])
On renewables:
“Ce rythme de croissance rapide du renouvelable reste quand même insuffisant pour atteindre la neutralité carbone en 2050.” – Arnaud ([05:50])
On electrification:
"On est même… dans la mauvaise direction en fait." – Émilie Taylor, on electricity consumption ([08:15])
"Aujourd’hui, c’est pas vraiment rentable d’installer une pompe à chaleur." – Taylor ([09:00])
On culture vs infrastructure:
"Ce n’est pas juste des décisions individuelles… il y a en effet aussi des vraies questions d’infrastructures." – Taylor ([13:21])
"L’étalement urbain, ça pose question…” – Taylor ([13:45])
On imported carbon:
“L’enjeu climatique, il est global, planétaire et non national.” – Arnaud ([22:50])
On policy impact:
“Continuer à la même vitesse, ça ne veut pas dire ne plus rien faire... Si on ne fait rien de plus, on n’y arrivera pas.” – Taylor ([22:09])
On the path ahead:
"Il y a toute une série de choix politiques pour accélérer cette transition. Le vrai enjeu, c'est de mettre en place les solutions maintenant..." – Taylor ([24:57])
On systems thinking:
“Tout est dans tout… si on n'a pas une réflexion politique globale, systémique intégrée, ça va être difficile d'y arriver.” – Arnaud ([27:00])
Despite early gains, Belgium—and by extension, any industrialized nation—faces a monumental acceleration challenge to achieve climate neutrality. The decisive bottleneck is not technology but the political (and societal) will to fundamentally rethink consumption, investment, and policy—in a holistic, cross-sectoral, and long-term manner. The episode closes by urging both policymakers and engaged citizens to engage with the official transition barometer and use it as a roadmap for urgent, coordinated action.